Gregoire Barbey

07/08/2013

Forfaits fiscaux: un modèle qu'il faut préserver

Chronique, 07.08.13

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 Suisse. Il y a environ 5000 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense dans le pays.
Dont 710 à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Et environ 1300 en Valais.


J'ai lu à maintes reprises des individus argumenter comme suit pour justifier leur soutien à la suppression des forfaits fiscaux: «Les forfaitaires font monter les prix de l'immobilier à outrance.» Or pourtant, il y a 710 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Les prix entre Genève et Lausanne (deux villes où la demande en logement est forte) sont à peu près comparables. Genève reste même légèrement plus chère, du fait d'une contraction des logements vacants très élevée. Néanmoins, si l'argumentaire susmentionné devait s'avérer exact, les prix de l'immobilier vaudois devraient crever le plafond à situation plus ou moins comparable. Pourquoi n'est-ce pas le cas?

 

J'ai un élément de réponse: c'est simplement un fantasme. Il y a sûrement une corrélation qui puisse être démontrée, mais elle doit être marginale en proportion de la valeur suscitée par l'offre et la demande. Par ailleurs, il est clairement bienvenu de relativiser les discours alarmistes concernant la valeur actuelle de l'immobilier locatif. En 1970, un individu pouvait louer une surface de location de 2,6m2 avec une heure de travail (pour un salaire moyen). En 2010, le même individu obtenait 3,9m2 de surface de location. En d'autres termes, il fallait travailler 40 heures par mois en 1970 (100/2,5) pour un logement de 100m2 de l'époque. En 2010, il en fallait à peine 25 heures.

 

Sachant qu'aujourd'hui, la plupart des logements proposés ont une technologie plus importante qu'en 1970, donc un confort accru, et qu'avec moins d'heures de travail, on loue une surface de location plus importante, on peut logiquement déduire et sans trop s'avancer que le pouvoir d'achat des ménages s'est considérablement accru en 40 ans. En conclusion, on peut évidemment remettre en question l'assertion qui est régulièrement utilisée pour justifier une suppression des forfaits fiscaux: ceux-ci n’influencent pas les prix de l’immobilier, ou alors marginalement. Quelques chiffres d’après des estimations de la Conférence des directeurs cantonaux des finances: les bénéficiaires de l’impôt d’après la dépense génèrent (directement ou indirectement) environ 32'800 places de travail en Suisse, dont 16'800 dans la construction, 10'000 dans l’artisanat et le commerce et enfin 6'000 dans les services.

 

En valeurs absolues, les forfaitaires contribuent à hauteur d’un milliard de francs par année à l’imposition indirecte, et de 578 millions de francs pour l’imposition directe. Selon la même source, chaque contribuable bénéficiaire de l’impôt d’après la dépense investit en moyenne 7 millions de francs par année en Suisse. Et la suppression de ce modèle fiscal créerait une perte nette d’un milliard de francs pour l’Assurance vieillesse et survivant (AVS), qui est le système de répartition des richesses le plus équitable en Suisse. Au final, il est à constater qu’une certaine frange de la gauche flirte aujourd’hui avec un populisme très dangereux qui tente de remettre en question des systèmes économiques qui ont fait leurs preuves depuis leur instauration, et leur suppression aurait des conséquences dramatiques sur la qualité de vie de l’ensemble des citoyens, particulièrement les individus ayant des revenus bas.

 

Les électrices et les électeurs de la gauche doivent prendre conscience rapidement qu’aujourd’hui, les partis qui prétendent les représenter jouent à une stratégie qui pourrait induire une facture très salée pour tout le monde. La Suisse bénéficie d’un modèle unique au monde, et à part quelques pays scandinaves, il y a peu d’autres Etats qui peuvent se vanter d’une telle égalité dans la répartition des richesses, avec en plus une intervention très minime de l’Etat dans cette redistribution. Un système donc à préserver plutôt qu’à vouloir détruire à tout prix, même s’il ne satisfait pas la jalousie et l’appétit de destruction de certains esprits taquins.

 

Grégoire Barbey

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03/08/2013

Les faiseurs de bien (malgré vous)

Jet d’encre, 03.08.13

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Julien Cart. Le conseiller municipal en Ville de Genève est le parfait exemple
des parangons de justice qui veulent faire le bien malgré les libertés individuelles.


Les faiseurs de bien (malgré vous) sont partout: cela peut être votre femme, votre voisin, votre meilleur ami ou votre patron. Bref, vous n’êtes pas à l’abri de l’un de ces parangons de justice, véritables incarnations du bien sur Terre. Ils n’ont aucun scrupule à renier vos libertés. Ils ont des théories, et il faut croire qu’elles sont justes, car ils se battent quotidiennement contre vos mauvaises habitudes, les faiseurs de bien (malgré vous). Vous fumez? C’est dangereux pour votre santé. Et surtout celle des autres. Alors on vous interdit de fumer dans les lieux publics fermés. Bien sûr, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Proposons d’interdire la cigarette dans les espaces publics extérieurs également!

 

Vous ne triez pas suffisamment vos déchets? Taxons les sacs poubelles. Vous verrez, vous finirez par trier… Ces émanations de la bienpensance vous regardent avec un air hautain et scandalisé lorsque vous enfreignez les règles qui sont les leurs (mais rarement les vôtres). Les faiseurs de bien (malgré vous) ont la fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison et ce même s’ils sont minoritaires, ou qu’ils proposent des mesures totalisantes et totalitaires. La fin justifie les moyens. A Genève, nous en avons l’exemple parfait avec Julien Cart, conseiller municipal, qui juge nécessaire d’interdire la fumée dans les espaces publics extérieurs. Ce n’est pas son seul combat. Il veut également interdire les automobilistes et supprimer l’armée, parmi bien d’autres idées grandiloquentes.

 

Les faiseurs de bien (malgré vous) n’ont que faire de votre sentiment d’oppression. Vous vous sentez atteint dans votre liberté? Ne soyez pas égoïstes: il ne s’agit pas de vous mais du bien commun. Et vous comprendrez rapidement que vous n’avez pas voix au chapitre. Si vous n’êtes pas suffisamment illuminé pour comprendre que vos libertés s’opposent à l’intérêt général, les faiseurs de bien (malgré vous) ne vous feront aucun cadeau. Etrangement, ce sont souvent les mêmes qui plaident pour la libéralisation des drogues, arguant qu’une interdiction ne fait qu’empirer la problématique. Et soudain, on comprend que ces faiseurs de bien (malgré vous) agissent d’abord pour leur propre intérêt. Et qu’au fond, ils font exactement ce qu’ils vous reprochent. Alors une seule solution: raus!

 

Grégoire Barbey

13:29 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

23/07/2013

PDC: entre communication et enterrement

A chaud, 23.07.13

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PDC. Les photos de campagne du parti sont tristes à mourir. Ils semblent résignés
à assister à leur propre enterrement aux élections cantonales du 6 octobre.

 

Le PDC a sorti aujourd’hui son site dédié aux élections cantonales du 6 octobre. Le seul point fort réside à mon sens dans leur programme, point par point, correspondant aux valeurs démocrate-chrétiennes. Sauf qu’en ayant l’audace de cliquer sur les liens proposés sur le site pour en lire davantage, c’est le néant. Communication lisse, sans aucune saveur ni couleur. A l’image des photos des candidats. Tout de noir vêtu, les aspirants députés ont pour la plupart le regard dans le vague. Est-ce de la politique ou la rubrique nécrologique du quotidien local? C’est à se demander si la présidence du parti n’a pas voulu faire les choses proprement pour assister à son propre enterrement.

 

Je ne cherche pas à descendre le PDC à tout prix. C’est un parti qui a toute ma sympathie, même si pour plusieurs raisons je ne partage pas toutes leurs valeurs. Mais de grâce, il s’agit-là de politique. D’une élection. C’est la guerre, c’est la confrontation. La victoire a un prix. Je regarde les photographies des candidats: où sont les sourires fiers, la conviction dans le regard, les yeux fixant l’objectif? Rien de tout ça. Juste le noir macabre des vêtements du deuil. Comme si, face à l’inéluctable, le PDC avait résolument fait le choix, entre communication et enterrement, de s’habiller de circonstance. Les responsables de la communication avaient promis aux membres une révolution. C'en est une. La mort selon la démocratie-chrétienne, acte un.

 

Grégoire Barbey

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22/07/2013

L'Etat est un outil et non une fin en soi

Chronique, 22.07.13

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Frédéric Bastiat. «L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde
s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.»


Je les entends murmurer à mon oreille. Les apôtres de l’étatisme sont partout. Ils veulent un Etat fort. Providentiel. Protecteur. Sauveur. Divin, oserais-je. Or, aussi utile fut-il, l’Etat est composé d’êtres humains. Il est fait par des Hommes. Et c’est justement là qu’il y a anguille sous roche. Aucun Etat ne s’est créé dans la paix et l’amour. Il y a eu des guerres, donc des morts, des viols, des vols, des désastres, la barbarie et le désir du pouvoir. Ceux qui prétendent le contraire nient la vérité et l’Histoire. L’Etat, c’est la grande chimère à laquelle s’accrochent les faibles pour vivre au crochet des forts et les forts pour vivre en exploitant les faibles. Les lois sont autant utilisées pour limiter les inégalités que pour les creuser. Certaines restreignent les libertés. D’autres les exacerbent. Il y en a pour tous les goûts. Mais rare est le juste milieu. Trop rare.

 

Pour beaucoup, l’Etat semble être une fin en soi. Il n’est pour moi qu’un outil. Et comme tout instrument, son utilité peut être positive comme négative, selon ce que l’on en fait. A la différence qu’on joue à grande échelle, influençant l’existence de milliers d’individus. Qui du jour au lendemain peuvent être amenés à voir leur vie changer drastiquement. Par une simple décision. L’Etat, c’est la concentration cartellaire du pouvoir. Tous ceux qui aspirent à user de la force, qu’elle soit physique ou symbolique, ont une carrière prédestinée dans le secteur. L’autorégulation est dépeinte comme le mal absolu, et le libéralisme en serait le corollaire. Il a toujours fallu trouver des victimes expiatoires, mais c’est jeter bien rapidement l’héritage qui a permis la fin de l’esclavagisme notamment. Et l’arrivée progressive du républicanisme et de la démocratie.

 

L’Etat, s’il peut servir à rétablir certaines inégalités, ne doit pas pour autant occuper une place trop visible dans nos vies. Il doit être présent, mais pas trop. Utile, pas oppressant. Son expansion est peu recommandée, car là où progresse l’Etat, les libertés individuelles diminuent en conséquence. Plus il grandit, et plus il nécessite de recettes fiscales pour assurer son fonctionnement. Il les tire essentiellement des différents types d’imposition, qui conduisent inévitablement à réduire le pouvoir d’achat des ménages, et donc à limiter la qualité de vie. C’est un équilibre particulièrement difficile à trouver pour que les forces en présence s’annulent. C’est-à-dire que l’aspect négatif de l’Etat, la violence qu’il inflige à certains, symbolique ou physique, est tolérable parce que son apport positif fait oublier qu’il a des mauvais côtés aussi. Ce juste milieu, il existe plus ou moins en Suisse. Nous sommes un pays qui avons la chance d’avoir une démocratie semi-directe, avec les défauts évidents qu’elle comporte.

 

C’est par l’action concertée de citoyens éveillés qu’un équilibre peut être trouvé. C’est par les rapports de force entre les différents courants de pensée qu’il peut y avoir une place pour tous. Au final, nous tirons tous à la même corde. Les extrêmes sont toujours néfastes pour l’ensemble des individus. L’Etat, ce n’est pas le «tout pourri», mais ce n’est pas non plus la Providence faite humaine. Ce n’est qu’un outil, inerte, auquel on donne le pouvoir de faire telle ou telle action. D’en limiter telle ou telle autre. Il est évident que limiter l’ingérence de l’Etat, c’est restreindre corollairement le pouvoir de ses représentants. De ses suppôts. Mais c’est une nécessité impérieuse. L’Etat peut aussi servir, au travers de ceux qui prétendent faire le bien des autres contre leur volonté, à nuire aux libertés. Et c’est justement ce qu’il convient de dénoncer, toujours. D’être à l’affût, continuellement, des multiples tentatives d’en faire un objet de pouvoir, de soumission. Les Hommes méritent de vivre libres. De s’émanciper. Et ils n’ont guère besoin d’un Etat pour le leur rappeler à chaque mouvement.

 

Grégoire Barbey

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20/07/2013

L'hypocrisie de la classe politique française

Chronique, 20.07.13

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 François Hollande. Ni l'actuel président ni ses prédécesseurs n'ont attaqué la véritable
problématique de la France: l'invraisemblable part de l'administration publique dans l'économie.


Mes fidèles lecteurs le savent: je ne suis pas un ardent défenseur de la souveraineté nationale. Mais force est de constater qu’encore aujourd’hui, l’Etat-nation prévaut, ce qui suppose des règles. Et celles-ci commandent d’être respectées. Que l’on soit Français, député, président ou socialiste, il n’y a pas d’arguments moraux valables pour justifier la violation de la légalité d’un autre Etat (voir l’article de la Tribune de Genève: «Une banque observée par des douaniers français). Le gouvernement français, avec le consentement de la majorité à l’Assemblée nationale, est aujourd’hui engagé dans une lutte acharnée contre l’évasion fiscale. Remettant d’ailleurs en cause des pratiques qui ont toujours été tolérées, voire acceptées dans la majeure partie des cas. Cette hypocrisie à peine voilée est la conséquence directe de l’endettement de l’Etat français. Le manque à gagner est tel qu’il suscite des réactions obsessionnelles de la part de la classe politique locale, prête à tout pour récupérer les fonds qui reviendraient de droit à la France.

 

Aucune remise en question n’émane de l’hexagone: de gauche comme de droite, tous les gouvernements jusqu’alors ont engraissé la part de l’administration publique dans l’économie française. Sans vergogne, et sans s’intéresser aux conséquences évidentes d’une telle manœuvre. Ainsi, de Mitterrand à Hollande, en passant par Chirac et Sarkozy, les retraites, les indemnités, et autres parachutes dorés pour les politiciens, l’engagement à tour de bras de milliers de fonctionnaires etc. n’ont jamais baissé. Au contraire, l’Etat français est proprement tentaculaire. La presse révélait la semaine dernière le coût des indemnités de l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy: deux millions d’euros depuis son départ de l’Elysée. Une nation proche de la faillite accorde des sommes mirobolantes à ses anciens dignitaires, et personne ne semble s’en indigner en France. Vu de Suisse, où les retraites des conseillers administratifs, d’Etat et fédéraux font régulièrement l’objet de vifs débats, une telle légèreté dans les dépenses publiques prête à sourire.

 

Si la lutte contre l’évasion fiscale peut être effectivement légitimée, elle ne doit pas pour autant conduire à violer des lois dans des pays étrangers pour récupérer des fonds soustraits au fisc français. Regardez donc, Mesdames et Messieurs, avec quelle arrogance, quelle fougue, quelle duplicité tous ces représentants politiques vous font la morale, tentent de vous laver le cerveau, pointant du doigt l’ennemi qui évade le fisc. La vérité est autre: l’ennemi est à l’intérieur même de la France. C’est la classe politique qui ment sciemment au peuple, lui faisant croire qu’aujourd’hui, le seul moyen de baisser la dette du pays, c’est de poursuivre tous ceux qui pratiquent l’évasion fiscale. C’est totalement mensonger. Des réformes peuvent être faites. A commencer par une évidente remise en question du fonctionnement de l’Etat. La comparaison est flagrante. La France est le pays où la part de l’administration publique dans l’économie réelle est la plus élevée en Europe. Cet étatisme absolutiste, qui conduit des présidents-monarques à la tête de l’Etat pour défendre les intérêts d’une classe composée d’énarques et de parvenus, ne peut plus perdurer. Avec ou sans la récupération des fonds évadés, si la France ne change pas drastiquement sa philosophie politique en matière d’administration publique, elle est condamnée à la faillite.

 

Grégoire Barbey

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19/07/2013

Ueli Maurer en Chine: la Suisse sourit jaune

A chaud, 19.07.13

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 Ueli Maurer. Le président de la Confédération s'est hasardé sur les événements
sanglants de la place Tian'anmen. Oubliant peut-être qu'il représentait la Suisse.


Alors qu’en France les députés s’en prennent verbalement à la Suisse dans l’affaire de l’arrestation de Pierre Condamin-Gerbier, remettant en cause son système démocratique, le président de la Confédération Ueli Maurer s’illustre par une déclaration invraisemblable. Interrogé par un journaliste de la SRF sur le risque que sa visite d’une division blindée chinoise soit reprise à des fins de propagande, alors que «l’armée a tiré sur le peuple et réprimé le mouvement démocratique dans le sang», Ueli Maurer a répondu: «je pense que nous pouvons tirer un trait sur cette affaire depuis longtemps». Evidemment, de tels propos surprennent. Est-ce le moment de se mettre à dos toute l’opinion occidentale en réhabilitant les actes barbares d’une dictature? Pas sûr…

 

Il est probable qu’aujourd’hui en Occident, plus personne ne songe vraiment à cet événement. La question se pose toutefois de savoir si c’est le rôle de la Suisse de s’engager sur un terrain aussi glissant. Notre pays est depuis longtemps le centre névralgique de nombreuses organisations internationales et non-gouvernementales, dont une grande partie œuvre pour la paix dans le monde. Quelle va être la réaction de ces organisations face à cette déclaration? La Suisse est-elle tenue de s’illustrer sur la scène internationale en s’exprimant sur des sujets aussi sensibles alors qu’elle est au cœur d’un conflit fiscal sans précédent? D’un point de vue purement stratégique, il serait raisonnable qu’Ueli Maurer nous explique son objectif. Parce qu’il semble difficilement cernable. Comme embrumé dans un linceul rougeâtre. L’évasion de l’esprit. Le néant absolu de la communication. Le président de la Confédération a peut-être tout simplement oublié, l’espace d’un instant, qu’il représentait la Suisse.

 

Grégoire Barbey

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La communication façon private joke du PDC

A chaud, 19.07.13

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Page Facebook du PDC. Le parti s'essaie à une communication plus légère.
Mais n'est-ce pas trop «private joke» pour le citoyen lambda?

 

La communication du Parti démocrate-chrétien (PDC) sur les réseaux sociaux prête à sourire… jaune. La page dédiée à la section genevoise en vue des élections cantonales du 6 octobre prochain affiche régulièrement des images caricaturales (cf. ci-dessus). A vrai dire, je ne comprends pas très bien la démarche. Faire rire les électeurs, pour autant qu’ils se rendent sur la page du PDC? Ou démontrer concrètement l’absence d’idées du parti, qui préfère donc surfer sur la polarisation plutôt que d’apporter des solutions concertées pour Genève? D’autres questions se posent. Quelle entreprise de communication a été mandatée pour réaliser ce travail? Les instances dirigeantes du parti sont-elles satisfaites? En tout cas, ça n’apporte absolument rien à la démocratie…

 

Le PDC est dans une situation particulièrement compliquée à Genève. Réussira-t-il à convaincre au moins 7% des électeurs? La question peut se poser… les récents événements qui ont déchiré la formation politique de l’intérieur ne sont pas passés inaperçus dans l’opinion publique. Il va donc falloir convaincre au-delà des caricatures et de la polarisation. Oui c’est amusant, bon enfant, et probablement que cela fait rire les personnes engagées en politique qui tombent sur ces images. Mais le citoyen lambda, qui a déjà tant de peine à glisser son bulletin dans l’urne, est-ce qu’il trouve ça vraiment pertinent? Je m’interroge. Genève a besoin d’un centre fort, sans aucun doute. Il est donc dans l’intérêt du canton que le PDC se maintienne à son niveau actuel, ou progresse. Mais pour l’heure, je ne suis pas convaincu qu’une telle stratégie de communication porte ses fruits pour la formation orange…

 

Grégoire Barbey

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Pierre Weiss et l'ingérence à peine voilée

A chaud, 19.07.13

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Pierre Weiss. Le député PLR met en avant ses valeurs humanistes pour justifier
sa croisade contre le port du voile dans les établissements scolaires à Genève.

 

Pierre Weiss dit vouloir faire interdire le port du voile à l’école par humanisme. Son argument: il est convaincu par ses valeurs d’égalité entre les sexes et respecte les femmes. Comme je le répète depuis plusieurs jours, pour nous autres Occidentaux, cet argument a du sens. Sauf que nous ne sommes pas seuls au monde et qu’ailleurs, les us et coutumes varient. Je n’ai pas connaissance d’un impérialisme suisse et je ne pense pas qu’il y ait besoin d’imposer notre vision du monde à ceux qui ne la partagent pas. Nous devons respecter les cultures et les différences. Les femmes qui portent le voile sont libres de leur choix. Et si tel n’est pas le cas, alors elles doivent s’en plaindre aux autorités compétentes. A ce moment, il y a lieu que l’Etat intervienne à travers ses représentants. Mais tant qu’une femme accepte ça par respect pour ses croyances, nous ne pouvons l'en empêcher.

 

Parce qu’à trop vouloir faire le bien des autres malgré eux, nous ne faisons qu’empirer des situations déjà bien compliquées. Je ne crois pas qu’une seule femme qui porte le voile par conviction personnelle acceptera de bonne grâce qu’une loi le lui interdise. Ce serait difficilement compréhensible pour cette personne. Parce qu’à défaut de pouvoir s’intégrer sans nuire à quiconque, elle se sentira exclue, et à bon droit. L’humanisme, tel que je le conçois, couplé au libéralisme, ce qui devrait plaire à M. Weiss, implique de respecter les valeurs de nos semblables et leur liberté individuelle. Jamais un véritable libéral n’accepterait de légiférer pour octroyer à l’Etat la compétence d’interdire tel ou tel vêtement. C’est insensé. En mettant un interdit sur le port du voile, qui en réalité ne gêne probablement pas les élèves, qui sont souvent plus rationnels que les adultes, nous risquons juste de faire le lit de l’intégrisme. Et donc obtenir le contraire de notre objectif de départ. A cela, je crois que Pierre Weiss, qui lutte contre les ségrégations et le racisme à travers la CICAD depuis de nombreuses années, ne pourra guère rétorquer un argument valable.

 

Grégoire Barbey

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18/07/2013

L'Etat choisira bientôt nos sous-vêtements

A chaud, 18.07.13

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Eric Bertinat. Après Pierre Weiss, c'est le député UDC qui prend publiquement position
en faveur de l'interdiction du voile à l'école. Motif: les valeurs judéo-chrétiennes.

 

La question du voile à l’école est débattue depuis quelques jours à Genève, suscitant l’ire de certains et l’approbation des autres. Le problème qui se cache derrière ce débat stérile, ce n’est pas tant de savoir si le voile est compatible avec les institutions suisses (pourquoi pas, d’ailleurs?), mais plutôt: est-ce que nous voulons donner le droit à l’Etat de décider comment nous habiller? Effectivement, nous sommes dans une période où les interdits jouissent d’une bonne réputation au sein de la population. Si elle veut restreindre ses libertés individuelles, aussi paradoxal que cela soit, elle en est libre.

 

Toutefois, je ne crois pas qu’il faille accorder à l’Etat cette possibilité de légiférer sur les tenues vestimentaires adéquates, excluant de facto les autres. Est-ce qu’il faudra montrer nos sous-vêtements à l’entrée des bâtiments publics pour pouvoir y accéder? Est-ce qu’une bague, un collier, voire une boucle d’oreille pourraient devenir soudainement l’objet de débats parlementaires interminables? Nous avons probablement bien d’autres soucis à régler que de s’occuper du code vestimentaire des citoyens. Et puis quoi encore? Décidément, je suis profondément hostile à toute tentative de s’introduire dans la sphère privée des individus, et leur dicter quoi et comment faire. Nos libertés n’ont pas à être sacrifiées sur l’autel de l’ingérence et du «tout sécuritaire». Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

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16/07/2013

Pascal Décaillet: la messe est dite

Jet d’encre, 15.07.13

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Pascal Décaillet. Il ne fait pas bon d'afficher des avis
contraire à mon éminent confrère.

 

Pour la seconde fois en moins d’une semaine, Pascal Décaillet m’a retiré de sa liste d’amis sur Facebook. J’ai en effet eu l’outrecuidance de publier un article sur mon blog exposant sa photo, où je mentionne qu’il est l’un des chantres romands de la défense du souverainisme. Quelques jours plus tard, je poste un autre article, cette fois-ci sur Michèle Künzler, pour dénoncer les attaques qu’elle subit continuellement depuis des mois. Dans ce dernier, aucune référence à Pascal Décaillet. Il a cependant dû se sentir visé, puisqu’il a à plusieurs reprises publié des articles remettant en cause la conseillère d’Etat, allant jusqu’à demander son départ (GHI du 07.03.13). Il est évident qu’un jeune impétueux comme moi n’a pas le droit de remettre en question le verbe d’un confrère plus expérimenté.

 

Et pourtant! Je ne me permets pas de m’attaquer à son travail, duquel j’ai un profond respect et dont j’ai encore beaucoup à apprendre. Ce sont ses idées et ses méthodes que j’aime parfois à dénoncer. Comme par exemple son habitude récurrente à surfer sur la vague de l’opposition au service public. C’est ce même Pascal Décaillet qui a travaillé 17 ans à la RTS, ayant d’ailleurs fondé l’émission politique Forum. Il en va de même pour son incessant recours à l’Histoire. Certes, il est essentiel de se référer au passé pour comprendre le présent. Mais de là à ériger en modèle tout ce qui s’est produit précédemment, il y a un fossé que je ne traverserais pas.

 

On ne peut pas refaire l’Histoire politique de la Suisse. Mais rien n’empêche d’avoir des idées pour l’avenir, qui ne vont pas nécessairement dans le sens des courants du passé. C’est pourquoi je conteste avec force la vision romantique qu’il donne de la Suisse, avec son arrière pays, son «pays profond». La vision intellectuelle n’est pas dénuée de fondements non plus. Chacun a sa façon de concevoir les choses.


Les approches peuvent être différentes sans pour autant valoir des dénigrements perpétuels. Un peu comme le fait régulièrement Pascal Décaillet à l’égard du Temps, qui assume une ligne éditoriale plus mondialiste que ne l’est mon éminent confrère et qui écope de ce fait de multiples critiques de sa part. Le Temps serait trop ci, trop ça, pas assez comme ci, pas assez comme ça. Assurément, le journal n’est pas adapté à sa vision du monde. Et alors? Il faudrait qu’il y ait une seule presse, celle qui partage la vision de Pascal Décaillet? Les autres n’auraient donc pas voix au chapitre…

 

C’est ainsi qu’à trop vouloir défendre des idéaux passés, Pascal Décaillet oublie de vivre avec son temps. Rien n’est plus dommageable que de ne pas vouloir réaliser certaines réalités. Comme le fait que le processus de mondialisation ne date pas d’hier. Plutôt du VIIIe siècle, comme le démontre Gérard Chaliant dans son ouvrage Vers un nouvel ordre du monde. La globalisation est une conséquence logique de l’évolution de l’humanité, et a débuté il y a plusieurs siècles. Un long cheminement qui semble bouleversé par les avancées rapides des technologies.


Mais ça, Pascal Décaillet refuse de le voir. Et donne des leçons d’Histoire à qui s’opposerait à son interprétation. J’ai la mienne, et j’y ai autant droit que lui. D’ailleurs à ce propos, s’il fallait être en accord perpétuel pour figurer parmi ses contacts Facebook, alors il a bien fait de m’en retirer: je n’ai pas pour habitude de me taire lorsque je ne suis pas d'accord. Personne n’a le droit de m’empêcher de m’exprimer. Et surtout pas quelqu’un qui revendique la liberté d’expression et s’en sert à loisir. La messe est dite.


Grégoire Barbey

12:23 Publié dans Débats pascaliens, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | | | |