Gregoire Barbey

15/07/2013

Inclure plutôt qu'exclure les individus

Chronique, 15.07.13

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Société. Il nous faut œuvrer ensemble pour bâtir un modèle qui permette d'inclure
l'ensemble des êtres humains. Plutôt que d'un système basé sur l'exclusion de certains.


Je ne le dirai sûrement jamais assez. L’exclusion est un modèle de société duquel je ne me sens pas du tout solidaire. J’irai même plus loin: je ne veux pas vivre dans un monde qui base son fonctionnement sur le rejet d’une partie des individus. A cela, il y a soit la démission, soit l’engagement personnel. Et pour ma part, vous l’aurez compris, j’ai choisi de ne pas rester dans l’inaction. A ma façon. Avec la réserve qu’il me faut bien évidemment observer de par mon métier. Mais écrire, c’est déjà une façon d’agir. Je n’ai jamais prétendu avoir la science infuse, et ceux qui me connaissent réellement savent que je remets souvent en question mes propres réflexions. Je pense néanmoins qu’il y a quelque chose sur lequel je ne puis transiger: les valeurs humanistes.

 

J’ai un profond respect pour l’initiative individuelle, que je trouve à la fois valorisante et nécessaire, même dans une communauté. En cela, et pour de nombreuses autres raisons, je me sens très proche du libéralisme, plus particulièrement de ses théoriciens du XIIIe au XIXe siècle, qui ont contribué à l’émergence d’une pensée respectueuse de l’individu, et équilibrée pour une vie en société. Et c’est justement cet attachement au libéralisme et aux principes fondamentaux de la liberté qui me font refuser, viscéralement, toute société qui base sa législation sur l’exclusion. Je suis convaincu que nous avons toutes et tous un rôle à jouer dans une communauté, qu’elle soit de petite taille ou à l’échelle d’une nation, d’un continent.

 

J’aime les êtres humains, parce qu’ils cachent tous une richesse qui leur est propre. Il n’y en a pas un seul qui soit l’exacte copie d’un autre. Chaque individu mérite d’être connu. J’en suis intimement persuadé. Et j’essaie de mettre en pratique cette conviction au quotidien. Lorsqu’il m’arrive de rencontrer, par hasard, d’autres personnes, je m’attache à les écouter. A les comprendre. Et, lorsque c’est possible, de me mettre à leur place. J’ai à ce titre une chance monumentale: j’exerce une profession qui m’offre la possibilité de multiplier les rencontres. De celles qui ne seraient pas possible autrement. Je l’avoue, j’en profite pour aiguiser ma curiosité, et ma sensibilité. J’y prends d’ailleurs beaucoup de plaisir. Ici, un ancien conseiller d’Etat mû par le désir de partager son expérience. Là, des jeunes qui préparent un événement économique d’importance internationale.

 

Et ce sont les autres qui nous apprennent. Qui nous renvoient une part de ce que nous sommes. Nous informent de notre propre personnalité. Nous font évoluer. Dès la naissance, les rapports sociaux nous bonifient, nous améliorent. Nous sommes interdépendants. Plus encore dans une société où chacun est spécialisé dans un domaine particulier, permettant aux autres d’assouvir certains besoins s’en devoir s’en occuper. Il faut donc accepter une réalité: nous ne sommes rien sans les autres. Ils sont essentiels à notre développement, à notre survie. Et à notre bonheur aussi.

 

De ce fait, la société doit pouvoir accueillir l’ensemble des individus, en adaptant les législations pour rendre possible cette inclusion. Une place pour chacun, voilà un slogan qui me parle. Bien sûr, avec la liberté de l’occuper ou non. Parce qu’il faut aussi faire preuve de bonne volonté. La communauté, c’est un ensemble de règles qui doivent favoriser la cohésion sociale. Qui doivent permettre aux êtres humains de faire corps avec leurs semblables. Où chacun peut vivre sans craindre de l’autre. Aujourd’hui, nous en sommes malheureusement loin. Et je pense que c’est lié à une réalité très simple: notre modèle de société est basé sur l’exclusion. Alors plutôt que de nous tirer dans les pattes, essayons de nous entre-aider pour construire ensemble une société qui englobe tout le monde, sans discrimination aucune.

 

Grégoire Barbey

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Interdire le port du voile: hypocrisie totale

Chronique, 15.07.13

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 Pierre Weiss. Le député Libéral-Radical veut faire interdire le voile à l'école.
Il ranime ainsi de vieilles querelles. Tout en poussant les musulmans au communautarisme.


Le débat sur le port du voile à l’école revient en force à Genève. La Tribune de Genève a réalisé un sondage sur son site. Quatre-vingt pourcent des sondés sont favorables à l’interdiction. Il faut dire les choses telles qu’elles sont: le principe de laïcité ici défendu est extrême. Je ne pensais pas l’écrire un jour, étant moi-même agnostique, et plutôt attaché à la laïcité du domaine public. Néanmoins, je ne tomberai pas dans le piège qui consiste à s’attaquer au voile en arguant que ce bout de tissu est plus contraire aux principes laïcs que les croix catholiques que portent de nombreux élèves sans que cela n’ait jamais choqué personne. C’est une fois de plus: «faites ce que je dis mais pas ce que je fais». Et c’est fort malheureux. Parce que si l’on était à ce point attaché à la neutralité des institutions, l’on retirerait toute suggestion au catholicisme dans nos écoles. Et sur nos institutions. Or, nous ne le ferons probablement jamais. Il s’agit d’un legs de notre Histoire. Et de nombreux Suisses ne veulent pas y renoncer.

 

C’est donc un non-débat. Lorsque Pierre Weiss dit vouloir l’interdire, c’est son problème. Cela le regarde. Il ravive pourtant des combats d’arrière-garde, de ceux que l’on pensait abandonnés depuis longtemps. Visiblement il n’en est rien. Et c’est fort regrettable. Lorsque je lis ou entends l’argument selon lequel les femmes qui portent le voile sont soumises à leur mari, cela m’étonne. C’est un jugement péremptoire. Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision? Certes, c’est probablement un signe ostentatoire de soumission. Mais on ne peut pas rendre les gens heureux en leur imposant ce que nous pensons être le mieux pour eux sans leur consentement. C’est généralement une démarche vouée à l’échec, et qui poussera à un communautarisme beaucoup plus offensif de la part des minorités ainsi ségréguées.

 

Ce qui me navre le plus dans cette opposition au port du voile, c’est que ceux qui sont favorables à cette interdiction usent du principe de laïcité. Ils ne s’indignent pas lorsqu’un chrétien porte une croix pendant les cours, mais sont dérangés par le voile. Leur réaction est probablement plus symbolique que fondée sur un principe de neutralité religieuse. Celui de la culture étrangère, qui les fait se dresser sur leurs pattes arrière pour défendre leurs valeurs. En réalité, le nœud du problème se situe-là. Pour beaucoup, combattre le voile, c’est combattre l’Islam. Et donc se protéger de son accroissement en Suisse. Ce n’est cependant pas en s’attaquant à un symbole plutôt qu’un autre qu’on changera quoi que ce soit.

 

Encore une fois, à trop vouloir stigmatiser une population, on la pousse à se réunir davantage, et de ne vivre plus qu’en communauté, empêchant ainsi son intégration aux valeurs de leur pays d’accueil. L’exemple de la France est tout ce qu’il ne faut pas faire. Lutter contre l’ennemi musulman, prétextant qu’il cherche à nous envahir, c’est donner de la voix aux intégristes. En Suisse, nous n’avons aucune raison de nous plaindre des musulmans. Vivons en paix avec eux. Ils n’ont aucune raison de faire l’objet de notre mépris.

 

Grégoire Barbey

 

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14/07/2013

Du Künzler-bashing à la vacuité des idées

Chronique, 14.07.13

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Michèle Künzler. La ministre en charge du Département de l'intérieur, de la mobilité
et de l'environnement (DIME) est la cible privilégiée d'une droite aux propositions absentes.

 

La droite genevoise tire à boulets rouges sur Michèle Künzler depuis plusieurs mois. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement donnait aujourd’hui une interview dans Le Matin Dimanche, ce qui a donné lieu à de nouvelles réactions de mépris sur les réseaux sociaux de la part de certains politiciens. Loin de moi l’idée de défendre ou condamner son bilan, je tiens néanmoins à relever la facilité de ces attaques frontales. Que cela viennent d’élus ou de l’un de mes confrères en particulier, qu’importe. Les critiques sont faciles, et portent bien souvent sur des détails qui ne lui sont pas nécessairement imputables en premier lieu.

 

Mais il faut toujours, même dans un gouvernement, une victime expiatoire. Celle qui sera accusée de tous les maux. Celle qui, par l’opprobre publique, sera crucifiée à maintes reprises. Michèle Künzler joue ce rôle à merveille, et elle n’a pas toujours la présence d’esprit de s’en protéger, ses déclarations donnant bien souvent de l’eau au moulin de ses détracteurs. Mérite-t-elle les innombrables humiliations dont elle est l’objet? J’en doute profondément. Comme toute personne dans ce collège gouvernemental, elle doit tirer le bilan de ses réussites et de ses erreurs. Faire l’inventaire de son mandat, ces quatre dernières années. Et reconnaître publiquement lorsque dysfonctionnement il y a.

 

Rien ne justifie cependant ce lynchage constant, obsessionnel et continuel d’une certaine frange de l’échiquier politique. A trop s’en prendre à la même personne, que cela soit médiatiquement, sur les réseaux sociaux ou lors des séances plénières, ses détracteurs finissent par perdre toute crédibilité. A les écouter ou les lire, Michèle Künzler serait responsable de l’ensemble des problèmes qui ont lieu sur les routes à Genève. Comme si dans les autres villes, au demeurant souvent interdites aux voitures en leur centre, il n’y avait pas aussi des dérangements. Comme si un ministre était capable de palier au moindre détail. Accuse-t-on Pierre Maudet dès qu’il y a une agression? Il n’est pas plus responsable de cet événement que Madame Künzler ne l’est lorsqu’un feu saute au coin d’une rue…

 

D’ici au 6 octobre, nous aurons l’occasion de lire de nombreuses autres tirades à l’encontre de la conseillère d’Etat. Les autres membres du gouvernement sont moins exposés, alors les bienpensants à droite lui réserveront un feu nourri, à défaut d’avoir le courage et l’audace d’effectuer un droit d’inventaire sur le bilan des autres départements. C’est toujours plus facile de s’en prendre ad hominem aux responsables politiques plutôt que d’apporter des solutions. Et pour ça, si Michèle Künzler devait s’avérer incompétente dans ses fonctions, ses détracteurs le sont tout aussi sur le plan des idées, pourtant si essentielles pour dessiner les grands contours d’une législature. C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf…

 

Grégoire Barbey

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09/07/2013

Souveraineté: politiquement correct suisse

Jet d’encre, 08.07.13

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 Pascal Décaillet. Mon éminent confrère fait partie de ceux qui s'offusquent
instantanément de toute position qui ne valorise pas la souveraineté nationale.

 

La souveraineté en Suisse est l’émanation stricto sensu du politiquement correct. Ayez ne serait-ce qu’une fois l’outrecuidance de ne pas la respecter – par l’une ou l’autre de vos positions ou interventions –  pour que des Pascal Décaillet, Eric Bertinat ou Philippe Nantermod (pour n’en citer que trois) vous tombent dessus plus vite que leur ombre. Il y a comme une espèce de religion ancrée dans cette croyance populaire, inscrite effectivement dans le pacte de 1291 puis dans la Constitution, qui fait s’accrocher à ce vieux principe toute l’opinion publique. De grâce, ne soyez pas de ceux qui bravent les foudres de ces Messieurs-Dames toujours à l’affût du blasphème anti-souveraineté. Vivez heureux, vivez cachés. Vous serez bien mieux. Parce qu’aujourd’hui, il ne fait pas bon remettre en question certains diktats établis.

 

Si vous pensez différemment, il y a bien des chances pour qu’un de ceux que j’ai précédemment cités, ou bien d’autres encore, vous assassinent par voie de presse. Vous trouvez cela effrayant? Ça l’est en effet. Parce qu’à ma connaissance, le monde évolue, les rapports entre les êtres humains aussi, et plus encore les sociétés. De fait, les valeurs doivent s’adapter aux réalités structurelles des époques. Ce que l’on oublie bien volontiers lorsqu’il s’agit de se cramponner désespérément à des épouvantails. Comme si nous étions maintenant dans la même situation que ces trois cantons qui se sont alliés voilà huit siècles! Comme s’il fallait refuser toute négociation venant de l’étranger. Comme si, in fine, l’étranger était méchant par essence.

 

Ainsi peut-être mettons-nous le doigt sur le mot qui fâche: étranger. Eh oui! Refuser le «verdict de juges étrangers», tel est le cantique qu’ils scandent à outrance. Le Temps se permet d’orienter sa ligne éditoriale en faveur d’une certaine forme de mondialisme? Misère, quelle erreur inacceptable. Alors soudain, des textes surgissent, sur des blogs ou sur des réseaux sociaux, pour condamner cette légèreté. Oui, tout est fait pour que vous ne puissiez pas vous extraire du schéma souverainiste. Ces prédicateurs de la bonne conscience – ces prêcheurs de la bonne parole – ne se rendent pas compte qu’ils font exactement tout ce qu’ils condamnent. Ils imposent aux autres, par le nombre et par le verbe, leur amour de la Patrie tournée sur elle-même. Cette définition de la Nation qui a toujours prévalu. Jusqu’aux révolutions technologiques qu’a connues l’humanité ces dernières décennies.

 

Il n’est pas question d’avoir raison ou tort – ce que votre serviteur ne prétend surtout pas – mais de pouvoir émettre un avis différent. Avoir un sentiment qui n’est pas celui de la majorité. En rédigeant ces lignes, je m’expose à de vives critiques de ceux-là même que je dénonce. Parce qu’ici, je ne fais pas l’apologie de leur ligne maîtresse: la souveraineté. C’est le même refrain depuis vingt ans qui prévaut au sujet de l’Union européenne. A force de trop nous focaliser sur cette prétendue souveraineté, nous la perdrons pour de vrai. Celle qui permet au Peuple de s’exprimer, je ne la nie pas. Et à trop vouloir chanter les mêmes couplets sur un orchestre qui pour l’heure suit volontiers la partition, on prend le risque qu’un jour, tout ce que nous avons voulu défendre s’estompe parce qu’au-delà, les rapports de force sont nettement défavorables.

 

Alors d’un simple cri du cœur, je m’oppose vertement à cette pensée unique qui tente de mater toute forme de rébellion, toute tentative d’extraction hors du schéma souverainiste. Nous ne sommes les valets d’aucune forme de pensée. Nous sommes libres, s’il nous vient à l’esprit de le faire, de ne pas suivre le cheminement intellectuel du plus grand nombre. Ce n’est pas ceux-là qui nous empêcheront de réfléchir en-dehors des carcans imposés. Ces contempteurs de la liberté d’expression, je les honnis au plus haut point. Ils n’ont pas l’apanage de la vérité. Personne ne l’a. Et il est saint dans une démocratie qu’une pluralité d’opinions puisse persister et s’exprimer pleinement. Ils peuvent bien se mettre en meute comme des charognards affamés dès lors qu’on s’en prend à leur déesse Souveraineté, mais qu’ils comprennent bien une chose: ils ne pourront jamais nous interdire de ne pas partager leur avis. Même s’il devait s’avérer correct. Alors le politiquement correct souverainiste, basta!

 

Grégoire Barbey

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03/07/2013

Yves Nidegger et la propagande symbolique

Jet d’encre, 03.07.13

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Yves Nidegger. «Pour une fois qu’on a un vrai réfugié, je suis d’avis qu’il faut saisir
la balle au bond et lui accorder l’asile.»
 

 

Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) a déclaré à propos d’Edward Snowden: «Pour une fois qu’on a un vrai réfugié, je suis d’avis qu’il faut saisir la balle au bond et lui accorder l’asile». De tels propos ne sauraient passer inaperçu et méritent d’être relevés. L’ancien porte-parole de la secte Moon joue sur les amalgames même lorsqu’il n’y a pas lieu de le faire. Si l’on extrapole les dires de Monsieur Nidegger, tous les autres réfugiés acceptés par une procédure tout à fait légale seraient donc des menteurs et des hors-la-loi. Pour un individu qui prétend vouloir accéder au Conseil d’Etat en octobre prochain, c’est assez fort de café. Il va sans dire que les positions extrêmes d’Yves Nidegger en matière d’immigration sont connues.

 

Ce n’est pas pour autant une raison de laisser passer de telles attaques sous couvert d’humanisme. Ainsi donc, il conviendrait d’accepter Edward Snowden, qui a espionné la place financière suisse en tant qu’employé des services secrets américains, et en plus, il serait l’un des seuls vrais réfugiés? Difficile de ne pas s’interroger face à des affirmations aussi péremptoires. S’en prendre gratuitement à l’ensemble des réfugiés (et des étrangers) est une posture très commune aux membres de l’UDC. C’est même une marque de fabrique. La pique est habile, reconnaissons-le: l’ironie passe toujours mieux qu’un argumentaire bien rôdé pour démontrer la validité de sa position. Malheureusement, il n’en reste pas moins que la déclaration du conseiller national est fausse.

 

Répandre de telles inepties à l’égard d’une population entière est inacceptable. Je ne pense pas qu’Yves Nidegger accepte volontiers les amalgames de nos voisins qui comparent la Suisse à un coffre-fort de l’évasion fiscale. Il en va de même pour les réfugiés. Il y a évidemment une part irréductible d’individus malhonnêtes parmi eux. Mais de là à les mettre tous dans le même panier, il y a un pas qu’un prétendant à la magistrature ne devrait pas se risquer à franchir. D’autant plus que la révision de la Loi sur l’asile (LASi) a remporté les faveurs du peuple au début du mois dernier. La propagande peut donc s’arrêter, et Monsieur Nidegger peut employer ses forces pour des thématiques plus importantes à l’heure actuelle. Les amalgames, à force, ça devient lassant.

 

Grégoire Barbey

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28/06/2013

Le spectacle comme un jour sans fin

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Ils regardent le spectacle, confortablement assis dans leur siège. Ils ont attendu ce moment toute la semaine. Du lundi au vendredi, le dur labeur. Mettre le poing dans la poche. Accepter les critiques d'un patron aigri. Les commentaires déplacés d'une secrétaire médiocre. C'était long, mais ce moment – que tout le monde est en droit d'attendre avec impatience –, ils l'ont rêvé. Alors ils sont assis, là, ce soir. Et ils contemplent ce qui se passe là-bas, sur la scène.

 

Mais eux, sur la scène, ils n'y sont pas. Non. Eux observent, tout simplement. Leur vie n'a pas vocation à apparaître dans la lumière. Et ils le savent. Ils préfèrent l'ombre, la discrétion et l'anonymat. Pourquoi sont-ils là? Ils l'ignorent. C'est probablement mieux ainsi, d'ailleurs. Personne ne leur dit la raison de leur présence, ni le dessein de leur existence. Ils essaient de comprendre par eux-mêmes, mais peinent à y arriver. Ils s'imaginent qu'un Père les attend et veille sur eux, là-haut. Ils essaient tant bien que mal de s'expliquer ce qu'ils ne comprennent point.

 

Le spectacle, lui, continue. Ils ne font pas partie des acteurs. Ils sont ce qu'on appelle dans le jargon du métier des figurants. Et ils se figurent très bien dans ce rôle-là. A la place des acteurs, ils ne sauraient pas trop que faire. Eux, ça ne les intéresse pas d'être sous les projecteurs. Ils ne sauraient pas bien ce qu'ils feraient d'une certaine célébrité. Ce sont eux qui, chaque matin, soutiennent l'ensemble de l'édifice social. Ils sont là, à chaque coin de rue. Dans chaque entreprise. Ils viennent puis repartent. On ne les voit guère, mais nul n'ignore qu'ils sont essentiels.

 

La pièce, elle, ne s'arrête toujours pas. Les protagonistes s'apostrophent à tout va. Ils veulent se partager une part du gâteau, et chacun veut un morceau suffisamment volumineux pour apaiser sa faim. Le pouvoir. C'est justement ce qu'ils ne veulent pas, eux. Ils préfèrent regarder, dubitatif. La perplexité les conduit à ignorer toutes ces mascarades. Le mensonge? Ils ne l'aiment guère. Les faux-semblants? Très peu pour eux. Non, eux se content de vivre en respectant leurs semblables. Ils ont une famille, des amis, un travail. Sont en règle avec les impôts. Ils n'ont rien à se reprocher. Et quand ils voient ces gens, imbus d'eux-mêmes, se pavaner dans les travées des parlements, ils changent de chaîne. Après tout, les leur sont aux poignets.

 

Mais pendant ce temps, les comédiens s'acharnent à jouer leur rôle. Et d'autres, bientôt, prendront leur place. Comme les chaises musicales, ou l'hydre à neuf têtes, rien ne s'arrête vraiment jamais. Et la majorité, silencieuse, se contente d'acquiescer, parce qu'elle n'est pas intéressée par les masques, les costumes et le décor. Ce qu'elle aime, c'est la simplicité. Et tandis qu'elle néglige les règles, d'autres décident pour elle, et placent, avec intelligence et malignité, les marionnettes dont ils ont besoin pour assumer les prochaines représentations.

 

Comme un jour sans fin, le spectacle n'est pas prêt de s'arrêter. Et après-demain, c'est déjà le retour au travail. Le rideau se ferme. Mais n'espérez pas trop longtemps: ce n'est que l'entracte. Bonne nuit.

 

Grégoire Barbey

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25/06/2013

Finances publiques: on réforme quand l'Etat?

Chronique, 24.06.13

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David Hiler. Le conseiller d'Etat en charge du Département des finances à Genève avait
l'occasion historique de réformer l'Etat. Mais il n'a pas souhaité commencer cet ouvrage.

 

La Chambre de commerce, d’industrie et de services de Genève (CCIG) a publié une étude sur les dépenses publiques dans le canton. Loin d’être rassurant, le constat est même plutôt alarmant: Genève dépense 22'000 francs par habitant et par année, contre moins de 15'000 à Zurich ou à Bâle-Ville. Les recettes fiscales par habitant à Genève représentent presque le double de Zurich. Le rapport met également en exergue une réalité volontairement occultée par certains partis politiques: les salaires de la fonction publique genevoise sont les plus élevés en comparaison nationale. Il est bien évidemment connu qu’en période électorale, il n’est pas très convenable de s’en prendre au cartel de la fonction publique. D’autant plus qu’à Genève, il représente une importante part de la population votante.

 

La dette par habitant s’élève néanmoins à 35'000 francs (enfants compris) – en ne comptant pas l’engagement de recapitalisation des caisses de pension publiques. Elle est supérieure de 10'000 francs à celle de Bâle, et de 20'000 francs à celles de Zurich et Vaud. De ce fait, la CCIG signale qu’en raison de la crise, les hausses de salaires (quand il y en a), ne suffisent pas à compenser les augmentations des tarifs administrés par l’Etat. La classe moyenne est en première ligne et se retrouve sous pression. Le constat est accablant: le revenu réellement disponible des Genevois est le plus bas de Suisse (alors que les rémunérations sont parmi les plus élevées). 

 

Enfin, l’équilibre des recettes fiscales n’est pas garanti. Seuls 4% des contribuables disposant d’un revenu imposable supérieur à 200'000 francs contribuent à hauteur de 40% des recettes de l’impôt sur le revenu. Tandis que 45% des Genevois imposés contribuent à moins de 5% des recettes. Avec une imposition sur la fortune la plus élevée de Suisse (et même en comparaison internationale), et les récentes attaques des socialistes à l’encontre de certains modèles fiscaux établis (impôt d’après la dépense, bouclier fiscal), le risque de voir s’effondrer le fragile équilibre de cette pyramide est grand.

 

Malgré le projet de réformer l’Etat laissé dans les tiroirs du Département des finances par la libérale Martine Brunschwig  Graf, David Hiler n’a pas saisi l’occasion historique de changer la situation. Aujourd’hui, il convient de tirer certaines conclusions. Nul ne sait vraiment comment les fonds publics sont dilapidés aussi rapidement et au-delà des recettes disponibles. Les charges du canton sont-elles si importantes? Bien sûr, nous avons un hôpital universitaire, un aéroport international et bien d’autres infrastructures publiques. Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Zurich possède l’EPFZ, un aéroport plus important et une place financière tout aussi internationale qu’à Genève. Comment peut-il y avoir de telles disparités dans la gestion des finances publiques de ces deux cantons?

 

Il serait probablement bienvenu voire judicieux de se pencher davantage sur la question. En mandatant par exemple une entreprise externe chargée d’auditer l’Etat. Et que le rapport soit remis en main propre au procureur général, et non à l’Exécutif. Pour être en mesure de dessiner les contours du fonctionnement actuel de l’administration publique genevoise. Quelles sont les tâches de l’Etat? Que fait-il? Quels en sont les coûts? Avec la connaissance de toutes ces données, le Grand Conseil et le Conseil d’Etat seraient en mesure de débuter une grande réflexion sur les raisons d’être de l’Etat. Qu’est-ce qu’il doit faire, comment, avec quels moyens. Il y a peut-être des services dont l’utilité n’est pas démontrée. S’il est possible de les confier au secteur privé, l’Etat pourrait se rationaliser sans pour autant perdre de son efficacité. Bien au contraire.

 

Des solutions, il en existe sûrement plusieurs. Mais pour choisir laquelle privilégier, il faudrait commencer par lancer la discussion. Il ne suffit pas qu’une étude démontre l’incapacité de Genève à gérer ses finances publiques, cette réalité est malheureusement connue. Il faut porter le débat au sein de l’hémicycle. S’interroger sur les conséquences à tirer. Et mettre en place des politiques publiques qui soient adaptées. Pour l’heure, les citoyennes et les citoyens sont les dindons de la farce. Chaque année, ils contribuent à des taux parmi les plus élevés de Suisse. Pour lire ensuite dans les journaux qu’ils abreuvent un Etat incapable de ne pas dilapider les précieuses ressources qu’il reçoit de ses contribuables. Il ne s’agit pas seulement d’une discussion idéologique. Il faut exiger de la classe politique à Genève qu’elle prenne ses responsabilités. Et cesse instamment cette façon peu élégante de jouer à l’autruche. Il en va de la salubrité de nos finances. Et du bien être de l’ensemble de la population!

 

Grégoire Barbey

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21/06/2013

Le mensonge statistique en politique

 Chronique, 21.06.13

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Céline Amaudruz. La conseillère nationale (UDC/GE) affirme qu'il y a 450 habitants par
mètre carré en Suisse. Il y en a en réalité 165,9 par kilomètre carré en moyenne annuelle.


Céline Amaudruz (UDC/GE) déclarait hier soir au 19:30 de la RTS pour défendre l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse: «La Suisse est un des pays les plus peuplés, 450 habitants au mètre carré». C’est Jim Sordet (PLR/NE) qui a attiré mon attention sur ces propos à travers une publication sur son profil Facebook. Or, personne n’a réagi à la RTS pour démentir les dires de la conseillère nationale. Il convient donc de rétablir les faits. En Suisse, il y a 165,9 habitants par kilomètre carré en moyenne annuelle, ce qui est déjà conséquent. Mais d’après les propos de Céline Amaudruz, si l’on fait le calcul, nous arriverions à 18'900 milliards d’habitants en Suisse (42'000 kilomètre carré pour la Suisse multiplié par 450 habitants au mètre carré).

 

J’ai beau tenter de comprendre comment Céline Amaudruz arrive à ces chiffres, je n’y arrive guère. Qu’elle confonde, devant une caméra, mètre et kilomètre carré, ça ne serait pas bien grave. Mais même le chiffre en valeur absolue est largement surévalué. Enfin, ce n’est pas nouveau que le mensonge en politique est largement utilisé, surtout lorsqu’il s’agit de manipuler à son avantage des statistiques. Néanmoins, cette forme de propagande est assez symptomatique de l’UDC, qui fait ses choux gras en distillant la peur parmi la population. J’ai plus de difficulté à saisir la non-réaction de mes frères confrères de la RTS, qui n’ont tout simplement pas remis les pendules à l’heure. Ainsi, le citoyen mal informé a pu intégrer cette information sans se demander si, in fine, elle n’était pas quelque peu déplacée.

 

Une fois n’est pas coutume, nous laissons la désinformation se répandre et nous n’agissons pas contre. Pourtant, le mensonge est ici plutôt osé. Mais comme disait un défunt qui n’est pas regretté: «plus le mensonge est gros, plus ça passe». Un adage visiblement pris au mot par certains de nos représentants. Ce qui me dérange, c’est ce silence total. Pas de réaction. Pas de montée au créneau des opposants à l’initiative de l’UDC. On ne se bat plus, comme par trop lassé d’une propagande qui malheureusement fait son chemin. On peut débattre sans problème. A titre personnel, je suis contre cette proposition. J’accepte cependant qu’il y ait des avis contraires au mien. Par contre, mentir sciemment n’est pas tolérable. Ni pour les opposants, ni pour les initiants. Il s’agit de discuter des faits. De démontrer qu’il y a des raisons de voter pour. Ou de voter contre. Sans utiliser des artifices et sans inventer ou manipuler des statistiques.

 

L’instantané de l’information ne doit pas nous faire oublier certains principes essentiels: le respect de la vérité. C’est un travail de longue haleine que de tenter d’établir les faits sans en omettre. C’est souvent illusoire, d’ailleurs. Mais les chiffres sont les chiffres. Et les grossir pour convaincre n’a rien de glorieux. Il s’agit d’établir un lien de confiance avec le peuple, pas de lui raconter des sornettes pour qu’il nous mange dans la main. D’autant plus que les citoyennes et les citoyens ne sont pas idiots. Ils savent quand on leur ment. Et ils en prennent acte. En l'occurrence, j’espère qu’à l’avenir, lorsqu’un politicien travestira les faits à une heure de grande écoute, la vérité sera rétablie. C’est une question de salubrité publique. Et d’honnêteté intellectuelle. Rien que ça.

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15/06/2013

Plus proche du sol que de l'azur céleste

Coup de gueule, 14.06.13

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 Luc Barthassat. Le candidat au Conseil d'Etat subit les foudres de son propre parti. Il lui est notamment reproché de faire cavalier seul au détriment de son collègue Serge Dal Busco.

 

Mon confrère Raphaël Leroy révèle dans un article paru dans 20 minutes les tensions internes au sein du PDC à Genève. Luc Barthassat, conseiller national et candidat au Conseil d’Etat, se voit reprocher par la présidence et des membres du parti son attitude. Que lui reproche-t-on? De faire campagne. Oui, Luc Barthassat est candidat et désire être élu. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal. Mais voyez-vous, il y a dans ce parti – ce que je dénonce depuis plusieurs mois déjà – une certaine nomenclature. Des clans qui luttent. Et donc, Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ne trouve rien de mieux à faire que de s’en prendre à l’un des deux candidats. Celui qui, par sa liberté de parole et de pensée, fait craindre à la présidence la perte d’un instrument politique. Oui, si Luc Barthassat est élu, il agira d’abord en fonction de ses propres choix, et non nécessairement selon des décisions émanant d’en-haut. Quoi que ce haut, aujourd’hui, est plus proche du sol que de l’azur céleste.

 

A quatre mois du scrutin, la présidence sort déjà ses couteaux. On reproche aussi à Luc Barthassat d’avoir participé à l’ouverture du Bar à Whisky, le nouvel établissement des MCG Eric Stauffer et Carlos Medeiros. Un comble! Il y a donc des lieux qu’il convient de ne pas fréquenter pour ne pas déranger Madame Hirsch? Luc Barthassat ferait cavalier seul. Il a osé faire un tract individuel. En campagne électorale. Crime de baise-majesté. Quel drame. Mais qui donc reproche à Serge Dal Busco sa propension à se précipiter à tous les événements communaux pour poser en photo avec des personnalités locales? Personne! Et c’est normal: Dal Busco et Barthassat, même s’ils sont ensemble sur la liste du PDC, ne sont pas moins rivaux. Nous parlons de politique. De rapports de force. Il s’agit pour l’un et l’autre de convaincre le maximum de citoyennes et de citoyens.

 

Je suis totalement abasourdi par l’attitude de la présidence de ce parti. Plutôt que de réunir les candidats et ne pas prendre position pour l’un ou l’autre, celle-ci préfère tacler Luc Barthassat par voie de presse. C’est un comportement lâche et peu enclin à donner aux électeurs un sentiment de confiance dans un parti qui se mutile lui-même. Les deux candidats PDC ont de nombreuses qualités, certes différentes, certes propres, mais vouloir déjà s’en prendre à l’un d’entre eux pour maximiser les chances de l’autre, voilà une stratégie complètement ahurissante. Luc Barthassat dérange, même à l’interne de son parti. Et bien tant mieux: il n’en sera que meilleur conseiller d’Etat, parce qu’il ne se soumettra pas à la pensée dominante de son parti. Il agira en ministre, et non en instrument partisan. Aux citoyennes et citoyens de décider ce qu’ils préfèrent entre ces deux catégories de dirigeants. Pour le reste, Béatrice Hirsch serait bien avisée de se concentrer sur des problèmes plus importants que les tracts de l’un des candidats au Conseil d’Etat. Comme par exemple à la qualité de sa communication. Rendez-vous le 6 octobre!

 

Grégoire Barbey

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14/06/2013

Le double discours très pernicieux du MCG

Chronique, 13.06.13

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 Mauro Poggia. Même les prises de position du conseiller national MCG, pourtant beaucoup
plus consensuelles et nuancées, ne peuvent être totalement extraites du parti.

 

Certains membres du Mouvement citoyen genevois (MCG) me font souvent la même remarque: il ne faut pas faire d’amalgame entre les différents individus représentés au sein du parti. Si je suis d’accord sur le fond, j’ai plus de peine à admettre cet état de fait sur la forme. Oui, chaque membre a son caractère et ses idées. Le point de fixation, pour bon nombre de détracteurs du MCG, ne se situe pas exactement à cet endroit. Il s’agit plutôt du message véhiculé par le parti en tant que personne morale: les affiches, les brochures envoyées par courrier à tous les citoyens, et les diverses prises de position dans la presse et sur les réseaux sociaux. Concrètement, je n’ai vu aucun membre désavouer l’appareil de parti par rapport aux images qu’il transmet à la population.

 

Les symboles sont pourtant forts: entre une affiche qui promettait de «mettre un bon coup de balais (sic!)» dans Genève, les appels à la haine à l’encontre des frontaliers et les prises de position volontairement provocatrices, les exemples ne manquent pas pour démontrer que le discours de ce parti est porté vers l’émotion et non la raison. Pas sur tous les points, évidemment. C’est juste l’exploitation d’un créneau (celui du rejet de l’autre) qu’il convient de dénoncer. Et dès lors, un membre peut difficilement se dédouaner du message cultivé par le MCG, dont le fonds de commerce est essentiellement dirigé vers la promotion de l’emploi local. Une vindicte uniquement tournée à l’encontre des frontaliers, car dans les faits, je n’ai jamais vu une affiche remettre en cause l’arrivée de pendulaires à Genève. Ils ne font pourtant pas directement partie du canton, dans une logique de préférence locale, donc cantonale. Est-ce parce qu’ils ne traversent pas de frontière à proprement parler? La question demeure…

 

C’est donc difficilement justifiable de vouloir à la fois se revendiquer d’un message global (celui de l’appareil de parti) et de prôner la différence des opinions au sein du MCG. Non pas qu’il n’y en ait pas. Je précise bien ne pas douter de ce fait. Il faut simplement mettre l’accent sur une question de bon sens: si l’on prend sa carte de membre dans ce parti et pas un autre, c’est que le fond du discours principal – la colonne vertébrale si j’ose dire – séduit. Être membre du MCG, c’est accepter de porter sur soi la communication décidée par le parti. Et c’est difficile de s’en dédouaner totalement. Même Mauro Poggia, dont les prises de position sont souvent beaucoup plus consensuelles et surtout nuancées, ne peut pas s’extraire de la logique MCG. Il est navrant de voir de très bons éléments se mélanger avec des individus qui sont à l’extrême opposé. Lorsque je lis ce que je lis sur les réseaux sociaux de personnes se revendiquant du parti (et je ne parle pas des élus, en général), j’ai de la peine à distinguer les membres et le discours d’ensemble prôné par le parti. Je me dis, au fond de moi, que ses membres acceptent de revêtir un message particulièrement discriminatoire. Et rien que pour ça, je ne puis admettre ce double discours pernicieux. Quitte à déranger certains défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

 

Grégoire Barbey

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