Gregoire Barbey

07/06/2013

L'instrumentalisation du peuple par la gauche

 Chronique, 07.06.13

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Pierre-François Unger. Le conseiller d'Etat en charge du Département de l'économie a rappelé
que l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment.


Aujourd'hui, en matière de fiscalité, les socialistes décident d'orienter les débats en passant par le Peuple. Très bien, nous sommes en démocratie et le sujet mérite probablement d'être tranché par le souverain. Je suppute néanmoins, derrière cette tentative de laisser s'exprimer la volonté populaire comme de preux chevaliers rouges, une volonté d'instrumentaliser la véritable complexité de ces questions pour laisser s'exprimer pleinement les pulsions d'indignation de l'ensemble des citoyennes et des citoyens en situation modeste. 

 

Il est évident qu'avec des arguments aussi émotionnels, ceux prônés par cette gauche moralisatrice qui veut imposer son dogme à toute la population, l'électeur moyen sera tenté de voter oui la suppression de certains systèmes fiscaux, fussent-ils importants pour la pérennité de notre économie. En fait, cette gauche arrogante et populiste arguera à tout va qu'il s'agit d'un traitement inégal, et que l'égalité devant la loi n'est pas respectée.

 

Or cet argument, à la fois fallacieux et totalement en-deçà du niveau que requiert un tel débat, ne porte pas le sujet là où il doit être: qu'est-ce que l'impôt d'après la dépense, et pourquoi existe-t-il? En Suisse, le bénéficiaire d'un tel mode d'imposition ne peut exercer en parallèle une activité lucrative sur le territoire helvétique. A contrario, au Royaume-Uni, les «resident non domiciled» peuvent tout à fait obtenir des revenus dans le pays (tout en étant taxé à la fois selon l'impôt d'après la dépense et sur les revenus engrangés sur le territoire).

 

Il n'est donc pas imaginable d'acquérir des revenus dans notre pays issus d'une quelconque activité lucrative lorsqu'on est imposé d'après la dépense. C'est pourquoi cette forme d'imposition, majoritairement utilisée en Suisse occidentale, est utile: elle permet à des individus fortunés exerçant des activités à caractère lucratif dans d'autres pays (et étant donc taxés là-bas comme tout un chacun) de s'installer en Suisse au bénéfice d'un système fiscal non-discriminatoire. Parce qu'il n'y a rien qui ne les oblige à venir dans nos contrées, y dépenser leur fortune ou leurs revenus.

 

C'est un statut spécifique pour une situation particulière. Ces étrangers peuvent très bien choisir d'autres lieux s'ils sont plus intéressants fiscalement. C'est tout à fait compréhensible. C'est donc vain de parler d'inégalité devant la loi. Comme le rappelait si justement le conseiller d'Etat en charge de l'économie à Genève, Pierre-François Unger, l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment. Et c'est bien de ça dont il est ici question. Il n'est pas acceptable d'argumenter en ce sens pour éveiller l'indignation au sein de la population. C'est un argument sophistique et totalement déconnecté de la réalité.

 

Mais une fois encore, il y a derrière ces nombreuses attaques contre le système fiscal suisse, une volonté de remettre en question l'ensemble du fonctionnement économique tel qu'il existe aujourd'hui. Passant par des démonstrations complètement abracadabrantes, certaines personnalités au Grand Conseil genevois ont pu motiver l'abandon de ces régimes fiscaux différenciés parce qu'un individu à Zurich, un seul, a été en mesure de contrevenir à la loi en matière d'imposition d'après la dépense. Aucune loi n'est infaillible, et cette gauche étatiste, dont la volonté affichée de légiférer chacun de nos faits et gestes est honteusement portée en diktat et en idéal sociétal, serait bien inspirée de le comprendre avant de transformer nos codes de lois en véritables recueils s'opposant à toute forme de liberté.

 

Il s'agira donc, lorsque le peuple suisse (et genevois) sera appelé à voter sur ces sujets, de démontrer de façon accessible tout en ne trahissant pas la réalité des faits ce qu'il convient de savoir sur ces aspects fiscaux. Ce sont des dossiers particulièrement compliqués, et tout porte à croire que la gauche fera en sorte de garder le débat à un niveau suffisamment bas pour que les bonnes questions ne puissent être posées. Et c'est bien cela, chers lecteurs, qu'il convient d'éviter en pareille situation!

 

Grégoire Barbey

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30/05/2013

Union européenne: un mal nécessaire

 Chronique, 30.05.13

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 Union européenne. Que nous le voulions ou non, il faudra un jour se résoudre
à prendre les devants. Si possible avant qu'il ne soit trop tard!

 

Les citoyennes et les citoyens suisses semblent majoritairement opposés à une adhésion à l’Union européenne. C’est une réalité et elle n’est clairement pas remise en cause. Les arguments de l’opposition sont fondés sur des faits qui justifient une crainte pour l’avenir de notre pays. Mais j’aimerais ici exposer un avis – conscient d’être très largement minoritaire – sur une voie qui m’apparaît être la seule viable à long terme. Il y a des constats à émettre, et mieux vaut les partager avant qu’il ne soit trop tard. Car comme dit l’adage, nous sommes toujours intelligents après. Cependant, dans des contextes où tout un pays est concerné, les proportions n’ont pas la même échelle.

 

L’Union européenne pèche effectivement par son système politique, où la participation des citoyens est quasiment inexistante, pour ne pas dire totalement. Alors pour la population suisse, il est évident qu’un tel modèle n’est pas envisageable. Et c’est une raison que je soutiens volontiers. Il faut néanmoins nuancer ce fait. Si la Suisse devait adhérer à l’Union européenne, ça ne serait pas sans conditions. Et sans doute viendraient-elles des deux côtés. Ce qu’il faut impérativement comprendre, c’est qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de faire marche arrière dans la globalisation de notre monde. Les Etats sont voués, peu à peu, à disparaître. Les frontières qui persistent sont simplement juridiques. Mais concrètement, elles n’existent plus. La technologie a dépassé l’aspect matériel qui nous empêchait d’interagir à l’échelle internationale.

 

Il nécessite donc de faire le deuil de certains conforts issus d’un passé différent. Le contexte évolue, nos habitudes également. La société est en pleine mutation, et nos modes de fonctionnement sont en sursis. Il s’agit donc d’accepter ça sans nostalgie et de prendre les devants pour ne pas finir sur le carreau! Et ça passe, que nous le voulions ou non, par certains compromis. A nous de faire en sorte que ça ne devienne pas des compromissions. A l’heure actuelle, nous sommes plutôt sur la mauvaise pente. David Hiler me disait, lorsque je l’interviewais mardi, qu’il n’y a pas de solution gratuite. Il faisait en l’occurrence référence à la réforme de la fiscalité des entreprises. Mais je pense que son constat peut être extrapolé dans nos rapports à l’Union européenne. Nous avons choisi la voie des accords bilatéraux. Et force est de constater que cette solution a fait son temps.

 

Nous allons être amenés à devoir intégrer, petit à petit, les standards juridiques européens, puis internationaux. C’est déjà le cas en matière de fiscalité, où les pressions sont toujours plus fortes contre la Suisse. Sauf qu’aujourd’hui, personne ne peut plaider la cause de la Suisse à Bruxelles. Tout au plus quelques diplomates, dont l’efficacité n’est malheureusement plus véritablement avérée. Nous n’avons pas voix au chapitre et nous ne pouvons pas négocier de compromis dans notre intérêt. Les tenants de notre souveraineté nationale ne réalisent pas encore qu’à ce jeu-là, notre pays sera totalement perdant, et beaucoup plus vite qu’ils n’osent l’imaginer. Ce qu’il faut, c’est inverser la tendance. J’ai connu, à travers l’histoire de la Suisse, un pays audacieux, courageux, qui a toujours su se montrer ferme dans les affaires étrangères. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée, et exporter notre magnifique modèle politique à l’Union européenne?

 

Certes, une telle révolution institutionnelle ne peut avoir lieu en quelques mois, ni quelques années. Il faudra des décennies pour que la mondialisation arrive à maturité. Nous ne sommes que poussière dans une destinée que nous refusons visiblement de prendre en main. Votre serviteur est opposé à tout renoncement, et envisager une éventuelle adhésion à l’Union européenne n’est pas synonyme d’abandon. Au contraire, ça doit être le prétexte pour mener une bataille acharnée afin de faire reconnaître nos droits, et surtout notre importance. L’Union européenne s’est formée historiquement sur des besoins économiques. La communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en est l’origine. C’est donc tout logiquement que sa construction s’est attachée à l’aspect économique, négligeant la démocratie et la participation des citoyens à ce grand ensemble.

 

C’est peut-être à la Suisse, petit pays quasiment au centre géographique de l’Europe, d’apporter ce que l’Union européenne n’a pas encore mis en place. A celles et ceux qui seraient tenter de me traiter d’idéaliste, je leur répondrai qu’il n’y a pas de grandes réussites sans grandes ambitions. Rien ne se fera facilement, et ce n’est qu’en adoptant un esprit combatif que nous obtiendrons ce qu’il y a de mieux pour notre propre intérêt. Et je le répéterai encore et encore. Nous sommes à la croisée des chemins, une époque particulièrement passionnante à vivre car pleine de promesses, mais aussi de danger. Que l’on soit d’accord ou non avec mon constat, je suis convaincu et le resterai qu’à long terme, nous devrons nous plier à bien d’autres exigences. Autant mener les négociations avec dignité et surtout audace. J’espère simplement n’avoir pas besoin de dire un jour à mes amis s’y opposant: je vous l’avais dit.

 

Grégoire Barbey

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26/05/2013

Les vestiges de la haine des différences

 Chronique, 26.05.13

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Manifestation contre le mariage homosexuel. Des dizaines de milliers d'opposants
ont défilé dans les rues de Paris. Des policiers et un journaliste ont été blessés.

 

Nous vivons dans un monde incroyable. Il y a tant de luttes à mener pour des causes qui méritent d’être encouragées. Tant de choses qui peuvent nous réunir autour d’un même but. Bien sûr, nous sommes différents: nos pensées, notre éducation, nos modes de vie ne sont pas les mêmes et c’est tant mieux. Mais de grâce, pourquoi devons-nous nous battre pour ce que nous sommes? Que certains soient homosexuels, handicapés, végétariens, immigrés, qu’est-ce que ça peut bien nous faire? Ces individus ont le droit de vivre tels qu’ils sont. C’est valable pour tous: nous sommes libres de faire ce que nous souhaitons, tant que cela n’a pas d’atteinte sur l’intégrité physique ou psychique de nos semblables. Que l’on manifeste pour exprimer son désaccord sur un projet de loi ne me gêne en rien. Mais c’est sur le texte qu’il faut débattre, et non s’en prendre aux individus.

 

Heureusement que nous ne sommes pas tous faits des mêmes émotions, des mêmes comportements. Quel ennui! Quelle tristesse aussi… Je ne puis comprendre ce qui motive des êtres humains à se faire la guerre pour des détails qui ne regardent que les personnes concernées. Ce manque de respect de la sphère privée, cette ingérence dans la vie des autres, c’est quelque chose qui ne m’a jamais plu et ne me plaira jamais. Il y a des lignes à ne pas franchir, et quitte à ne pas comprendre ces gens différents, au moins respecter leur droit de ne pas être comme la majorité. Ce que je dis est valable pour toutes les minorités, toutes ces femmes et tous ces hommes opprimés parce qu’ils arborent des divergences par rapport au commun des humains.

 

La démocratie devrait être fondée sur le respect des minorités. Et c’est tout l’inverse. A chaque occasion qui se présente, la peur est distillée dans l’esprit des gens, et l’on méprise des victimes expiatoires, comme si montrer du doigt était un acte réconfortant. Comme s’il faisait bon de se sentir dans la bonne société, celle qui est conforme aux règles. Tous ces êtres humains ont le goût de ce qui est lisse, ce qui n’a guère d’aspérité. Et bien je les plains. Ce qui fait la beauté de notre système démocratique, c’est la possibilité de débattre sur d’innombrables sujets, de confronter nos idées divergentes pour tenter de trouver une entente qui convienne à la majorité. Mais ce qui convient au plus grand nombre ne doit pas pour autant affecter négativement ceux qui sont moins nombreux.

 

«La haine, c’est l’hiver du cœur», écrivit Victor Hugo dans ses Contemplations. Tous ces êtres humains qui se réunissent pour s’opposer à une catégorie de leur semblable montrent à la fois une peur de ce qui ne leur ressemble pas et une haine de ce qu’ils ne comprennent pas. Ce sont les vestiges de la haine, là où la lumière n’arrive point à s’engouffrer, où le cœur semble trop opaque pour laisser transparaître quelque rayon lumineux.

 

Ces détestations qui envahissent tant d’âmes humaines, je ne les comprends que trop bien, et c’est pourquoi je les combats. Elles sont la résultante d’une haine qui n’est pas celle des autres, mais qui est tournée d’abord vers soi-même. Pour s’ouvrir aux autres, il faut s’accepter tel que l’on est. Ce chemin, nul ne peut le faire à la place des personnes concernées. Tout ce que l’on peut espérer, c’est de les guider quelque peu. Et encore. J’aime à croire qu’un jour, ces différences ne seront même plus évoquées. Que tous, nous nous accepterons non pas pour ce qui nous différencie, mais pour ce qui nous réunit. Et pour qui sait observer, il y a bien plus de choses qui nous réunissent. Ce qui nous sépare est dans les détails. Comme le diable.

 

Grégoire Barbey

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21/05/2013

Le Théâtre du pouvoir

Chronique, 21.05.13

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Ils sont nombreux. Ils se parlent, s’écoutent, s’insultent. Alignés en cercle, ils prennent tour à tour la parole. Ils n’ont pas le choix: il le faut. Par conviction. Par nécessité. Sinon demain, qui sait ce qu’adviendra de la Cité. Rien de bon, cela va de soi. Comment diable pourrait-il en être autrement, d’ailleurs? Il s’agit de combattre l’ennemi. Et dieu sait s’il est partout. Alors ils entonnent, tels des cantiques appris par cœur, les phrases de leurs discours. Chaque mot est pesé. Chaque silence est mesuré. Il ne faudrait surtout pas rater la cible. De missiles téléguidés en drones camouflés, ils s’échangent quelques amicales rafales. Quand certains s’expriment, les autres se taisent. Ils ne sont pas beaucoup à savoir se jouer de l’assemblée. Les autres, tels des chorégraphes, s’expriment en gesticulant plus qu’en articulant. Ils déblatèrent quelques arguties, puis s’essoufflent et se taisent. Une élite, passée maître dans l’art d’attiser les querelles les plus secrètes, se joue de la majorité aux dépens des citoyennes et des citoyens. Et puis soudain, c’est la débandade. Les événements s’accélèrent. Les rythmes cardiaques aussi. Les mots s’enchaînent et les maux surviennent. C’est la guerre. Chacun est libre d’en rajouter autant que faire se peut. Les téléspectateurs regardent: il convient de croiser le fer. Pas de quartier, l’heure n’est pas à la rigolade. Et puis s’en vient le moment privilégié de la pause. Ils sortent du champ des caméras et redeviennent ce qu’ils sont réellement. Des êtres humains qui s’entendent relativement bien lorsqu’il ne s’agit pas de débattre de la dernière poubelle en date à remplacer.

Souvent même, à l’abri des regards indiscrets et des oreilles éveillées, ils se chuchotent quelques stratégies. Certains se promettent des choses. D’autres se concertent. Ils cherchent tous à obtenir une majorité pour tel ou tel projet. A la buvette, les inimitiés s’estompent. Pas pour tous, évidemment. Il y a les désabusés, et ceux qui y croient vraiment. Qui ne se contentent pas seulement de porter un masque. Et ceux-ci, généralement, ne participent pas aux petites verrées des autres. L’autosatisfaction n’est pas leur vice premier. Ni ce vers quoi ils souhaitent tendre. Ce n’est non plus une forme de reconnaissance sociale. Ils ne se congratulent jamais, quand bien même ils ont obtenu gain de cause. Ils connaissent la réalité des rapports de forces, et elle est impitoyable. Elle n’a guère ni pitié ni retenue. Tel un couperet savamment et patiemment aiguisé, la fatalité s’abat sur les espérances des plus naïfs, les moins rodés. Ceux qui pensent encore qu’il est possible de changer les choses. D’apporter des réponses à des problèmes. Qui ne voient pas la sclérose rongeant le système. Ils sont là, convaincus d’être le pont pour un meilleur, un meilleur qui n’adviendra jamais. Les autres, ceux qui connaissent les règles – il n’y en a pas! –, ne sont jamais surpris. Tout avait été méticuleusement travaillé et préparé? Tout devait bien se passer? Eh bien non. Changement de stratégie au dernier moment. Aux instants cruciaux. Lorsque sonne le glas de la défaite. Lorsque trépident les âmes ricaneuses. L’art de la guerre appliqué. Les meilleurs ne font guère de sentiments des plus faibles. Ils sont simplement charognards, prêts à toutes les vilénies pour atteindre leur but. Et tant mieux si les manœuvres sont difficilement compréhensibles aux profanes de la vie civile. Il vaut mieux cacher ce que l’on ne saurait montrer.

Puis ils reviennent, tous en rond, chacun à sa place. Le spectacle recommence. Les mêmes chorégraphies, avec les mêmes acteurs pendant plusieurs années. Puis vient l’heure de les remplacer. Et ce sont d’autres qui viendront rejouer les mêmes scènes. Qui referont éclater les mêmes scandales. Il faut faire avaler la pilule, et tant mieux si celle-ci passe toute seule. Au Théâtre du pouvoir, non Madame, non Monsieur, on ne recule vraiment devant rien. Dans un bassin plein de requins, seuls survivent les piranhas.

 

Grégoire Barbey

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18/05/2013

Le Municipal et la rhétorique du ridicule

Chronique, 18.05.13

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Conseil municipal de la ville de Genève. A trop vouloir faire les singes,
nos représentants vont finir par en perdre totalement leur crédibilité.

 

Je l’avais bien entendu l’autre soir depuis ma place à la tribune presse du Conseil municipal: dans le brouhaha environnant, un élu MCG a menacé d’arborer des croix gammées sur son bureau en réponse aux affichettes de la gauche pour la journée internationale contre l’homophobie. On peut dire ce que l’on veut de l’attitude des élus socialistes et verts. Mais la réaction du MCG est tout simplement inacceptable. Outre ceux qui veulent absolument souligner le fait qu’aucune affiche n’a lieu d’être au sein de l’hémicycle, il est des mots que la démocratie ne peut souffrir. Et des maux dont elle doit impérativement se passer.

 

Il est tout bonnement intolérable d’entendre de telles revendications. Il ne s’agit pas de refaire l’Histoire, tout le monde connait la référence. Entre militer pour une cause qui vise à défendre une minorité discriminée et en appeler à arborer le symbole de l’intolérance et de la folie humaine, il y a un fossé. Ce qui s’est passé ce mercredi soir au Conseil municipal ne doit tout bonnement plus jamais se reproduire. Il en va et de la crédibilité de nos représentants, et du bon fonctionnement de nos institutions politiques. Lors de la prochaine session du Municipal, il va falloir prendre ses responsabilités. Aux élus de proposer un durcissement immédiat de la réglementation dans l’enceinte du parlement communal.

 

Je suis à titre personnel profondément déçu d’avoir assisté à une telle débâcle en direct. Comment ne pas comprendre les véhémences des citoyennes et des citoyens à l’encontre de la classe politique lorsque celle-ci s’adonne à la démonstration théâtrale la plus ridicule? Ce n’est pas en continuant à se comporter comme des enfants en bas âge que la population va avoir envie de voter. Et le pire, c’est que cette attitude délétère est adoptée par le parti qui dit vouloir donner un coup de pied dans la fourmilière. Messieurs-dames les conseillers municipaux, de grâce, captivez-nous par l’émulsion de votre rhétorique politique. Plutôt que de nous assommer de vos enfantillages et de votre incapacité à vous respecter mutuellement. Ce serait déjà un grand pas pour Genève.

 

Grégoire Barbey

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17/05/2013

Errances intolérantes

Chronique, 17.05.13



Denis Menoud n'en est pas à sa première dérive ordurière. Ses invectives au Conseil municipal sont souvent retranscrites fidèlement par la presse genevoise et les réseaux sociaux. Sa dernière en date, alors que des élus municipaux de gauche arboraient sur leur pupitre des papillons où était inscrit "J'InterAgis" en soutien à la semaine de lutte contre l'homophobie, a fait mouche. Pour lui, cette campagne contre l'intolérance envers les orientations sexuelles différentes sont une façon de faire de la "propagande pour les pédophiles". La séance municipale a été interrompue par le président Jean-Charles Rielle à la suite de ces frasques et du refus des Verts et des Socialistes de ranger les affichettes. Monsieur Rielle, après la séance, me faisait part de son regret d'avoir dû en arriver-là. Il n'avait néanmoins pas entendu les propos de Denis Menoud à l'encontre des homosexuels.


Il y a quelque temps encore, le même individu faisait l'amalgame des orientations sexuelles entre êtres humains et la zoophilie. Comme si l'on pouvait intelligemment admettre un tel rapprochement, qui n'a guère lieu d'être. Il est évidemment compréhensible qu'à défaut d'avoir des propositions constructives à apporter pour la collectivité, Monsieur Menoud tombe dans la provocation la plus crasse. Comme Pascal Décaillet qui affirme sur son blog que le parlement n'est pas le lieu pour utiliser les méthodes de militantisme propre au peuple, je ne pense pas qu'il soit judicieux qu'un Denis Menoud ou n'importe quel autre personnage nous fasse la grâce de ses préjugés sur ce qui est différent de lui.


C'est dommage qu'un homme comme lui prenne aussi souvent la parole pour réduire le débat politique à son niveau le plus bas. Le MCG, qui évolue gentiment, conserve avec de telles interventions une image qu'il pourrait gentiment abandonner. Pour un parti qui veut redonner le pouvoir aux citoyens, c'est dommage qu'un représentant nous assène des clichés verbaux intolérants à l'encontre d'une minorité de ceux qu'ils représentent. C'est ce même parti qui veut privilégier l'emploi aux résidents locaux. Mais défendre tous les citoyennes et les citoyens, quelles que soient leur origine, leur vie privée, leur orientation sexuelle et leur façon de penser, ça ne semble pas être le combat du MCG. Ce serait pourtant un combat noble, respectable et qui sortirait des habituels clivages entre gauche et droite, trop souvent simplifiés pour faire penser que seule la gauche a une ouverture d'esprit suffisamment importante pour accepter tout le monde.


C'est encore un combat perdu d'avance. Toujours les mêmes lieux communs qui s'expriment de façon à la fois inappropriée et injurieuse. Les mêmes manières de stigmatiser des individus qui n'ont rien demandé. Il n'y a guère de quoi être fier du Conseil municipal de la ville de Genève. Aucune raison non plus de se réjouir des débats à venir, qui ne sortiront probablement pas du trend actuel. Mais ce Menoudgate aura au moins démontré quelque chose de positif: ni le groupe PLR, ni le groupe PDC sont tombés dans le jeu idiot de la provocation. Malgré le comportement militant de la gauche au sein de l'hémicycle. Et ça, c'est déjà quelque chose. Pour le reste, il faudra s'y habituer. Il reste quand même une solution pour éviter la cascade de débats houleux et putassiers: amender l'actuel règlement du Conseil municipal. Et supprimer, en cas de suspension de séance pour des motifs de comportements inadéquats, le versement des jetons de présence aux élus pour le jour en question. Comme à l'école, il faut menacer de la punition pour que les élèves se tiennent à carreau.


Grégoire Barbey

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11/05/2013

L'avenir du PDC à Genève est déjà en marche

 

Chronique, 11.05.13


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Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC-Versoix a créé une page Facebook dédiée
à son amour de Genève. Elle a déjà atteint 27.000 personnes la suivant.


Les candidats du PDC au Grand Conseil à Genève sont 49. Parmi eux, seule une poignée sera amenée à siéger à la députation. Une dizaine, au maximum. Peut-être moins. Mais probablement pas plus. Il y aura donc une quarantaine de déçus. Qui seront-ils? Il est impossible de le dire aujourd’hui. Ce qui est néanmoins déjà constatable, c’est les quelques noms qui se détachent dans cette liste, et qui prêtent à espérer un renouveau. Ils ne sont pas les plus connus du grand public. Ce ne sont pas ceux qui sont invités aux cocktails des petits amis. Pourtant, ils sont visibles, à leur façon, et dans un périmètre non-négligeable. Ils s’investissent avec passion, se donnent les moyens de faire entendre leurs voix discordantes, celles-là même qui dérangent la présidence du parti, de Béatrice Hirsch à Pierre-François Unger, pour n’en citer que deux.

 

Cette présidence est l’incarnation d’une caste au sein du PDC: celle des notables, des vieilles familles genevoises ayant donné beaucoup pour ce parti. Rien d’horrible là-dedans, bien évidemment. Si ce n’est que cette aile conservatrice sent gentiment le vent tourner. Elle le sent que trop bien, et ces petits candidats très connus à l’interne du parti pour leurs positions souvent progressistes et novatrices ne sont pas sans poser un réel problème. Ils pourraient devenir dangereux. Ils sont l’avenir, et la vieille aile du PDC le sait que trop bien. C’est indéniable: tout parti, quel qu’il soit, évolue au fil des époques. Aujourd’hui, les démocrate-chrétiens, que ce soit à Genève ou ailleurs en Suisse, sont face à des changements cruciaux. Ils doivent repenser leurs positions. Se remettre en question. Sont-ils encore en phase avec leur électorat historique?

 

C’est justement ces quelques candidats qui se posent ces questions légitimes. Ils le font avec conviction, persuadés qu’ils doivent apporter des réponses aux citoyennes et citoyens qui votent pour eux. Et ils dérangent une élite qui pense avoir tout calculé depuis longtemps, et dont la remise en question, même partielle, condamnerait à la disparition définitive. Qu’en est-il alors? Les possibilités ne sont pas nombreuses. Les candidats du renouveau doivent être marginalisés. Ils seront inévitablement biffés, mis de côté, dénoncés, trahis. Et ils le savent pertinemment. Certains s’en inquiètent. D’autres feront avec.

 

Parmi ces nombreuses personnalités à même de changer la donne au sein du PDC, j’aimerais en citer quelques-uns qui ne me laissent pas indifférents dans leur approche politique: il y a Alia Mangeat, Sébastien Kaech, Jean-Charles Lathion, Alain de Kalbermatten, Sascha Gorokhoff (qui n’est malheureusement pas candidat à la députation), Luc Barthassat, et beaucoup d’autres encore. Ils sont toujours motivés, présents lorsqu’il s’agit de battre le pavé, d’expliquer aux autres les différents enjeux à venir. Ils sont partout, le sourire aux lèvres, l’enthousiasme et la conviction marqués sur le visage. C’est ces personnalités, dont les moins connues le deviendront au cours des prochains mois, qui méritent d’être interrogées sur l’avenir du parti. Et qu’importe les pressions à l’interne, les tentatives de sape, les stratégies pour faire taire les voix qui s’échappent du carcan présidentiel. Il n’y a qu’un seul conseil à prodiguer: apprenez à les connaître, ils le méritent! Rendez-vous au 6 octobre.

 

Grégoire Barbey

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07/05/2013

Chant du cygne pour un maire amer

 

Chronique, 07.05.13

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 Iles de la Rade. Le bar est géré par le Fonds d’aide internationale au développement (FAID).
Mais il pourrait bien devoir fermer boutique suite au succès du recours de la Ville de Genève.

 

La Tribune de Genève annonçait hier sur son site internet le succès du recours de la Ville de Genève contre les Iles de la Rade, une installation éphémère où il était possible de venir pendant l’été consommer quelques rafraichissements et se remplir la panse. Grâce à Rémy Pagani (actuel maire de la Ville de Genève et instigateur de cette opposition), les Iles de la Rade ne pourront probablement plus obtenir d’autorisation pour s’établir sur leur lieu de prédilection. La raison? Rémy Pagani, dans sa grande bonté, veut «restituer l’espace et les vues aux promeneurs» et «réduire l’encombrement de la rade». Il serait essentiel de lui faire remarquer que le Jardin anglais, là où sont normalement installées les Iles de la Rade, n’est pas le lieu le plus adapté pour se délecter de la vue sur le Léman.

 

Sans compter qu’en faisant disparaître ce lieu de réjouissance éphémère, cela prive bien des citoyens (et autres touristes) d’un endroit accessible à tous les portemonnaies, qui soit à la fois agréable et convivial, et adapté à la saison de l’été. A chaque jour ensoleillé, les Iles se remplissaient à vue d’œil. Il va sans dire qu’elles répondaient à une demande des citoyens. Les en priver, c’est nier un besoin légitime: celui d’avoir des lieux agréables et originaux où se reposer, se libérer l’esprit et passer du temps loin des turpitudes du quotidien. Parce qu’à Genève, il n’est pas exagéré de dire que les lieux où sortir se réduisent comme peau de chagrin.

 

Cette propension à vouloir limiter l’attractivité festive du canton semble être un long travail de sape. Il suffit de prendre le train les vendredis et samedis soirs pour réaliser que des centaines de jeunes quittent Genève pour aller s’amuser ailleurs. Notamment à Lausanne. Mais l’inverse n’est pas vrai: ils ne sont pas bien nombreux à venir à Genève le week-end…

 

Rémy Pagani n’en est pas à son premier coup. Récemment encore, il se ventait dans le Matin Dimanche (28.04.13) – et sur une double page –, de multiplier les recours contre les constructions en Ville de Genève. Selon lui, il s’agit de prendre des décisions dans l’intérêt des citoyens. Il serait bien inspiré de comprendre qu’en moyenne à Genève, il faut entre 8 et 18 ans pour mener à bien un projet immobilier. Comment ne pas s’étonner ensuite de la hausse des prix, et de la contraction des logements vacants dans de telles conditions? Il faut bien amortir les coûts d’une façon ou d’une autre. Et plus le projet met de temps à se concrétiser, plus les loyers (ou les prix à l’achat) augmenteront significativement. C’est un basic…

 

Mais qu’à cela ne tienne, si Rémy Pagani nie la réalité, c’est son droit le plus strict. Il faudrait simplement lui rappeler quelques fondamentaux. Vouloir faire le bien des autres sans qu’ils n’aient rien demandé peut parfois avoir du bon. Sauf que le plus souvent, ces décisions n’améliorent en rien la qualité de vie du plus grand nombre. Bien au contraire. Alors, cher Monsieur Pagani, merci de penser aux badauds qui vagabondent sur les quais durant tout l’été. Mais la prochaine fois, demandez-leur s’ils apprécient un lieu sympathique sur le lac qu’ils aiment tant regarder pour étancher la soif qui les saisit après de longues ballades. Vous verrez, vous pourriez être étonné.

 

Grégoire Barbey

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06/05/2013

Eloge du respect en politique

 

Chronique, 06.05.13

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MCG. La nouvelle affiche de campagne pour l'échéance
des élections cantonales le 6 octobre prochain.

 

Les interactions sont nombreuses en politique. C’est un domaine où les idées sont propres à chacun. Certains en partagent quelques-unes, voire la majorité, d’autres en sont à l’exact opposé. Il n’empêche que derrière le discours et l’idéologie, il y a des êtres humains. Et c’est justement ça qu’il ne faut jamais oublier. Même dans l’émulsion des grandes confrontations. Dans les croisements de fer, où chacun veut avoir le dessus sur son adversaire. Il s’agit de garder à l’esprit qu’en-dehors des grands axes qui nous tiennent à cœur – pour certains, l’important est la place de la femme dans la société, pour d’autres, c’est la valeur des traditions, etc. –, il y a de nombreux sujets où nous sommes en accord avec la quasi-majorité de nos semblables.

 

Il suffit pour démontrer cette réalité de comparer les résultats de son smartvote. Mettons que vous soyez profondément de gauche et que le simple fait d’évoquer l’UDC vous colle de l’urticaire. Eh bien, regardez le pourcentage de réponses similaires d’un membre de ce parti que vous n’aimez guère. Même si vos points communs sont inférieurs à 50%, ils existent. Et démontrent qu’il y a toujours des sujets qui nous unissent. On a tendance à le nier, ou à l’ignorer, parce qu’il semble plus correct de se persuader qu’on ne partage rien du tout avec quelqu’un pour mieux le détester. Et pourtant…

 

Le respect, en politique comme ailleurs, est fondamental. Il s’agit de toujours être à l’écoute des autres. De se porter volontaire pour aller à la rencontre de ces personnes qui pensent différemment de nous. Il y a toujours des raisons, même si elles nous échappent a priori. Et c’est justement ça tout l’intérêt: sortir des sentiers battus. S’ouvrir à des horizons nouveaux. Les autres ne sont pas l’enfer, comme l’a jadis écrit Jean-Paul Sartre. Ils sont un tous l’expression d’un univers individuel, riche et puissant, grand et diversifié, qui peut toujours nous apporter quelque chose. Je suis intimement convaincu qu’on a toujours quelque chose à apprendre de nos semblables. Quand bien même tout semble nous séparer. Il faut simplement savoir mettre de côté ce qui nous divise pour mieux cerner ce qui nous rapproche.

 

Ce n’est pas de l’angélisme, mais un simple constat. Et je remarque trop souvent que le respect n’est pas mis en pratique, d’une façon ou d’une autre. Dernièrement, j’ai été particulièrement choqué par l’affiche de campagne du MCG, sur laquelle figure: «Les ennemis des Genevois. Frontaliers, assez!». C’est particulièrement grotesque et inapproprié. Ce ne sont pas les frontaliers qui sont les ennemis des Genevois. A la rigueur, ce sont des décisions politiques qui ont des répercussions (encore que, ça reste à prouver) négatives sur l’emploi à Genève. Mais jeter en pâture des milliers d’individus qui n’ont, pour la plupart, que le désir de nourrir leur famille de façon décente et dans des conditions salariales acceptables, c’est un excès que je ne puis accepter. C’est opposer les citoyens entre eux. Au-delà des frontières qu’ils traversent quotidiennement pour venir travailler à Genève, ces gens ont des sentiments, des émotions, des projets et des idées. Ils ont chacun une richesse dont on ignore la portée mais qui existe. Et c’est nier cette particularité que de les mettre dans la case «ennemis».

 

Encore une fois, ce n’est rien d’autre qu’un coup marketing. Ce n’est pas bien compliqué de comprendre les motivations des frontaliers qui viennent travailler en Suisse. Nous ferions exactement pareil si nous étions à leur place. La question qui s’impose, c’est comment limiter cet effet (s’il est vraiment négatif). Ce n’est pas de montrer du doigt. A quoi bon? Espérer qu’un jour un Genevois cède à l’émotion et tue un frontalier? C’est le but? Je ne peux pas considérer comme acceptable de jouer avec les sentiments des citoyens. Parce qu’au fond, ces gens sont comme nous. Et méritent le respect. C’est important de ne pas céder aux sirènes de la haine et d’être ouvert aux autres. Je le répéterai toujours, quitte à être rébarbatif, politiquement correct ou simplement ennuyant. Parce qu’il s’agit là d’une valeur qu’il convient de partager universellement, quelle que soit notre idéologie, notre religion ou même notre culture. Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

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29/04/2013

L'homme derrière les projecteurs

Chronique, 28.04.13

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Yvan Perrin. Le candidat de l'UDC a terminé troisième au premier tour des élections cantonales à Neuchâtel. Derrière les socialistes Laurent Kurth et Jean-Nathanaël Karakash.

 

Le premier tour des élections au Conseil d’Etat neuchâtelois a démontré aujourd’hui une évidente réalité: les citoyens, contrairement à ce que pensent certains démagogues, ne votent pas uniquement en fonction de ce qui est écrit dans les journaux ou dit dans les émissions de télévision. Ainsi d’Yvan Perrin (UDC), qui avait fait l’objet de vives critiques sur son état de santé de la part de ses adversaires et dans certains articles de journaux. Mis à nu par des révélations concernant sa vie privée (dont chacun jugera de la pertinence selon ses propres convictions, ne refaisons pas le débat), le candidat de l’UDC au Conseil d’Etat n’en est finalement paru que plus humain. 

 

C’est sur ce point qu’il faut insister: oui, les personnalités politiques sont des êtres humains. Il en va de même des dirigeants, ces gens qui sont élus par le Peuple pour accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Ces individus, légitimés par le suffrage universel, connaissent les mêmes faiblesses que les autres et souffrent également durant certaines périodes de leur existence. Qu’Yvan Perrin ait mis, ne serait-ce qu’un instant, le genou à terre pour mieux se relever ensuite, il n’en fait aucun doute. Et c’est peut-être grâce à cet aspect humain, cette sensibilité qui est la sienne (comme d’autres ont la leur), qu’il a pu en ce 28 avril 2013 réunir autant d’électeurs et finir troisième au premier tour des élections cantonales. Et probablement sera-t-il élu le 19 mai prochain lors du deuxième tour du scrutin.

 

Pour autant, Yvan Perrin ne manquera pas d’être jugé d’après ses actions s’il doit être effectivement élu. Ce qui est normal: un élu du Peuple doit rendre des comptes. Ainsi va la démocratie. Mais ses faiblesses, ses crises existentielles s’il en est, son humanité, à ça, nul ne peut lui en vouloir. Et à personne d’autre, d’ailleurs. La richesse de l’être humain, c’est justement ses accès de doute, sa sensibilité, sa nostalgie aussi, sa capacité à se remettre en question. Qu’un homme en proie à des incertitudes se batte avec autant d’énergie et de convictions (bien que je ne partage pas la plupart de ses idéaux) est une garantie: que même face à lui-même, à ses démons, l’homme se maîtrise, et sait garder le cap. Face aux attaques, il reste debout, le menton levé, les yeux fixant l’horizon. Car il s’agit bien de cela: l’avenir. Et ce sont ces femmes et ces hommes, tournés vers le futur, vers les lendemains de notre société, qui aident à bâtir de nouveaux projets.

 

Alors oui, Yvan Perrin, vous ne pouvez qu’être fier de votre réussite d’aujourd’hui. Parce que vous la devez à ce que vous êtes, et non à une image entièrement maîtrisée. Et c’est justement ces êtres humains sachant se nourrir de leurs faiblesses qui font les meilleurs dirigeants. Parce qu’avant de gouverner les autres, c’est leur cœur qu’ils ont appris à gouverner. Félicitations, rendez-vous le 19 mai.

 

Grégoire Barbey

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