Gregoire Barbey

10/04/2013

Sacrifier la liberté sur l'autel de la répression

 

Le Conseil d’Etat a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour installer 21 caméras de vidéoprotection aux Pâquis. Et a demandé un crédit de 1,9 million de francs pour mener à bien ce projet. Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité (DS) dit vouloir «dépassionner l722634525.JPGe débat». Si le débat est effectivement passionnel, la véritable question qui reste en suspens est: quelle sera l’utilité d’une telle mesure? Les pays ayant adopté la vidéosurveillance ne dégagent pour l’heure aucun bilan significativement positif de cette méthode répressive. Outre l’efficacité non-avérée des caméras pour réduire la criminalité, se pose la question des limites de l’ingérence de l’Etat dans la sphère privée des citoyens. Bien que les instruments de vidéosurveillance (ou vidéoprotection) soient installés dans des lieux «publics», l’individu est en droit de ne pas être surveillé. 

 

Et ce même s’il n’a rien à se reprocher. L’argument selon lequel un citoyen qui n’adopte pas un comportement criminel ne doit pas s’en faire ne tient pas. Toute séquence filmée est une interprétation d’un moment T. Ce qui signifie qu’en cas d’utilisation frauduleuse d’un document vidéo, des accusations pourraient être portées à tort à l’encontre d’un individu. Et toute nouvelle répression distille inévitablement de nouveaux comportements qu’il faudra également gérer par la suite, dans une logique d’Etat-liberticide. Et à nouveau, dans le même raisonnement, ce sont les citoyens qui paieront de leur poche la mise en place de ces appareils de surveillance.

 

Le constat d’aujourd’hui est simple: la faible protection des données privées engendre des dérives particulièrement péjoratives pour les individus et leur intégrité à la fois numérique et privée. Accepter la création d’une nouvelle base de données contenant des informations qui peuvent être sensibles selon les cas, c’est prendre un risque supplémentaire. C’est autoriser la manipulation par l’appareil étatique d’images reflétant des moments qui ne doivent pas perdurer au-delà de leur durée réelle. Si le seul effet de la vidéosurveillance est l’aspect dissuasif (qui n’est pas remis en doute, puisque comme expliqué plus haut, toute contrainte engendre des changements comportementaux), alors faut-il sacrifier la liberté d’être «laissé tranquille»? Ce n’est pas parce que de nombreuses entreprises privées ont recours à l’utilisation de caméras que l’Etat doit en faire autant et remplir les rues avec de pareils appareils.

 

L’autorisation sera évidemment donnée pour la mise en place de ce projet. Mais après les deux ans qui serviront de phase test, il sera nécessaire de tirer un bilan exhaustif de l’utilisation des caméras. Au cas où la criminalité aurait baissé, il ne suffira pas seulement de l’imputer à la vidéosurveillance: il faudra démontrer qu’il n’y a pas seulement eu une migration des individus contrevenants vers des zones dénuées de caméras. Et ne pas minimiser les autres facteurs qui peuvent entrer en ligne de compte et justifier une baisse – même partielle – de la criminalité. Au cas où le bilan serait par trop négligé, les citoyens devront prendre leurs responsabilités et signifier à l’Etat leur refus d’être filmés en permanence pour des résultats peu encourageants. Car sacrifier une partie de sa liberté n’est pas un acte anodin. Et quand bien même certains professent déjà la réussite d’un tel programme, il est impératif de se rappeler que l’Etat doit être au service des citoyens. Et non l’inverse. A chacun de se battre pour protéger ses données personnelles. Une chose est sûre: les faits sont tenaces. 

 

Grégoire Barbey

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14/03/2013

Les lois liberticides n'apportent rien à la société

De plus en plus d'initiatives populaires aboutissant sur des lois restrictives et punitives sont lancées. Leur finalité: restreindre les droits fondamentaux des citoyens. La liberté est jugée dangereuse. Ne pas réguler les faits et gestes des êtres humains conduirait à un darwinisme social. La loi du plus fort, en somme.
Les contempteurs des libertés chantent en choeur le même refrain: l'échec de l'autorégulation est démontrée. Il est l'heure de changer de modèle.

Mais l'actuel système ne fonctionne déjà pas sur l'autorégulation.
Les comportements dits dangereux sont pénalisés: rouler à une vitesse excessive, même si cela ne cause aucun dégât ni n'engendre d'accident, peut conduire à des sanctions disciplinaires. Retrait de permis, amende, privation de liberté. Les citoyens sont déjà cadrés par des lois similaires: c'est pour leur bien. Enfin, c'est un discours parmi d'autres, celui qui réunit actuellement le plus de partisans. La taxe poubelle aussi: pénaliser l'ensemble des individus parce que certains adoptent des comportements abusifs. Plutôt que de rechercher une solution ciblée, la facilité est de mise. Condamner tout un chacun au paiement d'un impôt pour leur donner une conscience écologique. Très efficace.

Cette croyance selon laquelle les lois permettent de réduire les problèmes est difficilement compréhensible. Si le constat est effectivement positif (moins de contrevenants), la racine du problème n'en est pas moins toujours présente. Il s'agit d'un sparadrap, d'une pommade. Elle donne bonne conscience, certes. Mais elle ne résout rien.
La drogue est une autre démonstration de l'inefficacité des lois répressives. Les consommateurs augmentent, la plupart des grandes villes en Suisse ont des quartiers où les toxicomanes se réunissent (le plus flagrant étant la place de la Riponne à Lausanne) et les autorités n'arrivent pas à endiguer cette progression. Les interdictions suscitent inévitablement des réactions comportementales chez les individus. Interdire la cigarette dans les lieux publics n'a pas pour autant résolu le problème sous-jacent: la consommation de tabac. C'est d'ailleurs aux seules personnes concernées de choisir si fumer leur convient ou non.

La tendance montante à l'hygiénisme confine à l'hystérie. Il faut toujours craindre les individus qui disent agir pour le bien des autres. Une société qui pense résoudre ses problèmes fondamentaux par l'instauration de lois liberticides et répressives ne peut fonctionner correctement. Cette ingérance à vouloir toujours s'immiscer dans la sphère privée des individus est dangereuse. Non seulement pour l'ensemble des libertés fondamentales des citoyens, mais également dans les rapports sociaux. Celles et ceux qui pensent savoir ce que les autres doivent faire devraient d'abord s'occuper de leurs propres problèmes. Chercher à contrôler les comportements est une erreur évidente.

Une attitude ne se change pas avec des lois. Comment faire pour résoudre des problèmes issus de comportements particuliers? C'est une réflexion profondément philosophique et sociologique. La confiance en l'être humain est nécessaire. Car seul l'individu peut décider de changer ou non son comportement. L'Etat, lui, peut lancer des signaux à travers des lois. Mais ne peut en aucun cas changer drastiquement l'attitude des citoyens par de nouvelles législations. Croire cela, c'est ignorer la complexité de l'être humain. Et l'individu n'accepte jamais volontiers une atteinte à sa liberté. Il la combattra de mille façons. C'est en cela qu'apporter des réponses répressives et liberticides n'a rien de positif pour l'ensemble de la société. Au contraire. Mieux vaut réfléchir à d'autres méthodes pour transformer durablement les comportements des individus.

Grégoire Barbey

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27/02/2013

Monsieur Perrin, vous êtes seul maître de votre destin

Monsieur Perrin,

Votre santé ne regarde personne, sinon vous et votre famille. Je ne partagerai jamais vos positions politiques: vous êtes pour moi l'incarnation de tout ce que je désire combattre dans les préjugés des gens. Mais je vous respecte, en tant qu'être humain. Personne ne mérite une exécution en règle comme le réalise aujourd'hui Le Matin. Le journalisme a beau être mon métier et ma passion, je ne puis tolérer la violation de certaines limites. Que vous soyez dépressif, que vous consommiez trop d'alcool ou que sais-je, ça n'a aucun intérêt pour le public. Aucun, si ce n'est flatter les pulsions voyeuristes d'une feuille de chou orangée.

Vous êtes, Monsieur Perrin, l'homme à abattre. Gardez-le en tête et continuez votre chemin. Il n'est pas nécessaire d'avoir la sympathie des journalistes du Matin pour exercer son mandat politique avec rigueur et vigueur. Il n'est pas non plus essentiel de plaire à une nomenclature qui veut tirer les ficelles de la politique en Suisse. Encore une fois, vos problèmes de santé vous concernent, et vous seul. Personne d'autre que vous ne peut juger de votre aptitude à siéger au Conseil d'Etat neuchâtelois. Vous n'avez rien fait de repréhensible, sinon d'être un homme avec ses faiblesses, ses peurs, son humanité et sa vie privée. J'ai pour vous aujourd'hui beaucoup de compassion, car ce que vous traversez en ce moment doit être particulièrement difficile.

Le journalisme est une vocation noble. Mais réalisé à de mauvaises fins, il peut faire bien des dégâts. Et détruire des personnalités, fussent-elles dans la police et habituées à encaisser bien des choses. Vous devez continuer à vous battre, pour vous, et pour prouver à cette clique de bien-pensants que vous êtes seul maître de votre destin. Laissez tomber ceux qui veulent se rire et se jouer de votre faiblesse. Elle ne vous rend que plus humain. C'est dans la faiblesse que la grandeur des Hommes se révèle. Faites-en bon usage. Nul ne mérite d'être ainsi traîné dans la boue. Pas même vous.

Grégoire Barbey

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21/02/2013

Sans-papiers contre sans-idées

Certaines personnalités ont de la peine à faire la part des choses entre leur haine farouche des étrangers et une réalité qui les dépasse. Dans un article de la Tribune de Genève rédigé par mon confrère Olivier Francey, nous pouvions prendre connaissance de la décision du Conseil municipal de la Ville de Genève d'approuver l'engagement de jeunes sans statut légal pour des places d'apprentissage. C'est une position louable qui mériterait plutôt le respect. Mais cause chez quelques-uns une forme de démangeaison qu'il serait utile de mettre en exergue.

Les messages sur les réseaux sociaux font florès sur le sujet. Avec une logique pour le moins discutable. En effet, certains (dont des élus ou de futurs candidats à l'élection du Grand Conseil) s'en prennent à la décision du Conseil municipal en arguant qu'il serait mieux de favoriser l'emploi des jeunes résidents Suisses possédant un statut légal. C'est l'exacte démonstration d'un populisme bas de gamme et sophistique. Parce que ce sont les mêmes individus (sans exception) qui se plaignent vertement des problèmes d'insécurité à Genève et dans le reste de la Suisse. Ils sont toujours présents pour monter au créneau lorsqu'il s'agit de critiquer les minorités. Mais lorsqu'il faut réfléchir, il n'y a plus personne. Proposer aux jeunes sans-papiers des possibilités d'insertion dans la vie professionnelle, c'est permettre à ceux-ci de sortir de la clandestinité, et tout ce que cela comporte.

Parce qu'il est bien question de ça, dans cette mesure prise par le Conseil municipal de la Ville de Genève: favoriser une insertion sociale pour celles et ceux qui arrivent dans un pays au sein duquel ils n'ont aucune existence juridique. Avec les conséquences que ça engendre. Condamner des jeunes à la marginalisation ne peut être toléré. En cela, favoriser l'apprentissage pour les jeunes sans statut légal est une décision pragmatique et positive pour l'ensemble de la société. Si ceux-ci profitent d'une insertion professionnelle efficace, ils éviteront peut-être ainsi la précarité à laquelle ils sont tristement destinés. C'est pourquoi ces personnalités qui critiquent cette décision font fausse route. Et se tirent plutôt une balle dans le pied en niant les possibilités d'un tel projet. Pourvu qu'ils s'en rendent compte.

Grégoire Barbey

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16/02/2013

Face à la répression et l'absence de liberté: la fuite

 

La politique liberticide à Genève causera l’inévitable fuite des jeunes cerveaux vers des horizons plus festifs et surtout moins restrictifs. L’avenir à la fois politique et économique d’une région réside dans la qualité de sa jeunesse. Mais la récente décision du Service du commerce (refuser à 28 bars la permission d’ouvrir jusqu’à deux heures du matin) ne fait que confirmer une réalité immanente à la mentalité genevoise: une incompréhensible fermeture d’esprit envers tout ce qui peut exprimer une quelconque forme de joie et de festivité. Le calvinisme règne en maître. Le dimanche, les stores sont fermés, les citoyens ne sortent pas ou peu. Tout le contraire des Espagnols, par exemple. Punir l’ensemble des acteurs de la vie nocturne à Genève revient à condamner le canton à une population toujours plus vieillissante, les jeunes s’évadant à Lausanne. Ville d’ailleurs éminemment réputée et attractive pour ce qui est des festivités nocturnes.

 

Toute obstruction à la liberté des êtres humains entraine nécessairement des conséquences sociétales, qu’elles soient rapidement identifiées ou longtemps ignorées. Certains feignent de les constater par lâcheté. La frustration n’apporte jamais des résultats positifs pour toutes et tous. Il n’est pourtant pas question ici de nier la légitime réaction des citoyens qui se plaignent du bruit. Mais ces déconvenues ne sont pas le fait de toutes celles et ceux qui sortent et vont dans des bars. En vérité, toute restriction est une solution inadaptée à la situation, et démontre le manque de réflexion des pouvoirs publics censés garantir le respect des libertés.

 

«La politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément.»

 

La démagogie de ces vieux de la vieille, qui eux aussi furent jeunes à leur époque et qui ont d’ailleurs connu les années fastes de la vie nocturne genevoise il y a trente ans, impliquera malheureusement des conséquences évidentes sur la fuite des jeunes cerveaux. Parce qu’il n’est pas démontré qu’un jeune s’expatriant hors de Genève revienne ensuite s’y installer pour travailler après ses études. Quitter la Cité de Calvin pour un autre canton, c’est découvrir une richesse méconnue dans la possibilité de jouir de sa liberté. Toute proportion gardée.

 

S’il faut relativiser cette décision, elle permet malgré tout d'émettre deux constats: la politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément; et il n’y a visiblement aucun ministre pour venir remettre un peu d’ordre dans cette gabegie qui dure depuis trop longtemps déjà. Punir tout le monde, c’est prendre le risque de perdre ceux qui se sentent injustement spoliés de leur liberté de vivre. Et de profiter de leur temps libre. Doivent-ils se sentir heureux dans une ville où il n’est pas possible de s’amuser lors de ses jours de congé? A chacun de répondre selon sa conscience. Remarquons tout de même le manque profond de réflexion de cette décision, qui causera inévitablement une érosion de la satisfaction des jeunes à Genève. Érosion qui, il faut le souligner, a commencé il y a déjà quelques années. Peut-être serait-il bon de rappeler aux technocrates et autres adeptes de la justice punitive qu’ils ont été jeunes aussi un jour.

 

Grégoire Barbey

21:59 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

18/09/2012

Note à l'intention de mes lectrices et de mes lecteurs

Note, 18.09.12 15h55

 

Comme je l'avais fait savoir à travers un autre billet publié précédemment, je me suis engagé dans le domaine du journalisme. Je pensais, à tort, que ceci me conduirait à devoir fermer mon blog au cas où je serais engagé dans une rédaction pour y suivre une formation complète. Débutant officiellement au premier du mois d'octobre ma formation au sein de L'Agefi, qui durera 2 ans, je continuerai malgré tout, au gré de mon temps libre et de mes envies, à chroniquer quelques articles sur mon blog.

 

Par ailleurs, j'en profite également pour remercier toutes celles et ceux qui m'ont témoigné, par leurs commentaires ou leur lecture régulière, leur profond soutien, qui m'a beaucoup servi pour m'engager dans cette voie-là. Depuis mes débuts sur les blogs de la Tribune de Genève, j'ai fait un certain bout de chemin, et je le dois en partie à toutes celles et ceux qui ont cru en moi jusqu'ici. Je ferai donc au mieux pour ne décevoir personne et vous offrir des articles toujours plus soignés et pertinents. A toutes et à tous, un grand merci ! L'aventure continue.

 

Grégoire Barbey

16:04 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

12/08/2012

À mes lectrices et mes lecteurs

 

Information, 12.08.12 17h12

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

 

Je tiens à vous informer que mon blog risque de ne pas être mis à jour les cinq prochaines semaines, car j'entreprends consécutivement deux stages au sein de rédactions (à l'AGEFI puis chez Vigousse), ce qui impactera de façon significative mon temps libre, les bureaux de ces journaux se situant à Lausanne. Et, selon toute vraisemblance, il se pourrait que je sois amené à devoir cessé mon activité sur cette plate-forme définitivement.

 

Il va sans dire qu'au cas où les événements évoluent dans cette direction, je vous avertirai sans délai. Permettez-moi de toutes et tous vous remercier pour votre assiduité, et l'intérêt que vous m'avez témoigné tout au long de ces derniers mois où je me suis évertué, tant bien que mal, à vous proposer des articles de qualité, quand bien même cette appréciation reste intimement subjective. Je continuerai, cela va sans dire, à écrire, mais n'aborderai peut-être plus les mêmes sujets...

 

Encore une fois, je vous fais part de mon immense gratitude, car le succès que mon blog a connu (une dizaine de millier de visiteurs mensuellement!) est essentiellement dû à un lectorat fidèle et régulier. Je suis infiniment flatté d'avoir suscité un tel engouement, et espère ne pas devoir, dans la mesure du possible, fermer boutique, tant j'aime cet échange, même silencieux, que nous avons, vous et moi.

 

Néanmoins, je suis toujours disponible si vous désirez prendre contact avec moi, soit par e-mail : gregoire.barbey@gmail.com, soit via mon profil Facebook ou ma page Twitter, tous deux régulièrement mis à jour.

 

Avec mes sincères remerciements,

 

Grégoire Barbey

17:25 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : absence, information |  Facebook | | | |

25/07/2012

La Tribune de Genève et la « presque information »

 

Chronique, 25.07.12 23h37

 

Grâce à la Tribune de Genève, j'affine mes connaissances, et acquiers une subtilité dont j'ignorais, jusqu'alors, à peu près tout. Notamment qu'il est possible de « passer près du suicide ». En effet, je savais, avant cette découverte intellectuelle, qu'il est envisageable de frôler la mort, ou de faire une tentative de suicide. Mais le « quasi-suicide », alors là, vraiment, je suis épaté. Concept qui va révolutionner le genre, sans doute. D'ailleurs, j'imagine déjà une rubrique, dans la version papier de la Tribune de Genève, des « presque informations », dans laquelle nous aurions droit à des articles qui nous décrivent des situations totalement incongrues, comme par exemple un chien qui a manqué de se faire écraser. En plus, c'est local...

 

... Et ça fait vendre. Parce que la réalité, derrière ces torchons, est économique. Il faut augmenter le lectorat, pour un journal qui peine de plus en plus à convaincre ses habitués. Alors, après tout, l'idée même de « non-suicide mais presque », elle, ne coûte rien, et peut éventuellement attirer quelques amateurs de papier-toilette à bas prix. Avec ça, il faut la touche « people ». Le côté jet set, cher à Genève et son calvinisme d'un autre âge. Enfin, tout est là, un cocktail qui va détonner, et surtout étonner de part son goût amer. Il ne faut pas espérer le digérer, ni même en saisir toute la nuance. Cela outrepasse nos capacités intellectuelles limitées, nous, pauvres lecteurs qui n'avons pour nous ni la culture ni la science de la rédaction de ce petit quotidien bleu... Bref, s'il y a bien une chose qu'ils n'ont pas loupé, ces derniers temps à la Tribune, c'est le ridicule. Mais c'est bientôt terminé. Ou presque.

 

Grégoire Barbey

23:56 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tribune de genève, ridicule, wc, torchon, coup de gueule |  Facebook | | | |

23/07/2012

Tomber le masque

 

Chronique, 23.07.12 22h52

 

Ce soir, pour une fois, je n'ai pas envie de porter de masque. Je ne vous parlerai donc pas de problèmes sociaux ou politiques, ni ne ferai de grands discours sur des sujets éloquents. Je désire me dévoiler un peu, car je remarque m'en être bien caché, peut-être à raison d'ailleurs, sur ce blog. Je constate également que certain-e-s de mes lecteurs/lectrices sont fidèles et viennent régulièrement consulter mes écrits. Dès lors, je souhaite leur rendre, en retour, toute ma sympathie et mon dévouement. Je n'ai, à vrai dire, jamais fait ça jusqu'alors. Sous une apparente transparence, je ne montre pas toutes mes facettes.

 

Celles et ceux qui me lisent depuis mes débuts sur les blogs de la Tribune de Genève ont sûrement eu l'occasion de comprendre que ma jeunesse ne fut pas de tout repos. J'ai vécu des choses que je ne souhaite à personne. Je ne rentrerai pas dans les détails, ce n'est pas le but, et mon objectif n'est pas de me victimiser. Au contraire. Il me fallait cependant rappeler cette réalité, pour que vous puissiez saisir les événements qui m'ont façonné. Tout au long de mon enfance, des forces que je qualifierai de négatives ont entravé mon développement. Pourtant, je me suis toujours accroché. Peut-être avec une certaine naïveté. J'ai voulu croire en la vie, persuadé qu'elle ne pouvait être si dure. Je me suis battu, longuement, et le fais encore à l'heure où je rédige ces lignes. D'ailleurs, tout le monde se bat, chacun à sa manière.

 

Mon combat, pour ma part, fut de dépasser certains comportements qui m'ont été inculqués, en réponse à mon quotidien délétère. Ce ne fut pas une partie de plaisir, et parfois encore, me coûte de nombreux efforts. Néanmoins, je nourris des valeurs qui me guident, et c'est de cela dont je souhaite parler ici. Jeune, j'ai traversé des périodes d'intense colère, où ma haine était dirigée vers les autres, comme s'ils étaient responsable de mon calvaire. Puis, j'ai appris. J'ai beaucoup appris. Très vite. Appris qu'il me fallait non pas détester autrui, mais faire en sorte de me sentir mieux avec moi-même. C'est le nœud du problème, et probablement la solution. Selon toute vraisemblable, un Homme qui pense avoir une grande quantité d'ennemis n'en a qu'un seul : lui-même. De fait, partant de ce postulat, toute haine à l'égard des autres se nourrit de soi, de celle, inavouée, que nous nous vouons à nous-mêmes.

 

J'ai voulu comprendre mes semblables, et pour cela, rien de tel qu'apprendre à me connaître moi-même. Comprendre que je n'étais pas seulement fait de moi, mais d'un ensemble, inextricable à première vue, d'événements extérieurs qui ont suscité des réponses comportementales diverses. À force de répétition, certaines attitudes, exceptionnelles, finissent par devenir la règle. La loi du cercle vicieux. Je ne suis pas adepte de psychanalyse, si le lecteur s'interroge. Je crois toutefois qu'il est possible de travailler sur soi, et cela sans théories universalistes. Pour cela, il faut continuellement s'adonner à l'introspection. C'est un exercice difficile, a priori, qui demande de poser sur soi-même un regard critique, qui ne souffre pas la subjectivité habituellement portée sur ses propres actes. Pour cela, rien n'est plus favorable à cet entraînement que d'accepter les remarques que nous font les autres. Évidemment, cela requiert une humilité certaine. De la patience et de l'indulgence.

 

Il ne faut pas être trop dur envers soi-même. À dessein, je l'ai été. Et le suis parfois encore. Mais ce qu'il est important d'évaluer, ce sont les acquis obtenus à la sueur d'un tel effort. Pour ma part, cette lutte contre mes comportements qui, à mes yeux, me semblaient inadéquats, m'a offert une sensibilité que je n'aurais pu obtenir par d'autres biais. Sensibilité qui me permet de relativiser l'attitude des autres êtres humains, quand bien même ce sont des situations dont j'ignore tout. Mon parcours m'a permis, empiriquement, de découvrir que nous ne sommes pas seulement forgés par notre propre « nature », et que les contextes sociologiques dans lesquels nous évoluons ont un impact majeur sur notre développement. Ce qui n'est pas irréversible, avec un travail constant et de longue haleine.

 

De vieux philosophes asiatiques et même grecs l'ont dit bien avant moi : l'ennemi est en nous. Je suis convaincu qu'il est possible pour tout un chacun d'être moins dur envers les autres en apprenant à se connaître réellement, et en reconnaissant ses propres erreurs. Nous en faisons toutes et tous, c'est normal. Encore faut-il l'accepter, et en tirer une leçon pour ne pas les réitérer. Mais pour ça, il est impératif de les percevoir, car si nous nous cachons la réalité, impossible de conclure quoi que ce soit. À force d'ouvrage, nous pouvons bâtir au fond de nous-mêmes une citadelle, comme celle dont parlait Goethe, si bien que rien ne peut ébranler nos fondations. Finalement, la confiance en soi, sincère et véritable, faite de tendresse et d'humilité, s'acquiert peut-être au prix d'une bataille acharnée contre ses propres contradictions.

 

Grégoire Barbey

23:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : développement, psychologie, réflexion, lutte |  Facebook | | | |

15/05/2012

Silence

Humeur, 15.05.12 14h30

 

Certains l'auront remarqué, je n'ai pas écrit depuis quelques jours. Ce silence est volontaire, car nous traversons toutes et tous des périodes où tout mot est de trop. Où même la parole trahit les états d'âme. Mieux vaut alors s'empresser de se taire. De ne pas céder à la tentation d'écrire. N'être rien d'autre que soi, et s'écouter, calmement, avec mélancolie et résolution. Aujourd'hui, écrire ces lignes me coûte bien plus qu'à l'accoutumée. Je ne saurais en décrire les raisons.
Sachons rester dignes, car le silence est d'or.

Grégoire Barbey

14:30 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : humeur, silence, écrire, décrire |  Facebook | | | |