Gregoire Barbey

04/03/2012

Aux dogmatiques de la bienpensance

 

Ils sont là, dans l'ombre, et attendent patiemment le moindre tressaillement. Ils observent, en silence, pour saisir une opportunité d'user de leur verbiage mal calibré afin de répandre leurs lapalissades. Ce sont toujours les mêmes, se pavanant d'une rhétorique égalitariste, à prêcher de grands et beaux discours sur la nécessité de respecter chaque individu, qui finalement crachent dans leur propre soupe. Leur credo est « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Les belles idéologies, peaufinées et lustrées, dont ils s'accaparent pour rentrer dans l'arène font bien souvent abstraction de la réalité tangible. Ils confondent théorie et pratique, usent d'amalgames scandaleux.

La tolérance, oui, mais pour autant que vous suiviez leurs idées. Celles et ceux qui démontrent des pensées antagonistes ou divergentes seront ostracisé(e)s sans pitié ni avertissement.

 

Ils hurlent à qui veut l'entendre leur anticléricalisme et sombrent pourtant dans d'obscurs dogmatismes. Certains d'avoir en leur possession les lumières de la Raison, ils iront jusqu'à nier des faits pour imposer leurs idéaux. Bravant les frontières de l'absurde, ils se jettent corps et âme en de longues argumentations sophistiques avec pour objectif de vous prouver qu'il n'y a justement rien à prouver. Ils plaident avec insistance que leurs discours sont tout ce qu'il y a de plus corrects, et qu'il va de soi d'adorer les mêmes idoles qu'eux. Les contradictions se taillent la part du lion en de telles circonstances.

Ils s'efforcent d'être clairs tout en ignorant que seuls les cours d'eau sans profondeur sont transparents. Mais ne vous y trompez pas : leurs luttes s'arrêtent aux réseaux sociaux, et lorsqu'il s'agit de s'engager physiquement, ils contesteront l'efficacité de ce procédé. Le chat qui n'arrive pas à atteindre sa nourriture dira toujours qu'elle est mauvaise ! Sous couvert de réflexions empathiques, ils érigent des temples à la gloire de leurs certitudes. Ils refusent le dialogue à celles et ceux qui ne sont pas de leur avis, et font usage des méthodes de répression qu'ils condamnent eux-mêmes.

C'est l'Art des insignifiants. Pléthore d'idéologies respectables, néanmoins aucun respect des autres.

Rien n'arrête jamais les langues de pute, sagement assises sur leur chaise de bureau, à scander virtuellement des slogans qu'elles taisent une fois passé le seuil de leur porte.

Ne vous formalisez pas, elles sont partout, et veillent, prêtes à s'extraire de leur réceptacle pour postillonner leur démagogie.

Il faut les occuper, en leur offrant de quoi tailler leur verbe, sans relâche. À trop parler pour ne rien dire, elles finiront par se déshydrater.

Et pendant ce laps de temps, faire diversion en frappant dans la fourmilière, là où sont réunis les insectes colporteurs des plus viles maladies dogmatiques.

 

Grégoire Barbey

18:21 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : dogmatisme, liberté d'expression, intolérance, insignifiants, lapalissades |  Facebook | | | |

29/02/2012

Contre l'homophobie de Gregory Logean, cité dans le 20 minutes du 29 février

 

À vif.

Le 20 minutes d'aujourd'hui nous gratifie d'un article pour le moins scandaleux.

Le titre est en lui-même révélateur : « Avec les parents homosexuels, l'enfant devient un objet ».

Les propos relevés sont ceux de Gregory Logean, un UDC valaisan.

« L’homosexualité est une affaire privée qui ne doit pas devenir une norme » nous dit-il. Il n'est nul besoin de faire remarquer la teneur homophobe que prennent les paroles de Logean. Peut-être ignore-t-il, perdu dans sa montagne, que le mariage hétérosexuel est en lui-même une forme très stricte de norme, socialement construite également. Que de nos jours, malgré toutes les atrocités que l'Histoire a fait subir aux homosexuels, des personnes un tant soit peu cultivées puissent tenir de telles horreurs me choque et m'indigne. Cette sacralisation de la famille relève de la pathologie, et cette mauvaise foi dont il fait usage n'a rien à envier à ses amis Blocher ou Freysinger.

Reconnaître l'homosexualité comme étant une part inhérente de l'être humain, et non pas selon la théorie freudienne, une névrose, me paraît être d'une importance capitale, ne serait-ce que par égard à toutes ces personnes dont la sexualité n'est pas socionormée.

« Un enfant a besoin de la double figure de l’homme et de la femme, d’un père et d’une mère, pour se développer de façon cohérente en sachant que seuls un homme et une femme peuvent concevoir un enfant dans l’ordre naturel. »

Je doute qu'un enfant ait nécessairement besoin à la fois d'une figure paternelle et maternelle. Cela relève une fois de plus d'une croyance populaire fondée sur des habitus très précis qui n'ont de justification qu'en tant que règles socialement adoptées. Ce qui est impératif pour le développement intellectuel et émotionnel d'un être humain, c'est des repères et des parents qui veillent sur son bien-être. L'enfant, lui, ne fera pas de distinction entre les sexes, son amour n'est pas « genré ».

« Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où «tout» serait possible: que les hommes soient des «papas» et aussi des «mamans», les femmes des «mamans» et aussi des «papas». »

Monsieur Logean a probablement beaucoup de préjugés et oublie voire ignore que les rôles de « père » et de « mère » sont tout autant arbitraire que l'est son jugement à l'égard des homosexuels.

Invoquer la nature est une stratégie pernicieuse et célèbre des conservateurs de tous poils, toutefois ces personnes ne réalisent pas que la « nature humaine » n'est au fond que l'intégration de diverses normes, règles et autres schèmes qui régissent une société, c'est-à-dire la vie commune.

L'être humain possède une incroyable capacité d'adaptation, et le restreindre à des coutumes et des traditions séculaires serait une triste manière de se considérer en tant qu'être vivant. Ne soyons pas stupides au point de ne voir que les symptômes d'une lente superposition de multiples croyances.

« Dans le cadre de l’adoption par des homosexuels, l’enfant devient un objet au lieu d’être reconnu pour lui-même. Pour le bien de l’enfant et de notre civilisation, nous ne pouvons pas permettre aux homosexuels d’adopter des enfants. »

Une fois de plus, la réflexion – pour autant qu'il me soit possible de nommer cela ainsi – de Gregory Logean repose sur des a priori surprenants. L'enfant ne devient pas un objet parce qu'il est adopté par des parents homosexuels, il l'est parce que certains veulent l'instrumentaliser pour en faire une lutte contre la diversité des préférences sexuelles. Je me réjouirai davantage pour la construction psychique et physique d'un bambin qu'il soit choisi par un couple homosexuel désireux de fonder une famille plutôt que des parents hétérosexuels qui se retrouvent face au fait accompli et l'élèvent malgré eux, dans des conditions effroyables.

« Encore une fois, permettre aux homosexuels d’adopter, c’est mettre en danger le développement de l’enfant et l’exposer à différents risques. »

Qu'il nous parle de ces fameux dangers, car je n'en vois pas, sinon se faire rabaisser par des personnes comme monsieur Longean, dont l'ouverture d'esprit est inversement proportionnelle à son arrogance.

« Je n’entends pas me laisser impressionner par le lobby homosexuel qui, sous couvert de lutte contre la discrimination raciale, espère me museler et m’empêcher de défendre des principes élémentaires de la vie en société. »

Ces principes élémentaires, quitte à devoir me répéter, sont arbitraires et ne trouvent une justification réelle que par la croyance à laquelle ils sont rattachés.

Plutôt que promouvoir une haine farouche à tout ce qui sort de la norme communément admise, ne faudrait-il pas œuvrer pour qu'il y ait moins d'enfants maltraités dans les familles traditionnelles, par exemple ? Je vois nettement plus de risques pour le développement d'un enfant qu'il soit exposé à des parents hétérosexuels violents que des parents homosexuels dévoués.

Il suffit de voir le nombre d'êtres humains qui souffrent d'être régis par des normes strictes qui ne laissent que peu de manœuvre à des comportements différents pour se convaincre que le problème est ailleurs.

Mais Gregory Longean a probablement des raisons personnelles de vouloir combattre une réalité qui le dérange. J'espère pour lui qu'il comprendra que sa lutte est une erreur et qu'il y a beaucoup d'autres thèmes nettement plus urgents où il serait impératif de s'investir avec autant de verve.

 

Concernant le choix des images pour l'article du 20 minutes, c'est tout simplement honteux.

 

Grégoire Barbey

 

 

http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/-Avec-les-parents-homos--l-enfant-devient-un-objet--20667872

 

28/02/2012

SOLDES : Un appartement 7 pièces pour 1800.- par mois sur Plainpalais

Chers concitoyens et chères concitoyennes,

Suite à la démission de monsieur le Conseiller d'État de la République et Canton de Genève Mark Muller, un appartement 7 pièces est désormais disponible sur Plainpalais pour l'incroyable loyer de 1'800.- TTC par mois. Bien évidemment, une telle affaire ne restera pas longtemps sur le marché, d'autant plus que notre ancien Ministre du Logement n'avait semble-t-il pas tout-à-fait rempli ses fonctions en terme de développement pour les familles avec plusieurs enfants à charge, soyez donc rapides !

Si cette incroyable affaire vous intéresse, je vous recommande d'appeler dès maintenant au 022 327 94 00* pour vous entretenir avec les responsables de cet appartement.


Sincèrement,

Grégoire Barbey

 

*Numéro du DCTI

17:51 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : genève, politique, muller, appartement, satyre |  Facebook | | | |

14/02/2012

Éloge faite aux Autres

 

Qu'est-ce que la vie, sinon un long voyage ?

Il n'y a pas à chercher une hypothétique vérité, ce qui importe, c'est le regard que nous posons sur les éléments qui nous entourent. Il faut avoir à cœur d'offrir aux autres ce que nous désirons pour nous-mêmes, parce que sans les autres, notre chemin serait bien vide. L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est les intentions que nous leur prêtons. Ce que nous sommes est comparable à une Cité, et nous voulons la protéger face aux envahisseurs. Comme Montaigne, enfermé une décennie entière dans sa tour, nous mettons tout en œuvre pour conserver notre intégrité. Parfois à s'en crever les yeux, et ne plus voir que les autres ne font que de nous tendre la main. Une lutte perpétuelle s'installe dès la naissance pour subsister le plus longtemps possible, pour défendre ce qui nous caractérise. Les autres ont besoin de nous définir, de nous mettre une étiquette, cela les rassure, et leur donne de l'élan pour affronter leurs propres difficultés. Faut-il pour autant se laisser abattre ? Arrachons donc ces pancartes qui veulent nous confondre dans un moule, nous ne sommes pas du prêt-à-porter, chacun d'entre-nous est unique, et mérite bien des égards face à la richesse dont il est porteur. Pourquoi infliger aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fassent ?

Ne voyons-nous pas qu'ils agissent exactement de la même manière que nous, à leur façon ? Oui, nos comportements sont souvent égocentrés, et cela peut s'expliquer facilement. Nous savons cependant que nous ne pourrions exister pleinement sans les autres. Nous découvrons pour la première fois que nous « sommes » lorsque nous percevons notre reflet, qui nous est renvoyé par le regard d'un autre. Sans cette aventure humaine, comment réaliserions-nous notre individualité ?

Il est impératif de chérir autrui, je sais que seul, je finirais par m'éteindre. Une unique bougie n'éclaire pas la nuit. Il en faut des dizaines, des centaines voire des milliers... Et plus encore. Ce n'est pas parce que nos valeurs se sont étriquées au fil des siècles que nous ne pouvons pas reconquérir ce que nous fûmes, jadis. Apprenons à nous connaître et à nous apprécier mutuellement. Ne nous laissons pas divisés, parce qu'ensemble, nous sommes forts. Unis, nous pouvons bâtir un futur à notre image. Nous ne devons pas nous soumettre face à l'intérêt de quelques-uns, mais nous fédérer pour le bien-commun. Nos différences et nos divergences créent notre singularité. Néanmoins, les inégalités fondent nos souffrances, et nous forcent à se battre les uns les autres. Un sourire partagé est un apport fondamental pour notre confort et notre estime de nous-mêmes.

L'idéologie individualiste est biaisée, aurais-je tort de le penser ? À l'heure où l'on nous parle de mondialisation, ou de moyens de télécommunication perfectionnés, il nous faut accepter que nous sommes interdépendants, et interconnectés. Il n'est pas nécessaire de faire référence à d'anciennes religions, il ne s'agit-là que de la réalité empirique de notre humanité. Je sais que les autres deviennent mon enfer lorsque je me ferme à eux. Pourquoi réagir de la sorte ? Nous avons tant à partager et à nous apporter, les uns aux autres. Nos cultures, nos traditions et nos lieux d'habitation nous façonnent. Nous en sommes prisonniers, d'une certaine manière. Pourtant, rien ne nous interdit d'utiliser notre prison à notre avantage. Soyons poètes, et inspirons-nous de nos barreaux pour nous emporter dans de somptueux rêves, hauts en couleurs. Ou alors, utilisons-les pour faire de la musique. Tout est possible, tant que nous en avons la volonté. Transposons à l'avidité de quelques-uns le désir créateur de la majorité. Unifions-nous, et partageons nos passions, la Terre est suffisamment grande et riche en surprises pour nous accueillir toutes et tous. Les biens matériels n'épancheront pas notre soif de reconnaissance, qui est humaine. Plutôt que consommer l'inutile, consommons l'originalité de nos semblables, dévorons-les de notre curiosité. Offrons-leur le loisir de nous connaître.

La vie serait bien morose si je n'avais pas autour de moi tant de personnes intéressantes. Je n'aurais jamais écrit ces lignes, ni toutes les autres, si je n'avais pas appris à parler grâce à leur aide. C'est ainsi que nous devons comprendre notre rapport aux autres. Un échange mutuel, qui nous grandit continuellement.

C'est pour ces raisons que je construis mon système de valeurs en ayant conscience de mes semblables, et que je leur souhaite les mêmes privilèges que ceux auxquels j'ai droit. Pour moi, le sel de notre existence, c'est les autres, quitte à ce que Sartre se retourne dans sa tombe.

 

Grégoire Barbey

20:53 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : autres, individualisme, respect, valeurs, partage, échange, réflexion |  Facebook | | | |

12/02/2012

Bilan de ce mois et remerciements

 

Un mois après avoir créé mon blog sur le site de la Tribune de Genève, dont deux semaines de réelle activité, je constate qu'il a pris un essor que je ne soupçonnais pas. Déjà plusieurs milliers de visites, quantité de retours constructifs, ainsi que des dizaines de rencontres édifiantes, plus encore un passage à la radio. Bref, je ne m'attendais pas à un tel « succès ». De nombreuses personnes rentrent quotidiennement en contact avec moi, et je dois reconnaître être quelque peu dépassé par les événements. En effet, je suis plutôt discret, en-dehors de mes écrits souvent virulents, qui m'ont d'ailleurs valu d'être considéré par quelques-uns comme étant un insolent. Peut-être est-ce effectivement l'impression que je donne à travers mes articles. Poser les questions qui dérangent, c'est mon leitmotiv.

 

Je n'appartiens à aucun parti, ni aucun courant de pensée

 

Ces derniers jours auront pour le moins été épanouissants. J'ai très vite compris qu'il y avait des intérêts en jeu, et plusieurs partis ont essayé de me convaincre afin que je rejoigne leurs rangs. En vain, bien évidemment ! Mon choix est fait, je ne me lierai à aucun parti, quel qu'il soit. Je n'appartiens à personne, et si je désire aujourd'hui m'investir dans le domaine politique, je compte le faire à ma manière, quand bien même cela pourrait déplaire à certain-e-s. Je suis un électron libre, et n'ai de compte à rendre à personne, sinon à moi-même. J'ai toujours eu en horreur les clivages, et cela vaut également pour la politique. Très vite, plusieurs personnes ont voulu m'assimiler à la « gauche de la gauche ». Pourquoi pas la « gauche de la gauche de la gauche » ? Tout ça n'a aucun sens pour moi. Il semble que pour beaucoup, il faille se rassurer en m'étiquetant un courant de pensée, ou des positions précises. Or, je suis indivisible. Même moi, à l'heure où j'écris ces lignes, je découvre encore où se situent mes intérêts, et les causes que je souhaite défendre. Il serait certainement très mal venu de me revendiquer de quoi que ce soit. Je n'en ressens pas l'envie, de surcroît. Je veux arracher les étiquettes, non m'en coller une !

Toutefois, il est très intéressant d'observer avec quelle verve nos semblables ressentent le besoin de nous cataloguer. Pourtant, encore faut-il que cela serve à quelque chose, concrètement. C'est, à n'en pas douter, une forme d'aliénation. Mon but premier est de déconstruire nos idoles, regarder au-delà de nos habitudes, car souvent les automatismes nous font oublier de penser.

Je n'ai pas besoin d'avoir une carte de parti pour faire de la politique. Si je désire me présenter à des élections, je peux le faire en tant qu'indépendant. C'est sûr, une telle initiative dérangerait. Sortir des schémas standards a souvent pour effet de déstabiliser. Et puis, diantre, comment soumettre quelqu'un qui n'a pas d'intérêt supérieur à ses propres idées ?

Je me revendique d'aucun parti et d'aucun courant de pensée. J'évolue quotidiennement, et mes positions s'affinent peu à peu. Tant pis pour celles et ceux qui se sentent menacé-e-s par ma non-appartenance. Je ne veux en aucune façon m'affilier à quoi que ce soit, je me sais susceptible de changer. Je préfère être libre et pouvoir assumer mes erreurs, sans craindre les foudres d'un parti !

Je suis un indépendant. Personne ne me récupérera ni ne m'achètera. Et j'userai des moyens nécessaires pour le faire comprendre à quiconque tente de démontrer le contraire. Je n'apprécie guère d'être mis en bouteille.

 

Valeurs humanistes : écoute et respect d'autrui

 

Selon moi, la base de notre société doit se construire sur des valeurs humanistes, bien que ce terme renvoie implicitement à l'idée que l'être humain est le centre du monde. Ce n'est pas ça que je désire faire passer comme message en l'employant. Nous sommes toutes et tous différent-e-s, c'est une évidence. Néanmoins, nous avons des besoins incompressibles, et ce malgré nos divergences. De ce fait, je fonde toute mon éthique politique sur cette nécessité d'offrir à l'ensemble des êtres humains (et j'aimerais l'étendre aux animaux aussi, mais c'est difficile d'amener ce sujet dans un domaine politique) un traitement égal, pour qu'aucun ne souffre d'un manque quelconque. Je désire entreprendre la déconstruction de l'imaginaire hérité de quatre cents ans de capitalisme. Ma réflexion sur le sujet s'étaie de jour en jour. Ce que je souhaite avant tout, c'est d'offrir une éducation significativement différente à nos enfants. Notre système actuel est basé sur la compétition et est un modèle standardisé. Or, il faut reconnaître que chaque individu a des facilités dans certains domaines et des difficultés dans d'autres, ainsi qu'un rythme d'assimilation notoirement différent. De ce constat, il est impératif de donner à chacun de nos bambins la possibilité de développer leur potentiel et de s'épanouir là où ils se sentent à l'aise. Il s'agit, de mon point de vue, d'une nécessité pour l'évolution de notre société. De ma petite et modeste expérience, je sais que nous avons fondamentalement besoin des autres. Nous sommes interdépendants, j'en suis aujourd'hui convaincu. C'est pourquoi tout doit être égalitaire et, quoi que certains en disent, il faut promouvoir le respect entre les êtres humains, quand bien même nos sociétés actuelles sont individualistes. J'aimerais également que tout un chacun ait accès à la connaissance, et qu'elle ne soit pas l'apanage d'une élite.

Bref, je ne désire pas m'étendre sur le sujet, ce n'était pas mon but premier.

 

Remerciements

 

Je souhaitais remercier toutes celles et tous ceux qui participent à mon aventure, en se rendant régulièrement (ou non) sur mon blog. J'accepte avec grand plaisir toutes les critiques, bien que j'avoue avoir une préférence pour celles qui sont constructives ! Je ne réponds pas à tous les commentaires, néanmoins je les lis avec la plus grande attention. Je suis véritablement flatté de l'ampleur qu'a pris mon petit blog, et je suis très touché par tous ces témoignages de soutien. Que vous ne soyez pas d'accord avec moi me ravis, m'enchante même ! C'est uniquement à ce prix-là que je peux aller de l'avant, alors j'invite toutes mes lectrices et mes lecteurs à me fournirent leur avis sur mes prises de positions. Je continuerai de donner suite à toutes vos interventions et également à répondre à vos prises de contact.

Vous êtes nombreuses et nombreux à m'avoir rajouté parmi vos amis sur Facebook. C'est un plaisir de faire votre connaissance. Je me sens vraiment très flatté par tout cet intérêt que l'on me porte, et je ferai de mon mieux pour en être à la hauteur.

Du fond du cœur, merci !

 

Grégoire Barbey

 

Mon profil Facebook : http://www.facebook.com/gregoiresapereaude

20:32 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : remerciements, politique, genève, parti, indépendant, pensée |  Facebook | | | |

29/01/2012

Du vertige d'être soi, mes pensées pour moi-même à l'attention des autres

Je me pose d’innombrables questions, sur moi, et sur le sens des choses. Jour après jour, je constate avec insistance à quel point Nietzsche était dans le vrai lorsqu’il disait que « vivre, c’est repousser quelque chose qui veut mourir ». Est-ce le cas pour tous ? Je ne me risquerais pas à cette généralisation, car je ne suis pas en mesure de l’affirmer. Pour moi, ça l’est. Ce quelque chose qui veut mourir, je pense l’avoir cerné, bien qu’il tente de se cacher. Il s’agit de l’enfant qui n’a jamais pu s’exprimer, et qui n’a cessé de gémir, esseulé et incompris. Je le sens se débattre, et je connais son moyen de se faire entendre. Cet enfant, ou cette métaphore, peu importe, transparait nettement dans mon comportement émotionnel. Il est là, à tenter de combler le néant qui s’est développé suite à ce manque. La reconnaissance, l’affection, la considération, l’amour, l’écoute, nommez-le comme il vous siéra. Pour ma part, cela n’a guère d’importance, les mots ne sont finalement que des symboles référentiels qui nous permettent de percevoir et de nouer des pensées. C’est ce vide qui me tire vers le bas, continuellement, comme une absence prolongée d’oxygène, ou une apnée du sommeil. Je trouve des astuces pour compenser, l’écriture en est une, ou la réflexion. Ainsi que l’exprimait Marx, je noie mes problèmes dans d’autres, plus grands. Cela m’aide à oublier, certes. Mais cela n’est qu’un pansement, tout au plus, protégeant de façon superficielle la plaie qui, elle, est beaucoup plus profonde. Je m’essaie à esquisser quelques sourires, qui d’ailleurs ne trompent personne, ou presque. Ce mal-être persiste, stagne et pourrit en mon sein. En faire une force, voilà ce à quoi je m’évertue quotidiennement. Une fois de plus, c’est un puissant analgésique, qui toujours n’agit qu’imparfaitement. Je titube, tout en marchant le dos droit, pour taire aux autres ce qui résonne en moi comme un requiem. La douleur de vivre ! La dépréciation de soi. Ô poésie ! Ô philosophie ! Ô musique ! Que serais-je, sans votre réconfort ? Je m’accroche à la réalité, désespérément. Il m’arrive de me demander quel en sera le bénéfice, puisqu’au fond, la fin est inéluctable. Mourir, lorsque l’on est soi-même déjà mort, devrait être une formalité. Il n’en est rien. Je la crains. Est-ce l’avoir que trop côtoyé qui me la fait redouter ? Est-ce toutes ces fois où mon existence semblait s’arrêter, soudainement, qui me fait perdre la tête en l’imaginant m’envelopper ?

Je veux vivre ! Et mourir également. Être réveillé en tout temps, ainsi que m’endormir définitivement. Dualité. Antagonisme. Cette solitude de l’âme, comme une gangrène me ronge de l’intérieur. Se soigne-t-elle ? J’y crois, tel un fou. Je me vois, incapable de m’en empêcher, quérir l’attention du monde entier. En société, il n’y a que cet enfant meurtri qui veut hurler, et attirer le regard des autres. J’ai compris que la conscience de soi ne s’expérimentait que dans le reflet des autres, qui nous renvoient une image, impalpable et palpable à la fois. Sans le rapport à l’autre, il n’y a que le néant. L’être se perçoit dans sa continuelle confrontation à d’autres que lui. C’est un jeu, une constante, une énigme. C’est mon cœur qui bat, expulsant mécaniquement le sang dans mes veines, et qui trouve sa résonnance ailleurs, au-delà de lui-même. L’autre nous transcende. Et ce, malgré son immanence. Moi, je me connais, et c’est pour cela que je me cache. La peur de laisser aux yeux curieux la vision de cette partie malade. Et pourtant ! Je ne suis rien sans autrui, et je souffre de ma dépendance à l’affection. Je me surprends souvent à offrir aux autres ce que j’attends, naïvement peut-être. Une oreille attentive, une épaule sur laquelle se reposer et un réconfort ainsi qu’un soutien à toute épreuve.

Moi, je me demande qui me réconforte. Je suis bien trop blessé pour oser le demander, trop abusé pour me laisser aimer sans résister. L’amour, je l’aime, mais ne le comprends pas. J’ai besoin de contacts, physiques comme psychiques. La nuit m’est propice, parce qu’elle m’offre le loisir d’une longue conversation avec moi-même. Je tente au mieux de rassurer ce penchant psychédélique qui gesticule en tous sens pour saisir une main à la volée, et s’y accrocher. Je n’ai besoin de matériel que le rapport humain. L’argent m’est indifférent, d’où mon incapacité à le gérer correctement. À dire vrai, j’aime l’utiliser pour faire plaisir. À moi, avec quelques livres, et aux autres, dès qu’il m’est possible de le partager. J’en ai peu, et n’en veux guère plus. Mes aspirations sont ailleurs. Quelques délicates paroles, voilà qui me satisfait mieux qu’aucun autre objet de consommation. J’aime les mots de par leur capacité à me faire comprendre et à me mettre en relation avec mes semblables. Leur beauté ne m’est pas indifférente. Les manier est ma façon de construire mes rapports. Je pense d’ailleurs que sans eux, je n’aurais tout simplement pas survécu. Mon idéal est une myriade de mots échangés. Est-ce l’amour maternel qui m’a manqué le plus, au point où j’en adore les femmes, sinon les sacralise ? C’est la première fois que je pose sur papier cette question. Le besoin viscéral que je ressens se situe probablement dans la reconnaissance féminine. Cela parait abstrait, néanmoins c’est ainsi que je le perçois. Suis-je dans le fantasme ou l’onirique ? Je me sens honteux et ridicule. Je ne suis que paradoxe. D’un côté, les autres m’effraient, de l’autre, ils me sont essentiels. J’y songe, écrire, c’est déjà offrir une part de soi aux autres. Incomplète, énigmatique et peut-être pas tout-à-fait exacte. J’offre à la vue de tous ma propre introspection, chose que je redoute par-dessus tout en société, où je me sens scruté, analysé et perçu, tel un livre ouvert où transparaîtraient avant toute autre chose mes faiblesses. À l’écrit, mes inhibitions et mes angoisses s’estompent. Grand bien m’en fasse. Mon hypersensibilité m’apporte beaucoup de difficulté. La souffrance des autres m’est insupportable, comme une torture faite à moi-même. Je sens la tristesse, la colère, la peur, et toutes ces émotions. Il me suffit d’un regard pour plonger dans l’abîme d’un autre. L’empathie. Mes relations privilégiées avec les animaux s’expliquent probablement par cette sensibilité. J’ai toujours eu des contacts remplis d’émotions avec les animaux. Je crois, bêtement peut-être, qu’ils ressentent cette part de moi. J’aime leur regard dénué de jugements et d’animosité. Ils sont là, à mes côtés, et se content de celui que je suis. Ni masque ni parade. C’est ma richesse personnelle. J’ai tant d’émotions à partager, et cette sensibilité, qui me porte à vouloir effleurer toutes les autres. C’est ainsi que la douleur des autres devient mienne. Je me souviens, il y a quelques temps, m’être retrouvé dans une situation insoutenable. Il y avait dans le jardin se trouvant face à la maison dans laquelle je vis un petit oiseau, jeune adulte semblait-il. Ô misère ! Celui-ci battait furieusement des ailes, couché sur le sol. Je me suis approché, les larmes aux yeux, pour tenter de l’aider. Malheureusement, il avait dû se cogner quelque part, car son cou était tordu. Je le voyais, suppliant et se débattant dans l’incompréhension totale, et moi, assis-là, conscient qu’il ne pourrait jamais plus voler majestueusement. L’évidence tentait de faire place dans mon esprit, qui refusait sciemment de l’accepter. Il me fallait l’achever, et rien que ce mot me pétrifie, afin qu’il ne souffre plus. Moi qui ne mange plus de viande pour ne pas être responsable de la mort d’autres êtres vivants sensibles… Il m’a fallu abréger sa peine. Ça date de plusieurs mois, et me pèse encore sur le cœur.

Je m’en veux encore, tout en sachant pertinemment qu’il n’y avait rien de mieux à faire. Je me demande de quel droit je me suis permis de décider de sa mort.

Certains riront peut-être à la lecture de cette anecdote. Pour ma part, cela symbolise tout ce que je suis. Je suis tout entier dévoué aux autres, et ne veux guère être l’instigateur de souffrance quelconque. Je suis non-violent par essence. Comme excédé de l’avoir trop subie ? Probable, en effet.

J’en reviens toujours aux mêmes conclusions. Ce vide affectif me pèse certainement plus que toute autre chose. Des larmes, à défaut d’une main rassurante, effleurent mes joues.

Pourquoi devoir me cacher en permanence ? Il m’apparait comme un défaut dans notre société d’être aussi sensible et vulnérable que moi.

Ce monologue avec moi-même s’éternise, et la fatigue me guette. L’amertume peut être parfois un puissant remède face à l’envie d’en finir, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Je me sens déjà mieux, mais pour combien de temps ? Jusqu’à la prochaine crise existentielle. À n’en pas douter, cette conversation était trop égocentrée. Je retourne à mes considérations d’ensemble, qui, elles, méritent que je m’y attarde davantage.

04:47 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : témoignage, monologue, prose, amertume, sensibilité |  Facebook | | | |

24/01/2012

Quelques mots sur le « handicap invisible »

Aujourd’hui je souhaite traiter d’un sujet qui me tient à cœur ; non pas que je l’aime, mais il me colle à la peau, et contre ma volonté, fait partie intégrante de mon être ainsi que de mon quotidien.

Et à ma connaissance, ce thème n’est pas souvent abordé. Pourtant, chacun est susceptible d’en avoir perçu les effets, ou d’avoir côtoyé des personnes qui en ont souffert ou en souffrent encore.

Il s’agit de ce que j’appelle « le handicap invisible ».

Je puis affirmer sans trop m’avancer qu’à l’heure actuelle, chacun connait de près ou de loin les conséquences que peuvent avoir les handicaps physiques ou moteurs. Pas tant sur le plan matériel, bien que l’incapacité physique ou cérébrale est difficile à supporter au quotidien, que sur le plan émotionnel et/ou psychique. En effet, vivre au milieu d’êtres humains « dans la norme » conduit bien souvent à la dépréciation de soi.

En la matière, je recommande les ouvrages du philosophe suisse Alexandre Jollien, qui je le reconnais à ce sujet fait office pour moi de maître à penser.

Il démontre par ses multiples combats combien il est ardu de se livrer à la lutte perpétuelle pour être accepté en tant que « personne différente », mais aussi et surtout à quel point cela vaut la peine, car rien ne doit être en mesure d’aliéner ou de nuire au droit que tout un chacun possède – celui de vivre – au détriment des a priori bien souvent réducteurs et irréfléchis des autres.

Il faut être admirablement courageux ou affreusement idiot pour s’engager dans pareil périple, et j’aime à croire que tous ceux qui subissent cela témoigne d’une témérité à toute épreuve.

Le paradoxe entre le handicap visible et invisible tient au fait, en tout cas dans mon cas – et je parlerai ici uniquement de ma propre expérience personnelle – que le rapport aux autres se fait avec la sensation d’être perçu uniquement par le prisme de la vulnérabilité et/ou de la faiblesse.

Je fais mention de paradoxe, car pour le handicap psychique, les autres ne le perçoivent évidemment pas au premier regard – et bien souvent ne le voient tout simplement pas. Néanmoins, la sensation d’être un livre ouvert persiste au-delà du rationnel.

C’est pour partager mon ressenti et les obstacles qui se dressent continuellement devant moi que j’écris ces lignes, afin d’éclairer celles et ceux qui connaissent des personnes vivant une situation similaire, et permettre de les comprendre sous un jour nouveau.

Je ne prétends pas à l’universalisation de mon témoignage, cependant je me permets de penser que d’autres s’y reconnaîtront, et, je l’espère, trouveront dans mes mots un semblant de réconfort et une dose de courage supplémentaire pour s’armer face aux difficultés quotidiennes.

 

Du déni de soi par soi-même et par les autres

Le premier obstacle que j’ai rencontré dans l’acceptation de mon état de faiblesse psychique, aussi étrange que cela puisse paraître, fut moi-même. J’ai longtemps vécu auprès de mes parents, qui étaient à la fois mes bourreaux et mes figures d’attachement, et avec le conditionnement que j’ai reçu, la conviction que j’avais à mon sujet était celle que portaient mes géniteurs, c’est-à-dire : un incapable empreint de mauvaise volonté. Des années durant, je pensais qu’ils avaient raison, et il m’a fallu la reconnaissance de plusieurs personnes dans mon entourage ainsi que dans le milieu professionnel (médical, psychiatrique) pour commencer à me percevoir tout-à-fait autrement. Ce ne fut pas chose aisée, je le reconnais, de dépasser ces fausses impressions. La souffrance qui était mienne, je la comprenais comme faisant partie d’un mécanisme de « méchanceté » émanent de moi, comme si, au fond, je n’étais qu’un vilain parasite refusant d’affronter les difficultés de la vie. À force de ressasser et d’entendre les commentaires dénigrants de mes parents, j’ai fini par devenir moi-même mon propre bourreau. Un rempart s’était dressé entre moi et mes véritables affects. Finalement, avec le recul que j’ai aujourd’hui, je me rends compte avoir assumé pleinement ce rôle, celui du mouton noir. J’ai donc fait face non seulement à mon propre refus de m’accepter tel que je suis, mais également face à celui des autres, et je crois qu’il est presque impossible sinon totalement de comprendre un tel ressenti, un tel « handicap » sans l’avoir soi-même vécu.

Comment exprimer la tragédie d’un enfant différent tentant en vain d’être « comme les autres » ? Je peine à le faire, pourtant ce fut le lot de toute mon enfance.

Que le lecteur m’entende bien, je ne cherche aucunement à dramatiser les faits, au contraire.

En somme, j’ai mis plusieurs années pour finalement reconnaître à moi-même cette vulnérabilité omniprésente. J’ai voulu faire absolument tout ce que les autres font sans ou avec peu de difficulté – c’est-à-dire sortir, se « confronter » aux autres, avoir de la confiance en soi, ne pas se percevoir comme étant faible, etc. – pour ne pas m’avouer la réalité. Évidemment, accepter mon état revenait à reconnaître ma différence. J’ai donc persévéré dans mes tentatives jusqu’à l’écroulement. J’ai fait mienne les attentes des autres – à dire vrai, d’un petit nombre de personnes, dont mes parents faisaient partie – dans un déni total de mes limites et de mes souffrances. À chaque échec cuisant, la torture était insoutenable. Je me maudissais, ne comprenant pas les raisons qui rendaient ces choses futiles aussi rudes à affronter pour moi, quand autour de moi tout le monde réussissait.

Au bord de la crise de nerf, pour ne pas dire de la rupture totale avec ce monde, j’ai abdiqué et ai consulté un professionnel. De facto, mon médecin m’a prescrit des médicaments pour stabiliser mon état psychique. Le sommeil m’avait quitté et je ne dormais pas ou si peu que mes nerfs menaçaient de rompre à n’importe quel moment.

Je n’ose même plus m’imaginer à nouveau dans ces atroces nuits d’insomnie et de tourments. Ce fut un changement radical. La réappropriation d’un cycle de sommeil normal me permis de me sentir mieux, et d’être reposé. Malgré tout, aussi têtu qu’une mule, à peine sur pieds (ou du moins, à quatre pattes, tâtonnant dans les méandres de mes nuits noires), je recommençais à m’engager dans diverses tentatives de réinsertion professionnelle. Les échecs me foudroyèrent à nouveau, et nonobstant toute ma bonne volonté et ma détermination, j’étais bien faible face aux difficultés.

J’ai tenté, encore et encore. Finalement, mon médecin a tiré la sonnette d’alarme.

Ce n’est pas en fonçant tête baissée que j’obtiendrais des résultats. Quand bien même mon désir de suffire aux autres est impérieux.

Enfin, je décidai de m’accorder un peu de temps pour souffler. Ce repos, j’en profite à l’heure où j’écris ces lignes. Depuis toujours, j’ai cherché à me comprendre. M’identifier aux autres, me comparer à eux, et pis, devenir comme eux. Je refusais d’admettre l’inadmissible à mes yeux : ce ne serait jamais le cas. Et lorsque, après cette longue lutte pour cacher à mon propre regard mes vulnérabilités, j’ai finalement accepté, mon monde s’est écroulé. Littéralement. Parce que les autres, eux, n’ont pas pour autant accepté cet état de fait. Je me suis retrouvé seul face au déni constant dont je faisais l’objet. J’ai même reçu des attaques directes. Certaines personnes, et des proches, de surcroît, avec toute la confiance que je leur accordais, à tort avec le recul, ont laissé échapper des mots, traduisant leur incompréhension, qui n’ont pas manqué de me heurter de plein fouet.

On m’a reproché « être comme un autiste » par moment, « replié sur lui-même » ou encore un « faignant qui n’en a rien à foutre de son avenir » (sic). J’en passe et des meilleurs. Mon désarroi face à cette attitude était total. Heureusement, je me remémore cette phrase de Corneille : « on voit les maux d'autrui d'un autre œil que les siens ». La sagesse et la justesse transparaissent de ces quelques mots. À cet égard, j’observe le même constat qu’Alexandre Jollien, qui dit : « je me méfie des hiérarchies dans la souffrance. Tout tourment est de trop pour celui qui le subit ». Ce que j’ai compris de par mon expérience à ces affects, c’est que chacun est seul face à la souffrance, elle ne se partage pas, parce qu’à moins d’avoir vécu des traumatismes aussi forts, il n’y a que la personne peinée qui puisse ressentir l’étendue de sa douleur. Le seul facteur qui puisse être pris en compte est la durée du tourment subi. Cela ne hiérarchise pas pour autant le préjudice causé. Il faut se garder impérativement d’échelonner les maux que ressentent les êtres sensibles. Vouloir comparer deux souffrances distinctes, c’est aussi hasardeux que de vouloir déterminer qui a les meilleurs goûts en matière de couleur ou d’art… C’est un ressenti intrinsèquement personnel. Je puis même assurer que le plus talentueux, le plus formidable et le plus averti des écrivains ne manierait pas suffisamment bien la plume pour en faire un état des lieux un tant soit peu fidèle.

Avec le temps, donc, j’ai appris à ne plus me fier aux jugements hâtifs des autres. Non pas que je me sente au-dessus, seulement, il est indéniable que d’un point de vue extérieur, aucun médecin, aucun mystique, prêtre ou parvenu ne saurait être en mesure de juger.

Je crois que la seule chose à faire dans une telle situation, c’est de reconnaître la souffrance de la personne concernée.

J’aime à me souvenir de Montaigne, qui dans l’incompréhension de ces semblables s’était enfermé dans sa tour pendant toute une décennie1. Il m’est arrivé de vouloir en faire autant. Ne pas se comprendre soi-même est terrifiant. Cela l’est d’autant plus lorsque ceux qui sont en face de vous vous renvoie cette incompréhension dans leurs yeux.

 

Un besoin viscéral d’affection

Ce qui est paradoxal, c’est aussi cette nécessité de l’autre dans ce « handicap invisible ». Non pas pour marcher, du moins physiquement, mais pour se considérer. L’être humain est un animal social, et je suis persuadé qu’une solitude prolongée et complète rendrait fou le plus résiliant des Hommes. Au célèbre « cogito ergo sum » de Descartes, je ne crois pas que nous puissions y accorder un crédit inconditionnel. « Je pense donc je suis », oui, mais qu’est-ce qui me fait prendre conscience que je suis ? Pour moi, la réponse est toute trouvée : le regard de l’autre, quel qu’il soit. Ce regard peut être celui d’une mère, d’un père ou d’un voisin, d’un inconnu ou d’une femme désirée. Peu importe. Cette image miroir qui luit dans les yeux d’autrui nous fait vivre, nous renvoie à notre propre existence. Sans cela, je ne suis pas sûr que nous puissions véritablement avoir cette « conscience de soi » dont nous sommes si fiers, nous autres humains. La solitude, c’est le plus menaçant des maux.

Pour ma part, mes traumatismes sont liés à l’attachement.

Je me représente assez souvent comme une sorte de fantôme. J’ai énormément de difficulté à m’accrocher aux gens, et plus encore à désirer me trouver en leur présence. Ressentir de l’affection m’est infiniment difficile. Je me sens détaché de tout, chaque être qui m’entoure me semble étranger.

Et pourtant, malgré tout, je ressens un besoin viscéral d’affection. D’être considéré, et même compris, bien qu’un tel désir s’apparente, de mon point de vue, à la folie. Reconnu et aimé, aussi. Ce besoin se manifeste souvent de façon maladroite. Des tentatives d’accaparer l’attention, comme le ferait un enfant en bas âge. L’effet obtenu est généralement contraire à celui escompté.

Cette maladresse est difficile à comprendre pour les autres, et pensante, également.

Il y a des moments où je désire être seul, emmuré dans une solitude profonde, et d’autres où je souhaite être entouré par-dessus. Mais je peine à me trouver en société, auprès de plusieurs personnes à la fois. Cela génère en moi une angoisse effarante. À un degré tel qu’en réalité, je ne sors pas souvent de chez moi. Et pourtant, ce n’est pas l’envie qui m’en manque ! Cependant, entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Entre ce que je veux faire et ce que je peux faire, il y a des émotions, des mécanismes profondément ancrés. Ce n’est pas chose aisée que d’y faire face. Au lieu de me rapprocher de ceux que j’aime – car oui, moi aussi je suis capable d’aimer – cela m’en éloigne d’autant plus. Ça crée des tensions avec eux, également. Des reproches aussi, face à mon apparente indifférence. Exprimer mes sentiments ? Tout un programme. C’est comme si j’en étais incapable. L’ai-je appris, au fond ? Là réside toute la question.

L’angoisse l’emporte presque toujours. Rares sont les exceptions où j’arrive à faire face et à les surmonter. Et cela, malgré les médicaments. Je ne crois pas aux solutions miracles, à vrai dire.

Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il faut du temps, et la présence des autres, bien que celle-ci soit difficile à quérir lorsque l’on n’en montre pas vraiment l’envie, pour tendre vers le mieux. C’est un sentier battu, où il n’y a pas de raccourci. Seule importe la persévérance.

Pour ce qui est de l’attachement, tout ce qui peut aider, c’est d’apprendre – ou réapprendre selon les cas – à faire confiance aux autres. À oser donner de soi sans risquer d’y perdre un membre.

 

De l’envie constante de fuir

Face aux contraintes, qu’elles soient extérieures ou intérieures, je ressens souvent l’envie de fuir. De ne pas me confronter aux situations qui génèrent de l’anxiété. En fait, il ne s’agit même plus d’un désir conscient, mais d’un mécanisme bien intégré, probablement protecteur. Même certains plaisirs – voir des amis, sortir le soir, aller à la bibliothèque etc. – me passent sous le nez à cause de la prédominance que cette attitude a pris par rapport à tous mes autres comportements.

De ce postulat, je peine à y trouver des conclusions. La fuite semble être inscrite en moi, et je lutte quotidiennement pour ne pas me laisser dépasser. Je veux passer au-dessus, ne plus lui laisser la part belle. Le combat est intense, néanmoins je sais qu’il n’y a pas de place en moi pour deux extrêmes : l’envie de vivre contre le désir de me surprotéger. Mais mon adversaire est fourbe et invisible. Comment combattre quelque chose qui ne se voit pas ?

Je n’ai pas de réponse toute prête à cette question. Comme je le disais précédemment, je pense que seuls le temps et la détermination peuvent apporter leurs bienfaits pour me « purifier » de ces automatismes invalidants. Car il s’agit malheureusement bel et bien de cela. Que je le veuille ou non, et que ceux qui m’entourent l’acceptent ou pas.

Guérir des plaies qui ne peuvent être pansées physiquement demande probablement une rigueur beaucoup plus méthodologique. Et il n’y a pas de solution miracle à des problèmes imperceptibles.

Voilà une partie de mon témoignage face à cette notion de « handicap invisible ». En espérant que cela aura fait comprendre certaines choses à mes lecteurs. Les questions sont évidemment les bienvenues.

 

1À ce propos, lire l’excellent essai de Stefan Zweig, nommé Montaigne, disponible aux éditions Puf.

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