Gregoire Barbey

28/07/2013

De Marcel Chombier à Stéphane Guex-Pierre

Le profil Facebook de Marcel Chombier n’est pas inconnu aux habitués de la politique genevoise sur les réseaux sociaux. Marcel Chombier est un personnage qui commente l’actualité politique en mêlant son quotidien de retraité nonagénaire vivant dans un EMS. Ayant mis au point diverses séries, dont la plus récente ayant trait à sa famille originaire des Etats-Unis et la plus célèbre «les grandes citations de l’histoire», Marcel Chombier suscite de nombreuses réactions sur ses publications. Très actif sur la toile, de nombreuses personnes s’interrogent sur son identité réelle. Le créateur de ce personnage a accepté de se dévoiler davantage. Portrait.

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 Marcel Chombier. La photo de profil du personnage
est un mélange de Stéphane Guex-Pierre et Samuel Beckett.


Stéphane Guex-Pierre arrive sur ses 51 ans. Né en août 1962, il se décrit volontiers comme un autodicate. «Je ne suis pas arrivé au bout de ma maturité» explique-t-il. «Avec des profs intéressants, il en aurait été autrement sans doute.» Metteur en scène de profession depuis 1992, il compte plus d’une trentaine de mises en scène à son actif dans la plupart des théâtres genevois. Le personnage de Marcel Chombier est né en 1987, au conservatoire d’art dramatique. «Les élèves n’avaient pas beaucoup de respect», lance Stéphane Guex-Pierre. «Ils laissaient des traces sur la cuvette des toilettes, ne rangeaient pas la vaisselle, c’était vraiment n’importe quoi.» Indigné par ce manque d’éducation, il dépose des petits mots recommandant aux élèves de veiller à bien ranger leurs affaires. Ils sont signés «Marcel Chombier, concierge du conservatoire». Marcel était le prénom préféré de Stéphane Guex-Pierre lorsqu’il était enfant. Chombier est le nom que porte une partie de sa famille en France.

 

Le personnage ressurgit en 1993 sur Couleur 3. «A cette époque, ils engageaient des gens pour les plages horaires moins écoutées. J’ai créé «La semaine de Marcel Chombier», très similaire à ce que je fais aujourd’hui sur Facebook», détaille Stéphane Guex-Pierre. «J’y ai d’ailleurs reçu des lettres d’insultes lorsque j’ai dit une fois «Ne dites pas "tous des PD à La Poste" mais dites "les téléphones sans fil".» L’émission était programmée le dimanche de 14 à 15 heures. Elle a duré une année. Et Marcel Chombier a à nouveau disparu de la circulation. Jusqu’en mai 2010, où son créateur décide d’ouvrir un compte Facebook. «Je ne vois pas bien l’intérêt d’en avoir un à mon nom. Ça ne m’intéresserait pas», déclare-t-il enthousiaste. Marcel Chombier est né officiellement le 19 juin 1920. «En fait, il n’y a pas grand-chose que je pourrais renier de lui. La plupart des choses que je dis à travers lui, je le défends aussi», confie-t-il. Sauf le côté religieux de Marcel Chombier. «Je ne suis même pas baptisé. Mais en créant Chombier, j’ai tout de suite rajouté tous les profils de Benoit XVI que je trouvais. Je ne peux donc pas dénoncer des sujets liés à religion. C’est ma seule concession dans ce rôle», plaisante Stéphane Guex-Pierre.

 

Stéphane Guex-Pierre a révélé son identité à un politicien pour la première fois lorsque Christian Lüscher a lancé un concours sur son profil Facebook. Il avait publié une photo du livre «Chambre à part» dédicacé par Liliane Maury-Pasquier et Maria Roth-Bernasconi. Il s’agissait de découvrir qui étaient les auteures de la dédicace. Ayant remporté la victoire, Marcel Chombier a dû révéler son identité pour que Christian Lüscher puisse lui envoyer son cadeau: un exemplaire du livre. «J’ai toutefois prié Christian Lüscher de garder le secret. J’avais prévu de la révéler publiquement quelques mois plus tard», explique-t-il. Et si l’avocat PLR ne tenait pas sa langue, Stéphane Guex-Pierre lui a gentiment fait comprendre qu’il ne se gênerait pas de dire que Maître Lüscher ne sait pas tenir sa langue.

 

Marcel Chombier reçoit de nombreux messages via Facebook. Notamment une assistante sexuelle de France voisine qui lui a proposé ses services «pour le soulager». «A ce moment-là j’ai regretté de ne pas être un véritable nonagénaire», dit-il en rigolant. «J’ai donc décliné l’offre. Mais c’était proposé très poliment.» Stéphane Guex-Pierre assure qu’à travers ce personnage, il a pu rencontrer de nombreuses personnes très intéressantes. Et discuter avec des politiciens dont il ne partage absolument pas les idées. «Facebook est un véritable outil démocratique, surtout en Suisse», affirme-t-il. Peu de personnes prennent vraiment mal ses publications, même lorsqu’il n’est pas toujours très tendre. Sauf lorsque Stéphane Guex-Pierre a eu le malheur de s’en prendre au Valais. «Un ami comparait le canton à la Corse», raconte-t-il. «J’en ai rajouté en signifiant mon accord. J’ai dit qu’il fallait plastifier le Valais et le laisser voguer sur la Méditerranée.» Des Valaisans l’ont menacé à la suite de ces messages. «Certains ont dit qu’ils allaient trouver le Chombier et le tuer.» Ce n’est heureusement jamais arrivé.

 

Stéphane Guex-Pierre compte exporter son concept dans les médias. Il est actuellement en discussion avec certains d’entre eux. «J’aimerais bien aussi créer une série pour la télévision», confie-t-il. Mais Marcel Chombier ne lui prend pas beaucoup de temps. «J’écris très vite. Ce qui m’a pris le plus de temps, paradoxalement, c’est ma photo de profil.» Un mélange de son propre visage et de celui de Samuel Beckett (écrivain et dramaturge irlandais). «J’ai fait comme le stagiaire du Montreux Jazz», ironise Stéphane Guex-Pierre. «J’ai tapé "vieux" sur Google et je suis tombé sur lui.» Enfin, il raconte le sourire aux lèvres une anecdote «à la fois agréable et désagréable». Invité par un couple d’amis à manger, ceux-ci lui ont parlé de ce fameux Marcel Chombier. «Tu le connais?» lui ont-ils demandé. Et Stéphane Guex-Pierre a dit non. «C’était étrange. Ils m’ont parlé de tout ce que j’avais écrit pendant deux heures. Ça m’a fait bizarre. Parfois je rigolais de bonne foi car j’avais moi-même oublié ce que j’avais écrit sur mon profil», lance-t-il amusé. Le vieux Marcel Chombier et ses flans indigestes séviront encore longtemps sur Facebook, et ils ont de beau jour devant eux.

 

Grégoire Barbey

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18/05/2013

Roger Deneys: «La question de la sécurité dans les parlements est légitime»

Grand Conseil. La buvette du parlement n'est plus accessible au public ni aux journalistes. Une restriction décidée à la suite de la dernière session en avril dernier.

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Roger Deneys. «Faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule!»

 

La buvette du Grand Conseil est accessible aux seuls députés. Une mesure urgente adoptée après la session parlementaire du mois d'avril, lorsqu'une femme a pu pénétrer dans l'hémicycle pour interpeller le président du parlement Gabriel Barrillier. Un autre événement est intervenu le jour d'avant. Roger Deneys, candidat au Conseil d'Etat et député socialiste a accepté de revenir sur les circonstances de cette interdiction.

 

Pourquoi cette décision de restreindre l'accès à la buvette du Grand Conseil aux seuls députés?

Les questions de sécurité dans les parlements sont dans l'air du temps depuis le massacre de Zoug (où un homme s'était introduit dans l'hémicycle et avait tué 14 élus en 2001). Il faut néanmoins trouver un juste équilibre entre les décisions ultra-sécuritaires et des mesures trop permissives. Il se trouve que des événements particuliers ont accéléré le processus et ont fait prendre des mesures urgentes.

 

Et ces événements, quels sont-ils?

Une femme s'était introduite vendredi après-midi 26 avril dans l'enceinte du Grand Conseil et a interpellé assez violemment Gabriel Barrillier concernant sa fille et un médicament qu'elle considérait néfaste pour sa santé (lire l'article du 20 minutes: «Prenez mon dossier, ma fille se meurt»). Le soir d'avant, je suis arrivé en retard à la séance. En me rendant depuis Bel-air à vélo à l'Hôtel-de-Ville, j'ai croisé deux femmes attablées dans un bistrot qui m'ont apostrophé pour me dire qu'elles appréciaient mon casque arc-en-ciel. Elles avaient l'air de bien faire la fête et je leur ai proposé de venir boire un verre à la buvette du Grand Conseil.

 

Vous faites ça souvent?

Oui, je le fais régulièrement dans une démarche citoyenne pour que les gens puissent discuter avec les députés. Je trouve à la fois important et intéressant que les citoyens prennent la peine de nous parler.

 

Et donc que s'est-il passé après, sont-elles venues?

Gabriel Barrillier a exceptionnellement levé la séance à 21h10 ce soir-là, estimant que nous avions bien travaillé. Habituellement, nous terminons à 23h. Les deux femmes sont arrivées peu de temps après dans la buvette accompagnées d'un homme. Je n'étais plus dans la salle à ce moment-là, mais il semble que l'une d'entre-elle ait pénétré l'enceinte et ait crié. Elles avaient l'air bien éméchées. Puis elles se sont rendues dans les toilettes de la buvette, ce qui a eu pour conséquence d'énerver les députés présents à ce moment-là. Ça ne leur a pas plu que n'importe qui puisse venir ici.

 

Mais ça fait pourtant des années que c'est le cas, n'est-ce pas?

C'est juste. Mais cette fois, les deux événements se sont déroulés durant la même période. En plus, Eric Stauffer se plaignait souvent d'un individu qui l'aurait menacé et qui est souvent assis dans la tribune des visiteurs. Sur le coup de l'émotion, le Bureau du Grand Conseil a décidé de procéder à une mesure urgente. Un huissier est maintenant placé devant l'entrée de la buvette avec pour mission de restreindre l'accès aux seuls députés. En parallèle, l'UDC a déposé un projet de loi visant à légiférer l'accès au parlement.

 

Cette décision, même dans l'urgence, n'est-elle pas excessive? Les journalistes n'ont plus l'accès à la buvette.

Elle est évidemment extrême. Avec leur sens habituel de la nuance, ils ont tout interdit.

 

Pensez-vous faire quelque chose pour limiter les contraintes de cette décision pour certaines catégories d'individus?

On pourrait effectivement déposer un projet de loi dans ce but-là. Mais je ne compte pas le faire, car ce serait rentrer dans le jeu des enfantillages. Et puis Genève a des problèmes beaucoup plus urgents que des soucis de buvette.

 

Mais quelle est votre position concernant ces mesures urgentes?

La question de la sécurité dans les parlements est légitime. Depuis cette tuerie à Zoug, rien n'est impossible. Nous vivons actuellement dans un monde très dur. Et certains citoyens ne se sentent pas écoutés par leurs représentants et l'administration publique. Souvent avec raison d'ailleurs. Dans le désespoir, le passage à l'acte est une option qu'on ne peut pas exclure. Mais de faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule! Surtout à moins de six mois de la prochaine législature. Ce serait plus judicieux que l'accès au Grand Conseil soit surveillé dans la cour de l'Hôtel-de-Ville. Qu'il n'y ait pas n'importe qui qui puisse pénétrer l'enceinte. Exactement comme c'est le cas au Palais fédéral.

 

Et donc en définitive, que suggérez-vous?

Je suis pour le statu quo jusqu'à la prochaine législature. Avec les risques éventuels que ça comporte. C'est important que les nouveaux députés puissent adhérer à la décision qui sera prise. Et de prendre une décision à tête reposée est toujours plus intelligent. Réagir dans l'immédiateté et l'émotion conduit souvent à des mesures extrêmes.

 

Interview: Grégoire Barbey

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14/03/2013

La Cour de Justice joint les deux recours contre l'IN146

15h24. La Cour de Justice (Genève) a décidé de joindre les deux recours déposés contre l'IN146 (contre la hausse des tarifs TPG). Les auteurs sont respectivement Daniel Zaugg et le Parti Pirate. De nombreuses personnalités s'étaient prononcées contre la décision de recourir, la jugeant scandaleuse et anti-démocratique. Pour l'heure, il n'est pas possible de savoir si la procédure aboutira.

Développement suivra probablement.

Grégoire Barbey

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11/03/2013

Le MCG fera face à des problèmes de taille

Le MCG récupère de nombreuses personnalités issues de différents partis gouvernementaux. Depuis quelques semaines, les transferts sont réguliers. De Delphine Perrella-Gabus (PDC) à Patrice Schaer (Radical), en passant par Sandra Golay (PDC), les arrivées au MCG sont toujours annoncées à grands renforts médiatiques. Il s'agit de porter l'estocade aux partis traditionnels. C'est aussi une stratégie marketing qui fait son chemin: d'autres personnalités vont bientôt officialiser leur départ pour s'inscrire au MCG.

Plusieurs raisons expliquent ces nombreuses défections: les partis en place s'adonnent à des calculs électoraux qui excluent de facto les nouveaux membres au profit des caciques, provenant des vieilles familles ayant participé au développement de ces formations politiques. Les postes les plus intéressants sont réservés aux seuls ayants droit. Les autres sont priés de ne pas trop s'exprimer. De rester dans l'ombre et laisser les experts s'occuper de stratégies politiques. L'âge et la noblesse seraient des gages de compétences.

Bien sûr, la société évolue. De nouveaux enjeux apparaissent, d'autres disparaissent. La technologie a par exemple drastiquement transformé les moyens de communication. Combien de partis ont vraiment réalisé la portée pratique de cette révolution? Très peu. Le MCG, au grand dam des autres, l'a compris. Et les pontes du Mouvement citoyen genevois ne s'en cachent pas. Eric Stauffer (président d'honneur), Roger Golay (président), Carlos Medeiros (vice-président), François Baertschi (secrétaire général), parmi d'autres, usent et abusent des réseaux sociaux pour véhiculer les messages de leur parti. Force est de constater que ça fonctionne. Les réactions sont souvent nombreuses, tant par les convaincus que par les opposants.

Mais le MCG a aussi un argument de poids: les personnalités issues des partis gouvernementaux peuvent obtenir des places de choix très rapidement. C'est d'ailleurs le principal atout du parti. Ce qui va indéniablement aussi lui causer des problèmes sur la durée: comment fédérer les membres d'un parti dont l'élite provient de tous les milieux politiques? Comment bétonner l'identité idéologique d'un mouvement dont la diversification des sensibilités est aussi prononcée? Si la présidence actuelle du MCG semble ne pas trop s'en inquiéter, la question demeure et mérite d'être posée: Vigilance en a fait les frais à l'époque. Et les points communs entre les deux partis sont légions.

Olivier Jornot (PLR) était membre de Vigilance et a obtenu le soutien du MCG pour son élection au poste de Procureur général de la République et canton de Genève. Roger Golay, l'actuel président, a également fait ses gammes au sein du parti déchu. La stratégie politique des deux partis sont similaires: dénoncer les travers de la classe politique genevoise tout en se profilant dans l'opposition. Une opposition qui sera toujours plus difficile à assumer, au fur et à mesure que des membres du MCG seront élus à des exécutifs et des administrations de régies publiques. Comment continuer à cracher dans la soupe si l'on en est l'un des ingrédients principaux?

Le MCG durera encore un certain temps, à n'en pas douter. Mais plus le fossé entre ses membres se creusera, plus sa survie sera compromise: un Mauro Poggia n'a rien de comparable à un Eric Stauffer. Tout comme un Carlos Medeiros ne peut être assimilé à un Patrice Schaer. Et à force de récupérer tous les déçus de la République, le MCG sera bien obligé de faire face à la réalité: un parti a besoin d'une ligne claire, visible et intelligible. Si son élite se renforce, sa base ne suit pas nécessairement la même évolution. Et à trop flirter avec les hautes sphères, le discours du MCG perdra de sa substance. Au profit des autres partis, qui d'ici-là, auront probablement effectué leur introspection. Il s'agit-là d'un cycle politique, comme il y a des cycles économiques, et météorologiques. Rien ne dure vraiment. Aux caciques des partis gouvernementaux d'agir suffisamment rapidement pour limiter les dégâts!

Grégoire Barbey

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08/03/2013

Le Parti pirate dépose un recours contre l'initiative de l'AVIVO

08.03.13, 16h00

Le Parti pirate dépose aujourd'hui un recours visant à faire annuler la votation de l'initiative contre la hausse des tarifs TPG. Le texte soumis au peuple comportait des différences par rapport à la version originalement déposée par l'AVIVO. "C'est inacceptable de présenter un texte modifié au citoyen", s'insurge Alexis Roussel, président du Parti Pirate Suisse (PPS). "Une simple virgule peut changer le sens de l'initiative. Toute modification du texte de départ impose l'annulation du vote. Il faut revoter l'initiative."

Le texte original, déposé par les initiants et sur lequel le Grand Conseil a effectué son travail préparatoire, contient des différences avec le texte soumis à votation. La version proposée dans la brochure de votation ne mentionne pas les catégories d'âge (6 à 18 ans) pour les abonnements juniors et les tarifs horaires. Les électeurs n'ont pas pu prendre connaissance du changement induit par l'initiative. Celle-ci réduit la fourchette d'âge comprise dans la catégorie junior (initialement de 6 à 25 ans).

Le recours est déposé dans les temps. S'il aboutit, les citoyens seront appelés à se prononcer une nouvelle fois sur les termes de l'initiative. Alexis Roussel se dit confiant quant aux chances de succès du recours. Le député PLR Daniel Zaugg s'était par ailleurs fendu d'un billet sur son blog pour dénoncer les différences entre les deux textes.

Développement suivra d'ici à demain.

Grégoire Barbey

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25/02/2013

«Chacun doit se réapproprier ses données»

Parti Pirate Suisse. Alexis Roussel a été élu samedi 23 février à la présidence du Parti Pirate Suisse (PPS) pour remplacer son collègue démissionnaire. Anciennement vice-président, l'ancien candidat au Conseil d'Etat à Genève est très actif et incarne avec beaucoup de conviction les grands enjeux de son parti. Il revient avec moi sur la suite à donner aux Pirates pour qu'ils obtiennent une plus large place au sein de la politique en Suisse.


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Alexis Roussel. Il est essentiel de se réapproprier l'identité numérique.


Quels sont vos objectifs durant votre présidence?

Comme il y a eu une démission qui n’était pas attendue, nous avons dû remplacer directement la présidence. Je souhaite qu’il y ait à la prochaine assemblée des candidatures complètes, avec plusieurs candidats pour offrir au parti la présidence la plus forte possible.

Je ne peux néanmoins pas rester inactif en termes de stratégie. Je vais me focaliser sur l’image du parti, c’est-à-dire donner aux membres les moyens d’expliquer ce que représente notre formation politique. Il nous faut expliquer aux citoyens la place que nous occupons et quelles sont nos réponses aux questions qu’ils se posent et que nous posons. Je veux bétonner notre identité.

 

Justement, quelle est l’identité du Parti pirate?

Nous sommes là pour proposer aux gens de participer davantage, en leur offrant une perspective différente de la société de l’information. Nous souhaitons permettre une meilleure compréhension des technologies et leur impact sur l’ensemble des individus. Tout en offrant des outils pour s’adapter. Notre background technologique au Parti pirate nous a poussé à réfléchir aux interactions entre les hommes et leur système. La structure de la société est un réseau: et celui-ci influence l’ensemble des personnes qui le composent. Ce qui offre de nombreuses opportunités. Le Parti pirate veut donner la possibilité aux autres de comprendre la place qu’ils peuvent occuper dans cette sphère. Pour l’heure, nous sommes dans une situation de Far West sur internet. Nous, nous ne voulons pas avoir peur de la technologie, c’est pourquoi nous donnons des pistes de réflexion pour apprivoiser le champ des possibles dans l’évolution de notre société.

 

Comment faire pour que les citoyens comprennent votre démarche?

Il faut que les Pirates eux-mêmes soient conscients que le fait d’exprimer cette démarche est important. Les Pirates sont les constructeurs de l’internet. Nous sommes nombreux à travailler dans des sociétés de télécommunications, ou sommes des programmeurs, bref nous avons un lien direct avec la société de l’information: les Pirates ont toujours fait des actions. Mais nous avons oublié qu’en plus d’agir, nous devons dire pourquoi et quels sont les buts à atteindre. C’est vraiment le point cardinal de ma stratégie, donner la possibilité de mieux exprimer notre vision du monde. Et donner ainsi à toutes et à tous d’avoir envie de participer dans le processus démocratique. Le taux de participation aux dernières votations est éloquent, les gens ignorent qu’ils ont un moyen d’agir fantastique.

 

Et à Genève, le Parti pirate va-t-il se lancer dans la course aux élections parlementaire et gouvernementale?

Oui, les candidats seront élus le 2 mars lors de l’Assemblée générale pirate genevoise.

 

Que pourraient apporter les Pirates dans un législatif ou un exécutif?

Dans un exécutif, le Pirate a toute sa pertinence, avec son expertise, et sa compréhension des enjeux sociétaux. La gestion de l'Etat a pris depuis longtemps le tournant de la révolution de l'information pour faire la part belle à la technologie. Ce qu'un membre de notre parti peut apporter, ce sont des outils, et des démarches structurantes pour construire le canton de demain tout en répondant aux enjeux d'aujourd'hui. Genève est à la tête de l'innovation, elle a un rôle important à jouer en tant que banque... de données, et de hub de la connaissance. Un des points qui me tient particulièrement à cœur, c’est la création d’une identité numérique, afin que chacun puisse se réapproprier ses données. Nous avons tous une identité sur internet, et personne n’a le droit d’utiliser des données sans que nous le sachions, ni de les revendre car c'est du vol. En reconnaissant cette identité, nous pourrons à la fois proposer aux citoyens de réelles administration en-ligne performante et répondant aux attentes des citoyens. En même tant, nous arriverons à protéger nos données plus efficacement. Les administrations détiennent une quantité non-négligeable d’informations nous concernant, et doivent garantir la sécurité de ces données. Elles nous appartiennent, elles sont sensibles et doivent être respectées.

Au Grand Conseil, nous pouvons offrir au canton et aux citoyens d’apporter cette compréhension de la société de l’information. Nous allons avoir un lien qui sera direct avec le citoyen. Les Pirates qui seront au législatif travailleront de façon collaborative, comme nous le faisons déjà aujourd’hui. Nous voulons apporter la transparence là où il y en aurait vraiment besoin. Il faut fluidifier l’information qui circule entre le citoyen et les députés. Au bout du compte, cela permettra au citoyen d’être actif s’il le souhaite et d’offrir sa propre contribution. C’est ce qu’il manque à l’heure actuelle.

 

Et serez-vous candidat à la candidature pour le Conseil d’Etat?

Absolument, je me présenterai à la candidature à l’interne.

 

Interview: Grégoire Barbey

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07/02/2013

L'impasse dans tous les cas

Editorial paru dans L'Agefi (07.02.13).

 

Le projet de fusion des caisses publiques de pension CIA et CEH, mis en consultation populaire le 3 mars prochain, crée un climat délétère à Genève. Le canton est en période électorale, et tout se passe comme si une partie importante des opposants de droite à cette réforme n’osaient pas s’exprimer.  

 
La gauche de la gauche et plusieurs syndicats ont fait aboutir le référendum, jugeant trop important l’effort demandé aux fonctionnaires. Qu’en est-il vraiment? Tous les partis représentés au Grand Conseil ont recommandé d’accepter le projet. Un tel consensus sur un objet aussi crucial semble pourtant sonner très faux. Les habituelles oppositions se sont évaporées et ont laissé place à une entente presque cordiale, d’un côté comme de l’autre. Après tout, les fonctionnaires et leurs réseaux représentent un électorat de premier plan.
 

Les employés de la fonction publique verront l’âge de leur retraite augmenter d’un an, à 64 ans. Leur part de cotisation augmentera d’un pourcent. Contre deux pourcents pour l’employeur. La part de contribution des fonctionnaires à la recapitalisation de leur caisse s’élèvera à 2,6 milliards de francs. Et 6,4 milliards pour l’ensemble des contribuables. Ces derniers accepteront-ils de payer pour que la fonction publique conserve ses régimes spéciaux? C’est cette question qui est en jeu.
 

Des politiques prophétisent un avenir économique chaotique pour le canton en cas de refus. D’autres commencent quand même à réinterpréter la situation. Les fonctionnaires ne doivent-ils pas contribuer au moins à part égale à l’effort de recapitalisation? Si le non l’emporte, ce ne sera pas seulement une victoire de la gauche. Idéalement, deux choix s’offriraient dès lors à celles et ceux qui sont prêts à prendre leurs responsabilités: demander davantage d’efforts de la part des employés de l’Etat en cas de refus. En cas d’acceptation, rechercher quand même une majorité au Grand Conseil pour amender la loi en y changeant simplement deux articles: fixer l’âge de la retraite à 65 ans, et faire passer la part de cotisation de l’employé à 10% (contre 8% actuellement). Faisant ainsi baisser la contribution de l’Etat à 17% (contre 18% dans le projet actuel). Le gain s’élèverait ainsi à 2 milliards de francs pour le contribuable, pour un régime restant très favorable aux fonctionnaires. 

 

Grégoire Barbey

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08/01/2013

«Je vais continuer à siéger en indépendant»

A la suite de la démission des Verts du conseiller municipal Julien Cart, celui-ci a accepté de répondre à quelques questions. Il évoque son rapport à son ancien parti et ses relations parfois tendues avec certains de ses collègues. Il annonce aussi, en primeur, son intention de siéger en indépendant et son adhésion au mouvement SolidaritéS.

Interview: Grégoire Barbey

CART_Julien.jpgJulien Cart. «Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Je peux néanmoins vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS.»

GB. – Votre démission du parti des Vert-e-s à Genève peut-elle être interprétée comme une querelle entre vous et certains de vos ex-collègues de parti? Je pense notamment à Antonio Hodgers, avec qui vous aviez souvent des désaccords. Il m'a confié vous avoir bloqué sur Facebook.

JC. – Le mot querelle pourrait être opportun si nous parlions d'une cour de récréation. Même s'il est vrai que bien souvent certains pontes du parti ont eu des attitudes provocantes, j'ai toujours pensé que Les Verts étaient un parti démocratique où l'agora primait sur les annonces cavalières servant à mettre en avant des individus et leur carrière politique. Malheureusement la réalité m'a souvent rappelé qu'en politique, la notoriété et la visibilité médiatique priment bien souvent sur toute autre considération. J'en veux pour preuve le dernier buzz médiatique du conseiller national Antonio Hodgers sur sa proposition de contingents temporaires d’étrangers extra-européens peu qualifiés, proposition sous forme de motion parlementaire qu'il n'a finalement pas déposée du fait du débat interne provoqué par ma réaction sur mon blog et au sein du groupe migration des Verts genevois. Sur une thématique aussi importante que la politique migratoire, cette attitude est tout simplement indigne pour un conseiller national. Mais c'était un moyen pour lui d'occuper le terrain en vue de sa campagne pour le Conseil d'Etat genevois.

Mais pour revenir à ma démission, la césure entre la ligne prise actuellement par le parti aussi bien au niveau genevois qu'au niveau Suisse, était devenue tout simplement trop flagrante pour envisager une cohabitation fructueuse. Je ne peux que regretter cet état de fait puisque, lorsque j'avais adhéré aux Verts en 2007, les parlementaires Vert-e-s à Berne étaient celles et ceux qui votaient le plus à gauche. C'est d'ailleurs ce qui m'avait convaincu d'adhérer pour la première fois de ma vie à un parti politique.

 


Au fond, vous réalisez aujourd'hui ce qu'est vraiment la politique. Des compromis et bien souvent des arrangements. Pensez-vous être encore en mesure d'adhérer à un parti?
 

Je ne découvre pas la politique aujourd'hui. Comme expliqué, j'ai eu 5 ans pour l'expérimenter, avec des hauts (le beau résultat de la liste Jeunes Vert-e-s à la course au Conseil national en 2011, première liste jeune du canton, avec un programme d'écologie politique dont les Verts feraient bien de s'inspirer) et, c'est vrai, beaucoup de bas, mais aussi énormément de liens tissés avec des membres du partis ne se reconnaissant pas dans la ligne prise ces dernières années, très libérale, très à droite, comme d'ailleurs les ténors du parti suisse ne le cachent pas, eux qui étaient de surcroît prêts à entamer des pourparlers en vue d'une alliance avec les Verts libéraux. Au fond ils ont raison, cette séparation qui est née du temps où les Verts étaient encore à gauche sur l'échiquier politique n'a, aujourd'hui, plus de véritable raison d'être.

Pour répondre à votre question sur mon avenir politique, il est clairement à la gauche de la gauche, dans un parti qui défend une écologie sociale pour le peuple, en lien avec les mouvements sociaux, là d'où naissent les véritables changements de société, même si le combat institutionnel a aussi sa raison d'être.

 
La gauche de la gauche est-elle réellement en-dehors des arrangements politiques? Ne risquez-vous pas d'être à nouveau déçu au final?
 

La déception ne me fait pas peur. Seul celui ou celle qui ne s'engage pas ne risque pas d'être déçu-e. Je ne peux craindre qu'une seule chose, ne pas pouvoir exprimer mes convictions. Or même chez les Verts je n'ai jamais gardé ma langue dans ma poche. Les arrangements politiques font partie du jeu, mais ils ne doivent pas ouvrir à des compromissions sur les idées, et doivent être accepté par toutes et tous, démocratiquement. Par exemple, la gauche de la gauche à Genève va devoir aller au-delà des guerres de chapelle pour ne pas passer une énième fois à côté d'une députation au Grand Conseil, laissant ainsi libre champ à la droite libérale et ses alliés pour démanteler toujours un peu plus les biens communs.

 

En parlant de la gauche de la gauche, allez-vous prochainement adhérer à un nouveau parti? Et qu'avez-vous décidez pour votre mandat de conseiller municipal?
 

Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Cela dit, je peux vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS. Mouvement dont la ligne écosocialiste et décroissante, internationaliste et anti-impérialiste, féministe et anti-capitaliste me permettra de m'épanouir totalement.

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01/12/2012

Les progrès insoupçonnés de la recherche participative

Article paru dans L'Agefi (30.11.12), 30.11.12 08h08

Les progrès insoupçonnés de la recherche participative


OPEN HARDWARE. Genève joue un rôle particulier dans le développement des technologies hors IT sous licence libre.

En 1986 apparaissait la première définition du free software (logiciel libre), proposée par la Free Software Foundation (FSF). C’est peu dire que l’idée a fait son chemin. ExclusivemenHaut de Une 30.11.12.PNGt réservée aux logiciels, la notion dite «du libre» s’est progressivement étendue en dehors du soft, à l’ensemble du monde économique physique et matériel, hors IT (openhardware). Basée néanmoins sur les mêmes règles: liberté de développer et d’utiliser les produits pour tous usages imaginables. Possibilité d’étudier le fonctionnement (ce qui suppose comme avec les brevets l’accès aux plans), de copier, de commercialiser et d’être en droit d’améliorer et de publier des résultats. C’est seulement si tous aspects sont réunis qu’un produit est alors considéré comme libre.


Des licences spécifiques (notamment celle du CERN) se sont développées, rendant le droit d’auteur moins contraignant. Elles respectent le principe de reconnaissance due à l’auteur (son nom doit figurer sur le produit fini), mais n’imposent pas les habituelles royalties pour pouvoir copier ou simplement réutiliser une technologie. Le créateur offrant une réelle innovation se contente de bénéficier d’un gain de notoriété. Plus la technologie sera reprise et améliorée, plus le processus devient intéressant pour lui.

Le modèle, à la fois libre et participatif, inspire surtout des entrepreneurs convertis proposant uniquement le développement de technologies sous licence libre. De grands projets, comme le célèbre Street View de Google, ont pu voir le jour ainsi. C’est une entreprise américaine, Elphel Inc., qui a produit les caméras panoramiques utilisées pour capturer des images.

En Suisse, des sociétés de plus en plus nombreuses (micro-entreprises en général) sont actives dans ce domaine. Comme Alsenet, basé à Genève, qui se consacre entièrement à l’open hardware. Des structures institutionnelles se développent aussi en parallèle pour proposer à la fois une sensibilisation aux professionnels et au grand public (en finançant parfois des projets de développement sous licence libre).

La continuité du modèle libre

OPEN HARDWARE. Genève joue un rôle particulier dans le développement des technologies sous licence libre. Tour d'horizon de ce domaine.

Trente ans après les prémices du free-software initié par Richard Stallman et le succès rapide des licences libres, le modèle dit «du libre» s’étend sur l’ensemble des produits physiques (IT et hors IT). Le CERN a en particulier développé une licence spécifique dans ce domaine: l’OpenHardware Licence (CERN OHL). Depuis 2011, il est ainsi possible de commercialiser des produits libres à travers elle. La licence impose plusieurs contraintes (équivalentes aux licences free-software).

En premier lieu, le produit doit être vraiment libre. Cette liberté permet d’exécuter le programme (ou d’utiliser le produit) pour tous les usages, d’étudier son fonctionnement (ce qui suppose l’accès au code source, donc aux plans), d’en redistribuer des copies, de pouvoir le commercialiser, et enfin d’être en droit de l’améliorer et d’en publier les résultats. Mais il ne faut pas se tromper: un produit sous licence libre, ça ne signifie pas qu’il est libre de droit.

L’autre contrainte de la CERN OHL est la nécessité de faire référence à l’auteur du produit de base. Cette mention doit figurer sur le produit lui-même, avec en plus l’adresse du site sur lequel est disponible le code source de l’objet. Les produits dérivés doivent à leur tour être commercialisés sous licence libre.

Si le succès de l’open hardware semble plus discret dans le grand public, c’est dû en partie à la taille des entreprises développant ces technologies: elle est en général très réduite, ne dépassant pas dix personnes. Elphel Inc., l’entreprise américaine qui a développé les caméras panoramiques utilisées par Google pour son projet Street View, est un bon exemple: elle ne compte que trois collaborateurs. Sa réussite dans le domaine est pourtant spectaculaire, car d’autres grandes entreprises spécialisées avaient tenté d’apporter à Google la technologie recherchée. En Suisse aussi, des entreprises se spécialisent dans le développement d’openhardware.

Alsenet, domiciliée à Genève-Vernier, est active dans le développement de technologies sous licence libre. L’entreprise, créée en 1999 déjà par Alexandre Poltorak, n’a que deux collaborateurs. Des généralistes de l’IT en l’occurrence, avec un large éventail de compétences. Alsenet identifie tout d’abord des technologies à fort potentiel. Grâce à son catalogue, l’entreprise propose des services d’intégration, d’adaptation et d’évolution sur mesure, en facilitant également les transferts de compétences.

Les clients peuvent recréer librement la technologie ainsi acquise, et la commercialiser pour leur compte, pour autant qu’ils le fassent d’après les standards CERN OHL. Alsenet n’a pas de concurrents à proprement parler: toute entreprise en mesure de développer les mêmes technologies deviendrait finalement un partenaire permettant l’innovation et le partage. Cette forme de compétition-partenariat est souvent nommée «co-opétition». Chaque acteur peut dès lors se servir des améliorations des autres pour continuer de perfectionner leurs propres produits. Une entreprise basée sur le modèle libre est en perpétuel mouvement et doit continuellement innover pour préserver son leadership sur le marché. Lors de projets d’envModèle libre.PNGergure, elle peut s’associer avec d’autres entreprises, balayant ainsi la contrainte de la croissance annuelle: avec un nombre de collaborateurs restreint, Alsenet peut décider de se concentrer sur le développement d’une technologie en particulier sans craindre la baisse de son chiffre d’affaires. Ce dernier fluctue continuellement, mais sa baisse n’impose pas de restructuration dans les effectifs.

Pour Lionel Lourdin, président de la Free-it Foundation et associé d’Alsenet sur divers projets, «le libre est une véritable vocation entrepreneuriale». Des structures institutionnelles internationales existent et oeuvrent à la promotion, à l’encouragement et au développement des technologies sous licence libre. La Free-it-foundation, créée en 2005 et domiciliée à Genève, permet ainsi de sensibiliser à la fois les entrepreneurs qui souhaiteraient se lancer dans le domaine et le grand public. Elle apporte les instruments, structures et stratégies appropriés au modèle économique libre.
 
Les clients faisant appel à des entreprises en modèle libre acceptent de renoncer à l’exclusivité de la technologie développée. Ce renoncement n’est pas sans contrepartie: les coûts liés au développement d’une technologie sont alors fortement réduits, car il suffit à l’entreprise mandatée d’adapter et d’intégrer une base préexistante au produit voulu pour achever le processus de création. Dans le cas d’une technologie sous licence dite propriétaire, le développement doit être effectué du début à la fin. Avec un risque d’obsolescence avant la commercialisation du produit. Le modèle libre est un modèle participatif: chacun y va de son propre apport. Et libre aux autres d’y puiser certaines idées et d’en inventer d’autres. La technologie évolue beaucoup plus rapidement, sans contrainte aucune, sinon celle de l’innovation. Quant à savoir s’il serait possible de contourner la licence libre en tentant de breveter une innovation basée sur une technologie OHL, c’est impossible: l’Office européen des brevets est tenu de refuser toute technologie issue d’une licence libre.

Grégoire Barbey

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23/11/2012

A quoi joue au juste la politique genevoise?

Article paru dans L'Agefi (23.11.12), 23.11.12 07h36

 

Genève. Comme si le gouvernement tablait sur la conjoncture et que le Parlement ne voulait pas y croire.

 

Deux jours après la présentation du nouveau projet de budget pour 2013 par le Conseil d’Etat genevois, on ne comprend toujours pas très bien à quoi jouent les députés et le gouvernement. Le Parlement à majorité de droite, qui avait refusé la première mouture en octobre, a demandé au Conseil d’Etat de lui proposer un budget équilibré. Mais voilà que le nouveau projet ramène le déficit à 191 millions de francs (initialement de l’ordre de 280 millions). L’équilibre est encore loin. La question qui se pose déjà avec insistance: le Grand Conseil acceptera-t-il cette fois-ci la version remaniée du gouvernement? Au fond, le Parlement et le Conseil d’Etat sont tous deux à majorité de droite. Ils pourraient très bien s’entendre sur le principe d’un budget non déficitaire.

 

Or, le gouvernement ne semble pas prêt pour cette épreuve. Seuls 31 millions sont économisés, le reste provient de l’amélioration des recettes fiscales. Et 21 millions supplémentaires sont alloués à l’aide sociale et la planification pénitentiaire. La baisse des dépenses est donc très faible. Pourquoi le Conseil d’Etat ne s’est-il pas efforcé d’alléger la perte finale? Le président du gouvernement Pierre-François Unger y répondait à demi-mot sur le plateau de la télévision locale mercredi soir: «On aurait pu peut-être aller encore plus loin».

 

L’hypothèse la plus probable est donc un refus pur et simple de la part de la minorité de gauche au gouvernement de couper davantage dans les budgets. Une cure d’austérité ne serait politiquement pas assumable vis-à-vis de son électorat. La majorité de droite, qui souhaite sans doute éviter une crise politique et un durcissement des fronts, a préféré opter pour de petites concessions qui satisfassent les deux camps. En tablant bien évidemment sur une amélioration de la conjoncture l’an prochain, ce qui reste néanmoins impossible à assurer actuellement, pour tendre vers l’équilibre.

 

Quand bien même la situation conjoncturelle devait profiter aux comptes de l’Etat, ce refus d’opérer des coupes dans le surplus des activités de l’administration cantonale ne fait en réalité que repousser le problème: avec un budget de près de 8 milliards de francs pour 420.000 résidents (près de 20.000 francs par personne), il semble difficile d’admettre un déficit. D’autant plus qu’un nouveau refus du projet de budget confinerait l’Etat aux douzièmes provisionnels, ce qui signifie un gel des comptes et l’obligation de fonctionner selon le budget de l’année précédente, bloquant ainsi toutes les réformes à venir. Mais peut-être est-ce ce scénario que certains députés souhaiteraient voir se réaliser.


Grégoire Barbey

 

 

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