Gregoire Barbey

09/11/2012

Là où l’on ne l’attendait guère

Interview parue dans L'Agefi (09.11.12), 08.11.12 22h23

 

PARTI PIRATE. Sa direction va mettre dimanche une motion au débat pour défendre le principe du secret bancaire. Alexis Roussel s’explique.

Le parti Pirate débattra ce dimanche d’une motion sur le secret bancaire. Celle-ci invite à prendre position en faveur de la protection des données sur les transactions. Alexis Roussel, vice-président  du parti Pirate Suisse, explique sa position et analyse les aspects fondamentaux qui concernent le secret bancaire. Et les raisons de le défendre.


Votre parti va débattre ce dimanche d’une motion concernant son positionnement AR.jpgpar rapport au secret bancaire. Quels sont les enjeux de votre point de vue?
Les enjeux sont nombreux. La motion avait tout d’abord été déposée par un membre zurichois du parti Pirate. Elle n’était pas très claire sur la forme et nous l’avons retravaillée. Pour nous, il est évident que le secret bancaire se situe au même niveau que d’autres secrets professionnels qui protègent la vie privée. Comme le secret médical ou le secret de l’instruction. Ces impératifs limitent ainsi l’ingérence de tiers dans la sphère privée. L’une des grandes problématiques de la société de l’information est l’agrégation des données. Nous voulons que les individus soient protégés des outils qui sont capables de créer des liens entre certaines informations pour ensuite établir des profils psychologiques précis.


Plus précisément, quelles sont pour vous les raisons de défendre le secret bancaire?
Ce qui nous intéresse spécifiquement dans le secret bancaire, c’est la protection des transactions. Le terme de secret bancaire est aujourd’hui galvaudé et péjoratif. Mais son but est de protéger la vie privée des clients. Nous ne voulons pas pour autant qu’il puisse servir aux criminels. Nous savons cependant que ceux-ci recherchent l’anonymat. Ils ne veulent pas que des liens puissent être faits entre les fonds et leur détenteur. Par ailleurs, la majorité de la fraude ne se trouve pas dans les comptes bancaires suisses mais dans des comptes offshores au Panama, dans le Delaware ou encore en Virgin Island pour ne citer qu’eux.


Comment faut-il procéder pour que le secret bancaire ne profite pas aux fraudeurs?
Il est essentiel que l’Etat et les banques utilisent les moyens légaux à leur disposition lorsqu’un doute subsiste à l’encontre d’un compte ou d’un client. Il ne faut pas oublier que le secret bancaire peut être levé lorsqu’une procédure légale le requiert. Il n’est pas imperméable, mais il permet de défendre la protection de la sphère privée. Or ce qui nous choque actuellement, c’est que la défense des individus est moins importante que celle des intérêts économiques. Finalement, l’Etat fédéral est d’accord de remettre en cause le secret bancaire et de divulguer les noms des employés de banques (qui sont des citoyens) à d’autres Etats. C’est inacceptable. Pour nous, la protection des individus est indispensable dans le monde dans lequel nous évoluons.


Vous n’êtes donc pas en accord avec les concessions du Conseil fédéral?
Cette stratégie ne fonctionne pas. Le Conseil fédéral pense que les pressions cesseront en accédant aux demandes des autres Nations. Mais c’est faux, et chaque fois qu’une concession est faite, les contraintes s’intensifient. Ce que veulent les autres Etats, c’est parvenir à l’automatisation du transfert des données. Il faut tout mettre en œuvre pour que cela n’arrive pas. L’ingérence des nations doit être refusée. Les Etats-Unis outrepassent notamment les accords internationaux. Avec la loi FATCA, qui est une loi américaine, les Etats-Unis veulent contraindre les banques à devenir des agents du fisc de leur pays. Ils sont censés transmettre les données des comptes bancaires qui pourraient avoir des liens (par exemple la nationalité du client) ou des intérêts avec les USA. Et prélever directement l’impôt sur les comptes concernés. C’est grave.


Alors quelle stratégie doit adopter le Conseil fédéral?
Il lui faut prendre position contre ces méthodes et arrêter les concessions. Sa fermeté doit servir à protéger les citoyens. Et le Conseil fédéral ne peut pas non plus opter pour la facilité. Déclarer uniquement les clients étrangers n’est pas la solution, et constitue une forme de discrimination. Cela peut conduire à des conséquences graves dans certains pays pour les clients concernés. La Suisse ne doit pas coopérer avec n’importe quel pays sous prétexte que certains Etats souhaitent accuser les autres de leurs problèmes fiscaux. C’est avant tout chez eux qu’ils doivent travailler pour éviter ces situations.


Si la motion devait être acceptée, soutiendriez-vous les initiatives de l’UDC concernant le secret bancaire?
Uniquement si elles s’inscrivent dans le cadre de notre vision. Mais nous n’irons pas systématiquement faire front avec l’UDC par principe lorsqu’il propose quelque chose sur cette thématique. Cela doit correspondre avant tout à notre positionnement.
Le parti Pirate commence à prendre de l’ampleur. Quelles sont vos positions économiques?
Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un programme économique. Nous cherchons à définir quelle économie sera la plus adaptée en lien avec la société de l’information dans laquelle nous vivons. Nous souhaiterions une économie décentralisée, à l’image d’internet. Nous ne voulons pas de monopoles sur les infrastructures, comme Swisscom qui impose des prix très élevés sur leur technologie. On peut aisément imaginer davantage de libéralisation dans ce domaine.
Nous pensons par ailleurs que les brevets doivent uniquement se limiter aux outils industriels qui ont une valeur ajoutée technique. Les brevets logiciels ne devraient plus être acceptés. Un logiciel est une idée, et les idées ne peuvent pas être brevetées.

Interview:
Grégoire Barbey

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02/11/2012

L'économie verte par la pratique: modèle de croissance durable

Article paru dans L'Agefi (02.11.12), 01.11.12 21h57


L’économie verte par la pratique


 

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Raphaël Grandjean. Le président et créateur de RG group est également l’un des leaders du parti des vert’libéraux dans le canton de Neuchâtel. Il est convaincu de la nécessité de combiner l’écologie et l’économie. Son groupe lui permet de mettre en pratique cette conviction au quotidien. Pour lui, l’entreprise, c’est le social par la pratique. Et l’innovation pourrait résoudre bien des problèmes de société.

 
 
Modèle de croissance durable

RG group. L’entreprise de technologies basée à Neuchâtel-Corcelles revendique une identité combinant écologie et économie.

 

RG group développe actuellement une borne de recharge électrique intelligente dans l’une de ses entreprises, RG Green Mobility. Elle permettra aux utilisateurs de libérer l’électricité à travers leur téléphone portable et sera principalement destinée aux collectivités publiques. L’utilisation de ce service sera directement facturée par l’opérateur. Le groupe, créé en 1995 à la Chaux-de-Fonds par Raphaël Grandjean (Président), a réuni en 2010 ses différentes sociétés à Corcelles, dans le canton de Neuchâtel. Le quartier général emploie une cinquantaine de personnes. Le holding est composé de quatre sociétés et d’une filiale domiciliée à Paris.

 

Raphaël Grandjean met l’accent sur la complémentarité. Ifrec est actif dans la distribution Européenne de marques et produits innovants, notamment des panneaux solaires, des produits électroniques de divertissement et des utilitaires grand public. Ifrec compte parmi ses clients les groupes Coop, Migros, MediaMarkt, Interdiscount, Manor ou encore Swisscom. RG Passion conçoit et produit des jeux et jouets originaux distribués dans le monde entier. Le Sixième Continent décline de son côté son activité sur des segments en plein développement: l’exploitation et l’édition de créations de marques et de concepts multi supports. France 5 et la RTS constituent ses principaux partenaires. Enfin, RG Green Mobility se concentre sur les concepts de mobilité verte.

 

Pour Raphaël Grandjean, la croissance économique de ces prochaines années se fera avec l’économie verte. «La sobriété de la consommation, la qualité des produits et la proximité de l’approvisionnement constitueront les trois moteurs essentiels de la jonction entre économie et écologie.» L’entrepreneur affirme que l’innovation peut résoudre de nombreux problèmes de société. Les revenus de RG group ne sont pas communiqués, mais la croissance sur dix ans est de l’ordre de 10% par année. Le franc a récemment contraint le groupe à renoncer à l’un de ses objectifs: rapatrier en Suisse les activités de production et d’assemblage des véhicules électriques basées en Europe. La croissance de la filiale de distribution Ifrec a nécessité l’engagement de dix nouvelles personnes depuis le début de cette année. Il existe aujourd’hui un département «Task Force» au sein de la R&D dont l’objectif est de créer les produits de demain.


«L’entreprise? Le social par la pratique»


Raphaël Grandjean s’est engagé en politique en créant la section du parti des vert’libéraux dans le canton de Neuchâtel. L’assemblée constitutive s’est tenue lundi dernier à la Croisée à Malvilliers, lieu symbolique de convergence entre haut et bas du canton.


Pourquoi créer ce parti aujourd’hui?

Le canton a besoin de se réinventer, de trouver des solutions inspirantes et innovantes et les Vert’libéraux souhaitent y contribuer pleinement. Neuchâtel traverse une crise grave. Les membres du comité observent la vie politique du canton de Neuchâtel depuis des années et veulent maintenant s’investir. Notre slogan, «Stimulez Neuchâtel!», représente bien la volonté qui est la nôtre: le canton doit retrouver son tonique des années passées.

 

Est-ce que cet engagement politique est en lien avec votre entreprise?

Non, les activités green au sens strict représentent moins de 3% de notre volume total. La fondation des vert’libéraux est une question de conviction ! On ne peut plus opposer l’écologie à l’économie et inversement. Il faut trouver des solutions, car en les opposant continuellement l’un à l’autre, on risque de perdre l’un et l’autre. C’est une attitude irresponsable.

 

Quel est selon vous l’avenir de votre parti?

Nous le voyons très positivement. C’est avant tout un parti de l’espoir, et il s’adresse à toutes les personnes de bonne volonté. Nous voulons dépasser les clivages habituels, promouvoir la concertation et encourager le dialogue. Notre objectif est de restaurer la grandeur de la réputation du canton.

 

Comment voyez-vous l’engagement politique des entreprises?

Notre société vit aujourd’hui dans une sorte de triangle infernal, composé de trois pôles: respectivement l’Etat, l’individu et l’entreprise. Les uns se reposent trop souvent sur les autres. Les individus comptent sur l’Etat pour leur fournir des infrastructures et un cadre de vie pérennes et sur les entreprises qui doivent leur proposer des produits de consommation qui répondent à leurs attentes. L’Etat compte sur les individus et sur les entreprises pour les recettes fiscales. Et enfin, l’entreprise compte sur les individus qui doivent s’investir dans la réalisation de leurs tâches et sur l’Etat pour leur donner un cadre protecteur et un maximum de liberté dans l’innovation. Il est temps de les réunir. L’entreprise, c’est le social par la pratique, comme j’aime à le dire.

 

Et vous, en tant que créateur d’entreprise, comment percevez-vous votre rapport à la politique?

Je suis avant tout un citoyen. En politique, il est nécessaire d’agir différemment qu’en tant que créateur d’entreprise. Ce n’est pas le même milieu, les règles sont différentes. Et le fonctionnement également. Je souhaite, par amour pour mon canton, qu’il retrouve sa dynamique oubliée. (GB)


Grégoire Barbey

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24/10/2012

Les contes de la Cour

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Article paru dans L'Agefi (24.10.12), 24.10.12 12h18


Coup d'œil sur un rapport ultra-sensible


Le magistrat Daniel Devaud (Solidarités) dénonce depuis plusieurs semaines des dysfonctionnements internes à la Cour des comptes à Genève. Suite à cela, les tensions avec ses collègues de la Cour se sont intensifiées, jusqu’à l’épisode rocambolesque du sceau d’eau que lui avait jeté le magistrat Stéphane Geiger (démocrate-chrétien). Ce qui ne l’a pas empêché de continuer de faire tout son possible pour attirer l’attention du Bureau du Grand Conseil, qui a finalement requis une enquête parlementaire pour faire la lumière sur les faits. Mais une majorité de députés (PLR, PDC et Vert) s’y est opposée. Ce faisant, Devaud a décidé de transmettre un audit qui serait resté à l’état de projet, selon lui, à cause de pressions exercées par ses collègues. Le rapport en question évoque des constats accablants sur la gestion des fonds publics par la Fondation pour le logement bon marché et l’habitat coopératif (FPLC). L’Agefi a pu consulter l’audit. 


Les contes de la Cour


Un audit de gestion de la Cour des comptes effectué par Daniel Devaud (Solidarités) et Stéphane Geiger (PDC) fait état de constats accablants concernant la Fondation pour la promotion du logement bon marché et de l’habitat coopératif (FPLC). L’un des magistrats titulaires de la Cour, Daniel Devaud précisément, a adressé lundi une lettre au Bureau du Grand Conseil, l’organe de surveillance. L’envoi contenait notamment deux versions du projet d’audit de gestion de la Cour des comptes, avec en en-tête les conclusions personnelles du magistrat. Ce dernier a jugé nécessaire de rompre son secret de fonction afin de divulguer les informations relatives à cette enquête. Le juge Devaud, qui a décidé de démissionner de ses fonctions de magistrat titulaire à la Cour des comptes à la fin du mois d’octobre, dénonce depuis plusieurs semaines des «dysfonctionnements» internes, lesquels empêcheraient le bon déroulement des audits.

 

Dans le rapport, il est mentionné qu’en «décembre 2008, la FPLC achète à la FVABCGe (Fondation de valorisation des actifs de la Banque cantonale de Genève, dissoute depuis, NDR.) 93% du capital-actions de la RISA (Rente immobilière SA), soit 121.129 actions pour un montant de 21 millions de francs (173 francs par actions)». Cette acquisition avait pour but de mener à bien la mission de la FPLC, instaurée en 2007, qui consiste à développer le parc de logements d’utilité publique (LUP) à Genève. A noter que la Fondation est administrée pour une durée de 4 ans par un conseil composé notamment d’un membre par parti représenté au Grand Conseil.


«L’audit fait également état de l’acquisition du capital-actions des actionnaires minoritaires pour un montant de 2,8 millions de francs déjà dépensé (soit 1000 francs par action) ainsi qu’une somme supplémentaire estimée à 5,2 millions de francs d’après les discussions en cours et le contrat signé.»

 

L’audit fait également état de l’acquisition du capital-actions des actionnaires minoritaires pour un montant de 2,8 millions de francs déjà dépensé (soit 1000 francs par action) ainsi qu’une somme supplémentaire estimée à 5,2 millions de francs d’après les discussions en cours et le contrat signé. Au total, la stratégie de la FPLC se solderait par une dépense de 8 millions de francs, non compris les prestations additionnelles. «S’agissant de ces dernières, la Cour relève qu’elles représentent des avantages substantiels (contrat de gérance immobilière de 3 ans sur l’ensemble du parc immobilier de la RISA, achat d’un immeuble de la RISA à des conditions préférentielles, l’octroi de l’administration de la partie PPE d’une opération immobilière en cours de la RISA)», déclare le rapport. 

 

Or, la non-acquisition des actions minoritaires n’aurait pratiquement eu aucune incidence sur la réalisation des buts sociaux de la FPLC, d’après un avis de droit du c299333_353441721412220_422476421_n.jpgonseil de la Fondation. L’analyse de la Cour des comptes mentionne de ce fait que «sur la base des informations à disposition de la Cour, la valorisation d’une action de la RISA à fin 2010 a été estimée sur la base des fonds propres en incluant la plus ou moins-value latente telle que ressortant des expertises du parc immobilier (actifs nets) au maximum à 600 francs. Dès lors et sur ce critère, des offres d’achat à 1000 francs ne peuvent être considérées comme un bon usage des deniers publics.» Plus loin, l’audit constate également que «le risque de fraude ne peut être totalement exclu dans le cadre des constats du présent chapitre».

 

Dans sa lettre personnelle au Bureau du Grand Conseil, Daniel Devaud affirme en outre que son audit «était en souffrance depuis plusieurs mois, [celui-ci] déplaisant aux représentants des différents partis politiques représentés dans le conseil de la [FPLC]». Le Président de ladite entité, Florian Barro, s’est exprimé dans la presse les 16 et 18 octobre pour qualifier l’audit en question d’«indigent» et de «médiocre». C’est l’absence de démenti officiel de la part de la Cour des comptes qui a motivé le magistrat Devaud à saisir le Bureau du Grand Conseil. A dix jours des élections pour renouveler l’effectif de la Cour, une véritable enquête devrait être menée pour faire la lumière sur ces faits. Dans le cas contraire et comme l’affirme l’audit dans ses constats, c’est l’image de la FPLC qui pourrait en pâtir. Et avec elle, l’indépendance de la Cour des comptes.

 

Grégoire Barbey

 

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23/10/2012

La démocratie genevoise en danger: l'élection de la Cour des comptes doit être reportée

 

Information, 23.10.12 13h49

Après la lecture de l'audit de gestion de la FPLC (que je me suis procuré), il m'apparaît évident que l'élection à la Cour des comptes devrait être annulée et une enquête parlementaire menée sans plus attendre. Les magistrats actuels, qui se représentent le 4 novembre pour une réélection sur une liste commune, ne doivent pas l'être sans que l'épais nuage opaque qui plane sur cette affaire ne se soit entièrement dissipé. Il en va de notre démocratie, et du bon respect des institutions. Tout cela sent la manipulation politique à plein nez, et ça ne peut pas durer. Surtout pas à l’aune d’un renouvellement probable des mandats de certains magistrats suspectés. Il faut que la Cour des comptes retrouve sa légitimité. Pour ma part, je refuse de voter tant que la lumière ne sera pas faite sur ces problématiques.

Grégoire Barbey

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22/10/2012

Limites du nationalisme industriel à la française

Article paru dans L'Agefi (22.10.12), 21.10.12 20h41

 

Le ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg s’est affiché vend2244551_montebourgcouvparisienmag5.jpgredi dernier en Une du Parisien magazine pour défendre le «made in France». Il y porte fièrement une marinière Armor Lux ainsi qu’une montre Herbelin tout en tenant un mixeur Moulinex. Avec en titre cette formule racoleuse: «Le made in France, il y croit».

 

Le site Antlantico.fr a néanmoins enquêté sur l’origine exacte de la montre arborée par le ministre. Bien qu’elle soit effectivement «made in France» au sens juridique du terme, ses composants proviennent majoritairement de pays étrangers. «Le mouvement à quartz de cette Michel Herbelin Newport Yacht Club est suisse (manufacture Ronda), de même que son cadran et ses aiguilles. Son verre saphir est suisse. Son boîtier et ses poussoirs ne sont pas suisses, mais pas français non plus», relève Atlantico.fr dans son article en ligne. Le site rappelle en revanche qu’il suffit de respecter deux conditions pour qu’un produit quelconque soit estampillé du label «made in France»: qu’il ait été conçu et terminé en France. C’est donc bel et bien une montre française que porte Arnaud Montebourg, mais celle-ci ne contribue que marginalement à la défense de l’industrie nationale puisque les éléments qui la composent n’en sont pas issus.


« Le mouvement à quartz de cette Michel Herbelin Newport Yacht Club est suisse (manufacture Ronda). De même que son cadran et ses aiguilles. Son verre saphir est suisse. Son boîtier et ses poussoirs ne sont pas suisses. Mais pas français non plus. »


Dans sa controversée promotion d’un néonationalisme industriel à la française, il semble que le ministre ait quelque peu oublié de vérifier la véritable provenance de ses produits. En exhibant cette montre Herbelin, c’est finalement l’excellence de l’industrie horlogère suisse que promeut Arnaud Montebourg. La Suisse, qui entretient depuis longtemps des relations difficiles avec le ministre français du Redressement productif, lui sera pour une fois reconnaissante. (GB)


Grégoire Barbey

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21/09/2012

Défense de contester les voies

Article paru dans Vigousse (21.09.12), 21.09.12 10h28

 

Passage sous voix Le Peuple neuchâtelois vote dimanche sur le projet de RER Transrun. Face aux opposants, le conseiller d'Etat Claude Nicati, locomotive du projet, a parfois tendance à dérailler.


Comme il s'en est vanté dans la presse lors de sa dernière élection, le conseiller d'Etat PLR neuchâtelois Claude Nicati, en charge du département de la gestion du territoire (DGT), est un homme très indépendant d'esprit. De fait, en vue de la votation sur le projet de RER local Transrun, il a usé de méthodes très originales pour museler les opposants.

 

Il a d'abord menacé le député Yvan Botteron lors d'une séance du Grand Conseil en lui faisant « comprendre sans détour que [sa] position contre le projet du Transrun n'était pas compatible avec [son] mandat d'administrateur des Chemins de fer du Jura (CJ) ». C'est ce que précise ledit député dans un courrier adressé au Conseil d'Etat. En d'autres termes, Claude Nicati a tenté d'exercer une pression sur le vote d'un élu du peuple, en dépit de la Constitution neuchâteloise qui stipule, article 54 : « Les membres du Grand Conseil délibèrent et votent sans instructions. »

 

Yvan Botteron ne s'est d'ailleurs pas laissé intimider. Il a maintenu sa ferme opposition. Nicati l'a donc viré comme un malpropre du conseil d'administration des CJ par une lettre en courrier B. Elégant. Le motif de cette sanction est précisé noir sur blanc : « Dans le prolongement des deux entretiens que vous avez eus avec le soussigné, je vous confirme que la position que vous défendez devant le Grand Conseil et devant la population dans le cadre du dossier RER (...) me pose problème. (...) Je me vois dans l'obligation de vous retirer le mandat de représentation au sein du conseil d'administration des CJ avec effet immédiat. » Autrement dit, un renvoi pour délit d'opinion. Voire crime de lèse-Nicati.

L'ennui, c'est que le mandat d'administrateur d'Yvan Botteron lui avait été délivré par un arrêté du Conseil d'Etat, daté du 28 octobre 2009. Claude Nicati n'avait donc aucunement la compétence de le révoquer tout seul et sous son unique signature, aussi auguste soit-elle. Qu'à cela ne tienne, dans leur louable souci de collégialité, les autres membres du Conseil d'Etat ont donné raison à leur collègue, après coup, malgré les plaintes motivées de la victime.

 

Par ailleurs, les opposants au projet Transrun ont dû, comme il se doit, transmettre leur argumentation pour la brochure officielle « Vot'info ». Mais là aussi, on ne saurait braver impunément l'avis des autorités. Le député Raymond Clottu s'est ainsi vu refuser sa copie, qui présentait les raisons des adversaires du projet. Motif : « La loi prévoit une information objective des citoyens et non hypothétique. » Agacé, Clottu a téléphoné au secrétaire général de la Chancellerie d'Etat, Pascal Fontana, duquel émanait ce refus. Il lui a signifié qu'il ne changerait pas une ligne aux arguments énoncés et qu'en cas de problème tout ça finirait devant la justice. Fontana, relate Raymond Clottu, se serait alors excusé, affirmant que la directive venait d'en haut. On se demande bien de qui.

Mais qu'on se rassure, Neuchâtel reste une démocratie. La liberté d'expression et la liberté d'opinion y sont pleinement garanties, pour peu que l'opinion exprimée corresponde à celle de Claude Nicati.

 

Grégoire Barbey

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Caricature Assassine

Editorial paru dans Vigousse (21.09.12), 21.09.12 10h51

 

Caricature Assassine

 

Vigousse 21.09.12

 

A l'heure où sont tapées ces lignes, on en est à douze morts. Douze morts pour cause de connerie. Un obscur abruti israélo-américain copte égyptien tourne un navet vaseux où il étale son grotesque mépris d'ignare envers l'islam, et voilà le monde arabe en éruption pour blasphème. Cette région du monde aurait pourtant mieux à faire, par exemple assurer la transition politique qui découle du « printemps arabe ». 

Mais voilà, le sacré, c'est sacré, on ne badine pas avec ces choses-là. Ils ont beau avoir vu le film sur internet, le « progrès » technologique et l'accès au monde n'amenuisent en rien la rage religieuse, attisée par des manipulateurs de foules aussi cyniques qu'efficaces.

D'un côté, le pasteur fanatique Terry Jones, les décérébrés du Tea Parti, les juifs extrémistes, les fous de la Bible, les convaincus que Dieu est américain. De l'autre, les barbus coraniques et les gens incultes prompts à les suivre dans la violence haineuse. Ainsi s'affrontent, par satellite, des dogmes médiévaux. Et il suffit d'un rien, d'un film ridicule, d'une provocation fangeuse (et peut-être calculée) pour que la religion tue.

Le sacré, cela dit, n'est pas toujours religieux. En Suisse aussi, il fige le XXIe siècle dans le passé, aveugle les esprits, paralyse toute évolution. Le secret bancaire, l'armée ? Pas question d'y toucher, c'est sacro-saint. La raison et la clairvoyance n'y peuvent rien, c'est une affaire de culte. Tout comme le mythe, profondément enraciné, d'un pays fondamentalement différent des autres, et forcément meilleur. Mais au moins, en Suisse, on ne s'entretue pas pour des questions de foi. Du moins depuis 1847.

Ailleurs dans le monde, les événements de ces jours-ci montrent à quel point le sacré peut être meurtrier. C'est que le sacré, par nature, ignore le rire. Sans quoi, face à ce film tellement bête qu'il ridiculise avant tout son auteur, les musulmans ne feraient que mourir de rire, au lieu de mourir tout court.

 

Grégoire Barbey

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07/09/2012

M. le Maudet

Article paru dans Vigousse (07.09.12), 07.09.12 09h46

 

Tête de Truc : M. le Maudet

 

A la radio, à la télé, dans la presse écrite, le jeune radical (-libéral) Pierre Maudet fait lui aussi sa rentrée. Elu le 17 juin dernier au conseil d’Etat de la République et Canton de Genève, il a hérité du Département de la Sécurité, anciennement détenu par sa camarade de parti la libérale (-radicale) Isabel Rochat. Quoique le terme « camarade » semble ici galvaudé : par de fines pirouettes métaphoriques, sans jamais la nommer, Pierre Maudet se charge de la charger. Entre les lignes, il rappelle à quel point elle a merdé sur toute la ligne. Et il signale à tous, flics, électeurs, journalistes, qu’une mission immense lui échoit : affronter un marasme sans fond en reprenant les rênes de la police.

Mix & Remix
Il faut dire qu’il s’y connaît en discours politique : à 15 ans il créait le Parlement des jeunes, à 21 ans il était élu conseiller municipal de la Ville de Genève, à 26 ans il était désigné vice-président du parti Radical, à 27 il était président, à 29 ans il était conseiller administratif de la Ville de Genève, à 33 ans il était réélu, à 34 ans il était maire et hop, le voilà conseiller d’Etat. D’aucuns lui prédisent déjà un brillant avenir national. Inutile de préciser qu’il en fait partie. Mais un bête siège de conseiller fédéral est-il un objectif digne de lui ? Vieux depuis l’enfance, Maudet l’affirme en effet tout de go dans Le Temps (30.08.12) : il « ne travaille pas pour la prochaine élection, mais pour la prochaine génération ». Le canton, le pays et l’univers sont donc sauvés.


C’est qu’il aime les grands défis, et il aime que ça se sache. Il souligne à ce propos qu’il a lui-même réclamé le Département genevois de la Sécurité, dont ses prédécesseurs avaient écopé la mort dans l’âme. Attention, y voir de l’arrogance serait une lourde erreur d’appréciation. Maudet c’est Maudet, les autres sont les autres, un point c’est tout. Même s’ils furent vraiment très médiatiques, son récent pacte avec le procureur général Olivier Jornot puis sa prestation de vedette devant 1100 policiers à l’Arena de Genève ne sont aucunement des coups médiatiques. Ce sont des actes pour le bien commun. Mais si.


Au fond, Pierre Maudet n’a pas les dents longues. Tout ce qu’il désire, c’est œuvrer pour la collectivité (et pour la prochaine génération). Il est dévoué et il est modeste, Maudet : les feux de la rampe, les effets de manche et les chœurs de louanges d’une presse aux anges, tout cela le gêne énormément. Mais il s’y résigne avec courage : il le sait, la politique impose parfois des sacrifices.

 

Grégoire Barbey

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01/09/2012

La Genferei pour les Nuls

Article paru dans Vigousse (31.08.12), 09h07 31.08.12


Cons testés. Les exploits du milieu politique du bout du lac ont inspiré aux Alémaniques le terme de Genferei, ou genevoiserie. Explication par l’exemple.


Pour les Romands qui peineraient à comprendre l’essence de la Genferei, les actuelles magouilles genevoises offrent un excellent matériel pédagogique. Exemple 1 : depuis que le libéral-radical Pierre Maudet a été élu au Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève, le siège qu’il occupait à l’exécutif de la Ville de Genève est vacant. D’où élection complémentaire en vue. Or, pour repourvoir ce siège municipal (l’unique siège de droite), le Parti libéral-radical (PLR), qui est le plus puissant au gouvernement cantonal, a décidé en Assemblée générale de ne présenter aucun candidat. Même si deux de ses membres, Olivier Fiumelli et Jean-Marc Froidevaux, auraient bien voulu s’aligner.

 

Pourquoi ? Parce qu’à les croire, les pontes du PLR veulent « solidifier l’Entente », à savoir l’alliance bourgeoise entre PLR et PDC, en proposant un candidat unique PDC. Bel esprit de sacrifice. Il faut dire que la Fédération des entreprises romandes, qui d’ordinaire ne se mêle pas de ces choses-là (enfin, pas ouvertement) est exceptionnellement sortie du bois pour défendre cette option dans la presse. Et quand le patronat, qui déverse des centaines de milliers de francs dans les campagnes du PLR, émet un désir, le PLR s’y plie de bonne grâce. Bizarrement, personne ne semble s’être interrogé sur cette étonnante intervention médiatique.

 

L’ancien conseiller d’Etat libéral Claude Haegi a donc démarché l’avocat PDC Guillaume Barazzone pour qu’il se présente à l’élection. Lequel Barazzone avait pourtant précisé qu’il ne serait pas candidat parce qu’il désirait favoriser son mandat législatif. Mais il a fini par céder, passant du coup pour un indécis. Résumé : un parti bourgeois qui récuse ses propres candidats au profit d’un non-candidat d’un autre parti,  le tout sous les auspices du patronat local ; on commence à cerner les contours de la Genferei.

 

Exemple 2 : au plan cantonal cette fois-ci, le peuple devra désigner les individus qui siègeront à la Cour des comptes. Or là non plus, le PLR n’a pas fait d’appel à des candidats internes. Le parti hésite néanmoins à revoir sa position, car le comité directeur du PDC a préavisé Delphine Perrella pour la Cour des comptes. Aux dernières nouvelles il s’agirait de l’actuelle petite copine de Mark Muller : à noter qu’elle est également membre dudit comité directeur. La décision sera confirmée le 4 septembre prochain lors de l’Assemblée générale du PDC.

 

Officiellement, le PLR, veut « dépolitiser » la Cour des Comptes, mais ce beau discours relève d’un joli conte de Cour. En réalité, le parti préfère renoncer à un élu pour maintenir plus sûrement l’actuelle suppléante à la Cour des comptes, Myriam Nicolazzi, qui est PLR et qui est aussi… trésorière de la Fédération des entreprises romandes. Le PLR tient beaucoup à ce pivot. N’y aurait-il pas là comme un léger conflits d’intérêts entre économie privée, partis politiques et Etat ? Mais non, voyons : tous ces liens de proximité sont fortuits et ces manoeuvres pourries n’ont rien à voir. Si vous en doutez, c’est que vous avez saisi le principe de la Genferei

 

Grégoire Barbey

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21/08/2012

Le profil décrypté des migrants de l’Arc jurassien

Article paru dans L'Agefi du lundi 20.08.12, 21.08.12 10h26

 

 

Les migrants français ont un niveau de formation élevé. Au contraire des suisses qui s’établissent en France.


 

Comment évolue le développement des régions transfrontalières en conséquence de la redéfinition des frontières nationales ? C’est sous l’angle de différentes formes de mobilité que Géo-Regards tente de répondre à cette question. La revue neuchâteloise de géographie explore les effets liés à l’accroissement de la mobilité des biens et des personnes entre les Etats et les régions. Le numéro spécial contient un recueil d’analyses effectuées par des chercheurs francophones sur ces thématiques. L’un des articles, cosigné par des chercheurs de l’Université de Neuchâtel et de l’Université de Franche-Comté, se focalise sur la mobilité résidentielle transfrontalière au sein de l’Arc jurassien franco-suisse, entre le département du Doubs et le canton de Neuchâtel.


Davantage présents dans les régions francophones et dans les cantons urbains, les ressortissants français en Suisse étaient 88.213 en 2008 selon l’OFS. Cet effectif a fortement augmenté entre 1991 et 2008 (+36.000;+68%). Les individus concernés par la migration sont majoritairement des jeunes adultes. 57,3% des migrants ont entre 20 et 40 ans, tandis que les ménages d’une personne seule représentent 37% et les couples sans enfant 29,1%. Ils se caractérisent par un niveau de formation élevé. Près de deux tiers sont au bénéfice d’un titre universitaire.


Le rôle du marché du travail dans les flux migratoires depuis la France occupe une place prépondérante attestée par la part importante d’actifs occupés dans l’échantillon (69,7%) dont la quasi-totalité travaille en Suisse (285 sur 288). Les motivations principalement évoquées sont les raisons personnelles (transition dans le parcours de vie) et le rapprochement du lieu de travail pour les doubiens. Pour le reste du territoire français, la recherche d’un nouvel emploi en est la raison première, avec en seconde position ces mêmes arguments personnels. Rares sont les ménages à avoir établi un budget comparatif global avant d’opérer un tel changement de contexte institutionnel. L’attitude la plus fréquente consiste soit à comparer de manière ponctuelle certains coûts, soit à s’assurer que le salaire perçu en Suisse suffit aux aspirations du ménage.


Concernant les flux résidentiels de la Suisse vers la France, l’effectif des ressortissants helvétiques est passé de 137.528 à 179.106 entre 1995 et 2009, toujours d’après l’OFS. Cela représente une croissance globale de 30% ou une augmentation annuelle moyenne de 2970 personnes. Selon le recensement de la population de l’INSEE français, 33.353 personnes sont arrivées en France depuis la Suisse entre 2000 et 2006, dont 2018 qui ont choisi la Franche-Comté (soit une proportion de 6%). Les migrants sont majoritairement des couples trentenaires avec deux ou trois enfants qui ne sont en général pas encore scolarisés. Selon l’échantillon des chercheurs, les mouvements résidentiels tendent à diminuer avec l’âge. En termes de profil socio-économique, les individus qui font le choix de migrer sont essentiellement des ouvriers (56% de l’échantillon), alors que les cadres et les techniciens supérieurs représentent une proportion de 40%. La plupart des migrants (25 sur 37) vivent dans des couples où les deux partenaires travaillent en Suisse, garantissant un pouvoir d’achat élevé au ménage.


Ces nouveaux frontaliers cherchent en outre à ne pas trop s’éloigner des pôles d’emploi helvétiques, ce qui renforce le fort développement résidentiel à proximité des points de passage de la frontière. Pour la plupart des migrants, être propriétaire représente un placement financier maîtrisable dans le temps tout en étant perçu comme plus rationnel que le paiement d’un loyer. Ainsi, 17 ménages sur les 20 interrogés désirent migrer pour accéder à la propriété. Parmi les éléments qui incitent les ménages à franchir la frontière, le niveau des prix du foncier et les coûts de construction plus faibles en France sont des motivations importantes. La plus grande tolérance des banques françaises au financement d’un bien immobilier, et en particulier sur le montant de l’apport personnel, est également mise en avant. Par les ouvriers en premier lieu. Finalement, les couples biactifs bénéficient en devenant frontaliers des avantages offerts par la souscription d’un prêt hypothécaire en devises tout en utilisant leur deuxième pilier pour une partie du financement.


La mobilité résidentielle transfrontalière s’explique donc par une combinaison de trois logiques: une logique socioculturelle, une logique spatiale et une logique fonctionnelle. Cet ensemble de logiques montre en définitive une forme de filtrage migratoire qui devrait limiter l’extension de ce phénomène ces prochaines années.

 

Grégoire Barbey

10:25 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'agefi, migration, article, publié |  Facebook | | | |