Gregoire Barbey

27/06/2012

Introspection

 

Chronique, 27.06.12 13h55

 

Pour vivre, il faut accepter de se battre. Dans ses lettres à Lucilius, Sénèque écrivit : « Tu trouveras jusqu'à des profès de la sagesse qui dénient le droit d'attenter à sa propre vie, tiennent pour une impiété de se faire le meurtrier de soi-même et veulent qu'on attende pour sortir de la vie l'ouverture fixée par la nature. Parler ainsi c'est ne pas comprendre que l'on ferme la route de la liberté. Un des plus grands bienfaits de l'éternelle loi, c'est que, bornant à un seul moyen l'entrée dans la vie, elle en a multiplié les issues. Attendrai-je la brutalité de la maladie ou celle de l'homme, alors que je suis en mesure de me faire jour à travers les tourments et de balayer les obstacles ? Le grand motif de ne pas nous plaindre de la vie, c'est qu'elle ne retient personne. Tout est bien dans les choses humaines dès que nul ne reste malheureux que par sa faute. Vivre t'agrée : vis donc. Il ne t'agrée pas : libre à toi de t'en retourner d'où tu es venu. »

 

Ces quelques phrases m'apparaissent remplies d'une rare sagesse. Nous avons toutes et tous nos raisons de nous lamenter sur notre sort, mais au fond, quel en est le résultat ? Rien. Sinon une perte de temps, et d'action. Si nous ne nous sentons pas bien dans notre condition, alors rien ne nous empêche d'en changer. D'y remédier. Dans le cas contraire, celui qui est dans la plainte y trouve une certaine complaisance, mais n'a guère de véritable volonté de s'en extraire. Je l'ai appris en expérimentant cela par moi-même. Combien de fois me suis-je contenté de me plaindre ? Je ne saurais le dire. Trop, c'est sûr. Beaucoup trop. Aujourd'hui, quand bien même mon entrée dans la vie fut difficile et périlleuse, je suis vivant. Un ami, dont j'écoute toujours avec la plus grande attention les conseils aiguisés qu'il me donne régulièrement, m'a dit, pas plus tard que ce matin, qu'il était possible de percevoir une situation de deux façons opposées. Premièrement, s'imaginer qu'entamer l'existence dans un climat délétère est un signe d'infortune. Deuxièmement, considérer que s'en être sorti en pleine forme est au contraire une preuve que rien n'est noir ou blanc, et que la chance peut nous sourire également.

 

Pour ma part, je perçois les choses selon la seconde manière. Mais parfois, il m'arrive d'oublier. Ou de feindre l'ignorance. De ne plus accepter le positif. Et pire, de ne plus m'en remettre à l'écriture, qui est ce que j'ai de plus cher et de plus important à mes yeux, avec la personne qui partage ma vie. Ces derniers temps, j'ai usé de mon plaisir d'écrire à des fins essentiellement politiques. Cela n'est pas un mal en soi, cependant ça ne m'a pas permis de l'utiliser autrement, pour me libérer, car oui, rédiger est un exutoire, comme pour d'autre la musique, le théâtre ou le chant sont des astuces pour se vider l'esprit et profiter de l'instant présent. Dès lors, je me suis quelque peu perdu, interrogé, et j'ai erré dans une situation inconfortable. En fait, j'ai refusé d'en faire mon usage habituel de peur d'être irrémédiablement jugé pour cela. Étrange, puisque jusqu'alors, je l'ai toujours fait sans cette crainte. Peut-être est-ce ma surexposition qui m'a conduit à vouloir me protéger. À quoi bon ? Je ne changerai pas celui que je suis, et vouloir me dissocier de ma personnalité pour mieux paraître ne m'apporte rien, sinon un mal-être que je ne peux assumer et qui ne me correspond pas. Oui, après quelques mois à cent à l'heure dans la vie de la Cité de Calvin, je réalise que j'ai mis de côté certains aspects de moi-même, et qu'à force, l'impact s'est fait ressentir. Je sais désormais que je ne veux plus me laisser détourner de mes besoins primordiaux. Écrire comme je l'ai fait en ce moment en fait partie.

 

Et finalement, qu'importe si cela déplaît. Si d'autres veulent voir en moi un être fait d'acier, insensible. Je ne le suis pas, et ne le serai absolument jamais. J'aime à croire qu'il s'agit-là d'une qualité, et je préfère la nourrir en espérant en faire quelque chose de bien pour moi et celles et ceux qui m'entourent plutôt que revêtir un masque qui ne me va pas. J'aurai au moins essayé, et n'emporterai donc aucun regret. Je me préfère dans la lecture, la réflexion, que sous les feux de la rampe. Ceci était une lubie, un désir que je voulais réaliser, mais qui ne m'a clairement rien apporté, en-dehors de quelques rencontres extraordinaires. Bien sûr, je continuerai à m'intéresser à la chose politique. Cela me passionne, comme beaucoup d'autres sujets, d'ailleurs. Mon éclectisme me pousse à toucher à tout ce qui est à ma portée. Et ce qui ne l'est pas, je m'efforce de m'en rapprocher. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est créer. Formuler des idées. Et les confronter, intelligemment, posément, avec le goût et la passion des mots. Quoi que je fasse, cet attrait ne me quitte pas d'une semelle. Jamais. Tant mieux, car je ne pourrais espérer mieux. Je n'ai pas à désirer plus que je n'ai déjà, le reste n'est que broutille. Ce qui compte, c'est d'être en phase avec soi-même, et tout faire pour préserver, comme le disait Goethe, l'entrée de sa Citadelle intérieure. J'en retourne donc à mes aspirations premières, avec la certitude qu'il n'y a rien de plus important. Et je ne cesserai pas de cultiver cet aspect de moi-même, n'en déplaise à quelques-uns. Vivre, c'est ce qu'il y a de plus beau.

 

Grégoire Barbey

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29/05/2012

L'amour des mots

 

Chronique, 29.05.12 14h54

 

Les mots. Rien que les mots. Pour comprendre et décrire le monde. Pour s'élancer dans d'habiles réflexions, dans la construction d'une pensée structurée, pour convaincre, pour dépeindre et relater des faits, pour imaginer, inventer, créer et déconstruire, pour perfectionner ou tout détruire. Pour s'aimer ou se détester. S'accomplir ou se replier sur soi. Guérir ou alourdir les maux. Les mots, disait Nietzsche, sont des préjugés. L'évidence même de cette affirmation est bouleversante. Elle interroge. Un culot démesuré. Nous sommes un univers fait de mots. Nous en mettons sur tout et rien. C'est notre lien entre le spirituel et le physique. La métaphysique des mots, voilà ce que nous sommes en réalité. Nos fondations reposent sur le langage. Sans lui, nous végéterions. Nous ne serions en aucun cas les êtres évolués que les âges ont fait de nous. Mais plus que tout, nous ne verrions pas le monde de la même façon.

 

Les mots constituent notre rapport à ce que nous nommons, à tort probablement, le réel. En vérité, ils sont biaisés, car en prétendant décrire voire étiqueter une chose ou un être, ils font abstraction de son tout. Le vocabulaire renvoie à un imaginaire, un ensemble de signes et de représentations mentales. Qui peut affirmer que nous percevons, à travers le langage, la même définition du monde qu'un autre individu ? Personne ne le peut. À mon sens, nous sommes à nous seuls des myriades d'univers, aussi riches et diversifiés les uns des autres. Pourtant, les mots nous mettent d'accord, même lorsque naissent des désaccords. Non parce qu'ils ont raison ou tort. Non parce que nous les comprenons exactement de la même manière. Tout simplement parce qu'ils décrivent un élément, le façonnent, l'imaginent. L'étude des mots, domaine qui m'est partiellement étranger, doit être Ô combien passionnante. Comprendre le langage est essentiel pour plonger dans l'intimité intellectuelle de l'humanité.

 

Combien de mots mal interprétés ont changé le cours de l'Histoire ? Je me le demande. Qui sait si nous nous faisons entendre tel que nous le voulons ? Je ne sais même pas si le lecteur qui suit ces lignes sera en mesure d'arriver au même raisonnement que moi. C'est tout l'art de l'écriture. Son plus grand défi, aussi. Se faire comprendre, n'est-ce pas l'œuvre de toute une vie ? Écrire, c'est partager une intimité unique avec le langage. Nous pouvons, à travers une constellation de règles et de limites définies, repousser l'originalité. Les mots sont autant de combinaisons possibles qu'ils ont de significations. Ils ne sont pas que mots. Ils sont une musique, qui résonne à notre oreille, et en cela, leur agencement n'en est que plus délicat. Ils permettent de transmettre des messages et de nous faire rêver. L'art des mots, et l'amour qui en découle, est pour moi ce qu'il y a de plus curieux et merveilleux dans ce monde. J'aime la communication, l'inventivité qui va de pair avec l'utilisation de la langue. Je me prends souvent à écouter les mots, lors d'une conversation, et les voir s'imprimer en toutes lettres dans mes pensées. Quand bien même ils ne sont que des préjugés, les mots me transportent et m'interrogent. Ils m'intriguent et me passionnent. De l'orthographe à la calligraphie, en passant par les sons, ils sont d'infinies questions. Pourquoi ? Comment ? Je ne cesserai jamais d'aimer les mots. Et ils me le rendent bien !

 

Grégoire Barbey

 

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28/04/2012

Propos sur la haine

 

L'ignorance est un terreau fertile pour que se développe la haine. La détestation, le refus de l'autre, de s'ouvrir au monde, est un symptôme évident d'un mal-être identitaire, émotionnel et bien évidemment avant tout personnel, donc strictement individuel. Haïr autrui, c'est toujours une manière détournée de ne point se haïr soi-même, de ne point s'avouer le regard dépréciatif que nous posons à notre endroit. C'est une stratégie de faiblesse, qui n'a aucune conséquence positive, ni pour soi, ni pour les autres.

La haine, c'est l'hiver du cœur, la nuit de l'esprit, la peine de l'âme. Nous ne pouvons décemment détester quiconque si nous nous aimons nous-mêmes. Il faut être indulgent envers nous, et ne pas reporter notre colère sur les autres, qui n'y sont pour rien. Sartre disait que « l'Enfer, c'est les autres ». À bien y songer, cette phrase peut être à la fois vraie et à la fois fausse. Elle n'est qu'une question de point de vue. Néanmoins, le plus vraisemblable est qu'en réalité, l'Enfer, c'est nous-mêmes. Nous avons tendance, soit par paresse, soit par conditionnement social, à nous enfermer dans des schémas structurels et organisationnels qui mettent en péril notre esprit critique. Parce que nous ne voyons plus les faits pour ce qu'ils sont mais par ce qu'ils représentent selon notre paradigme et le prisme par lequel nous les observons, nous ne pouvons plus penser par nous-mêmes, et donc n'avons plus accès à la réflexion. Nous basons nos réactions sur des affects, c'est-à-dire des émotions. Les préjugés sont ainsi, ils précèdent toujours la pensée, et bien souvent malheureusement, celle-ci ne surgit même pas. La haine est la conséquence d'une mauvaise digestion, soit physique, soit psychique. Elle déchire, détruit, malmène, menace, trahit, transforme et corrompt tout ce qu'elle touche. Elle crée les divergences, les attise, les exacerbe. Faire jaillir la haine dans des cœurs abîmés ne demande aucun savoir-faire particulier, ni nécessairement une grande intelligence. Il suffit de mettre le mécanisme en marche, et la réaction attendue ne se fera pas attendre. Les individus réagissent différemment, et sont différents. Toutefois, certaines choses ne doivent pas être prises à la légère. Lorsque l'on s'en prend à la Citadelle intérieure d'un être humain, son comportement sera indubitablement tourné vers la défense, et toute personne menacée n'est généralement plus maître de ses actes, ni de ses réactions. Il suffit d'aborder les bonnes thématiques et le sentiment de haine à l'égard d'une communauté pourra être manipulé à souhait, dans les masses, et ce sans dépenser une énergie faramineuse.

Tout se situe dans la dextérité employée pour arriver à cette échéance, à savoir induire la haine au sein des individus. C'est un jeu dangereux, qui peut se retourner contre celui ou ceux qui en usent et en abusent. En période de crise systémique, cette attitude est répandue, et la sensibilité de chacun est nettement mise à rude épreuve, favorisant ainsi le développement de la haine. Victor Hugo disait : « Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons ». C'est une évidence, et le résultat serait à la hauteur de l'espérance, à n'en pas douter. C'est l'ignorance qui stimule les pulsions primaires, comme la colère, la détestation, le repli, la manipulation et tous ces comportements délétères. La haine n'est en aucune façon une réponse satisfaisante à la haine. Pour contrer des esprits enragés, haïssant, il faut être au contraire tout ce qu'il y a de plus aimant. Ceux qui cèdent à la haine pensent généralement qu'ils ne sont pas compris, et c'est ce qui leur fait ressentir un sentiment aussi négatif. Il faut alors démontrer à ces gens qu'ils ne sont ni seuls, ni incompris, et que d'autres partagent leurs souffrances.

En cette période de crise, où nous voyons les haines s'attiser les unes parmi les autres, il est impératif, sinon salvateur de rappeler ces enseignements essentiels. N'ayons pas peur de dénoncer ce qu'il y a de plus sombre dans le cœur de nos semblables, de cette manière, nous les protégerons, et par la même occasion, nous nous protégerons.

 

Grégoire Barbey

27/04/2012

De la spiritualité comme cohésion sociale

 

De nos jours, les confessions religieuses, en Occident, vont vers un déclin certain. C'est un fait probablement incontestable. Les raisons sont nombreuses, et les conséquences tout autant. Il est évident que notre société, aujourd'hui, se cherche de nouveaux principes fondamentaux sur lesquels s'appuyer pour garder sa force et sa légitimité. Que nous le voulions ou non – et j'ai longtemps souhaité renier cette réalité –, nous fonctionnons et coexistons selon une constellation de croyances diverses qui forment un tout, qui nous relie ou nous sépare. Ce tout est essentiel pour la formation de notre identité, qui souvent s'apparente ou se juxtapose à notre culture. D'où les crises identitaires et culturelles qui frappent nos semblables en période de fluctuations systémiques. Le tissu social est infiniment fin, et la moindre déchirure peut l'abîmer durablement. Pour vivre en harmonie avec les autres, l'être humain doit acquérir certaines connaissances, qui se présentent sous la forme de codes plus ou moins complexes. Les comportements humains, en société, sont généralement induits par la formation de ces enseignements codifiés, implicites ou explicites. Les lois juridiques en sont un excellent exemple. Ce que Rousseau, dans son Contrat Social, mettait en valeur dans tout système législatif qui se respecte, c'est l'importance des mœurs et des coutumes. Ce sont ces dernières qui donnent aux individus le sentiment de responsabilité au sein d'une communauté, et les font dès lors se soumettre, pour le bien commun, à un ensemble de règles, bien souvent intériorisées dès la plus tendre enfance à travers des jeux ou l'éducation. Les croyances en des principes fondamentaux sont donc ce qui fortifient l'adhésion aux lois, et qui forgent l'identité. Il est particulièrement instructif d'étudier les règles et coutumes de sociétés et de cultures sensiblement différentes. Il apparaît comme une évidence que celles-ci, si elles ne rendent pas nécessairement plus libres, permettent une cohésion sociale et le respect de chacun, avec bien sûr des exceptions. Mais fondamentalement, force est de constater que cela fonctionne admirablement bien, proportionnellement au nombre d'êtres humains coexistants sur notre planète. Les dérives sont régulières, certes. Néanmoins, sans ces délimitations précises, les comportements et la cohabitation entre plusieurs individus pourront être davantage conflictuels, si chacun applique aux autres son système de croyances et ses normes personnelles.

Dans l'ensemble, nous vivons donc d'après l'expression de rites et de signes distinctifs, qui s'expriment au travers de nos attitudes, solitaires ou sociales, et qui rendent nos rapports soit plus aisés, soit plus difficiles. Nous remarquerons sans peine que nos coutumes, nos traditions et nos valeurs sont intrinsèques à notre identité. De fait, les rejets liés à ces caractéristiques sont communs et ne rentrent pas dans l'ordre de l'exception. L'identité, en plus de mettre en mouvement les comportements d'un individu, crée une armure, donc une sécurité. Toute atteinte à cette cuirasse induit habituellement une réaction hostile, a priori. Nous sommes, il est essentiel de le reconnaître et de l'avoir à l'esprit, des êtres impulsifs. Toujours, même avec un exercice assidu, nos émotions prennent le pas sur la réflexion. Cela peut ne durer qu'un bref instant, mais c'est indubitablement une constante. Les préjugés en sont l'expression patente. De façon générale, nous aurons tendance à d'abord rejeter l'inconnu, pour conserver les fondations qui nous sécurisent. La personnalité, comme d'ailleurs l'exprimait si majestueusement Goethe, est une Citadelle, à laquelle nous sommes foncièrement liés. L'ouverture aux autres, usuellement nommée « l'ouverture d'esprit », est une caractéristique qui s'exerce et n'est pas spontanément acquise. D'où la propension qui règne au sein de nos semblables à discriminer, non nécessairement de façon malintentionnée, ce qu'ils ne comprennent pas. Nous sommes toutes et tous ainsi, moi le premier. Ce qui nous fait réfléchir et agir en conséquence sont nos valeurs et nos croyances. Comme nous sommes toutes et tous différents, ces fondements n'échapperont pas à la règle de la divergence. L'opposition entre des êtres humains est inévitable. Ce n'est pas négatif en soi, mais il faut faire en sorte qu'un conflit soit constructif et n'ait pas d'impacts péjoratifs sur les individus, dans la mesure du possible. Le désaccord est fécond. Il nous construit, nous affirme et nous réalise.

Ce qu'il faut, dès lors, pour protéger notre Citadelle intérieure sans nuire à celle d'autrui, est d'avoir à l'esprit que nous seuls en sommes les gardiens. Plus nous avons conscience de et confiance en notre capacité à la défendre, et plus nous pouvons nous ouvrir aux autres sans risquer une « invasion externe ».

C'est pour cette raison que j'aborde ici la thématique de la spiritualité, non dans un sens religieux, mais comme un principe qui nous guide, une réflexion, une valeur pouvant nous faire adhérer à tout un ensemble de comportements. Notre société évolue, et fluctue. Actuellement, le plus grand défi est à mon sens, en tout cas d'un point de vue philosophique et ontologique, pour les êtres humains, de palier au manque créé par le déclin des croyances religieuses. Il est nécessaire de fonder des valeurs primordiales qui nous unissent et nous font nous sentir en accord avec nous-mêmes tout en respectant les autres. Le tissu sociétal est tissé selon ce schéma. La cohérence doit être un état de fait, et une implication concrète.

Nous devons participer, à notre échelle et selon nos capacités, à la cohésion sociale. Il est impératif de garder à l'esprit qu'aucune société ne peut perdurer sans un accord tacite, un « contrat social », qui permette à chaque individu de se concrétiser et de s'épanouir.

Ce sont là des valeurs pour lesquelles le politique doit œuvrer, et la spiritualité est une réflexion à aborder en tant qu'être humain.

Je me proposerai donc de réfléchir sur ces questions.

 

Grégoire Barbey

09:47 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, principes, valeurs, fondements, goethe, rousseau, contrat social, réflexion |  Facebook | | | |

05/04/2012

Tendre vers le surpassement de soi

 

Réfléchir, c'est se projeter au-delà de soi-même et se contempler. Or, cela reste une perception tout-à-fait subjective, qu'il convient de relativiser. Il est pourtant nécessaire d'être en mesure de se regarder avec le moins d'apparat possible, de se mettre à nu, au moins face à notre propre regard.

Pourquoi devoir poser sur soi un œil critique ? Cette question implique de rentrer dans le fondement de ma philosophie, à savoir le dépassement de soi, qu'il est également envisageable de formuler le surpassement de soi. C'est une réflexion déontologique, qu'il convient de comprendre comme étant propre à ma vision personnelle, que je tire de mes propres expériences empiriques. J'établis ce cheminement intellectuel depuis des années déjà, et je n'en suis qu'au commencement.

Cela constitue mon ontologie. Je réfléchis ici pour comprendre comment se réaliser soi-même, ou plus succinctement, tendre vers « l'amélioration ». Cette approche n'est pas des plus aisées, car elle requiert non seulement une connaissance de ses propres limites, mais également d'un minimum de culture eu égard aux états d'âme des autres, pour ne pas proposer une piste de recherche qui soit en décalage complet avec la réalité ontologique du commun des mortels. Et puis, plus important peut-être encore, offrir une piste de réflexion qui ne soit pas que théorique. Il y a toujours ces deux oppositions qu'il est difficile de concilier dans la recherche philosophique : la pratique et la théorie. En effet, lors de la mise en application d'une théorie quelconque, la pratique peut bien souvent se révéler loin des attentes premières. Pourquoi ? À mon sens, réfléchir implique une abstraction de certains éléments, parfois imperceptibles, qui peuvent peser lourd dans la réalisation des objectifs.

Métaphoriquement, il faut concevoir l'être de la même manière que la vie. Elle est un mouvement constant, et tout frein à celui-ci engendre généralement la mort, ou de façon imagée, la disparition de la vie. L'être doit tendre vers un changement perpétuel. Je reprendrai ici l'analogie du serpent et de l'esprit, empruntée à Nietzsche. S'il ne peut pas changer de peau, c'est-à-dire muer, il finit par mourir. Il en va de même pour un être qui ne se réalise pas, ne s'épanouit pas. À force d'évoluer dans la même prison sensible, avec les mêmes peurs et les mêmes certitudes, l'esprit n'a de cesse de s'autodétruire. Peut-être la dépression n'est-elle rien d'autre qu'une automutilation de l'être envers lui-même, pour tenter de s'extraire de sa condition « pressurisée », si j'ose dire. Enfermé dans une cellule de détention intellectuelle, l'esprit requiert d'en sortir, car le risque de son immobilité, de son incarcération en lui-même, n'est autre que son propre anéantissement. Une connaissance m'a rapporté que pour Cioran, un fou est celui qui a tout perdu, sauf sa raison. Je trouve cette définition très proche de la réalité, d'autant plus de ce que j'essaie de dépeindre à grand peine. Nous avons toutes et tous une raison, à n'en point douter, mais elle est différente pour chacun d'entre-nous. Elle se fonde, comme tout le reste de l'être, selon l'environnement dans lequel elle évolue. Il nous est vraisemblablement impossible d'attribuer à quiconque le jugement d'être « irraisonné ». Ce serait une erreur. Tout être humain, à défaut de pouvoir le certifier pour les autres espèces, possède une raison qui lui est propre, intimement reliée à son parcours, à son vécu. Comme précédemment employé par mes soins, je considère la réflexion comme l'abstraction d'une certaine proportion (relative) de la réalité. Lorsque nous jugeons autrui, nous avons tendance et à nous projeter, et à faire abstraction des traits spécifiques de la cible de notre jugement. Ce qui conduit inévitablement à un constat erroné sur la personne. Le meilleur objet d'étude pour comprendre les autres, c'est nous-même. En s'extrayant de tous préjugés moraux, nous pouvons tenter de nous mettre à la place de celui que nous avons face à nous. Ainsi, bien souvent, si la méthode utilisée est dénuée de tout a priori inadéquat, il sera plus aisé de saisir l'attitude de l'autre. Et pourquoi pas de la comprendre.

Le surpassement de soi, c'est justement cette capacité à pouvoir se regarder soi-même, comme entre quatre yeux, et à reconnaître ses torts. C'est avoir la volonté de tendre vers l'avant, en s'améliorant, en essayant de dépasser nos errements, car ils sont nombreux. Ne pas rester dans un carcan fait de convictions. Je perçois les certitudes avec une certaine réserve. Je les conçois comme des raccourcis intellectuels, qui permettent aux esprits fainéants de ne point se poser davantage de questions. Il est bien plus démonstratif de sa persévérance de pouvoir fracasser les idoles, pour reprendre une fois de plus une métaphore chère à Nietzsche, d'être en mesure de dépasser ses a priori, que de rester tel un chien de garde sur ses positions et ne plus s'en départir.

Alors, le dépassement de soi, c'est en partie vouloir s'améliorer, et affiner ses approches. Toujours s'interroger. Au fond, ce n'est rien de plus qu'une longue discussion avec soi-même, à nu.

Cela n'est rien d'autre qu'un avant-goût, mais cela permet déjà de déblayer quelques zones poussiéreuses.

 

Grégoire Barbey

02/04/2012

Les femmes ne sont pas vos objets !

 

Vous les mettez dans vos publicités, toujours à demi-nues, retouchées et aguichantes. De la manière la plus abjecte qui soit, elles deviennent ainsi l'objet de vos fantasmes obscurs, et ces photos surréalistes contribuent à creuser l'écart entre la réalité et les mythes culturellement construits dans vos esprits, vous conduisant ainsi à croire des inepties, favorisant la perpétuation de la domination masculine.

Elles doivent vous plaire, être en mesure de vous séduire. Toujours les mêmes rites, la même procédure affligeante, les mêmes coutumes. Les hommes doivent mener la danse, assurez-vous. Les femmes, elles, sont priées de rester sagement à leur place. Vous leur avez concédé quelques libertés, il est vrai, mais tant que celles-ci ne rongeaient pas excessivement les vôtres, si chèrement acquises.

Dans vos représentations mentales, vous êtes le preux chevalier dont la mission est de sauver une princesse éplorée, incapable de se subvenir à ses propres besoins. Des siècles durant, vous avez relégué vos sœurs aux plus bas niveaux de la société, cherchant des excuses toujours plus lamentables, affirmant sans remords que cette domination du genre masculin fait partie de l'ordre des choses, et qu'il serait contraire à la nature de remettre en question ce qui pour vous est une évidence. N'est-ce pas arrangeant, finalement, de tabler sur le hasard de la naissance pour déterminer les droits d'un être humain ? Et de manipuler quelques différences biologiques pour attester de la viabilité de ceux-ci ? À n'en point douter, cette mascarade vous a longtemps profité. Trop, avouons-le !

Désormais, les femmes veulent s'approprier ce que vous leur avez toujours sciemment retiré. La guerre fait rage, comme jamais auparavant. La violence symbolique est une arme que vous avez toujours su manier avec une dextérité sans commune mesure. Il est bien plus aisé de ne pas affronter son adversaire face-à-face, en usant de vils stratagèmes. D'autant plus qu'au fond de vous-mêmes, vous savez pertinemment que leur lutte a toute légitimité. Alors, de peur d'être castrés, vous repartez sur le champ de bataille, prêts à vous battre, et à repousser cet ennemi, esclave de vos pulsions démesurées, que vous préférez garder sous le joug de vos mensonges. À terme, la défaite vous sera cuisante. Mais fort de vos certitudes et de votre croyance en la toute puissance biologique, vous n'acceptez pas de reconsidérer vos évaluations à propos des femmes.

Sottises, vous dis-je ! Cette confiance inébranlable sera le tombeau de vos illusions manichéennes.

La science évolue plus rapidement que les constructions sociales, c'est un fait. Les gender studies vous font peur. Eh oui, si les genres étaient également fondés sur des a priori invérifiables de façon scientifique ? Ô douleur ! Ô misère ! Qu'adviendra-t-il de votre règne ? Niente ! Et tant mieux, ai-je envie de dire.

L'humanité a besoin d'esprits progressistes, sachant mettre de côté des préjugés séculaires, pour mieux saisir les tenants et aboutissants d'une espèce qui s'est longtemps définie à l'invraisemblance de ses croyances. Aujourd'hui plus que jamais, il nous faut défier les convictions de nos aînés, et nous embarquer dans une aventure à contre-courant de toutes les sépultures divines qu'ils ont bâti, bien souvent à tort.

Il est l'heure d'abdiquer, et de renier ces chaînes qui entravent la majorité de l'humanité. Eh oui, statistiquement, vos sœurs sont plus nombreuses que vous. Et ce malgré les atrocités que certains d'entre-vous sont capables de commettre, comme jeter son enfant dans une poubelle parce que la forme de son sexe ne correspond pas à vos attentes. Ô folie !

Ne dominez plus vos semblables. Aimez-les et reconnaissez-leur les droits qui sont les vôtres.

Je le proclamerai jusqu'à ma mort, les femmes ne sont pas vos objets !

 

Grégoire Barbey

01/04/2012

« J'ai trop envie de vivre »

 

« J'ai trop envie de vivre. »

Cette phrase, je l'ai entendue pour la première fois aujourd'hui, émanant de la bouche de quelqu'un d'autre que moi. Et cela m'a fait réfléchir sur une question cruciale : qui pense souvent à cela ?

Ce désir incommensurable d'exister, je l'entretiens depuis des années. Il m'a été d'un secours inimaginable dans les plus durs moments, lorsque tout allait de mal en pis et que la douleur était trop profonde pour être soignée rapidement.

Ardent, il a rallumée une à une chaque bougie qui s'éteignait dans mon cœur et m'a fait tendre vers le « mieux » en toutes circonstances. Je ne savais jamais vraiment si cet optimisme naturel était une bonne chose, mais je m'y attelais quotidiennement. Les déceptions, pourtant nombreuses, n'ont point eu raison de moi. Désormais, je réalise avec le recul que cette pulsion vitale m'a été salvatrice.

Et qu'elle continue à me porter, avec toujours plus d'intensité, dans les projets et les rêves de ma vie.

Cela ne fut pas tous les jours facile, et les obstacles furent pléthores (et le seront encore!), néanmoins rien ne pourra freiner mon élan, cette irrépressible passion pour l'existence, qui me pousse jour après jour dans tous les sens, et ne m'empêchera d'embrasser mes ambitions.

Quand bien même la fatigue psychique semble s'emparer de moi, il me faut impérativement retrouver cette sensation, fugace et intense, grâce à laquelle je m'efforce de ne pas abdiquer face à la tournure des événements.

J'ai également saisi toute l'importance de la « volonté », concept puissamment mis en valeur dans les philosophies schopenhauerienne et nietzschéenne. La volonté, selon moi, s'oppose à l'espérance. Synthétiquement, la première est pratique tandis que la seconde n'est que théorique. Espérer, c'est se limiter à l'attente, et être donc dans l'inaction. Or, vouloir, c'est se donner les moyens d'obtenir l'objet de nos désirs en s'offrant tout entier dans l'action. Cela permet aussi de se projeter dans les événements, et les préparer. Échafauder des stratégies, par exemple. Le bien-être provient essentiellement de notre état d'esprit. Il faut vouloir aller bien, moralement, pour bien aller.

Peut-être le « vouloir-vivre » de Schopenhauer n'était pas si loin de la réalité...

Quoi qu'il en soit, j'ai trop envie de vivre !

 

Grégoire Barbey

19:27 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, vivre, vouloir-vivre, schopenhauer, nietzsche, réflexion |  Facebook | | | |

23/03/2012

De notre humanité

 

Il ne faut pas craindre son humanité.

Ni de dévoiler ses émotions, ni de reconnaître ses faiblesses. La perfection n'est donnée à personne, et c'est tant mieux. De l'imperfection de notre être, nous créons, nous vivons et nous exultons le plus merveilleux des Arts. Il serait fâcheux de n'en plus vouloir, de s'en départir. Eh ! Quel être humain serait suffisamment prétentieux pour ne désirer point s'épancher dans la gestation d'un art qui lui est propre ? Il faut garder à cœur que nous sommes des êtres en devenir, la finitude est étrangère à notre ontologie. Il faut se surpasser, à chaque instant, et aller toujours de l'avant. Nous nous épanouissons dans l'action, tout autant que dans la réflexion. Ne sombrons pas dans le piège qui nous est tendu, celui de nous définir uniquement par nos actes. De grâce, nous sommes plus vastes, compliqués et merveilleux que peuvent en témoigner nos faites et gestes.

Ne craignons pas d'être ce que nous sommes, ni de nous réaliser dans la construction de nous-mêmes. Œuvrons, si possible, pour être exactement ce que nous sommes, sans la crainte de vouloir-être, ou de devenir ce qu'autrui veut que nous soyons. De l'être ou du néant, je choisis d'être.

La grandeur n'est qu'une image. Ce qui importe n'est pas la taille de notre ego, mais le bien-être qui nous lie, de l'âme au matériel, du métaphysique à la physique, de l'abstrait au concret, et qui nous épanouit dans la transversalité de notre faculté de vivre.

Nos choix, nous devons les assumer, et être en mesure de les justifier, non en s'offrant l'armure d'un soldat d'acier, mais en acceptant toujours que se tromper fait partie du jeu et que le reconnaître, c'est faire avancer l'humanité.

L'honnêteté intellectuelle est le propre d'un humanisme pleinement vécu.

Écoutons-nous et faisons tomber les masques.

Vivons ad vitam æternam, dans l'infinie spirale du devenir plutôt que du pouvoir. Gardons-nous d'exister ad nauseam. Réalisons-nous.

 

Grégoire Barbey

14:11 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : réflexion, humanité, humanisme, réaliser, devenir, être, ontologie |  Facebook | | | |

22/03/2012

Sur l'Amour

 

Qu'est-ce qu'aimer ? Cette question est intimement liée à mon expérience personnelle. Je m'interroge régulièrement à ce sujet, sans nécessairement n'avoir jamais trouvé réponse satisfaisante. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'il y ait une seule manière d'exercer ce que je nommerai l'Art d'aimer.

Néanmoins, j'en suis arrivé à une certaine étape de ma réflexion – ou de mes pérégrinations intellectuelles. Bien souvent, je me suis simplement positionné en observateur de ceux qui s'aiment. Il est toujours plus aisé de prendre du recul sur ce que nous analysons. Or, j'ai constaté à de multiples reprises, pour l'avoir vu et vécu, que l'amour peut apporter la discorde dans les relations humaines, et son lot de fléaux. Les êtres humains, et j'en fais partie, ont souvent tendance à associer amour et possession. Ce cocktail est par essence voué à l'autodestruction. L'amour peut être métaphoriquement comparée à une montagne. Vouloir posséder, c'est risquer l'érosion des roches qui la fondent. Je pense, avec humilité, qu'un amour sain doit être libéré de la dévoration et de l'appropriation. Le désir, qui est un fondement de l'amour, est un langage sans mot. Il n'est cependant pas une justification suffisante pour aspirer à la propriété de ce qui est désiré.

Aimer, ce n'est pas avoir, ni contrôler. Il a besoin d'être détaché – et par détachement je n'entends pas qu'il ne doit pas être pleinement vécu – pour offrir à l'Autre, à l'être aimé, toute l'indépendance à laquelle il a le droit. Je conçois l'amour comme un défi, celui de pouvoir accepter de n'être pas la seule source d'épanouissement de celui ou celle qui est la cible de ce puissant sentiment. Accepter l'être dans son ontologie et dans sa spiritualité. Aucun corps ne peut ni ne doit être soumis à une quelconque propriété. Le mythe de l'amour possessif, je n'y crois guère. La faculté d'aimer, c'est de pouvoir profiter de la personne qui égaie, amplifie, crée cet affect, sans pour autant l'emmurer dans les douves d'un château immensément vaste. La liberté de mouvement, pour moi, peut s'accompagner de l'amour. Pouvoir dire « je t'aime, mais tu ne m'appartiens pas » est probablement la plus belle preuve d'amour qui soit. Encore faut-il y donner du sens. Aucun être ne peut se laisser passer les chaînes aux poignets sans vouloir, à un moment donné, les briser, ne serait-ce que l'espace d'un instant. Pourquoi aliéner le corps à l'amour ? Je suis persuadé – avec des réserves, comme à mon habitude – qu'aimer ainsi conduit au bonheur et à l'épanouissement. Ne pas souffrir, ni de la dévoration, ni de la détestation, qui sont si communément liées à l'amour.

Je me souviens de ces vers écrits par Baudelaire :

« Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer ?

Maudit soit à jamais le rêveur inutile

Qui voulu le premier dans sa stupidité,

S'éprenant d'un problème insoluble et stérile

Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté ;

Celui qui veut unir dans un accord mystique

L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,

Ne chauffera jamais son corps paralytique

À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour. »

Aimer ne doit pas être un diktat. Il lui faut être libre. Un amour emprunt de possessivité n'est finalement rien d'autre qu'un travestissement de l'amour-propre. Un narcissisme infini de l'ego démesuré qui veut avoir l'Autre pour son intérêt. C'est sûrement dans un sentiment amoureux détaché que peut naître les plus belles histoires, et de merveilleuses complicités. Un partage sans tabou. Un respect sans compromission, sans aliénation.

Aimer l'Autre pour ce qu'il est, dans son être, dans sa beauté toute entière, et non pas pour en faire un trophée personnel.

Je réalise qu'il m'est profondément agréable, aujourd'hui, d'être en mesure de dire : « je t'aime ab imo pectore mais j'érige ta liberté en principe fondamental de cet amour qui coule dans mes veines ». Ainsi, je me libère des tourments de l'âme prisonnière de son propre désir. Je vis ma relation, pour ce que l'Autre m'offre, pour ce qu'il est, et non pas pour une illusion métaphysique qui flatte ma personne au détriment du reste.

« Hyppolyte, cher cœur, que dis-tu de ces choses,

Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir

L’holocauste sacré de tes premières roses

Au souffle violent que pourrait les flétrir ? »

Aimer est un Art. Le plus beau.

 

Grégoire Barbey

02:07 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : réflexion, amour, détachement, possessivité, liberté, épanouissement, respect, désir |  Facebook | | | |

13/03/2012

« Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. »

Pensée nocturne.

« Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Et que m’importe ? Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions ; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer ; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l’unique consolation de ma vie ; elle allège toutes mes peines en prison, elle compose tous mes plaisirs dans le monde et j’y tiens plus qu’à la vie. Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. » Donatien Alphonse François de Sade

Cette phrase, sur laquelle je tombe au hasard de mes pérégrinations littéraires, me plaît, bien qu'écrite de la main d'un personnage que je n'apprécie guère. Elle me fait réfléchir sur la pensée unique, qui atteint des sommets encore inexplorés de mémoire. Je ne désire point développer une réflexion en cette nuit qui pourtant me remplit d'inspiration. Toutefois, j'appréciais tant ce passage qu'il me fallait le rapporter. Et d'ailleurs, je partage cette idée que bien souvent, la cause du malheur des uns, est la pensée des autres... Cela mérite d'être compris, car même les théories les plus abordables et humanistes ont parfois de fâcheuses conséquences sur le bien-être de certaines personnes. Comment donc concilier toutes les sensibilités en une même société ? Je laisserai mes lecteurs tenter d'y répondre et reviendrai plus tard sur cette interrogation qui, croyez-moi, me passionne au plus haut point.

Grégoire Barbey

01:09 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sade, marquis, pensée, philosophie, réflexion, nocturne, uniformisation |  Facebook | | | |