Gregoire Barbey

19/02/2012

Propos sur les différences

Évidemment que nous sommes différent-e-s ! Qui le nierait ? Mais ce ne sont pas nos caractéristiques biologiques, ni un quelconque sexe qui nous différencient. Ce qui fait notre singularité, ce sont nos actes et notre personnalité. La couleur de nos cheveux, de notre peau ou la forme de notre visage ne peuvent nous diviser, car ce ne sont que des détails aléatoires. Que notre pilosité soit teintée de blond, de noir ou de châtain n'a aucune importance en soi. Que nous soyons « femmes » ou que nous soyons « hommes » n'importe pas davantage. Nous ne décidons pas de l'aspect physique de notre enveloppe charnelle, nous ne pouvons donc pas utiliser cette caractéristique pour différencier deux individus. Si aujourd'hui la doctrine du différentialisme semble aller de soi pour la majorité de nos contemporain-e-s, ce n'est en aucun cas une démonstration empirique de la justesse de cette idéologie. J'ai d'ailleurs pour principe de me méfier toujours des pensées qui se réclament du rationalisme, car ce dernier est une nouvelle forme de croyance. Ce que nous jugeons rationnel est arbitraire et repose sur des a priori. Ne faut-il pas craindre les certitudes ? Quand bien même elles revêtent l'argument d'autorité que confère les recherches scientifiques. La science n'est-elle pas proprement ce qu'il y a de plus incertain ?

Nous avons appris à percevoir des différences partout, comme une maladie mortifère, corrompant tout ce qui nous entoure. Mais dans nos relations sociales, qu'est-ce que le sexe ? Avoir un pénis m'octroierait plus d'intelligence ? Je ne pense pas. Si mon attitude s'apparente à la possession de cet attribut, la cause s'explique par les constructions sociales qui se sont forgées au fil des siècles, catégorisant les individus dans diverses cases. La catégorisation de certains comportements comme étant spécifiques à un genre donné relève de l'attribution arbitraire. Ces différences sont ancrées dans nos esprits. Le virilisme serait l'attitude propre aux hommes et le sentimentalisme celle qui serait propre aux femmes. Les déviances que ces croyances engendrent sont multiples. Certains hommes tentent de correspondre à cet idéal, tout comme certaines femmes en font autant de leur côté. Finalement, si ces personnes se sentent bien dans leur peau en jouant le rôle qui leur a été attribué, il serait malavisé de leur en vouloir. Toutefois, personnellement, je refuse d'être réduit à un genre, une couleur de peau, de cheveux ou d'yeux, une préférence sexuelle ou quoi que ce soit d'autre qui n'est pas de mon fait !

J'ai conscience que les seules choses qui me différencient réellement de mon semblable, ce sont mes actes et ma personnalité. Mais ce que je fais n'est pas déterminé par une quelconque appartenance à un sexe. Cultiver de vieux clichés n'a aucun sens. Dois-je pour autant être jeté dans une catégorie et ne plus en sortir ? Je ne l'accepte pas. C'est devenu une manie d'associer chaque individu à un ensemble de critères, comme s'il fallait impérativement décrypter les êtres humains pour rentrer en relation avec eux. Je ne me considère pas comme un « être fini », mais en devenir. Chaque jour, je me développe et évolue. Je ne pourrais donc rentrer dans une case sans risquer de devoir en changer le lendemain. Je refuse de me soumettre sur l'autel de la différenciation. Je n'ai aucunement besoin de me rattacher à un genre pour me rassurer, tout comme mon identité ne se fonde pas sur la forme et l'utilité de mon sexe. Nous avons trop souvent tendance à percevoir d'abord nos divergences avant nos similitudes. Ne serait-ce pas là le signe d'une dégénérescence ? Que cherchons-nous à obtenir dans la différenciation ? Est-ce la manifestation de l'individualisme omniprésent dans notre société ? Je n'y vois en tout cas rien de positif. Cela sert davantage les intérêts du système que ceux des êtres humains. Répartir les tâches en fonction d'une catégorie précise facilite amplement le fonctionnement du capitalisme, qu'elle soit d'ordre ethnique, générationnelle ou sexiste. Il est probablement temps de déconstruire ces idoles qui règnent sur la pensée humaine depuis tant de siècles – voire de millénaires ! Il nous faut impérativement nous extraire de ces carcans réducteurs qui non seulement prétendent nous connaître mais qui de surcroît nous prédestinent à des fonctions spécifiques. Le différentialisme est un dérivé d'abus de pouvoir. Il permet de justifier des comportements contraire à une éthique égalitaire. Nous sommes différent-e-s par nos actes et notre personnalité, cependant nous sommes toutes et tous égaux devant notre humanité. C'est elle-seule qui nous distingue. Le reste n'est qu'un détail, celui d'une rencontre entre un spermatozoïde et une ovule. Le fruit du hasard.

En définitive, ne laissez personne vous dicter quel comportement vous devriez adopter selon une appartenance arbitraire à un genre quelconque ! Soyez vous-mêmes, et ce quel qu'en soit le prix.

 

Grégoire Barbey

18/02/2012

Nietzsche, rencontre au hasard d'une curiosité irrépressible

 

logo.jpgMa première rencontre philosophique fut Friedrich Nietzsche. Il m'avait été chaudement recommandé par un ami, il y a un peu plus d'une année en arrière. Curieux, je me suis procuré « Antéchrist », suivi de « Ecce Homo ». Bien évidemment, il s'agissait des derniers ouvrages qu'il avait écrits. Ma première lecture fut donc ardue, et il a fallu que je m'accroche pour parvenir à la fin de ce voyage obscur. Une fois mon entreprise achevée, j'étais abasourdi. Je n'avais de loin pas tout compris, mais certains passages m'avaient tout bonnement laissé sans voix. À cette époque, j'ignorais encore qui était vraiment Nietzsche. Je me rendais bien compte de la difficulté présente dans ses écrits, pourtant je n'avais nullement l'envie de renoncer. Téméraire, j'ai entamé « Ainsi parlait Zarathoustra » et ai vite rebroussé chemin. C'était, à n'en pas douter, une erreur de calcul. Je décidai donc d'appréhender le philosophe d'une autre façon, en lisant d'autres penseurs qui ont écrit à son sujet. Cela me permit de le comprendre différemment, et de saisir la portée de son œuvre, tout en assimilant les concepts essentiels qui ont animé ses livres.
Il semblait déjà plus accessible au néophyte que j'étais. Je recommençai l'aventure en m'attaquant au « Gai Savoir ». J'étais irrémédiablement séduit par le style qui lui était propre. Les aphorismes, le ton revendicateur et prophétique, tout cela touchait une sensibilité intellectuelle qui était cachée en moi. Découvrir la philosophie par mes propres moyens était un réel plaisir, c'est même rapidement devenu un besoin. Dévorant la « Gaya Scienza », je tombai sur de courtes phrases qui ne manquaient pourtant pas de sens. Des énigmes, des affirmations, et des déconstructions. Véritablement passionnant. Addictif.
« Que dit ta conscience ? Tu dois devenir l'homme que tu es. »
Un profond sentiment de bien-être m'envahissait chaque fois que je parcourais, avidement, les pages de cet ouvrage. Je m'entretenais, sans mot dire et silencieusement, avec une personnalité qui avait somme toute radicalement transformé la pensée de son temps. Très vite, je compris qu'il y avait plus que de la réflexion au travers de cette philosophie. J'avais en ma possession le témoignage personnel d'un être singulier, qui en disait plus sur lui-même par la tournure de ses phrases qu'il n'en disait sur le monde.
« Le poison dont meurt une nature plus faible est un fortifiant pour le fort. »
J'étais scotché sur mon siège, et je me sentais profondément proche de cet homme, car il y avait au-delà une souffrance palpable, un combat démesuré à l'encontre de la solitude et des fatalités de l'existence terrestre. Difficile, pour un jeune qui se cherche, qui explore l'envers des choses, de ne pas être accaparé et admiratif devant tant de lucidité et d'esprit. Les bases du christianisme, et plus globalement de toutes les religions étaient sapées avec un génie au « grand style ». Lorsque j'ai terminé le « Gai Savoir », je me suis jeté à corps perdu dans la lecture de Zarathoustra, qui ne m'avait clairement pas laissé indifférent la première fois que je l'avais affronté. Et là, stupeur ! L'ascension me paraissait beaucoup plus aisée. Ce livre mêlait avec virtuosité poésie et philosophie. Je me plongeais dans une œuvre d'art d'une rare qualité. Tout mon être était parcouru de frisson. Ce vieux fou qui ne savait pas que « Dieu est mort », c'était un peu moi, qui jusqu'alors ignorait le goût merveilleux du fruit de la connaissance. Je tombai littéralement des nues. Cette poésie philosophique me contaminait.
« Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.
Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme. »

Ces phrases, ou plutôt ces prophéties résonnent encore dans ma tête, comme si je les avais apprises par cœur. Tout me parlait. Les trois métamorphoses de l'esprit, les trois maux, les prédicateurs de la mort, les contempteurs du corps, de la victoire sur soi-même, le chant d'ivresse et tant d'autres encore qui m'hypnotisaient entièrement. Je savais cette rencontre inéluctable. Lorsque je refermai les paroles de Zarathoustra, quelque chose en moi avait mûri. Je ne percevais plus les choses de la même manière, et j'en étais ravi.
J'ai continué à lire. « Le crépuscule des idoles », puis à nouveau « l'Antéchrist », « Par delà bien et mal », « Aurore »... Nietzsche était un tournant décisif de ma vie. Son apport dans mon propre développement est immense, à une période où je cherchais à faire la lumière sur différents aspects de mon existence, il m'a donné des « armes » et une constance, ainsi qu'un désir irrépressible, celui d'apprendre, de connaître et de comprendre ! Il m'a libéré d'une grande partie de mes tourments.
« Créer - voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère. »
Et puis chemin faisant, je me suis peu à peu éloigné de lui sur certains points, et j'ai pris mon indépendance. Je le considère encore comme un maître à penser, et je n'aurais probablement de cesse de le voir ainsi, néanmoins ma propre réflexion s'est portée au-delà de sa conception personnelle du monde. Lui qui a fait de son enfer une philosophie exemplaire, je l'en remercie. Grâce à Stefan Zweig, qui était un grand admirateur de Nietzsche, j'ai pu mieux cerner le personnage à la moustache si singulière et de fait, saisir la provenance de toute son œuvre.
Un être qui s'est battu bec et ongle face aux souffrances engendrées par un corps hypersensible, la faiblesse d'un physique atterré, la lutte perpétuelle pour voir malgré une vue presque inexistante, tout cela en dit long sur l'ensemble de son travail. Un témoignage d'une grande valeur, et des enseignements très pertinents. Même si je prends le large sur pléthore de ses concepts, je ne renierai jamais l'héritage intellectuel qu'il m'a légué sans le savoir.
Tant sur le plan philosophique qu'artistique, car Nietzsche était avant tout un artiste hors pair, et il a accouché de ses ouvrages tel un peintre qui tente de saisir toute la perspective d'un paysage. Il incarne à la fois le feu et la glace, une contradiction constante.
C'est toujours un immense plaisir que de le lire, et je prends souvent plaisir à m'arrêter quelques heures sur l'un de ses ouvrages pour me remémorer tout ce qu'il a de positif à saisir. Je ne regrette pas tous les efforts que j'ai fait pour m'atteler à la lourde tâche de flirter sur les cimes de la réflexion en compagnie de ce personnage unique. Et je continuerai indéfiniment à améliorer ma compréhension de cette philosophie.
C'est ainsi qu'au hasard d'une curiosité insatiable, tout mon univers intérieur a pris un tournant inimaginable qui m'emmène désormais aux quatre coins du monde.
Le ton « grand seigneur » de Nietzsche m'a définitivement inspiré.
Puisse-t-il en émerveiller d'autres par-delà les âges.

Grégoire Barbey

14:11 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : nietzsche, philosophie, réflexion, art, poésie, zarathoustra, idoles, crépuscule, gai savoir |  Facebook | | | |

10/01/2012

Du bonheur d'être soi

Qu’est-ce que le bonheur ? Une excellente question, à laquelle de nombreux auteurs ont tenté, tant bien que mal, d’apporter quelques éléments de réponse.

Pour ma part, je pense qu’il s’agit avant tout d’un sentiment personnel, qui ne peut se décliner sous des appellations spécifiques. Il n’y a, il faut le dire, pas de véritable chemin qui y conduise, néanmoins il existe des outils pour en saisir le sens et peut-être – qui sait ? – l’effleurer.

Certains sages, parmi les plus célèbres, recommandent l’ascèse. C’est une possibilité, mais je crois qu’il y en a d’autres, qui ne nécessitent pas obligatoirement la maîtrise de ses envies ou de ses douleurs.

À ce propos, Alain disait « le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même ». Mon interprétation de cette phrase différera peut-être de celle que s’en fera le lecteur, cependant il me semble évident qu’il ne faut pas courir après la paix en espérant y trouver ensuite le bonheur, comme si l’un permettait l’accès à l’autre, car ce serait une erreur, de compréhension comme de trajectoire, que de perdre du temps de la sorte.

En somme, et toujours selon ma propre interprétation de la citation susmentionnée, le bonheur est une forme de paix, ce qui équivaut à dire que le bonheur est la paix même, puisque la différence ne serait qu’une question conceptuelle voire de rigueur dans les termes.

« Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur. »

Voilà ce qu’écrivait Horace à ce sujet. Cela peut être compris de mille façons, mais l’évidence s’impose d’elle-même. Chercher, c’est indubitablement se tromper, car le bonheur n’est pas caché, il ne se tapit pas en de sombres recoins, au contraire, il est à portée de nous, encore faut-il être en mesure de le voir ! Une fois encore, j’en reviens à la sagesse des anciens en citant Marc-Aurèle : « celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d'un autre. Celui qui aime le plaisir met son bonheur dans ses propres penchants. Mais l'homme intelligent le place dans sa propre conduite. » Cette vision me séduit, car je crois que le vieil empereur de Rome a saisi l’essence même que représente le bonheur, c’est-à-dire la cohérence entre nos actes et ce que nous sommes.

Et là, nous abordons le thème principal de cet essai, qui se résume en cela : « le bonheur d’être soi ».

Qu’est-ce qu’être soi, alors ? De mon point de vue, et là je parle de ma propre expérience, être soi, s’accepter soi-même, c’est se laisser épanouir par ce qui nous attire, ce qui nous passionne, ce qui aiguille notre curiosité, mais ce n’est pas seulement ça. C’est un engagement à prendre en soi, pour soi et avec soi, c’est un contrat qui ne saurait être violé, sans quoi rien n’est possible. Nombreuses sont les petites contrariétés de l’existence, et plus encore les conflits intérieurs. Il arrive, malheureusement pour beaucoup, qu’il faille taire cette petite voix qui résonne au fond de chacun, passer outre ses propres répugnances, ses propres convictions et pis encore, sa propre humaine morale, tout cela dans le but de plaire, convenir à une norme ou se cacher lâchement derrière l’attitude communément admise comme étant la meilleure.

Pour comprendre ce qu’implique le bonheur d’être soi, il faut saisir le cheminement qui nous conduit à l’épanouissement de ce « soi » dont il est question. À considérer les autres êtres humains, nous sommes tous plus ou moins semblables, à quelques détails près, au moins du point de vue de l’apparence externe. Or, nous avons la conscience d’être, nous nous savons être, ceci en paraphrasant Albert Jacquard, et nous détenons de merveilleux outils qui nous permettent de façonner en nous, dans nos pensées, toute une constellation où sont liés nos désirs, nos goûts, nos connaissances, nos représentations, notre imagination, bref un incroyable enchevêtrement de petites choses qui font que chacun possède une personnalité unique. Selon moi, le bonheur d’être soi, c’est justement consentir à exprimer ce sublime ensemble qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Il s’agit avant tout de s’accepter tel que nous sommes, s’écouter, et mettre en symétrie nos actes avec nos pensées. Pour prendre un exemple qui m’est personnel, c’est laisser libre cours à sa sensibilité, quitte à être en désaccord avec notre entourage et la norme en vigueur ; refuser de faire ce qui nous avons en horreur. J’ai entamé ce long chemin qu’est l’acceptation d’être soi-même en décidant de ne plus manger de viande par respect pour les animaux, dont la souffrance m’a toujours ébranlé au plus haut point. D’une certaine façon, le premier pas vers cette épopée en soi-même, c’est se (re)connaître. En mettant un cran d’arrêt sur une attitude que nous avions toujours eue mais dans laquelle nous ne nous reconnaissions pas, c’est le meilleur moyen de s’exprimer soi-même, d’invoquer notre personnalité et dire haut et fort « non, je ne veux pas faire ça, ce n’est pas moi, cela ne me correspond pas ».

Il faut également savoir ce que nous aimons, ce qui nous fait vibrer, nous motive, pour l’exercer dès qu’il nous est possible de le faire, et ce qu’importe le « qu’en dira-t-on », dans la mesure où ce qui nous plait ne porte pas atteinte à l’intégrité de qui ce soit, entendons-nous bien. Ce n’est pas chose aisée dans notre société, j’en conviens volontiers. Mais c’est plus qu’un besoin, c’est une nécessité.

Pour atteindre le bonheur, il faut chérir ce que nous avons et ce que nous sommes. Bouddha nous l’enseigne : « soyez à vous-mêmes votre propre refuge ; soyez à vous-mêmes votre propre lumière ».

En agissant ainsi, non seulement nous trouvons cette paix intérieure, ce bonheur, mais plus encore, nous nous sentons mieux dans la place que nous occupons par rapport aux autres, et il nous est possible alors de vouloir en faire autant pour eux. Il faut voir en l’Autre le prolongement de Soi, et faire en sorte de lui transmettre ce qui est important pour nous, car cela se peut qu’il en soit de même pour lui.

À chaque fois qu’agir est nécessaire, il est impératif de se demander la manière dont nous aimerions le faire pour être en accord avec le regard que nous nous porterons à ce propos ultérieurement. Si un doute s’installe, alors mieux vaut agir autrement, car porter sur ses actes un jugement méprisant est le meilleur moyen de saper le bonheur d’être soi, et de nous contraindre à ne plus être en paix avec nous-mêmes. Donner un sourire à un Autre, c’est se sourire à soi-même.

Le bonheur d’être soi est probablement la sensation la plus forte que nous puissions ressentir, celle qui nous lie à la vie de la façon la plus intense qui soit.

Alors n’attendez plus et suivez le conseil de Nietzsche : « deviens celui que tu es » !

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Thèse de la liberté restreinte

Une question qui a fait couler beaucoup d’encre au cours de ces derniers siècles et qui a profondément marqué la philosophie et la politique est celle de la liberté.

Rousseau est l’auteur de la célèbre phrase « l’Homme nait libre et pur, c’est la société qui le corrompt ».

Il faut comprendre le terme « société » dans son acception globale. Une société est donc la construction d’un ensemble de règles qui relient des individus entre eux, schématiquement dirons-nous. À l’heure actuelle lorsque nous parlons de société nous pensons à ces grandes institutions étatiques dans lesquelles nous vivons. Néanmoins en poussant la réflexion plus loin nous pourrions aisément concevoir une société constituée de quelques dizaines d’individus uniquement. Nous pouvons aussi considérer une communauté restreinte. Ma méthode ici est de définir où apparaissent les contraintes liberticides. Imaginons une famille constituée d’un père, d’une mère et de leur enfant, vivant en autarcie. Ce que les parents enseigneront à leur fils peut être considéré comme un facteur influent sur la formation de son esprit critique et de ses valeurs, le prédéterminant ainsi à certaines formes de comportement et de réflexion, d’attitudes automatiques etc. Je veux dire – et cela je ne l’ai lu nulle part – qu’il me parait évident que toute emprunte sur le développement psychique d’un individu (contrainte externe) est un coup porté à la notion de liberté dans son acception philosophique. Consultons le Vocabulaire technique et critique de la philosophie1 à propos de la liberté :

« Sens primitif : l’homme « libre » est l’homme qui n’est pas esclave ou prisonnier. La liberté est l’état de celui qui fait ce qu’il veut et non ce que veut un autre que lui ; elle est l’absence de contrainte étrangère. (…) »

Ici apparait donc avec une certaine évidence les arguments présentés dans mon précédent essai Critique de la notion de Libre-Arbitre et éloge du déterminisme et que maintenant je désire élaborer de manière plus précise : la théorie d’une liberté restreinte.

Rappelons au lecteur que le déterminisme tel que je l’entends n’est pas issu de la doctrine philosophique dont il a été l’objet. Il faut ici rapporter une acception propre à ma définition et mon utilisation de ce terme. Nous dirons donc que le déterminisme est l’ensemble des causes qui influencent les comportements humains, par des nécessités intérieures ou des contraintes externes.

Le meilleur exemple de déterminisme latent dans notre époque est l’omniprésence des médias dans notre quotidien. Il serait de très mauvaise foi que d’affirmer qu’ils n’ont aucun impact sur notre comportement. La société est en elle-même un facteur déterministe important – peut-être même le plus grand et le plus influent sur notre volonté. L’endoctrinement consiste à déterminer de l’extérieur le comportement interne d’un individu lambda. Chez Chomsky, les médias sont l’expression d’une propagande qui veut imposer sa vision des choses. Ici, la méthode est plus perverse et sous-terraine, car nous vivons dans des sociétés de type démocratique, ce qui, à l’inverse d’un État totalitaire, présuppose qu’imposer explicitement une ligne de comportement et de conduite est antinomique à la constitution de ce système. Cependant, Chomsky met l’accent sur le fait que les médias, et j’adhère personnellement à ses propos, ne font pas l’objet d’une censure gouvernementale systématique, mais sont dans la même ligne productiviste que les gouvernements eux-mêmes, donc appliquent des autocensures à leurs plateformes d’expression pour des raisons de politique intérieure et de business. En somme, leurs intérêts concordent plus ou moins avec ceux de l’État. Mettons donc de côté les habituels lieux-communs sur une quelconque Théorie du Complot, tout à fait hors de propos. L’important ici n’est pas de tenir un procès aux institutions et à notre système. D’autres l’ont fait mieux que je ne saurais le faire. Ce qu’il faut retenir, c’est l’influence des médias dans notre perception de la réalité. Il est aisé de constater à quel point nous sommes tous victimes des propagandes à grandes échelles. Il y a actuellement dans la société de consommation une agression – et le terme est un euphémisme – externe due à la quantité impressionnante d’informations qui défile perpétuellement. Je ne pense pas trop m’avancer en affirmant que nous devenons essentiellement des capteurs sensoriels qui reçoivent une masse toujours plus importante d’information en tout genre. Majoritairement, notre échange avec le monde – la réalité dirons-nous – se fait à sens unique. Malgré l’essor des moyens de communication, nous nous exprimons de moins en moins. Dès lors, trier l’information de la désinformation devient une tâche si ardue qu’une très faible proportion de la population en est capable. Imputons cela en grande partie à l’éducation – l’enseignement scolaire principalement. Nous reviendrons sur ce sujet ultérieurement.

Rajoutons à cet océan d’information le facteur du quotidien. Dans la société capitaliste la norme est d’exercer un travail. Celui-ci nous accapare une très grande portion de nos journées. En moyenne, il faut compter un tiers voire plus. Je ferai ici intervenir Nietzsche qui dit « celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit ». Comme à son habitude, il est franc, la chose est dite sans plus de tergiversation. L’évidence s’impose d’elle-même, mais dans une société qui se dit « libre », il est difficile d’exprimer un tel point de vue sans se heurter à un mur impénétrable. Ainsi, l’individu lambda qui travaille huit heures par jour n’a pas le temps de remettre en question le flux d’information continu que ses sens perçoivent. D’autant plus s’il allume la télévision lorsqu’il rentre chez lui. Le vertige, c’est réaliser à quel point tout est information. Dans les magasins, les rues où sont placardées affiches politiques, publicités, slogans et autres, chez soi, dans son frigo, dans les journaux, à la télévision, sur l’ordinateur, à la radio, même dans la musique que nous écoutons. Je puis donc certifier que l’afflux incessant d’éléments extérieurs qui viennent irrémédiablement se loger dans nos pensées, conscientes ou inconscientes, influencent très sérieusement notre rapport au monde, et également à nous-même. Ce sont ce que j’appelle des facteurs déterminants – c’est-à-dire qu’ils s’intègrent dans notre processus psychique et ce faisant, déterminent nos actes et notre manière de penser dans une situation donnée – et ceux-ci peuvent être observés à tous les stades de l’évolution d’un être humain. Certains le savent déjà, et utilisent cette malléabilité de l’esprit pour leurs propres intérêts. Prenons par exemple certaines multinationales, ici la façon de procéder est sournoise. Des statistiques sont faites pour prendre la température de l’opinion publique sur un produit spécifique, ce sont bien sûr des recherches qui sont menées avec une rigueur extrême, il s’agit là de l’avenir de l’objet qui sera mis à la portée des consommateurs. Si les études concluent à une opinion plutôt défavorable, il faudra alors mettre en œuvre la façon dont sera vendu le produit (il peut s’agir d’une technologie, d’un traité, d’une nouvelle loi, d’une guerre, bref le champ est large) pour contourner la désapprobation du public. Les techniques sont multiples, nous pouvons noter la restriction d’un champ lexical précis qui sera intégré par les consommateurs de façon positive. L’image est également très importante et peut constituer en elle-même la mise en valeur. La perversité est constatable par exemple dans le cas d’une technologie dont le consommateur n’a pas besoin. Néanmoins pour qu’il achète le produit en question, il faut qu’il ait la sensation que cela lui est nécessaire. Tout sera misé là-dessus. Chomsky, dans une interview, donne une très belle illustration de cette méthode d’influence : à l’époque, les femmes ne fumaient pas. Mais après la première guerre mondiale, des publicités ont jailli en nombre incroyable. Il fallait désormais donner envie à la gent féminine de fumer. Pour cela, rien de très sorcier : quelques stars se délectant de leur cigarette à l’écran et sur les affiches, et le tour est joué. L’art de cette duperie est de vendre non pas le produit, mais l’image de ce dernier. Toute l’esthétique prend alors une place prépondérante afin d’enjoliver la chose et donner envie à d’autres de la posséder. Tout cela met en lumière les mécanismes internes qui nous déterminent. La publicité est matraquée sans discontinuer afin de conditionner les consommateurs à s’intéresser à l’objet de sorte qu’ils en oublient les contours négatifs pour n’avoir plus qu’en tête les aspects positifs. Il serait alors possible de vendre à peu près n’importe quoi dès lors que la mise en valeur du produit a été travaillée avec rigueur.

Pour obtenir l’approbation du peuple afin de mener une guerre, il faut impérativement jouer avec les faiblesses de celui-ci. De nos jours, la médiatisation a apporté une autre image de la guerre, et de nombreuses personnes savent ce que peut réellement représenter en termes de vies humaines et de dégâts une confrontation militaire. Le meilleur moyen de manipuler l’opinion publique en lui faisant accepter la guerre, c’est lui servir continuellement et à toutes les sauces une information qui finira par le déstabiliser. Nous savons aujourd’hui que les thèmes principaux utilisés par les grandes puissances sont la peur et l’insécurité. Les États colonialistes, comme les États-Unis d’Amérique, ne peuvent pas partir en guerre contre un autre pays sans l’acceptation de la masse, ce sont les règles de la démocratie. Le meilleur moyen de procéder sous couvert d’agir démocratiquement est d’offrir aux masses la sensation d’être libres de choisir, alors qu’en réalité le choix fut fait bien avant qu’elles soient prises à parti. Plusieurs possibilités s’offrent aux intéressés pour obtenir une opinion favorable à une guerre, nous pouvons mettre en exergue quelques exemples : diaboliser un dirigeant, comme ce fut le cas en Libye avec Kadhafi. Pour cela, il faut invoquer les plus grosses atrocités qui peuvent être imaginées, la cible doit devenir un monstre inhumain et menaçant pour le reste du monde et en particulier le pays concerné. Il en fut de même pour l’annexion de l’Irak après les attentats du 11 septembre 2001, mais également pour le Cambodge, le Viêtnam, et bien d’autres victimes de l’empirisme américain. Pour en revenir à Chomsky, celui-ci a permis d’établir très clairement qu’elle a été la politique gouvernementale dans ces cas précis, allant jusqu’à clamer haut et fort que la guerre contre le terrorisme voulu par les États-Unis n’était qu’une hypocrisie faramineuse puisqu’ils étaient d’autant plus coupables que n’importe quel autre pays à travers le monde. Là, les médias prennent une place nécessaire dans la mise en place de la manipulation de masse puisqu’ils ont tout intérêt à parler de sujets sensationnels. À ce propos, Chomsky nous révèle une information capitale : « La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature. »

Et cela fonctionne d’autant plus que le peuple se croit libre de choisir. Il est important de noter la rupture qui s’effectue dès lors entre l’impression d’être libre et le véritable mécanisme sous-jacent qui s’opère, celui-là même que je nomme détermination. Prenons une citation qui fera la lumière sur cette sensation que les êtres humains ont face à leur impression de liberté totale :

« … Plus je recherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par-là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. Ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu ; parce que, n’y ayant rien dans la matière qui le détermine à la mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, ou à la mouvoir d’un côté plutôt que d’un autre, il n’y aucune raison d’un si grand effet que sa seule volonté, où il me paraît souverainement libre.2 »

Cette citation est d’autant plus significative qu’elle permet de démontrer avec pertinence la valeur que prend la liberté. Celle-ci ne doit en aucun cas être considérée comme le décor de la condition humaine, au contraire, elle tient le premier rôle dans le rapport de l’humanité au monde.

Nous accorderons volontiers à Bossuet, auteur de la phrase précitée, notre humble compréhension pour avoir écrit cela, puisqu’il était lui-même déterminé par le christianisme, sans lequel il n’aurait probablement jamais rien dit de tel en ces termes. Il a vécu au XVIIe siècle, il lui était donc difficile d’avoir autant de recul sur son époque que nous, d’autant plus que la science n’avait pas mis au jour ce que nous savons aujourd’hui. Les neurosciences, la génétique, l’embryologie etc. n’existaient pas en ce temps-là, et l’implication de la culture chrétienne était si importante que s’extraire des présupposés religieux relevait du génie.

Néanmoins, il est fondamental, pour saisir la clef de l’influence déterministe, d’étudier cette phrase.

Il semblerait qu’en écrivant cela, l’auteur ne prenait pas la problématique dans la bonne direction. Il ressentait visiblement que ses actes étaient dénués de tout déterminisme – interne comme extérieur – alors qu’il est très facile de deviner que pour rédiger cette certitude, il lui a d’abord fallu être prédéterminé par le langage humain et la pensée, donc l’ensemble de sa composition biologique, et en même temps d’avoir été déterminé par son époque, par l’enseignement intrinsèquement lié à la religion et donc au dogmatisme, la situation sociale et plus encore des connaissances qui étaient à portée de sa pensée.

Pour illustrer mes propos, prenons ce que Confucius disait : « N’oublie pas que ton fils n’est pas ton fils, mais le fils de son temps. »

Cette phrase proverbiale suppose qu’être le fils de son temps, c’est évidemment être déterminé par l’époque en question, donc par l’ensemble des composantes qui la constituent : les mœurs, l’enseignement, l’avancée de la connaissance, la politique, le système social, la localisation, etc.

Ne peut-on pas conclure que démontrer la pertinence du Libre-Arbitre revient à être déterminé par la nécessité de le faire ? Soyons moins obscurs : pour en être arrivé à écrire cette phrase, Bossuet a dû inévitablement vivre dans une société dont les présupposés sont impossibles à anéantir totalement – même le plus libre des penseurs ne saurait se dire lavé de toute prédétermination, cela n’aurait pas de sens, et au contraire plutôt qu’une liberté de penser, cela serait l’incarcération de son esprit au sein d’un système réflectif qui l’empêcherait de s’évader de façon significative – et il s’est donc prélassé dans la doctrine chrétienne selon laquelle Dieu a donné à l’Homme le Libre-Arbitre et que donc, ses choix sont le résultat de sa seule volonté et non d’un enchevêtrement de conditionnement génétique et biologique ainsi que des déterminations issues de l’extérieur ce qui me paraît insoutenable intellectuellement. Même Chomsky, pour qui j’ai un profond respect pour tout le travail incroyablement sensé qu’il a apporté, tombe dans le piège du labyrinthe « Libre-Arbitre » en affirmant qu’il serait peut-être impossible d’y répondre un jour sérieusement, et qu’il s’agit sûrement de la limite de la pensée humaine.

Je ne le répéterai jamais assez au cours de la rédaction de mes réflexions sur le sujet, mais il est d’une extrême complexité d’aborder cette thématique sans blesser l’égo de l’être humain et probablement que certains lecteurs auront aussitôt fait de se détourner de mon approche.

Pourtant, il est d’une importance toute philosophique que de se pencher rigoureusement sur cette problématique, car elle englobe bon nombre de présupposés, à commencer par l’enseignement, les méthodes punitives de la Justice, la structure sociale, l’acheminement de la pensée humaine, etc.

Tous ces thèmes et beaucoup d’autres encore, je les aborderai chacun à leur tour dans la suite de cet essai. Il faut rendre compte de nos connaissances, aujourd’hui suffisamment avancées, pour définir si oui ou non la liberté telle qu’elle nous est enseignée et telle que nous la comprenons à notre époque et durant celles qui ont précédé la nôtre n’est pas erronée.

Pour terminer cette introduction à mon projet, je propose une petite illustration qui répond à la question que certains ne manqueront pas de poser : « Pourquoi remettre en cause la liberté ? »

La liberté idéologique peut être comparée à de l'eau pure : cette dernière, dans la situation d'une température qui descend au-dessous de zéro degré, ne gèlera pas. Néanmoins, dès la moindre bactérie, la réaction sera instantanée. L'eau n'est alors plus de l'eau mais de la glace. Il en va de même pour la liberté : dès lors qu'une contrainte survient, comme je l'explique par les déterminations internes et externes, nous ne pouvons plus parler de liberté au sens philosophique, c'est pour cela que j'ai développé ma théorie de la liberté restreinte.

 

1 «Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 558, art. Liberté

2 Traité du Libre-Arbitre, chap. II. Bossuet

11:34 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, pensée, liberté, thèse |  Facebook | | | |

Critique de la notion de Libre-Arbitre et éloge du déterminisme

Cet essai se veut comme étant une critique de la notion de « Libre-Arbitre », et s’appuiera donc sur des définitions précises afin de mettre en exergue les aspects qui me semblent inadéquats avec la véritable condition de l’être humain.

Premièrement, qu’est-ce que la notion de « Libre-Arbitre » ?

Voici une définition, obtenu dans le dictionnaire « Vocabulaire technique et critique de la philosophie » d’André Lalande1 :

Liberté, Libre-Arbitre

« F. 1° Puissance d’agir sans autre cause que l’existence même de cette puissance, c’est-à-dire sans aucune raison relative au contenu de l’acte accompli.

« … Plus je recherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par-là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. Ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu ; parce que, n’y ayant rien dans la matière qui le détermine à la mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, ou à la mouvoir d’un côté plutôt que d’un autre, il n’y aucune raison d’un si grand effet que sa seule volonté, où il me paraît souverainement libre. »

(BOSSUET, Traité du Libre-Arbitre, chap. II.)

« L’homme se croit libre : en d’autres termes il s’emploie à diriger son activité comme si les mouvements de sa conscience et par suite les actes qui en dépendent… pouvaient varier par l’effet de quelque chose qui est en lui, et que rien, non pas même ce que lui-même est avant le dernier qui précède l’action, ne prédétermine pas. »

(RENOUVIER, Science de la morale, I, 2.)

L’indétermination de la volonté relativement à son objet sous cette forme s’appelle en général liberté d’indifférence*.

2° Pouvoir par lequel le fond individuel et inexprimable de l’être se manifeste et se crée en partie lui-même dans ses actes, – pouvoir dont nous avons conscience comme d’une réalité immédiatement sentie, et qui caractérise un ordre de faits où les concepts de l’entendement, et notamment l’idée de détermination, perdent toute signification.

« On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit. Ce rapport est indéfinissable, précisément parce que nous sommes libres : on analyse en effet une chose, mais non pas un progrès ; on décompose de l’étendue, mais non pas de la durée… C’est pourquoi toute définition de la liberté donnerait raison au déterminisme. »

(H. BERGSON, Essai sur les données immédiates de la Conscience, p. 167.) »

La définition que voici, agrémentée de citations d’auteurs célèbres, permet une meilleure approche de l’acception qui lui a été donnée. Dans la réédition que je possède de cette encyclopédie technique, une approche plus longue explicite mieux encore les diverses approches de cette notion. C’est bien de le savoir, cependant je n’ai pas jugé nécessaire (bien qu’utile) de recopier la totalité de sa définition par soucis de lisibilité. Cependant, il est possible au lecteur de se procurer l’ouvrage susmentionné pour étudier la question avec la totalité de l’apport offert par ses définitions.

Ce qui nous intéressera ici, c’est la citation relevée de Bergson, qui dit explicitement que toute tentative de définir la liberté donnerait raison au déterminisme.

Un nouveau terme qu’il va me falloir définir également, toujours en citant le même ouvrage, afin de clarifier les deux termes fondamentaux qui seront opposés durant cet essai.

Déterminisme2

« A. Sens concret : ensemble des conditions nécessaire à la détermination (au sens D), d’un phénomène donné.

« Le médecin expérimentateur exercera successivement son influence sur les maladies dès qu’il en connaîtra expérimentalement le déterminisme exact, c’est-à-dire la cause prochaine. »

(Claude BERNARD, Introd. à la médecine expérimentale, 376.)

B. Sens abstrait : caractère d’un ordre de faits dans lequel chaque élément dépend de certains autres d’une façon telle qu’il peut être prévu, produit, ou empêché à coup sûr suivant que l’on connaît, que l’on produit ou que l’on empêche ceux-ci.

« La critique expérimentale met tout en doute, excepté le principe du déterminisme scientifique. »

(Ibid., 303)

C. Doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements de l’univers, et en particulier les actions humaines, sont liés d’une façon telle que les choses étant ce qu’elles sont à un moment quelconque du temps, il n’y ait pour chacun des moments antérieurs ou ultérieurs, qu’un état et un seul qui soit compatible avec le premier.

D. Improprement, fatalisme : doctrine suivant laquelle certains événements sont fixés d’avance par une puissance extérieure et supérieure à la volonté, en sorte que, quoi qu’on fasse, ils se produiront infailliblement. On dit parfois en ce sens « déterminisme externe », et l’on oppose alors au « déterminisme interne », ou liaisons des causes et effets constituant la volonté. »

Pour le déterminisme, j’utiliserai le terme selon l’acception A. et C. car c’est celle-ci en particulier qui m’intéressera pour mon étude.

Nous avons donc patiemment extirpé les définitions des notions de Libre-Arbitre et de déterminisme, ce qui va dès maintenant nous permettre de rentrer dans le vif du sujet.

 

Le Libre-Arbitre est issu du christianisme, et tend à prouver la responsabilité du mal que chacun commet. Il s’agit donc d’un terme théologique. Manifestement, cette notion avait été dégagée afin de désengager la responsabilité de Dieu dans les actes criminels desquels peuvent se rendre coupables ses créatures, les êtres humains. Cette notion n’était pas appelée à rester dans l’unique patrimoine théologique, mais s’est propagée rapidement. Dans notre société judéo-chrétienne, la loi se fonde sur l’axiomatique du Libre-Arbitre, puisqu’elle condamne et punit les personnes responsables de leurs actes. La portée de son évolution est donc complexe, parce qu’elle est ancrée dans une culture qui tient tête depuis deux millénaires à toute autre culture extérieure, en gardant bien de se remettre en question. Ceci n’étant pas une accusation mesquine mais une réalité que je ne développerai pas ici car là n’est pas la question, mais que bon nombre d’auteurs ont décrit et mieux que je ne saurais le faire. Politiquement, le Libre-Arbitre a donc son impact, et culturellement également. Ce qu’il faut mettre en avant ici, c’est que cette notion est un lieu-commun de la doxa, ou opinion publique. Peut-être même le lecteur se fait de la liberté une perception proche ou strictement identique à la définition effectuée au-dessus. Qui ne s’est jamais octroyé en lui-même la portée d’une liberté d’action totale ? Personne, j’ose penser, et c’est humain.

Je me permets ici de citer Albert Einstein, qui par sa maxime entamera l’essence même de cet essai :

« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure. »

Paroles très sages. Rappelons que ce génie mathématicien et physicien était profondément déiste.

Pour ma part, malgré mes jeunes années, et d’ailleurs le lecteur ne saura m’en tenir rigueur, j’ai pu observer à de nombreuses reprises la justesse de ces propos. Pour apporter une analyse correctement agencée, je vais diviser en deux temps l’explication des contraintes, les internes et les externes à l’être humain. J’aborderai en fin d’étude les conclusions qui s’imposent concrètement par rapport aux différents aspects que j’aurai préalablement distingués sur ces contraintes présupposées par la phrase citée plus haut.

 

I. Les contraintes internes

Elles sont multiples, et je ne me propose donc pas d’en faire une énumération exhaustive, car cela serait une perte de temps puisque cet essai se veut relativement court.

Néanmoins, il est intéressant d’en mettre à jour quelques-unes et les contextualiser pour démontrer l’impact qu’elles ont sur la liberté d’action d’un individu donné.

Tout d’abord, l’instinct. À lui seul, il permettrait de mettre en lumière que le libre-arbitre n’est que chimère inaccessible à la condition inhérente à tout être humain, et si nous prenons en considérations les autres êtres vivants tout comme j’aime à le faire, car je vois en eux mes semblables d’un point de vue biologique, inapplicable aux animaux également.

Relevons ici un paradoxe, et pas des moindres, qui est à mon sens un truisme. Ceux qui voyaient en l’animal la conception cartésienne (c’est-à-dire émise par Descartes) de l’animal-machine n’avaient aucune difficulté à les déterminer comme soumis à leurs instincts, et donc leur soustrayaient par-là même toute accession à la notion de Libre-Arbitre. Absurde à première vue, mais le christianisme peut expliquer cette apparente contradiction dans les faits, puisque d’après les écrits saints de la Bible, l’âme n’a été donnée qu’aux êtres humains, ce qui impliquait évidemment le Libre-Arbitre vendu avec, tel qu’il serait présenté s’il s’agissait d’un lot promotionnel comme il nous arrive d’en voir dans divers supermarchés. Ironie mise à part, je prends les arguments théologiques comme étant irrecevables, car ils sont issus d’une dialectique éristique à laquelle je ne puis adhérer, philosophiquement parlant. Pour celles et ceux qui désirent un approfondissement de la notion d’argument éristique puis de dialectique éristique, je ne saurais trop recommander le Ménon de Platon pour le développement premier de ce qui constitue l’éristique, et ensuite l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer qui renvoie toutes les formes de dialectiques (comme elles ont été approfondies par Aristote dans ses Topique) à la seule acception de dialectique éristique.

Victor Egger écrivait, selon ses dires sous la dictée de son père Émile Egger « le mot instinct signifie un aiguillon intérieur, une piqûre intérieure. » de par sa racine latine, instinctus.

Cela concorde bien avec cet aspect inaltérable de l’instinct tel que nous le ressentons en tant que contrainte, je veux dire lorsque nos passions primaires refont surface et prennent le contrôle de nous-mêmes. Cependant il est nécessaire de noter que nos instincts primordiaux sont nettement anesthésiés dans notre société où l’opulence fait taire pour beaucoup celui de la survie, bien que l’animalité qui se terre en chacun de nous s’exprime toujours sous des formes diverses, maquillées le plus souvent par nécessité. Rentrons dans une conception freudienne, sans pour autant trop m’y avancer, l’instinct serait influencé par le surmoi, en quelque sorte, et par le préconscient.

Donc l’instinct, indissécable de notre condition d’être humain, veille à la conservation de l’espèce (survie) et à son expansion (sexuelle). Il ne serait pas de trop de dire que, en gardant un certain recul, à la lumière des faits, nous sommes soumis à lui et qu’il agit sur nous à sa manière, nous prédéterminant ainsi à certaines passions et émotions, tout contexte restitué, dans un but précis. Ceci est biologique, nullement métaphysique, je le souligne, car je ne saurai que trop être indigné à l’idée d’être catégorisé parmi les métaphysiciens par une espèce de dialectisation de mes propos.

Je vais également m’aventurer sur un domaine que je ne connais que peu, mais qui me semble indispensable en l’occurrence pour étayer mon étude : les avancées scientifiques en neuroscience.

Nous entrons là dans le domaine de la neurochimie inhérente à notre cerveau. De ce qui suivra dans ce domaine, il ne s’agit pas d’établir une thèse scientifique, mais de dépeindre des arguments favorables au déterminisme lié à ces fameuses contraintes intérieures dont il est présentement question. Mes connaissances en la matière, je le rappelle, sont restreintes, et ne sauraient donc se substituer à de véritables ouvrages qui traitent de la neuroscience cognitive. Avertissement effectué, je puis continuer mon développement.

L’humeur est donc affectée par la neurochimie de notre cerveau, et plus particulièrement par la sérotonine qui est entre autre un neurotransmetteur. Cette molécule aurait une influence sur l’état émotionnel, donc l’humeur, dans les deux sens. Comprendre : chimiquement et psychologiquement. Ce qui peut se traduire par une interconnexion psychosomatique et somatopsychologique.

Sans entrer plus en profondeur dans le vif du sujet, il est donc imputable à la chimie de notre cerveau, facteur interne tout comme la psyché en constitue un autre, une palette de réactions comportementales et cognitives, plus ou moins prédéterminées3 d’après les assemblages moléculaires. La sérotonine serait particulièrement déterminante dans la dépression.

Nos émotions sont également constituées d’après de tels assemblages chimiques, évidemment selon une série de déterminations précise que je ne saurais malheureusement énumérer ici-même et qui interfère sur d’autres aspects. Tout cela relève d’une science et ce que je me propose de disputer dans cet essai n’implique pas que je développe plus avant toute cette problématique.

Néanmoins, les lumières émises au-dessus nous démontrent aisément que nous sommes soumis à des réactions qui dépassent notre volonté propre, et que nous ignorons totalement.

Le plus souvent, nous n’avons pas conscience de nos contraintes intérieures, et c’est par ces mots que je conclurai ce sous-chapitre.

 

II. Contraintes extérieures

Ici j’aborderai les éléments externes qui peuvent influer sur nos actions, notre fonctionnement, notre réflexion, bref sur tout ce qui constitue notre être.

Le thème principal se trouve être l’environnement, qui d’après moi est une constante indissociable de la psychologie humaine, ce que Freud a plus ou moins occulté dans ses travaux. Je ne vais bien sûr point procéder à une critique de ce dernier, je n’en ai ni l’envie ni les moyens, et ce n’est pas dans mon intérêt de remettre en cause les découvertes fondamentales de ce monsieur, que je ne présente pas. Je préfère être circonspect, qualité qui me semble indispensable.

Je m’efforcerai de présenter diverses causes environnementales qui ont une influence directe (ou très proche) sur notre comportement.

Tout d’abord, la principale cause qui nous détermine, et ce indépendamment de notre volonté et de notre liberté, tenons-le pour dit, est notre naissance. Qui prétendrait le contraire ? Naître dans un milieu privilégié ou dans la misère, de parents intellectuellement épanouis, conscients d’eux-mêmes ou limités, l’éducation reçue, les événements extérieurs tels que décès d’un proche, violences physiques, psychologiques, les valeurs enseignées, la culture imprégnée, tout cela détermine un être humain, cependant de manière relative, et cette constatation est d’importance fondamentale, car je ne crois pas à un déterminisme fataliste qui impliquerait que dans les mêmes situations au détail près, deux personnes distinctes seraient semblables d’après leurs comportements en conséquence de ce déterminisme environnemental. D’une part car il s’agit de deux êtres foncièrement différents, ce qui implique qu’ils ont en eux-mêmes des (pré)déterminations étrangères à l’autre et vice-versa, et d’autre part car chacun réagit différemment face à une situation, ce qui peut d’ailleurs être directement lié au précédent point, les déterminations intérieures et tout ce qu’elles comportent.

Cependant, le mélange de ces deux facteurs déterministes, environnemental (dans la totalité de son acception, pas uniquement l’environnement parental, précisons-le) et intérieur, qui lui-même se décompose en facteur physiologique et psychologique, crée un déterminisme global, auquel nous sommes tous, d’après moi, soumis consciemment ou non, bien que celui-ci soit entièrement différent d’un individu à un autre. Je reviendrai sur cela plus tard.

Il y a donc l’environnement familial qui se trouve impliqué directement et de façon importante dans le processus de détermination de l’être. Plus extérieure encore, il me semble qu’une grande part se situe dans l’information qui lui sera imposée dès ses premières années. Cela est indépendant de toute volonté, si ce n’est celle des parents eux-mêmes qui, avec une limite évidente, peuvent minimiser certains impacts et inversement. De nos jours, le débit quasi-inaltérable d’informations soumises à un individu lambda vivant dans une société, mettons occidentale, pour parler d’expérience, est considérable. Tout cela est inévitablement réceptionné et traité par le cerveau, l’impact occasionné étant relatif selon chaque individu. Au XXIe siècle, de nombreuses institutions influent directement sur le développement infantile et continuent de le faire tout au long de la vie de notre vie. Les médias sont majoritairement responsables de cette influence, bonne ou mauvaise, qui détermine les êtres humains touchés par eux une forme spécifique de la pensée. Cette prééminence des médias au quotidien induit des lieux-communs, des préjugés et une certaine normalisation stricte de réactions face à tel ou tel aspect de la vie. Je me risquerai à dire que cet amour de nos ancêtres, de la sagesse des anciens, est une forme d’expression de cette détermination extérieure, puisqu’environnementale. Par le passé, certains peuples cultivaient uniquement les enseignements de leurs ancêtres au détriment de toute évolution, leur liberté était-elle synonyme de la notion qui convient au Libre-Arbitre ?

Bien évidemment, et je m’évertue à le répéter, tout est relatif. Ce qui fonctionne parfaitement bien dans une démonstration pourra en être tout à fait autrement dans une autre, je veux dire l’expérience du déterminisme est très compliquée puisque inhérente à nos vies tout en étant différent pour chacun d’entre nous !

Les préjugés peuvent être particulièrement utiles pour donner un exemple commun à tous. Par essence, le préjugé précède la réflexion, et souvent, celui qui s’en rend coupable, s’il réfléchit par ses propres moyens, se sentira honteux d’avoir avancé un tel propos par automatisme.

Là aussi, il y a matière à creuser, en psychologie les réponses automatiques constituent une partie importante de la psyché humaine. Toujours par déduction logique, et sans se risquer à une quelconque dialectique éristique, dont j’aimerais me prémunir au maximum, les automatismes sont prédéterminés tout en étant également déterminés par un contexte précis.

En effet, la liste est longue, et plus je creuse, plus d’éléments m’apparaissent comme une évidence dans la conception du déterminisme de la condition humaine, qui je le répète, est propre à chacun.

À la lumière de ce qui a été relevé précédemment, je conclurai ce paragraphe en disant que nous sommes tous, à notre façon, l’expression d’un univers unique, déterminé par des facteurs tant externes qu’internes.

 

III. Développement et conclusion

Tout ce que j’ai énuméré et développé préalablement apporte une évidence : notre liberté est bien plus restreinte que nous ne voulons l’admettre.

Bien sûr, accepter d’être déterminé et d’avoir une liberté limitée de ce fait est une atteinte profonde à l’égo, et plus encore à l’amour propre. C’est, je pense, une blessure narcissique très importante, pour reprendre une formule freudienne. Il faut mettre de côté ses intérêts, et son rapport égocentré au monde, pour se concilier avec cette détermination qui nous constitue. Ce n’est pas une fatalité, contrairement à ce qui a pu être opposé à ce déterminisme par le passé, car comme je l’ai dit, nous jouissons malgré tout d’une liberté d’action, bien que restreinte, et d’une volonté qui peut nous soustraire à certaines prédéterminations.

Cependant, pour mettre fin à une superstition qui galvanise la pensée magique au détriment du rationalisme, resituons l’idée commune de chance. Un exemple pour les joueurs de loteries, lorsqu’un individu lambda tire un ticket d’un quelconque jeu, puis le gratte et gagne, ou à contrario, perd. Il s’exprimera soit qu’il a de la chance, soit qu’il n’en a pas, selon le cas. Pourquoi ? Parce que ce dernier voit devant lui, et non en arrière. Or, pour contextualiser le déterminisme, il faut penser à rebours. Il a gagné ou perdu parce que certains événements l’ont poussé à aller s’acheter son billet à ce moment précis, et pour une raison intérieure, il a tiré celui de gauche plutôt que celui de droite. Peu avant, un autre joueur avait fait de même. De ce fait, par certaines déterminations indépendantes de sa volonté, il lui a fallu acquérir celui-ci (puisque les autres avaient déjà été tirés), et en conséquence le résultat qui s’impose : gain ou perte.

Néanmoins, je reste persuadé que d’une manière ou d’une autre, nous pouvons, en y réfléchissant préalablement, influencer sur le déterminisme des choses, et celui des êtres, de par sa volonté propre, sans pour autant nécessairement en deviner toutes les conséquences liées.

Tout cela est bien évidemment de l’ordre de la supposition.

Pour conclure, sans trop m’étendre futilement, je dirais que pour ma part, et d’après les analyses qui précèdent, la notion de Libre-Arbitre est non-avenue dans son acception citée au début de cet essai et que nous sommes au contraire, comme le disait déjà Einstein, déterminés par des contraintes internes et externes, ce qui n’exclut pas pour autant une forme restreinte de liberté, un champ d’action spécifique sur lequel nous avons le pouvoir d’influer.

Je me rappelle, avant de mettre fin à cette étude, qu’un oracle répondait au protagoniste d’une épopée fantastique, ce dernier lui ayant précédemment demandé pourquoi il était là s’il ne pouvait changer ses choix, prédéterminés, qu’il était justement venu non pour les transformer, chose impossible, mais les comprendre… Ce qui, je l’espère, laissera le lecteur sur sa faim et lui donnera l’envie de réfléchir à cette question, que sommairement étudiée par mes soins.

 

1 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 558, art. Liberté, F : libero arbitrio

2 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 221, art. Déterminisme

3 Sous réserve de confirmation scientifique.

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