Gregoire Barbey

17/04/2015

Elections et communication sur les réseaux sociaux

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La question revient sans cesse et plus particulièrement en période électorale: à quoi servent les réseaux sociaux dans une campagne politique? La réponse varie sans doute en fonction des ambitions de chacun. Ce qui est certain, c’est qu’on ne remporte pas une élection grâce aux réseaux sociaux. Il s’agit avant tout d’un instrument de communication, un canal qui permet de transmettre des messages. C’est aussi un formidable outil de personal branding. Les fonctionnalités dépendent de la plateforme, ce qui nécessite d’adapter la forme de son message. Sur Facebook, la communication institutionnelle nécessite des moyens importants. Les pages dédiées à des organismes, des marques ou des personnalités vont de soi à condition d’avoir déjà une certaine notoriété. Dans le cas contraire, créer l’interaction via une page institutionnelle (on pense ici aux partis) sera plus compliqué, et impliquera une communication professionnelle assez élaborée pour atteindre des objectifs à court terme (bien qu’une e-réputation se construise sur la durée). Or, ce qui caractérise une campagne, c’est sa temporalité. Elle ne dure jamais six ans pour un parti mais quelques mois à peine. Celui-ci met sa structure en marche selon des échéances précises. Alors que l’individu, lui, peut potentiellement attirer l’attention de façon calculée pendant et hors des campagnes. Et donc créer sa propre image, souvent indépendante de son parti.

Bien souvent, les personnes qui font acte de candidature à une élection réalisent à ce moment-là qu’elles ne sont pas (assez) présentes sur les réseaux. Le problème, c’est que c’est déjà trop tard. S’inscrire sur un réseau, quel qu’il soit, est très facile à faire. L’audience prend par contre longtemps à se développer et à se consolider. A moins, bien évidemment, d’avoir déjà une notoriété qui va au-delà d’une réputation virtuelle. Et dans ce cas-là il sera plus facile de constituer une communauté. Encore faut-il définir la cible à atteindre: Monsieur et Madame tout le monde, ou bien le microcosme politico-médiatique? Généralement, l’idéal, c’est de diffuser un message qui atteigne ces deux catégories. Pour utiliser les réseaux sociaux à bon escient, il faut se fixer des objectifs. Pour un candidat à une élection, ces plateformes peuvent être une forme de lien direct avec les médias. Et c’est justement la finalité: capter l’attention de la presse pour augmenter son audience et sa visibilité au-delà d’internet. Sans pour autant négliger la proximité qu’offrent les réseaux sociaux vis-à-vis de son électorat.

Notons qu’une bonne utilisation des réseaux sociaux s’accompagne généralement d’une présence sur des plateformes externes, comme des blogs, permettant de développer une argumentation politique. A Genève, les blogs hébergés par la Tribune de Genève offrent une audience importante et une visibilité non négligeable. Il est essentiel d’analyser les plateformes qui peuvent améliorer la diffusion de sa parole.

Quels objectifs faut-il se fixer et comment les atteindre? Raisonnablement, le premier objectif est d’attirer l’attention. Mais de qui? En priorité des électeurs. Toutefois, les réseaux sociaux ne garantissent pas forcément d’en atteindre suffisamment. Par conséquent, attirer l’attention des médias est crucial. Ils joueront le rôle d’intermédiaire et prolongeront la diffusion du message à travers des canaux à large audience. Une aubaine. Il ne suffit évidemment pas d’être présent sur les réseaux pour soudain attirer l’attention de la presse. Il faut travailler son image et susciter un intérêt, soit par le message diffusé, soit par la manière de le diffuser. Un candidat sortira du lot aux yeux des médias s’il marque sa différence, ou s’il se profile sur un thème spécifique et se présente comme un expert. Un candidat qui connaît parfaitement un sujet d’actualité compliqué et démontre qu’il peut le vulgariser à l’attention de l’audience d’un média aura un indéniable avantage concurrentiel sur ce segment. Il doit l’exploiter à fond et se montrer actif en développant son message à ce sujet. S’il réussit à se profiler correctement, il pourra être considéré comme une référence. Et dès lors, les médias penseront d’abord à lui en cas de besoin. Dans le cas ou d’autres personnalités occupent déjà cet espace, le seul moyen pour se faire entendre est de marquer sa différence en apportant une analyse nouvelle et crédible.

Attirer l’attention prend évidemment du temps. L’observation permet d’atteindre sa cible plus rapidement. Par exemple, il faut lister les personnes d’influence dans les médias et dans la politique et tenter de s’en rapprocher. Se constituer un réseau de qualité nécessite de la patience et de l’énergie. Il ne suffit pas de diffuser un message sur la toile: il faut rencontrer les cibles que l’on veut atteindre. Exister physiquement est essentiel pour susciter l’intérêt et capter l’attention. Cela paraît probablement évident, mais bien des personnes oublient que les réseaux sociaux ne font pas tout. Une campagne politique sur Facebook ou Twitter ne dispense pas d’aller à la rencontre de ses électeurs, ni de distribuer des tracts sur le terrain.

Il ne sert à rien non plus d’investir de l’énergie sur les réseaux si on n’en comprend pas le fonctionnement et l’utilité. La tentation d’en faire une page très personnelle est grande, particulièrement sur Facebook, beaucoup plus adapté à partager sa vie privée, ses états d’âme et son quotidien. Rien n’empêche de jouer sur ce registre avec parcimonie. Cela donne une image plus proche et plus humaine et c’est important. Utiliser les réseaux trop froidement éloignerait celles et ceux qui voudraient créer une relation, même virtuelle, avec le candidat. Il faut toutefois faire attention à ne pas mélanger tout et son contraire. Ce qui est publié sur les réseaux sociaux demeure. Les paroles s’envolent et les écrits restent. Il en va de même avec l’humour grivois ou les blagues racistes. Mieux vaut les réserver à son cercle intime. Ne pas prêter le flanc à la polémique permet de garder le contrôle de sa communication. Chaque mot doit être réfléchi, chaque publication également.

Pour capter l’attention, il faut réagir vite. L’urgence ne doit pas pour autant éliminer l’importance de la qualité et de la maîtrise de sa parole. Une publication qui suscite une controverse à tel point que son auteur finit par la supprimer est une erreur de communication. Il est crucial d’anticiper les éventuelles réactions, surtout sur des thématiques sensibles. Mieux vaut parfois s’abstenir. Idem lorsqu’il s’agit des publications des autres. Quelques secondes suffisent pour déraper, et retirer son commentaire n’aura aucun impact: si quelqu’un d’autre l’a vu et l’a capturé, il deviendra un problème. Il faut ménager une distance de sécurité entre les écrits des autres et ses propres émotions. Ce serait peu constructif de devoir intervenir pour la première fois dans un média afin de se défendre d’un mot de trop, d’un mot maladroit. Cela arrive pourtant et bien plus souvent qu’on ne le pense (pas tous les candidats ont suffisamment d’aura pour être épinglés par les médias lorsqu’ils vont trop loin). Dès lors, il n’y a qu’un seul mot d’ordre: réflexion. La communication, ça se calcule. La spontanéité, il faut la réserver aux mondanités (et encore dans certains cas!).

Une fois le principe de précaution bien compris et appliqué, les réseaux sociaux deviennent des instruments indispensables qui ont pour seules limites l’imagination de celles et ceux qui les utilisent. Si un candidat n’a pas de compétences particulières qui sautent aux yeux (par exemple en exerçant un métier qui fait généralement autorité, c’est souvent le cas des professions libérales), il lui faut les façonner. Les médias ont besoin d’interlocuteurs qui peuvent donner une expertise sur des sujets précis. En général, occuper un segment garantit d’être sollicité par les médias. Mais l’ultraspécialisation ne doit pas occulter la nécessité de développer et de défendre une vision politique globale. Un élu ne s’occupera jamais des seuls sujets qui lui tiennent à cœur. Il devra également se positionner sur des thématiques qui lui sont étrangères. Dès lors, un candidat doit être capable de prendre de la hauteur et de défendre des principes généraux qui selon lui fondent le socle de la société dans laquelle il souhaiterait vivre. La capacité de décrire une société en cohérence avec les convictions du candidat lui permettra, en termes de communication, de prendre de l’ampleur.

En campagne, tous les moyens sont bons pour faire parler de soi. Les réseaux sociaux permettent d’avoir un contact direct avec une (faible) partie des électeurs et surtout un lien étroit avec les médias. Il y a aussi les newsletters, qui permettent d’informer sur l’actualité personne d’un candidat/élu. L’essentiel, pour avoir une réelle assise en matière de communication numérique, c’est de ne jamais rompre le flux communicationnel. Il peut être plus ou moins étendu sur le temps, plus ou moins ponctuel, mais il doit demeurer sur la durée. Certains partis, et particulièrement les sections locales, ont tendance à ne mettre à jour leur site et leur page sur les réseaux sociaux qu’en période électorale. Ce manque d’activité conduit les partis à n’avoir qu’un faible réseau, très souvent composé du cercle fermé de ceux qui naviguent déjà dans le microcosme politique. Le message véhiculé est ainsi dilué et n’atteint pas sa cible. De plus, quand une page ou un site reste inactif pendant plusieurs années, cela donne une mauvaise image du parti et/ou du candidat. L’opportunisme, réel ou supposé, n’a jamais été un critère de sympathie à l’égard d’un parti ou d’un candidat. Les réseaux sociaux servent bien sûr à faire parler de soi. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille le faire n’importe comment et n’importe quand. Il y a des règles et il faut les connaître pour maximiser les effets de la communication politique.

Le moins évident, c’est de s’adapter au format des différents réseaux sociaux. Facebook ne fonctionne pas comme Twitter. Avec le premier, il est possible de développer un message plus long, de présenter différemment ce que l’on partage. Le deuxième se prête davantage à une communication incisive. Ce qu’il faut à tout prix éviter, dans la mesure du possible, c’est d’utiliser Twitter pour renvoyer à des messages Facebook. L’idéal est vraiment de personnaliser le message en fonction du canal employé. Cela permet également d’atteindre d’autres cibles et de diversifier sa communication. On peut voir parfois des profils Twitter de partis qui renvoient à des liens Facebook présentant les candidats de la section aux élections. Quel impact a réellement une telle stratégie? Un parti peut exister tout au long d’une législature. Par exemple en publiant, ponctuellement, les discours de ses élus. Ou des photos d’événements importants, avec un message personnalisé. Des prises de position sont aussi envisageables (et souhaitables, car c’est ce que l’on peut légitimement attendre d’un parti). Quant au candidat, il pourra faire de même le concernant. La communication n’a pas besoin d’être quotidienne. Elle peut être hebdomadaire voire mensuelle. Et il n’est pas nécessaire de se fixer à chaque fois une deadline pour poster un message. S’il n’y a rien à dire, autant ne pas le dire.

Et l’absence a aussi des effets positifs en termes de communication. Quelqu’un qui publie peu mais qui a habitué ses lecteurs à des messages forts et des prises de position argumentées donnera plus de poids à ses publications. Elles constitueront, toute proportion gardée, un événement. Tout est une question de choix et de curseur. L’essentiel reste malgré tout d’assurer une présence minimale sur les réseaux sociaux lorsqu’on occupe ou l’on aspire à occuper un siège dans un parlement ou un exécutif. Un candidat peut, à sa manière, publier des communiqués de presse personnels. La méthode est différente (pas de mail directement adressé aux représentants des médias), mais la forme reste à peu près similaire. Pour illustrer cet état de fait, on relèvera le message de Nicolas Sarkozy annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP via sa page Facebook. L’événement avait été tel que des médias ont même annoncé que le message allait être publié quelques heures avant qu’il ne soit effectivement rendu public. Il en va de même, plus récemment, pour la candidate à l’élection présidentielle américaine Hilary Clinton. Cette dernière a annoncé sa décision sur les réseaux sociaux! C’est dire l’importance que prennent aujourd’hui ces plateformes de communication.

Reste qu’en Suisse, l’évolution se fait plus lentement. Deux conseillers fédéraux seulement (sur sept) utilisent Twitter. Il s’agit d’Alain Berset et de Johann Schneider-Ammann. Les autres brillent par leur absence. La plupart des politiciens des pays voisins, en tout cas ceux d’envergure nationale, ont investi ces moyens de communication de masse et ont appris à les dompter. A la différence qu’ils ont généralement des équipes spécialisées dans ce domaine pour les épauler. Ce que n’aura probablement jamais un candidat suisse à une élection locale. Voire fédérale. Il doit donc de lui-même s’intéresser à cet univers numérique pour en comprendre les codes et les utiliser au mieux. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en matière de réseaux sociaux. Mais connaître quelques détails sur le fonctionnement de ceux-ci s’avère très profitable. Par exemple sur Facebook, l’algorithme qui gère la création du fil d’actualités des utilisateurs met volontairement moins en avant les liens externes. Si votre publication a pour objectif de rediriger vos lecteurs sur votre blog, il est probable qu’elle génère moins d’interactions qu’une photo. La stratégie de Facebook vise à conserver ses utilisateurs sur sa plateforme pour qu’ils continuent d’être «disponibles» pour les annonces qui sont publiées sur le site. Savoir cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille jamais publier des liens externes. Mais être au courant permet de diversifier sa communication et d’utiliser, par exemple, des publications avec des photos.

Toutes ces pistes ont pour seul objectif de permettre à un candidat de ne pas se contenter d’utiliser les réseaux sociaux comme une simple vitrine de sa campagne électorale. Il a tout à gagner à ne pas se limiter à publier des photos des affiches sur lesquelles il apparaît ou des innombrables stands auxquels il a activement participé. Communiquer avec des idées précises et des objectifs concrets, susciter le débat, la curiosité et l’intérêt, ce sont des possibilités très accessibles pour celles et ceux qui veulent que leur campagne numérique ait un réel impact sur le résultat des urnes. Mais une fois encore, la meilleure des campagnes sur les réseaux sociaux ne dispensera jamais d’être (hyper)actif sur le terrain. C’est encore aujourd’hui le meilleur moyen d’être en contact avec ses potentiels électeurs. Les plateformes numériques ayant avant tout pour fonction de développer un lien étroit avec les médias.

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15/03/2015

Genève, canton zéro réaction crédible?

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Ainsi le Mouvement citoyen genevois (MCG) peut transgresser les règles et dénaturer les institutions à Genève sans jamais n’être inquiété. Il y a quelques semaines, les Genevoises et les Genevois découvraient les nouvelles affiches du MCG à Onex, «ville de progrès, commune zéro frontalier». Le président d’honneur du parti (une fonction qui s’apparente à un culte de la personnalité) Eric Stauffer profitait de cette nouvelle pour annoncer une provocation supplémentaire: la création d’autocollants pour les commerçants pour informer sur la proportion de frontaliers engagés dans l’enseigne. Les réactions ne se sont pas faites attendre et ont été vives. Certains (dont je fais partie) allant jusqu’à comparer ces affiches et ces autocollants avec la communication des partis nazi et fasciste du siècle dernier.

 

Malheureusement, rien ne va changer. Du moins si les politiciens restent ainsi paralysés dans une inaction qui en dit long sur leur prise de conscience du danger réel d’une telle communication. Les mots ont leur importance, les symboles aussi. Le MCG a franchi une ligne rouge. Il en va de la responsabilité des élus de le signaler avec fermeté et d’en tirer les évidentes conséquences. Lorsqu’Eric Stauffer a dû être expulsé du Parlement par la police, les politiciens opposés au MCG ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas tolérer un tel comportement. Lorsqu’il a toutefois fallu décider de la sanction à infliger au président d’honneur du MCG, les paroles ne se sont pas transformées en actes. Rien. Et pourtant il y avait de quoi. La scène de l’expulsion restera gravée dans les mémoires, et surtout dans le marbre de l’Histoire du canton. Ce fameux soir-là, où l’on a vu des policiers hésiter face à la figure de proue du parti qui a noyauté les forces de l’ordre et où des députés se sont dressés contre des gendarmes, ce fameux soir-là a bien mis en évidence le caractère fasciste du MCG. On notera aussi les signes ostentatoires de menaces de mort à l’encontre de députés durant ce sombre événement.

 

Les députés ont finalement sanctionné Eric Stauffer en ne lui donnant pas accès à la présidence du Grand Conseil. Cet épisode a malgré tout permis de constater la fracture politique qui règne au Parlement. Le groupe des libéraux-radicaux avait fait savoir qu’il ne voterait pas pour le président d’honneur du MCG. Lors du vote toutefois, Eric Stauffer a pu compter sur une petite dizaine de voix PLR. Non pas que ces élus libéraux-radicaux soient pro-MCG. Mais parce qu’une vieille croyance persiste encore dans les rangs politiques à Genève: s’opposer au MCG, c’est lui donner une caisse de résonnance, c’est lui offrir un boulevard aux élections communales. Et pour certains élus, le MCG peut s’avérer un allié utile pour obtenir des voix pour accéder à l’Exécutif communal. On peut faire le même procès d’intention à la gauche. Le référendum contre la Loi sur la police a permis de le confirmer: socialistes et verts jouent à un jeu dangereux, celui de l’ambiguïté. Les deux partis ont accepté de soutenir la loi, mais sans faire campagne. Seuls quelques députés responsables ont fait leur job et ont fait connaître leur position. Ce comportement était clairement irresponsable. Cela n’a pas été assez dit depuis le 8 mars.

 

Idem en ce qui concerne le dumping salarial. Le cas Firmenich (des employés roumains étaient payés 800 euros par mois) a donné l’occasion aux socialistes de sortir le bazooka et de se pavaner dans le rôle de défenseur des travailleurs. Mais à quel prix? Cette attitude tout aussi irresponsable parce qu’exagérée face à la réalité des faits donne crédit aux allégations du MCG. Il est évident que le dumping salarial doit être absolument combattu. La législation existe et elle semble être correctement appliquée. La gauche doit à son tour quitter l’ambiguïté face à la menace MCG et tenir un discours limpide sur les questions qui l’occupent.

 

Qu’a fait le MCG depuis dix ans au Parlement? Ses victoires ont toujours eu pour conséquence de détruire des acquis, ou de bloquer des projets. La seule initiative que le MCG a lancé depuis sa création a échoué (sur la préférence cantonale), même si elle semble aujourd’hui appliquée en partie par Mauro Poggia. Le MCG n’a rien apporté à Genève en termes de plus-value. Ce parti n’a servi qu’à diffamer les institutions, à les décrédibiliser, à en faire son terrain de jeu favori. Le MCG ne parlemente pas, il vocifère, il vomit. Lorsqu’un élu dit sa vérité sur ce parti en séance plénière, les députés du MCG hurlent, crient, scandent, injurient. Ils craignent qu’on utilise à leur égard des mots justes. Ils ont peur que le débat ait lieu.

 

Aujourd’hui, les députés doivent choisir leur camp, car il est bien question de cela. Soit la passivité face à la montée d’une communication toujours plus inadmissible et irrespectueuse, soit l’activité pour mettre un terme aux turpitudes politiques du canton de Genève. Libéraux-radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et verts doivent désormais se mettre d’accord sur un programme commun jusqu’en 2018 et négocier ensemble sur des sujets plus controversés. Sur l’emploi, cette coalition que j’appelle de mes vœux doit reprendre l’initiative. La préférence cantonale est une ineptie et j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce qu’il faut, pour tous ces résidents genevois qui souhaitent effectivement retrouver un travail, ce sont des mesures réelles et efficaces. Je pense par exemple à des formations continues, à des programmes de réinsertion, ou comme l’a soutenu à sa manière Grégoire Carasso en Ville de Genève pour les apprentis, une politique incitative pour les employeurs qui choisissent d’engager des travailleurs locaux (et par locaux, j’entends un périmètre défini par exemple d’après la commune, et non le canton, car il s’agit aussi de défendre des actes responsables en matière d’environnement).

 

L’objectif d’une telle coalition? Retirer au MCG son rôle d’arbitre incontesté des débats parlementaires (qui le conduisent notamment à appeler à guillotiner les écologistes dans un rapport de majorité, on rêve). En jouant cette carte, les partis auront déjà le luxe de se prouver qu’ils sont capables de reprendre la main sur la politique genevoise. Mais ils feront plus: ils prouveront à leurs électeurs et à ceux qui en doutent qu’il y a des solutions et qu’en y travaillant ensemble, on peut donner à Genève le visage d’un canton de progrès, plutôt que celui d’un canton où la haine des uns devient la colère des autres.  Le MCG a récemment franchi la limite de l’acceptable. Les partis ne doivent plus seulement le faire savoir, ils doivent transposer leurs paroles en actes. Sinon, on s’imagine assez bien une affiche qui décrive la situation: Genève, canton zéro réaction crédible.


Grégoire Barbey

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10/03/2015

Roger Golay, l'électoralisme trop visible

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Campagne électorale oblige, le conseiller national et président du MCG Roger Golay se profile sur la seule thématique de son parti: la préférence nationale. A défaut d'avoir des propositions concrètes pour sa commune, il capitalise sur sa visibilité d'élu fédéral pour capter des voix à Lancy avec une proposition qui ne répond pourtant à aucun besoin prépondérant. Et sa position est largement diffusée dans la presse. Il est nécessaire de pondérer ses propos. Roger Golay affirme dans un article publié dans la Tribune de Genève qu'il y a en Suisse un «afflux massif de frontaliers». Selon lui, il «n'est pas tolérable» que des frontaliers travaillent dans les entreprises subventionnées par la Confédération. Il exige donc que soit appliquée une préférence à l'embauche pour les résidents suisses. Evidemment, le président du MCG chiffre le nombre de chômeurs en Suisse: 150'946. Et 206'138 demandeurs d'emploi au total. Il omet toutefois volontairement d'y joindre le pourcentage que cela représente au sein de la population active: le chômage a légèrement augmenté en janvier de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 3,5%. Une situation de quasi plein emploi. Ce qui ne signifie pas qu'il faut s'en frotter les mains et faire comme si tout allait bien.

La récente abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro pourrait avoir des conséquences sur l'emploi à moyen terme et il en va de la responsabilité du Gouvernement et du Parlement de veiller à limiter les dégâts. On constate cependant qu'une stabilisation de la devise suisse s'est opérée aux alentours de 1,07 franc pour 1 euro. Un niveau plus élevé qu'attendu après l'annonce surprise de la suppression du taux plancher. On peut donc espérer une situation moins catastrophique que prévu. Mais Roger Golay n'aborde pas la question de la crise du franc. Ce n'est pas son segment. Evoquer les effets conjoncturels sur l'emploi nuirait à son argumentaire émotionnel: il faut désigner un coupable et il faut proposer une solution. En somme, c'est une excellente communication marketing. Pour tous ceux qui sont plongés dans une situation de détresse sociale, cette proposition a le mérite de donner un cap et de proposer une victime expiatoire sur laquelle décharger sa colère. Roger Golay ne manque d'ailleurs pas d'employer des termes forts pour s'adresser à son électorat: «fléau», «drames humains», «profonde précarité», etc.

Ces mots sont habilement disséminés au travers de son texte et peuvent sembler anodins si l'on n'y prend pas garde. C'est justement dans cette ambiguïté que réside le message subliminal du MCG. L'ennemi, c'est le frontalier, c'est l'autre. Le vocabulaire est essentiel pour rendre cette assertion crédible. Si le lecteur est lui-même dans une situation délicate sur le plan professionnel ou social, ce discours trouvera sans doute grâce à ses yeux. Parce qu'il a le mérite de promettre une embellie. De donner une perspective nouvelle à quelqu'un qui n'en a peut-être plus. Et c'est sans doute ce que la communication du MCG a de plus indécente: elle donne de faux espoirs à des gens qui probablement ne retrouveront pas d'emploi à moins d'une meilleure formation – avec ou sans frontaliers – ou d'une réadaptation professionnelle. Cette réalité, Roger Golay préfère la cacher. Plutôt que de chercher la cause de ces situations inacceptables, il désigne un coupable et se propose de le chasser du territoire. Roger Golay sait bien qu'aucune entreprise privée n'acceptera jamais d'appliquer cette logique si elle implique des coûts supplémentaires ou des risques exagérés. A compétence égale, il en va de la responsabilité de l'employeur qui seul décide s'il préfère un collaborateur qui habite plus près (ça a des avantages indéniables) ou loin, avec de potentielles conséquences inattendues. Roger Golay et son parti veulent pourtant laisser croire qu'à terme, le secteur privé se pliera à l'évidence de sa proposition, même si les employeurs ont déjà la capacité de décider par eux-mêmes.

Or, ça n'arrivera jamais. Il y a des secteurs où l'absence de frontaliers créerait une pénurie durable de compétences. Et notamment dans celui de la santé. D'ailleurs, Mauro Poggia s'est récemment réjouit de la décision du Tribunal cantonal qui permet à des frontaliers de réintégrer l'assurance-maladie obligatoire en Suisse (ce qui financera un peu plus les Hôpitaux universitaires dont il a la responsabilité). Tout ce double discours est bien joli, mais il n'apporte aucune réponse concrète à une population effectivement déshéritée à qui il faudrait parler avec honnêteté. Mais ça, bien sûr, ça demande du courage. Et Roger Golay veut être élu au Conseil administratif de sa commune, il ne souhaite pas jouer le rôle d'assistant social.

Grégoire Barbey

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05/03/2015

Les chiens aboient et la Caravane passe

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Le retrait un peu tardif d'un dossier où le ministre Luc Barthassat aurait pu être juge et partie a fait grand bruit récemment dans la Tribune de Genève. Conflit d'intérêt. Le mot tombe comme un couperet. A grand renfort d'intervenants externes, l'article qui révèle la faute du conseiller d’Etat va jusqu'à s'appuyer sur le procès-verbal d'une commission du Grand Conseil. Ces réunions sont protégées des regards indiscrets de la presse. Le procès-verbal d'une séance de commission n'arrive donc pas systématiquement dans les mains d'un journaliste, fut-il de bonne volonté et au bénéfice d'un solide réseau. Celui qui a donné ce document à la Tribune de Genève avait donc un intérêt. Il voulait nuire au ministre. On s'imagine assez bien qu'un membre du cabinet d'un autre conseiller d’Etat puisse l'obtenir et le transmettre, l'air de rien, à un journaliste.


Ce qui surprend plus encore, c'est que cette tempête dans un verre d'eau s'accompagne d'un éditorial visant à faire la leçon à l'intéressé. Outre le fait que la Tribune de Genève n'a toujours pas compris que l'électorat de Luc Barthassat aime sa «bonhomie» et son franc parler (qui semble être aux yeux du journal incompatible avec la fonction de ministre à Genève) et renforce donc son assise à chaque fois qu'elle l'attaque sur cet aspect, on s'étonne de n'avoir pas lu une seule ligne sur des conflits d'intérêt évidents entre d'autres politiciens.


Prenons, par le plus grand des hasards, l'exemple de ce projet nommé la Caravane passe (mais là, les chiens sont au garde-à-vous) visant à réaliser des concerts et autres animations à proximité des travaux du CEVA pour soulager les riverains des nuisances sonores générées par le chantier. Le projet, dont la société Nepsa du député PLR Frédéric Hohl devait coordonner la réalisation, avait reçu une subvention de la Loterie romande à hauteur de 420'000 francs (article détaillé à consulter sur Politeia.ch). Etonnamment, les projets qui obtiennent de tels montants de la part de l'organisme de redistribution n'ont rien à voir avec celui de la Caravane passe. Plus surprenant encore, c'est qu'à la tête de l'organe genevois de répartition se trouve Bernard Favre, également secrétaire général adjoint du président du Conseil d’Etat François Longchamp. Les trois hommes sont membres du PLR et se connaissent de longue date.


C'est quand même curieux qu'un tel projet, préalablement accepté par le Conseil d’Etat sans en avoir averti Luc Barthassat, pourtant en charge du dossier du CEVA, obtienne une telle subvention. Et soit soutenu très rapidement sans réserve par le gouvernement. Finalement, le projet n'a pas été accepté par le Département des transports et ne verra donc pas le jour. Mais quand même. Tout cela paraît au moins aussi étrange que les quelques propos un peu maladroits de Barthassat concernant cette ligne de bus qui doit à terme empiéter sur son terrain à Landecy. Et pourtant ça n'a jamais fait l'objet d'une ligne dans la Tribune de Genève. A aucun moment, le vénérable journal n'a fait état dans ses colonnes d'une interrogation concernant ce projet de Caravane passe. Il y a quand même des questions d'intérêt public dans cette affaire également. Tout ça fait évidemment jaser dans le Landerneau politique genevois. Tout le monde connaît ces liens et personne ne les mentionne, ne serait-ce que pour permettre aux intéressés de s'expliquer et de mettre fin à d'éventuelles rumeurs infondées.


Certes, attaquer Luc Barthassat demande moins de courage que de s'en prendre à l'illustre président du Conseil d’Etat qui siège depuis maintenant dix ans au gouvernement. Et le ministre PDC est une cible facile: il est loin du profil type qu'on adore à Genève. Ce caractère très protestant, réservé, discret, maître de sa parole, qui ne fait pas de vague, ne décrit effectivement pas tout-à-fait Barthassat. La Tribune de Genève réagit donc à la manière des anticorps qui s'agglutinent contre le corps étranger pour limiter sa propagation. Il n'y a rien de méprisable à cela. On serait quand même tenté d'espérer qu'un jour, la Julie traite du dossier de la Caravane passe. Il y a une information qui n'a pas encore été publiée dans un journal: le projet ne verra pas le jour. Ca aurait au moins le mérite de donner l'impression que le traitement des sujets est moins partial.

Grégoire Barbey

 

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24/02/2015

MCG: n'ayons pas peur des mots

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«On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment», écrivit un jour le Cardinal de Retz. Une phrase souvent attribuée à tort à l’ancien président socialiste de la République française François Mitterrand. Il faut dire qu’elle lui convenait bien. C’est aussi le credo du Mouvement citoyen genevois (MCG) qui use et abuse de l’ambiguïté dans sa communication politique. Le parti n’hésite pas à employer des méthodes franchement discutables pour choquer l’opinion et s’attirer la sympathie de l’électorat qu’il convoite. Sur le plan du marketing, il faudrait reconnaître à Eric Stauffer un certain talent alors qu’il n’a fait qu’actualiser des stratégies usées mises au point en d’autres temps ciblant une certaine frange de la population. Le but  recherché, c’est toucher aux tripes, plutôt que de parler au cœur ou à la  tête de ses potentiels électeurs, et pour cela le MCG provoque et surtout flirte avec les limites de la législation et de la décence. En clair, son message n’a pas vocation à émettre une vérité démontrable. Il a pour but de créer un climat, de l’autoalimenter pour se présenter comme la seule alternative crédible à la situation dénoncée. C’est ce que le parti fait depuis dix ans avec les frontaliers, son fonds de commerce, le fonds de commerce de boutiquiers de la politique.

 

Certes, les membres du parti ont toujours des exemples particuliers à prétention de vérité générale. On a tous quelqu’un dans son entourage qui connaît quelqu’un qui lorgnait sur un poste finalement attribué à un frontalier. Si quelques employeurs n’ont aucun scrupule et se comportent de façon franchement indécente, c’est qu’il y a bien un problème avec cette catégorie de travailleurs, affirme le MCG pour démontrer son argumentaire. Le discours n’est pas plus compliqué, et force est de constater que cela fonctionne. Principe de la victime expiatoire. Le public cible du MCG ne veut pas savoir si les frontaliers font partie du problème et à quel degré ils sont responsables des difficultés à trouver un emploi à Genève. Ils ne veulent pas de débat à ce sujet. En personnifiant et en identifiant la prétendue cause de leurs problèmes sociaux, les électeurs du MCG pensent que le MCG leur donnera la solution à leur mal-être. La force du MCG est de ne proposer qu’une seule chose (et Eric Stauffer l’a admis dans un article du Temps), régler le problème de l’invasion des frontaliers, c’est à dire mettre les frontaliers dehors, comme l’affiche dont il est très fier le proclame à Onex. La boucle est bouclée. Ceux qu’ils pointent du doigt sont aussi ceux qui peuvent servir malgré eux à inverser la tendance et rendre aux Genevois les emplois qui seraient les leurs, parce que des centaines de sociétés étrangères ont choisi de les créer à Genève et pas ailleurs. Basé sur de fausses prémisses, ce discours est cohérent mais nécessite le recours à la surenchère permanente.

 

Là où le bât blesse, c’est lorsque le discours devient franchement ordurier. Lorsque la communication flirte délibérément avec des références historiques de mauvaise mémoire. La dernière trouvaille du MCG, ce sont ces affiches à Onex (voir photo ci-dessus) qui proclament faussement qu’il s’agit d’une commune «zéro frontalier». Un gage de pédigrée. D’ailleurs Eric Stauffer reconnaît qu’il y a bien un titulaire de permis G au sein de l’administration, mais il s’en fiche: le but c’est que le message atteigne sa cible, qu’importe s’il prend des libertés avec la vérité. Pareil lorsqu’il est question de l’initiative qu’Eric Stauffer promet de déposer pour introduire des autocollants labélisant un commerce. Cela permettra aux commerçants d’annoncer à leur clientèle la proportion de frontaliers travaillant pour eux. L’idée pas nouvelle a déjà été appliquée dans la commune de Claro au Tessin. On comprend assez rapidement les dérapages qu’une telle communication peut engendrer. On sait bien à Genève qu’il y a aujourd’hui un climat délétère à l’égard des frontaliers. Jusqu’au jour où l’un des admirateurs du MCG perde son sang-froid et s’en prenne physiquement à un frontalier. Il sera trop tard pour dénoncer l’ambiguïté et la dangerosité du message populiste. Le mal sera fait. Et les responsables n’auront aucune sorte de responsabilité pénale. Ce ne sera qu’un désaxé et bien sûr le parti ne pourra pas être accusé d’avoir favorisé son passage à l’acte.

 

C’est un double discours dangereux dont il faut se méfier. N’ayons pas peur des mots. Le principe de coller des autocollants informant la clientèle du pourcentage de frontaliers travaillant dans une entreprise ressemble à s’y méprendre aux «Judenfrei» et autres «commerces aryens» de l’Allemagne des années 1930. Les Juifs étaient accusés à l’époque de prendre le travail des bons Allemands. Entre autres maux fantasmagoriques. Oui, le parallèle choque. Mais comme l’écrivit Talleyrand: «Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant». C’est toute l’ambiguïté du MCG. Le parti joue d’une communication aux relents d’une époque que nous savons toutes et tous terrible. Une période de l’histoire humaine qui fait froid dans le dos. Pourtant les codes utilisés par cette communication ont d’indéniables effets sur les émotions des citoyens. Le MCG condamnera toujours celles et ceux qui auront l’outrecuidance de décrire en mots simples sa communication de manipulation des émotions. S’il venait à ne pas le faire, il donnerait un mauvais signal à son électorat, qui se désolidariserait assez rapidement du message, réalisant ainsi que la limite a été franchie (car les électeurs du MCG aimerait croire de bonne foi que le message véhiculé par le mouvement n’est pas comparable à la propagande d’anciens partis populistes). C’est en cela que si le MCG sortait de l’ambiguïté, il perdrait de son pouvoir. Et sans doute ses propres membres ne réalisent pas vraiment qu’ils flirtent avec cette communication. Tout cela relève du domaine de l’inconscient. Le MCG cherche un résultat (le pouvoir) et il a trouvé le moyen d’y parvenir (en ciblant un électorat avec une communication sur mesure).

 

Tant qu’il pourra repousser les limites de la décence dans le message qu’il véhicule, le MCG ne s’arrêtera pas. Tel un enfant infernal testant la résistance de ses proches, le parti va toujours plus loin. Se rêvant maître de sa destinée, Eric Stauffer est en réalité dépendant d’un jeu malsain: il ne peut pas continuer de progresser politiquement s’il cesse de surenchérir. Et il en est malheureusement conscient. C’est là qu’entrent en jeu les autres partis, et même tous ceux qui pensent que le message véhiculé par le MCG devient de plus en plus dangereux. Seules ces personnes ont le pouvoir de mettre une limite claire à cette avalanche de slogans nauséabonds. Le MCG a toujours menacé celles et ceux qui disent de lui que c’est un parti à la communication fasciste de poursuites judiciaires. Est-il passé de la parole aux actes? Pas à ma connaissance. Sans doute les caciques du MCG craignent-ils qu’en permettant à la justice de se déterminer sur la légalité de tels qualificatifs à l’égard du parti, la décision puisse leur échapper et leur coûter le confort de l’ambiguïté.

 

Le MCG peut se lâcher à tous les niveaux (et il ne se gêne pas de le faire, comme en témoigne encore le douteux parallèle qu’a fait Eric Stauffer entre une publicité pour des prostituées et des députées d’un autre groupe politique…). Pourquoi donc celles et ceux qui combattent le discours de ce parti ne pourraient pas dire ce qu’ils pensent de son message à haute voix? Il ne faut surtout pas hésiter. Et personnellement, je ne vais pas me gêner de le faire: la communication politique du MCG flirte vraiment avec les méthodes employées par la propagande nazie. Ce qui ne signifie pas que les membres du MCG sont des nazis. Non. Cela signifie seulement que cette communication a un objectif non avoué: identifier et personnaliser un problème pour en proposer une solution toute simple: chasser la cause de ces troubles hors des frontières genevoises. Et c’est ce message qu’il faut combattre. Il n’y a pas de nazis ou de fascistes au MCG. Il y a juste des individus qui emploient des méthodes dangereuses, des méthodes employées par des partis fascistes et nazis, qu’on disait populistes. Des méthodes dangereuses qui détruiront la cohésion sociale, et qu’il convient de  dénoncer. Georges Clemenceau disait que «Toute tolérance devient à la longue un droit acquis», dans le cas qui nous occupe le temps de la tolérance est terminé et les républicains doivent le faire savoir.

Grégoire Barbey

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16/02/2015

Police: intérêts particuliers ou intérêt public?

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La guerre qui fait rage à Genève à propos de la nouvelle Loi sur la police (LPol) peut difficilement passer inaperçue. L’UDC, le MCG et Ensemble à Gauche appellent à refuser le texte. Fait rare depuis la nouvelle législature, socialistes, verts, libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens sont sur la même ligne et combattent ensemble les arguments du camp adverse. On aimerait bien voir un tel rapport de force au sein du Parlement. Ce serait une manière intelligente de minoriser le MCG et lui retirer son rôle d’arbitre. Mais ce n’est pas le propos. La votation sur la LPol illustre bien le malaise qui règne à Genève. Toute réforme fait nécessairement l’objet d’une vaste contestation qui en règle générale se termine dans les urnes.

Ici, on veut moderniser une législation vieille de plus de cinquante ans. La mouture soumise au peuple est sans doute imparfaite – les lois votées par le Parlement le sont de plus en plus souvent. Des deux côtés, il y a des arguments fallacieux. Tout comme il y a une profonde mauvaise foi. La bataille est si particulière qu’on ne sait plus très bien si on vote sur la LPol ou pour ou contre la police, pour ou contre Pierre Maudet, pour ou contre la coalition MCG-UDC-Ensemble à Gauche. Il semble même que les élus qui militent ne le savent plus non plus. Le policier (et député) Thierry Cerutti m’a envoyé un message WhatsApp dans lequel il m’invitait à refuser la LPol «au nom du comité du non à la police». Un lapsus dont on se demande s’il n’est pas révélateur de la confusion générale. Relevons quand même l’incongruité de la démarche. Thierry Cerutti est-il d’abord policier (et donc soumis à un devoir de réserve) ou député, et donc autorité de tutelle… de son propre patron Pierre Maudet? Là aussi, dans ce vaste et violent débat, on ne sait plus trop où sont les repères élémentaires d’une juste séparation des pouvoirs.

Du côté des partis favorables à la LPol, on fait campagne tambour battant, affichant fièrement la photo d’un ancien commandant de la gendarmerie qui a la particularité de faire une tête d’enterrement… Est-ce donc là le sentiment que suscitent les nécessaires réformes que Genève doit mener pour s’adapter à son époque? Nous n’irons quand même pas jusqu’à voir dans cette photographie maladroite un acte manqué. Evidemment, lorsque Pierre Maudet exige de la retenue de la part de ses troupes, certains de ses subordonnés s’en indignent et dénoncent une tentative de soumission. Ce qui crée immédiatement l’émoi. Une stratégie de communication anti-LPol fort bien relayée par mon confrère Pascal Décaillet. Lui si habile à dénoncer les accointances entre la Tribune de Genève et les magistrats libéraux-radicaux (comme le coq chante quotidiennement l’évident lever du soleil) fait continuellement le jeu du MCG. A aucun moment, il ne s’interroge sur la promiscuité entre le MCG et la police. C’est pourtant un véritable fait de société qu’il convient d’analyser à la mesure des interrogations qu’une telle proximité peut soulever. Quand un parti, dont un bon quart de la députation est composée de policiers (et anciens policiers), se fait le chantre de la défense de la force légitime de l’Etat, il serait difficile de ne pas s’inquiéter.

Si l’on rajoute à tout cela le puissant syndicat dirigé par Christian Antonietti, on peut se demander si l’Etat (et plus prosaïquement le gouvernement) est en mesure de lutter contre une corporation aussi bien organisée. Qu’importe le résultat du 8 mars, il serait judicieux que les responsables politiques se posent les bonnes questions et en tirent rapidement des conséquences. Certes, l’opération aurait sans doute un coût en termes purement électoralistes. Mais après tout, si c’est le bien commun qui prime, il y a des responsabilités dont on ne peut s’affranchir.

Grégoire Barbey

 

22:15 Publié dans Air du temps, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

02/02/2015

Loi sur la police: les opposants et le néant

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Les Genevois voteront le 8 mars pour accepter ou refuser la nouvelle Loi sur la police (Lpol) adoptée l'an dernier par le Grand Conseil. Le débat, bien que nécessaire, tourne un peu à la farce. Le MCG (à l'origine du référendum) et l'UDC appellent à refuser cette modernisation de la législation avec un argument massue: rien n'est explicitement inscrit dans la loi quant à la nationalité des policiers. En conséquence, des frontaliers français ou des étrangers pourraient exercer! Le Conseil d’État, bien décidé à ne pas faire capoter la mise en œuvre d'une réforme nécessaire, a pris les devants en inscrivant dans un règlement la nécessité d'être au bénéfice de la nationalité suisse pour travailler dans la police. Comble de la mauvaise foi, l'UDC et le MCG n'ont nullement été satisfaits du volontarisme du gouvernement. Ah, c'est pas dans la loi, c'est un règlement, ça se change facilement! Or c'est faux, justement. Le règlement est une spécificité genevoise qui équivaut à une loi d'application (sur le plan de la Confédération, ça s'appelle une ordonnance fédérale).

En résumé, un règlement ça ne change pas comme ça. Le gouvernement conserve la possibilité de le faire mais en pratique, toute modification passerait sans doute devant le Grand Conseil (ou serait contestée par référendum). Reste que même si ce règlement n'avait pas été instauré, il n'aurait pas été possible d'engager des policiers étrangers ou frontaliers. Parce qu'il aurait fallu une base légale qui le permette. Ce point d'accroche stérile révèle en réalité l'absence d'arguments des partis qui s'opposent à cette nouvelle loi. Cette dernière inscrit la nécessité d'une police de proximité. La sécurité, pour être efficace et surtout réelle, doit être proche des citoyens. Mieux vaut sans doute une police accessible. Mais le MCG et l'UDC rappellent que les policiers eux-mêmes sont contre cette législation, et ils le seraient même majoritairement! L'un des arguments avancés (et ils sont rares), c'est le fait de ne plus augmenter de classe automatiquement. Fantastique! Depuis quand la progression hiérarchique est un acquis, voire un dû?

En vérité, ce que défendent l'UDC et le MCG, c'est une police au service de la police plus que des citoyens. A tel point qu'on ne peut plus moderniser une loi datant de 1957 (où internet n'existait même pas encore!). Est-il interdit de débattre de la situation des policiers? De remettre en question certains de leurs avantages? La police exerce un métier difficile, certes. Et nous les en remercions. Ils ont d'ailleurs des salaires à la hauteur des risques qu'ils prennent. D'autres professions sont risquées, différemment sans doute, mais risquées quand même. Et pourtant, celles et ceux qui l'exercent ne bénéficient pas nécessairement de compensations proportionnelles à celles perçues par les policiers. C'est un fait. Pourquoi une infirmière travaillant dans un hôpital public n'a pas son assurance maladie payée alors qu'elle prend quotidiennement le risque d'être contaminée par les patients dont elle a la charge?

Il n'est pas question de dire que les policiers sont des enfants gâtés. Non. Il s'agit par contre d'affirmer que le débat doit avoir lieu. Il est hors de question de laisser s'installer à Genève un Etat dans l’Etat. Même si c'est parfois l'impression qu'on a vu l'arrogance de certains élus-policiers. Car oui, non content d'être des serviteurs de l’Etat – et une fois encore nous les remercions d'assumer ce rôle –, ils veulent édicter les lois. Particulièrement celles qui les concernent. Quel drôle d'effet ça doit faire à Pierre Maudet, chef du Département de la sécurité, de devoir s'expliquer dans la commission idoine devant ses propres employés! Un mélange des genres des plus malsains. A la fois employés et contre-pouvoir du gouvernement employeur. Aujourd'hui, il est pratiquement impossible de remettre cet état de fait en question. Et pourtant, c'est nécessaire. On peut tout à fait envisager, moyennant une compensation salariale, de leur interdire l'accès au Parlement. Serviteur de l’Etat ou législateur, il faut choisir.

La nouvelle Loi sur la police est sans doute imparfaite. Comme le sont la plupart des lois. Mais s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas lui reprocher, c'est de précariser la situation des policiers. Refuser une modernisation nécessaire pour une simple question de nationalité dans la loi ou dans le règlement, c'est franchement léger. Même pour l'UDC et le MCG. Bien qu'on comprenne que cette opposition reflète la position de leur clientèle. Et c'est bien là tout le problème. Il y a des sujets où les intérêts particuliers doivent rejoindre ceux de la majorité. Sur la question de la réorganisation de la police, il me semble que ça soit tout indiqué.

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20/01/2015

Finances: fini de jouer, l'heure est à la diète

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Dans un entretien paru aujourd'hui dans la Tribune de Genève, titré: «Comment réduire la dette? Serge Dal Busco se dévoile», le ministre des Finances explique quelles sont ses moyens d'améliorer la situation financière du canton. De prime abord, avec un tel titre, on se dit ouf, il y a donc une méthode pour nous sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons à Genève. Mais non. Serge Dal Busco n'est pas surhumain, il ne peut pas créer des solutions là où il n'y en a pas. Et il le laisse entendre. Comment réduire la dette? En ne grillant pas l'éventuel excédent aux comptes pour l'année 2014 pour couvrir les charges courantes (comme par exemple les annuités). C'est effectivement la seule manière de rembourser peu à peu les créances du canton, et le ministre vaudois des Finances Pascal Broulis l'a toujours dit. C'est rassurant de voir que cette évidence commence à faire son chemin à Genève… Mais est-ce que cela suffira?

Pendant des décennies, le Parlement s'est toujours jeté sur les excédents aux comptes pour maintenir des prestations ou éponger des charges courantes. Aujourd'hui, il est évident que ce n'est plus possible. Ce serait même à proscrire totalement pour les années à venir. Et là, seul Serge Dal Busco et ses collègues du Conseil d’Etat peuvent agir. Ils doivent obtenir un deal avec le Parlement, faire comprendre aux députés que jouer les autruches n'a que trop durer. Fini d'utiliser les éventuels dividendes de la Banque nationale pour continuer à maintenir des prestations et des charges excessives. Il en va de même du côté des excédents aux comptes. Fini de s'amuser avec l'argent du contribuable, en résumé. Fini de flatter son électorat en lui maintenant des privilèges qui ne sont pas justifiables en temps de crise.

Il n'est pas acceptable que le Conseil d’Etat en soit réduit à «espérer» que la croissance économique ne va pas ralentir, sous peine de voir le premier palier du mécanisme de frein à l'endettement s'activer (ce qui plongera Genève dans un blocage institutionnel et politique). Les syndicats peuvent bien appeler la fonction publique à des débrayages répétés. Ce ne sont pas les seuls à devoir faire des efforts. L'heure est aux négociations, et il n'est pas possible de perdre ne serait-ce qu'un quart d'heure supplémentaire. Les Genevoises et les Genevois doivent prendre conscience qu'ils ne peuvent pas être les dindons de la farce. Les générations futures n'ont pas à assumer les largesses et les excès politiques de leurs aînés. Certes, il n'est jamais agréable de devoir se saigner aux quatre veines. Mais quand on a laissé la situation devenir intenable, il faut en payer le prix. Les efforts à consentir sont nombreux, et ils ne doivent pas uniquement concerner la fonction publique. L’Etat doit redéfinir ses priorités et l'utilité de chaque prestation qu'il délivre à la population. Est-elle nécessaire? Est-ce un luxe ou un progrès social? L'heure est décidément à la concertation. Et Serge Dal Busco sait très bien qu'il peut pavoiser depuis son bureau de ministre, s'il ne va pas à la rencontre de ses partenaires (députés compris), il n'arrivera à rien.

Fini de jouer. C'est enfin l'heure de passer aux choses sérieuses. C'est-à-dire d'assumer la responsabilité de ses actes politiques. Et oui, les partis représentés au Parlement risquent de devoir se fâcher momentanément avec une certaine part de leur électorat. Ce sont les conséquences de décisions irresponsables. Au boulot!

Grégoire Barbey

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18/01/2015

BNS: l'indépendance remise en question

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L'abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro par la Banque nationale suisse (BNS) a surpris l'économie. Mais aussi les politiciens. Et certains n'ont pas laissé passer l'occasion de s'immiscer dans le débat avec des propositions pour le moins surprenantes. Comme soumettre les décisions de politique monétaire au vote populaire. Une drôle d'idée, sachant que l'un des principes élémentaires de l'action de la BNS est l'indépendance. Mais rien n'est éternel et les règles peuvent être changées. Ce qui surprend plus, c'est qu'une telle proposition puisse émaner d'individus censés connaître le fonctionnement des institutions. On pourrait tout à fait soumettre les décisions stratégiques de politique monétaire au vote populaire. Mais alors la capacité d'action de la BNS serait nulle. Parce qu'une intervention d'une telle ampleur – celle d'abandonner le principe du taux plancher – ne peut pas s'effectuer en différé. En plus, on imagine bien que les intérêts de certains secteurs économiques sont divergents. Les entreprises actives dans l'exportation ou le tourisme, par exemple, défendraient le maintien du taux plancher. L'appréciation du franc est mauvais pour leurs affaires. Celles qui importent une importante part de leurs produits auraient par contre tout intérêt à voir le franc s'envoler face à l'euro, en tous les cas pendant une certaine période, avant ajustement des prix. De surcroît, la récente votation sur l'or de la BNS – qui exigeait que les réserves d'or de la Banque nationale soient inaliénables et représentent 20% de son bilan – a démontré l'intérêt des spéculateurs. On voit bien certains acteurs du marché se frotter les mains à l'idée de pouvoir spéculer sur une décision populaire. Les gains pourraient être potentiellement faramineux.

Mais ce n'est évidemment pas le seul problème. La capacité de réaction de la Banque nationale nécessite de pouvoir agir en temps réel. On a beaucoup reproché à la direction de la BNS de n'avoir pas envoyé de signaux avant d'abandonner le taux plancher. Elle ne pouvait décemment pas le faire. On a même entendu Pierre-Yves Maillard, président du très sérieux Gouvernement vaudois, dans l'émission 26 Minutes de la RTS se fendre d'un commentaire cinglant à propos de la BNS: «On atteint les limites d'un système qui vire un peu à l'arrogance». Que souhaitait-il? Que la direction de la Banque nationale convoque le Conseil fédéral et débatte de cette décision? Elle a été prise dans un contexte particulier. La Banque centrale européenne va en principe injecter énormément de liquidités dans l'économie européenne la semaine prochaine (quantitative easing). Ce faisant, la valeur de l'euro va baisser (parce qu'il y aura plus de monnaie en circulation). La BNS aurait dû en conséquence racheter énormément d'euros (via des obligations, par exemple) pour maintenir le taux plancher. L'interview qu'a donné le directeur de l'institution, Thomas Jordan, au Temps et à la NZZ est assez claire: les politiques monétaires des différentes banques centrales sont divergentes. Leurs intérêts ne sont pas les mêmes. Combien de politiciens se sont plaints de l'importante réserve de devises de la Banque nationale ces derniers mois? Certains étaient inquiets. Et lorsque la BNS abandonne sa stratégie, ils s'en plaignent à nouveau. Pourtant la Banque nationale aurait dû augmenter ses positions en euro pour conserver le taux d'1,20 franc pour 1 euro. Ses réserves se seraient donc encore accrues.

Le débat est évidemment passionnel. Il y a des raisons qu'il le soit. Et pas des moindres. Mais la norme internationale est à l'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique. Ce serait difficilement compréhensible, dans cet environnement géostratégique, qu'une banque nationale – fut-elle suisse – adopte un processus décisionnel particulièrement lent. La Suisse doit déjà se battre face à des géants institutionnels pour protéger ses intérêts. Quelle serait sa marge de manœuvre dans la guerre des devises si ses décisions devaient être prises à la majorité du peuple? Ô combien les débats seraient émotionnels s'il fallait en discuter sur la place publique. Certes, les Suisses veulent avoir voix au chapitre. C'est une noble aspiration. Mais la Constitution, acte démocratique suprême s'il en est, accorde l'indépendance de la Banque nationale face au pouvoir politique. Avant de vouloir chambouler les règles établies, il serait bien de s'interroger sur les raisons qui font qu'une telle institution se doit de prendre ses décisions à l'abri des pressions politiques. Ne serait-ce que parce que l'agenda des uns est nettement différent de celui des autres. Il y a toutefois un aspect positif dans cette vaste discussion: les Suisses s'intéressent davantage à la BNS, qui est aujourd'hui particulièrement exposée, et c'est important qu'ils en saisissent les mécanismes. A ce titre, le débat est plus que souhaitable.

Grégoire Barbey


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10/01/2015

L'Etat fouineur n'a vraiment rien de bon

Je suis particulièrement sceptique à la lecture de l'éditorial de Judith Mayencourt dans la Tribune de Genève de samedi. «Dans son horreur, l'affaire Charlie Hebdo tombe à point nommé pour lever des obstacles idéologiques d'un autre âge», conclut-elle sa prise de position. Les obstacles idéologiques dont elle parle, c'est la crainte d'un Etat trop puissant en matière de renseignement intérieur, c'est-à-dire quelque part d'espionnage des citoyens. D'ailleurs, le titre de son éditorial est sans équivoque: un Etat fouineur a aussi du bon. Je reste un peu surpris qu'on puisse, de manière maladroite sans doute, se réjouir d'un attentat de cette ampleur pour opérer un virage politique aussi grave.

L'exercice éditorial de Judith Mayencourt est quelque peu léger. Parce qu'il justifie qu'en période post-traumatique, les législateurs en profitent pour faire sauter des résistances idéologiques qui permettent de réduire les velléités étatiques en matière de fichage des individus. Je pensais légitimement qu'en Europe, nous n'allions pas emboîter le pas aux Etats-Unis qui ont profité de l'après 11 septembre 2001 pour créer de nouvelles lois tout en limitant la portée de certains garde-fous historiques. L'éditorialiste de la Tribune de Genève va finalement dans le sens de la raison d’Etat, qui n'est pas toujours profitable aux citoyens. Entendons-nous bien, il faut tirer des enseignements du drame qui s'est déroulé sous nos yeux impuissants. Mais nous devons nous garder de réagir de façon précipitée. Ce n'est pas quelques heures seulement après la mort des forcenés que nous pouvons scander de nouveaux slogans, et mettre aux oubliettes nos convictions passées.

Judith Mayencourt justifie la raison d’Etat au détriment des droits élémentaires des citoyens. L'utilisation d'un événement traumatique pour modifier l'arsenal législatif d'un Etat, c'est la stratégie du choc décryptée par Naomi Klein. Lorsque des drames se produisent, les citoyens sont évidemment plus vulnérables et donc plus prompts à accepter des modifications législatives qui pourraient impacter négativement leurs libertés individuelles. Il faut bien sûr réagir, il faut être intraitable et ferme contre les ennemis de la République. Je suis moi aussi choqué par le fait que ces gens étaient connus des services secrets français et qu'ils n'aient pas été mieux surveillés. Mais il ne faut pas céder à la paranoïa.

L'Europe ne doit pas tomber dans les mêmes travers que les Etats-Unis il y a près de 14 ans. Sinon, cela signifierait que nous n'avons vraiment rien appris des erreurs de nos alliés. Est-ce que le Patriot Act a réglé quoi que ce soit chez nos frères américains? Je ne le crois pas. Ils ont récemment remis en cause les pratiques barbares de leurs services secrets, qui torturaient les terroristes avec des succès très limités. Un Etat fouineur n'est pas la solution miracle à une situation des plus complexes. Ce n'est pas quelques slogans bien trouvés qui résoudront des problèmes majeurs. Pour ma part, j'estime que l'on doit prendre toute la mesure de la terreur et cerner les raisons qui ont rendu inefficaces les services de renseignements français. Passer à la vitesse supérieure, ce serait prendre le risque de n'avoir pas déterminé les causes de l'échec. Et ce serait assurément foncer les yeux fermés vers une nouvelle erreur, peut-être plus grave encore.

Grégoire Barbey

 

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