Gregoire Barbey

07/08/2013

Pierre Maudet et les administrés surveillés

Chronique, 06.08.13

1081159_598363063520513_1748924529_n.jpg

 Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité avait déclaré sur
la radio One FM: «les voix n'ont pas d'odeur». Il le prouve.

 

Des caméras permettant de détecter les comportements suspects. C’est une possibilité envisagée par Pierre Maudet, ministre de la Sécurité à Genève. Qu’est-ce qui est suspect? C’est l’Etat qui le déterminera. Pour vous. Pour votre liberté et votre bien-être. Parce qu’on ne peut pas jouir de la vie sans une sécurité excessive, omnipotente, omnisciente. C’est la philosophie, en filigrane, de notre conseiller d’Etat. On peut néanmoins constater des divisions auprès de son propre camp, au PLR. De nombreux (anciens) Libéraux font part de leur scepticisme sur les réseaux sociaux. Ou en parlent volontiers en privé.

 

La sécurité en politique, c’est un peu le saint Graal. Tout le monde est conscient qu’il s’agit d’une des thématiques les plus sensibles pour la population. Celle qui la travaille le plus. Et électoralement, pour celui qui sait y faire, c’est une véritable mine d’or. Une machine à capter des voix. Au Diable les principes, «les voix n’ont pas d’odeur» rappelait Pierre Maudet sur One FM avant son élection au Conseil d’Etat en 2012. Moi je n’oublie pas. Non je n’oublie pas qu’un ministre censé avoir un projet de société nous laisse entendre qu’à dessein purement électoraliste, il est capable de distordre ses idéaux. De se compromettre pour atteindre son objectif: le pouvoir.

 

Les caméras de surveillance – ils veulent appeler ça vidéoprotection, c’est plus rassurant et moins oppressant – ne font pas l’unanimité dans les pays où elles ont été installées. Elles sont même très controversées. Londres en est le parfait exemple. Et en réalité, ce n’est guère étonnant. Face à une nouvelle contrainte, les comportements des individus changent. S’adaptent. Les méthodes employées deviennent plus sophistiquées. Plus difficiles à cerner. Une spirale sans fin, puisque la délinquance n’est que le symptôme d’un mal plus profond au sein d’une société. Vouloir punir sans avoir travaillé en amont, c’est clairement un manque de clairvoyance. Une absence de lucidité. Nos ministres sont-ils contraints de nous contenter de mettre des sparadraps là où saigne notre société? La pommade, celle qui fonctionne vraiment, a une odeur désagréable. Elle ne plait pas aux électrices et aux électeurs, parce qu’ils ne la voient pas comme une mesure efficace.

 

Et le Souverain se fait un avis sur ce qui lui semble visible. Donc pour Pierre Maudet, le constat est simple: les caméras se voient. Les gens se sentent rassurés. Mais de quoi? D’être filmés dans leurs faits et gestes quotidiens, sachant que ces outils peuvent «détecter des comportements suspects»? En suivant la logique du «si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre», on en arrivera à devoir se justifier sur nos habitudes pour lever la suspicion qui pèse sur nous. Parce qu’au fond, poser des caméras partout, c’est suspecter tout le monde. Et ce choix n’est pas anodin. Nous serons tous, demain, de potentielles anomalies. Et pour notre liberté, il nous faut être cadré. Qui s’en chargera? L’Etat. Parce qu’il a pour lui l’éthique. La morale. Le bon sens et la Loi. C’est l’Etat et lui seul qui peut être garant de ce qui est bien pour la liberté. Les individus, le privé en somme, ne peut pas être suffisamment efficace pour se gérer. Il est imparfait, et seul un gouvernement, seul une administration publique peut combler cette imperfection. Les administrés, eux, doivent se contenter d’être ce qu’ils sont: des administrés.

 

Des noms sur des listes. Sur des registres. Une société de la surveillance et de la suspicion. Nous ne sommes plus rien d’autres que ce que l’Etat veut bien nous laisser être. Et ça, c’est inacceptable. Une fois encore, la droite sécuritaire et nationaliste se fourvoie. Elle croit répondre à un problème, elle en crée de nombreux autres sans le résoudre. Des Nathalie Fontanet, Jérémy Seydoux, William Rappard et d’autres se revendiquent du libéralisme. Ils semblent néanmoins oublier que, comme le disait si bien Benjamin Franklin, «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finira par perdre les deux». Et parlons avec sincérité, ce terme de vidéoprotection est un leurre, de la novlangue. En relisant 1984, on réalise qu’aujourd’hui, nous sommes à un tournant d’un choix de société. Personnellement, je fais le mien. Faites le vôtre.

 

Grégoire Barbey

13:14 Publié dans Air du temps, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

05/08/2013

Voirie: la correction d'une anomalie

L'info, 03.08.13

Guillaume BARAZONNE 22_ .jpg

Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation
à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»


Le conseiller administratif en ville de Genève Guillaume Barazzone a multiplié les annonces ces dernières semaines. Mais l’une d’entre-elles est passée particulièrement inaperçue : sa réforme des horaires des employés de la voirie. Ceux-ci ne travaillaient pas systématiquement le week-end, et lorsqu’ils le faisaient, c’était uniquement les samedis et dimanches matins. «Lorsque je suis arrivé au département, j’ai rapidement compris qu’il fallait faire davantage pour la propreté de la commune», explique le magistrat. «J’ai cependant aussi réalisé que mon budget n’augmenterait pas.» Les employés travailleront désormais les week-ends comme des jours de semaine. «Moyennant évidemment une compensation financière», tempère Guillaume Barazzone. «Le coût reste marginal, c’est de l’ordre de 240 francs par week-end, soit 90 francs de plus par collaborateurs. Cela varie selon les affectations, mais c’est une moyenne représentative.»

 

Pour le magistrat PDC, il s’agit de tabler sur l’efficience. Le week-end, les citoyens utilisent beaucoup les espaces publics pour leurs loisirs, nécessitant un nettoyage régulier. La voirie compte environ 300 employés divisés en deux unités: le nettoiement (220 collaborateurs) et la collecte des déchets. La réforme des horaires concerne principalement l’unité de nettoiement. «Nous avons cartographié la ville de Genève pour répertorier les endroits à risque, comme la place du Molard», indique Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»

 

Jusqu’ici, la ville de Genève sous-traitait à des entreprises tierces le nettoiement du territoire les week-ends. La semaine, c’était principalement pour s’occuper d’endroits peu accessibles à la voirie. Guillaume Barazzone nuance toutefois: «Septante pour cent des mandats attribués le sont à des entreprises actives dans la réinsertion sociale et le travail des mandataires est relativement faible par rapport au volume effectué par la voirie». Parmi ces sociétés et associations, la commune mandate notamment l’Orangerie, Réalise et l’Oseo qui proposent à des personnes excluent socialement une réinsertion par l’économique. «Cette réforme s’inscrit dans la droite ligne de l’ouvrage initié par mon prédécesseur», déclare le magistrat. Pierre Maudet avait en effet débuté un transfert de prérogatives du Service des espaces verts (SEV) à la voirie. Les collaborateurs du SEV s’occupaient du nettoiement de certains parcs. De nouveaux postes se sont ouverts en conséquence à la voirie, permettant de réformer les horaires le week-end.

 

D’autre part, ce changement s’inscrit dans le vaste programme de Guillaume Barazzone de rendre le Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS) plus efficient. Les six poubelles solaires permettant la compression des déchets (Big Belly) serviront à rationnaliser la collecte des déchets. Elles sont dotées d’un compacteur stockant ainsi sept fois plus de déchets qu’une poubelle normale. Pour l’instant en phase de test, ces poubelles devraient offrir un gain de temps aux employés de la voirie. «Elles ont l’avantage d’avertir la voirie lorsqu’elles sont pleines via un signal envoyé par wifi, et nécessitent un entretien beaucoup moins fréquent», explique Guillaume Barazzone. «A titre d’exemple, il y avait 8 poubelles sur le pont de la Machine nécessitant deux ramassages quotidiens. Aujourd’hui nous les avons remplacées par une Big Belly qui requiert d’être vidée une seule fois par week-end.»

 

Enfin, la répression et la sensibilisation sont également partie prenante du projet du magistrat. Les citoyens jettent au sol en Ville de Genève près de 500 kilos de déchets par heure, soit 12 tonnes chaque jour. Il s’agit donc pour Guillaume Barazzone de communiquer sur le sujet et rendre attentif la population à cette réalité. Si la sensibilisation ne fonctionne pas, les incivilités pourront faire l’objet d’amende, soit 200 francs pour un papier jeté par terre ou 400 francs pour une déjection canine sur le trottoir. «Il ne faut pas oublier que l’incinération de déchets représente un bon cinquième du budget», rappelle le magistrat. Le montant aux comptes 2012 pour l’incinération des déchets à l’usine des Cheveniers s’est élevé à 13'154'543.20 francs plus 1'385'684.84 francs pour les divers, soit au total plus de 14 millions.

 

Grégoire Barbey

08:46 Publié dans Genève, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

03/08/2013

Les faiseurs de bien (malgré vous)

Jet d’encre, 03.08.13

637905908.jpg

Julien Cart. Le conseiller municipal en Ville de Genève est le parfait exemple
des parangons de justice qui veulent faire le bien malgré les libertés individuelles.


Les faiseurs de bien (malgré vous) sont partout: cela peut être votre femme, votre voisin, votre meilleur ami ou votre patron. Bref, vous n’êtes pas à l’abri de l’un de ces parangons de justice, véritables incarnations du bien sur Terre. Ils n’ont aucun scrupule à renier vos libertés. Ils ont des théories, et il faut croire qu’elles sont justes, car ils se battent quotidiennement contre vos mauvaises habitudes, les faiseurs de bien (malgré vous). Vous fumez? C’est dangereux pour votre santé. Et surtout celle des autres. Alors on vous interdit de fumer dans les lieux publics fermés. Bien sûr, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Proposons d’interdire la cigarette dans les espaces publics extérieurs également!

 

Vous ne triez pas suffisamment vos déchets? Taxons les sacs poubelles. Vous verrez, vous finirez par trier… Ces émanations de la bienpensance vous regardent avec un air hautain et scandalisé lorsque vous enfreignez les règles qui sont les leurs (mais rarement les vôtres). Les faiseurs de bien (malgré vous) ont la fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison et ce même s’ils sont minoritaires, ou qu’ils proposent des mesures totalisantes et totalitaires. La fin justifie les moyens. A Genève, nous en avons l’exemple parfait avec Julien Cart, conseiller municipal, qui juge nécessaire d’interdire la fumée dans les espaces publics extérieurs. Ce n’est pas son seul combat. Il veut également interdire les automobilistes et supprimer l’armée, parmi bien d’autres idées grandiloquentes.

 

Les faiseurs de bien (malgré vous) n’ont que faire de votre sentiment d’oppression. Vous vous sentez atteint dans votre liberté? Ne soyez pas égoïstes: il ne s’agit pas de vous mais du bien commun. Et vous comprendrez rapidement que vous n’avez pas voix au chapitre. Si vous n’êtes pas suffisamment illuminé pour comprendre que vos libertés s’opposent à l’intérêt général, les faiseurs de bien (malgré vous) ne vous feront aucun cadeau. Etrangement, ce sont souvent les mêmes qui plaident pour la libéralisation des drogues, arguant qu’une interdiction ne fait qu’empirer la problématique. Et soudain, on comprend que ces faiseurs de bien (malgré vous) agissent d’abord pour leur propre intérêt. Et qu’au fond, ils font exactement ce qu’ils vous reprochent. Alors une seule solution: raus!

 

Grégoire Barbey

13:29 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

01/08/2013

N'oublions pas nos racines en ce premier août

Chronique, 31.07.13

hpim35821-lac-leman-drapeau-suisse.jpg

Suisse. Je souhaite rappeler en ce jour toutes les valeurs qui nous ont réuni. Non pas
glorifier la grandeur partagée de notre nation. Mais donner à chacun sa reconnaissance.

 

A l’occasion du 1er août, je n’écrirai pas de discours sur la grandeur de notre nation. Je n’expliquerai pas ce que tous nous savons déjà. Ce que nous procure la fierté de notre essor économique, de notre réussite face aux défis du XXIe siècle. Tous, vous le savez, et pour la plupart, le partagez. Ce n’est pas ce qui m’amène à vous. Ce que je souhaite vous témoigner, ici, c’est mon attachement à la solidarité de la Suisse. Son profond humanisme, sa capacité à s’investir en-dehors de ses frontières pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cet aspect-là, aujourd’hui, dont je souhaite vous parler. C’est ce point fondamental, trop souvent oublié à dessein, qui nous réunit tous. Qui fait qu’en ce moment, vous et moi vivons dans le même pays.

 

Pour certains parmi nous, obtenir l’autorisation de séjour en Suisse puis la nationalité a été une lutte acharnée. Parfois le combat d’une vie entière. Pour d’autres, c’est le legs de leurs parents qui sont venus renforcer la diversité de notre nation. Et pour les derniers, c’est de famille. Quel que soit votre origine ou la raison qui vous a poussé à nous rejoindre, je souhaite à tous témoigner mon amitié et mon respect. Nous sommes un peuple unique au monde. Depuis toujours, la Suisse a été un pays d’immigration. Genève en est l’exemple parfait. Des centaines d’individus qui ont rayonné depuis notre pays étaient des étrangers. Pour des raisons qui leur sont propres, ils ont choisi de se loger dans nos contrées. Et ont contribué, chacun comme ils le pouvaient, à faire de notre pays un important acteur sur la scène mondiale, que cela soit en termes d’idées ou d’économie.

 

C’est cette imprégnation continuelle de cultures différentes qui a nourri la Suisse. Et qui en a fait le centre névralgique de nombreuses organisations non-gouvernementales œuvrant pour la paix et davantage de justice sociale. Cette réalité, nous ne devons pas l’oublier. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vous le dis: rappelons-nous fièrement de nos origines. Pas celle d’une nation centrée sur elle-même, se gaussant de ses propres ressources humaines. Mais celle d’un pays ouvert, qui a su donner aux autres, à la différence, l’importance qu’ils nécessitaient pour créer des conditions de vie favorables à toutes et à tous. Quand je pense à la Suisse, ce sont ces notions qui me rendent fier. Qui m’enthousiasment et font de moi ce que je suis.

 

J’aimerais modestement vous faire comprendre que nous devons continuer à parier sur cette stratégie. Aujourd’hui, il est bien vu de renier les étrangers. De les condamner à l’opprobre populaire. Et je pense pour ma part qu'il s'agit-là d’une erreur. Une analyse erronée qui pourrait coûter beaucoup à la prospérité de notre nation. Parce qu’aujourd’hui, avec l’immigration et contrairement aux idées reçues, la croissance de la population n’est pas excessive. Le taux de natalité est d’environ 1,5 enfant par ménage, soit moins que nécessaire pour un renouvellement correct. Et certains veulent vous faire croire le contraire. Que ceux qui viennent prêter main forte à notre pays sont des profiteurs. Qu’ils n’ont rien à nous offrir, à part la violence et la délinquance. C’est faux. Et en ce jour de fête nationale, je veux dire à tous à quel point je suis fier de compter parmi mes concitoyens des individus venus du monde entier. Chaque jour, je me nourris de leur culture. De leurs différences. Et je me sens grandi au quotidien par cette diversité qui m’anime.

 

Pour terminer, j’aimerais exhorter chacun d’entre-nous à faire preuve de respect pour nos semblables. Particulièrement en ce jour. Mais le reste de l’année également. C’est ensemble que nous pouvons continuer à bâtir une société prospère et acceptable pour le plus grand nombre. En guerroyant, nous ne ferons qu’allouer des ressources à la destruction. C’est pourquoi je vous invite encore une fois à vous accepter les uns les autres. A vous accorder respect et considération. Ensemble, nous sommes la Suisse. Et c’est ce que nous fêtons en ce jour du 1er août. Ni la haine ni l’isolement. Mais l’ouverture.

 

A toutes et à tous, je souhaite une merveilleuse journée. Et que cette fête nationale puisse vous convaincre de l’importance de cette pluralité de cultures et de pensées. Hommage à la Suisse, terre d’accueil et de grandeur.

 

Grégoire Barbey

12:08 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

30/07/2013

Les premiers pronostics pour le 6 octobre

Chronique, 30.07.13

2649.jpg

 Luc Barthassat. Le candidat PDC figurera sans aucun doute parmi
les trois premiers mieux élus au soir du premier tour.

 

Mes premiers pronostics pour l’élection au Conseil d’Etat, à quelques mois des résultats, paraîtront peut-être surprenants et seront probablement affinés à l’approche de la date butoir. Il n’empêche qu’ils n’ont aucun intérêt s’ils ne sont pas quelque peu audacieux, et les présenter en plein été, c’est probablement délicat, à l’heure où l’actualité politique est plutôt calme. Ce qui est d’autant plus intéressant. Pour commencer, les trois mieux élus seront probablement, dans le désordre, Pierre Maudet (PLR), Luc Barthassat (PDC) et François Longchamp (PLR). Au risque d’en étonner plus d’un, je pense qu’Isabel Rochat (PLR) sera réélue. Si tel ne devait pas être le cas, Serge Dal Busco (PDC) prendrait sa place. Ou un éventuel candidat surprise du PLR dont je soupçonne l’identité au soir du 6 octobre.

 

Pour les trois derniers, je pressens Thierry Apothéloz (PS), mais la lutte entre lui et Sandrine Salerno (PS) sera rude. Michèle Künzler (Les Verts) ne sera sûrement pas réélue, tant certains (dont quelques confrères) ont participé à sa décrédibilisation, et qu’elle n’a pas fait grand-chose pour la rehausser de son côté… Antonio Hodgers (Les Verts) prendra sa place si sa campagne est suffisamment active. Dans le cas contraire, les Socialistes placeront deux des leurs (cités ci-dessus). Enfin, la véritable inconnue se situe dans le dernier élu. Si le MCG, comme je l’ai toujours pensé, captive effectivement un certain nombre des voix de l’extrême gauche lors d’élection cantonale (cf. le score étonnant d’Eric Stauffer le 17 juin 2012), Mauro Poggia a des chances de se retrouver parmi les sept vainqueurs. Mais si je me trompe alors, je vois donc pour les trois derniers élus : Thierry Apothéloz, Sandrine Salerno et Antonio Hodgers.

 

Donc pour résumer simplement :

·         Pierre Maudet (PLR)

·         Luc Barthassat (PDC)

·         François Longchamp (PLR)

·         Isabel Rochat (PLR) -> ou remplacée par Serge Dal Busco (PDC)

·         Thierry Apothéloz (PS)

·         Sandrine Salerno (PS)

·         Antonio Hodgers (Les Verts) -> ou dépassé par Mauro Poggia (MCG)

 

Les rapports de force, s’ils n’évoluent pas d’ici-là pour une raison spécifique, tendent à conserver une majorité de droite au Conseil d’Etat. Un retournement de situation est peu probable, mais pas inenvisageable pour autant. Et comme la politique et l’arithmétique ne sont pas nécessairement bons amis (Pierre Maudet l’a brillamment démontré le 17 juin 2012), des surprises peuvent arriver. Notamment du côté du MCG avec Mauro Poggia. Le parti mène actuellement une campagne hyperactive, avec une présence toujours accrue, et il n’est pas impossible qu’un tel investissement paie. D’autant que le conseiller national et avocat bénéficie plutôt d’une réputation modérée en-dehors de son propre parti, ce qui pourrait lui bénéficier en termes de potentiels électeurs habituellement rebutés par les manières d’Eric Stauffer. Enfin, d’ici au 6 octobre, tout reste à jouer. Les élections seront passionnantes, et d’ici-là, suivez bien mon blog, il sera de plus en plus animé jusqu’au second tour!

 

Grégoire Barbey

 

P.S.: Cet article marque la création d'une catégorie «Elections du 6 octobre» qui permettra à mes lecteurs de retrouver directement les articles ayant un lien direct avec les échéances politiques du canton de Genève. 

15:23 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook | | | |

23/07/2013

PDC: entre communication et enterrement

A chaud, 23.07.13

GCPDC.PNG

PDC. Les photos de campagne du parti sont tristes à mourir. Ils semblent résignés
à assister à leur propre enterrement aux élections cantonales du 6 octobre.

 

Le PDC a sorti aujourd’hui son site dédié aux élections cantonales du 6 octobre. Le seul point fort réside à mon sens dans leur programme, point par point, correspondant aux valeurs démocrate-chrétiennes. Sauf qu’en ayant l’audace de cliquer sur les liens proposés sur le site pour en lire davantage, c’est le néant. Communication lisse, sans aucune saveur ni couleur. A l’image des photos des candidats. Tout de noir vêtu, les aspirants députés ont pour la plupart le regard dans le vague. Est-ce de la politique ou la rubrique nécrologique du quotidien local? C’est à se demander si la présidence du parti n’a pas voulu faire les choses proprement pour assister à son propre enterrement.

 

Je ne cherche pas à descendre le PDC à tout prix. C’est un parti qui a toute ma sympathie, même si pour plusieurs raisons je ne partage pas toutes leurs valeurs. Mais de grâce, il s’agit-là de politique. D’une élection. C’est la guerre, c’est la confrontation. La victoire a un prix. Je regarde les photographies des candidats: où sont les sourires fiers, la conviction dans le regard, les yeux fixant l’objectif? Rien de tout ça. Juste le noir macabre des vêtements du deuil. Comme si, face à l’inéluctable, le PDC avait résolument fait le choix, entre communication et enterrement, de s’habiller de circonstance. Les responsables de la communication avaient promis aux membres une révolution. C'en est une. La mort selon la démocratie-chrétienne, acte un.

 

Grégoire Barbey

12:32 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

22/07/2013

L'Etat est un outil et non une fin en soi

Chronique, 22.07.13

eg-halle-kuppel-kantone_kl.jpg

Frédéric Bastiat. «L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde
s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.»


Je les entends murmurer à mon oreille. Les apôtres de l’étatisme sont partout. Ils veulent un Etat fort. Providentiel. Protecteur. Sauveur. Divin, oserais-je. Or, aussi utile fut-il, l’Etat est composé d’êtres humains. Il est fait par des Hommes. Et c’est justement là qu’il y a anguille sous roche. Aucun Etat ne s’est créé dans la paix et l’amour. Il y a eu des guerres, donc des morts, des viols, des vols, des désastres, la barbarie et le désir du pouvoir. Ceux qui prétendent le contraire nient la vérité et l’Histoire. L’Etat, c’est la grande chimère à laquelle s’accrochent les faibles pour vivre au crochet des forts et les forts pour vivre en exploitant les faibles. Les lois sont autant utilisées pour limiter les inégalités que pour les creuser. Certaines restreignent les libertés. D’autres les exacerbent. Il y en a pour tous les goûts. Mais rare est le juste milieu. Trop rare.

 

Pour beaucoup, l’Etat semble être une fin en soi. Il n’est pour moi qu’un outil. Et comme tout instrument, son utilité peut être positive comme négative, selon ce que l’on en fait. A la différence qu’on joue à grande échelle, influençant l’existence de milliers d’individus. Qui du jour au lendemain peuvent être amenés à voir leur vie changer drastiquement. Par une simple décision. L’Etat, c’est la concentration cartellaire du pouvoir. Tous ceux qui aspirent à user de la force, qu’elle soit physique ou symbolique, ont une carrière prédestinée dans le secteur. L’autorégulation est dépeinte comme le mal absolu, et le libéralisme en serait le corollaire. Il a toujours fallu trouver des victimes expiatoires, mais c’est jeter bien rapidement l’héritage qui a permis la fin de l’esclavagisme notamment. Et l’arrivée progressive du républicanisme et de la démocratie.

 

L’Etat, s’il peut servir à rétablir certaines inégalités, ne doit pas pour autant occuper une place trop visible dans nos vies. Il doit être présent, mais pas trop. Utile, pas oppressant. Son expansion est peu recommandée, car là où progresse l’Etat, les libertés individuelles diminuent en conséquence. Plus il grandit, et plus il nécessite de recettes fiscales pour assurer son fonctionnement. Il les tire essentiellement des différents types d’imposition, qui conduisent inévitablement à réduire le pouvoir d’achat des ménages, et donc à limiter la qualité de vie. C’est un équilibre particulièrement difficile à trouver pour que les forces en présence s’annulent. C’est-à-dire que l’aspect négatif de l’Etat, la violence qu’il inflige à certains, symbolique ou physique, est tolérable parce que son apport positif fait oublier qu’il a des mauvais côtés aussi. Ce juste milieu, il existe plus ou moins en Suisse. Nous sommes un pays qui avons la chance d’avoir une démocratie semi-directe, avec les défauts évidents qu’elle comporte.

 

C’est par l’action concertée de citoyens éveillés qu’un équilibre peut être trouvé. C’est par les rapports de force entre les différents courants de pensée qu’il peut y avoir une place pour tous. Au final, nous tirons tous à la même corde. Les extrêmes sont toujours néfastes pour l’ensemble des individus. L’Etat, ce n’est pas le «tout pourri», mais ce n’est pas non plus la Providence faite humaine. Ce n’est qu’un outil, inerte, auquel on donne le pouvoir de faire telle ou telle action. D’en limiter telle ou telle autre. Il est évident que limiter l’ingérence de l’Etat, c’est restreindre corollairement le pouvoir de ses représentants. De ses suppôts. Mais c’est une nécessité impérieuse. L’Etat peut aussi servir, au travers de ceux qui prétendent faire le bien des autres contre leur volonté, à nuire aux libertés. Et c’est justement ce qu’il convient de dénoncer, toujours. D’être à l’affût, continuellement, des multiples tentatives d’en faire un objet de pouvoir, de soumission. Les Hommes méritent de vivre libres. De s’émanciper. Et ils n’ont guère besoin d’un Etat pour le leur rappeler à chaque mouvement.

 

Grégoire Barbey

18:51 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

20/07/2013

L'hypocrisie de la classe politique française

Chronique, 20.07.13

hollande.jpg

 François Hollande. Ni l'actuel président ni ses prédécesseurs n'ont attaqué la véritable
problématique de la France: l'invraisemblable part de l'administration publique dans l'économie.


Mes fidèles lecteurs le savent: je ne suis pas un ardent défenseur de la souveraineté nationale. Mais force est de constater qu’encore aujourd’hui, l’Etat-nation prévaut, ce qui suppose des règles. Et celles-ci commandent d’être respectées. Que l’on soit Français, député, président ou socialiste, il n’y a pas d’arguments moraux valables pour justifier la violation de la légalité d’un autre Etat (voir l’article de la Tribune de Genève: «Une banque observée par des douaniers français). Le gouvernement français, avec le consentement de la majorité à l’Assemblée nationale, est aujourd’hui engagé dans une lutte acharnée contre l’évasion fiscale. Remettant d’ailleurs en cause des pratiques qui ont toujours été tolérées, voire acceptées dans la majeure partie des cas. Cette hypocrisie à peine voilée est la conséquence directe de l’endettement de l’Etat français. Le manque à gagner est tel qu’il suscite des réactions obsessionnelles de la part de la classe politique locale, prête à tout pour récupérer les fonds qui reviendraient de droit à la France.

 

Aucune remise en question n’émane de l’hexagone: de gauche comme de droite, tous les gouvernements jusqu’alors ont engraissé la part de l’administration publique dans l’économie française. Sans vergogne, et sans s’intéresser aux conséquences évidentes d’une telle manœuvre. Ainsi, de Mitterrand à Hollande, en passant par Chirac et Sarkozy, les retraites, les indemnités, et autres parachutes dorés pour les politiciens, l’engagement à tour de bras de milliers de fonctionnaires etc. n’ont jamais baissé. Au contraire, l’Etat français est proprement tentaculaire. La presse révélait la semaine dernière le coût des indemnités de l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy: deux millions d’euros depuis son départ de l’Elysée. Une nation proche de la faillite accorde des sommes mirobolantes à ses anciens dignitaires, et personne ne semble s’en indigner en France. Vu de Suisse, où les retraites des conseillers administratifs, d’Etat et fédéraux font régulièrement l’objet de vifs débats, une telle légèreté dans les dépenses publiques prête à sourire.

 

Si la lutte contre l’évasion fiscale peut être effectivement légitimée, elle ne doit pas pour autant conduire à violer des lois dans des pays étrangers pour récupérer des fonds soustraits au fisc français. Regardez donc, Mesdames et Messieurs, avec quelle arrogance, quelle fougue, quelle duplicité tous ces représentants politiques vous font la morale, tentent de vous laver le cerveau, pointant du doigt l’ennemi qui évade le fisc. La vérité est autre: l’ennemi est à l’intérieur même de la France. C’est la classe politique qui ment sciemment au peuple, lui faisant croire qu’aujourd’hui, le seul moyen de baisser la dette du pays, c’est de poursuivre tous ceux qui pratiquent l’évasion fiscale. C’est totalement mensonger. Des réformes peuvent être faites. A commencer par une évidente remise en question du fonctionnement de l’Etat. La comparaison est flagrante. La France est le pays où la part de l’administration publique dans l’économie réelle est la plus élevée en Europe. Cet étatisme absolutiste, qui conduit des présidents-monarques à la tête de l’Etat pour défendre les intérêts d’une classe composée d’énarques et de parvenus, ne peut plus perdurer. Avec ou sans la récupération des fonds évadés, si la France ne change pas drastiquement sa philosophie politique en matière d’administration publique, elle est condamnée à la faillite.

 

Grégoire Barbey

16:25 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Mobilité: la responsabilité du Parlement

Chronique, 20.07.13

2707041.image.jpg

 Grand Conseil. La responsabilité du parlement dans la gabegie de la politique de mobilité
à Genève est évidente. Affirmer le contraire est totalement hypocrite.

 

A la suite de mon article «Du Künzler-bashing à la vacuité des idées», l’on m’a tenu un faux procès. Certains m’ont accusé de n’avoir aucun argument pour défendre le bilan de la conseillère d’Etat Michèle Künzler. C’est mal comprendre ma démarche. Je ne cherche aucunement à dresser un bilan positif de son mandat. Comme beaucoup, je ne suis pas convaincu par sa politique qui vise à réduire drastiquement l’usage des automobiles dans le canton, et plus particulièrement en centre-ville. Lorsque je dénonce la majorité de droite qui s’en prend obsessionnellement à Madame Künzler, c’est pour une bonne raison: un ministre est en partie subordonné au parlement pour mener à bien sa politique. En l’occurrence, la conseillère d’Etat verte a fait ce pourquoi les électeurs l’ont élue. Elle a proposé un projet de société qui a convaincu une majorité de citoyens, au moins sur le papier.

 

Une fois dans les habits de sa fonction, le législatif lui a toutefois régulièrement barré la route. Elle a été l’objet d’oppositions quasi-systématiques. La majorité élargie de la droite au parlement (UDC-MCG-PLR-PDC) n’était pas en phase avec son projet de société. C’est le risque en politique. Michèle Künzler a par ailleurs péché par absence de communication positive. Elle n’a pas su fédérer les partis représentés dans l’hémicycle et cela lui a coûté cher en termes d’image. Mais il n’est pas acceptable que ceux-là même qui ont participé à sa chute se permettent de lui faire porter l’ensemble de la responsabilité. Certes, elle n’a pas nécessairement brillé par sa capacité à convaincre. Elle n’a pas non plus démontré une compétence hors du commun en matière de stratégie. Quand bien même. Le pouvoir de destruction du parlement est conséquent.

 

Et c’est donc à la fois la majorité élargie de droite, pour son refus constant des projets du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement (DIME), et Michèle Künzler en charge dudit ministère, pour son manque de clairvoyance et son inaptitude à s’adapter, qui portent ensemble la responsabilité des blocages qui péjorent actuellement la vie des Genevois. Ces problèmes sont éminemment politiques, parce qu’ils procèdent de la volonté d’une partie du législatif à ne pas laisser à la cheffe du DIME la possibilité d’appliquer les réformes qu’elle souhaitait. Et qui lui ont valu son élection au poste de conseillère d’Etat. Vouloir rejeter la totalité de la faute à Madame Künzler est totalement hypocrite. Et ne convient pas au principe de responsabilité individuelle, pourtant si chère à la droite, et duquel je suis également très attaché. La situation actuelle n’est pas du seul fait du DIME. C’est une stratégie politique, et il convient d’appeler un chat un chat. Le parlement ne me fera pas croire qu’il n’y est pour rien. A d’autres.

 

Grégoire Barbey

13:20 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

19/07/2013

Ueli Maurer en Chine: la Suisse sourit jaune

A chaud, 19.07.13

161608160--469x239.JPG

 Ueli Maurer. Le président de la Confédération s'est hasardé sur les événements
sanglants de la place Tian'anmen. Oubliant peut-être qu'il représentait la Suisse.


Alors qu’en France les députés s’en prennent verbalement à la Suisse dans l’affaire de l’arrestation de Pierre Condamin-Gerbier, remettant en cause son système démocratique, le président de la Confédération Ueli Maurer s’illustre par une déclaration invraisemblable. Interrogé par un journaliste de la SRF sur le risque que sa visite d’une division blindée chinoise soit reprise à des fins de propagande, alors que «l’armée a tiré sur le peuple et réprimé le mouvement démocratique dans le sang», Ueli Maurer a répondu: «je pense que nous pouvons tirer un trait sur cette affaire depuis longtemps». Evidemment, de tels propos surprennent. Est-ce le moment de se mettre à dos toute l’opinion occidentale en réhabilitant les actes barbares d’une dictature? Pas sûr…

 

Il est probable qu’aujourd’hui en Occident, plus personne ne songe vraiment à cet événement. La question se pose toutefois de savoir si c’est le rôle de la Suisse de s’engager sur un terrain aussi glissant. Notre pays est depuis longtemps le centre névralgique de nombreuses organisations internationales et non-gouvernementales, dont une grande partie œuvre pour la paix dans le monde. Quelle va être la réaction de ces organisations face à cette déclaration? La Suisse est-elle tenue de s’illustrer sur la scène internationale en s’exprimant sur des sujets aussi sensibles alors qu’elle est au cœur d’un conflit fiscal sans précédent? D’un point de vue purement stratégique, il serait raisonnable qu’Ueli Maurer nous explique son objectif. Parce qu’il semble difficilement cernable. Comme embrumé dans un linceul rougeâtre. L’évasion de l’esprit. Le néant absolu de la communication. Le président de la Confédération a peut-être tout simplement oublié, l’espace d’un instant, qu’il représentait la Suisse.

 

Grégoire Barbey

16:17 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |