Gregoire Barbey

19/07/2013

La communication façon private joke du PDC

A chaud, 19.07.13

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Page Facebook du PDC. Le parti s'essaie à une communication plus légère.
Mais n'est-ce pas trop «private joke» pour le citoyen lambda?

 

La communication du Parti démocrate-chrétien (PDC) sur les réseaux sociaux prête à sourire… jaune. La page dédiée à la section genevoise en vue des élections cantonales du 6 octobre prochain affiche régulièrement des images caricaturales (cf. ci-dessus). A vrai dire, je ne comprends pas très bien la démarche. Faire rire les électeurs, pour autant qu’ils se rendent sur la page du PDC? Ou démontrer concrètement l’absence d’idées du parti, qui préfère donc surfer sur la polarisation plutôt que d’apporter des solutions concertées pour Genève? D’autres questions se posent. Quelle entreprise de communication a été mandatée pour réaliser ce travail? Les instances dirigeantes du parti sont-elles satisfaites? En tout cas, ça n’apporte absolument rien à la démocratie…

 

Le PDC est dans une situation particulièrement compliquée à Genève. Réussira-t-il à convaincre au moins 7% des électeurs? La question peut se poser… les récents événements qui ont déchiré la formation politique de l’intérieur ne sont pas passés inaperçus dans l’opinion publique. Il va donc falloir convaincre au-delà des caricatures et de la polarisation. Oui c’est amusant, bon enfant, et probablement que cela fait rire les personnes engagées en politique qui tombent sur ces images. Mais le citoyen lambda, qui a déjà tant de peine à glisser son bulletin dans l’urne, est-ce qu’il trouve ça vraiment pertinent? Je m’interroge. Genève a besoin d’un centre fort, sans aucun doute. Il est donc dans l’intérêt du canton que le PDC se maintienne à son niveau actuel, ou progresse. Mais pour l’heure, je ne suis pas convaincu qu’une telle stratégie de communication porte ses fruits pour la formation orange…

 

Grégoire Barbey

14:29 Publié dans Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Pierre Weiss et l'ingérence à peine voilée

A chaud, 19.07.13

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Pierre Weiss. Le député PLR met en avant ses valeurs humanistes pour justifier
sa croisade contre le port du voile dans les établissements scolaires à Genève.

 

Pierre Weiss dit vouloir faire interdire le port du voile à l’école par humanisme. Son argument: il est convaincu par ses valeurs d’égalité entre les sexes et respecte les femmes. Comme je le répète depuis plusieurs jours, pour nous autres Occidentaux, cet argument a du sens. Sauf que nous ne sommes pas seuls au monde et qu’ailleurs, les us et coutumes varient. Je n’ai pas connaissance d’un impérialisme suisse et je ne pense pas qu’il y ait besoin d’imposer notre vision du monde à ceux qui ne la partagent pas. Nous devons respecter les cultures et les différences. Les femmes qui portent le voile sont libres de leur choix. Et si tel n’est pas le cas, alors elles doivent s’en plaindre aux autorités compétentes. A ce moment, il y a lieu que l’Etat intervienne à travers ses représentants. Mais tant qu’une femme accepte ça par respect pour ses croyances, nous ne pouvons l'en empêcher.

 

Parce qu’à trop vouloir faire le bien des autres malgré eux, nous ne faisons qu’empirer des situations déjà bien compliquées. Je ne crois pas qu’une seule femme qui porte le voile par conviction personnelle acceptera de bonne grâce qu’une loi le lui interdise. Ce serait difficilement compréhensible pour cette personne. Parce qu’à défaut de pouvoir s’intégrer sans nuire à quiconque, elle se sentira exclue, et à bon droit. L’humanisme, tel que je le conçois, couplé au libéralisme, ce qui devrait plaire à M. Weiss, implique de respecter les valeurs de nos semblables et leur liberté individuelle. Jamais un véritable libéral n’accepterait de légiférer pour octroyer à l’Etat la compétence d’interdire tel ou tel vêtement. C’est insensé. En mettant un interdit sur le port du voile, qui en réalité ne gêne probablement pas les élèves, qui sont souvent plus rationnels que les adultes, nous risquons juste de faire le lit de l’intégrisme. Et donc obtenir le contraire de notre objectif de départ. A cela, je crois que Pierre Weiss, qui lutte contre les ségrégations et le racisme à travers la CICAD depuis de nombreuses années, ne pourra guère rétorquer un argument valable.

 

Grégoire Barbey

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18/07/2013

L'Etat choisira bientôt nos sous-vêtements

A chaud, 18.07.13

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Eric Bertinat. Après Pierre Weiss, c'est le député UDC qui prend publiquement position
en faveur de l'interdiction du voile à l'école. Motif: les valeurs judéo-chrétiennes.

 

La question du voile à l’école est débattue depuis quelques jours à Genève, suscitant l’ire de certains et l’approbation des autres. Le problème qui se cache derrière ce débat stérile, ce n’est pas tant de savoir si le voile est compatible avec les institutions suisses (pourquoi pas, d’ailleurs?), mais plutôt: est-ce que nous voulons donner le droit à l’Etat de décider comment nous habiller? Effectivement, nous sommes dans une période où les interdits jouissent d’une bonne réputation au sein de la population. Si elle veut restreindre ses libertés individuelles, aussi paradoxal que cela soit, elle en est libre.

 

Toutefois, je ne crois pas qu’il faille accorder à l’Etat cette possibilité de légiférer sur les tenues vestimentaires adéquates, excluant de facto les autres. Est-ce qu’il faudra montrer nos sous-vêtements à l’entrée des bâtiments publics pour pouvoir y accéder? Est-ce qu’une bague, un collier, voire une boucle d’oreille pourraient devenir soudainement l’objet de débats parlementaires interminables? Nous avons probablement bien d’autres soucis à régler que de s’occuper du code vestimentaire des citoyens. Et puis quoi encore? Décidément, je suis profondément hostile à toute tentative de s’introduire dans la sphère privée des individus, et leur dicter quoi et comment faire. Nos libertés n’ont pas à être sacrifiées sur l’autel de l’ingérence et du «tout sécuritaire». Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

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17/07/2013

Nicolas Sarkozy: le très probable retour

Chronique littéraire, 17.07.13

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Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?
Paru aux éditions First en juin 2013. 231 pages.


Nicolas Sarkozy a récemment fait parler de lui involontairement à la suite du refus par le Conseil constitutionnel de rembourser les 11 millions d’euros de sa campagne présidentielle en 2012. Mais ces apparitions épisodiques dans les médias français sont-elles de véritables hasards? Pas selon Thomas Guénolé, qui explique dans son livre Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible? paru aux éditions First en juin 2013, comment l’ancien président a mis en place une stratégie de communication très élaborée pour simuler son absence médiatique, tout en laissant planer son ombre sur la vie publique française.

 

Sur 231 pages, le politologue Thomas Guénolé remet en perspective les récents événements qui ont défrayé la chronique, de la crise interne à l’UMP au vote-sanction des français à l’égard de Nicolas Sarkozy. Et raconte comment celui que François Hollande a qualifié d’omniprésident réalise un sans-faute dans sa stratégie de retour. Veut-il réellement reconquérir l’Elysée? Cela ne fait aucun doute pour l’auteur. La crise de leadership à l’UMP en est la preuve: en permettant indirectement à Jean-François Copé de remporter d’une courte avance la présidence du parti contre l’ancien Premier ministre François Fillon, Nicolas Sarkozy a réitéré ce qu’il avait déjà fait lors de son élection à la tête de l’Etat français. Il a privé son parti d’un véritable leader.

 

En 2007, il avait déjà réalisé cette manœuvre, en transformant les statuts de l’UMP, empêchant ainsi qu’un nouveau leader puisse prendre sa place, tout en limitant l’influence du poste de secrétaire général. Fin 2012 donc, rebelote. Nicolas Sarkozy laisse entendre à ses lieutenants qu’il est favorable à l’élection de Jean-François Copé, ce qui suffit à leur donner l’envie de l’aider à parvenir à la tête de l’UMP. En agissant ainsi, raconte Thomas Guénolé, l’ancien chef de l’Etat s’assure le soutien des militants, puisqu’aucun autre leader peut prétendre à devenir la nouvelle locomotive du parti, et donc du «peuple de droite». De stratégie en stratégie, le politologue offre un essai visionnaire, où la politique est intelligemment décortiquée, et mise en contexte.

 

Une excellente pioche donc, qui ravira tous ceux qui apprécient Nicolas Sarkozy, et donnera aux autres, le temps d’une lecture, une perception différente d’un personnage qui ne laisse personne indifférent. Et à la lumière de ces lignes, le doute ne peut décemment subsister: d’une façon ou d’une autre, l’omniprésident fera son retour pour l’élection de 2017. D’ailleurs à ce propos, Thomas Guénolé conclut son ouvrage ainsi: «Reviendra-t-il dans la vie politique? Cette question-là n’est guère sérieuse: pas de retour quand on est jamais parti».

 

Grégoire Barbey

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15/07/2013

Inclure plutôt qu'exclure les individus

Chronique, 15.07.13

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Société. Il nous faut œuvrer ensemble pour bâtir un modèle qui permette d'inclure
l'ensemble des êtres humains. Plutôt que d'un système basé sur l'exclusion de certains.


Je ne le dirai sûrement jamais assez. L’exclusion est un modèle de société duquel je ne me sens pas du tout solidaire. J’irai même plus loin: je ne veux pas vivre dans un monde qui base son fonctionnement sur le rejet d’une partie des individus. A cela, il y a soit la démission, soit l’engagement personnel. Et pour ma part, vous l’aurez compris, j’ai choisi de ne pas rester dans l’inaction. A ma façon. Avec la réserve qu’il me faut bien évidemment observer de par mon métier. Mais écrire, c’est déjà une façon d’agir. Je n’ai jamais prétendu avoir la science infuse, et ceux qui me connaissent réellement savent que je remets souvent en question mes propres réflexions. Je pense néanmoins qu’il y a quelque chose sur lequel je ne puis transiger: les valeurs humanistes.

 

J’ai un profond respect pour l’initiative individuelle, que je trouve à la fois valorisante et nécessaire, même dans une communauté. En cela, et pour de nombreuses autres raisons, je me sens très proche du libéralisme, plus particulièrement de ses théoriciens du XIIIe au XIXe siècle, qui ont contribué à l’émergence d’une pensée respectueuse de l’individu, et équilibrée pour une vie en société. Et c’est justement cet attachement au libéralisme et aux principes fondamentaux de la liberté qui me font refuser, viscéralement, toute société qui base sa législation sur l’exclusion. Je suis convaincu que nous avons toutes et tous un rôle à jouer dans une communauté, qu’elle soit de petite taille ou à l’échelle d’une nation, d’un continent.

 

J’aime les êtres humains, parce qu’ils cachent tous une richesse qui leur est propre. Il n’y en a pas un seul qui soit l’exacte copie d’un autre. Chaque individu mérite d’être connu. J’en suis intimement persuadé. Et j’essaie de mettre en pratique cette conviction au quotidien. Lorsqu’il m’arrive de rencontrer, par hasard, d’autres personnes, je m’attache à les écouter. A les comprendre. Et, lorsque c’est possible, de me mettre à leur place. J’ai à ce titre une chance monumentale: j’exerce une profession qui m’offre la possibilité de multiplier les rencontres. De celles qui ne seraient pas possible autrement. Je l’avoue, j’en profite pour aiguiser ma curiosité, et ma sensibilité. J’y prends d’ailleurs beaucoup de plaisir. Ici, un ancien conseiller d’Etat mû par le désir de partager son expérience. Là, des jeunes qui préparent un événement économique d’importance internationale.

 

Et ce sont les autres qui nous apprennent. Qui nous renvoient une part de ce que nous sommes. Nous informent de notre propre personnalité. Nous font évoluer. Dès la naissance, les rapports sociaux nous bonifient, nous améliorent. Nous sommes interdépendants. Plus encore dans une société où chacun est spécialisé dans un domaine particulier, permettant aux autres d’assouvir certains besoins s’en devoir s’en occuper. Il faut donc accepter une réalité: nous ne sommes rien sans les autres. Ils sont essentiels à notre développement, à notre survie. Et à notre bonheur aussi.

 

De ce fait, la société doit pouvoir accueillir l’ensemble des individus, en adaptant les législations pour rendre possible cette inclusion. Une place pour chacun, voilà un slogan qui me parle. Bien sûr, avec la liberté de l’occuper ou non. Parce qu’il faut aussi faire preuve de bonne volonté. La communauté, c’est un ensemble de règles qui doivent favoriser la cohésion sociale. Qui doivent permettre aux êtres humains de faire corps avec leurs semblables. Où chacun peut vivre sans craindre de l’autre. Aujourd’hui, nous en sommes malheureusement loin. Et je pense que c’est lié à une réalité très simple: notre modèle de société est basé sur l’exclusion. Alors plutôt que de nous tirer dans les pattes, essayons de nous entre-aider pour construire ensemble une société qui englobe tout le monde, sans discrimination aucune.

 

Grégoire Barbey

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Interdire le port du voile: hypocrisie totale

Chronique, 15.07.13

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 Pierre Weiss. Le député Libéral-Radical veut faire interdire le voile à l'école.
Il ranime ainsi de vieilles querelles. Tout en poussant les musulmans au communautarisme.


Le débat sur le port du voile à l’école revient en force à Genève. La Tribune de Genève a réalisé un sondage sur son site. Quatre-vingt pourcent des sondés sont favorables à l’interdiction. Il faut dire les choses telles qu’elles sont: le principe de laïcité ici défendu est extrême. Je ne pensais pas l’écrire un jour, étant moi-même agnostique, et plutôt attaché à la laïcité du domaine public. Néanmoins, je ne tomberai pas dans le piège qui consiste à s’attaquer au voile en arguant que ce bout de tissu est plus contraire aux principes laïcs que les croix catholiques que portent de nombreux élèves sans que cela n’ait jamais choqué personne. C’est une fois de plus: «faites ce que je dis mais pas ce que je fais». Et c’est fort malheureux. Parce que si l’on était à ce point attaché à la neutralité des institutions, l’on retirerait toute suggestion au catholicisme dans nos écoles. Et sur nos institutions. Or, nous ne le ferons probablement jamais. Il s’agit d’un legs de notre Histoire. Et de nombreux Suisses ne veulent pas y renoncer.

 

C’est donc un non-débat. Lorsque Pierre Weiss dit vouloir l’interdire, c’est son problème. Cela le regarde. Il ravive pourtant des combats d’arrière-garde, de ceux que l’on pensait abandonnés depuis longtemps. Visiblement il n’en est rien. Et c’est fort regrettable. Lorsque je lis ou entends l’argument selon lequel les femmes qui portent le voile sont soumises à leur mari, cela m’étonne. C’est un jugement péremptoire. Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision? Certes, c’est probablement un signe ostentatoire de soumission. Mais on ne peut pas rendre les gens heureux en leur imposant ce que nous pensons être le mieux pour eux sans leur consentement. C’est généralement une démarche vouée à l’échec, et qui poussera à un communautarisme beaucoup plus offensif de la part des minorités ainsi ségréguées.

 

Ce qui me navre le plus dans cette opposition au port du voile, c’est que ceux qui sont favorables à cette interdiction usent du principe de laïcité. Ils ne s’indignent pas lorsqu’un chrétien porte une croix pendant les cours, mais sont dérangés par le voile. Leur réaction est probablement plus symbolique que fondée sur un principe de neutralité religieuse. Celui de la culture étrangère, qui les fait se dresser sur leurs pattes arrière pour défendre leurs valeurs. En réalité, le nœud du problème se situe-là. Pour beaucoup, combattre le voile, c’est combattre l’Islam. Et donc se protéger de son accroissement en Suisse. Ce n’est cependant pas en s’attaquant à un symbole plutôt qu’un autre qu’on changera quoi que ce soit.

 

Encore une fois, à trop vouloir stigmatiser une population, on la pousse à se réunir davantage, et de ne vivre plus qu’en communauté, empêchant ainsi son intégration aux valeurs de leur pays d’accueil. L’exemple de la France est tout ce qu’il ne faut pas faire. Lutter contre l’ennemi musulman, prétextant qu’il cherche à nous envahir, c’est donner de la voix aux intégristes. En Suisse, nous n’avons aucune raison de nous plaindre des musulmans. Vivons en paix avec eux. Ils n’ont aucune raison de faire l’objet de notre mépris.

 

Grégoire Barbey

 

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14/07/2013

Du Künzler-bashing à la vacuité des idées

Chronique, 14.07.13

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Michèle Künzler. La ministre en charge du Département de l'intérieur, de la mobilité
et de l'environnement (DIME) est la cible privilégiée d'une droite aux propositions absentes.

 

La droite genevoise tire à boulets rouges sur Michèle Künzler depuis plusieurs mois. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement donnait aujourd’hui une interview dans Le Matin Dimanche, ce qui a donné lieu à de nouvelles réactions de mépris sur les réseaux sociaux de la part de certains politiciens. Loin de moi l’idée de défendre ou condamner son bilan, je tiens néanmoins à relever la facilité de ces attaques frontales. Que cela viennent d’élus ou de l’un de mes confrères en particulier, qu’importe. Les critiques sont faciles, et portent bien souvent sur des détails qui ne lui sont pas nécessairement imputables en premier lieu.

 

Mais il faut toujours, même dans un gouvernement, une victime expiatoire. Celle qui sera accusée de tous les maux. Celle qui, par l’opprobre publique, sera crucifiée à maintes reprises. Michèle Künzler joue ce rôle à merveille, et elle n’a pas toujours la présence d’esprit de s’en protéger, ses déclarations donnant bien souvent de l’eau au moulin de ses détracteurs. Mérite-t-elle les innombrables humiliations dont elle est l’objet? J’en doute profondément. Comme toute personne dans ce collège gouvernemental, elle doit tirer le bilan de ses réussites et de ses erreurs. Faire l’inventaire de son mandat, ces quatre dernières années. Et reconnaître publiquement lorsque dysfonctionnement il y a.

 

Rien ne justifie cependant ce lynchage constant, obsessionnel et continuel d’une certaine frange de l’échiquier politique. A trop s’en prendre à la même personne, que cela soit médiatiquement, sur les réseaux sociaux ou lors des séances plénières, ses détracteurs finissent par perdre toute crédibilité. A les écouter ou les lire, Michèle Künzler serait responsable de l’ensemble des problèmes qui ont lieu sur les routes à Genève. Comme si dans les autres villes, au demeurant souvent interdites aux voitures en leur centre, il n’y avait pas aussi des dérangements. Comme si un ministre était capable de palier au moindre détail. Accuse-t-on Pierre Maudet dès qu’il y a une agression? Il n’est pas plus responsable de cet événement que Madame Künzler ne l’est lorsqu’un feu saute au coin d’une rue…

 

D’ici au 6 octobre, nous aurons l’occasion de lire de nombreuses autres tirades à l’encontre de la conseillère d’Etat. Les autres membres du gouvernement sont moins exposés, alors les bienpensants à droite lui réserveront un feu nourri, à défaut d’avoir le courage et l’audace d’effectuer un droit d’inventaire sur le bilan des autres départements. C’est toujours plus facile de s’en prendre ad hominem aux responsables politiques plutôt que d’apporter des solutions. Et pour ça, si Michèle Künzler devait s’avérer incompétente dans ses fonctions, ses détracteurs le sont tout aussi sur le plan des idées, pourtant si essentielles pour dessiner les grands contours d’une législature. C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf…

 

Grégoire Barbey

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PDC-PBD: jeu de pouvoir, jeu de dupes

Chronique, 12.07.13

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Eveline Widmer-Schlumpf. Christophe Darbellay affirmait en 2011 que la conseillère 
fédérale ne serait pas réélue par le PDC «automatiquement et sans conditions».

 

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a décidé de nommer l’ancien conseiller aux Etats Bruno Frick (PDC) à la Finma. Ce malgré une procédure pénale à son encontre pour gestion déloyale, faisant ainsi fi du principe de précaution. Pour comprendre ce choix, il faut revenir quelque peu en arrière. Peu de temps après les élections fédérales de 2011, le président du PDC et conseiller national Christophe Darbellay s’exprime dans les colonnes du Blick, affirmant que «cette fois rien n’est gratuit. Même le PBD ne peut pas partir du principe que le PDC réélira Eveline Widmer-Schlumpf automatiquement et sans conditions». Cette injonction provient probablement d’une déception. Le PDC a soutenu les Vert’Libéraux aux élections. Ces derniers ont dix sièges. Le PDC, lui, recule une fois de plus. Christophe Darbellay a l’impression de n’avoir rien gagné.

 

Concrètement, sur le plan national, le PDC est souvent proche du PLR. Les Libéraux-Radicaux, qui ont la prétention de pouvoir obtenir la majorité des sièges, proposent souvent aux Démocrate-Chrétiens des compromis. A Genève, c’est un bon exemple de cette dynamique. Le PLR y cède un siège au Conseil administratif de la Ville de Genève au profit du PDC, parce que celui-ci a soutenu Pierre Maudet à l’élection partielle au Conseil d’Etat le 17 juin 2012. C’est un retour d’ascenseur. Or, le PDC ne veut pas seulement jouer le rôle du bon petit soldat, ce qui se comprend tout à fait. Il a des ambitions réelles. Améliorer sa représentation politique sur l’échiquier national. Pour cela, il faut élaborer de nouvelles stratégies. Lorsque naissent deux nouveaux partis se revendiquant du centre-droit, les Vert’Libéraux et les Bourgeois-Démocrates, le PDC y voit de potentiels alliés.

 

Et il n’est pas question de les laisser croître seuls pour qu’ils imposent ensuite leurs conditions. Christophe Darbellay est un fin stratège. C’est pourquoi il soutiendra l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf le 12 décembre 2007. Puis lui réitérera sa confiance en 2011. Mais plus «rien n’est gratuit». Le PDC n’a plus qu’un siège au Conseil fédéral. Il nourrit toujours le désir d’en obtenir un second, pour laver l’honneur. Et ces derniers mois, leurs prises de position sont exactement les mêmes sur des thématiques essentielles. L’initiative «contre les rémunérations abusives» dite Minder, puis la Lex USA. PDC et PBD main dans la main. Pour la première, les deux partis s’y opposent frontalement. Pour la seconde, ils soutiennent ensemble la position d’Eveline Widmer-Schlumpf, se désolidarisant du PLR par la même occasion. Mais ces jeux de pouvoir ne sont pas sans conséquence sur la cohésion du parti. Dans le canton de Vaud principalement, la dissidence rentre en force et se fait entendre.

 

Malgré sa taille relativement faible, le PDC vaudois jouera un rôle essentiel dans la campagne pour l’initiative Minder au niveau romand. Des personnalités comme François Meylan, ex-secrétaire général, et Jacques Neirynck, conseiller national, s’opposent vertement aux positions de Christophe Darbellay. De même plus tard avec la Lex USA. A tel point qu’un jour, le président du PDC se rend en personne et sans prévenir à une assemblée générale de la section vaudoise, bien décidé à sermonner François Meylan, devenu dérangeant. Manque de chance, l’ex-secrétaire général s’est fait excuser. Quelques jours plus tard, François Meylan démissionne, las d’être toujours opposé à la position officielle de son propre parti.

 

Eveline Widmer-Schlumpf quant à elle, malgré de nombreux camouflets essuyés en peu de temps, compte bien sur une réélection en 2015. Et les échéances s’approchent petit à petit… Arrive alors Bruno Frick, ancien conseiller aux Etats, qui doit être nommé au conseil d’administration de la Finma. Or la presse révèle qu’il est l’objet d’une procédure pénale pour gestion déloyale. Il va de soi que l’intéressé reste présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Néanmoins, en de telles situations, le principe de précaution peut largement prévaloir. Il n’en sera rien. Plutôt que d’attendre la conclusion de l’affaire pénale, la conseillère fédérale PBD maintient sa position et le nomme officiellement au board de la Finma.

 

Est-ce un hasard si celui-ci est membre du PDC? A titre personnel, je ne crois pas spécialement au hasard. Plutôt à la convergence des intérêts. Disons-le clairement: à l’ambition. Tout ce qui précède relève bien sûr de ma propre grille de lecture. Je me trompe peut-être. En attendant, les intérêts du PDC et du PBD sont très largement comparables. Et lorsqu’il y a des jeux de pouvoir, il y a des jeux de dupes. L’avenir nous dira si je me suis fourvoyé. Une chose est néanmoins certaine: Eveline Widmer-Schlumpf ne sera pas réélue «automatiquement et sans conditions». A chacun ses hypothèses. Mais le premier qui sort du bois est toujours tiré.

 

Grégoire Barbey

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09/07/2013

Souveraineté: politiquement correct suisse

Jet d’encre, 08.07.13

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 Pascal Décaillet. Mon éminent confrère fait partie de ceux qui s'offusquent
instantanément de toute position qui ne valorise pas la souveraineté nationale.

 

La souveraineté en Suisse est l’émanation stricto sensu du politiquement correct. Ayez ne serait-ce qu’une fois l’outrecuidance de ne pas la respecter – par l’une ou l’autre de vos positions ou interventions –  pour que des Pascal Décaillet, Eric Bertinat ou Philippe Nantermod (pour n’en citer que trois) vous tombent dessus plus vite que leur ombre. Il y a comme une espèce de religion ancrée dans cette croyance populaire, inscrite effectivement dans le pacte de 1291 puis dans la Constitution, qui fait s’accrocher à ce vieux principe toute l’opinion publique. De grâce, ne soyez pas de ceux qui bravent les foudres de ces Messieurs-Dames toujours à l’affût du blasphème anti-souveraineté. Vivez heureux, vivez cachés. Vous serez bien mieux. Parce qu’aujourd’hui, il ne fait pas bon remettre en question certains diktats établis.

 

Si vous pensez différemment, il y a bien des chances pour qu’un de ceux que j’ai précédemment cités, ou bien d’autres encore, vous assassinent par voie de presse. Vous trouvez cela effrayant? Ça l’est en effet. Parce qu’à ma connaissance, le monde évolue, les rapports entre les êtres humains aussi, et plus encore les sociétés. De fait, les valeurs doivent s’adapter aux réalités structurelles des époques. Ce que l’on oublie bien volontiers lorsqu’il s’agit de se cramponner désespérément à des épouvantails. Comme si nous étions maintenant dans la même situation que ces trois cantons qui se sont alliés voilà huit siècles! Comme s’il fallait refuser toute négociation venant de l’étranger. Comme si, in fine, l’étranger était méchant par essence.

 

Ainsi peut-être mettons-nous le doigt sur le mot qui fâche: étranger. Eh oui! Refuser le «verdict de juges étrangers», tel est le cantique qu’ils scandent à outrance. Le Temps se permet d’orienter sa ligne éditoriale en faveur d’une certaine forme de mondialisme? Misère, quelle erreur inacceptable. Alors soudain, des textes surgissent, sur des blogs ou sur des réseaux sociaux, pour condamner cette légèreté. Oui, tout est fait pour que vous ne puissiez pas vous extraire du schéma souverainiste. Ces prédicateurs de la bonne conscience – ces prêcheurs de la bonne parole – ne se rendent pas compte qu’ils font exactement tout ce qu’ils condamnent. Ils imposent aux autres, par le nombre et par le verbe, leur amour de la Patrie tournée sur elle-même. Cette définition de la Nation qui a toujours prévalu. Jusqu’aux révolutions technologiques qu’a connues l’humanité ces dernières décennies.

 

Il n’est pas question d’avoir raison ou tort – ce que votre serviteur ne prétend surtout pas – mais de pouvoir émettre un avis différent. Avoir un sentiment qui n’est pas celui de la majorité. En rédigeant ces lignes, je m’expose à de vives critiques de ceux-là même que je dénonce. Parce qu’ici, je ne fais pas l’apologie de leur ligne maîtresse: la souveraineté. C’est le même refrain depuis vingt ans qui prévaut au sujet de l’Union européenne. A force de trop nous focaliser sur cette prétendue souveraineté, nous la perdrons pour de vrai. Celle qui permet au Peuple de s’exprimer, je ne la nie pas. Et à trop vouloir chanter les mêmes couplets sur un orchestre qui pour l’heure suit volontiers la partition, on prend le risque qu’un jour, tout ce que nous avons voulu défendre s’estompe parce qu’au-delà, les rapports de force sont nettement défavorables.

 

Alors d’un simple cri du cœur, je m’oppose vertement à cette pensée unique qui tente de mater toute forme de rébellion, toute tentative d’extraction hors du schéma souverainiste. Nous ne sommes les valets d’aucune forme de pensée. Nous sommes libres, s’il nous vient à l’esprit de le faire, de ne pas suivre le cheminement intellectuel du plus grand nombre. Ce n’est pas ceux-là qui nous empêcheront de réfléchir en-dehors des carcans imposés. Ces contempteurs de la liberté d’expression, je les honnis au plus haut point. Ils n’ont pas l’apanage de la vérité. Personne ne l’a. Et il est saint dans une démocratie qu’une pluralité d’opinions puisse persister et s’exprimer pleinement. Ils peuvent bien se mettre en meute comme des charognards affamés dès lors qu’on s’en prend à leur déesse Souveraineté, mais qu’ils comprennent bien une chose: ils ne pourront jamais nous interdire de ne pas partager leur avis. Même s’il devait s’avérer correct. Alors le politiquement correct souverainiste, basta!

 

Grégoire Barbey

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08/07/2013

Espionnage: la Suisse n'est pas épargnée

Arrêt sur image, 06.07.13

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Onyx. Le système suisse de surveillance des télécommunications existe depuis 1992.
Le dernier projet en date est lancé en 2000 et est basé à Berne et dans le Valais.

 

L’actualité internationale de ces dernières semaines était plutôt mouvementée. Entre les révélations de l’ancien informaticien de la CIA Edward Snowden, l’espionnage avéré des communications des pays membres de l’Union européenne par les Etats-Unis, de la France envers certains de ses voisins, le trend est donné: la protection de la sphère privée est clairement menacée. Mais ce qui semble être une découverte cache en vérité un état de fait des plus communs. Les citoyens semblent réaliser aujourd’hui la réalité des rapports de force situés dans les relations entre Etats. Ce scandale met en lumière un fait beaucoup plus alarmant: l’ignorance qui règne au sein de l’opinion publique, qui n’a majoritairement pas l’air de saisir que de tous temps, les nations se sont livrées à de tels stratagèmes.

 

Depuis toujours, les Etats se sont créés et maintenus par la violence. Aucun d'entre eux n'est né dans la sérénité et la paix. Et le maintien de ses frontières juridiques, de son importance sur l'échiquier politique mondial, de sa force économique, tout ça n'est possible qu'au prix d'une lutte acharnée à l'encontre des autres Etats. L'espionnage n'a rien d'étonnant, il n'est qu'une conséquence d'une réalité structurelle ayant toujours existé. Les rapports de force entre les nations sont profondément violents, dénués d'une quelconque éthique à l'échelle individuelle, et encore moins tributaires de quelconques règles. Les Etats se livrent des batailles continuellement. Et ce bien souvent contre l'intérêt du plus grand nombre.

 

Malgré l’a priori négatif de l’opinion publique à l’encontre de ces méthodes d’espionnage, rien ne changera. D’ailleurs, rien n’a véritablement changé au cours des époques. Aujourd’hui, tuer physiquement un adversaire politique dans nos Etats démocratiques n’est plus possible. Il y a pourtant l’assassinat symbolique, celui qui est fait par voie de presse, à travers des révélations, parfois vraies, souvent mensongères, pour ternir l’image d’une personnalité, et lui faire renoncer à ses fonctions, ou à la prétention de celles-ci. Même en Suisse, ce type de comportements est aisément identifiable. Nous avons connu pareil épisode au début 2012, avec le scandale lié à l’ancien conseiller d’Etat Mark Muller. Tout ça ne date donc pas d’hier. La politique n’est un domaine sympathique. Les seules règles, c’est celles que se fixent ceux qui s’y engagent. Il n’y en a pas à proprement parler, et certains n’ont aucun scrupule à recourir aux méthodes les plus discutables pour arriver à leurs fins.

 

Il en va de même à l’échelle des Etats. Avec une différence notable: les moyens employés sont nettement plus considérables, et les limites encore plus floues. Comment savoir ce qu’un gouvernement fait de ses services de renseignement, puisqu’ils sont censés agir dans le secret absolu? Même pour les journalistes, le sujet est à prendre avec des pincettes. Que savons-nous vraiment? Peut-être tout. Ou rien. A vrai dire, l’espionnage n’est qu’un moyen parmi d’autres pour qu’un Etat puisse concourir sur la scène politique internationale. Gouverner, c’est prévoir. Même en Suisse, nous avons notre propre système de surveillance des télécommunications: Onyx. Projet lancé en 2000, successeur de SATOS-1 et SATOS-2, il permet de surveiller les communications téléphoniques et internet, qu’elles soient civiles ou militaires. Tout ça, au final, n’a donc rien d’étonnant, si ce n’est l’ignorance et la naïveté dont font preuve nombre de nos concitoyens.

 

Grégoire Barbey

12:05 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |