Gregoire Barbey

03/07/2013

Yves Nidegger et la propagande symbolique

Jet d’encre, 03.07.13

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Yves Nidegger. «Pour une fois qu’on a un vrai réfugié, je suis d’avis qu’il faut saisir
la balle au bond et lui accorder l’asile.»
 

 

Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) a déclaré à propos d’Edward Snowden: «Pour une fois qu’on a un vrai réfugié, je suis d’avis qu’il faut saisir la balle au bond et lui accorder l’asile». De tels propos ne sauraient passer inaperçu et méritent d’être relevés. L’ancien porte-parole de la secte Moon joue sur les amalgames même lorsqu’il n’y a pas lieu de le faire. Si l’on extrapole les dires de Monsieur Nidegger, tous les autres réfugiés acceptés par une procédure tout à fait légale seraient donc des menteurs et des hors-la-loi. Pour un individu qui prétend vouloir accéder au Conseil d’Etat en octobre prochain, c’est assez fort de café. Il va sans dire que les positions extrêmes d’Yves Nidegger en matière d’immigration sont connues.

 

Ce n’est pas pour autant une raison de laisser passer de telles attaques sous couvert d’humanisme. Ainsi donc, il conviendrait d’accepter Edward Snowden, qui a espionné la place financière suisse en tant qu’employé des services secrets américains, et en plus, il serait l’un des seuls vrais réfugiés? Difficile de ne pas s’interroger face à des affirmations aussi péremptoires. S’en prendre gratuitement à l’ensemble des réfugiés (et des étrangers) est une posture très commune aux membres de l’UDC. C’est même une marque de fabrique. La pique est habile, reconnaissons-le: l’ironie passe toujours mieux qu’un argumentaire bien rôdé pour démontrer la validité de sa position. Malheureusement, il n’en reste pas moins que la déclaration du conseiller national est fausse.

 

Répandre de telles inepties à l’égard d’une population entière est inacceptable. Je ne pense pas qu’Yves Nidegger accepte volontiers les amalgames de nos voisins qui comparent la Suisse à un coffre-fort de l’évasion fiscale. Il en va de même pour les réfugiés. Il y a évidemment une part irréductible d’individus malhonnêtes parmi eux. Mais de là à les mettre tous dans le même panier, il y a un pas qu’un prétendant à la magistrature ne devrait pas se risquer à franchir. D’autant plus que la révision de la Loi sur l’asile (LASi) a remporté les faveurs du peuple au début du mois dernier. La propagande peut donc s’arrêter, et Monsieur Nidegger peut employer ses forces pour des thématiques plus importantes à l’heure actuelle. Les amalgames, à force, ça devient lassant.

 

Grégoire Barbey

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01/07/2013

Les fondements d'un libéralisme décomplexé

Chronique 01.07.13

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L’idée selon laquelle le libéralisme est le chantre de l’économie et de la finance est très répandue. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais la pensée libérale ne s’arrête pas uniquement à ces deux domaines. Toute ingérence de l’Etat dépassant le cadre de ses fonctions régaliennes (qu’il convient de définir avec rigueur et justesse) doit être irrémédiablement combattue. Les cartels ne sont pas nécessairement économiques ou financiers. Ils peuvent aussi être politiques. Et l'Etat, de par sa fonction et sa nature, est la concentration oligopolistique du pouvoir, basé sur un principe érigé en vérité sacro-sainte: les gens ne peuvent pas subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins, ce qui implique in fine qu'ils doivent avoir des gestionnaires leur garantissant, dans les termes et non dans les faits, la protection de leurs intérêts fondamentaux, qui sont notamment la sécurité, l'emploi, le logement et bien d'autres encore.

 

C'est par cette croyance, répandue dès la prime jeunesse parmi les têtes blondes qui se rendent aux écoles gérées par l'Etat et dont le programme émane de lui, qu'une société au pouvoir relativement peu partagé peut perdurer sur la durée. C'est qu'à partir du moment où suffisamment d'individus, délestés des chaînes mentales qui leur sont apposées sans leur consentement, réalisent qu'ils peuvent aussi bien, si ce n'est mieux veiller à la préservation de leurs intérêts et de leurs biens, qu'une société doit faire face à un changement de paradigme essentiel. Les citoyens ainsi éveillés ne peuvent continuer à souffrir les largesses d'une politique oligopolistique, et prennent ainsi conscience qu'ils doivent participer. Les sociétés les plus libres sont celles où les êtres humains savent qu'ils ont un impact, et qu'ils veulent en user pour leur bien. C'est qu'ainsi qu'une nation, qu'un peuple, peut préserver ses libertés individuelles et ses droits fondamentaux.

 

L’évolution des technologies facilite grandement cette prise de conscience qu’une participation est non seulement possible pour le commun des mortels, mais qu’il est souhaitable de s’engager pour faire entendre sa voix. Le libéralisme a aujourd’hui la possibilité d’être le pilier d’une réelle transformation sociétale, parce qu’il peut être vérifié empiriquement. Toute concentration de pouvoir dans les mains d’un nombre restreint d’individus est néfaste. S’il peut être justifié par différents subterfuges, il n’en est pas moins contraire à l’intérêt de tous. Les politiciens, qu’ils exercent des fonctions parlementaires ou exécutives, ont tout intérêt à garder la majorité éloignée des préoccupations politiques. Pour être franc, ils ont acquis suffisamment d’expérience pour ne faire appel aux citoyens qu’en cas de besoin, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de mobiliser les opinions pour une votation. Dans l’art de la mise en scène, le pouvoir oligopolistique excelle depuis toujours. Mais certaines évolutions structurelles ne peuvent garantir la pérennité de ce modèle. Il y a maintenant des moyens efficaces et d’utilisation simple pour se forger soi-même son esprit.

 

Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à souhaiter l’abolition du pouvoir étatique. Il convient néanmoins d’en limiter les aspects négatifs, qui ont impact inacceptable sur les libertés individuelles. Et l’époque est justement propice à cette réflexion, ce refus de l’inflexion face à un pouvoir concentré. Le libéral, par essence, n’est pas un Homme d’Etat. Il ne le devient qu’au cas où les circonstances le nécessitent. Pour mettre lui-même en œuvre les réformes qu’il juge impératives. Mais en règle générale, les fonctions exécutives ne l’intéressent guère, parce qu’il ne veut pas se laisser pervertir par la fonction. Ainsi, les libéraux excellent dans l’opposition parlementaire, ce qui manque très largement de nos jours. Lorsqu’il faut remettre l’Etat à sa juste place, il convient d’avoir des hommes et des femmes partageant cette vision de la société pour lutter contre une atteinte injustifiable aux droits fondamentaux et aux libertés individuelles des êtres humains.

 

C’est le paradoxe du libéralisme, qui est à la fois une objection du pouvoir étatique, et qui doit s’accommoder des règles en vigueur pour exercer cette opposition. Quitte à me répéter, je pense que nous vivons une époque charnière pour qu’une pensée libérale, débarrassée de ses vieux démons et des clichés qui l’ont réduite à sa plus triste expression, émerge avec force dans les esprits. C’est pourquoi je tiens à appuyer sur le fait qu’un libéral, dénué de tous les complexes des étatistes, ne tolère ni la concentration du pouvoir politique, ni la possession des moyens de production et de création monétaire aux mains de quelques-uns. De ce fait, les cartels rendus possibles par les législations (comme dans certains pays européens) sont de facto opposés au libéralisme. Et c’est justement là qu’il convient d’agir: démontrer aux gens qu’ils ont tout intérêt à user de leurs capacités pour intervenir dans la dialectique politique. Parce qu’il n’y a qu’avec de véritables rapports de force au sein d’une société que celle-ci peut évoluer. Et c’est probablement ce qu’il y a de mieux pour apporter un sentiment justifié de liberté.

 

Grégoire Barbey

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29/06/2013

PDC: la nécessaire évolution structurelle

Chronique, 28.06.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC a tendance à polariser sur sa droite. Alors
que le parti aurait davantage d'intérêts stratégiques à continuer de se positionner au centre.


Le Parti démocrate-chrétien (PDC) subit un étiolement progressif de la base de son électorat historique. C’est ce que constate Urs Altermatt dans une contribution publiée dans l’ouvrage Voisinages et Conflits – Les partis politiques suisses en mouvement1. Le PDC recueillait aux élections nationales de 1971, dans sa totalité, 20,3% des suffrages. Quarante ans plus tard, aux élections de 2011, le même parti ne concentrait plus que 12,3% des votes. Soit une perte de 8 points, à raison de 2 points en moyenne par décennie. A noter qu’en 1991, le PDC totalisait encore 18% des suffrages. Le délitement de l’électorat s’est donc accéléré après la votation de 1992 concernant l’Espace économique européen (EEE) et la montée en puissance de l’UDC blochérienne. Là où le PDC souhaitait une adhésion de circonstance à l’EEE, une partie de ses électeurs, l’aile catholique conservatrice, ne voyait pas d’un bon œil cette position. Christophe Blocher, qui s’est vertement opposé à cette votation, a suscité un fort intérêt chez les catholiques et les bourgeois à tendances conservatrices et nationalistes. L’UDC est d’ailleurs passé de 11,9% des votes en 1991 à 28,9% aux élections nationales de 2007.

 

Mais ce détachement idéologique n’est pas la seule raison motivée par Urs Altermatt. Il met également en corrélation directe la fin du Kulturkampf (révision de la Constitution en 1874 aboutissant à l’introduction d’articles d’exception, expulsant notamment les jésuites et rendant inéligibles prêtres et religieux) et la sécularisation de la société. Globalement, les valeurs chrétiennes ne sont plus enseignées de la même façon aux nouvelles générations, et le désintérêt évident pour l’Eglise font qu’aujourd’hui, le PDC ne constitue pas le premier parti de référence pour les jeunes électeurs. A ce sujet, l’auteur rappelle que malgré une dépolarisation continue du PDC (historiquement catholique conservateur) pour un centre plus conciliateur, l’image du parti continue d’être associée au christianisme, et ce même si le parti a redéfini son approche confessionnelle dans son programme politique de 1971. La mémoire collective est tenace, et l’évolution des structures mentales plus lentes. La démocratie chrétienne, en plein changement structurel, doit faire face à de nouveaux défis, notamment l’arrivée sur l’échiquier politique du Parti bourgeois démocrate (PBD) et du Parti Vert’Libéral (PVL), se revendiquant tous deux du nouveau centre.

 

Les démocrates-chrétiens souffrent par ailleurs de leur tendance aux compromis. Un déficit de popularité dont Urs Altermatt attribue la responsabilité aux médias et autres commentateurs politiques, qui ont tendance à qualifier de «slalom politique» les capacités du PDC à créer des alliances sur sa droite et sur sa gauche. Pour l’auteur, les démocrate-chrétiens jouent un rôle charnier entre les différentes polarisations partisanes. Et c’est sur cet aspect qu’il doit continuer d’évoluer, tout en mettant en place les mesures essentielles à une désolidarisation de son image catholique, en abandonnant notamment le «C» qui constitue une jonction historique qui n’est plus d’actualité. Si je partage l’avis de l’auteur, il me semble difficile aujourd’hui pour le PDC de jouer la carte du centrisme, tant son président, en la personne de Christophe Darbellay, a tendance à polariser à droite ses prises de position. Pour qu’une évolution positive se fasse, le PDC devra nécessairement assumer sa nouvelle identité. Urs Altermatt va jusqu’à recommander une fusion entre le PDC et le PBD, qui partagent fondamentalement les mêmes valeurs, et se partageant tous deux un électorat catholique et protestant important.

 

Grégoire Barbey

 

1Sous la direction d’Olivier Meuwly et Oscar Mazzoleni parue aux éditions Slatkine (2013).

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25/06/2013

Finances publiques: on réforme quand l'Etat?

Chronique, 24.06.13

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David Hiler. Le conseiller d'Etat en charge du Département des finances à Genève avait
l'occasion historique de réformer l'Etat. Mais il n'a pas souhaité commencer cet ouvrage.

 

La Chambre de commerce, d’industrie et de services de Genève (CCIG) a publié une étude sur les dépenses publiques dans le canton. Loin d’être rassurant, le constat est même plutôt alarmant: Genève dépense 22'000 francs par habitant et par année, contre moins de 15'000 à Zurich ou à Bâle-Ville. Les recettes fiscales par habitant à Genève représentent presque le double de Zurich. Le rapport met également en exergue une réalité volontairement occultée par certains partis politiques: les salaires de la fonction publique genevoise sont les plus élevés en comparaison nationale. Il est bien évidemment connu qu’en période électorale, il n’est pas très convenable de s’en prendre au cartel de la fonction publique. D’autant plus qu’à Genève, il représente une importante part de la population votante.

 

La dette par habitant s’élève néanmoins à 35'000 francs (enfants compris) – en ne comptant pas l’engagement de recapitalisation des caisses de pension publiques. Elle est supérieure de 10'000 francs à celle de Bâle, et de 20'000 francs à celles de Zurich et Vaud. De ce fait, la CCIG signale qu’en raison de la crise, les hausses de salaires (quand il y en a), ne suffisent pas à compenser les augmentations des tarifs administrés par l’Etat. La classe moyenne est en première ligne et se retrouve sous pression. Le constat est accablant: le revenu réellement disponible des Genevois est le plus bas de Suisse (alors que les rémunérations sont parmi les plus élevées). 

 

Enfin, l’équilibre des recettes fiscales n’est pas garanti. Seuls 4% des contribuables disposant d’un revenu imposable supérieur à 200'000 francs contribuent à hauteur de 40% des recettes de l’impôt sur le revenu. Tandis que 45% des Genevois imposés contribuent à moins de 5% des recettes. Avec une imposition sur la fortune la plus élevée de Suisse (et même en comparaison internationale), et les récentes attaques des socialistes à l’encontre de certains modèles fiscaux établis (impôt d’après la dépense, bouclier fiscal), le risque de voir s’effondrer le fragile équilibre de cette pyramide est grand.

 

Malgré le projet de réformer l’Etat laissé dans les tiroirs du Département des finances par la libérale Martine Brunschwig  Graf, David Hiler n’a pas saisi l’occasion historique de changer la situation. Aujourd’hui, il convient de tirer certaines conclusions. Nul ne sait vraiment comment les fonds publics sont dilapidés aussi rapidement et au-delà des recettes disponibles. Les charges du canton sont-elles si importantes? Bien sûr, nous avons un hôpital universitaire, un aéroport international et bien d’autres infrastructures publiques. Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Zurich possède l’EPFZ, un aéroport plus important et une place financière tout aussi internationale qu’à Genève. Comment peut-il y avoir de telles disparités dans la gestion des finances publiques de ces deux cantons?

 

Il serait probablement bienvenu voire judicieux de se pencher davantage sur la question. En mandatant par exemple une entreprise externe chargée d’auditer l’Etat. Et que le rapport soit remis en main propre au procureur général, et non à l’Exécutif. Pour être en mesure de dessiner les contours du fonctionnement actuel de l’administration publique genevoise. Quelles sont les tâches de l’Etat? Que fait-il? Quels en sont les coûts? Avec la connaissance de toutes ces données, le Grand Conseil et le Conseil d’Etat seraient en mesure de débuter une grande réflexion sur les raisons d’être de l’Etat. Qu’est-ce qu’il doit faire, comment, avec quels moyens. Il y a peut-être des services dont l’utilité n’est pas démontrée. S’il est possible de les confier au secteur privé, l’Etat pourrait se rationaliser sans pour autant perdre de son efficacité. Bien au contraire.

 

Des solutions, il en existe sûrement plusieurs. Mais pour choisir laquelle privilégier, il faudrait commencer par lancer la discussion. Il ne suffit pas qu’une étude démontre l’incapacité de Genève à gérer ses finances publiques, cette réalité est malheureusement connue. Il faut porter le débat au sein de l’hémicycle. S’interroger sur les conséquences à tirer. Et mettre en place des politiques publiques qui soient adaptées. Pour l’heure, les citoyennes et les citoyens sont les dindons de la farce. Chaque année, ils contribuent à des taux parmi les plus élevés de Suisse. Pour lire ensuite dans les journaux qu’ils abreuvent un Etat incapable de ne pas dilapider les précieuses ressources qu’il reçoit de ses contribuables. Il ne s’agit pas seulement d’une discussion idéologique. Il faut exiger de la classe politique à Genève qu’elle prenne ses responsabilités. Et cesse instamment cette façon peu élégante de jouer à l’autruche. Il en va de la salubrité de nos finances. Et du bien être de l’ensemble de la population!

 

Grégoire Barbey

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21/06/2013

Le mensonge statistique en politique

 Chronique, 21.06.13

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Céline Amaudruz. La conseillère nationale (UDC/GE) affirme qu'il y a 450 habitants par
mètre carré en Suisse. Il y en a en réalité 165,9 par kilomètre carré en moyenne annuelle.


Céline Amaudruz (UDC/GE) déclarait hier soir au 19:30 de la RTS pour défendre l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse: «La Suisse est un des pays les plus peuplés, 450 habitants au mètre carré». C’est Jim Sordet (PLR/NE) qui a attiré mon attention sur ces propos à travers une publication sur son profil Facebook. Or, personne n’a réagi à la RTS pour démentir les dires de la conseillère nationale. Il convient donc de rétablir les faits. En Suisse, il y a 165,9 habitants par kilomètre carré en moyenne annuelle, ce qui est déjà conséquent. Mais d’après les propos de Céline Amaudruz, si l’on fait le calcul, nous arriverions à 18'900 milliards d’habitants en Suisse (42'000 kilomètre carré pour la Suisse multiplié par 450 habitants au mètre carré).

 

J’ai beau tenter de comprendre comment Céline Amaudruz arrive à ces chiffres, je n’y arrive guère. Qu’elle confonde, devant une caméra, mètre et kilomètre carré, ça ne serait pas bien grave. Mais même le chiffre en valeur absolue est largement surévalué. Enfin, ce n’est pas nouveau que le mensonge en politique est largement utilisé, surtout lorsqu’il s’agit de manipuler à son avantage des statistiques. Néanmoins, cette forme de propagande est assez symptomatique de l’UDC, qui fait ses choux gras en distillant la peur parmi la population. J’ai plus de difficulté à saisir la non-réaction de mes frères confrères de la RTS, qui n’ont tout simplement pas remis les pendules à l’heure. Ainsi, le citoyen mal informé a pu intégrer cette information sans se demander si, in fine, elle n’était pas quelque peu déplacée.

 

Une fois n’est pas coutume, nous laissons la désinformation se répandre et nous n’agissons pas contre. Pourtant, le mensonge est ici plutôt osé. Mais comme disait un défunt qui n’est pas regretté: «plus le mensonge est gros, plus ça passe». Un adage visiblement pris au mot par certains de nos représentants. Ce qui me dérange, c’est ce silence total. Pas de réaction. Pas de montée au créneau des opposants à l’initiative de l’UDC. On ne se bat plus, comme par trop lassé d’une propagande qui malheureusement fait son chemin. On peut débattre sans problème. A titre personnel, je suis contre cette proposition. J’accepte cependant qu’il y ait des avis contraires au mien. Par contre, mentir sciemment n’est pas tolérable. Ni pour les opposants, ni pour les initiants. Il s’agit de discuter des faits. De démontrer qu’il y a des raisons de voter pour. Ou de voter contre. Sans utiliser des artifices et sans inventer ou manipuler des statistiques.

 

L’instantané de l’information ne doit pas nous faire oublier certains principes essentiels: le respect de la vérité. C’est un travail de longue haleine que de tenter d’établir les faits sans en omettre. C’est souvent illusoire, d’ailleurs. Mais les chiffres sont les chiffres. Et les grossir pour convaincre n’a rien de glorieux. Il s’agit d’établir un lien de confiance avec le peuple, pas de lui raconter des sornettes pour qu’il nous mange dans la main. D’autant plus que les citoyennes et les citoyens ne sont pas idiots. Ils savent quand on leur ment. Et ils en prennent acte. En l'occurrence, j’espère qu’à l’avenir, lorsqu’un politicien travestira les faits à une heure de grande écoute, la vérité sera rétablie. C’est une question de salubrité publique. Et d’honnêteté intellectuelle. Rien que ça.

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15/06/2013

Plus proche du sol que de l'azur céleste

Coup de gueule, 14.06.13

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 Luc Barthassat. Le candidat au Conseil d'Etat subit les foudres de son propre parti. Il lui est notamment reproché de faire cavalier seul au détriment de son collègue Serge Dal Busco.

 

Mon confrère Raphaël Leroy révèle dans un article paru dans 20 minutes les tensions internes au sein du PDC à Genève. Luc Barthassat, conseiller national et candidat au Conseil d’Etat, se voit reprocher par la présidence et des membres du parti son attitude. Que lui reproche-t-on? De faire campagne. Oui, Luc Barthassat est candidat et désire être élu. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal. Mais voyez-vous, il y a dans ce parti – ce que je dénonce depuis plusieurs mois déjà – une certaine nomenclature. Des clans qui luttent. Et donc, Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ne trouve rien de mieux à faire que de s’en prendre à l’un des deux candidats. Celui qui, par sa liberté de parole et de pensée, fait craindre à la présidence la perte d’un instrument politique. Oui, si Luc Barthassat est élu, il agira d’abord en fonction de ses propres choix, et non nécessairement selon des décisions émanant d’en-haut. Quoi que ce haut, aujourd’hui, est plus proche du sol que de l’azur céleste.

 

A quatre mois du scrutin, la présidence sort déjà ses couteaux. On reproche aussi à Luc Barthassat d’avoir participé à l’ouverture du Bar à Whisky, le nouvel établissement des MCG Eric Stauffer et Carlos Medeiros. Un comble! Il y a donc des lieux qu’il convient de ne pas fréquenter pour ne pas déranger Madame Hirsch? Luc Barthassat ferait cavalier seul. Il a osé faire un tract individuel. En campagne électorale. Crime de baise-majesté. Quel drame. Mais qui donc reproche à Serge Dal Busco sa propension à se précipiter à tous les événements communaux pour poser en photo avec des personnalités locales? Personne! Et c’est normal: Dal Busco et Barthassat, même s’ils sont ensemble sur la liste du PDC, ne sont pas moins rivaux. Nous parlons de politique. De rapports de force. Il s’agit pour l’un et l’autre de convaincre le maximum de citoyennes et de citoyens.

 

Je suis totalement abasourdi par l’attitude de la présidence de ce parti. Plutôt que de réunir les candidats et ne pas prendre position pour l’un ou l’autre, celle-ci préfère tacler Luc Barthassat par voie de presse. C’est un comportement lâche et peu enclin à donner aux électeurs un sentiment de confiance dans un parti qui se mutile lui-même. Les deux candidats PDC ont de nombreuses qualités, certes différentes, certes propres, mais vouloir déjà s’en prendre à l’un d’entre eux pour maximiser les chances de l’autre, voilà une stratégie complètement ahurissante. Luc Barthassat dérange, même à l’interne de son parti. Et bien tant mieux: il n’en sera que meilleur conseiller d’Etat, parce qu’il ne se soumettra pas à la pensée dominante de son parti. Il agira en ministre, et non en instrument partisan. Aux citoyennes et citoyens de décider ce qu’ils préfèrent entre ces deux catégories de dirigeants. Pour le reste, Béatrice Hirsch serait bien avisée de se concentrer sur des problèmes plus importants que les tracts de l’un des candidats au Conseil d’Etat. Comme par exemple à la qualité de sa communication. Rendez-vous le 6 octobre!

 

Grégoire Barbey

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14/06/2013

Le double discours très pernicieux du MCG

Chronique, 13.06.13

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 Mauro Poggia. Même les prises de position du conseiller national MCG, pourtant beaucoup
plus consensuelles et nuancées, ne peuvent être totalement extraites du parti.

 

Certains membres du Mouvement citoyen genevois (MCG) me font souvent la même remarque: il ne faut pas faire d’amalgame entre les différents individus représentés au sein du parti. Si je suis d’accord sur le fond, j’ai plus de peine à admettre cet état de fait sur la forme. Oui, chaque membre a son caractère et ses idées. Le point de fixation, pour bon nombre de détracteurs du MCG, ne se situe pas exactement à cet endroit. Il s’agit plutôt du message véhiculé par le parti en tant que personne morale: les affiches, les brochures envoyées par courrier à tous les citoyens, et les diverses prises de position dans la presse et sur les réseaux sociaux. Concrètement, je n’ai vu aucun membre désavouer l’appareil de parti par rapport aux images qu’il transmet à la population.

 

Les symboles sont pourtant forts: entre une affiche qui promettait de «mettre un bon coup de balais (sic!)» dans Genève, les appels à la haine à l’encontre des frontaliers et les prises de position volontairement provocatrices, les exemples ne manquent pas pour démontrer que le discours de ce parti est porté vers l’émotion et non la raison. Pas sur tous les points, évidemment. C’est juste l’exploitation d’un créneau (celui du rejet de l’autre) qu’il convient de dénoncer. Et dès lors, un membre peut difficilement se dédouaner du message cultivé par le MCG, dont le fonds de commerce est essentiellement dirigé vers la promotion de l’emploi local. Une vindicte uniquement tournée à l’encontre des frontaliers, car dans les faits, je n’ai jamais vu une affiche remettre en cause l’arrivée de pendulaires à Genève. Ils ne font pourtant pas directement partie du canton, dans une logique de préférence locale, donc cantonale. Est-ce parce qu’ils ne traversent pas de frontière à proprement parler? La question demeure…

 

C’est donc difficilement justifiable de vouloir à la fois se revendiquer d’un message global (celui de l’appareil de parti) et de prôner la différence des opinions au sein du MCG. Non pas qu’il n’y en ait pas. Je précise bien ne pas douter de ce fait. Il faut simplement mettre l’accent sur une question de bon sens: si l’on prend sa carte de membre dans ce parti et pas un autre, c’est que le fond du discours principal – la colonne vertébrale si j’ose dire – séduit. Être membre du MCG, c’est accepter de porter sur soi la communication décidée par le parti. Et c’est difficile de s’en dédouaner totalement. Même Mauro Poggia, dont les prises de position sont souvent beaucoup plus consensuelles et surtout nuancées, ne peut pas s’extraire de la logique MCG. Il est navrant de voir de très bons éléments se mélanger avec des individus qui sont à l’extrême opposé. Lorsque je lis ce que je lis sur les réseaux sociaux de personnes se revendiquant du parti (et je ne parle pas des élus, en général), j’ai de la peine à distinguer les membres et le discours d’ensemble prôné par le parti. Je me dis, au fond de moi, que ses membres acceptent de revêtir un message particulièrement discriminatoire. Et rien que pour ça, je ne puis admettre ce double discours pernicieux. Quitte à déranger certains défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

 

Grégoire Barbey

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07/06/2013

L'instrumentalisation du peuple par la gauche

 Chronique, 07.06.13

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Pierre-François Unger. Le conseiller d'Etat en charge du Département de l'économie a rappelé
que l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment.


Aujourd'hui, en matière de fiscalité, les socialistes décident d'orienter les débats en passant par le Peuple. Très bien, nous sommes en démocratie et le sujet mérite probablement d'être tranché par le souverain. Je suppute néanmoins, derrière cette tentative de laisser s'exprimer la volonté populaire comme de preux chevaliers rouges, une volonté d'instrumentaliser la véritable complexité de ces questions pour laisser s'exprimer pleinement les pulsions d'indignation de l'ensemble des citoyennes et des citoyens en situation modeste. 

 

Il est évident qu'avec des arguments aussi émotionnels, ceux prônés par cette gauche moralisatrice qui veut imposer son dogme à toute la population, l'électeur moyen sera tenté de voter oui la suppression de certains systèmes fiscaux, fussent-ils importants pour la pérennité de notre économie. En fait, cette gauche arrogante et populiste arguera à tout va qu'il s'agit d'un traitement inégal, et que l'égalité devant la loi n'est pas respectée.

 

Or cet argument, à la fois fallacieux et totalement en-deçà du niveau que requiert un tel débat, ne porte pas le sujet là où il doit être: qu'est-ce que l'impôt d'après la dépense, et pourquoi existe-t-il? En Suisse, le bénéficiaire d'un tel mode d'imposition ne peut exercer en parallèle une activité lucrative sur le territoire helvétique. A contrario, au Royaume-Uni, les «resident non domiciled» peuvent tout à fait obtenir des revenus dans le pays (tout en étant taxé à la fois selon l'impôt d'après la dépense et sur les revenus engrangés sur le territoire).

 

Il n'est donc pas imaginable d'acquérir des revenus dans notre pays issus d'une quelconque activité lucrative lorsqu'on est imposé d'après la dépense. C'est pourquoi cette forme d'imposition, majoritairement utilisée en Suisse occidentale, est utile: elle permet à des individus fortunés exerçant des activités à caractère lucratif dans d'autres pays (et étant donc taxés là-bas comme tout un chacun) de s'installer en Suisse au bénéfice d'un système fiscal non-discriminatoire. Parce qu'il n'y a rien qui ne les oblige à venir dans nos contrées, y dépenser leur fortune ou leurs revenus.

 

C'est un statut spécifique pour une situation particulière. Ces étrangers peuvent très bien choisir d'autres lieux s'ils sont plus intéressants fiscalement. C'est tout à fait compréhensible. C'est donc vain de parler d'inégalité devant la loi. Comme le rappelait si justement le conseiller d'Etat en charge de l'économie à Genève, Pierre-François Unger, l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment. Et c'est bien de ça dont il est ici question. Il n'est pas acceptable d'argumenter en ce sens pour éveiller l'indignation au sein de la population. C'est un argument sophistique et totalement déconnecté de la réalité.

 

Mais une fois encore, il y a derrière ces nombreuses attaques contre le système fiscal suisse, une volonté de remettre en question l'ensemble du fonctionnement économique tel qu'il existe aujourd'hui. Passant par des démonstrations complètement abracadabrantes, certaines personnalités au Grand Conseil genevois ont pu motiver l'abandon de ces régimes fiscaux différenciés parce qu'un individu à Zurich, un seul, a été en mesure de contrevenir à la loi en matière d'imposition d'après la dépense. Aucune loi n'est infaillible, et cette gauche étatiste, dont la volonté affichée de légiférer chacun de nos faits et gestes est honteusement portée en diktat et en idéal sociétal, serait bien inspirée de le comprendre avant de transformer nos codes de lois en véritables recueils s'opposant à toute forme de liberté.

 

Il s'agira donc, lorsque le peuple suisse (et genevois) sera appelé à voter sur ces sujets, de démontrer de façon accessible tout en ne trahissant pas la réalité des faits ce qu'il convient de savoir sur ces aspects fiscaux. Ce sont des dossiers particulièrement compliqués, et tout porte à croire que la gauche fera en sorte de garder le débat à un niveau suffisamment bas pour que les bonnes questions ne puissent être posées. Et c'est bien cela, chers lecteurs, qu'il convient d'éviter en pareille situation!

 

Grégoire Barbey

11:55 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

30/05/2013

Union européenne: un mal nécessaire

 Chronique, 30.05.13

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 Union européenne. Que nous le voulions ou non, il faudra un jour se résoudre
à prendre les devants. Si possible avant qu'il ne soit trop tard!

 

Les citoyennes et les citoyens suisses semblent majoritairement opposés à une adhésion à l’Union européenne. C’est une réalité et elle n’est clairement pas remise en cause. Les arguments de l’opposition sont fondés sur des faits qui justifient une crainte pour l’avenir de notre pays. Mais j’aimerais ici exposer un avis – conscient d’être très largement minoritaire – sur une voie qui m’apparaît être la seule viable à long terme. Il y a des constats à émettre, et mieux vaut les partager avant qu’il ne soit trop tard. Car comme dit l’adage, nous sommes toujours intelligents après. Cependant, dans des contextes où tout un pays est concerné, les proportions n’ont pas la même échelle.

 

L’Union européenne pèche effectivement par son système politique, où la participation des citoyens est quasiment inexistante, pour ne pas dire totalement. Alors pour la population suisse, il est évident qu’un tel modèle n’est pas envisageable. Et c’est une raison que je soutiens volontiers. Il faut néanmoins nuancer ce fait. Si la Suisse devait adhérer à l’Union européenne, ça ne serait pas sans conditions. Et sans doute viendraient-elles des deux côtés. Ce qu’il faut impérativement comprendre, c’est qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de faire marche arrière dans la globalisation de notre monde. Les Etats sont voués, peu à peu, à disparaître. Les frontières qui persistent sont simplement juridiques. Mais concrètement, elles n’existent plus. La technologie a dépassé l’aspect matériel qui nous empêchait d’interagir à l’échelle internationale.

 

Il nécessite donc de faire le deuil de certains conforts issus d’un passé différent. Le contexte évolue, nos habitudes également. La société est en pleine mutation, et nos modes de fonctionnement sont en sursis. Il s’agit donc d’accepter ça sans nostalgie et de prendre les devants pour ne pas finir sur le carreau! Et ça passe, que nous le voulions ou non, par certains compromis. A nous de faire en sorte que ça ne devienne pas des compromissions. A l’heure actuelle, nous sommes plutôt sur la mauvaise pente. David Hiler me disait, lorsque je l’interviewais mardi, qu’il n’y a pas de solution gratuite. Il faisait en l’occurrence référence à la réforme de la fiscalité des entreprises. Mais je pense que son constat peut être extrapolé dans nos rapports à l’Union européenne. Nous avons choisi la voie des accords bilatéraux. Et force est de constater que cette solution a fait son temps.

 

Nous allons être amenés à devoir intégrer, petit à petit, les standards juridiques européens, puis internationaux. C’est déjà le cas en matière de fiscalité, où les pressions sont toujours plus fortes contre la Suisse. Sauf qu’aujourd’hui, personne ne peut plaider la cause de la Suisse à Bruxelles. Tout au plus quelques diplomates, dont l’efficacité n’est malheureusement plus véritablement avérée. Nous n’avons pas voix au chapitre et nous ne pouvons pas négocier de compromis dans notre intérêt. Les tenants de notre souveraineté nationale ne réalisent pas encore qu’à ce jeu-là, notre pays sera totalement perdant, et beaucoup plus vite qu’ils n’osent l’imaginer. Ce qu’il faut, c’est inverser la tendance. J’ai connu, à travers l’histoire de la Suisse, un pays audacieux, courageux, qui a toujours su se montrer ferme dans les affaires étrangères. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée, et exporter notre magnifique modèle politique à l’Union européenne?

 

Certes, une telle révolution institutionnelle ne peut avoir lieu en quelques mois, ni quelques années. Il faudra des décennies pour que la mondialisation arrive à maturité. Nous ne sommes que poussière dans une destinée que nous refusons visiblement de prendre en main. Votre serviteur est opposé à tout renoncement, et envisager une éventuelle adhésion à l’Union européenne n’est pas synonyme d’abandon. Au contraire, ça doit être le prétexte pour mener une bataille acharnée afin de faire reconnaître nos droits, et surtout notre importance. L’Union européenne s’est formée historiquement sur des besoins économiques. La communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en est l’origine. C’est donc tout logiquement que sa construction s’est attachée à l’aspect économique, négligeant la démocratie et la participation des citoyens à ce grand ensemble.

 

C’est peut-être à la Suisse, petit pays quasiment au centre géographique de l’Europe, d’apporter ce que l’Union européenne n’a pas encore mis en place. A celles et ceux qui seraient tenter de me traiter d’idéaliste, je leur répondrai qu’il n’y a pas de grandes réussites sans grandes ambitions. Rien ne se fera facilement, et ce n’est qu’en adoptant un esprit combatif que nous obtiendrons ce qu’il y a de mieux pour notre propre intérêt. Et je le répéterai encore et encore. Nous sommes à la croisée des chemins, une époque particulièrement passionnante à vivre car pleine de promesses, mais aussi de danger. Que l’on soit d’accord ou non avec mon constat, je suis convaincu et le resterai qu’à long terme, nous devrons nous plier à bien d’autres exigences. Autant mener les négociations avec dignité et surtout audace. J’espère simplement n’avoir pas besoin de dire un jour à mes amis s’y opposant: je vous l’avais dit.

 

Grégoire Barbey

09:38 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | | | |

26/05/2013

Les vestiges de la haine des différences

 Chronique, 26.05.13

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Manifestation contre le mariage homosexuel. Des dizaines de milliers d'opposants
ont défilé dans les rues de Paris. Des policiers et un journaliste ont été blessés.

 

Nous vivons dans un monde incroyable. Il y a tant de luttes à mener pour des causes qui méritent d’être encouragées. Tant de choses qui peuvent nous réunir autour d’un même but. Bien sûr, nous sommes différents: nos pensées, notre éducation, nos modes de vie ne sont pas les mêmes et c’est tant mieux. Mais de grâce, pourquoi devons-nous nous battre pour ce que nous sommes? Que certains soient homosexuels, handicapés, végétariens, immigrés, qu’est-ce que ça peut bien nous faire? Ces individus ont le droit de vivre tels qu’ils sont. C’est valable pour tous: nous sommes libres de faire ce que nous souhaitons, tant que cela n’a pas d’atteinte sur l’intégrité physique ou psychique de nos semblables. Que l’on manifeste pour exprimer son désaccord sur un projet de loi ne me gêne en rien. Mais c’est sur le texte qu’il faut débattre, et non s’en prendre aux individus.

 

Heureusement que nous ne sommes pas tous faits des mêmes émotions, des mêmes comportements. Quel ennui! Quelle tristesse aussi… Je ne puis comprendre ce qui motive des êtres humains à se faire la guerre pour des détails qui ne regardent que les personnes concernées. Ce manque de respect de la sphère privée, cette ingérence dans la vie des autres, c’est quelque chose qui ne m’a jamais plu et ne me plaira jamais. Il y a des lignes à ne pas franchir, et quitte à ne pas comprendre ces gens différents, au moins respecter leur droit de ne pas être comme la majorité. Ce que je dis est valable pour toutes les minorités, toutes ces femmes et tous ces hommes opprimés parce qu’ils arborent des divergences par rapport au commun des humains.

 

La démocratie devrait être fondée sur le respect des minorités. Et c’est tout l’inverse. A chaque occasion qui se présente, la peur est distillée dans l’esprit des gens, et l’on méprise des victimes expiatoires, comme si montrer du doigt était un acte réconfortant. Comme s’il faisait bon de se sentir dans la bonne société, celle qui est conforme aux règles. Tous ces êtres humains ont le goût de ce qui est lisse, ce qui n’a guère d’aspérité. Et bien je les plains. Ce qui fait la beauté de notre système démocratique, c’est la possibilité de débattre sur d’innombrables sujets, de confronter nos idées divergentes pour tenter de trouver une entente qui convienne à la majorité. Mais ce qui convient au plus grand nombre ne doit pas pour autant affecter négativement ceux qui sont moins nombreux.

 

«La haine, c’est l’hiver du cœur», écrivit Victor Hugo dans ses Contemplations. Tous ces êtres humains qui se réunissent pour s’opposer à une catégorie de leur semblable montrent à la fois une peur de ce qui ne leur ressemble pas et une haine de ce qu’ils ne comprennent pas. Ce sont les vestiges de la haine, là où la lumière n’arrive point à s’engouffrer, où le cœur semble trop opaque pour laisser transparaître quelque rayon lumineux.

 

Ces détestations qui envahissent tant d’âmes humaines, je ne les comprends que trop bien, et c’est pourquoi je les combats. Elles sont la résultante d’une haine qui n’est pas celle des autres, mais qui est tournée d’abord vers soi-même. Pour s’ouvrir aux autres, il faut s’accepter tel que l’on est. Ce chemin, nul ne peut le faire à la place des personnes concernées. Tout ce que l’on peut espérer, c’est de les guider quelque peu. Et encore. J’aime à croire qu’un jour, ces différences ne seront même plus évoquées. Que tous, nous nous accepterons non pas pour ce qui nous différencie, mais pour ce qui nous réunit. Et pour qui sait observer, il y a bien plus de choses qui nous réunissent. Ce qui nous sépare est dans les détails. Comme le diable.

 

Grégoire Barbey

23:28 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |