Gregoire Barbey

24/05/2013

Enfants: vos papiers, s'il vous plaît!

Chronique, 23.05.13

49230161_detail_popup1.jpg

Oskar Freyinsger. Le nouveau conseiller d'Etat valaisan (en charge de la formation
et de la sécurité) invite les citoyens à dénoncer les enfants sans papier.


Ainsi donc Oskar Freysinger en appelle à la dénonciation des enfants sans papier. A la fois en charge de la formation et de la sécurité au gouvernement valaisan, il veut priver des enfants qui vivent en Suisse (même s’ils sont hors-la-loi) de l’instruction publique tout en prenant le risque qu’ils deviennent par la suite des délinquants. Il n’y a pas besoin d’être une lumière pour faire la corrélation entre précarité et criminalité. Les deux vont souvent – mais pas toujours – de pair. Il convient d’éclaircir la situation: les enfants, aussi dangereux puissent être leurs parents, ne sont jamais responsables d’être arrivés en Suisse. Ils ne sont pas non plus coupables des éventuelles erreurs de leurs géniteurs.
 

 

L’instruction devrait être un droit incompressible, qu’importe l’origine ou la conformité avec la loi. Une nation, quelle qu’elle soit, a un devoir envers la génération qui succédera à la précédente. Ne serait-ce que parce que c’est elle qui sera amenée, naturellement, à prendre des décisions qui orienteront la société. Il faut respecter les lois lorsque cela est nécessaire. Mais il incombe de ne pas nier certains besoins fondamentaux. Et tout être humain a besoin d’une instruction de qualité. En Suisse, nous avons la chance d’avoir des formations de très haut niveau. De nombreux dirigeants d’entreprise – j’en ai rencontré certains dans le cadre de mon travail – considèrent notre pays non pas uniquement attractif pour sa fiscalité mais aussi et surtout pour l’excellente qualité de l’enseignement.
 

 

Il ne s’agit pas, comme c’est possible de lire sur les réseaux sociaux, d’«accueillir toute la misère du monde». C’est simplement une question de bon sens, et de respect aussi. Où que nous soyons, il n’est pas normal de laisser des enfants sur le bord de la route. Il convient de leur octroyer au moins l’accès à une instruction correcte. Une société qui n’est pas capable d’agir avec solidarité envers la génération future mérite-t-elle de perdurer? Ne devrions-nous pas plutôt tout mettre en œuvre pour apporter à chacune et à chacun une éducation suffisamment décente afin que toutes et tous puissent devenir autonome? En matière de coûts, je pense volontiers que la scolarité obligatoire est moins onéreuse pour la collectivité qu’un individu vivant dans la criminalité durant de nombreuses années.

 

 

C’est néanmoins encore une fois une question de priorité: que souhaitons-nous vraiment? Penser qu’en termes d’idéologie juridique, c’est-à-dire qu’il faut interdire l’accès à l’instruction à des enfants sous prétexte qu’ils n’ont pas de papier? Ils ne sont – et je le répète une fois de plus – en aucun cas responsables des choix de leurs parents. Plutôt que de les condamner à la précarité, il serait bienvenu de s’interroger sur les conséquences d’une inaction de l’Etat en pareille situation.

 

 

Ou peut-être voulons-nous continuer à creuser les inégalités, en mettant de côté des individus qui n’ont objectivement rien demandé et qui ont été mis sur le fait accompli. Libéral par conviction, je ne suis pas de ceux qui veulent un Etat providentiel. Mais dans certains cas précis, la collectivité doit pouvoir subvenir aux besoins fondamentaux d’êtres humains dont la faiblesse est avérée. Les enfants n’ont pas le pouvoir de refuser de venir s’établir clandestinement en Suisse. Ils ont par contre la possibilité, avec une instruction correcte, de faire des choix. Et peut-être, qui sait, de mener une vie tout à fait respectable. On ne peut tout simplement pas condamner quelqu’un n’ayant commis aucun délit. C’est une question de bon sens, tout simplement.

 

Grégoire Barbey

10:27 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (52) |  Facebook | | | |

21/05/2013

Le Théâtre du pouvoir

Chronique, 21.05.13

Theatre_Show_by_geo_tography.jpg

 

Ils sont nombreux. Ils se parlent, s’écoutent, s’insultent. Alignés en cercle, ils prennent tour à tour la parole. Ils n’ont pas le choix: il le faut. Par conviction. Par nécessité. Sinon demain, qui sait ce qu’adviendra de la Cité. Rien de bon, cela va de soi. Comment diable pourrait-il en être autrement, d’ailleurs? Il s’agit de combattre l’ennemi. Et dieu sait s’il est partout. Alors ils entonnent, tels des cantiques appris par cœur, les phrases de leurs discours. Chaque mot est pesé. Chaque silence est mesuré. Il ne faudrait surtout pas rater la cible. De missiles téléguidés en drones camouflés, ils s’échangent quelques amicales rafales. Quand certains s’expriment, les autres se taisent. Ils ne sont pas beaucoup à savoir se jouer de l’assemblée. Les autres, tels des chorégraphes, s’expriment en gesticulant plus qu’en articulant. Ils déblatèrent quelques arguties, puis s’essoufflent et se taisent. Une élite, passée maître dans l’art d’attiser les querelles les plus secrètes, se joue de la majorité aux dépens des citoyennes et des citoyens. Et puis soudain, c’est la débandade. Les événements s’accélèrent. Les rythmes cardiaques aussi. Les mots s’enchaînent et les maux surviennent. C’est la guerre. Chacun est libre d’en rajouter autant que faire se peut. Les téléspectateurs regardent: il convient de croiser le fer. Pas de quartier, l’heure n’est pas à la rigolade. Et puis s’en vient le moment privilégié de la pause. Ils sortent du champ des caméras et redeviennent ce qu’ils sont réellement. Des êtres humains qui s’entendent relativement bien lorsqu’il ne s’agit pas de débattre de la dernière poubelle en date à remplacer.

Souvent même, à l’abri des regards indiscrets et des oreilles éveillées, ils se chuchotent quelques stratégies. Certains se promettent des choses. D’autres se concertent. Ils cherchent tous à obtenir une majorité pour tel ou tel projet. A la buvette, les inimitiés s’estompent. Pas pour tous, évidemment. Il y a les désabusés, et ceux qui y croient vraiment. Qui ne se contentent pas seulement de porter un masque. Et ceux-ci, généralement, ne participent pas aux petites verrées des autres. L’autosatisfaction n’est pas leur vice premier. Ni ce vers quoi ils souhaitent tendre. Ce n’est non plus une forme de reconnaissance sociale. Ils ne se congratulent jamais, quand bien même ils ont obtenu gain de cause. Ils connaissent la réalité des rapports de forces, et elle est impitoyable. Elle n’a guère ni pitié ni retenue. Tel un couperet savamment et patiemment aiguisé, la fatalité s’abat sur les espérances des plus naïfs, les moins rodés. Ceux qui pensent encore qu’il est possible de changer les choses. D’apporter des réponses à des problèmes. Qui ne voient pas la sclérose rongeant le système. Ils sont là, convaincus d’être le pont pour un meilleur, un meilleur qui n’adviendra jamais. Les autres, ceux qui connaissent les règles – il n’y en a pas! –, ne sont jamais surpris. Tout avait été méticuleusement travaillé et préparé? Tout devait bien se passer? Eh bien non. Changement de stratégie au dernier moment. Aux instants cruciaux. Lorsque sonne le glas de la défaite. Lorsque trépident les âmes ricaneuses. L’art de la guerre appliqué. Les meilleurs ne font guère de sentiments des plus faibles. Ils sont simplement charognards, prêts à toutes les vilénies pour atteindre leur but. Et tant mieux si les manœuvres sont difficilement compréhensibles aux profanes de la vie civile. Il vaut mieux cacher ce que l’on ne saurait montrer.

Puis ils reviennent, tous en rond, chacun à sa place. Le spectacle recommence. Les mêmes chorégraphies, avec les mêmes acteurs pendant plusieurs années. Puis vient l’heure de les remplacer. Et ce sont d’autres qui viendront rejouer les mêmes scènes. Qui referont éclater les mêmes scandales. Il faut faire avaler la pilule, et tant mieux si celle-ci passe toute seule. Au Théâtre du pouvoir, non Madame, non Monsieur, on ne recule vraiment devant rien. Dans un bassin plein de requins, seuls survivent les piranhas.

 

Grégoire Barbey

12:35 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

18/05/2013

Le Municipal et la rhétorique du ridicule

Chronique, 18.05.13

260195_344290372329571_2059220255_n.jpg

Conseil municipal de la ville de Genève. A trop vouloir faire les singes,
nos représentants vont finir par en perdre totalement leur crédibilité.

 

Je l’avais bien entendu l’autre soir depuis ma place à la tribune presse du Conseil municipal: dans le brouhaha environnant, un élu MCG a menacé d’arborer des croix gammées sur son bureau en réponse aux affichettes de la gauche pour la journée internationale contre l’homophobie. On peut dire ce que l’on veut de l’attitude des élus socialistes et verts. Mais la réaction du MCG est tout simplement inacceptable. Outre ceux qui veulent absolument souligner le fait qu’aucune affiche n’a lieu d’être au sein de l’hémicycle, il est des mots que la démocratie ne peut souffrir. Et des maux dont elle doit impérativement se passer.

 

Il est tout bonnement intolérable d’entendre de telles revendications. Il ne s’agit pas de refaire l’Histoire, tout le monde connait la référence. Entre militer pour une cause qui vise à défendre une minorité discriminée et en appeler à arborer le symbole de l’intolérance et de la folie humaine, il y a un fossé. Ce qui s’est passé ce mercredi soir au Conseil municipal ne doit tout bonnement plus jamais se reproduire. Il en va et de la crédibilité de nos représentants, et du bon fonctionnement de nos institutions politiques. Lors de la prochaine session du Municipal, il va falloir prendre ses responsabilités. Aux élus de proposer un durcissement immédiat de la réglementation dans l’enceinte du parlement communal.

 

Je suis à titre personnel profondément déçu d’avoir assisté à une telle débâcle en direct. Comment ne pas comprendre les véhémences des citoyennes et des citoyens à l’encontre de la classe politique lorsque celle-ci s’adonne à la démonstration théâtrale la plus ridicule? Ce n’est pas en continuant à se comporter comme des enfants en bas âge que la population va avoir envie de voter. Et le pire, c’est que cette attitude délétère est adoptée par le parti qui dit vouloir donner un coup de pied dans la fourmilière. Messieurs-dames les conseillers municipaux, de grâce, captivez-nous par l’émulsion de votre rhétorique politique. Plutôt que de nous assommer de vos enfantillages et de votre incapacité à vous respecter mutuellement. Ce serait déjà un grand pas pour Genève.

 

Grégoire Barbey

23:26 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Roger Deneys: «La question de la sécurité dans les parlements est légitime»

Grand Conseil. La buvette du parlement n'est plus accessible au public ni aux journalistes. Une restriction décidée à la suite de la dernière session en avril dernier.

ROGER_DENEYS.jpg

Roger Deneys. «Faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule!»

 

La buvette du Grand Conseil est accessible aux seuls députés. Une mesure urgente adoptée après la session parlementaire du mois d'avril, lorsqu'une femme a pu pénétrer dans l'hémicycle pour interpeller le président du parlement Gabriel Barrillier. Un autre événement est intervenu le jour d'avant. Roger Deneys, candidat au Conseil d'Etat et député socialiste a accepté de revenir sur les circonstances de cette interdiction.

 

Pourquoi cette décision de restreindre l'accès à la buvette du Grand Conseil aux seuls députés?

Les questions de sécurité dans les parlements sont dans l'air du temps depuis le massacre de Zoug (où un homme s'était introduit dans l'hémicycle et avait tué 14 élus en 2001). Il faut néanmoins trouver un juste équilibre entre les décisions ultra-sécuritaires et des mesures trop permissives. Il se trouve que des événements particuliers ont accéléré le processus et ont fait prendre des mesures urgentes.

 

Et ces événements, quels sont-ils?

Une femme s'était introduite vendredi après-midi 26 avril dans l'enceinte du Grand Conseil et a interpellé assez violemment Gabriel Barrillier concernant sa fille et un médicament qu'elle considérait néfaste pour sa santé (lire l'article du 20 minutes: «Prenez mon dossier, ma fille se meurt»). Le soir d'avant, je suis arrivé en retard à la séance. En me rendant depuis Bel-air à vélo à l'Hôtel-de-Ville, j'ai croisé deux femmes attablées dans un bistrot qui m'ont apostrophé pour me dire qu'elles appréciaient mon casque arc-en-ciel. Elles avaient l'air de bien faire la fête et je leur ai proposé de venir boire un verre à la buvette du Grand Conseil.

 

Vous faites ça souvent?

Oui, je le fais régulièrement dans une démarche citoyenne pour que les gens puissent discuter avec les députés. Je trouve à la fois important et intéressant que les citoyens prennent la peine de nous parler.

 

Et donc que s'est-il passé après, sont-elles venues?

Gabriel Barrillier a exceptionnellement levé la séance à 21h10 ce soir-là, estimant que nous avions bien travaillé. Habituellement, nous terminons à 23h. Les deux femmes sont arrivées peu de temps après dans la buvette accompagnées d'un homme. Je n'étais plus dans la salle à ce moment-là, mais il semble que l'une d'entre-elle ait pénétré l'enceinte et ait crié. Elles avaient l'air bien éméchées. Puis elles se sont rendues dans les toilettes de la buvette, ce qui a eu pour conséquence d'énerver les députés présents à ce moment-là. Ça ne leur a pas plu que n'importe qui puisse venir ici.

 

Mais ça fait pourtant des années que c'est le cas, n'est-ce pas?

C'est juste. Mais cette fois, les deux événements se sont déroulés durant la même période. En plus, Eric Stauffer se plaignait souvent d'un individu qui l'aurait menacé et qui est souvent assis dans la tribune des visiteurs. Sur le coup de l'émotion, le Bureau du Grand Conseil a décidé de procéder à une mesure urgente. Un huissier est maintenant placé devant l'entrée de la buvette avec pour mission de restreindre l'accès aux seuls députés. En parallèle, l'UDC a déposé un projet de loi visant à légiférer l'accès au parlement.

 

Cette décision, même dans l'urgence, n'est-elle pas excessive? Les journalistes n'ont plus l'accès à la buvette.

Elle est évidemment extrême. Avec leur sens habituel de la nuance, ils ont tout interdit.

 

Pensez-vous faire quelque chose pour limiter les contraintes de cette décision pour certaines catégories d'individus?

On pourrait effectivement déposer un projet de loi dans ce but-là. Mais je ne compte pas le faire, car ce serait rentrer dans le jeu des enfantillages. Et puis Genève a des problèmes beaucoup plus urgents que des soucis de buvette.

 

Mais quelle est votre position concernant ces mesures urgentes?

La question de la sécurité dans les parlements est légitime. Depuis cette tuerie à Zoug, rien n'est impossible. Nous vivons actuellement dans un monde très dur. Et certains citoyens ne se sentent pas écoutés par leurs représentants et l'administration publique. Souvent avec raison d'ailleurs. Dans le désespoir, le passage à l'acte est une option qu'on ne peut pas exclure. Mais de faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule! Surtout à moins de six mois de la prochaine législature. Ce serait plus judicieux que l'accès au Grand Conseil soit surveillé dans la cour de l'Hôtel-de-Ville. Qu'il n'y ait pas n'importe qui qui puisse pénétrer l'enceinte. Exactement comme c'est le cas au Palais fédéral.

 

Et donc en définitive, que suggérez-vous?

Je suis pour le statu quo jusqu'à la prochaine législature. Avec les risques éventuels que ça comporte. C'est important que les nouveaux députés puissent adhérer à la décision qui sera prise. Et de prendre une décision à tête reposée est toujours plus intelligent. Réagir dans l'immédiateté et l'émotion conduit souvent à des mesures extrêmes.

 

Interview: Grégoire Barbey

17:34 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

17/05/2013

Errances intolérantes

Chronique, 17.05.13



Denis Menoud n'en est pas à sa première dérive ordurière. Ses invectives au Conseil municipal sont souvent retranscrites fidèlement par la presse genevoise et les réseaux sociaux. Sa dernière en date, alors que des élus municipaux de gauche arboraient sur leur pupitre des papillons où était inscrit "J'InterAgis" en soutien à la semaine de lutte contre l'homophobie, a fait mouche. Pour lui, cette campagne contre l'intolérance envers les orientations sexuelles différentes sont une façon de faire de la "propagande pour les pédophiles". La séance municipale a été interrompue par le président Jean-Charles Rielle à la suite de ces frasques et du refus des Verts et des Socialistes de ranger les affichettes. Monsieur Rielle, après la séance, me faisait part de son regret d'avoir dû en arriver-là. Il n'avait néanmoins pas entendu les propos de Denis Menoud à l'encontre des homosexuels.


Il y a quelque temps encore, le même individu faisait l'amalgame des orientations sexuelles entre êtres humains et la zoophilie. Comme si l'on pouvait intelligemment admettre un tel rapprochement, qui n'a guère lieu d'être. Il est évidemment compréhensible qu'à défaut d'avoir des propositions constructives à apporter pour la collectivité, Monsieur Menoud tombe dans la provocation la plus crasse. Comme Pascal Décaillet qui affirme sur son blog que le parlement n'est pas le lieu pour utiliser les méthodes de militantisme propre au peuple, je ne pense pas qu'il soit judicieux qu'un Denis Menoud ou n'importe quel autre personnage nous fasse la grâce de ses préjugés sur ce qui est différent de lui.


C'est dommage qu'un homme comme lui prenne aussi souvent la parole pour réduire le débat politique à son niveau le plus bas. Le MCG, qui évolue gentiment, conserve avec de telles interventions une image qu'il pourrait gentiment abandonner. Pour un parti qui veut redonner le pouvoir aux citoyens, c'est dommage qu'un représentant nous assène des clichés verbaux intolérants à l'encontre d'une minorité de ceux qu'ils représentent. C'est ce même parti qui veut privilégier l'emploi aux résidents locaux. Mais défendre tous les citoyennes et les citoyens, quelles que soient leur origine, leur vie privée, leur orientation sexuelle et leur façon de penser, ça ne semble pas être le combat du MCG. Ce serait pourtant un combat noble, respectable et qui sortirait des habituels clivages entre gauche et droite, trop souvent simplifiés pour faire penser que seule la gauche a une ouverture d'esprit suffisamment importante pour accepter tout le monde.


C'est encore un combat perdu d'avance. Toujours les mêmes lieux communs qui s'expriment de façon à la fois inappropriée et injurieuse. Les mêmes manières de stigmatiser des individus qui n'ont rien demandé. Il n'y a guère de quoi être fier du Conseil municipal de la ville de Genève. Aucune raison non plus de se réjouir des débats à venir, qui ne sortiront probablement pas du trend actuel. Mais ce Menoudgate aura au moins démontré quelque chose de positif: ni le groupe PLR, ni le groupe PDC sont tombés dans le jeu idiot de la provocation. Malgré le comportement militant de la gauche au sein de l'hémicycle. Et ça, c'est déjà quelque chose. Pour le reste, il faudra s'y habituer. Il reste quand même une solution pour éviter la cascade de débats houleux et putassiers: amender l'actuel règlement du Conseil municipal. Et supprimer, en cas de suspension de séance pour des motifs de comportements inadéquats, le versement des jetons de présence aux élus pour le jour en question. Comme à l'école, il faut menacer de la punition pour que les élèves se tiennent à carreau.


Grégoire Barbey

15:48 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

16/05/2013

L'Etat et la peine de mort: un mélange inacceptable

Chronique, 16.05.13

 

5-sous-de-lavarede-1939-03-g.jpg



Lorsque l'actualité révèle les crimes les plus odieux, prompte est l'avidité de la masse à sombrer dans les extrêmes. Sur les réseaux sociaux, l'indignation atteint son paroxysme. Voué aux Gémonies, l'assassin de Marie devient l'argument qui justifie aux yeux de certains (pas tous) la réintroduction de la peine de mort. Ce fardeau de l'humanité qui a fait couler tant de sang au nom d'une Justice divine. Justice qui est en réalité pensée et appliquée par des Hommes. Cette façon d'instrumentaliser des événements sordides pour se positionner en faveur du plus grand des crimes - celui qui est issu du consentement populaire - ne saurait en réalité résister à quelques arguments. Des penseurs en tout temps ont fait de la peine de mort un combat, un symbole de barbarie au sein même des institutions créées par et pour les Hommes. Comme le célèbre ouvrage de Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné, qui plutôt que de lister toutes les raisons de s'opposer vivement à cette pratique, se plonge dans la psyché d'un individu dont les heures sont comptées avant que sa tête roule au sol.



D'autres encore, comme Voltaire, ont préféré un coupable en liberté plutôt qu'un innocent six pieds sous terre, conséquence d'une vindicte populaire difficilement contrôlable. S'il faut respecter les émotions induites par les horreurs que certains de nos semblables commettent, il ne faut pas pour autant oublier de cultiver une certaine distance par rapport aux événements. Oui, la méchanceté et la folie, la perversité et l'incurie de certains ont matière à nous indigner. C'est même une preuve de bonne santé que d'éprouver du dégoût face aux actes les plus violents. Mais de grâce, ne tombons pas nous-mêmes dans le piège de la vengeance. Elle ne résout rien et ne fait surtout pas revenir les disparus. Donner à l'Etat, prolongement institutionnel du désir des Hommes de vivre en société, le droit d'octroyer à l'un de ses serviteurs la possibilité de choisir entre la vie et la mort de l'un de ses citoyens, c'est faire montre de peu de conscience. La Justice est un avatar du désir de sécurité qu'éprouvent les êtres humains. Mais est-ce sécurisant, un Etat qui fait couler le sang sous couvert de Justice?



La peine de mort est une atteinte à la raison, une dérive qui ne peut être ni permise, ni soutenue. Non qu'il ne faille comprendre la douleur qui consume les âmes meurtries par un crime. Mais par définition, le rôle de la Justice, faillible car appliquée par les Hommes, est de s'extraire du cadre strictement émotionnel et de décider selon certains principes érigés en lois, garantes d'une stabilité sociale. Il n'y a, à proprement parler, aucune excuse à l'individu qui tue ou viole. Et c'est à l'Etat que revient la tâche de condamner équitablement le criminel. Si ce même Etat condamne le meurtre et accepte qu'il y ait sous son autorité des individus qui puissent mettre à mort un être humain, comment croire en une quelconque Justice? Ne doit-elle pas justement s'élever au-delà des querelles humaines et agir pour le bien commun? Qu'il y ait aujourd'hui des carences dans le système pénal, ou dans l'application des peines, c'est possible. Mais il n'est tout simplement pas compréhensible de revenir à des pratiques séculaires et démocratiquement abolies pour palier à des manquements juridiques.



Que l'Homme qui condamne un individu à mort soit lui-même condamné pour meurtre par procuration. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: un crime légalisé, autorisé en tant que représentant de l'ordre étatique mais puni dans la vie civile. Ce n'est tout simplement pas justifié et justifiable. Aujourd'hui, l'Etat ne dispose plus de ce droit. Qu'il puisse atteindre à l'intégrité physique d'un individu ne peut être ni compris, ni toléré. L'Etat est un instrument au service de l'Homme. Il ne doit pas servir à tuer les êtres humains, mais leur permettre de vivre ensemble dans un cadre légal communément admis par le plus grand nombre. Et lorsque dérapage il y a, sa fonction est de sanctionner selon des peines adéquates. La privation de liberté est une mesure autrement plus désagréable pour le condamné, si la durée est suffisamment longue. La mise à mort est une punition absolutiste, mais n'a qu'une conséquence immédiate. Pour certains, mourir est préférable à une longue peine de prison. Doit-on abréger la sentance d'un criminel en lui infligeant la peine capitale? Mais là n'est pas le propos. Il est une réalité simple: l'Etat ne doit aucunement attenter à la vie des citoyennes et des citoyens. C'est une question de salubrité publique. Réintroduire la peine de mort, c'est autoriser les dérives les plus scandaleuses.

 

Grégoire Barbey

17:36 Publié dans Genève, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook | | | |

11/05/2013

L'avenir du PDC à Genève est déjà en marche

 

Chronique, 11.05.13


SKK.jpg

Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC-Versoix a créé une page Facebook dédiée
à son amour de Genève. Elle a déjà atteint 27.000 personnes la suivant.


Les candidats du PDC au Grand Conseil à Genève sont 49. Parmi eux, seule une poignée sera amenée à siéger à la députation. Une dizaine, au maximum. Peut-être moins. Mais probablement pas plus. Il y aura donc une quarantaine de déçus. Qui seront-ils? Il est impossible de le dire aujourd’hui. Ce qui est néanmoins déjà constatable, c’est les quelques noms qui se détachent dans cette liste, et qui prêtent à espérer un renouveau. Ils ne sont pas les plus connus du grand public. Ce ne sont pas ceux qui sont invités aux cocktails des petits amis. Pourtant, ils sont visibles, à leur façon, et dans un périmètre non-négligeable. Ils s’investissent avec passion, se donnent les moyens de faire entendre leurs voix discordantes, celles-là même qui dérangent la présidence du parti, de Béatrice Hirsch à Pierre-François Unger, pour n’en citer que deux.

 

Cette présidence est l’incarnation d’une caste au sein du PDC: celle des notables, des vieilles familles genevoises ayant donné beaucoup pour ce parti. Rien d’horrible là-dedans, bien évidemment. Si ce n’est que cette aile conservatrice sent gentiment le vent tourner. Elle le sent que trop bien, et ces petits candidats très connus à l’interne du parti pour leurs positions souvent progressistes et novatrices ne sont pas sans poser un réel problème. Ils pourraient devenir dangereux. Ils sont l’avenir, et la vieille aile du PDC le sait que trop bien. C’est indéniable: tout parti, quel qu’il soit, évolue au fil des époques. Aujourd’hui, les démocrate-chrétiens, que ce soit à Genève ou ailleurs en Suisse, sont face à des changements cruciaux. Ils doivent repenser leurs positions. Se remettre en question. Sont-ils encore en phase avec leur électorat historique?

 

C’est justement ces quelques candidats qui se posent ces questions légitimes. Ils le font avec conviction, persuadés qu’ils doivent apporter des réponses aux citoyennes et citoyens qui votent pour eux. Et ils dérangent une élite qui pense avoir tout calculé depuis longtemps, et dont la remise en question, même partielle, condamnerait à la disparition définitive. Qu’en est-il alors? Les possibilités ne sont pas nombreuses. Les candidats du renouveau doivent être marginalisés. Ils seront inévitablement biffés, mis de côté, dénoncés, trahis. Et ils le savent pertinemment. Certains s’en inquiètent. D’autres feront avec.

 

Parmi ces nombreuses personnalités à même de changer la donne au sein du PDC, j’aimerais en citer quelques-uns qui ne me laissent pas indifférents dans leur approche politique: il y a Alia Mangeat, Sébastien Kaech, Jean-Charles Lathion, Alain de Kalbermatten, Sascha Gorokhoff (qui n’est malheureusement pas candidat à la députation), Luc Barthassat, et beaucoup d’autres encore. Ils sont toujours motivés, présents lorsqu’il s’agit de battre le pavé, d’expliquer aux autres les différents enjeux à venir. Ils sont partout, le sourire aux lèvres, l’enthousiasme et la conviction marqués sur le visage. C’est ces personnalités, dont les moins connues le deviendront au cours des prochains mois, qui méritent d’être interrogées sur l’avenir du parti. Et qu’importe les pressions à l’interne, les tentatives de sape, les stratégies pour faire taire les voix qui s’échappent du carcan présidentiel. Il n’y a qu’un seul conseil à prodiguer: apprenez à les connaître, ils le méritent! Rendez-vous au 6 octobre.

 

Grégoire Barbey

16:41 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

07/05/2013

Chant du cygne pour un maire amer

 

Chronique, 07.05.13

Iles de la Rade.jpg

 Iles de la Rade. Le bar est géré par le Fonds d’aide internationale au développement (FAID).
Mais il pourrait bien devoir fermer boutique suite au succès du recours de la Ville de Genève.

 

La Tribune de Genève annonçait hier sur son site internet le succès du recours de la Ville de Genève contre les Iles de la Rade, une installation éphémère où il était possible de venir pendant l’été consommer quelques rafraichissements et se remplir la panse. Grâce à Rémy Pagani (actuel maire de la Ville de Genève et instigateur de cette opposition), les Iles de la Rade ne pourront probablement plus obtenir d’autorisation pour s’établir sur leur lieu de prédilection. La raison? Rémy Pagani, dans sa grande bonté, veut «restituer l’espace et les vues aux promeneurs» et «réduire l’encombrement de la rade». Il serait essentiel de lui faire remarquer que le Jardin anglais, là où sont normalement installées les Iles de la Rade, n’est pas le lieu le plus adapté pour se délecter de la vue sur le Léman.

 

Sans compter qu’en faisant disparaître ce lieu de réjouissance éphémère, cela prive bien des citoyens (et autres touristes) d’un endroit accessible à tous les portemonnaies, qui soit à la fois agréable et convivial, et adapté à la saison de l’été. A chaque jour ensoleillé, les Iles se remplissaient à vue d’œil. Il va sans dire qu’elles répondaient à une demande des citoyens. Les en priver, c’est nier un besoin légitime: celui d’avoir des lieux agréables et originaux où se reposer, se libérer l’esprit et passer du temps loin des turpitudes du quotidien. Parce qu’à Genève, il n’est pas exagéré de dire que les lieux où sortir se réduisent comme peau de chagrin.

 

Cette propension à vouloir limiter l’attractivité festive du canton semble être un long travail de sape. Il suffit de prendre le train les vendredis et samedis soirs pour réaliser que des centaines de jeunes quittent Genève pour aller s’amuser ailleurs. Notamment à Lausanne. Mais l’inverse n’est pas vrai: ils ne sont pas bien nombreux à venir à Genève le week-end…

 

Rémy Pagani n’en est pas à son premier coup. Récemment encore, il se ventait dans le Matin Dimanche (28.04.13) – et sur une double page –, de multiplier les recours contre les constructions en Ville de Genève. Selon lui, il s’agit de prendre des décisions dans l’intérêt des citoyens. Il serait bien inspiré de comprendre qu’en moyenne à Genève, il faut entre 8 et 18 ans pour mener à bien un projet immobilier. Comment ne pas s’étonner ensuite de la hausse des prix, et de la contraction des logements vacants dans de telles conditions? Il faut bien amortir les coûts d’une façon ou d’une autre. Et plus le projet met de temps à se concrétiser, plus les loyers (ou les prix à l’achat) augmenteront significativement. C’est un basic…

 

Mais qu’à cela ne tienne, si Rémy Pagani nie la réalité, c’est son droit le plus strict. Il faudrait simplement lui rappeler quelques fondamentaux. Vouloir faire le bien des autres sans qu’ils n’aient rien demandé peut parfois avoir du bon. Sauf que le plus souvent, ces décisions n’améliorent en rien la qualité de vie du plus grand nombre. Bien au contraire. Alors, cher Monsieur Pagani, merci de penser aux badauds qui vagabondent sur les quais durant tout l’été. Mais la prochaine fois, demandez-leur s’ils apprécient un lieu sympathique sur le lac qu’ils aiment tant regarder pour étancher la soif qui les saisit après de longues ballades. Vous verrez, vous pourriez être étonné.

 

Grégoire Barbey

11:16 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

06/05/2013

Eloge du respect en politique

 

Chronique, 06.05.13

gen-egrave-ve-une-nouvelle-affiche-pol-e-14344.jpg.jpg

MCG. La nouvelle affiche de campagne pour l'échéance
des élections cantonales le 6 octobre prochain.

 

Les interactions sont nombreuses en politique. C’est un domaine où les idées sont propres à chacun. Certains en partagent quelques-unes, voire la majorité, d’autres en sont à l’exact opposé. Il n’empêche que derrière le discours et l’idéologie, il y a des êtres humains. Et c’est justement ça qu’il ne faut jamais oublier. Même dans l’émulsion des grandes confrontations. Dans les croisements de fer, où chacun veut avoir le dessus sur son adversaire. Il s’agit de garder à l’esprit qu’en-dehors des grands axes qui nous tiennent à cœur – pour certains, l’important est la place de la femme dans la société, pour d’autres, c’est la valeur des traditions, etc. –, il y a de nombreux sujets où nous sommes en accord avec la quasi-majorité de nos semblables.

 

Il suffit pour démontrer cette réalité de comparer les résultats de son smartvote. Mettons que vous soyez profondément de gauche et que le simple fait d’évoquer l’UDC vous colle de l’urticaire. Eh bien, regardez le pourcentage de réponses similaires d’un membre de ce parti que vous n’aimez guère. Même si vos points communs sont inférieurs à 50%, ils existent. Et démontrent qu’il y a toujours des sujets qui nous unissent. On a tendance à le nier, ou à l’ignorer, parce qu’il semble plus correct de se persuader qu’on ne partage rien du tout avec quelqu’un pour mieux le détester. Et pourtant…

 

Le respect, en politique comme ailleurs, est fondamental. Il s’agit de toujours être à l’écoute des autres. De se porter volontaire pour aller à la rencontre de ces personnes qui pensent différemment de nous. Il y a toujours des raisons, même si elles nous échappent a priori. Et c’est justement ça tout l’intérêt: sortir des sentiers battus. S’ouvrir à des horizons nouveaux. Les autres ne sont pas l’enfer, comme l’a jadis écrit Jean-Paul Sartre. Ils sont un tous l’expression d’un univers individuel, riche et puissant, grand et diversifié, qui peut toujours nous apporter quelque chose. Je suis intimement convaincu qu’on a toujours quelque chose à apprendre de nos semblables. Quand bien même tout semble nous séparer. Il faut simplement savoir mettre de côté ce qui nous divise pour mieux cerner ce qui nous rapproche.

 

Ce n’est pas de l’angélisme, mais un simple constat. Et je remarque trop souvent que le respect n’est pas mis en pratique, d’une façon ou d’une autre. Dernièrement, j’ai été particulièrement choqué par l’affiche de campagne du MCG, sur laquelle figure: «Les ennemis des Genevois. Frontaliers, assez!». C’est particulièrement grotesque et inapproprié. Ce ne sont pas les frontaliers qui sont les ennemis des Genevois. A la rigueur, ce sont des décisions politiques qui ont des répercussions (encore que, ça reste à prouver) négatives sur l’emploi à Genève. Mais jeter en pâture des milliers d’individus qui n’ont, pour la plupart, que le désir de nourrir leur famille de façon décente et dans des conditions salariales acceptables, c’est un excès que je ne puis accepter. C’est opposer les citoyens entre eux. Au-delà des frontières qu’ils traversent quotidiennement pour venir travailler à Genève, ces gens ont des sentiments, des émotions, des projets et des idées. Ils ont chacun une richesse dont on ignore la portée mais qui existe. Et c’est nier cette particularité que de les mettre dans la case «ennemis».

 

Encore une fois, ce n’est rien d’autre qu’un coup marketing. Ce n’est pas bien compliqué de comprendre les motivations des frontaliers qui viennent travailler en Suisse. Nous ferions exactement pareil si nous étions à leur place. La question qui s’impose, c’est comment limiter cet effet (s’il est vraiment négatif). Ce n’est pas de montrer du doigt. A quoi bon? Espérer qu’un jour un Genevois cède à l’émotion et tue un frontalier? C’est le but? Je ne peux pas considérer comme acceptable de jouer avec les sentiments des citoyens. Parce qu’au fond, ces gens sont comme nous. Et méritent le respect. C’est important de ne pas céder aux sirènes de la haine et d’être ouvert aux autres. Je le répéterai toujours, quitte à être rébarbatif, politiquement correct ou simplement ennuyant. Parce qu’il s’agit là d’une valeur qu’il convient de partager universellement, quelle que soit notre idéologie, notre religion ou même notre culture. Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

11:37 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

02/05/2013

L'Etat doit rester sous contrôle des citoyens

Chronique, 02.05.2013

edited_456252.jpg

Suisse. La quote-part de l'Etat dans l'économie réelle représentait 29,8% en 2010. Alors
qu'elle n'était que de 17,5% en 1965.


En 1965, la quote-part de l'Etat dans l'économie de la Suisse était de 17,5% (soit l'équivalent de la force du seul Etat du Valais aujourd'hui).
En 2010, la quote-part de l'Etat était de 29,8%, sans tenir compte des assurances sociales. En tenant compte de celles-ci, Economiesuisse estime la quote-part de l'Etat à 43%. (Sources: édition de Bilan du 01.05)



Ce n'est donc pas des inepties que de dire qu'aujourd'hui, l'Etat prend une place beaucoup trop importante dans l'économie réelle. En Valais, le budget 2013 (soumis au vote du Parlement cantonal) prévoit une augmentation des charges de 3,9% tandis que l'économie réelle ne progressera vraisemblablement que de 1,8%. (Sources: idem)



Ce qu'il faut réaliser, c'est que l'Etat doit être au service du citoyen, et non devenir son ennemi. En augmentant encore et toujours la taille de l'Etat sans en améliorer la qualité des prestations et des services, l'oppression des individus est inévitable. Fichage ADN, vidéosurveillance, traçage internet, écoute téléphonique, autant de dérives d'un Etat dont les prérogatives fondamentales sont assumées mais dont la propension à s'étendre toujours davantage est prodigieusement élevée. Quand l'administration publique grossit, encore et encore, et crée des besoins qui ne sont pas vitaux pour la population, les atteintes aux libertés individuelles en sont le corollaire naturel.



A chacun après d'avoir sa propre approche des prérogatives d'un Etat. Mais le meilleur moyen pour mettre tout le monde d'accord, c'est une expertise de la totalité des services publics, pour savoir exactement les taches qui lui sont actuellement assignées. A partir d'un rapport objectif où sont exposés les assignations réelles des services de l'Etat, il convient de décider où il y a lieu de le renforcer si besoin, et où il y a nécessité de couper. Parce qu'il ne faut pas se leurrer: avec une quote-part de 43% dans l'économie réelle du pays, l'Etat est de loin trop important. De par sa taille actuelle, il limite l'initiative individuelle, tout en méprisant l'importance, dans une société comme la nôtre, d'offrir à toutes et à tous les possibilités d'entreprendre librement.

 


Cette politique qui régit aujourd'hui la Suisse n'est de loin pas le néolibéralisme que certains revendicateurs de gauche tentent de nous peindre sur la muraille. Au contraire, c'est une politique très axée sur l'étatisme et l'interventionnisme. Preuve en est la tentative de supprimer le secret bancaire pour l'ensemble des confédérés. En prenant comme exemple les exigences des Etats étrangers, le gouvernement actuel tente de justifier une atteinte inacceptable dans la sphère privée des citoyens suisses en abrogeant le secret bancaire pour les résidents.

 


Il doit toujours s'élever dans le paysage politique des opposants à l'expansion de l'Etat. Celui-ci, bien géré et pensé efficacement, peut apporter des soutiens non-négligeables aux citoyens. Il peut également assurer, d'une certaine manière, une redistribution plus équitable. Mais ses tâches doivent être appliquées en respect de certaines valeurs intrinsèques à l'humanité, comme le respect inconditionnel de la sphère privée et de la souveraineté de l'individu. Une société, c'est d'abord des individus. Et ensuite, c'est une collectivité. A nos politiques donc de lutter pour conserver l'Etat sous contrôle citoyen et non l'inverse!



Grégoire Barbey

11:39 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |