Gregoire Barbey

25/02/2013

«Chacun doit se réapproprier ses données»

Parti Pirate Suisse. Alexis Roussel a été élu samedi 23 février à la présidence du Parti Pirate Suisse (PPS) pour remplacer son collègue démissionnaire. Anciennement vice-président, l'ancien candidat au Conseil d'Etat à Genève est très actif et incarne avec beaucoup de conviction les grands enjeux de son parti. Il revient avec moi sur la suite à donner aux Pirates pour qu'ils obtiennent une plus large place au sein de la politique en Suisse.


1733769714.jpg

Alexis Roussel. Il est essentiel de se réapproprier l'identité numérique.


Quels sont vos objectifs durant votre présidence?

Comme il y a eu une démission qui n’était pas attendue, nous avons dû remplacer directement la présidence. Je souhaite qu’il y ait à la prochaine assemblée des candidatures complètes, avec plusieurs candidats pour offrir au parti la présidence la plus forte possible.

Je ne peux néanmoins pas rester inactif en termes de stratégie. Je vais me focaliser sur l’image du parti, c’est-à-dire donner aux membres les moyens d’expliquer ce que représente notre formation politique. Il nous faut expliquer aux citoyens la place que nous occupons et quelles sont nos réponses aux questions qu’ils se posent et que nous posons. Je veux bétonner notre identité.

 

Justement, quelle est l’identité du Parti pirate?

Nous sommes là pour proposer aux gens de participer davantage, en leur offrant une perspective différente de la société de l’information. Nous souhaitons permettre une meilleure compréhension des technologies et leur impact sur l’ensemble des individus. Tout en offrant des outils pour s’adapter. Notre background technologique au Parti pirate nous a poussé à réfléchir aux interactions entre les hommes et leur système. La structure de la société est un réseau: et celui-ci influence l’ensemble des personnes qui le composent. Ce qui offre de nombreuses opportunités. Le Parti pirate veut donner la possibilité aux autres de comprendre la place qu’ils peuvent occuper dans cette sphère. Pour l’heure, nous sommes dans une situation de Far West sur internet. Nous, nous ne voulons pas avoir peur de la technologie, c’est pourquoi nous donnons des pistes de réflexion pour apprivoiser le champ des possibles dans l’évolution de notre société.

 

Comment faire pour que les citoyens comprennent votre démarche?

Il faut que les Pirates eux-mêmes soient conscients que le fait d’exprimer cette démarche est important. Les Pirates sont les constructeurs de l’internet. Nous sommes nombreux à travailler dans des sociétés de télécommunications, ou sommes des programmeurs, bref nous avons un lien direct avec la société de l’information: les Pirates ont toujours fait des actions. Mais nous avons oublié qu’en plus d’agir, nous devons dire pourquoi et quels sont les buts à atteindre. C’est vraiment le point cardinal de ma stratégie, donner la possibilité de mieux exprimer notre vision du monde. Et donner ainsi à toutes et à tous d’avoir envie de participer dans le processus démocratique. Le taux de participation aux dernières votations est éloquent, les gens ignorent qu’ils ont un moyen d’agir fantastique.

 

Et à Genève, le Parti pirate va-t-il se lancer dans la course aux élections parlementaire et gouvernementale?

Oui, les candidats seront élus le 2 mars lors de l’Assemblée générale pirate genevoise.

 

Que pourraient apporter les Pirates dans un législatif ou un exécutif?

Dans un exécutif, le Pirate a toute sa pertinence, avec son expertise, et sa compréhension des enjeux sociétaux. La gestion de l'Etat a pris depuis longtemps le tournant de la révolution de l'information pour faire la part belle à la technologie. Ce qu'un membre de notre parti peut apporter, ce sont des outils, et des démarches structurantes pour construire le canton de demain tout en répondant aux enjeux d'aujourd'hui. Genève est à la tête de l'innovation, elle a un rôle important à jouer en tant que banque... de données, et de hub de la connaissance. Un des points qui me tient particulièrement à cœur, c’est la création d’une identité numérique, afin que chacun puisse se réapproprier ses données. Nous avons tous une identité sur internet, et personne n’a le droit d’utiliser des données sans que nous le sachions, ni de les revendre car c'est du vol. En reconnaissant cette identité, nous pourrons à la fois proposer aux citoyens de réelles administration en-ligne performante et répondant aux attentes des citoyens. En même tant, nous arriverons à protéger nos données plus efficacement. Les administrations détiennent une quantité non-négligeable d’informations nous concernant, et doivent garantir la sécurité de ces données. Elles nous appartiennent, elles sont sensibles et doivent être respectées.

Au Grand Conseil, nous pouvons offrir au canton et aux citoyens d’apporter cette compréhension de la société de l’information. Nous allons avoir un lien qui sera direct avec le citoyen. Les Pirates qui seront au législatif travailleront de façon collaborative, comme nous le faisons déjà aujourd’hui. Nous voulons apporter la transparence là où il y en aurait vraiment besoin. Il faut fluidifier l’information qui circule entre le citoyen et les députés. Au bout du compte, cela permettra au citoyen d’être actif s’il le souhaite et d’offrir sa propre contribution. C’est ce qu’il manque à l’heure actuelle.

 

Et serez-vous candidat à la candidature pour le Conseil d’Etat?

Absolument, je me présenterai à la candidature à l’interne.

 

Interview: Grégoire Barbey

11:15 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

22/02/2013

Le Conseil fédéral viole la démocratie

Le ministre Johann Schneider-Ammann a pris position en faveur du non à l'initiative contre les rémunérations abusives (dite Minder) hier soir sur la RTS. Ce qui va à l'encontre de l'article 10a de la loi fédérale sur les droits politiques (disponible ici) interdisant au Conseil fédéral de défendre une position contraire à la décision prise par l'Assemblée fédérale. Dans le cas d'espèce, les deux chambres n'ont pas réussi à trouver un terrain d'entente. Le Conseil national a pris position en faveur de l'initiative et le Conseil des Etats l'a rejetée.

C'est donc une véritable erreur que vient de commettre le Gouvernement en prenant position sur un objet soumis à votation populaire n'ayant pas dégagé une majorité claire à l'Assemblée fédérale. Mais cette attitude s'inscrit dans la veine d'une campagne particulièrement lourde, où les opposants comme les initiants cherchent à s'accaparer le terrain émotionnel. C'est néanmoins beaucoup plus dommageable pour les institutions helvétiques qu'un collège gouvernemental ne respecte pas les droits les plus fondamentaux régissant la démocratie.

Les lois existent. Et que l'on soit d'accord avec certaines et contre d'autres n'est pas le propos. Le simple fait qu'elles soient en vigueur nécessite de les respecter. Surtout de la part de l'exécutif suprême en Suisse. Contrevenir aux règles pour des raisons éminemment politiques est inacceptable. Sans oublier qu'il s'agit d'un jeu dangereux et foncièrement voué à l'augmentation d'une frange de la population toujours plus déçue par ses représentants politiques. A part précipiter un ras-le-bol généralisé, le Conseil fédéral ne gagne rien à prendre position contre l'initiative dite Minder. Sauf à renier les lois qui forment le garde-fou au pouvoir du Gouvernement. Tout ce que l'on peut souhaiter au Conseil fédéral, c'est d'avoir une explication claire justifiant une telle attitude.

Grégoire Barbey

08:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

21/02/2013

Sans-papiers contre sans-idées

Certaines personnalités ont de la peine à faire la part des choses entre leur haine farouche des étrangers et une réalité qui les dépasse. Dans un article de la Tribune de Genève rédigé par mon confrère Olivier Francey, nous pouvions prendre connaissance de la décision du Conseil municipal de la Ville de Genève d'approuver l'engagement de jeunes sans statut légal pour des places d'apprentissage. C'est une position louable qui mériterait plutôt le respect. Mais cause chez quelques-uns une forme de démangeaison qu'il serait utile de mettre en exergue.

Les messages sur les réseaux sociaux font florès sur le sujet. Avec une logique pour le moins discutable. En effet, certains (dont des élus ou de futurs candidats à l'élection du Grand Conseil) s'en prennent à la décision du Conseil municipal en arguant qu'il serait mieux de favoriser l'emploi des jeunes résidents Suisses possédant un statut légal. C'est l'exacte démonstration d'un populisme bas de gamme et sophistique. Parce que ce sont les mêmes individus (sans exception) qui se plaignent vertement des problèmes d'insécurité à Genève et dans le reste de la Suisse. Ils sont toujours présents pour monter au créneau lorsqu'il s'agit de critiquer les minorités. Mais lorsqu'il faut réfléchir, il n'y a plus personne. Proposer aux jeunes sans-papiers des possibilités d'insertion dans la vie professionnelle, c'est permettre à ceux-ci de sortir de la clandestinité, et tout ce que cela comporte.

Parce qu'il est bien question de ça, dans cette mesure prise par le Conseil municipal de la Ville de Genève: favoriser une insertion sociale pour celles et ceux qui arrivent dans un pays au sein duquel ils n'ont aucune existence juridique. Avec les conséquences que ça engendre. Condamner des jeunes à la marginalisation ne peut être toléré. En cela, favoriser l'apprentissage pour les jeunes sans statut légal est une décision pragmatique et positive pour l'ensemble de la société. Si ceux-ci profitent d'une insertion professionnelle efficace, ils éviteront peut-être ainsi la précarité à laquelle ils sont tristement destinés. C'est pourquoi ces personnalités qui critiquent cette décision font fausse route. Et se tirent plutôt une balle dans le pied en niant les possibilités d'un tel projet. Pourvu qu'ils s'en rendent compte.

Grégoire Barbey

16:04 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

16/02/2013

Face à la répression et l'absence de liberté: la fuite

 

La politique liberticide à Genève causera l’inévitable fuite des jeunes cerveaux vers des horizons plus festifs et surtout moins restrictifs. L’avenir à la fois politique et économique d’une région réside dans la qualité de sa jeunesse. Mais la récente décision du Service du commerce (refuser à 28 bars la permission d’ouvrir jusqu’à deux heures du matin) ne fait que confirmer une réalité immanente à la mentalité genevoise: une incompréhensible fermeture d’esprit envers tout ce qui peut exprimer une quelconque forme de joie et de festivité. Le calvinisme règne en maître. Le dimanche, les stores sont fermés, les citoyens ne sortent pas ou peu. Tout le contraire des Espagnols, par exemple. Punir l’ensemble des acteurs de la vie nocturne à Genève revient à condamner le canton à une population toujours plus vieillissante, les jeunes s’évadant à Lausanne. Ville d’ailleurs éminemment réputée et attractive pour ce qui est des festivités nocturnes.

 

Toute obstruction à la liberté des êtres humains entraine nécessairement des conséquences sociétales, qu’elles soient rapidement identifiées ou longtemps ignorées. Certains feignent de les constater par lâcheté. La frustration n’apporte jamais des résultats positifs pour toutes et tous. Il n’est pourtant pas question ici de nier la légitime réaction des citoyens qui se plaignent du bruit. Mais ces déconvenues ne sont pas le fait de toutes celles et ceux qui sortent et vont dans des bars. En vérité, toute restriction est une solution inadaptée à la situation, et démontre le manque de réflexion des pouvoirs publics censés garantir le respect des libertés.

 

«La politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément.»

 

La démagogie de ces vieux de la vieille, qui eux aussi furent jeunes à leur époque et qui ont d’ailleurs connu les années fastes de la vie nocturne genevoise il y a trente ans, impliquera malheureusement des conséquences évidentes sur la fuite des jeunes cerveaux. Parce qu’il n’est pas démontré qu’un jeune s’expatriant hors de Genève revienne ensuite s’y installer pour travailler après ses études. Quitter la Cité de Calvin pour un autre canton, c’est découvrir une richesse méconnue dans la possibilité de jouir de sa liberté. Toute proportion gardée.

 

S’il faut relativiser cette décision, elle permet malgré tout d'émettre deux constats: la politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément; et il n’y a visiblement aucun ministre pour venir remettre un peu d’ordre dans cette gabegie qui dure depuis trop longtemps déjà. Punir tout le monde, c’est prendre le risque de perdre ceux qui se sentent injustement spoliés de leur liberté de vivre. Et de profiter de leur temps libre. Doivent-ils se sentir heureux dans une ville où il n’est pas possible de s’amuser lors de ses jours de congé? A chacun de répondre selon sa conscience. Remarquons tout de même le manque profond de réflexion de cette décision, qui causera inévitablement une érosion de la satisfaction des jeunes à Genève. Érosion qui, il faut le souligner, a commencé il y a déjà quelques années. Peut-être serait-il bon de rappeler aux technocrates et autres adeptes de la justice punitive qu’ils ont été jeunes aussi un jour.

 

Grégoire Barbey

21:59 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

09/01/2013

Cette initiative qui déchaîne les passions

L’initiative Minder est jugée excessive par de nombreux acteurs des milieux économiques. Elle l’est peut-être, le propos ici n’est pas de prendre position à l’égard du texte lui-même. Qu’une telle initiative populaire puisse attirer tant d’engouement auprès des citoyennes et des citoyens suisses n’est pas un hasard. La plupart des individus touche un salaire relativement modeste. La classe moyenne supérieure ne perçoit pas non plus de rémunérations indécentes par rapport aux plus bas de l’échelle. Ce sont uniquement quelques personnes, au sommet de grandes entreprises cotées en Bourse, qui ont reçu et reçoivent des rémunérations qui peuvent être qualifiées d’abusives pour le commun des mortels. Faut-il réagir avec tant de violence au sentiment d’injustice qui règne au sein de la population? Probablement pas. Cette sensation, partagée par des centaines de milliers de personnes au quotidien, est légitime. Bien qu’il faille toujours veiller à ne pas céder aux ténèbres de des émotions, lorsqu’un fait se répète continuellement, il ne faut pas non plus s’étonner des réactions qui s’en suivent.

Est-il si difficile de comprendre la révolte qui traverse l’esprit des individus «lambda», qui ne sont pas à la tête de grands groupes internationaux mais fournissent tous les jours leur pierre à l’édifice, lorsqu’ils constatent jour après jour que quelques-uns (et ils sont une minorité) perçoivent des rémunérations qui dépassent l’entendement de la moyenne?

Et lorsque ces mêmes citoyennes et citoyens voient Economiesuisse, la faîtière du patronat, injecter 8 millions de francs pour combattre l’initiative, allant jusqu’à engager des jeunes pour répandre leur position anti-Minder sur les réseaux sociaux et les médias en ligne, comment ne pas partager leur indignation? La démocratie est un ensemble de rapports de force. Ceux-ci s’expriment au travers des formations politiques et des initiatives populaires. Souvent, ce sont les partis qui prennent le plus de place sur la scène des enjeux politiques, économiques et sociaux. Mais lorsque le Peuple souverain partage la même impression, émotionnellement puissante, n’est-ce pas la démocratie qui s’exprime en tant qu’émanation de la volonté populaire? Et quand le Peuple veut prendre place au milieu du spectacle, rien ne peut l’arrêter. Toute l’argumentation du monde ne peut suffire à faire taire la flamme qui brûle en chacun d’eux. Ce ne sont pas quelques millions qui changeront les résultats de cette votation, si telle est la volonté de la majorité. Ou alors je ne crois plus en la démocratie. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura un choix, celui des citoyennes et des citoyens. Laissons-les décider si le texte leur convient ou non. C’est tout ce que demande le système démocratique en Suisse.

 

Grégoire Barbey

Disponible sur mon nouveau blog: http://informationsuisse.overblog.com/cette-initiative-qui-dechaine-les-passions-citoyennes

11:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

08/01/2013

«Je vais continuer à siéger en indépendant»

A la suite de la démission des Verts du conseiller municipal Julien Cart, celui-ci a accepté de répondre à quelques questions. Il évoque son rapport à son ancien parti et ses relations parfois tendues avec certains de ses collègues. Il annonce aussi, en primeur, son intention de siéger en indépendant et son adhésion au mouvement SolidaritéS.

Interview: Grégoire Barbey

CART_Julien.jpgJulien Cart. «Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Je peux néanmoins vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS.»

GB. – Votre démission du parti des Vert-e-s à Genève peut-elle être interprétée comme une querelle entre vous et certains de vos ex-collègues de parti? Je pense notamment à Antonio Hodgers, avec qui vous aviez souvent des désaccords. Il m'a confié vous avoir bloqué sur Facebook.

JC. – Le mot querelle pourrait être opportun si nous parlions d'une cour de récréation. Même s'il est vrai que bien souvent certains pontes du parti ont eu des attitudes provocantes, j'ai toujours pensé que Les Verts étaient un parti démocratique où l'agora primait sur les annonces cavalières servant à mettre en avant des individus et leur carrière politique. Malheureusement la réalité m'a souvent rappelé qu'en politique, la notoriété et la visibilité médiatique priment bien souvent sur toute autre considération. J'en veux pour preuve le dernier buzz médiatique du conseiller national Antonio Hodgers sur sa proposition de contingents temporaires d’étrangers extra-européens peu qualifiés, proposition sous forme de motion parlementaire qu'il n'a finalement pas déposée du fait du débat interne provoqué par ma réaction sur mon blog et au sein du groupe migration des Verts genevois. Sur une thématique aussi importante que la politique migratoire, cette attitude est tout simplement indigne pour un conseiller national. Mais c'était un moyen pour lui d'occuper le terrain en vue de sa campagne pour le Conseil d'Etat genevois.

Mais pour revenir à ma démission, la césure entre la ligne prise actuellement par le parti aussi bien au niveau genevois qu'au niveau Suisse, était devenue tout simplement trop flagrante pour envisager une cohabitation fructueuse. Je ne peux que regretter cet état de fait puisque, lorsque j'avais adhéré aux Verts en 2007, les parlementaires Vert-e-s à Berne étaient celles et ceux qui votaient le plus à gauche. C'est d'ailleurs ce qui m'avait convaincu d'adhérer pour la première fois de ma vie à un parti politique.

 


Au fond, vous réalisez aujourd'hui ce qu'est vraiment la politique. Des compromis et bien souvent des arrangements. Pensez-vous être encore en mesure d'adhérer à un parti?
 

Je ne découvre pas la politique aujourd'hui. Comme expliqué, j'ai eu 5 ans pour l'expérimenter, avec des hauts (le beau résultat de la liste Jeunes Vert-e-s à la course au Conseil national en 2011, première liste jeune du canton, avec un programme d'écologie politique dont les Verts feraient bien de s'inspirer) et, c'est vrai, beaucoup de bas, mais aussi énormément de liens tissés avec des membres du partis ne se reconnaissant pas dans la ligne prise ces dernières années, très libérale, très à droite, comme d'ailleurs les ténors du parti suisse ne le cachent pas, eux qui étaient de surcroît prêts à entamer des pourparlers en vue d'une alliance avec les Verts libéraux. Au fond ils ont raison, cette séparation qui est née du temps où les Verts étaient encore à gauche sur l'échiquier politique n'a, aujourd'hui, plus de véritable raison d'être.

Pour répondre à votre question sur mon avenir politique, il est clairement à la gauche de la gauche, dans un parti qui défend une écologie sociale pour le peuple, en lien avec les mouvements sociaux, là d'où naissent les véritables changements de société, même si le combat institutionnel a aussi sa raison d'être.

 
La gauche de la gauche est-elle réellement en-dehors des arrangements politiques? Ne risquez-vous pas d'être à nouveau déçu au final?
 

La déception ne me fait pas peur. Seul celui ou celle qui ne s'engage pas ne risque pas d'être déçu-e. Je ne peux craindre qu'une seule chose, ne pas pouvoir exprimer mes convictions. Or même chez les Verts je n'ai jamais gardé ma langue dans ma poche. Les arrangements politiques font partie du jeu, mais ils ne doivent pas ouvrir à des compromissions sur les idées, et doivent être accepté par toutes et tous, démocratiquement. Par exemple, la gauche de la gauche à Genève va devoir aller au-delà des guerres de chapelle pour ne pas passer une énième fois à côté d'une députation au Grand Conseil, laissant ainsi libre champ à la droite libérale et ses alliés pour démanteler toujours un peu plus les biens communs.

 

En parlant de la gauche de la gauche, allez-vous prochainement adhérer à un nouveau parti? Et qu'avez-vous décidez pour votre mandat de conseiller municipal?
 

Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Cela dit, je peux vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS. Mouvement dont la ligne écosocialiste et décroissante, internationaliste et anti-impérialiste, féministe et anti-capitaliste me permettra de m'épanouir totalement.

Copyright. Tous droits réservés.

18:29 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

13/12/2012

Stauffera bien qui stauffera le dernier: lettre ouverte à Eric Stauffer

Lettre ouverte, 12.12.12 13h13

 

Cher Monsieur Stauffer,

 

Vous faites trembler la République genevoise depuis maintenant 7 ans. A coup d’invectives mûrement irréfléchies, vous vous en prenez à tous ceux qui vous déplaisent. Vous êtes là, dites-vous, pour faire respecter la volonté du Peuple. Ou plutôt pour assoir la mainmise de quelques coquins sur le Canton de Genève. Vos grands discours sur la fonction publique, que vous n’hésitiez pas à dénoncer il y a encore quelques mois lorsque celle-ci était pourvue de rémunérations que vous jugiez abusives, ont-ils définitivement disparus ? Le Mouvement citoyen genevois, dont vous êtes le fondateur et aujourd’hui le Président d’honneur, n’est-il plus qu’un reliquat d’opposition ? Ainsi, les années ont passé. Vos fonctions au sein du Canton ont évolué. Mais votre message est toujours le même: mettre un bon coup de pied dans la fourmilière. Vous voulez déranger l’establishment. Vous en faites pourtant partie intégrante à ce jour. Vous cumulez en effet un mandat de député au Grand Conseil genevois, de conseiller administratif de la Ville d’Onex, et d’administrateurs dans deux régies publiques (HUG et Aéroport). Difficile d’être plus présent au sein des institutions étatiques.

Il y a peu encore, vous vous êtes farouchement opposé à l’augmentation de 10% des salaires de l’Exécutif de la Ville d’Onex. C’était en 2010, et de l’eau a coulé sous les ponts. Vous avez été élu à ce poste en 2011. Et c’est sûrement pour cette raison qu’hier soir (dans la nuit du 11 décembre, comme lorsque les Savoyards ont tenté d’assiéger Genève en 1602; mais ce n’est sûrement qu’un hasard de calendrier, vous qui combattez leurs descendants avec fougue et hargne), vous avez demandé au Conseil municipal d’Onex de consentir à une augmentation de 25% de votre salaire ainsi que celui de vos collègues à l'Exécutif qui souhaitait cette même augmentation. Ce que le Conseil municipal a évidemment refusé.

Cette vaine tentative vous perce à jour, pour celles et ceux qui ne l’avaient pas encore compris: vous n’êtes rien d’autre qu’un bon comédien, de ceux qui peuvent tenir un discours et son exact opposé tout en affichant une certaine conviction. Pour cela vous êtes doué, et Genève en est témoin. Mais pour le reste, qu’apportez-vous à la démocratie ? Vous vous targuez d’en être le porte-parole. Ce ne sont encore que de belles paroles, puisque la seule utilité de votre parti consiste à bloquer le bon déroulement des séances plénières. Vulgarités, mensonges, incivilités, tels sont vos outils de prédilection. Comme lorsque vous parquez votre voiture sur les trottoirs (rappelez-vous de ce mardi 5 juin, devant la Tour de la RTS) parce qu’il n’y a pas de place ailleurs. Et qu’en même temps, vous briguez un poste de conseiller d’Etat en charge de la Sécurité.

Tout bon spectacle a une fin, et je ne doute pas que la vôtre viendra à point nommé. Mais de grâce: ne tardez pas trop à tirer le rideau, ou vous risqueriez de ne pas pouvoir faire de rappel.

 

Avec toute ma bienveillance,

 

Grégoire Barbey

11:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook | | | |

07/12/2012

La question européenne face aux Suisses

Chronique, 06.12.12 12h12

 

Il y a très exactement vingt ans, le peuple suisse refusait d’entrer dans l’Espace économique européen (EEE). Au terme d’une campagne éprouvante, c’est finalement l’opposition qui a remporté la victoire. Un échec mémorable pour le Conseil fédéral d’alors, à tel point qu’aujourd’hui encore, les souvenirs des participants sont vifs. Incisifs. A l’époque, les opposants s’étaient révoltés contre ce qu’ils nommaient «le politiquement correct»: le principe de se rapprocher de l’Europe était perçu comme étant la seule alternative possible pour la Suisse. Et ceux qui n’étaient pas d’accord avec cette idée se faisaient ostraciser. La situation s’est néanmoins nettement inversée depuis le 6 décembre 1992. Ce sont ceux qui sont favorables à l’Union européenne qui sont maintenant voués aux gémonies. Très exactement par les mêmes personnes qui dénonçaient la violence de la pensée unique de l’époque. Ironie du sort.

 

C’est pourtant un débat qui ne quittera jamais l’esprit des Suisses. L’Europe, qu’on le veuille ou non, est omniprésente dans leur existence. Les exportations helvètes sont majoritairement destinées à des pays membres de l’Union européenne. Les investissements extérieurs également. Le nier est impossible. S’il est légitime de conserver un certain scepticisme sur une possible adhésion à cette entité supranationale, il est inacceptable de rejeter la discussion. C’est pourtant ce que de nombreux politiciens (certains d’entre eux ont retourné leur veste depuis 1992 sur la question de l’Europe) font actuellement. Christophe Darbellay, président du PDC et conseiller national, s’est prononcé en faveur d’un EEE bis. Il n’a pas fallu longtemps pour que les gardiens de la pensée unique anti-européenne lui tombent dessus par dizaine.

 

Ces pressions, incessantes, ne changent pas depuis vingt ans. Le discours est exactement le même, à une exception près: le corpus qui s’oppose à l’Europe utilise à tort et à travers (surtout à tort) les exemples économiques de la Grèce et de l’Espagne. L’Union européenne, c’est pourtant 27 pays membres. Et lors des débats en Suisse, seuls deux de ces 27 nations sont pointées du doigt. Toujours dans le même sens. Un seul but: détruire l’argumentation en faveur de l’Europe par l’absurde. Cela se résume par une rhétorique très simplificatrice (mais Ô combien efficace): l’Europe se casse la figure, la Suisse va très bien (ce qui n’est pas entièrement faux mais pas non plus fondamentalement vrai), c’est donc que l’Union européenne est une mauvaise idée. C’est une théorie limitée, car des pays comme la Belgique, l’Allemagne et le Luxembourg s’en sortent très bien aussi. Le réel problème de l’Union européenne, c’est d’avoir imposé une monnaie unique sans avoir auparavant procédé aux changements législatifs nécessaires dans les pays concernés. Elle en paie aujourd’hui les conséquences.

 

«Le réel problème de l’Union européenne: c’est d’avoir imposé une monnaie unique sans avoir auparavant procédé aux changements législatifs nécessaires dans les pays concernés. Elle en paie aujourd’hui les conséquences.»

 

Ce qu’oublient bien des observateurs politiques en Suisse, c’est que l’Europe est en pleine campagne contre la Suisse. C’est une superpuissance composée de 27 Etats membres, contre un seul petit pays, les irréductibles helvètes. Or malheureusement pour les Suisses, contrairement à la célèbre bande dessinée d’Astérix & Obélix, ils ne possèdent pas de potion magique pour lutter contre l’envahisseur. L’Union européenne a ses propres intérêts et veut également une coopération de la Suisse en matière fiscale. C’est son choix et cela peut s’expliquer dans sa propre situation. Ce qui est critiquable dans l’attitude des Européens, c’est leur ingérence qui les pousse à venir s’occuper des affaires internes de la Suisse. Ce qui reste malgré tout compréhensible, car les rapports entre Etats sont d’abord des rapports de force. Chacun veut sauvegarder ses intérêts.

 

Aujourd’hui, le principal argument des anti-européens, c’est de mettre en avant la perte de souveraineté qu’engendrerait une adhésion partielle voire totale à l’Union européenne. Mais ces défenseurs de l’indépendance helvétique se bernent d’illusions: la Suisse se plie depuis des années déjà à bon nombre d’exigences en provenance de l’extérieur. Les pressions ne cesseront jamais. C’est une guerre larvée qui prend de plus en plus d’ampleur. L’exception suisse, longtemps tolérée par ses voisins, est désormais la cible de toutes les convoitises. Cet îlot de réussite, où 7 millions d’habitants vivent dans une économie surdimensionnée par rapport à la démographie réelle du pays, ne passe plus inaperçu. En tout cas par les dirigeants des Etats européens. Et donc, les exigences vont grandir en même temps que leur appétit. A la Suisse, et surtout à ses citoyens, deux choix s’imposent: lutter, toujours, à une adhésion à l’Union européenne. Ou l’accepter, et poser ses conditions. Dans le premier cas, les attaques continueront. A terme, l’adhésion pourrait être forcée, par des stratégies politiques qui restent à définir (mais dont on voit déjà les prémices). Et c’est justement cette forme d’adhésion qu’il ne faut surtout pas accepter, même indirectement. Ce serait bien trop dommage, alors que la Suisse a encore toutes les cartes en main pour être à la fois une exception, tout en étant ouverte sur les changements géopolitiques qui se font sans son avis. C’est pourquoi, moi aussi, je soutiens, envers et contre tous, qu’il faut relancer les débats. Et cesser de se montrer timoré face à la réalité qui nous entoure.

 

Grégoire Barbey

 

P.S.: cet article est le 200e de mon blog. Ce dernier est actif depuis le mois de février de cette année, cela fait donc désormais dix mois que je blogue régulièrement sur la Tribune de Genève. D’un point de vue statistique, cela représente un article par jour ouvrable durant ces dix mois. Et plus de 100.000 visites. Merci à toutes et à tous pour votre soutien.  

09:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | | | |

29/11/2012

La dure réalité des rapports de force

Chronique, 29.11.12 07h47

 

Pierre Maudet fait aujourd’hui face à la réalité de ses fonctions.  Alors qu’il avait annoncé il y a quelques semaines une réforme des statuts des gardiens de prison, le syndicat policier UPCP montait au créneau en affirmant qu’aucune discussion préalable n’avait été effectuée. Ce que le conseiller d’Etat en charge du Département de la sécurité (DS) s’était empressé de démentir.

 

Le ministre a finalement cédé face aux revendications du syndicat et a signé une convention garantissant le gel des statuts pendant cinq ans. Soit le statu quo consenti. Ce petit épisode, bien qu’il ne soit en rien spectaculaire, démontre un fait qui va désormais changer la donne pour Pierre Maudet: ce dernier ne fanfaronne plus avec autant de légèreté qu’au début de son entrée en fonction. Ce qui peut néanmoins surprendre, c’est que le jeune conseiller d’Etat est aussi considéré comme un as de la communication. Or, c’est ici tout le contraire. Sa manœuvre a clairement échoué.

 

Et l’homme qui promettait des changements radicaux (en lien avec son appartenance politique) doit aujourd’hui composer avec une réalité qui dépasse de loin son incroyable capacité à tout planifier, à tout contrôler dans les moindres détails. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, avec cette concession faite au syndicat UPCP: un aveu de faiblesse. Celui d’avoir négligé les rapports de force qui s’exercent entre les employés de la fonction publique et les magistrats qui en ont la responsabilité. Pour Pierre Maudet, il est maintenant temps de réévaluer les défis qui l’attendent. Et d’accepter qu’il n’y a pas de surhomme capable de tout régenter selon ses moindres désirs dans une magistrature.

 

Grégoire Barbey

08:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

16/11/2012

La taxe d'aide aux médias doit être exclue

Chronique, 15.11.12 20h25 (Publiée depuis mon iPad en Provence)

La Tribune de Genève en ligne citait récemment un expert autrichien en économie des médias. Celui-ci proposait l'instauration d'une taxe pour venir en aide à la presse actuellement en proie à de réelles difficultés économiques. Bien que je ne sois pas moi-même un "expert ès économie des médias", je ne pense pas que cette option soit viable, et encore moins souhaitable.

Un tel impôt suppose l'intervention de l'Etat pour le redistribuer. Mais selon quels critères ? Objectifs, c'est-à-dire basés sur l'importance quantitative du média en termes d'employés et de sa distribution ? Ou subjectives, d'après des choix effectués par des votes parlementaires ? Dans tous les cas, les subventions pourraient être perçues comme injustes sinon totalement disproportionnées selon les titres. Et l'Etat aurait, d'une façon ou d'une autre, un pouvoir qu'il n'est pas légitimement censé détenir.

Faut-il également rappeler que les médias visés (en particulier la presse écrite) sont des entreprises privées à but lucratif comme d'autres ? S'agissant de sa rentabilité, un journal se doit d'avoir des annonceurs. Ce qui présuppose un lectorat susceptible d'intéresser des sociétés qui pourraient éventuellement investir dans l'achat de pages publicitaires. Un média n'est pas soumis aux volontés directes de ses annonceurs, mais en serait-il de même si c'était l'Etat qui lui permettait de survivre ? Un journal est libre d'écrire ce qu'il souhaite et s'il prend le risque de froisser ses annonceurs habituels, il peut très bien en trouver d'autres. Dans le cas d'une subvention versée par le biais de l'administration publique, la donne serait différente.

Il est évident que la presse doit garder une distance avec l'Etat, donc se protéger de l'interventionnime des êtres humains qui le dirigent. Car il ne faut pas se leurrer, un politicien, quel qu'il soit, voit d'abord ses propres intérêts. Et il ne fait aucun doute qu'un article qui le met dans une position délicate ne lui plaira pas. Avec un financement, même indirect, émanant du pouvoir public, c'est l'indépendance (déjà hautement remise en question) des médias qui seraient mise à mal.

Grégoire Barbey

12:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |