Gregoire Barbey

09/11/2012

A Pierre Weiss

Cher Monsieur Weiss,

 

J'ai lu avec la plus grande attention les dix propositions que vous avez soumises au Conseil d'Etat pour le projet de budget 2013 à Genève. Je vous félicite de vous engager à réduire le déficit du canton. Je constate néanmoins que vous n'avez pas pris la peine de proposer une réduction des émoluments des députés, ni la suppression du quatorzième salaire accordé à certains hauts fonctionnaires. Est-ce un oubli malencontreux de votre part ? Après tout, je vous sais œuvrer pour le bien commun, je ne doute pas que vous accepteriez avec hâte et enthousiasme de participer à l'effort que vous vous donnez tant de mal à quérir de la part du personnel de l'administration cantonale. N'est-ce pas ?


Je vous prie de croire à ma plus haute considération,

Grégoire Barbey

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08/11/2012

La crainte de tenir des positions iconoclastes

 Chronique, 08.11.12 10h05

 

Les éditorialistes des quotidiens en Suisse romande s’en donnent à cœur-joie: le Président sortant des Etats-Unis, Barack Obama, est réélu à la tête de la première économie mondiale. S’il faut bien évidemment saluer cette victoire, faut-il pour autant tomber dans les travers de la sacralisation1 ? Des sentences prononcées sur un ton quasi-prophétique aux phrases prémâchées et pompeuses affirmant l’ancrage historique d’Obama: les scribouillards en Une de leur journal respectif ne craignent décidément pas les redondances et le réchauffé de leurs trouvailles littéraires. Faut-il leur rappeler qu’à partir du moment où un individu est élu à la fonction de Président des Etats-Unis, il rentre automatiquement dans l’Histoire ?

 

Les américains avaient-ils un réel choix entre Barack Obama et Mitt Romney ? Leurs idées sont certes différentes sur de nombreuses thématiques, mais l’Amérique a-t-elle véritablement changé depuis l’élection d’Obama il y a quatre ans ? La majorité des éditorialistes ont avancé la certitude que l’élection du candidat Républicain signifierait que les Etats-Unis se transformeraient en machine de guerre. N’est-ce pas déjà le cas ? Ne serait-ce pas ces questions-là, au-delà de cette élection-spectacle, qu’il faudrait poser ? Interroger, c’est essentiel. Obama a reçu le prix Nobel de la Paix, mais il a également renvoyé des troupes armées en Afghanistan après avoir rapatriées celles qui restaient en Irak.

 

Cette soumission systématique au pouvoir en place par les représentants des médias m’irrite2. Peut-être bien qu’une hypothétique élection de Mitt Romney aurait été pire pour les Etats-Unis et le monde. Mais de grâce, évitons l’hypocrisie. Barack Obama s’est montré tout aussi belligérant que n’importe quel autre président américain. N’est-ce pas lui qui a fait fermer MegaUpload3 ? Pour quelqu’un qui est allégrement qualifié de progressiste, ce comportement ne va pas dans le même sens.

 

«Barack Obama s'est montré tout aussi belligérant que n'importe quel autre président américain.»

 

Ces éditoriaux, ces opinions prisent en faveur de Barack Obama, déplacent le véritable intérêt de la gouvernance d’un pays à la personnalité de celui qui en est à la tête. C’est pourtant tout son fonctionnement qu’il faut remettre en question. C’est trop facile de prendre position sans se risquer à émettre quelques réflexions. A questionner les méthodes du pouvoir. Se terrer derrière de belles tournures de phrase, des lapalissades déjà convenues avant même la réélection d’Obama, c’est d’une lâcheté effroyable. Où est le courage dans le métier de l’information ? Faut-il se cantonner à servir des soupes prêtes à la consommation ou surprendre son lectorat en l’invitant à s’interroger sur la nourriture qui lui est quotidiennement proposée ?

 

Il est évidemment impossible d’affirmer si le second mandat présidentiel de Barack Obama lui permettra de réaliser de grands projets pour son pays. Espérons-le. Mais il est évident que cette élection marque une fois de plus l’inféodation des têtes pensantes des quotidiens en Suisse romande. Mais pensent-elles vraiment ? A la lecture de l’éditorial du Temps4, la question mérite d’être posée. «Barack Obama n’aurait jamais réussi ce pari sans la plus puissante machine électorale jamais mise en œuvre dans une campagne, laquelle a battu de nouveaux records: près de 6 milliards, dont 2 pour la seule présidentielle» pouvons-nous lire dans ce texte. Où est le questionnement ? 6 milliards, est-ce la victoire d’une machine électorale ou d’un président valeureux ? Est-ce que la démocratie se résume aux sommes dépensées dans une campagne pour se faire élire, ou est-ce l’unification de valeurs républicaines ? Les questions, Mesdames, Messieurs, doivent être posées. Prendre des risques, cela fait partie des billets d’opinion. Or, ces derniers jours, les dizaines de textes signés par des grands quotidiens n’ont pas démontré ce courage. Tout est convenu, et d’un laxisme éhonté. D’une connivence insoutenable. Rien ne va à contre-courant, aucune lutte d’avant-garde. Est-ce cela, le rôle des médias ? J’en doute.

 

Grégoire Barbey

 

1Je ne cache pas ma préférence pour le premier Président noir de l’Amérique. Les positions extrêmes du candidat Républicain, notamment sur l’avortement ou l’homosexualité, ne m’ont guère emballé.

2Voir mes précédents articles sur le sujet.

3Site internet qui permettait d’héberger des fichiers disponibles au téléchargement.

4Le Temps du jeudi 08.11.12

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06/11/2012

La presse face à la détresse du contre-pouvoir

Chronique, 06.11.12 13h04

 

Tout pouvoir doit faire l’objet d’un contre-pouvoir. Il recherchera nécessairement à s’étendre s’il n’est pas limité. Au détriment du plus grand nombre. Et il ne faut pas se leurrer, le contre-pouvoir doit également s’adapter, pour ne pas se laisser amadouer. Le pouvoir est malin, voire mesquin. Il fomente des stratégies pour contrecarrer les garde-fous qui lui sont imposés. Il n’a de cesse d’agir en ce sens.

 

La presse fut longtemps considérée comme l’incarnation de ce contre-pouvoir. Elle l’est peut-être d’ailleurs encore dans certains esprits. Mais ceux-ci ne se tiennent guère au courant de l’actualité. Le pouvoir politique a finalement réussi à gangréner la plupart des journaux. Genève en est le parfait exemple. Quand certains quotidiens, notamment deux, respectivement bleu et orange, servent à leur lectorat la soupe méthodiquement préparée par les experts en communication des représentants du pouvoir en place, c’est l’essence-même du contre-pouvoir qui faillit à sa tâche. Il n’y a pas de quoi se réjouir, quand une ou plusieurs castes sont en mesure de passer outre les frontières habituellement dressées dans un but précis. Eviter les débordements.

 

«Quand certains quotidiens servent à leur lectorat la soupe méthodiquement préparée par les experts en communication des représentants du pouvoir en place, c'est l'essence-même du contre-pouvoir qui faillit à sa tâche.»

 

Lorsqu’un journal, quel qu’il soit, devient la feuille d’avis de certains partis, d’une certaine idéologie, alors rien ne va plus. Et c’est l’idéal même du journalisme qui s’éteint dans la sombre pénombre des petits calculs géométriques. A Genève, je puis certifier que nous sommes précisément dans ce cas de figure. Ce qui n’est pas pour rassurer. Le traitement de l’information, aussi décevant que cela puisse paraître pour les tenants d’une utopique «objectivité» journalistique, n’est jamais neutre. L’angle, le choix des intervenants, la direction choisie, le timing: des éléments parmi d’autres qui témoignent d’une subjectivité. Parfois très proche de la neutralité, certes, mais jamais parfaitement.

 

Le faisceau médiatique ne doit en aucun cas éclairer un individu sans une raison précise. A qui profite la prise de parole de tel ou tel ? Quelles sont les répercussions que cela peut avoir ? Est-ce vraiment d’importance pour le lectorat (ou les téléspectateurs/auditeurs) ? Ces questions devraient nécessairement se poser. En est-il encore ainsi de nos jours ? Permettez-moi d’en douter.

 

Les réseaux sociaux n’y sont peut-être pas tout à fait étranger, quand ces mêmes personnalités, qui sont censées garder de la distance par rapport aux détenteurs du pouvoir, finissent par les côtoyer avec une proximité inquiétante. Cette dernière ne serait pas dérangeante si les tenants du contre-pouvoir étaient capables de préserver leur indépendance d’esprit. Mais est-ce vraiment le cas ? Encore une fois, je suis dubitatif.

 

«La presse doit être une matière à faire réfléchir. Elle ne peut pas se contenter de vendre du temps de cerveau disponible à des annonceurs.»

 

Les journaux sont des entreprises, et doivent évidemment faire des bénéfices pour survivre. Mais leur secteur d’activités est particulier: il touche directement à la réflexion des êtres humains. C’est en ce sens qu’ils ont un devoir, celui de préserver les valeurs démocratiques dans lesquelles ils évoluent. Ou lorsque celles-ci dérapent, les remettre en question. La presse doit être une matière à faire réfléchir, en plus de présenter l’actualité sous certains angles. Elle ne peut pas se contenter de vendre du «temps de cerveau disponible» à des annonceurs.

 

Elle mérite mieux. Son histoire l’atteste. Et bien qu’elle soit dans une profonde mutation avec l’omniprésence de l’internet, ses prérogatives ne doivent jamais s’estomper. Du moins pas totalement. L’indépendance a un prix, celui de ne pas toujours aller dans le sens des élites. Celui d’interroger celles et ceux qui prétendent faire la pluie et le beau temps. Quitte à risquer quelques déconvenues. Le contre-pouvoir, ce n’est pas un gala, c’est une vocation, un devoir. Puisse-t-il se perpétuer par-delà les âges et garantir par sa fonction le respect du plus grand nombre.

 

Grégoire Barbey

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04/11/2012

La tyrannie de la minorité et d'un cartel politique

 

À chaud, 04.11.12 13h49

 

Les premiers résultats de l’élection partielle en Ville de Genève sont sans appel : Guillaume Barazzone (PDC) obtient 45,8% des suffrages. Son élection ne fait plus l’ombre d’un doute. Mais au-delà de cette victoire, certaines questions méritent d’être posées. Légitimes et inquiétantes. Après la brillante élection de Pierre Maudet (PLR) au Conseil d’Etat en juin dernier, soutenu par l’Entente, c’est à nouveau un candidat de ce même cartel politique qui est élu. Et quand bien même celui-ci n’avait pas pour projet de se présenter de son propre chef. Il avait dit préférer privilégier son mandat législatif. Mais les pontes du parti Libéral-Radical ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils ont choisi Barazzone, et ce dernier s’est plié à leur volonté. C’est dire, crument, qu’un non-candidat accède à l’exécutif de la première ville de Suisse romande. Et la seconde au niveau national.

 

Au-delà de ces cuisines partisanes, il y a la légitimité d’une telle élection. Seuls 27% des électeurs ont daigné exercer leur privilège et devoir de citoyen. Avec 45,8% des voix, c’est donc 11,6% de l’électorat en Ville de Genève qui a décidé du nouveau chef du Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS). La tyrannie de la minorité, en somme. Mais une minorité bien organisée, puisqu’elle a injecté plusieurs centaines de milliers de francs dans cette campagne. Une minorité lobbyiste, qui par ses coups bas et son attitude, a dégoûté 73% des citoyens, qui n’ont pas jugé nécessaire de se prononcer. Une telle abstention dans une élection, c’est avant tout une sanction. Celle du Souverain peuple, qui par son inaction démontre son mécontentement.

 

La démocratie genevoise a bien du souci à se faire, car en l’état, le taux de participation n’est pas prêt d’augmenter. Les petits compromis internes à certains partis lassent, et à raison. Lorsqu’une Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ose affirmer en parlant de Didier Bonny, candidat indépendant et anciennement du même parti, que sa candidature est une «arnaque parce qu'il ne pourrait pas tenir ses promesses sans groupe ni parti derrière lui». Et de continuer en certifiant que c'est un «électron-libre incapable de travailler au sein d'un collège», c’est d’une bassesse extraordinaire. Et d’un politiquement correct à vomir. Je pèse mes mots.


«La démocratie est morte s'il faut aujourd'hui obligatoirement faire partie de ces appareils de parti omniprésents et à l'écoute de leurs seuls intérêts.»

 

S’il faut aujourd’hui obligatoirement faire partie de ces appareils de parti, toujours présents, bien-pensants, à l’écoute de leurs seuls intérêts, alors la démocratie est morte. L’indépendance devrait être une qualité fondamentale. C’est désormais une tare, à en croire ces quelques-uns qui font Genève. Ou qui pensent la faire. Cette élection, en date du 4 novembre 2012, restera dans les mémoires. Non parce qu’elle est inattendue, voire miraculeuse. Simplement parce qu’elle assoit, une fois de plus, le pouvoir de l’argent et d’une certaine caste. Pendant ce temps, ce seront toujours les mêmes qui casqueront. Et voici la consécration d’un individu qui veut démanteler la Ville de Genève, et qui n’est que la marionnette de ces autres, inconnus du grand public, qui ont sagement patienté dans l’ombre. Vive la démocratie.

 

Grégoire Barbey

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23/10/2012

Daniel Devaud: le whistleblower genevois contre l'establishment

Chronique, 23.10.12 09h11

 

Le magistrat titulaire de la Cour des comptes Daniel Devaud a rompu hier son secret de fonction en transmettant des documents relatifs à un audit en cours de travail. Démissionnaire au 31.10.12, le juge tente depuis plusieurs semaines de dénoncer des « dysfonctionnements » dans la mise en œuvre des missions de la Cour. Une majorité de partis au Grand Conseil a néanmoins refusé qu’une enquête parlementaire soit ouverte pour faire la lumière sur ces accusations. 

 

Daniel Devaud, véritable whistleblower genevois ou menteur éhonté ? Poser cette question, c’est déjà y répondre. L’homme, issu d’un parti minoritaire (SolidaritéS), et élu lors d’une élection partielle pour le moins mouvementé il y a une année, a préféré mettre un terme à son mandat. Il avait motivé cet arrêt à cause de problèmes internes à la Cour des comptes et qui l’empêchent de mener à bien la mission que lui a confiée le Peuple. De quoi s’interroger légitimement. Or, celles et ceux qui s’opposent aux propos tenus par le juge Devaud sont les mêmes qui refusent sciemment qu’une enquête soit menée tambour battant.

 

Qu’un individu, seul contre tous, se lève pour dénoncer des problématiques aussi graves, c’est une preuve de courage. Sa carrière politique est définitivement finie, mais ce n’est pas ça qui compte à ses yeux. Il semble motivé à aller jusqu’au bout et c’est tant mieux pour la population genevoise. Car au-delà de la véracité ou non de ce qu’il dénonce, c’est surtout une entité de surveillance qui est en cause. Et que de tels événements (l’épisode du sceau d’eau que le magistrat PDC Geiger a lancé sur son collègue Devaud) ne suffisent pas à forcer l’ouverture d’une véritable enquête, c’est très grave.

 

« Les médias locaux se contentent d’acquiescer béatement aux conclusions émises par le pouvoir en place. Ces mêmes journaux qui s’en prennent ouvertement à d’autres élus mais qui se taisent volontiers lorsque l’establishment auquel ils adhèrent bras ouverts est remis en question de l’intérieur. »

 

D’autant lorsque les médias locaux se contentent d’acquiescer béatement aux conclusions émises par le pouvoir en place. Ces mêmes journaux qui s’en prennent ouvertement à d’autres élus mais qui se taisent volontiers lorsque l’establishment auquel ils adhèrent bras ouverts est remis en question de l’intérieur. Aucun article qui ose défier le discours officiel ? Aucune enquête afin d’éclairer ce point noir ? Il y a pourtant suffisamment de faits concrets pour mener de tels investissements. Cet immobilisme de la part de la presse, et d’un certain journal en particulier, devrait en inquiéter plus d’un concernant la véritable indépendance de cette feuille de chou.

 

Ce silence, savamment orchestré, ne peut néanmoins plus durer. S’il devait s’avérer après enquête que Daniel Devaud n’avait pas de raison d’agir ainsi, qu’importe. Au moins, les graves suspicions qui pèsent sur la Cour des comptes seraient levées. Et sa crédibilité retrouvée. Triste Genève, triste démocratie. Il s’agit d’un devoir, et le bureau du Grand Conseil, seul autorité de surveillance de ladite Cour, devrait agir sans plus tarder. Ne serait-ce que pour remettre les pendules à l’heure. Et déterrer certains cadavres qui semblent déranger. Les partis qui ont tout intérêt à les garder cachés ne doivent pas avoir en plus la possibilité d’empêcher une réelle investigation. Tout pouvoir doit avoir un contre-pouvoir.

 

Grégoire Barbey

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19/10/2012

Eric Bertinat: le candidat du négatif

Chronique, 19.10.12, 11h21

 

Le candidat pour l’élection partielle à l’exécutif de la Ville de Genève Eric Bertinat (UDC) est le représentant du pessimisme et du négatif. Ses prises de position régulières se font toujours dans l’opposition : ainsi du plan « Performance » demandé aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) par le Conseil d’Etat. Ou encore l’ouverture de deux nouveaux abris de la Protection civile (PCi) en Ville de Genève pour y accueillir des requérants d’asile. Ces derniers sont des immigrés et dérangent donc la pureté du paysage genevois duquel Bertinat se sent si proche.

 

Au-delà de ses refus constants de toute évolution pour l’ensemble des citoyennes et des citoyens genevois, Eric Bertinat se plaint également du travail à effectuer au sein du Grand Conseil. Le dimanche 14 octobre dernier, lors de la communication des résultats pour la votation de la nouvelle Constitution (acceptée), le candidat UDC a publié sur son profil Facebook la catastrophe que représentait le labeur législatif que demandera la mise en application du nouveau texte fondamental. Le Grand Conseil a selon lui plus important à faire.

 

« Le travail d'Eric Bertinat à la députation consiste à adapter les lois actuelles pour les rendre conforme à la nouvelle Constitution. Qu’importe s’il juge ce texte mauvais. »

 

C’est ainsi que désire se profiler Bertinat, lui qui n’hésite pas à se revendiquer comme étant le candidat du Peuple, habitude d’ailleurs propre à son parti. Il oublie peut-être la mission de son mandat législatif au Parlement cantonal : représenter les citoyens. Or, ces derniers ont accepté une Constitution. Son travail à la députation consiste dès lors à adapter les lois actuelles pour les rendre conforme à la nouvelle charte. Qu’importe s’il juge ce texte mauvais (ce qui est évidemment le cas, il n’est jamais favorable à rien).

 

En-dehors de ses sempiternelles oppositions, ses rares propositions font sourire : armer la police municipale, ce qui est contraire à la Constitution. Et l’utilité d’une telle réforme n’étant de loin pas prouvée, ce n’est pas ainsi que la sécurité en Ville de Genève, dont il se plaint quotidiennement, s’améliorera d’une quelconque façon.

 

Aux citoyennes et citoyens d’effectuer leur choix le 4 novembre prochain pour remplacer le siège vacant au Conseil administratif de la Ville de Genève. Mais pour qu’une véritable collégialité soit possible au sein d’un gouvernement à majorité de gauche (4 sur 5), il faut une attitude différente de l’éternelle et creuse opposition à tout changement. Genève a peut-être besoin de réformes, mais la Cité de Calvin n’a clairement pas besoin d’un pessimisme qui la fasse plonger encore plus profondément dans les ténèbres.

 

Grégoire Barbey

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17/10/2012

Le mauvais calcul de l'Office fédéral des transports

 Chronique, 17.10.12 14h59

 

L'Office fédérale des transports étudie actuellement la possibilité de supprimer environ 177 lignes de trains régionaux, dont 60 dans les cantons romands. Ces tronçons ne sont pas jugés suffisamment rentables pour être conservés. En lieu et place des bonnes vieilles lignes ferroviaires : des bus. Parmi ces tracés régionaux visés par l'Office fédérale des transports, le RER « Genève – La Plaine », ou encore le tronçon « Neuchâtel – Chaux-de-Fonds ».

 

Pour l'instant, aucune décision n'a été prise formellement. Mais l'idée en elle-même peut paraître saugrenue. Les CFF sont tenus à l'article 3 alinéa 1 de la loi sur les chemins de fer fédéraux (LCFF) d'« offrir des prestations de transports publics, notamment dans le domaine de l'infrastructure, du trafic voyageurs régional ou à grande distance (...) ». Or, en voulant remplacer des lignes régionales par des bus, les CFF sortent clairement du cadre de leurs objectifs.

 

« Sabrer dans la mobilité publique est une étrange façon de maintenir une cohérence dans les rapports entretenus par les acteurs économiques. A l'heure où la notion de régionalisme fait gentiment son chemin dans l'esprit des politiciens et des citoyens. »

 

Par ailleurs, à l'heure où la notion de régionalisme fait gentiment son chemin dans l'esprit des politiciens et des citoyens, sabrer dans la mobilité publique est une étrange façon de maintenir une cohérence dans les rapports entretenus par les acteurs économiques. Ceux-ci empruntent très souvent des lignes de chemin de fer pour se rendre à leur lieu de travail. Les Suisses sont d'ailleurs les Européens qui voyagent le plus en train : 47 fois par an. Ainsi, la volonté de supprimer des tronçons importants pourrait engendrer des conséquences indésirables et inciter certains travailleurs à revoir leurs priorités.

 

En effet, l'exemple des transports publics genevois n'est pas pour rassurer le remplacement des lignes de train par des bus. Au contraire. Le temps perdu et le changement d'itinéraire seraient catastrophiques sur l'allocation de temps octroyée aux trajets domicile-travail. Et l'engorgement des centre-villes ne cesserait alors d'augmenter, puisque vivre en bordure extérieure n'offrirait plus des avantages comparatifs aussi intéressants. Et pour celles et ceux qui ne voudraient pas s'encombrer des désavantages d'un long voyage en bus matin et soir, la voiture serait l'option qui prévaudrait. Pourtant, le message d'aujourd'hui est totalement autre : il faut limiter les trajets en transports individuels. Ce qui peut être compréhensible.

 

Cette vision du service public est pour le moins particulière. Une telle suppression, si elle devait se concrétiser, aurait de nombreux impacts négatifs, et réduirait de façon drastique la mobilité des personnes. Une perception schizophrène, à l'heure où les zones suburbaines se développent massivement, et où les différentes localités s'imbriquent désormais dans un nouvel ensemble : la région. Gageons qu'une option ne verra pas le jour, aussi funeste est-elle pour le bien-être des personnes comme de l'économie locale.

 

 

Grégoire Barbey

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24/09/2012

Les citoyens neuchâtelois ont dit NON à Claude Nicati

Chronique, 24.09.12 13h56

 

Les Suisses se sont opposés à l'initiative populaire de la ligue pulmonaire contre la fumée passive sur le plan fédéral, dont l'objectif était d'harmoniser à l'ensemble des cantons un cadre légal qui protège davantage les non-fumeurs, comme c'est déjà le cas à Genève, par exemple. A noter d'ailleurs que ce dernier est le seul canton dans toute la Suisse à avoir accepté, du bout des lèvres, cette votation. Mais sur le plan cantonal, ce sont également deux projets qui n'ont pas suscité l'aval du Peuple : à Neuchâtel, la votation sur le Transrun, un RER qui aurait permis de relier la Chaux-de-Fonds et la ville de Neuchâtel en moins d'un quart d'heure (contre près d'une demi-heure actuellement) ; quant à Genève, c'est la votation concernant les 50 rues piétonnes et leur crédit de plus de 5 millions qui a été refusée.

 

Deux échecs cuisants, surtout pour le canton de Neuchâtel, dont l'infrastructure ferroviaire qui relie la Chaux-de-Fonds à la ville de Neuchâtel date de plus d'un siècle. Ce projet de RER aurait ancré le canton dans le XXIe siècle, comme l'avaient très justement relevés plusieurs médias. Malheureusement, la volonté des citoyens du canton a été autre. Adieu l'aide de 110 millions prête à être accordée par la Confédération pour la réalisation du Transrun : la violence particulière qui a caractérisé cette campagne aura déplu au plus grand nombre (voir mon article paru dans Vigousse « Défense de contester les voies »), et c'est tout-à-fait compréhensible. Tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre son but. Ainsi, bien que Claude Nicati, le conseiller d'Etat en charge du Département de la gestion du territoire (DGT), ait assuré hier sur la RTS le contraire, c'est bien le gouvernement qui s'est vu sanctionner par ce refus.

 

Bien qu'il s'agisse d'une défaite qui ne s'est jouée à rien (50,3% de NON, soit 392 voix d'écart au total), le signal envoyé par le Peuple est clair : manipuler les intentions de vote n'est pas une méthode efficace, au contraire. Le jusqu'au boutisme du conseiller d'Etat Claude Nicati aura desservi l'intérêt public : en se comportant de façon malhonnête, l'ancien juge fédéral a effectué une campagne d'une violence inouïe, allant jusqu'à révoquer un député de son mandat d'administrateur au sein du Conseil d'administration des Chemins de fer du Jura (CJ) pour un motif totalement aberrant : s'être opposé au projet Transrun lors des débats du Grand Conseil. Cette attitude, peu reluisante et loin d'être passée inaperçue, aura contribué à faire baisser la proportion d'opinions favorables, pourtant portés vers l'acceptation de cette votation. Claude Nicati, qu'il veuille l'admettre ou non, porte une responsabilité importante dans cet échec. Et s'il a déjà annoncé son désir de se représenter aux prochaines élections, aussi sûr de lui qu'à son habitude, le Peuple, de son côté, ne verra peut-être pas d'un très bon œil cette insistance.

 

C'est dommageable qu'un projet d'une telle envergure pour l'ensemble du canton de Neuchâtel finisse à l'état de vieux souvenir. D'idéal infructueux. Tout ça parce qu'un homme, représentant direct du Peuple, a voulu museler l'opposition afin de faciliter l'acceptation du Transrun. Le résultat est aux antipodes de l'effet escompté. Et dénote une fois de plus que les citoyens, quand bien même quelques démagogues voudraient nous faire penser le contraire, n'ont guère pour habitude de se laisser influencer dans leurs choix. Démocratie oblige, il faudra désormais comprendre cette décision, même si celle-ci, je le pense pour ma part, contrevient à l'intérêt du canton. Mais l'avenir nous dira si je suis dans l'erreur.

 

Du côté de Genève, le refus des 50 rues piétonnes n'est malheureusement guère surprenant. D'aucuns se plaignent continuellement de l'impossibilité de rouler convenablement dans les rues genevoises. Dès lors, proposer au Peuple ce que l'opposition qualifiait d'un projet « mal ficelé », c'était courir d'avance à la mise au ban de cette initiative. Espérons que les initiants sauront tenir compte de ce signal à l'avenir.

 

Grégoire Barbey

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22/09/2012

Contre les compromissions des appareils de parti : Didier Bonny, l'indépendance retrouvée

Chronique, 22.09.12 18h38

 

La candidature surprise de Didier Bonny pour l'élection partielle à l'exécutif de la Ville de Genève apporte un vent d'air frais à la politique genevoise. Ancien PDC, il a quitté son parti en 2010 à la suite d'un ras-le-bol, dont le soutien officiel à l'UDC Yves Nidegger pour la Cour des comptes fut la goutte qui fit déborder le vase : il se présente ainsi sans appartenance partisane, mettant en déroute la logique des appareils de parti. Fort de 14 ans d'expérience au Conseil municipal de la Ville de Genève, et de 2 ans au Grand Conseil, sa crédibilité pour siéger à la place de Pierre Maudet est entière. Il est par ailleurs un habitué du terrain, et fait partie intégrante du tissu associatif de la Cité de Calvin.

 

L'indépendance, caractéristique principale de Didier Bonny, c'est justement ce qui manque à notre bonne vieille ville. Sans lui, les électrices et les électeurs n'ont d'autre choix, s'ils ne sont ni adeptes de l'extrême gauche, ni de l'extrême droite, de voter pour le candidat de l'Entente, Guillaume Barazzone. Or, ce dernier n'a pas montré dès le départ la volonté nécessaire pour convaincre les citoyennes et les citoyens les plus sceptiques : il avait, avant de se faire prier par les pontes du PLR, affirmé qu'il préférait renoncer à se présenter à cette élection afin de favoriser son mandat législatif. Avant que Didier Bonny ne fasse son entrée en lice, donc, c'était un non-choix qui se présentait aux électeurs. Car choisir entre la peste et le choléra, pour ne pas offrir sa voix à un candidat issu de la « haute société », peu représentatif de l'ensemble des citoyens, c'est bien évidemment peu recommandé.

 

Mais ce sacrifice n'est désormais plus nécessaire : avec Didier Bonny, chacun pourra, selon ses préférences, opter pour ses convictions. Si les autres candidats sont tous issus d'un parti, Bonny peut lui compter sur son réseau associatif et une force inédite qui ne devrait pas être mise de côté au profit des habituels appareils partisans : son indépendance. Car à l'heure où les partis, à Genève, peinent à se renouveler, avec une gauche incapable de proposer un programme en adéquation avec les véritables préoccupations de la classe populaire et une droite plus divisée que jamais, c'est bien l'occasion d'envoyer aux grands manitous qui se cachent dans l'ombre, entre l'équerre et le compas, un signal puissant. Non, plus davantage de compromission. Oui, une véritable ligne politique, sans pression interne. A l'abri des préférences claniques, des petits chantages, des strapontins entre amis.

 

Les militants socialistes auront remarqué, sans trop d'effort, le paradoxe de leur parti, qui fanfaronne volontiers lorsqu'il s'agit de refuser un gouvernement monocolore, mais qui ne va pas jusqu'à demander à ses membres de voter pour un candidat de droite. Clivages, encore et toujours. Dès lors, l'indépendance d'un Didier Bonny pourrait attirer bien des voix : de celles des déçus, qui en ont marre de voir leurs valeurs bafouées pour des calculs électoraux ; de celles des indécis, qui ne savent pas à qui faire confiance. Et puis, rien que pour le jeu politique, pour l'affrontement des idées, faire élire un candidat qui n'est issu d'aucun parti, voilà un défi particulièrement intéressant et enthousiasmant. Qui sait, si c'est Bonny qui devait être élu le 4 novembre prochain, cela forcerait peut-être certains partis, qui sont devenus des mammouths se reposant sur leurs lauriers, à se remettre en question. Et à offrir des alternatives aux citoyennes et aux citoyens qui les soutiennent, plutôt que de se garantir des retours d'ascenseur. Pour ma part, mon choix est fait, j'offrirai à ma voix à l'indépendance, qu'elle soit de gauche ou de droite, ou qu'elle dépasse simplement cette grille de lecture trop restrictive pour dépeindre la complexité des rapports de force qui régissent notre société. Aux autres, évidemment, de décider ce qu'ils veulent pour leur cité.

 

 

Grégoire Barbey

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20/09/2012

Penseurs français du XXIe siècle : les valeurs occidentales contre le reste du monde

 

Chronique, 20.09.12 11h50

 

En Occident, et particulièrement en France, il sied aux grands penseurs qui se sentent héritiers de la pensée grecque et des Lumières, de donner des leçons de conduite aux autres cultures. Avec les caricatures de Mahomet publiées par Charb dans son hebdomadaire satirique Charlie Hebdo hier, les langues se délient dans l’hexagone. Pour certains, comme l’écrit le magistrat français Philippe Bilger, c’est aux occidentaux de donner une leçon aux pays arabes. En somme, « éduquons ces sauvages ». Mais attention, tenir de tels propos ne relève clairement pas d’une haine envers la différence. Et encore moins d’islamophobie. Penser le contraire, ce serait rejoindre la caste des « bienpensants » de gauche.

 

C’est un discours simplificateur et rébarbatif. On l’entend à chaque polémique. Oui, les pays arabes ne vivent pas selon les mêmes coutumes et traditions que l’Occident. Et alors ? Notre planète n’est pas faite de la même roche partout, ça ne l’empêche pas de former un tout. Pourquoi des divergences culturelles devraient conduire à une impossibilité de cohabitation ? Pourquoi une civilisation pourrait être meilleure qu’une autre ? Et surtout, de quel droit certains seraient en mesure de donner des leçons de comportement à d’autres ?

 

Oh oui, pointer du doigt les intégristes islamistes, c’est porteur, et ça éveille le sentiment d’agression au sein de la population occidentale. C’est pourtant aux Etats-Unis, pays qui rentre dans la définition du monde occidental, que des candidats Républicains affirment envers et contre tout que l’avortement à est à proscrire, faisant fi d’une lutte séculaire menée par les femmes pour obtenir des droits sur leur propre corps. Que la peine de mort doit être conservée. Qu’une femme violée, d'après Todd Akin, si elle est bonne chrétienne, arrive à éliminer le sperme de son agresseur, et donc à éviter une grossesse non-désirée. En bref, une réflexion en marge de notre société telle qu’elle est désormais bâtie en Occident. N’est-ce pas un intégrisme tout aussi condamnable que celui des autres religions ?

 

La véritable différence entre le discours haineux et arriéré d’un Mitt Romney, candidat à la Présidence des Etats-Unis d’Amérique, et les paroles de quelques fanatiques islamistes, c’est que l’Occident a décidé de tolérer l’intégrisme chrétien, tout en le condamnant timidement lorsqu’il y a lieu de le faire. Au fond, le christianisme est le berceau de la civilisation occidentale. Alors que l’Islam n’est rien d’autre qu’une religion de primitifs. C’est ça, la pensée évoluée d’une République ? Très peu pour moi, alors. C’est d’ailleurs cette même République française, laïque, qu’il ne faut surtout pas toucher. Ben oui, le sacré c’est sacré, après tout. Et toute atteinte envers la pensée républicaine et démocrate, forcément meilleures, et plus justes, est une atteinte envers la Liberté, envers l’Humanité. C’est vrai quoi, les autres êtres humains, qui ne baignent pas dans cette culture, ce ne sont que des primates.

 

Le respect des autres dans tout ça ? Il n’y en a pas. C’est bien triste, parce qu’une telle polémique met en exergue une réalité qui fait peine à voir : les intégristes, décidément, ne sont pas ceux qu’on croit.

 

Grégoire Barbey


A paraître le vendredi 21.09.12 dans Vigousse : mon éditorial qui traite de ce sujet.

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