Gregoire Barbey

19/09/2012

La contre-liberté de la presse française

 

Chronique, 19.09.12 20h22

 

Le monde arabe est en ébullition depuis la publication d'un film qui caricature la vie du prophète de l'Islam, Mahomet. Des morts, pour un navet qui devrait faire rougir de honte ses réalisateurs et faire mourir de rire ceux qui l'ont regardé. Au lieu de ça, la réalité fait que des gens meurent, pour de vrai. Ces réactions, disproportionnées, les Occidentaux seraient bien malvenus de les juger selon leurs référentiels, en voulant projeter leurs valeurs sur des sociétés qui ne sont pas basées sur les mêmes piliers que les nôtres. Juger, c'est facile. Comprendre, cela demande de la réflexion, et du temps. Un peu de jugeote, aussi.

 

Et puis il y a cette presse française, qui se veut libérée, à contre-courant, drôle également : Charlie Hebdo, entre autre. Pour montrer que rien ne l'arrête, cette fameuse presse décide de rajouter de l'huile sur le feu. Ben oui, vous savez, il faut rire de tout. Même si des gens crèvent en conséquence, la presse, oui Madame, oui Monsieur, ça ne doit pas être muselé. Et puis Charb, le dessinateur qui avait déjà publié par le passé des caricatures de Mahomet, il faut dire qu'il ne craint rien. Il le dit d'ailleurs lui-même. Sauf peut-être les lois de la République.

 

Sauf qu'il ne s'agit pas de liberté de presse. N'importe qui, en France comme en Suisse, peut, s'il le veut, publier des caricatures de tel ou tel prophète. Même de telle ou telle personnalité politique. Il n'y a, à vrai dire, aucun courage à faire cela. C'est de la provocation pure et simple, qui se veut dans le trend de l'actualité. Mais, mon bon Monsieur, il ne faut pas seulement surfer sur les événements. Il importe de réfléchir aux éventuelles conséquences de nos choix. La presse peut, à proprement parler, tout dire. Seules les auto-censures ont un réel pouvoir d'obstruction.

 

Ce qu'a fait Charbet son canard – sous couvert de liberté, de refus d'être censuré, c'est simplement un coup marketing. Et ça fonctionne, puisque nos journaux annonçaient déjà, en fin de journée, que Charlie Hebdo était en rupture de stock. Cela n'a rien de reluisant d'attiser les conflits et de se cacher derrière des valeurs qui seraient, à entendre certains, en danger. Il est important de ne pas céder à la facilité pour ensuite plaider non-coupable. C'est trop simple, et ça n'apporte rien au débat. C'est dommage, mais il est vrai que l'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Par moment, faire preuve de retenue, c'est sûrement le meilleur témoignage d'une liberté réelle : de ne pas s'inféoder à l'actualité pour sauter sur l'occasion et braver les interdits. Savoir passer l'éponge, c'est démontrer, en plus de liberté, une intelligence et une responsabilité devant l'humanité. Or là, Charlie Hebdo a fait tout le contraire. Tant pis, ce sont de grandes personnes, ils assumeront en cas de nécessité. Mais les questions se posent malgré tout.

 

Grégoire Barbey

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15/09/2012

Des arguments fumeux pour justifier la liberté de fumer

Chronique, 15.09.12 16h08

 

La confrontation des arguments fait rage. D’ici au 23 septembre, le Peuple suisse est appelé à se prononcer sur plusieurs objets. Notamment une votation qui fait couler beaucoup d’encre et de salive : l’initiative populaire « Protection contre le tabagisme passif ». Sans considérer s’il faut l’accepter ou la rejeter, il est toutefois intéressant de se pencher sur quelques arguments redondants qui s’opposent à cette réglementation plus stricte des espaces de travail et des lieux fermés.

 

Il y a tout d’abord ceux qui, dans leur intérêt (ce sont des fumeurs), procèdent à un déni de réalité. Parmi eux, le sérénissime Maître Bonnant*, Marc de son prénom : ses diatribes, relayées par toute la presse, méritent quelques égards. C’est évidemment culotté d’affirmer qu’à l’heure actuelle, rien ne saurait démontrer une relation de cause à effet entre la fumée passive et l’augmentation des cancers. Cet individu, iconoclaste, n’hésite pas non plus à argumenter que chacun est en droit de choisir ses dépendances et sa mort. Certes, dans une certaine mesure, c’est juste. Sauf lorsque ce choix a des conséquences sur la santé des autres. Et puis, Maître Bonnant prend également la position du défenseur des opprimés : ceux qui sont consentants, qui acceptent d’être en compagnie de fumeurs, eux, l’Etat n’a pas le droit de les en empêcher.

 

Ce serait vrai s’il n’y avait pas autant de fumeurs, et qu’un véritable choix pouvait se faire. Or, actuellement, refuser de s’exposer à la nocivité du tabac restreint très largement sa sociabilité. Le seul moyen donc, pour que les non-fumeurs ne soient pas injustement exposés aux désagréments de la fumée bon gré mal gré, est de légiférer et d’interdire purement et simplement la consommation des substances incriminées. D’autres arguments souvent ressassés concernent les autres formes de pollution : les gaz d’échappements, la nourriture, les produits chimiques dans nos boissons, etc. Effectivement, nous sommes continuellement soumis à de nombreuses sortes d’atteinte à notre santé. C’est une raison de plus pour en restreindre les formes qui peuvent l’être.

 

Bien sûr, il y a des personnes qui ne sont véritablement pas dérangées par la présence de fumeurs. J’en fais partie. Et ceux qui, comme moi, n’y voient pas toujours un inconvénient majeur, continueront à tolérer ce vice chez leurs interlocuteurs, législation ou pas. Pour tous les autres, à savoir la majorité, puisque les fumeurs sont une minorité, il est tout à fait compréhensible de ne pas leur infliger des dommages auxquels ils ne consentiraient pas en possession de leur liberté de choix. Dans une société comme la nôtre, où les fumeurs sont très répandus, cette liberté est évidemment malmenée, pour ne pas dire quasiment inexistante. Bien que je sois également favorable à la sauvegarde des libertés individuelles, j’ai conscience que nous vivons dans un Etat de droit, lequel permet aux individus de vivre dans une communauté où chacun est tenu de se respecter et de respecter autrui. Alors la doctrine ultralibérale qui consiste à refuser toute restriction aux libertés individuelles, je ne la cautionne pas. C’est un excès, et comme tous les excès (le tabac, l’alcool, la drogue), cette doctrine respectée à la lettre peut conduire à des effets indésirables. Mais j’invite néanmoins chaque électeur à voter, le 23 septembre prochain, en son âme et conscience.

 

*nom connu de l’auteur 

Grégoire Barbey

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14/09/2012

Le Comité directeur du PDC revoit sa stratégie pour la Cour des comptes et désavoue Delphine Perrella Gabus

 

Chronique, 14.09.12 15h08

 

Lors de son assemblée du Comité directeur en date d’aujourd’hui, la présidence du PDC genevois a redéfini sa stratégie pour la Cour des Comptes, dont l’élection se tiendra le 4 novembre prochain : les membres du Codir ont accepté d’abandonner leur soutien à la candidate du PDC Delphine Perrella Gabus au profit d’Isabelle Terrier (PLR). C’est pourtant le même Comité directeur qui avait préavisé Perrella Gabus il y a quelques semaines. Et mardi dernier (04.09.12), l’Assemblée générale lui donnait son feu vert pour briguer le siège de titulaire à la Cour des Comptes.

 

Il faut néanmoins savoir qu’en parallèle, le PLR s’est exprimé en faveur d’une liste unique gauche-droite afin de dépolitiser l’institution, selon leurs dires. De fait, Alain-Dominique Mauris, président du parti Libéral-Radical, a souhaité auditionner Delphine Perrella Gabus pour prendre sa décision quant à sa possible candidature avant que les membres du PDC ne se prononcent officiellement. Ce que le parti Démocrate-chrétien a refusé. C’est seulement après sa désignation par l’Assemblée générale de son parti que la candidate PDC a pu être entendue par le Comité directeur du PLR. Malheureusement, Delphine Perrella Gabus n’a pas convaincu ce dernier.

 

Dès lors, les pontes du PLR sont allés chercher une candidate maison, en la personne d’Isabelle Terrier, pour le poste de titulaire. Dans cette situation, deux solutions s’offrent au PDC : soutenir la candidature de Delphine Perrella Gabus, et donc s’opposer à une élection fermée (sur liste unique gauche-droite), ou la désavouer et se rallier au PLR pour sauver la stratégie d’une Cour des Comptes dépolitisée. L’Assemblée des délégués du PDC qui se tiendra le jeudi 20 septembre prochain décidera de la tournure des événements.

 

Il est à noter toutefois qu’au départ, il était entendu que le PDC puisse placer un candidat à un siège de titulaire, puisque Stéphane Geiger (lui-même PDC) ne se représentera pas à son poste actuel. Bien que la stratégie affichée par le PLR soit de dépolitiser la Cour des Comptes, il semble que les négociations et décisions en cours soient au contraire plus politisées que jamais. Quelle sera la réaction des membres du PDC lorsque la présidence du parti leur annoncera son intention : ne plus soutenir Delphine Perrella Gabus, avalisée par l’ensemble de son parti, et céder le siège à un autre candidat qui n’est pas issu des rangs du PDC ? Enfin, une question intéressante peut être posée en ces termes : le PDC est-il soluble dans l’Entente ?

 

La réponse à cette question tombera le 20 septembre. D’ici-là, ce Conte de fées pourrait bien réserver d’autres surprises. Avis aux amateurs.

 

Grégoire Barbey

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Statistiques des victoires du Conseil fédéral sur les votations depuis 1866

Statistiques, 14.09.12 09h39

 

Afin de m’informer sur les taux de réussite des prises de position du Conseil fédéral lors de votation nationale (par rapport aux choix effectués par le Peuple), j’ai contacté l’Office fédérale de la statistique (OFS). Les résultats de ces statistiques proviennent des votations fédérales qui ont eu lieu entre 1866 et 2012, soit environ 150 ans de démocratie directe et plus de 675 votations au total.

 

Partant du principe qu'en règle générale les référendums obligatoires et facultatifs ainsi que les contre-projets à des initiatives populaires sont soutenus par le Conseil fédéral (et le Parlement) (2 exceptions), et les initiatives populaires sont en général rejeté par le Conseil fédéral et le Parlement (2 exceptions), nous obtenons ces résultats :

 

Référendum obligatoire : 158 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 53 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Référendum facultatif : 93 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 75 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire : 148 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 14 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire (avec contre-projet) : 13 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 3 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Contre-projet : 6 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 10 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

 

Au total, sur 675 votations fédérales, les recommandations du Conseil fédéral ont été suivies par le Peuple à raison de 418 fois, ce dernier s’étant abstenu de recommander une quelconque orientation deux fois seulement, et le Peuple a désavoué le gouvernement 155 fois.

Dans un échantillon plus restrictif, entre 1990 et 2012, les résultats sont les suivants :

 

Référendum obligatoire : 41 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 12 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Référendum facultatif : 49 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 19 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire : 72 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 7 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire (avec contre-projet) : 2 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 1 désaveu et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Contre-projet : aucune votation n’a donné raison au Conseil fédéral, contre 3 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

 

Sur 22 ans, il y a eu au total 207 votations fédérales. Les recommandations du Conseil fédéral ont été suivies à raison de 164 fois, ce dernier s’étant abstenu de recommander une quelconque orientation une seule fois. Au final, le peuple a désavoué la position du gouvernement à 42 reprises.

 

Bien que ces statistiques n’induisent pas en elles-mêmes de conclusions définitives (car il manque d’autres éléments pour être en mesure d’affirmer une corrélation entre ces recommandations et la propension du Peuple à suivre le Conseil fédéral : le budget investi dans les campagnes par ce dernier, les différentes prises de position des partis gouvernementaux, les objets eux-mêmes soumis à votation, etc. ), il est néanmoins intéressant de constater que globalement, de 1866 à 2012, le taux de réussite du Conseil fédéral face aux résultats finaux des urnes est de 61,2%, et que durant la seule période de 1990 à 2012,  ce même taux passe à 79,2%.

 

De surcroît, de 1866 à 2012, sur 168 référendums facultatifs, les recommandations du Conseil fédéral n’ont porté leurs fruits que sur 93 objets, soit un taux de 55,6% de réussite. Mais de 1990 à 2012, sur les référendums facultatifs, le Conseil fédéral a totalisé 49 victoires, 19 échecs et une abstention. Là, il s’agit d’un taux de réussite de 71%.

 

Ces résultats, en l’absence d’autres facteurs (énoncés plus haut), ne peuvent déterminer clairement les raisons qui conduisent à ces différences. Néanmoins, cela permet de s’interroger : qu’est-ce qui fait que le Conseil fédéral obtienne un taux de réussite plus élevé dans ses campagnes de votations fédérales depuis 1990 que durant l’ensemble des votations depuis 1866 ? Est-ce les budgets investis qui ont augmenté ? Les supports utilisés qui ont évolué et permis de sensibiliser plus de citoyens à l’avis du gouvernement par un système de communication plus efficace ?                                                                                                       

 

Grégoire Barbey

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12/09/2012

Réforme du gouvernement fédéral : la Suisse réfractaire au changement

 

Chronique, 12.09.12 11h06


L’Assemblée fédérale est manifestement réfractaire à l’idée de réformer le gouvernement. C’est pourtant une nécessité, à terme, que les représentants du Peuple devront prendre en considération. Evidemment, en Suisse, une forte opposition au changement a toujours prévalu. Une peur séculaire d’améliorer ce qui est vu par les citoyens comme la recette miracle. Pour sauver l’industrie horlogère suisse, il a fallu le génie d’un Nicolas Hayek, qui s’est viscéralement battu pour apporter un progrès dans le domaine et ainsi redorer l’image d’un label vieillissant.


Mais en politique, qui fera le pas pour apporter une réelle transformation dans la structure du gouvernement ? Qui osera, contre vents et marées, défendre la nécessité d’un Conseil fédéral réajusté aux impératifs de notre époque ? Car en effet, augmenter le nombre de conseillers fédéraux de sept à neuf est une idée qui ne date pas d’hier. Déjà, en 1918, la question se posait, lorsqu’après la Première Guerre Mondiale, le Parti Radical-Démocrate envisageait de faire rentrer au gouvernement fédéral le Parti Socialiste. Mais très vite, l’idée fut balayée. Pour le PRD, il était plus important de renforcer son aile droite. Dès lors, pas question d’envisager un changement si radical !


Aujourd’hui cependant, en pleine conjoncture de crise, le débat mérite d’être réellement mené. Le Conseil national, en refusant purement et simplement cette proposition, n’a pas souhaité prendre le risque de changer une formule vieille de plus d’un siècle. Ni, par la même occasion,  de rallonger la durée du mandat de Présidence de la Confédération à deux ans. Et pourtant, dans la situation actuelle de la Suisse à l’international, la visibilité d’un leader, même restreint à l’unique fonction de représentation du pays (sans autre pouvoir supplémentaire que celui de ses collègues au Conseil fédéral), est largement réduite lorsque les pays étrangers voient une nouvelle personnalité à la tête de la Confédération chaque année.


On le voit désormais, le contexte politique, tant sur le plan national qu’au niveau mondial, évolue, et requiert de ce fait des aménagements sérieux, et de circonstance, dans les institutions helvétiques. De surcroît, à l’heure où les identités culturelles de la Suisse s’éparpillent, la non-représentation au Conseil fédéral de la Suisse-italienne pose un problème lancinent : comment maintenir, dans la Confédération, une unité et un respect des différences linguistiques ?


A n’en pas douter, le serpent de mer rejaillira. Pourvu qu’il ne le fasse pas trop tard.


Grégoire Barbey

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05/09/2012

L'assemblée générale du PDC désigne Delphine Perrella pour la Cour des comptes

 

Chronique, 05.09.12 11h50

 

Etrange black-out des médias genevois. Hier soir (04.09.12) s’est tenue l’assemblée générale du PDC. Il a notamment été question de désigner un(e) candidat(e) pour la Cour des comptes. Alors qu’auparavant, comme le soulignait la Tribune de Genève sur son site (24.08.12), pas moins de cinq personnes étaient candidates à la candidature, les membres du parti présents à l’assemblée n’ont guère eu de choix hier soir : en-dehors de Delphine Perrella, préalablement recommandée par le Comité directeur du PDC le 28 août lors de sa réunion, tous les autres prétendants à la candidature se sont retirés.

 

Contacté, Alain-Dominique Mauris, le président du PLR, regrette de n’avoir pas pu auditionner les différents candidats du PDC. Pour sa part, Mauris aurait souhaité que le Parti Démocrate-chrétien prenne en considération la candidature de Gilles Moinat, qui ne possède aucune carte de parti et dont les compétences d'expertise sont reconnues. Mais il semble qu’à l’heure actuelle, la volonté affichée par le PLR de présenter une liste unique de candidats (gauche-droite) pour la Cour des comptes n’ait pas encore fait son chemin dans l’esprit de tous les organes décisionnels des autres partis genevois.

 

De fait, le Parti Libéral-Radical n’a pas encore pu déterminer quelle serait sa stratégie définitive pour l’élection qui aura lieu le 4 novembre prochain. « Les négociations, assure Alain-Dominique Mauris, continueront d’avoir lieu. » Le président du PLR ne désire toutefois pas encore se prononcer concernant la candidate du PDC, Delphine Perrella. Il s’agit désormais de l’auditionner afin de savoir si ses compétences et son profil répondent bel et bien aux attentes du PLR. A noter cependant qu’elle ne fait pas l’unanimité au sein du parti, et que quelques points d’ombre demeurent dans le processus qui a eu lieu pour sa désignation officielle par l’assemblée générale du PDC. A suivre, donc.

 

Grégoire Barbey

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04/09/2012

Finances publiques : les journalistes embrouillés par David Hiler

 

Chronique, 04.09.12 11h12

 

Dans un article publié aujourd’hui dans la Tribune de Genève, le journaliste Marc Bretton écrit à propos des finances publiques : « Le déficit 2012 devait se monter à 350 millions ? Il atteindra 758 millions. La différence provient notamment de la comptabilisation dès cette année des 762 millions que versera l’Etat à la nouvelle caisse de pension pour la recapitaliser. Suite à l’adoption des comptes, l’Etat dissoudra les réserves conjoncturelles accumulées pendant les bonnes années 2005-2007, «couvrant» ainsi la dépense sans recourir à l’emprunt et donc à la dette. »

 

Cette information est évidemment erronée, car cette fameuse réserve conjoncturelle, contrairement à ce que nous laissent penser bien des journalistes et politiciens, n’existe pas physiquement sur un compte en banque. Il s’agit en effet d’une écriture comptable. Ce milliard n’a qu’une valeur virtuelle, et il n’est donc pas possible d’utiliser une réserve immatérielle. Tout comme d’ailleurs elle ne couvrira pas la dépense. L’Etat devra finalement emprunter pour recapitaliser les caisses de retraite des fonctionnaires (762 millions dans un premier temps), puisque la loi fédérale oblige désormais les caisses de prévoyance publique à disposer d’au moins 80% des capitaux nécessaires au paiement de toutes les rentes.

 

En résumé, l’Etat doit réellement verser une somme de près de 800 millions à la CIA, et sera de ce fait contraint d’obtenir cette liquidité (qu’il n’a pas dans une hypothétique réserve sur un compte en banque) par des emprunts effectués sur les marchés financiers, creusant ainsi la dette de la République et Canton de Genève.

 

Il est quand même intéressant de noter la stratégie de David Hiler : il ne précise jamais publiquement que la réserve conjoncturelle est une écriture comptable, sans jamais non plus arguer qu’il y a derrière cette réserve de quelconques liquidités. Le conseiller d’Etat entretient suffisamment bien la confusion pour que les journalistes en arrivent à écrire tout le contraire de la réalité. Le conseiller d’Etat embrouille peut-être même ses propres collaborateurs, puisque le porte-parole du Département des Finances, Roland Godel, contacté par mes soins, m’a tenu exactement le même discours que le journaliste Marc Bretton dans son article.  

 

Faudra-t-il encore longtemps avant que les médias ne prennent conscience qu’il n’y a pas de solution miracle pour amortir la recapitalisation des caisses de retraite des fonctionnaires ? Ou continueront-ils à distiller dans l’esprit des citoyens qu’il ne faut pas s’en faire puisqu’il existe une réserve, quelque part, qui réglera tous nos problèmes ? En tout cas, David Hiler s’en sort à merveille. Souhaitons qu’il en aille de même pour les finances publiques ces prochaines années.

 

Grégoire Barbey

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03/09/2012

Le Transrun neuchâtelois : une aubaine pour l'avenir du canton

 

Chronique, 03.09.12 09h58

 

La votation sur le Transrun pour le 23 septembre prochain à Neuchâtel fait régulièrement les gros titres de la presse romande. Il s’agit d’un projet onéreux – 920 millions de francs dont 560 millions à la charge de l’Etat et des communes – dont le but est la création d’un RER qui relie la ville de Neuchâtel à la Chaux-de-Fonds pour un trajet total de 15 minutes. La ligne actuelle, qui permet déjà de se rendre d’un bout à l’autre de ces deux villes, requiert pour sa part près d’une demi-heure afin d’effectuer la même liaison : elle date du siècle dernier et le tracé occasionne un détour conséquent, puisque le train, arrivé à Chambrelien, repart en sens inverse pour atteindre la Chaux-de-Fonds.

 

Or, bien que le projet semble tomber à point nommé pour améliorer la mobilité entre le Haut et le Bas à Neuchâtel, de nombreuses voix s’élèvent pour s’y opposer. Notamment l’UDC, qui ne lésine pas sur les moyens – comme à son habitude – pour influencer le choix des électeurs. Les méthodes sont bien connues, il s’agit pour la formation politique de grossir le trait ; ainsi, des affiches comme « Non au Trans Ruine » ou « mille millions dans un trou noir » se répandent à travers le canton. Mais il n’est ici question que de désinformation.

 

En effet, à force de négociation, le Conseil d’Etat a obtenu une subvention à hauteur de 111 millions de la part de la Confédération. Avec la participation des CFF, l’Etat et les communes neuchâteloises investiront finalement 560 millions dans la création de ce RER, soit l’équivalent de 1% du budget cantonal. La stratégie de l’UDC, qui consiste à parler de près d’un milliard à la charge du contribuable pour distiller le doute dans l’esprit des électeurs, est donc non-avenue. Mais malheureusement, les citoyennes et les citoyens ne sont pas tous en mesure de s’informer convenablement afin de saisir les tenants et aboutissants de cette votation.

 

Par ailleurs, les opposants ne disent rien de l’actuelle conjoncture économique du canton, plutôt favorable, en plus de la récente réforme de la fiscalité des personnes morales (qui devrait entraîner une rentrée fiscale d’une centaine de millions en 2012). En fait, bien que Neuchâtel soit relativement affaibli par de vieux scandales et la perte de son conseiller d’Etat Jean Studer, la mise en œuvre d’un tel projet ferroviaire ne nuirait pas à la santé économique du canton. D’ailleurs, il n’a nullement été question d’augmenter les impôts pour amortir la création du Transrun.

 

Il est par contre évident qu’une telle structure offrirait au canton un regain d’énergie non-négligeable. La possibilité octroyée par le Transrun de se rendre de la Chaux-de-Fonds à Neuchâtel (et inversement) en un quart d’heure changerait la donne dans les échanges entre ces deux villes, notamment via le flux des biens et personnes. Quinze minute au lieu de trente, cela peut sembler a priori peu suffisant pour un réel changement, mais en réalité, le gain de temps ainsi obtenu pourrait inciter bien des personnes à utiliser le réseau ferroviaire pour se rendre sur leur lieu de travail. De surcroît, dans un canton où le Haut et le Bas peinent à communiquer depuis des décennies, sinon des siècles, un tel moyen de transport est une aubaine susceptible de redéfinir ces rapports conflictuels.

 

Bien que le projet soit objectivement onéreux, il serait dommageable pour l’avenir du canton de Neuchâtel que le Transrun soit refusé par le Peuple. Si cela devait arriver, cela condamnerait le canton à devoir se contenter du réseau actuel pour les vingt-cinq ans à venir. Une perspective qui fait froid dans le dos pour l’évolution conjoncturelle neuchâteloise. Et l’immobilité n’amène jamais rien de positif à tout organisme vivant, quel qu’il soit. Or, une communauté a besoin de communiquer, et cela passe également par les transports en commun. Alors, pour les électrices et les électeurs neuchâtelois, le 23 septembre prochain, il leur faudra faire un choix essentiel : offrir au canton une possibilité de renouveau, ou le condamner au trou noir, celui-là même dont parle l’UDC dans sa campagne d’affichage. A bon entendeur.

 

Grégoire Barbey

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30/08/2012

Convention Jornot-Maudet : répression sans réflexion ?

 

Chronique 30.08.12 13h54

 

Le nouveau ministre de la sécurité Pierre Maudet et le procureur général Olivier Jornot ont effectué hier une conférence de presse afin de présenter leur programme commun : une convention qui établit huit axes prioritaires pour lutter contre la criminalité à Genève. Sans préjuger préalablement de l’utilité de ce texte, il est néanmoins possible d’établir une lacune désormais redondante dans la vision sécuritaire des politiques.

 

Systématiquement, la réponse aux problèmes liés à la criminalité est la même : il s’agit d’user de la répression. Certes, les délits doivent être punis, d’une manière ou d’une autre, nul ne conteste ça ; remettons cependant l’Eglise au milieu du village. La population genevoise, en élisant Pierre Maudet au Conseil d’Etat, a transmis un signal très clair : elle est demanderesse d’un réel changement pour le canton. Afin de rassurer le Peuple, Pierre Maudet et Olivier Jornot ont répondu par un symbole, la coopération entre le Ministère Public et l’Etat.

 

Cette impulsion historique peut à juste titre être considérée comme porteuse d’espoir. D’ailleurs, en pleine période de troubles, l’optimisme est salutaire. Mais n’oublions pas de garder un sens critique face aux décisions annoncées. Oui, Justice et Etat vont désormais travailler main dans la main. Il subsiste malgré tout un manque dans cette vision d’avenir pour réduire la délinquance à Genève. La criminalité est pointée du doigt comme si elle était le seul mal à endiguer. Comme si, aussi illusoire soit cette perception, la criminalité n’était pas le symptôme d’une maladie plus profonde.

 

Tant que les facteurs sociologiques ne seront pas sérieusement pris en considération pour élaborer des stratégies afin de parer la prolifération de la délinquance, les décisions prises par les pouvoirs publics ne serviront qu’à titre de politique-spectacle. En effet, comment affirmer, sinon pour rassurer son électorat, qu’en usant de la répression à toutes les sauces, la situation s’améliorera ? C’est se moquer des citoyennes et des citoyens que de leur faire croire pareilles sornettes.

 

Evidemment, mettre le doigt sur les causes qui favorisent la hausse de la criminalité, c’est reconnaître une réalité que de nombreux politiciens se refusent même à aborder : le fonctionnement de la société est la véritable racine de cette « mauvaise herbe ».  Alors oui, pour faire un peu de place, c’est bien joli de couper l’herbe à même le sol ; mais ça ne retire pas pour autant le cœur du problème. Ça l’incite plutôt à lutter pour survivre. Au lieu de crier au loup, de stigmatiser des minorités, d’appeler à la vindicte populaire, le pouvoir en place aurait tout à gagner à reconsidérer ses paradigmes en matière de sécurité.

 

Quitte à changer drastiquement l’orientation de leurs objectifs, Pierre Maudet et Olivier Jornot devront, s’ils veulent véritablement convaincre leurs électrices et leurs électeurs, prendre en compte les causes sociales qui permettent l’expansion de la délinquance. Leur tâche la plus pressante, au-delà de la réforme des institutions judiciaires et de la reprise concrète de la police, est de cerner en amont les différents profils sociaux d’où proviennent les acteurs de la criminalité à Genève. Il n’y a pas de bon, de mauvais, ni même de héros ; il ne s’agit pas d’établir quelle catégorie de la population est dans l’illégalité pour ensuite la vouer à l’anathème. Il faut aider ces gens. Favoriser leur (ré)insertion dans la société. Leur tendre la main si besoin est. Et, en cas de nécessité seulement, utiliser la répression pour protéger la population. Mais de grâce, procédons par étape.

 

Grégoire Barbey

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29/08/2012

Eric Bertinat, un mauvais choix pour la Ville de Genève

Chronique 29.08.12 11h27

 

Le candidat UDC à l’exécutif de la Ville de Genève, Eric Bertinat, a dévoilé le pivot de son programme sécuritaire. Si le député et conseiller municipal était amené à reprendre le Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS), l’une de ses premières réformes consisterait à armer les agents de la police municipale (APM).  Nonobstant sa bonne volonté et son éventuelle accession au poste de conseiller administratif, Eric Bertinat ne serait pas en mesure de faire appliquer sa proposition. En effet, fournir des armes à feu aux APM nécessiterait une modification de la Loi cantonale. L’Entente a fait part de son désaccord avec cette position, ce qui semble avoir énervé le candidat UDC, qualifiant la droite modérée de « centre mou » sur son blog.

 

Si cette proposition d’armer les APM divise déjà la droite en Ville de Genève, il apparaît peu probable qu’une révision de ladite Loi soit envisageable pour permettre la réalisation de ce projet sécuritaire. De surcroît, la mise en application de cette réforme n’aurait a priori pas d’effets vérifiables sur la baisse de la criminalité à moyen terme. Certes, nous pouvons envisager qu’une police municipale armée ait un effet dissuasif sur quelques délinquants. Cependant, si ces potentiels criminels se laissent impressionner par un pistolet qui restera sagement dans son holster en cas d’intervention des APM, à moins d’un événement d’une exceptionnelle gravité,  alors ces individus constituent le menu fretin de la délinquance en Ville de Genève.

 

Mais au fond, cette stratégie repose peut-être une fois de plus sur un schéma politique propre à l’UDC. Il s’agit d’aller dans les extrêmes et d’apporter des propositions disproportionnées, voire irréalisables (comme Eric Stauffer lors de sa candidature au Conseil d’Etat en juin dernier, et sa volonté d’enfermer les délinquants dans des cages disposées à Cointrin), pour ensuite plaider devant le Peuple être la seule formation politique qui « ose » proposer de « vrais réformes » en matière de sécurité. Avec une droite divisée, il devient alors possible pour Eric Bertinat de faire valoir son courage et sa volonté d’améliorer la situation, contrairement à ses collègues de centre-droit qui se contentent d’émettre des propositions plus consensuelles.

 

Tout cela repose encore et toujours sur la manipulation de la population. Pour atteindre son objectif qui est, comme tout parti gouvernemental, d’entrer dans l’exécutif d’une commune ou d’un canton, l’UDC a recours et ce depuis ses débuts à des stratégies de communication qui la mettent systématiquement en opposition avec les autres forces politiques traditionnelles. Plutôt que d’orienter son discours sur un pragmatisme qui consisterait à établir des constats sur des faits concrets pour ensuite proposer des solutions réalistes, l’UDC cherche à toucher l’électorat dans ce qu’il a de plus vulnérable : ses émotions.

 

C’est évidemment plus aisé de pointer du doigt des problèmes et d’y apporter des solutions extrêmes. Les gens y sont plus sensibles car ces hypothétiques changements sont simplifiés et parlent ainsi à tout le monde, même à celles et ceux qui ne connaissent pas les arcanes d’une thématique particulière. Mais cette stratégie a un coût, celui de la crédibilité de l’UDC, qui, bien qu’elle soit parfois prise au sérieux par le corps électoral, n’en est pas moins en confrontation avec les autres formations politiques. En termes de collégialité et d’efficacité gouvernementale, ça n’a aucun effet positif.

 

Au final, Eric Bertinat n’est guère plus original qu’Eric Stauffer, et ses propositions ne diffèrent pas des autres sections cantonales de l’UDC. C’est pourquoi il est profitable de tenir ce monsieur à l’écart du Conseil administratif de la Ville de Genève, et que tant que les représentants de l’UDC proposeront dans la République et canton de Genève des solutions en totale inadéquation avec la réalité, les exécutifs communaux et cantonaux se porteront mieux sans eux.

 

Grégoire Barbey

14:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |