Gregoire Barbey

24/08/2012

En réponse à l'indignation d'Olivier Francey

Chronique, 24.08.12 09h44

 

Apparemment, mon dernier article, titré « La presse et la stigmatisation » n’a pas plu à certains journalistes, dont Olivier Francey. Celui-ci s’est fendu d’un billet sur son blog afin de pourfendre le malotru que je suis, et punir mon outrecuidance, celle de m’être exprimé librement. Un outrage que je ne m’explique pas. Mais, pour faire amende honorable, je vais dès à présent étayer mon propos.

 

Nous sommes dans une période de crise. À Genève, le paradigme instauré par le Mouvement citoyen genevois est d’accuser, en grande partie, les frontaliers des maux que connaissent les résidents locaux. Bien souvent, cette simplification trouve une certaine résonnance au sein de la population. Eric Stauffer, lors de la dernière élection en date, à savoir le 17 juin, a raflé 27% des voix, si je me souviens bien. C’est quand même un chiffre à ne pas prendre à la légère. Près d’un tiers des électeurs et des électrices sont prêts à faire élire cet individu.

 

Ce que je souhaitais soulever dans mon article, peut-être avec maladresse, était l’importance de ne pas donner du grain à moudre au discours de cette formation politique. En l’occurrence, et contre l’opinion de monsieur Francey, je suis intimement convaincu que cette précision était inutile. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à m’en être offusqué. Fabiano Forte, et d’autres personnes sur Facebook, ont mentionné leurs suspicions quant à cette mention.

 

Je continue dans mon argumentation. Si les résultats d’enquête mettaient en avant le fait que l’agent de sécurité s’en était pris à Stauffer pour des motivations politiques, alors préciser qu’il s’agit d’un travailleur frontalier aurait eu tout son sens. En l’état, si je ne m’abuse, aucune preuve ne permet d’affirmer ou d’infirmer cette thèse. Il va donc de soi que cette précision était vraisemblablement secondaire. De surcroît, mentionner que le personnage est frontalier peut avoir des conséquences délicates. À voir les commentaires sur l’article de presse en question, certains internautes ont fait le rapprochement. Et c’est justement ça qu’il fallait éviter, si rien ne démontre qu’il y a un véritable lien de cause à effet.

 

Il semble pourtant dérangeant que je m’ose à la critique d’un tel comportement. C’est vrai qu’en termes d’opinion, notre cher Olivier Francey est cantonné sur son blog à devoir rédiger des textes qui n’en expriment pas. Ou si peu. Et de me voir prendre cette liberté sans que quiconque me l’ait octroyée, ça doit décidément être difficile à avaler. Je ne veux guère polémiquer ici. Ce que je constate, et c’est pourquoi j’avais rédigé cet article, c’est qu’il devient de plus en plus fréquent que des journalistes précisent, sûrement plein de bonnes intentions, la provenance ou l’origine d’un individu.

 

Être frontalier, ce n’est pas une information essentielle, sauf dans certains cas de figure. Ce n’est même pas une origine, une nationalité ! Est-ce devenu si politiquement incorrect de travailler dans un pays autre que celui où nous résidons ? J’espère que non. L’ouverture des frontières, et c’est Economiesuisse qui le dit – difficile de suspecter cette organisation de gauchisme extrême –, a eu des répercussions excessivement positives sur la croissance économique de la Suisse.  Ce n’est pas parce qu’une formation politique, quelle qu’elle soit, a décidé de faire son fonds de commerce sur la stigmatisation* des travailleurs frontaliers qu’il faut suivre la même voie et rentrer dans cette spirale infernale de la dénonciation et la discrimination. Pour moi, c’était une information de trop. Navré, monsieur Francey. Puissiez-vous, un jour peut-être, me pardonner mon culot d’avoir osé publier mon avis.

 

Grégoire Barbey

 

 

*Utilisation volontaire du mot « stigmatisation », qui semble tant plaire à Pascal Décaillet puisqu'il le qualifie sur son profil Facebook de gnangan ainsi que de sentir le patchouli socialiste gentillet.

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23/08/2012

La presse et la stigmatisation

 

Chronique, 23.08.12 15h59

 

Dans un article publié aujourd’hui sur le site de la Tribune de Genève (23.08.12), l’auteur mentionne la provenance de l’agent de sécurité qui avait sprayé Eric Stauffer lors des Fêtes de Genève. Dès les premières lignes, nous apprenons qu’il s’agit d’un frontalier. Le Courrier (09.08.12) s’est déjà fendu d’un éditorial vitriolé sur la question qui consiste à savoir s’il faut ou non préciser l’origine des délinquants et autres lors de la publication d’articles journalistiques. Un éditorial avec lequel je suis en parfaite adéquation.

 

Il serait néanmoins intéressant de réfléchir à l’objectif du journaliste qui tient à préciser ce fait. A-t-il imaginé, l’espace d’un instant, que l’agent de sécurité s’en est pris à Eric Stauffer parce que celui-ci fait ses choux gras en discriminant les frontaliers ? Si tel est le cas, est-ce son rôle d’investiguer sur cette possibilité ? Pas que je sache. Pour ma part, c’est un dérapage que je trouve véritablement honteux, pour ne pas dire scandaleux. En effet, bien que je ne sois pas un adepte de l’idéologie selon laquelle les journalistes se doivent d’être impartiaux (c’est, à vrai dire, une théorie qui me semble totalement déconnectée de la réalité), il me semble essentiel, sinon vital, que les personnes exerçant ce métier fassent de la réflexion leur modus operandi avant la publication d’un quelconque article.

 

Par exemple, à vouloir donner trop d’informations, quels sont les risques encourus ? N’est-ce pas la question que devrait se poser tout un chacun avant d’écrire n’importe quoi ? Car pour moi, il est évident que cette précision biaise l’analyse des lectrices et des lecteurs. Les médias incarnent depuis des lustres le « quatrième pouvoir », et doivent en conséquence prendre la mesure de la tâche qui est la leur, à savoir interroger le pouvoir en place, et non s’y conformer aveuglément. Et là, une partie de ce pouvoir tente de pointer du doigt des minorités en prétendant agir en faveur des petites gens. En acceptant, consciemment ou non, de rentrer dans ce jeu, la Tribune de Genève, régulièrement habituée à mentionner l’origine des délinquants, offre à ces sombres personnages qui manipulent les émotions du peuple une assise qu’ils n’obtiendraient pas sans cette connivence avec le monde médiatique.

 

Nous ne devons pas tolérer d’être ainsi orientés par des organes de presse qui, de par cette attitude, deviennent des organes de propagande politique. Il nous faut attendre mieux des médias. J’avais lu il y a quelques temps une étude qui mettait le doigt sur l’érosion de la confiance des gens dans leurs journaux. À voir certaines de ces feuilles de choux, cela n’est guère surprenant. Et cela démontre même qu’une part importante de la population ne se laisse pas berner docilement. Mais pour tous les autres, qui se font prendre au piège, il est important d’œuvrer de sorte à proposer des articles de qualité, en évitant d’y distiller ses propres suspicions. Parce qu’en l’occurrence, préciser que tel ou tel est frontalier ou maghrébin, ça n’intéresse personne. Et ça réveille des mécanismes émotionnels qu’il vaudrait mieux tenir à l’écart.

 

Grégoire Barbey

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07/08/2012

Une fusion libérale aux conséquences radicales

 

Chronique 06.08.12 14h13

 

Au début des années 2000, certains s'en souviennent sûrement, le Parti Radical genevois manquait de disparaître, avant d'être repris par François Longchamp puis Pierre Maudet, tous deux actuels conseillers d'État dans la République et Canton de Genève. Puis vint, il y a plus d'un an, la fusion entre les Libéraux et les Radicaux, qui ne fut pas de tout repos au sein de la Cité de Calvin, sachant que les rapports de forces opposant les deux partis étaient diamétralement inversés par rapport à la configuration fédérale. Ainsi, Les Libéraux étaient majoritaires au bout du Lac Léman, ce qui était loin d'être le cas dans le reste du pays.

 

Aujourd'hui devenu le Parti Libéral-Radical, nombreux sont celles et ceux qui clament la réconciliation entre les deux formations fusionnées, arguant volontiers qu'il n'y a plus lieu de confronter les identités politiques propres à chacune. Mais ce discours fédérateur ne fait pas nécessairement consensus pour quelques personnalités, principalement ex-libérales. Pourquoi ? Tout d'abord, une incompatibilité philosophique de taille : pour les tenants de la pensée Radicale, l'État se doit d'être présent, et assurer des responsabilités spécifiques, tandis que les Libéraux sont au contraire pour un État plus discret, dont l'ingérence au sein de la sphère privée et des décisions individuelles soit réduite au maximum.

 

Il y a peu encore, deux des sept sièges du Gouvernement cantonal étaient occupés par des Libéraux – Mark Muller et Isabel Rochat – alors qu'un seul était aux mains des Radicaux, tenu par François Longchamp. Depuis la fusion, les choses ont changé radicalement. Mark Muller, nul ne l'ignore, a quitté son poste le 29 février dernier, suite à de nombreux scandales qui ont éclaté à son encontre, dont la désormais célèbre affaire du « Moulin à Danses ». Lui-même affirme avoir été trahi par ses propres collègues de parti, dont deux d'entre eux lui auraient sciemment savonné la planche, et à dessein. Le 17 juin, Pierre Maudet, ancien Président du Parti Radical genevois, a été élu au poste de Conseiller d'État pour remplacer son prédécesseur Libéral.

 

Au fond, pour un observateur politique, cette situation a quelque chose d'extraordinaire, tant la stratégie qui a prévalu après la fusion a véritablement transformé les rapports de forces, avec en prime une communication basée sur une désinformation totale. Qui n'a pas lu, vu ou entendu l'un des pontes du Parti Libéral-Radical affirmant que tout allait bien au sein de la nouvelle formation ? Personne qui ne soit un tant soit peu informé du contexte politique genevois. Et les quelques dissidents au sein du parti qui ont osé s'exprimer contre cette hypocrisie se sont vus outrageusement marginalisés par les leurs. Noyer le poisson en espérant que les vagues cesseront avec le temps. Cette attitude est malheureusement révélatrice d'une incapacité à faire face aux questions que soulève cette unification, et cette volonté de taire à tout prix les luttes intestines qui se déroulent au sein du parti n'est pas pour arranger les choses.

 

Surtout qu'il y aura, dans quelques mois, les élections cantonales, qui verront les trois postes détenus par le Parti Libéral-Radical remis au concours. Sans trop s'exposer, il est possible de voir les conseillers d'État sortants Pierre Maudet et François Longchamp réélus sans trop de difficulté. Mais qu'en est-il d'Isabel Rochat, désavouée par ses paires, et reléguée à un autre poste ? Si celle-ci décide, avec l'approbation de son parti, de se représenter pour une nouvelle magistrature, convaincra-t-elle les électrices et les électeurs malgré le signal fort qui leur a été envoyé ? Il est permis d'en douter. Dans le cas où Rochat n'est plus candidate, quel autre membre du Parti Libéral-Radical serait susceptible de lui succéder ? Il y aurait bien, a priori, un ou deux noms pour y prétendre, mais ceux-ci ne sont pas issus des rangs de l'ancien Parti Libéral.

 

Dès lors, que se passera-t-il s'il devait y avoir un troisième Radical placé au Gouvernement ? Oh, quelques convaincus de la fusion ne manqueront pas de me faire savoir que mon analyse est erronée, m'affirmant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais ça, je n'y crois guère. Car l'identité, au sein de ces deux formations, est importante. Et nul ne peut se résoudre à l'idée de voir les siens mis sur le banc de touche en toute impunité. Et pire encore, si le parti devait perdre son troisième siège au Conseil d'État, au profit par exemple d'une formation politique comme le Mouvement Citoyen Genevois, quelles seront les conséquences à moyen terme pour le Canton et également pour la pérennité du Parti Libéral-Radical ?

 

Toutes ces questions, soigneusement étouffées dans la presse, méritent d'être posées et, si possible, de trouver quelques réponses valables, sans mentir ni distraire. Ce qui est certain, c'est qu'en terme de stratégie politique, il aurait été difficile de faire mieux pour renverser les rapports de forces qui prévalaient avant la fusion, tout en gardant, en apparence, un semblant de cohésion. Mais il y a longtemps que je ne crois plus aux miracles, et ces manigances ne seront pas tolérées par tout le monde, et même les plus obtus finiront pas se rendre à l'évidence : il y a un problème.

 

Grégoire Barbey

 

 

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05/08/2012

Des manipulations politiques en Ville de Genève

 

Chronique 03.08.12 15h27

 

Les médias, ces derniers temps, n'ont pas pratiqué l'analyse politique avec le même engouement que lors de la candidature de Pierre Maudet à l'élection partielle au Conseil d'État. Et pourtant, si cette nouvelle élection partielle, cette fois-ci dans le but de pourvoir le siège laissé vacant par le nouveau Ministre de la Sécurité, ne concerne que la Ville de Genève, elle n'en est pas moins cruciale. Genève est la première ville de Suisse romande, et la seconde au niveau fédéral. Comme le dit si bien Jean-Marc Froidevaux sur son profil Facebook, l'objectif d'un parti, quel qu'il soit, est de gouverner. C'est par essence sa raison d'être. Quel message instille à ses sympathisants et militants le parti Libéral-Radical en renonçant à partir à la conquête d'une place stratégique pour faire opposition à une gauche toute puissante ? Qu'au fond, se battre est vain ? Un signal qui pourrait être mal interprété au sein de la base.

 

Extrapolons quelque peu. Il y a l'année prochaine le Gouvernement cantonal à réélire. Le PLR a actuellement trois sièges, mais peut-on affirmer qu'il les conservera tous ? Eu égard à ses derniers résultats électoraux, en-dehors de celui de Pierre Maudet pour le Conseil d'État, nous pouvons légitimement en douter. Acceptera-t-il de sacrifier deux places sans plus de bataille ? Alors, qu'un certain personnage, fort de son statut de « prodige politique », ait manigancé quelques stratégies obscures en promettant à plusieurs personnes la place qui n'était d'ailleurs même pas au concours à l'époque où il mit en place son jeu, cela ne doit pas pour autant occulter la réalité politique, celle des rapports de force. Céder à des stratagèmes aussi crapuleux, irrespectueux des gens qui font vivre le parti, non pas celles et ceux qui en tiennent les rennes, et veulent se placer sur d'importants sièges, comme l'a récemment dévoilé Cyril Aellen à la presse, n'est pas digne d'un parti qui occupe actuellement la première place au sein du Gouvernement.

 

Ces manipulations, qui sont le fait de quelques-uns qui pensent être les meilleurs à même de choisir pour les autres, sont passées de date. Aujourd'hui, la politique doit être transparente. L'opacité de certains ne puis demeurer davantage. Et qu'untel veuille écarter ses rivaux pour son dessin de siéger au sein du Conseil Fédéral, ne doit aucunement influencer négativement l'ensemble d'une politique cantonale. Je me demande donc pourquoi des journaux comme la Tribune de Genève, si prompte à esquisser de longues analyses et autres éditoriaux sur la candidature de Pierre Maudet au Conseil d'État, font la sourde oreille concernant la conjoncture actuelle en Ville de Genève, et ne consacrent pas davantage d'articles sur les manigances de ces « grands pontes » du PLR, qui croient, du haut de leur tour d'ivoire, décider. Gouverner, ce n'est pas ça, et je les renvoie donc à Machiavel, qu'ils ont lu bien avant moi. Il faut choisir. Méprisez la base, mesdames et messieurs, et celle-ci finira par vous envoyer la facture. Dès lors, il ne faudra pas se plaindre. Pour ma part, je soutiens la candidature de Jean-Marc Froidevaux, qui a le mérite de poser le doigt là où ça fait mal. Et rien que pour ça, les médias devraient en parler.

 

 

Grégoire Barbey

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03/08/2012

Sécurité : considérer les contextes familiaux délétères

 

Chronique 02.08.12 20h42

 

Sécurité. Thématique hautement émotionnelle sur les terres de feu Calvin. Tout semble aller de mal en pis, et le nouveau Chef du département de la Sécurité, le bienheureux et ancien Maire de la ville de Genève Pierre Maudet est attendu au tournant, peut-être à juste titre puisqu'il a lui-même ardemment souhaité prendre les rennes d'un département durablement sinistré, et qui fut attribué, ces dernières années, à des personnes qui n'en voulaient pas. Isabel Rochat, Laurent Moutinot, Micheline Spoerri, autant de noms qui, d'après l'opinion publique, ont failli à leur tâche. Alors, la question qui est relayée par tous les médias depuis sa récente élection, celui qui est perçu comme un prodige de la politique arrivera-t-il à changer les choses durant les seize mois, temps imparti pour faire ses preuves, ce qui, convenons-en, est vraiment très peu, et à redorer l'image des forces de l'ordre ? Espérons-le.

 

Bref, la problématique de la sécurité mérite d'être abordée, tout un chacun en conviendra. Mais, trop souvent, elle est utilisée à des fins égoïstes, pour ne pas dire électoralistes. Et sert, au final, d'épouvantail. Parmi les idées saugrenues qui nous furent proposées à maintes reprises, la palme du ridicule et du mauvais goût revient à celle initiée par le tribun du Mouvement Citoyen Genevois. Effectivement, nonobstant l'impossibilité pratique de son programme – à savoir, pour celles et ceux qui l'auraient oublié, déposer des centaines de cages pour y détenir les multirécidivistes afin de les empêcher de nuire à la population genevoise –, il y avait un vide abyssal dans cette proposition, faisant d'ailleurs davantage appel à l'émotionnel qu'au bon sens commun. Ce néant, c'est de considérer la criminalité comme un véritable problème, alors qu'elle n'est, au fond, qu'un symptôme d'un mal plus profond. Une maladie, oserais-je dire, qui ronge notre société : la précarité.

 

Celle-ci arbore différents visages. Il y a la pauvreté, qui pousse des êtres humains à la clandestinité et au crime, car rappelons ce vieil adage, « nécessité fait loi ». Mais, et c'est trop peu débattu, il y a la misère familiale, celle qui ne se voit pas, et qui pourtant détruit des vies chaque année. Combien d'enfants naissent de parents maltraitants, ou démissionnaires ? Je n'ai pas connaissance de statistiques pertinentes à ce sujet. Et pourtant, c'est une réalité latente, qui, bien qu'elle soit souvent ignorée, a des conséquences directes sur la société. Cependant, les us et coutumes actuels poussent encore de nombreuses victimes dans un mutisme total, tant l'idée même de famille est hautement sacrée. La Justice, censée protéger les citoyennes et les citoyens, n'a pas encore, au vingt-et-unième siècle, pris la mesure du rôle qui est le sien dans l'arbitrage des relations parents-enfants.

 

Il ne s'agit pas là de spéculation, ou, pour reprendre des propos plus crus, de « masturbation intellectuelle ». Non, la violence familiale – qui se décline elle-même en agression psychique et/ou physique – est plus répandue que nous ne l'imaginons. À vrai dire, pour les mieux nantis d'entre-nous, comment envisager un problème qu'ils n'ont jamais eu à affronter durant leur vie ? Et pour les autres, le silence est de rigueur, tant il est malvenu, socialement, de s'opposer aux figures parentales. Ce n'est, dit-on, pas moral. Battre ses enfants, par contre, ça n'est pas grave. L'éducation à la dure, les insultes, c'est une façon comme une autre d'inculquer la réalité de la vie à ces bougres qui n'en fichent pas une. Foutaises. Choqués ? Je l'ai malgré tout entendu, et combien de fois ! Ces enfants le méritent, disent-ils. Une petite correction de temps à autre n'a jamais tué personne. Ou presque. Mais ces quelques-uns, qui pensent répandre la bonne parole, certains de leurs imbécillités distillées de-ci, de-là, occultent les blessures qui demeurent une vie entière, comme des griffures sur l'âme, cachées aux yeux des autres, et portées comme un fardeau silencieux, voire honteux. Qu'ai-je fait de mal ? Rien. Et malheureusement, certaines enfances brisées ne se réparent jamais, quand bien même les efforts sont titanesques.

 

Pouvons-nous, aujourd'hui, continuer à faire les sourdes oreilles face à cela ? Oh bien sûr, il existe des institutions dont le but est de prévenir ces dérapages. Mais il y a encore beaucoup à faire, notamment dans le changement des mentalités. Une prise de conscience, réelle, durable, qui veuille bien admettre qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la tête de certains de nos concitoyennes et concitoyens. Et qu'une société qui capitalise sur des générations d'enfants désabusés ne peut pas s'attendre à la vie facile. Alors, aussi profane que je le suis dans ce domaine épineux qu'est la sécurité, j'invite celles et ceux qui s'en occupent à réfléchir à ça. Car peut-être, aussi idéaliste que je suis, pourrions-nous soulager quelques peines, et éviter à des âmes tourmentées de terminer leur existence au fond d'une cellule à ressasser le passé. Oui, ceci était l'appel d'un être qui a connu pareil traitement, et ne le souhaite à personne. Songeons que les solutions sécuritaires se situent probablement en amont, et non dans l'expression symptomatique de la criminalité. Merci de m'avoir lu.

 

Grégoire Barbey

 

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26/07/2012

« Pour éliminer les juifs, c'était exactement la même argumentation qui était utilisée »

 

Chronique 26.07.12 19h55

 

Oskar Freysinger, conseiller national UDC, a affronté lors d'un débat au sein du « Journal du Matin » de la RTS (25.07.12) la secrétaire générale des femmes libérales-radicales Claudine Esseiva sur la thématique de l'IVG (interruption volontaire de grossesse) et plus précisément l'initiative « financer l'avortement est une affaire privée ».

 

Pour Monsieur Freysinger, l'avortement est comparable à un génocide et pourrait, à terme, causer la perte de notre civilisation. Madame Esseiva rappelle néanmoins qu'en Suisse, le taux d'interruption de grossesse est le plus bas d'Europe, environ 10'000 par année. Quelques minutes plus tard, le conseiller national valaisan va plus loin dans ses propos et affirme que « pour éliminer les juifs, c'était exactement la même argumentation qui était utilisée » durant la Seconde Guerre Mondiale. Relevons ici l'impressionnante prestation du politicien reconnu comme étant un fervent militant voir initiateur de groupuscules d'extrême droite. La comparaison est tout de même abominable et culottée. Il oublie cependant que l'avortement est un acquis sociétal important, notamment pour l'indépendance des femmes, dont la légitimité fut obtenue par les urnes. Un comble.

 

Ce qui est surprenant, c'est le biais par lequel Oskar Freysinger perçoit la problématique. Il aborde volontiers la question de la pérennité de l'humanité (fut-elle en danger), en occultant simultanément l'évidence d'un futur où la croissance démographique deviendra véritablement un souci géopolitique. En effet, des études prévoient qu'en 2050, la population mondiale aura atteint 9 milliards d'êtres humains. Sachant qu'à l'heure actuelle, plus de 2 milliards d'humains ont à peine deux dollars par jour pour se nourrir, il serait intéressant d'imaginer la conséquence d'une augmentation significative de la population sur la répartition de la pauvreté.

 

Il est un devoir pour la collectivité de garantir le droit et l'accès à un avortement de qualité ; une femme qui ferait interrompre sa grossesse dans des conditions hygiéniques effroyables risquerait des complications qui coûteraient bien plus chère à l'assurance qu'un avortement décent. De surcroît, pour un dogmatisme qui ne tolère aucune atteinte à la vie, même inachevée, risquer de faire venir au monde des enfants non-désirés n'est pas sans danger, et au cas où les parents n'assumeraient pas leur rôle, les éventuelles dérives de ces vies « sauvées » à tout prix occasionneraient des coûts bien plus élevés et ce pour l'ensemble de la collectivité.

 

Enfin, pour quelqu'un qui s'oppose activement à l'immigration et dont l'islamophobie n'est plus à démontrer, le discours d'Oskar Freysinger peine à passer : certes, garantir la vie est une responsabilité régalienne. Mais si notre cher enseignant prend en compte ses propres revendications quand il prétend que l'augmentation de l'immigration a des effets négatifs sur l'emploi des résidents nationaux, il paraît tout à fait saugrenu qu'il soutienne également une nécessité des naissances dans n'importe quelle situation, aussi triste fut-elle, notamment en proposant des boîtes à bébé (!). En somme, à force de soutenir des thèses toujours plus farfelues les unes des autres, il en oublie son droit à la cohérence. CQFD.

 

Grégoire Barbey

 

 

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19/07/2012

À Genève, les politiciens n'aiment pas les kebabs

 

Chronique, 19.07.12 21h25

 

Il y a, actuellement, une polémique concernant les drapeaux qui sont exposés sur le pont du Mont-Blanc. En effet, ceux-ci représentent des visuels de « Döner Kebab », réalisés par un artiste qui a remporté le concours annuel du Quartier des Bains, ce qui ne semble pas être du goût de tous au sein de notre bonne vieille ville de Genève. À tel point qu'Alain de Kalbermatten, sur son profil Facebook, nomme cette affaire le « kebabgate ». Veut-il, en qualifiant ce travail artistique d'insignifiant, faire changer d'avis les pontes du PLR pour l'élection complémentaire au Conseil administratif qui ne le trouvaient pas suffisamment à droite ? C'est une éventualité.

 

Il est néanmoins évident que cette exposition ne mérite pas un tel engouement de la part de nos politiciens, qui auraient meilleur temps de régler des problèmes beaucoup plus urgents, notamment en matière de logement ou de mobilité. L'été oblige, la chaleur monte vite à la tête. Mais quand même, en arriver-là pour si peu, c'est affligeant.

 

De surcroît, si les drapeaux avaient représenté une cuisine qui ne provienne pas du Moyen-Orient, nous n'aurions sûrement pas eu à subir cette vague de discours plus creux les uns des autres. Ni tomber sur des publications de la sorte sur les réseaux sociaux. Bref, une saisissante histoire de caniveau, qui démontre une fois de plus les intérêts qui poussent nos représentants à s'émouvoir. Rien de nouveau sous le soleil, en somme. Ou alors, si, quelques drapeaux, qui ne resteront pas longtemps dans la mémoire des automobilistes trop occupés à s'énerver dans les bouchons interminables du pont du Mont-Blanc, point névralgique de l'immobilité genevoise.

 

 

Grégoire Barbey

 

 

Kalbermatten.PNG

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17/07/2012

La peine de mort, une aberration juridique ?

 

Chronique 17.07.12 08h36

 

Dans un article publié sur le site de la Tribune de Genève, nous pouvons y lire qu'un condamné à mort, attardé mental, « s'est vu refuser la clémence par le Comité des grâces de l'État de Géorgie ». Sans rentrer dans les arcanes de cette affaire, que je ne connais pas, cela m'interpelle. La peine de mort, abolie par 140 pays sur 192 (en 2009), reste néanmoins une réalité pour 60% de la population mondiale, car les États qui la pratiquent encore sont les plus peuplés à l'heure actuelle. À savoir l'Inde, la Chine, l'Indonésie et les États-Unis. En Europe, seule la Biélorussie applique encore librement la condamnation à mort. En Suisse, la peine de mort fut abolie pour les délits ordinaires en 1942 et complètement en 1992. La dernière exécution remonte à 1944. Cela fait froid dans le dos. Considérons l'Amérique, un pays dont les traditions sont occidentales.

 

La chronique américaine est régulièrement défrayée par des scandales en raison des peines appliquées par la Justice. Et des conditions d'exécution. Cette nation emploie à l'égard des États concurrents des méthodes pour le moins impérialistes. Mais ceci est un autre débat. Toujours est-il que la politique étrangère des États-Unis tend à vouloir uniformiser le monde selon ses propres valeurs. Alors, pourquoi la notion de Justice y est si rétrograde dans le domaine de la peine de mort ?

 

Celle-ci devrait s'aligner sur des principes objectifs, avec comme but la protection des individus et la réhabilitation des criminels au sein de la société dans la mesure du possible. Sporadiquement, dans des conversations, le débat revient. Faut-il mettre à mort un assassin ? De nombreux tenants de cette solution utilisent des arguments qui peuvent se résumer à l'adage : « œil pour œil, dent pour dent ». Cependant, comme disait Gandhi, « œil pour œil et le monde finira aveugle » ! En effet, un tel critère ne pourrait être employé décemment pour établir des peines qui soient équitables et justes. Tout individu devrait avoir un droit incompressible à la vie. Qu'un État, entité métaphysique derrière laquelle agissent des êtres humains faillibles, s'arroge le droit de décider qui doit ou non mourir ne m'enchante guère.

 

De surcroît, si le fait de tuer autrui est répréhensible, je ne puis accepter, même au nom de la Justice, qu'il soit possible de condamner quiconque à la peine capitale. Le meurtre est souvent irréfléchi (émotionnel, passionnel, etc.), or l'exécution procède d'un rituel auquel participe de nombreux acteurs. Si nous jugeons que le meurtre n'est pas tolérable dans notre société, pour divers motifs, notamment parce qu'il cause un dommage durable à celle-ci, comment envisageons-nous de justifier qu'il puisse y avoir une main humaine qui mette fin aux jours d'un autre Homme, même coupable des pires atrocités ? Je crois, et j'espère ne pas faire erreur, qu'il n'y a aucun cheminement intellectuel rationnel qui permette d'établir des arguments favorables à la mise à mort d'un individu, quelles que soient ses fautes.

 

Si nous pensons, à raison, qu'un meurtre est une atteinte à l'ensemble de la société – parce que la mort de la victime influencera négativement sur le bien-être de ses proches, parce que la place qu'elle occupait est laissée vacante etc. –, offrir à la Justice la possibilité de créer ce mal, unanimement reconnu, est une étrange façon de faire respecter la Loi. Car oui, l'exécution d'un meurtrier aura aussi ses répercussions sur la famille de ce dernier, quand bien même ses actes méritaient une punition. Je ne réfute pas la nécessité d'une Justice qui utilise, quand nécessaire, la solution punitive. Mais je désire qu'elle offre une contrepartie positive au fait d'user de la punition. Par exemple, la peine privative de liberté devrait, théoriquement, permettre au condamné de se réintégrer parmi ses paires dans la société. Ce n'est malheureusement que très rarement le cas de nos jours, et les raisons de cette inefficacité sont probablement multiples. Nous pourrions également en débattre longuement.

 

L'équité reste l'un des principes fondamentaux de la Justice, et tout individu mérite que ses droits, en vertu de cette notion, soient considérés et respectés. Donc, par pur raisonnement logique, nous ne pouvons vraisemblablement occulter tous ces paramètres qui rentrent en ligne de compte lorsqu'il s'agit de décider de la peine à appliquer. Et finalement, nous devrions envisager d'établir le rôle et la complicité des acteurs qui font partie du processus de condamnation à mort, du magistrat qui impose la peine au bourreau qui l'applique. Ceux-ci sont-ils exempts de respecter les mêmes règles parce qu'ils agissent au nom d'un masque idéologique, celui de la Justice impartiale et bonne ? Sincèrement, je ne le pense pas.

 

Grégoire Barbey

 

 

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15:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : justice, meurtre, assassinat, homicide, mort, condamné, peine, privation, liberté, criminel |  Facebook | | | |

16/07/2012

Faut-il restreindre la publicité à des quantités décentes ?

 

Chronique, 16.07.12 13h11

 

Il y a des questions de société qui se posent continuellement. Celles et ceux qui me lisent régulièrement – et je les en remercie du fond du cœur – connaissent mon intérêt pour les interrogations sociologiques. Aujourd'hui, j'aborderai la thématique de la publicité. Concrètement, nous en subissons les effets quotidiennement. Elle est même admise communément comme faisant partie intégrante de notre existence. Or, pouvons-nous raisonnablement l'accepter sans la questionner ? À mesure que progressent nos technologies, les publicités atteignent de nouvelles plate-formes, et s'installent durablement. Nous, les consommateurs, et accessoirement récepteurs, sommes directement touchés par l'évolution progressive de ce marché qui s'attaque à notre psyché – car il s'agit bien de cela !

 

Sur nos téléphones portables, dans nos journaux, à la télévision, sur notre ordinateur, dans nos boîtes aux lettres, sur d'innombrables affiches, dans nos transports en commun, elles sont omniprésentes. Nous ne pouvons prétendre les ignorer totalement. Que nous le voulions ou non, celles-ci nous influencent et nous conditionnent. D'ailleurs, existeraient-elles si leur impact était nul ? Non, bien évidemment. S'il y a des investisseurs dans ce domaine, ce n'est pas par charité. Nous pourrions tergiverser sur les effets réels de leur efficacité, étudier les conditions qui nous rendent plus ou moins réceptifs à certaines publicités plutôt qu'à d'autres, spéculer sur leur nécessité dans une économie, etc. Mon propos ne s'étendra pas aussi loin, parce que je n'ai pas les moyens requis pour apporter des réponses aussi précises et scientifiques.

 

Cependant, je puis formuler quelques pistes de réflexion. Et c'est précisément ce que j'aime à faire ! L'économie de marché cherche à maximiser ses profits, jusqu'ici personne ne contestera mes dires. Pour y parvenir, elle peut employer diverses méthodes. La publicité en est une parmi d'autres. Chaque année, des milliards sont investis dans ce domaine, en perpétuelle croissance. L'objectif d'un annonceur (celui qui initie la campagne publicitaire) est d'atteindre une cible spécifique. Par exemple, une affiche MacDonald's aura pour but de capter l'attention d'un public à plus large échelle qu'une publicité destinée à un public d'initiés. Cela détermine entre autre le budget qui sera alloué aux diverses campagnes publicitaires d'une entreprise donnée. Tout ça doit être compris pour saisir l'utilité d'une publicité et l'impact pré-évalué qui sera sienne. En effet, si nous réagissons tous à des stimulations de notre attention, la façon dont nous intérioriserons une image ou un slogan variera d'un individu à un autre.

 

Dès lors, il n'est pas facile de considérer globalement cette problématique. Mais nous pouvons toutefois admettre qu'il y a une relation de cause à effet, sur une longue durée, dans les changements d'habitude des « consommateurs ». Ou dans l'intériorisation de certains faits. Ce qui m'intéresse ici, c'est de savoir dans quelle mesure nous ne devrions pas davantage légiférer la publicité et pourquoi pas la restreindre à des quantités décentes ? Je veux dire, comment penser l'indépendance de l'esprit lorsque celui-ci est continuellement soumis aux diverses tentatives des publicités pour capter son attention ? Pour ma part, je ne crois pas trop m'avancer en postulant qu'il y a, dans cette surexposition à la publicité, un coût social excessivement élevé qu'il serait impératif de garder à un niveau le plus bas possible.

 

Le rôle de l'État est de protéger l'intégrité des individus qui vivent sous sa juridiction. Pourquoi celui-ci ne pourrait-il pas améliorer cette protection en élargissant son champ d'action aux diverses ingérences externes qui sont imposées, bon gré mal gré, aux citoyennes et citoyens ? Ces derniers n'ont pas à pâtir d'une volonté excessive des marchés à réaliser des profits peu importe les conséquences en terme de coûts sociaux. Au contraire, il serait justifié de délimiter clairement les frontières acceptables entre l'intégrité psychique des êtres humains et la volonté d'augmenter les bénéfices de certaines entreprises. Personnellement, depuis plusieurs années, je cherche à me protéger un maximum de la présence exagérée des publicités, notamment en ne regardant plus la télévision, ou en évitant certains sites. Mais cet exercice n'est pas aisé ni nécessairement réalisable par toutes et tous. C'est pourquoi je me propose d'étendre le débat sur cette question, afin d'y réfléchir sérieusement. Est-ce souhaitable que nos esprits, divers et variés, soient constamment « pollués » par des stimulations extérieures indépendantes de notre volonté ? Qu'importe la réponse, il faut s'interroger.

 

Grégoire Barbey

 

 

15:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : débat, question, société, publicité, économie, marché |  Facebook | | | |

15/07/2012

Economie et nucléaire, un duo inacceptable

Chronique, 15.07.12 12h30


Le Temps du week-end nous dévoile quelques révélations au sujet de la catastrophe nucléaire qui s'est produite le 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi. En effet, le tremblement de terre suivit par un tsunami avaient endommagé les installations de la centrale. Ce qui semblait être une fatalité naturelle trouve son fondement dans des erreurs humaines. TEPCO, opérateur de la centrale, pour des raisons économiques, n'a pas jugé urgent de prendre en compte les avertissements, datant de 2006, des autorités de réglementation du nucléaire, repoussant l'échéance des rénovations et des modifications à effectuer en 2016. Les autorités, pour d'obscures raisons, n'y ont vu aucun inconvénient, alors qu'elles étaient pourtant conscientes qu'une vague atteignant le niveau de la centrale occasionnerait des dégâts conséquents, dont notamment une panne d'électricité générale. Mais le risque fut considéré comme peu important. Pourtant, cinq ans plus tard, l'impensable se produisit, avec les retombées que nous lui connaissons.

 

Impensable ? En réalité, pas du tout. Le Japon se situe sur d'importantes failles sismiques, les tremblements de terre n'y sont pas rares. L'éventualité d'un scénario catastrophe n'était donc pas à exclure. Encore moins pour des justifications d'ordre économique. Ces erreurs, s'il est possible de nommer cela ainsi, furent commises délibérément, avec de surcroît la complicité des autorités compétentes et du gouvernement japonais. C'est d'autant plus grave qu'aujourd'hui, il est trop tard pour revenir en arrière. Des millions d'hectares sont contaminés, des centaines de milliers de vies humaines et animales sont durablement mises en danger. Pire, l'ensemble des informations distillées par les médias sont données au compte-goutte par les responsables de la catastrophe, nous pouvons raisonnablement avancer qu'en l'état actuel des faits, nous ignorons les véritables conséquences de ce cataclysme nucléaire.

 

Néanmoins, des conclusions peuvent être tirées. Et d'ailleurs, il ne s'agit pas seulement de les énoncer, la main sur le coeur. Ce qu'il faut, c'est les prendre en considération dès à présent et anticiper l'avenir selon ces réalités que nous ne pouvons écarter. Une technologie aussi dangereuse que le nucléaire ne peut être régie par des impératifs économiques. Qui plus est, si nous raisonnons d'un point de vue d'économiste, alors il est évident que le coût social et les externalités négatives de l'atome sont supérieurs au bien-être économique. L'impact d'un accident nucléaire sur l'ensemble de la société est bien trop important pour accepter des compromis entre l'économie de marché et la prise de décision en cas de risques avérés. Nous ne pouvons jouer à la roulette russe avec la survie de notre écosystème. Des centrales comme celle de Superphénix, en France, à quarante kilomètres de Genève, sont des épées de Damoclès sur nos têtes. Celle-ci contient en son sein une tonne de plutonium, et ne peut être démantelée car notre technologie actuelle ne nous le permet pas. Or une telle quantité de plutonium, en cas d'accident, réduirait l'Europe en cendres, la rendant inhabitable durant vingt-quatre mille ans. Et tuerait jusqu'à dix milliards d'êtres humains.

 

Alors, pouvons-nous continuer à jouer avec notre sécurité sur l'autel de la finance et de l'économie ? Objectivement, la réponse est évidemment non. Mais malheureusement, certaines entités économiques sont prêtes à prendre des paris aussi dangereux. Et risquer la survie de notre espèce pour quelques rentrées d'argent chaque mois. Est-ce qu'un chiffre d'affaires peut justifier des prises de risque aussi importantes ? Je ne le crois pas. Suis-je idéaliste ? Je ne l'espère pas. Lucide, peut-être. Ce que je vois, cependant, c'est que nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour mettre fin à l'impérialisme économique qui prend le pas sur toutes les réalités, aussi vitales soient-elles, que nous devrions ériger en priorité fondamentale pour protéger notre bien-être. Je vous le demande, quand est-ce que nous deviendrons responsables et oserons-nous agir dans le bon sens ?

13:17 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nucléaire, politique, économique, finance, réalité, pragmatisme |  Facebook | | | |