Gregoire Barbey

09/07/2012

Pour une société plus juste

 

Chronique, 09.07.12 15h01

 

Une société, c'est la mise en commun d'une pluralité d'individus. Nous sommes la société. Tout l'art est ensuite de régir l'ensemble de la communauté en tenant compte des différences propres à celles et ceux qui la composent. Nous avons chacune et chacun nos propres référentiels, qui proviennent d'une éducation, d'une culture et d'une personnalité qui divergent inéluctablement d'un être humain à un autre. De nos jours, c'est d'autant plus frappant avec les innombrables moyens de déplacement, de communication et d'information. Que nous vivions dans le même univers ne garantit pas que nous le percevions de la même manière. C'est à la fois ce qui fonde la richesse de l'humanité, et l'extrême complexité des rapports qu'entretiennent les hommes et les femmes entre eux.

 

De fait, la société que nous construisons se doit de répondre à divers prérogatives essentielles pour le bon déroulement des interactions entre ses membres. Elle doit par exemple fixer des règles afin de prévenir les comportements qui pourraient nuire aux autres. Ce sont les Lois. L'essence d'une société n'est pas immuable. Son évolution est constante, car concomitante aux changements qui surgissent dans les mentalités de celles et ceux qui interviennent dans son fonctionnement. Aujourd'hui, nos mœurs ne sont plus celles d'il y a un millénaire, sur de nombreux aspects. Nos technologies se sont d'ailleurs perfectionnées, permettant de meilleurs moyens pour garantir des besoins fondamentaux, comme se nourrir, vivre avec un toit au-dessus de la tête, etc.

 

Pourtant, alors que nous découvrons de nouvelles méthodes pour nous faciliter la vie dans divers domaines, notamment l'alimentaire, dans une société comme la nôtre, en Suisse, et plus localement encore à Genève, des gens sont forcés d'errer de poubelle en poubelle pour tenter de récupérer quelques déchets qui leur permettraient de se sustenter un minimum. Personnellement, cela m'interroge énormément. D'autant que l'actuelle idéologie dominante tend à être libérale. Or, offrir un minimum vital pour chaque individu rentrerait clairement dans cette optique. Je ne remets pas en question la nécessité que chacun apporte sa pierre à l'édifice, notamment par l'intermédiaire d'un travail. Ce qui me dérange davantage, c'est le mythe de l'égalité des chances. Cette idée, selon laquelle nous avons toutes et tous les mêmes chances de succès et qu'il ne dépend que de nous pour réussir, est à mon sens totalement biaisée.

 

Je ne crois pas à l'égalité. Je la souhaiterais, mais d'un point de vue déterministe, elle n'est que chimère. Nous pouvons la créer, artificiellement, la feindre aussi. Mais à l'état de nature, nous sommes toutes et tous différents. Ce que j'entends par « nature », c'est l'absence d'intervention humaine. Il faut donc, dans une société égalitariste, qui désire promouvoir le bien-être et respecter la dignité des êtres humains, non pas reproduire un darwinisme social sauvage et aberrant, mais donner le nécessaire pour assurer la survie de chacune et de chacun. Tout en favorisant certains comportements, en rétribuant davantage celles et ceux qui en font plus pour l'ensemble de la communauté. Je ne désire même pas remettre ici en question l'idéal libéral, ou même le capitalisme.

 

Je suis intimement convaincu qu'une société, comprendre ici : les divers acteurs qui la composent – peut tout-à-fait entretenir un système capitaliste tout en observant un principe de protection des individus plus faibles. Dans notre pays, en tout cas, c'est un objectif réaliste. Ailleurs, dans le monde, la question est bien plus épineuse. Mais ne serait-ce qu'ici, nous pouvons déjà garantir à nos concitoyens (ici sans aucune distinction entre nationaux et immigrés) la possibilité de vivre décemment. Peut-être faudrait-il que les nantis goûtent à la misère pour être convaincus qu'il n'y a aucune morale qui justifierait l'indifférence à ce mal, mais soyons pragmatiques, cela n'arrivera pas. Il incombe donc à celles et ceux qui ont une sensibilité suffisamment développée de se battre pour garantir les droits aux minorités. Qu'à cela ne tienne !

 

Grégoire Barbey

15:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, politique, misère, réflexion, libéralisme |  Facebook | | | |

28/06/2012

Nos différences ne doivent pas servir de terreau à la haine et la rancune !

 

Chronique, 28.06.12 14h54

 

Invraisemblable ! La Tribune de Genève de ce jour dévoile une motion proposée par l'UDC zurichoise, dont l'objectif était de séparer les suisses en deux catégories. Ceux ayant été naturalisés, afin de pouvoir déterminer leur importance au sein des statistiques de la Justice, et les suisses « de souche ». Cette volonté discriminatoire a reçu un soutien de la part des Vert'Libéraux zurichois. Sans rentrer dans les comparaisons extrêmes, une telle proposition a quelques points en commun avec des agissements perpétrés dans l'Allemagne des années trente... Pour l'UDC zurichoise, il semble de bon ton d'aborder des sujets qui fâchent. Et d'une façon pour le moins discutable, puisqu'il y a quelques jours, un membre de ce même parti proclamait la nécessité d'une « nuit de Cristal » contre les mosquées. Pour mémoire, la « Reichskristallnacht » fut un pogrom organisé contre les juifs du troisième Reich, commandité par Adolf Hitler. Oser réutiliser de tels souvenirs dans le but d'attaquer une population, quelle qu'elle soit, est écœurant.

 

Pire, c'est nier l'atrocité, la terreur et la cruauté de ces actes, en les banalisant. L'Histoire devrait nous servir d'exemple, et non être un puits dans lequel récupérer des idées répugnantes pour servir de fer de lance à une idéologie d'exclusion. Plus inquiétant encore, c'est l'indifférence avec laquelle ces propos abominables sont tenus. Le racisme et la xénophobie ne devraient plus exister de nos jours, dans un pays comme le nôtre du moins. Qu'encore maintenant certaines personnes se permettent d'en faire leur fonds de commerce est autrement plus préoccupant. Ce sont des peurs irrationnelles, qui n'ont pas lieu d'être. Chaque être humain, peu importe sa couleur de peau, ses coutumes, son langage, ses croyances, possède des défauts, certes, mais surtout des qualités. Quelques différences ne doivent pas constituer le terreau de la haine. Le rejet des autres, c'est une façon détournée de transposer son mal être sur autrui. Et ça n'est pas acceptable.

 

Il y a toujours mille raisons de se faire la guerre. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises n'a jamais été un critère qui ait servi à ne pas se battre inutilement. Mais ni l'orientation sexuelle, ni les croyances et l'origine ne doivent faire l'objet d'attaques frontales. C'est, en plus d'être mesquin et dégueulasse, une preuve d'ignorance crasse. Qu'il y ait encore aujourd'hui, en Suisse, des hommes et des femmes adultes, éduqué-e-s et vacciné-e-s pour rabâcher des paroles aussi effroyables devrait être une honte nationale. Je ne me l'explique pas. Affligeant, c'est tout ce que j'en retire. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à comprendre avec quelle facilité sont répandues de telles ignominies. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je continuerai à me battre contre ces préjugés qui ont détruit l'existence de tant d'êtres innocents, malheureusement nés à des endroits inappropriés dans l'imaginaire de quelques illuminés.

 

Ça me fait mal au cœur pour toutes celles et ceux qui, naturalisés, immigrés ou suisses, ont passé leur vie à lutter pour que ce pays, petit mais plein de promesses, obtienne ses lettres de noblesses et voient ainsi leurs idéaux réduits à néant par des esprits insouciants. Il n'y a rien pour traduire ma tristesse face à cet ostracisme immérité. Tout ce qui me réconforte, c'est qu'à peine un livre d'Histoire ouvert, je retrouve les traces d'innombrables personnalités qui ont façonné l'image de la Suisse et qui, heureux qu'ils étaient, naquirent pourtant dans des contrées lointaines. S'ils voyaient ces quelques-uns professer de telles abominations, je suis persuadé qu'ils ressentiraient la même indignation que celle qui est mienne en ce moment-même. J'espère qu'il y aura toujours, dans le reste du Monde, des âmes valeureuses pour venir grandir notre Nation, et nous offrir la sagesse et le regard différent des cultures qui sont les leurs. Nonobstant nos divergences, rien ne nous empêchera de bâtir ensemble une humanité où le mot tolérance ne serait plus guère utilisé et où chacun accepterait les autres tels qu'ils sont. Idéaliste, me direz-vous. Mais moi, j'y crois.

 

Grégoire Barbey

15:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : racisme, xénophobie, exclusion, udc, zurich |  Facebook | | | |

21/06/2012

Liberté

 

Chronique, 21.06.12 21h08

 

Comme toute personne qui s'expose, j'essuie des critiques. Positives ou négatives, qu'importe. Cela ne remet nullement en question mon engagement, ni ma détermination. J'apprécie énormément les désaccords, quand ceux-ci sont féconds, et intelligibles. Les invectives personnelles, basées sur des jugements de valeur a priori, ne m'atteignent pas. Je constate qu'il en va de même pour Pascal Décaillet, qui de son côté est également critiqué pour son caractère versatile. Sur ce point, je le comprends très bien, et vois dans la capacité à revenir sur ses positions une preuve évidente d'intelligence et de goût. Nietzsche lui-même ne s'est-il pas contredit à maintes reprises au fil de son œuvre magistrale ? Il n'y a pas à craindre la contradiction. Ni les changements d'opinion. Bien sûr, dans notre belle et grande Cité de Calvin, il ne fait pas bon genre de ne revêtir aucune étiquette visible. Il faut cerner l'animal, sinon comment pouvoir ensuite le mettre en joue ?

 

Ne soyez pas insaisissable, diantre ! Et pourtant, n'est-ce pas la meilleure façon d'évoluer au fil des événements qui nous surprennent ? Il ne s'agit pas de retourner sa veste. Moi, je n'en porte pas. En tout cas pas d'un point de vue intellectuel. Je n'en ai que faire, pour tout vous dire. Je ne réfléchis pas pour plaire, ni pour me faire aimer. Je le fais pour moi, et si nous tombons d'accord, c'est une plus-value. Mais ça ne compte pas tant. Pas au point de s'autocensurer. De taire son avis. De se museler face au pouvoir en place, de flatter l'establishment, de lui donner des airs de grandeur. Non, en cela, Pascal et moi sommes pareils. Il n'y a pas de déférence à avoir envers le système, pas plus qu'à l'égard de certaines pratiques. Cette tendance à se cacher, très peu pour moi. Je me sens plus l'âme d'un Voltaire, à risquer l'exil pour s'être fendu d'un texte qui ne fait pas partie du politiquement correct.

 

J'aime à surprendre. À palper là où un nœud me semble s'être formé. Pour ensuite mieux tirer la corde. Et délier les improbables entremêlements qui nuisent au bon fonctionnement des relations entre les êtres humains. Déterrer les cadavres, pourquoi pas, s'il le faut ? Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas craindre le regard des autres. Il faut agir en son âme et conscience. Se donner les moyens d'être celui ou celle que l'on désire être. Et sûrement pas une copie, une reproduction sans saveur ni valeur. Nous savons toutes et tous qu'en nous sommeille une propension à juger tout ce qui sort de l'ordinaire et des coutumes. Partant de ce constat, quoi que nous fassions, nous serons irrémédiablement passés à la loupe, décortiqué, étudié puis étiqueté. Mais Albert Einstein n'a-t-il pas dit que « le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » ? Pour moi, il va de soi que je préfère l'action. Qu'elle se traduise par des mots déposés sur un papier ou des actes concrets.

 

Je n'aime pas m'inféoder. Ni soustraire mes opinions à quelque chose ou quelqu'un. Personne, je dis bien personne, n'a ce pouvoir sur moi. Je suis le seul gardien du temple qui se situe dans mon esprit. Et si je désire m'exprimer d'une quelconque manière, sur un sujet en particulier, je ne demanderai l'avis d'aucun. Tant que cela ne nuit à quiconque autre que moi, je ne me tairai pas. C'est un devoir, celui de n'avoir de réserve qu'en cas d'extrême nécessité. Pour le reste, je ne suis que liberté. Et c'est celle-ci qui me fait m'offusquer lorsqu'on me demande de suivre une ligne plutôt qu'une autre. L'ai-je jamais demandé à quelqu'un ? Alors, pourquoi devrais-je l'accepter, moi ? Eh bien, je ne le ferai tout simplement pas. Et je respecte celles et ceux qui en font autant. Parce que la liberté de penser n'a pas de prix, et qu'aucune chaîne ne peut être en mesure de l'entraver durablement. C'est cela, ma liberté. Mon idylle. Ma vie. Mon âme.

 

Grégoire Barbey

21:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : liberté, expression, avis, opinion, parole, écriture, mots, pascal décaillet |  Facebook | | | |

19/06/2012

Pendant ce temps, à l'autre bout du Monde...

 

Chronique, 19.12.06 13h00

 

Pendant ce temps, à l'autre bout du Monde... Eh bien, tout va mal ! Ou presque. Mais il ne faut pas le dire, car ce qui se passe ailleurs ne nous concerne pas. Ce qui, manifestement, relève d'une pure niaiserie ou d'une ignorance crasse. Mais nous préférons nous occuper de nos petits problèmes, bien souvent matérialistes, qui tendent à nous enfermer dans un univers superficiel et stérile. Quelle sera la nouveauté demain en matière de vêtement ? Ou quelle musique faudra-t-il écouter cet été pour paraître à la page ? Que consommer pour être toujours plus « fashion » ? Conformisme d'une rare hypocrisie. Je le pense et le dit tout haut. Évidemment, lorsque de rares intellectuels osent sortir la tête de cette cage dorée dans laquelle nous nous plaisons à nous scléroser parmi, les protestations se font vives. Des voix s'élèvent, contestent, hurlent et parfois agonisent. Le temps que l'information fasse le tour, et les cris redeviennent murmures, puis se taisent. Qu'importe, il y a déjà un nouvel article sur une catastrophe sanitaire de l'autre côté de la planète...

 

Ce qui peine à faire sa place dans les mentalités de ce vingt-et-unième siècle, c'est que nous sommes désormais toutes et tous interconnectés, et ce que nous le voulions ou non. Un événement isolé peut aujourd'hui prendre des proportions affolantes, et émouvoir la Terre entière. Difficile de concevoir nos rapports et nos devoirs de la même façon qu'autrefois. Cette perception est dépassée. « Has been ». N'importe qui peut de nos jours utiliser les différents médias à disposition pour se faire entendre. Ce n'est, après tout, qu'une question de volonté. Mais, et c'est ce qu'il y a de plus important à concevoir, nos faits et gestes ont des répercussions à travers le monde entier. Une entreprise d'un continent A qui licencie par centaines dans un continent B peut créer, directement, une crise de l'emploi dans la ville en question. Ce qui, irrémédiablement, impactera la qualité de vie de dizaines d'êtres humains, trop souvent de simples victimes collatérales qui ne sont pas responsables des décisions prises. Que faire ?

 

Nous parlons croissance, à tort et à travers, et savons pertinemment que nos ressources sont limitées. Déjà qu'un tiers de la population humaine s'approprie sauvagement la majeure partie des richesses de notre planète, laissant des millions sinon des milliards d'êtres vivants sur le carreau, comment pouvons-nous encore envisager une expansion positive ? Et surtout, à quel prix ? Qu'est-ce qu'un franc face à une vie, qu'elle soit animale ou humaine ? Se profilent à l'horizon d'inévitables défis qu'il nous incombera de relever. À l'heure actuelle, je ne puis tolérer que nos actes ne soient pas pesés en fonction des risques encourus. Nos visions se heurtent aux limites du microscopique, alors que nous devrions voir les choses dans leur globalité et de façon macroscopique. Anticiper. Nous en sommes capables, mais refusons de le faire. Par peur, égoïsme ou paresse ? C'est évident que nous avons toutes et tous tendance à nous occuper de nous-mêmes avant les autres. C'est, probablement, naturel. Néanmoins, l'idée que je me fais de l'humanité à notre époque est intrinsèquement liée au concept du devoir. Et le principal qui nous relie, c'est celui de veiller sur nos semblables.

 

Cela implique un certain degré d'investissement personnel, au-delà de son seul intérêt. Se soucier du sort d'autrui me paraît être une nécessité. D'autres l'ont déjà compris, et nous pouvons apercevoir des « whistlebowers », ces individus qui prennent le risque de dénoncer des informations compromettantes sur leur employeur ou une société, parfois au péril de leur vie. Ils sont d'ailleurs le fer de lance du Printemps Arabe. Je ne m'avancerai pas trop si j'affirme qu'ils incarnent, d'une certaine façon, un symbole de liberté, et de citoyenneté. Mais pas selon les habituels clivages. Non, plutôt cette vision voltairienne, de se considérer comme étant Citoyen du Monde. Avec les technologies de l'information, et l'omniprésence d'internet, il n'y a plus de frontières, sinon virtuelles et réelles, psychiques et métaphysiques. Concrètement, seuls nos langages nous séparent encore d'un point à un autre à travers la Terre. Mais même cela, un jour peut-être, disparaîtra.

 

Il est certes, et je me fais ce reproche à moi-même plus qu'aux autres, très intéressant de se passionner pour des problématiques locales. Cependant, nous ne devons pas oublier que nous appartenons à un ensemble qui nous réunit toutes et tous. La même appartenance. Elle ne se décrète pas selon des critères subjectifs, tels que la couleur de peau, l'intelligence ou la religion. Un seul point importe : la vie. Et à cet égard, tout être vivant mérite respect et dignité. Que nous soyons croyants ou non, l'existence est ce que nous partageons en commun. Éphémère et fragile, entendons-nous. C'est pour cela qu'il faut la préserver. Les enjeux sont nombreux, divers, variés, complexes et gigantesques. Je n'en dresserai pas une liste, mais nous nous accorderons tous à dire qu'ils existent bel et bien, et que feindre l'ignorance, à terme, nous coûtera plus que notre épargne actuelle.

 

Dès lors, pendant ce temps, à l'autre bout du Monde... certains se battent pour survivre. Et nous, que faisons-nous ?

 

Grégoire Barbey

 

 

13:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : géopolitique |  Facebook | | | |

18/06/2012

L'après 17 juin en Ville de Genève

 

Chronique, 18.06.12 15h00

 

Au lendemain du résultat des votations cantonales et fédérales ainsi que l'élection partielle au Conseil d'État, l'heure est aux analyses. Pierre Maudet, ex-Maire et actuel conseiller administratif en Ville de Genève (PLR) s'est vu élire haut la main avec 39,8% des voix, soit plus de 40'000 bulletins, devançant ses deux principaux adversaires, la candidate socialiste Anne Emery-Torracinta et le tribun du Mouvement citoyen genevois Éric Stauffer avec plus de douze points.

 

Pierre Maudet, une victoire inespérée

 

Alors qu'à gauche comme à droite, un large consensus voyait Mme Emery-Torracinta remporter l'élection partielle sans trop de difficultés, Pierre Maudet a littéralement renversé les pronostics et démontré qu'en politique, l'arithmétique n'est certainement pas un indicateur fiable sur lequel se reposer grassement. Avec près de 40% des suffrages, nul ne pourra contester la légitimité de son élection, qui le place au sein du Gouvernement cantonal à l'âge de 34 ans, une première historique pour le pays. Un succès que l'intéressé n'est pas près d'oublier. Cependant, celui-ci ne peut se permettre de se reposer sur sa réussite et doit désormais faire preuve de célérité afin d'arriver à convaincre son électorat de la justesse de son choix : seuls 16 mois lui permettront de faire ses preuves en tant que conseiller d'État avant de rentrer à nouveau en campagne pour conserver son siège. Le Peuple sera amené fin 2013 à restructurer l'actuel Gouvernement, et de nouvelles têtes pourraient surgir pour redonner de l'espoir aux citoyennes et citoyens genevois.

 

Le parti Socialiste, une « erreur de casting » ?

 

Nombreux sont celles et ceux qui, dès la désignation d'Anne Emery-Torracinta par son parti lors de l'Assemblée Générale qui l'opposait au conseiller national Manuel Tornare, parlaient d'une « erreur de casting ». Inconnue du grand public, elle n'en restait pas moins une candidate crédible et compétente pour occuper un poste de magistrat à l'exécutif cantonal. Mais, peut-être par excès de confiance, la gauche a pêché, et n'a pas su réunir son électorat, laissant la favorite de cette élection avec un score relativement faible (28,4% des voix), talonnée de près par Éric Stauffer (27,6%). Quelles conclusions doit en tirer le parti socialiste et son jeune Président Romain de Sainte Marie ? La question est ouverte et se posera jusqu'aux prochaines élections, fin 2013. Néanmoins, ce revers magistral encaissé par la gauche ne sera pas facile à gommer. Donnée gagnante dès le début de la campagne, la député socialiste, pourtant reconnue pour son excellent travail, n'aura pas mobilisé les foules ni convaincu ses propres troupes. Les facteurs sont divers. À droite, quelques-uns pointent du doigt son discours, selon eux trop radicalisé pour son électorat centriste, qui a peut-être préféré Pierre Maudet, d'ailleurs vainqueur sur son propre territoire, en Ville de Genève, fief pourtant connu comme étant majoritairement à gauche, en témoigne le Conseil administratif de la commune en question. Désormais, l'alliance rose-verte n'a plus que seize mois pour tirer les conséquences de son cuisant échec et réussir à rassembler une gauche qui semble aujourd'hui peu encline à la réunification. Gageons qu'il y aura des surprises ces prochains temps !

 

Une partielle en Ville de Genève

 

Pierre Maudet élu, c'est une place à l'exécutif de la Ville de Genève qui se libère. L'élection partielle devrait s'achever le 14 octobre, cependant la Chancelière n'excluait pas un report au mois de novembre, la votation pour le projet de la nouvelle Constitution devant se tenir sans interférence. Pour remplacer la place laissée vacante par l'ancien Maire, quelques noms sont déjà sortis. Adrien Genecand, ancien libéral et conseiller municipal PLR, sera probablement opposé ce lundi 18 juin à son collègue et chef de groupe Olivier Fiumelli lors de l'Assemblée Générale de leur parti. D'autres candidats ne sont pas à exclure. Du côté du PDC, l'heure est aux comptes. Il est évident que sans l'Entente bourgeoise, Pierre Maudet n'aurait pas réuni suffisamment d'électeurs pour se voir accorder le siège de magistrat cantonal. Dès lors, le PDC peut légitimement réclamer sa part et parachuter un candidat. Son Assemblée Générale se tiendra ce mercredi 20 juin, tout comme celle du parti Vert'Libéral. D'autant qu'un accord semble s'être tenu entre le PDC et le PLR, pour le soutien du candidat Maudet à l'élection du Conseil d'État. Si celui-ci n'était pas respecté, quelles seraient les conséquences pour l'Entente ? Quant à l'union MCG-UDC, c'est visiblement Éric Bertinat qui représentera la droite populiste. La gauche, de son côté, a indiqué ne pas vouloir d'un exécutif mono-colore. Mais des bruits de couloir n'excluent pas qu'un candidat serait proposé si le PLR Olivier Fiumelli devait être plébiscité par son parti. À peine l'élection partielle au Gouvernement cantonal terminée, les rapports de force se restructurent déjà pour une nouvelle campagne, tout autant stratégique, puisqu'elle donnera deux ans et demi de législature à celle ou celui qui sera élu l'automne prochain.

 

Grégoire Barbey

15:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ville de genève, élection, partielle, campagne, plr, maudet, torracinta, stauffer |  Facebook | | | |

13/06/2012

Pourquoi je voterai OUI à la nouvelle Constitution genevoise !

 

Chronique, 13.06.12 17h32

 

Jeudi dernier, le 7 juin, je me suis rendu dans la commune de Collonge-Bellerive dans le cadre des débats ouvert au public concernant la nouvelle Constitution genevoise. Le Peuple sera appelé à se prononcer sur le projet le 14 octobre prochain. La discussion portait sur une thématique brûlante : les droits politiques et l'éligibilité des étrangers à l'échelle cantonale. En effet, les différents représentants de la gauche avaient obtenu un consentement de la droite pour inscrire durablement dans cette Constitution de nouveaux droits pour la communauté étrangère. Mais, coup de théâtre habituel en politique, lors de la troisième lecture, cette réforme progressiste s'est vue retirée du projet, la droite revenant alors sur sa parole, affirmant qu'un tel changement fragiliserait l'ensemble de la Constitution lors de sa présentation au suffrage universel. Un argument qui ne tient visiblement pas la route, comme nous l'a fait remarqué Murat Julian Alder, constituant de Radical ouverture, en souhaitant pourtant démontrer la viabilité de sa position, à savoir que le Peuple s'opposerait à cette révision des droits politiques. Il nous a fait l'historique des dernières initiatives qui soumettaient au Souverain une nouvelle version de l'article constitutionnel concerné. Oui, depuis 1992, les votes ont lentement mais sûrement progressé vers une acceptation populaire. Dernier en date, un timide « NON » à 51%, en 2005. Sept ans plus tard, donc, cela laissait augurer une décision favorable quant à cette volonté d'accorder davantage de droits aux étrangers. Sauf que, argumentait le jeune politicien du PLR, il était convenu de respecter la volonté du Peuple des 25 dernières années. Dommage pour un nouveau projet.

 

Bref, ce sujet a suscité une levée de boucliers de la part de multiples associations, accusant volontiers certains constituants à gauche de s'être honteusement alliés à une droite renfermée sur de vieux principes et une identité nationale érigée en religion. Cet appel à la révolte est pertinent, et je le soutiens, tout comme j'étais moi-même particulièrement attaché à cette idée d'octroyer de nouvelles possibilités dans le domaine politique aux étrangers. Cependant, je voterai « OUI » à ce projet et espère que mes concitoyennes et concitoyens en feront de même. Non par gaieté de cœur à l'égard de ce blocage effectué par une droite conservatrice, mais parce qu'il s'agit-là, sur de nombreux points, d'une avancée importante pour Genève, qui rappelons-le, conserve la même Constitution depuis sa mise en application par le Radical James Fazy en 1847. Moi qui partage avec d'autres personnes une vision centriste de la politique, je suis toujours réjouit à l'idée de favoriser des progressions, même timides, de nos valeurs, lorsque celles-ci se font du bon côté.

 

Par exemple, l'apparition d'un but auquel la République et canton de Genève est tenue d'aspirer parce qu'inscrit dans la Constitution me semble être une réforme majeure. À bien des égards, même si l'article peut paraître obscur, il pourra servir d'exemple ainsi que d'un outil pour faire pression en cas de non-respect de cet objectif, à savoir : « [protéger] les droits fondamentaux et s'[engager] en faveur de la prospérité commune, de la cohésion et de la paix sociales, de la sécurité et de la conservation durable des ressources naturelles ». C'est un engagement qui devrait être inscrit dans toutes les constitutions à l'échelle planétaire et qui devrait être respecté avec rigueur et sincérité. De fait, et parce que je trouve cela fantastique, je ne saurais m'opposer à ce projet, qui ancre des principes auxquels j'aspire depuis toujours.

 

L'article 21, aussi, mérite d'être cité :

1. L'enfant a droit au respect de ses droits fondamentaux dans les limites de

sa responsabilité et de son âge.

2. L'intérêt supérieur de l’enfant et son droit d’être entendu sont garantis

pour toute décision ou procédure le concernant.

3. L'enfant est protégé contre toute forme de maltraitance, d’exploitation, de

déplacement illicite ou de prostitution.

Il me touche personnellement, et avec une telle réforme au sein de la Constitution, j'ose espérer que les institutions censées appliquer la Loi mettront tout en œuvre pour respecter ce nouvel article constitutionnel. Un devoir qui n'a pas toujours été rempli de la part de notre Justice.

 

Enfin, pour conclure, il est impératif que chaque citoyenne et chaque citoyen se fasse sa propre idée de ce projet en le comparant avec la version précédente. À juste titre, et après une lecture attentive, cette nouvelle Constitution sera bien évidemment accueillie positivement par le Peuple, qui ne manquera pas, dans sa grande sagesse, de noter les changements effectués par nos constituantes et constituants depuis plus de trois ans. Plus que nécessaire, cette réforme marquera d'une pierre blanche l'avenir de notre canton, et pourquoi pas, de notre pays tout entier. Alors je vous invite toutes et tous à vous plonger dans cette lecture, peut-être fastidieuse mais Ô combien essentielle, afin de voter le 14 octobre prochain en pleine connaissance des enjeux à la clef et du devoir qui sera le vôtre.

 

Grégoire Barbey

18:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : constitution, réforme, politique, genève, république, nouveauté, changement |  Facebook | | | |

12/06/2012

Rapprochement de la droite républicaine et nationaliste en France

 

Chronique, 12.06.12 16h18

 

Le Temps, aujourd'hui, nous apprend qu'en France, lors du second tour des législatives, l'UMP n'a pas souhaité faire barrage aux candidats du Rassemblement bleu Marine (Front National), tandis que de son côté, le Parti Socialiste a immédiatement annoncé sa volonté de s'opposer au risque de faire élire des représentants de la droite nationaliste. Pour cela, les candidats socialistes qui se trouvent dans des triangulaires favorables à l'élection du FN seront retirés. Une mesure, pour la gauche, qui ne surprend guère. Néanmoins, il n'en va pas de même pour la droite républicaine, à savoir l'UMP, qui, une fois de plus, ronge la marge qui la sépare de l'extrême droite et s'en rapproche dangereusement. Pour quelle raison ? Contrecarrer, à tout prix, une majorité de gauche au Parlement ? C'est probable, mais démesuré par rapport à l'ouverture offerte en contrepartie aux sbires de Marine Le Pen.

 

Unir les différentes droites françaises ? C'est une éventualité. Encore une fois, sur le fond et sur la forme, ça prête au débat. Certes, comme le rappel l'article susmentionné, Nicolas Sarkozy avait déjà ouvert la voie à ce schéma. Faut-il pour autant que l'UMP persiste à avancer en direction du Front National ? Personnellement, j'en doute. Les enjeux sont nombreux, mais les conséquences sont difficiles à anticiper avec précision. C'est une période de crise, et la mainmise soudaine de la gauche sur l'Élysée n'aide en rien les stratèges de la droite à conserver une certaine lucidité dans leurs actions. Oui, il est vrai qu'actuellement, si l'on s'en réfère aux divers discours des anciens ministres du Gouvernement Fillon, notamment ceux de Nadine Morano et de Claude Guéant, la divergence entre l'UMP et le FN semble mince. Trop, en réalité.

 

Mais de là à tenter une alliance tacite, il y a un fossé! Pourtant, celui-ci va apparemment prochainement être franchi, et cela sans plus de bavardage. Tout apparaît calibré. Un désir de diriger le pays qui laisse pantois. L'UMP, quoi qu'on en pense ou en dise, est censée représenter les convictions républicaines, alors que le FN, quant à lui, incarne ce qu'il y a de plus méprisant : la discrimination et l'exclusion. La politique de l'émotionnel, du ressenti, bref, rien qui vaille la peine d'être écouté. Cependant, ça fonctionne, surtout lorsque tout va de mal en pis. Et en Europe, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient. Entre une Grèce à l'agonie qui verra peut-être son Gouvernement repris par l'extrême-gauche ou les néonazis, et une Espagne qui n'a plus la confiance des marchés et qui peine à se redresser, l'Ancien Continent a connu des jours meilleurs. Évidemment, en de telles circonstances, les décisions ne reflètent pas toujours une pleine santé intellectuelle... et c'est peu dire.

 

Qu'importe ! Il ne faut pas céder à la tentation la plus vile. Quelques uns des pires dictateurs furent élus au suffrage universel. Gardons-le en tête afin de ne pas agir servilement et de façon inappropriée. Je sais qu'en Suisse, les défis ne sont pas nécessairement les mêmes, ou d'une ampleur comparable. Il est pourtant impératif de prêter l'oreille, et d'observer, silencieusement, ce qu'il y a chez nos voisins, pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Or, à Genève, après avoir battu le pavé pour mon parti durant cette campagne, j'ai entendu de multiples citoyennes et citoyens, d'horizons divers et variés, souvent foncièrement antagonistes, confier leur désir de voir Éric Stauffer élu au Conseil d'État. Cette envie, sûrement motivée par des déceptions réelles et compréhensibles, offrirait donc à une formation qui se base sur l'exclusion l'accession au Gouvernement. C'est un choix qu'il convient de mesurer convenablement.

 

Pour ma part, je suis inquiet. Depuis déjà quelques mois, et chemin faisant, rien n'apaise mon tourment. Cette propension, qui augmente de jour en jour, à donner du crédit à des partis d'extrême droite (ou gauche, selon les contextes) m'exaspère, et m'interroge, également. Je reviendrai sur cette problématique prochainement, pour étayer mes propos. En conclusion, tout ce que je souhaite transmettre à travers ce billet, c'est qu'il convient de réfléchir avec rigueur aux décisions que nous prendrons dans les semaines, mois voire années à venir. Attention à ne pas agir sous le coup de l'émotion.

 

Grégoire Barbey

16:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : analyse, politique, france, stauffer, fn, ump, ps |  Facebook | | | |

11/06/2012

Genève, capitale du Monde

 

Chronique, 11.06.12 11h58

 

Genève par-ci, Genève par-là. Rousseau par-ci, Rousseau par-là. Oui, au bout du lac Léman, certaines personnalités ont les chevilles qui enflent lorsqu'elles parlent de leur canton. À vrai dire, il semble qu'une majorité de genevois se comportent ainsi. Un nombrilisme qu'ailleurs en Suisse l'on qualifie volontiers de calvinisme. Une attitude qui pèse lourd dans nos rapports avec les autres. Une culture de soi qui déplaît en-dehors de la Cité de Calvin. Et c'est compréhensible.

 

Genève, ce n'est pas la capitale du Monde. Ni, d'ailleurs, de la Suisse, fut-il nécessaire de le rappeler. Pourtant, à écouter certains politiciens, ce fait avéré n'est pas de notoriété publique. Alors, faute de pouvoir compter sur la lucidité de nos édiles, enseignons-leur quelques valeurs. Notamment l'ouverture, qui manque tant dans nos contrées. Oui, nous ne sommes pas les seuls à vivre et à diriger ce pays. En théorie comme en pratique, nous vivons dans un système fédéraliste. Ce qui implique quelques notions pour permettre à la politique nationale de ne pas se bloquer. Vouloir renégocier la péréquation intercantonale, c'est bien joli. Mais commençons déjà par nous intégrer véritablement dans la politique sur le plan fédéral. Actuellement, nous nous contentons d'être une ex-croissance qui cause plus de problèmes qu'elle n'en résout.

 

Nos déboires à l'échelle cantonale ont des répercussions directes dans l'ensemble du territoire. Ne serait-ce qu'en terme d'image que nous renvoyons à nos compatriotes. Oui, Genève est une ville internationale, me direz-vous. Zurich aussi, néanmoins son ego ne parvient pas jusqu'à nous avec autant d'insistance... Dans le reste de la Suisse, les genevois sont objectivement mal perçus. À raison, probablement, puisqu'il nous est impossible de nous remettre en question. Nous voulons tout faire à notre façon, sans même regarder ce qui fonctionne ailleurs. La fierté genevoise, quelle blague ! Au final, tout est bloqué. Le logement, les emplois, la mobilité, et la sécurité. Une crise institutionnelle, n'est-ce pas ? Mais qu'importe, continuons sur notre lancée, à ce rythme, d'ici quelques années, nous pourrons demander à devenir une province autonome, et définitivement nous scléroser sur notre propre nombril. Ainsi vont les choses, dans notre petite Genève, qui se plaît à s'octroyer quelques airs de grandeur là où, vraisemblablement, il ne devrait y avoir que du vide...

 

Grégoire Barbey

12:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : politique, genève, genferein, calvinisme |  Facebook | | | |

08/06/2012

La tolérance zéro, oui mais pas pour Éric Stauffer !

 

Chronique, 08.06.12 16h19

 

Aujourd'hui, la Tribune de Genève nous apprend que le député libéral Pierre Weiss s'est fendu d'une interpellation au Grand Conseil concernant l'un de ses collègues, Éric Stauffer, qui prend des libertés qui ne sont pas du goût de tous. En effet, ce dernier semble apprécier de se parquer devant l'Hôtel-de-Ville, ce qui n'est bien évidemment pas permis. Mais qu'importe, lui, le grand agitateur des masses, le « dard » de la République, comme il s'est lui-même qualifié jeudi 07 juin lors du débat à Forum RTS la 1ère, n'en a que faire. D'ailleurs, j'étais moi-même présent le mardi 05 juin dernier, devant la tour de la télévision RTS. Le même individu est venu dans son 4x4 et s'est garé sur le trottoir en face. Aux remarques bien avisées, il a haussé les épaules et s'est contenté de dire qu'il n'y avait de place nulle part ailleurs.

 

C'est fort de café pour celui qui prône dans son programme une tolérance zéro à l'égard des criminels. Et les incivilités, elles, faut-il qu'elle restent impunies lorsque l'on se nomme Éric Stauffer ? Je me le demande bien. Quant à savoir s'il faut ou non être d'accord avec la démarche de Pierre Weiss, je n'aborderai pas cela ici, je n'y vois guère d'intérêt. Ce qu'il faut néanmoins savoir, c'est ce non-respect des valeurs essentielles de notre Cité de la part d'un homme qui brigue un poste aussi important que celui de conseiller d'État. Au département de la Sécurité. Un comble ! Nous verrons le 17 juin ce que pensera le Peuple de sa candidature. En tout cas, la tolérance zéro du tribun MCG est à géométrie variable, comme la morale de son compère Mauro Poggia. Enfin, tout le monde le savait.

 

Grégoire Barbey

16:37 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : genève, politique, stauffer, parking, mcg, weiss |  Facebook | | | |

07/06/2012

Les médias genevois, organe de propagande politique ?

 

Chronique, 07.06.12 10h24

 

L'élection partielle pour le Conseil d'État de la République et Canton de Genève est très instructive, pour plusieurs raisons. Il y a, dans cette course électorale, un facteur qui ne peut passer inaperçu plus longtemps : l'inceste entre le rôle du politique et du journaliste. En effet, ça n'aura échappé à personne, plusieurs journaux ont décidé de soutenir, au moins officieusement, un candidat précis. À cela, ma première objection sera d'ordre déontologique. Les médias ont une mission, et pas des moindres. Ils représentent le contre-pouvoir, et ne devrait en aucun cas s'allier avec quiconque dans la sphère politique. Au risque de sombrer dans un schéma politico-médiatique comme celui de nos voisins français qui, à n'en pas douter, ne plairait guère aux citoyennes et citoyens suisses qui n'ont déjà plus confiance en la fonction politique. Pourtant, nous nous rapprochons de cette fatalité à grands pas. C'est ce qui me pousse à rédiger ces lignes qui apparaîtront peut-être vitriolées à l'encontre de deux professions que je respecte et j'admire. Qu'importe.

 

Le troisième pouvoir est incarné par la communication. Le journalisme est un métier difficile, car celui qui l'exerce doit se méfier de lui-même, mais également de l'interprétation qui pourra être faite de son travail. Actuellement, celles et ceux qui assument cette tâche semblent, à l'égard du monde politique, l'avoir oublié. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté de leur offrir le bénéfice du doute ! Quand un journal comme l'Hebdo décide ouvertement de soutenir le candidat du pouvoir en place, à savoir Pierre Maudet, je ne puis m'empêcher de soupirer. Certes, c'est un média privé. Et alors ? La déontologie est-elle soumise à une hiérarchie entre le domaine public et privé ? Non, je ne le crois pas. Anne Emery-Torracinta, lorsqu'elle a également été interviewée par un journaliste de l'Hebdo, a souhaité savoir si celui-ci avait suffisamment de matière pour rédiger six pages, comme cela avait été précédemment fait pour le candidat PLR. À cela, il a rétorqué que le journal avait officiellement décidé de soutenir Maudet et qu'elle n'aurait donc pas droit au même traitement.

 

Une telle démarche, noble ou non, ce n'est après tout qu'une question de point de vue, m'apparaît dangereuse et pis encore, malsaine. Finalement, à quoi cela sert d'exercer un métier dans l'information si c'est pour être à la solde d'un pouvoir ? Je ne vois aucune raison valable de s'en prévaloir. Et d'en être satisfait. De nombreuses études, toutes plus intéressantes les unes que les autres, ont été menées à l'égard des médias. Notamment, pour ne parler que de lui, l'éminent professeur Noam Chomsky, qui a publié un ouvrage que je recommande à tous mes lecteurs : « La fabrication du consentement ». Une analyse qui pourra sembler de prime abord indigeste, mais qui est tout simplement nécessaire pour comprendre les enjeux et le fonctionnement de l'information. Le candidat Pirate, Alexis Roussel, tente d'ailleurs d'apporter au sein du débat public la question qui, dans une ère nouvelle où règne la communication, s'impose : comment maîtriser notre avancée dans le monde de l'information et de l'internet ? Dommage qu'il ne soit pas pris au sérieux par les messieurs-dames qui organisent les débats dans divers médias que je ne citerai pas.

 

Il y a encore Bourdieu, qui a rédigé un petit ouvrage sur la télévision, mettant en exergue les différents intérêts qui s'affrontent dans le domaine, le tout sous la loupe d'une analyse sociologique. Bref, il ne manque pas d'auteurs de qualité pour s'informer de cet univers. Et pour en comprendre les nombreux aspects qui s'entrechoquent. Il suffit d'avoir l'envie et la curiosité de s'intéresser à cela. Il faut impérativement saisir l'importance de tenir les médias à l'écart des politiciens. Sinon ces derniers finissent par en user au gré de leurs besoins électoraux, et la machine ne fonctionne plus. Dès lors, nous nous retrouvons avec des articles de piètre qualité, souvent orientés. Mais il ne faut pas le dire. Sous peine d'être perçu comme un vil paranoïaque qui voit des complots partout. Ce n'est pas vrai. Il ne s'agit pas d'imaginer des théories rocambolesques. Non, seulement de percevoir les blocages, là où ils sont.

 

Enfin, il ne faut pas trop s'exaspérer face à cette tendance qui se démocratise gentiment dans divers rédactions. C'était couru d'avance. L'évidence même. Il serait peut-être temps de concevoir, pour informer les citoyennes et les citoyens, une parade. Par exemple en proposant la création d'un organe fédéral de communication, une chaîne de télévision nationale ne traitant que de politique, comme l'a très justement suggéré William K. Rappard. Bien évidemment, sans aucune partialité, pour que le jeu en vaille la chandelle. Offrir une information de qualité, qui puisse mettre à jour l'ensemble des enjeux de telle ou telle élection/votation. En bref, de jouer le rôle de médiateur entre les intérêts politiques et ceux des électeurs et des électrices. Ce que devrait déjà faire nos médias actuels. Encore une fois, il faut avoir confiance en la capacité de certains à ne pas se laisser corrompre. Ce qui n'est pas une chose aisée dans le système actuel. L'information se doit d'être impartiale, à défaut d'être objective. Au moins par déontologie. Mais n'en demandons pas trop.

 

Grégoire Barbey

 

 

14:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, organe, fédéral, proposition, réflexion, médias, journalisme, propagande, plr |  Facebook | | | |