Politique - Page 4

  • Il veut interdire le recours à Intrum Justitia

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    Le député Vert et membre du Bureau du Grand Conseil François Lefort a déposé dimanche 17 août une question urgente écrite pour demander au Conseil d’Etat si «des établissements publics autonomes voire des fondations publiques contrôlées par l’Etat de Genève» recourent à des sociétés de recouvrement (comme Intrum Justitia ou Debitors Management, parmi beaucoup d’autres). Selon François Lefort, un citoyen l’a interpellé à propos d’une entité publique ayant recours à Debitors Management. Le député précise que ces «société[s] de recouvrement [font] l’objet de plaintes quotidiennes auprès de la Fédération romande des consommateurs (FRC) pour [leur] comportement abusif». Il rappelle en outre dans le document que «les pratiques agressives alléguées dans de nombreux articles de presse font état de «harcèlement par téléphone, SMS, courriels», mais aussi des «lettres de menaces ou de contrainte» et procédés à la limite de la légalité».

    François Lefort mentionne le postulat du conseiller aux Etats libéral-radical Raphaël Comte demandant au Conseil fédéral d’étudier un meilleur encadrement des pratiques de ces sociétés de recouvrement et l’imposition de limites claires à leurs activités. Ce que le Conseil fédéral avait accepté. Le député précise qu’il «serait donc étonnant pour des autorités publiques de recourir à de telles sociétés». C’est pourquoi, conclut-il, le Conseil d’Etat doit vérifier si l’Etat ou ses satellites utilisent ce type de services.

    François Lefort, contacté par Politeia, prévoit de déposer une motion si le Conseil d’Etat venait à répondre par l’affirmative. «Avec la réputation sulfureuse de ces sociétés de recouvrement, et leur facturation de frais de dossiers folkloriques qui participent au surendettement, des jeunes en particulier, il est hors de question que l’Etat y fasse recours», lance-t-il. La motion aurait donc pour but qu’aucune entité publique autonome ou fondation sous contrôle de l’Etat ne puisse utiliser les services de ces sociétés. «Je ne suis en général pas favorable à des interdictions de ce type, réagit le député PDC et avocat Vincent Maitre. Les entreprises, privées et publiques, ont tout à fait le droit d’externaliser certaines tâches. Cependant, je ne comprends pas ce qui motiverait une entité de droit public à recourir à ce type de services, puisqu’elle possède un département juridique tout-à-fait à même d’intenter les démarches juridiques utiles à l’encontre de ses débiteurs indélicats.»

    Les Transports publics genevois (TPG) font appel à Debitors Management, selon des témoignages recueillis par Politeia. Plusieurs personnes ont reçu des sommations de paiement de cette société de recouvrement. Les factures peuvent vite atteindre des chiffres astronomiques, pour des montants a priori dérisoires. Est-ce surprenant qu’un établissement public autonome comme les TPG ait recours à un mandataire externe pour obtenir la restitution de ses créances? Selon Vincent Maitre, la réponse est oui. «En général, une sommation, un commandement de payer et un jugement de mainlevée provisoire ou définitive suffisent à recouvrer la majorité des créances», explique le député. «Cela peut se compliquer par la suite, poursuit Vincent Maitre, mais toute entité publique est composée de juristes suffisamment compétents pour ne pas avoir à externaliser ce type de procédures. Le recours à des représentants externes, par définition sources de coûts supplémentaires, en est d’autant plus incompréhensible

    «Des méthodes qui frisent le code»

    Les sociétés de recouvrement ont souvent fait l’objet d’articles de presse, voire de reportage. La législation stipule qu’aucune entreprise n’est tenue de faire appel à des sociétés privées pour récupérer les sommes que leur doivent leurs débiteurs. Et que, partant de ce principe, il n’est pas acceptable que des frais soient exigés auprès des débiteurs. En résumé, c’est au créancier, s’il n’est pas en mesure de démontrer que les frais occasionnés par le non-remboursement des montants dus dépassent les intérêts moratoires de 5%, d’assumer les coûts d’utilisation des services des sociétés de recouvrement. La loi demeure toutefois partielle, tant et si bien que ces entreprises exigent systématiquement des «frais de clôture de dossier», une pratique courante chez Intrum Justitia. Ces montants font généralement l’objet d’un courrier une fois que les sommes réclamées par le créancier ont été remboursées pour signifier que la société requiert une participation à ses frais. Dans le cas d’Intrum Justitia, le document stipule généralement des «prétentions découlant de l’art. 106 du Code des obligations». Lequel implique que «lorsque le dommage éprouvé par le créancier est supérieur à l’intérêt moratoire, le débiteur est tenu de réparer également ce dommage, s’il ne prouve qu’aucune faute ne lui est imputable». Cet article reste toutefois à nuancer. Selon le site stop-surendettement.ch, le créancier n’est pratiquement jamais en mesure de démontrer un dommage supérieur à l’intérêt annuel de 5%.

    Le site recommande d’ailleurs de faire opposition partielle dans le cas où ces montants sont exigés. En cas de non-paiement de ces «frais de retard» ou «frais de dossier», la société de recouvrement ne clôture pas le dossier du débiteur. Dans le cas où celui-ci souhaiterait contracter un crédit, et que l’entreprise auprès de laquelle il souhaite le faire appelle ladite société de recouvrement, cette dernière affirmera que le client fait toujours l’objet d’un endettement. Même si toutes les sommes exigées ont été remboursées rubis sur l’ongle, exceptés les frais supplémentaires. «Il est toujours dangereux de généraliser, explique Vincent Maitre, député PDC et avocat. Mais il est vrai que le praticien que je suis a pu constater que certaines de ces sociétés ont des méthodes qui frisent le code. Elles profitent allègrement de la méconnaissance juridique et de l’éventuelle fragilité psychologique ou financière de leurs «proies» pour les soumettre à une forte pression et leur brandir la menace du procès. Ainsi, leur rémunération – sous prétexte de prétendus frais aussi exorbitants qu’illicites – leur est assurée.»

  • Préférence cantonale: la mesure sans effet

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    Texte paru initialement sur Politeia.ch. Crédit photo: Patrick Lopreno

     

    Le nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi (OCE) à Genève devra appliquer la préférence cantonale pour les régies publiques (ou celles touchant des subventions de l’Etat). C’est un os que le conseiller d’Etat MCG Mauro Poggia donne à ronger à son parti et à l’électorat de ce dernier. Cela ne changera rien, et dans les faits, les entités publiques ont souvent été dirigées sous un tel régime. L’exemple du Danemark en 1772, quand l’influent régent du roi, Johann Struensee, est exécuté par ses adversaires conservateurs, est parlant. A cette époque, le principe de préférence nationale est appliqué dans les administrations publiques.

     

    Depuis tant d’années déjà, la rhétorique qui consiste à mélanger immigration et marché de l’emploi a la peau dure. Il faut être clair: c’est une réponse simple à une question compliquée. Cette formulation est certes passablement éculée, mais dans le cas d’espèce, elle est tout à fait appropriée. Ce sont deux visions économiques de la société qui s’affrontent, et Mauro Poggia ne fait qu’en choisir une au détriment d’une autre, pour des raisons a priori bassement électorales. En effet, les régies publiques peuvent sélectionner de la main d’œuvre locale plus facilement qu’une entreprise privée, grâce à un large panel de compétences représentées au sein de l’Etat. Mais cette capacité à recruter des salariés locaux a aussi une limite: dans certains secteurs, la pénurie est réelle, même pour l’Etat.

     

    Ainsi, l’économie, même sous régime politique protectionniste, a toujours dû combler les manques de mains d’œuvres locales dans certains secteurs en cherchant des compétences étrangères. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la loi, imparfaite reconnaissons-le, demande aux entreprises de d’abord rechercher des employés sur le territoire national, et d’être en mesure si nécessaire de démontrer que de telles recherches ont eu lieu et ont été infructueuses. Une législation facilement contournable, démontrant toutefois l’impossibilité pratique de maintenir un marché de l’emploi dans un espace géographique déterminé. La globalisation, tant politique que technologique et humaine, a de surcroît modifié les comportements des agents économiques, leur octroyant une plus grande mobilité, avec des incitations évidentes à traverser de plus grandes distances pour trouver un emploi avec de meilleures conditions.

     

    Il s’agit bien, même ici, d’un fragile équilibre entre l’offre et la demande. D’un côté, un canton comme Genève avec un arrière pays scindé par une frontière étatique. Ce qui devrait être géographiquement cet arrière pays de la région genevoise appartient dans les faits à l’Etat français. Ainsi, les entreprises établies dans les localités françaises le sont aux conditions législatives et fiscales françaises, avec les conséquences que cela engendre sur la qualité de l’offre. C’est une logique élémentaire: un habitant d’une région comme la Haute-Savoie ou l’Ain n’est pas idiot et sait prendre sa calculatrice quand il est question de se nourrir lui et éventuellement sa famille s’il en a une. Les conditions à Genève, en termes d’offres d’emplois, sont bien meilleures. En tout cas d’un point de vue de la rémunération. Les conditions peut-être aussi. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui sont prêts à prendre la voiture une heure aller, une heure retour (sans compter les bouchons) pour gagner davantage et travailler mieux. La pertinence d’une application de la zone franche (un accord existant entre la Suisse et la France) aurait évidemment des conséquences positives pour le marché de l’emploi genevois. C’est néanmoins plus difficile à expliquer aux électeurs.

     

    Cette réalité (mobilité, globalisation, etc.) n’est pas uniquement politique (marché unique) mais aussi structurelle. Même avec des restrictions à l’immigration, l’Etat devra faire face, à terme, à une pression des entreprises privées pour augmenter ou modifier la répartition des quotas par secteur. C’est une évidence mathématique. L’Etat peut probablement se payer le luxe de rechercher plus longuement sa main d’œuvre dans le territoire cantonal. Mais même Mauro Poggia n’est pas dupe, puisqu’il a dit à plusieurs reprises qu’il n’était pas contre le fait d’employer des travailleurs étrangers ou frontaliers en cas de pénurie avérée dans certains métiers.

     

    C’est pourquoi cette annonce faite à propos du nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi sonne comme une imposture. Son caractère électoraliste semble on ne peut plus téléphoné, et il est difficile d’accorder un réel crédit à cette décision de Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat est malin: d’un côté, il calme les ardeurs de son parti, et particulièrement de la direction de celui-ci, qui lui rappelle à l’envi qu’il a été placé là grâce à l’électorat MCG et qu’il doit mener une politique MCG; d’un autre, il s’assure la sympathie d’une importante proportion de la population se sentant injustement spolié par les individus vivant au-delà des frontières cantonales (et surtout, dans les esprits, nationales). Un joli coup de poker d’un as en la matière. Le conseiller d’Etat Mauro Poggia, décidément, n’est pas parvenu au gouvernement par hasard.

    Grégoire Barbey

  • Le grand défi d'un site indépendant: Politeia.ch

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    Aujourd'hui, je suis particulièrement heureux. Politeia.ch continue d'avancer (certes pas très vite par manque de temps et de moyens) grâce notamment à la qualité du travail de ses contributeurs. Lesquels méritent amplement un grand remerciement de ma part. Pas évident, c'est sûr, de se faire une place crédible dans un marché saturé. C'est un travail quotidien, à côté de mon emploi fixe à 100%, qui nécessite plusieurs heures et de l'énergie. Ainsi que de la passion, évidemment!

     

    La passion de donner aux autres la possibilité de lire des informations et des analyses qu'ils ne liront pas forcément ailleurs. La passion de donner la parole à des opinions différentes voire carrément contraires. Cela a un coût, et j'essaie de m'en acquitter humblement. Il faut de la patience, de l'acharnement, de l'ambition. Il importe aussi de poser sa marque, de créer l'envie, de susciter l'intérêt, de permettre le débat. Pourquoi quelqu'un écrirait sur Politeia s'il peut donner son texte à un journal concurrent, au bénéfice de dizaines de milliers de lecteurs? C'est ce défi-là que ce site doit relever, un défi de taille dans un marché déterminé par des différences linguistiques et par des intérêts locaux divergents.

     

    Ce sont ces obstacles qui rendent le développement de Politeia encore plus passionnant. C'est une aventure unique, fabuleuse. Il n’est pas possible de concurrencer l’information brute («hard news») pour une plateforme telle que Politeia. C’est sur d’autres aspects qu’il me faut rendre ce site attrayant et unique. Et ce n’est pas une mince affaire, bien au contraire! Pour l’heure, le site possède déjà une centaine d’articles. Des textes qu’on ne lirait probablement pas ailleurs, ou alors éventuellement sur des blogs. Ce sont des écrits de qualité, sélectionnés et publiés dans le but d’offrir aux lecteurs des perspectives sur des sujets précis. La politique, c’est aussi partager son avis, les votations ont des enjeux, et les acteurs concernés ont le droit à la parole. A côté, il y a des journalistes qui contribuent aussi à donner des informations aux lecteurs. D’autres viendront sans doute rapidement, puisqu’ils ont la possibilité d’y publier des sujets que leur rédaction n’a pas souhaité, tout en disposant d’un anonymat garanti pour ne pas les mettre en porte-à-faux avec leur employeur.

     

    Quel bonheur que de voir les articles de Politeia circuler sur les réseaux sociaux, permettant des débats parfois vifs, toujours intéressants. C’est fantastique et c’est aussi grâce à celles et ceux qui prennent le temps d’en lire le contenu. Merci à toutes ces personnes. Plusieurs projets sont en cours de développement pour améliorer le site, sa visibilité et son positionnement, ainsi que sa production de contenu. La patience est de mise, pour des raisons d’emploi du temps professionnel. Mais le cœur et l’esprit y sont, la passion aussi. J’y consacre du temps tous les jours, depuis trois mois déjà, et je ne cesserai pas de le faire. Car maintenant, qu’on le veuille ou non, Politeia est déjà dans beaucoup de têtes. Et ça, c’est fantastique!

     

    Grégoire Barbey

  • Trois anciens bâtonniers défendent l'Etat

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    François Canonica. La nomination de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats
    à la présidence des HUG doit être suspendue. Le temps d'éclaircir l'affaire.


    Trois anciens bâtonniers qui défendent tous l'Etat, c'est quand même surprenant. Personne ne l'a relevé. Pourtant c'est une évidence:
    Vincent Spira, défenseur de la directrice de la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2010-2011;
    Benoît Chappuis, auteur du dernier rapport sur la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 1998-2000;
    François Canonica, nouveau président des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2012-2014.

    L'opacité de cette affaire est dérangeante. Le rapport de Benoît Chappuis a créé l'indignation du côté de la famille d'Adeline car la directrice n'a écopé que d'un blâme, alors que sa responsabilité est engagée. Son avocat, l'ancien bâtonnier Vincent Spira, parle même de réhabilitation. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à mettre nommément la faute sur quelqu'un. Au contraire. Je m'interroge cependant comme bon nombre de mes concitoyens sur ce dossier. Le rapport de Benoît Chappuis décharge nettement l'Etat, en plaçant la faute dans un large contexte d'erreurs sur une longue période. Certes, il a probablement raison. Mais je note que le rapport de Bernard Ziegler, ancien conseiller d'Etat socialiste, était beaucoup plus dur avec l'Etat et les institutions. Est-ce un hasard si ces anciens bâtonniers défendent les intérêts du Canton? Sûrement pas. Dans ces conditions, la nomination de François Canonica à la présidence des HUG doit être suspendue. Il en va de la crédibilité de nos institutions.

    Grégoire Barbey

     

  • Sous le règne des divagations

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    C’est le temps des déblatérations, des épistémologues de tous bords qui nous chantent déjà la mort du Grand Genève. Projet d’envergure, petit destin, disent-ils la bouche en cœur. Certains vont jusqu’à dire qu’il ne s’agit en réalité que d’un projet «hors sol», «dénué de l’onction démocratique». C’est leur droit de penser ainsi. Mais ce n’est pas le leur que de nous bassiner à longueur de journée avec leurs complexes.

    Car c’est bien de cela dont il s’agit. Une peur invétérée du changement. Des autres, aussi. De ces gens qui ne viennent pas de chez nous. Dont le passeport porte un drapeau bleu, blanc et rouge. Une couleur de plus que le nôtre, et c’est déjà l’hystérie. Nos voisins français ont bon dos. Ils sont la cause de tous nos maux. Ce sont tantôt des envahisseurs, tantôt des profiteurs. Une «épidémie», pour reprendre le vocable des petits prêtres de la pensée aseptisée. Ces derniers scandent leurs slogans sans émettre la moindre réserve. Sans honte. Ils en appellent au peuple genevois. Les votations qui vont dans le sens de leurs délires sont autant de signes à interpréter. Les Genevois en ont marre, il faut les écouter. C’est ainsi que ces gens passent de simples vendeurs de néant politique au statut de gourous tout-puissants. Ils se sentent pousser des ailes, alors qu’ils sont plus que jamais loin de toute réalité physique.

    Pour se donner quelques airs de grandeurs, ils tentent maladroitement de paraphraser De Gaulle, ce qui, l’un dans l’autre, démontre leur absence de peur pour les contradictions. Ils nous chantent les louanges de la Nation, de l’importance de l’identité dans l’esprit des citoyens. De l’esprit, c’est peut-être bien ce qui leur fait le plus défaut. Mais ils ne manquent pas d’air, eux qui veulent vivre dans leur bulle. Tous les moyens sont bons pour se prêter de bonnes intentions et s’enorgueillir de grands desseins. Que dessinent-ils, si ce n’est l’hiver du cœur? Ils se rêvent descendants de Jean-Jacques Rousseau, mais craignent tout ce qui vient de Ferney-Voltaire. Ils rêvent de hauteur quand ils traînent les pieds dans les égouts. Ils condamnent l’entraide et font leurs courses chez Carrefour ou Leclerc. Comment diantre peut-on les prendre au sérieux, quand la substantifique moelle de leurs discours se résume en trois lettres: non.

    L’on pourrait aisément les laisser vivre leur déclination si la déclinaison de ce «non» n’était pas aussi offensive. Ils placardent partout le produit de leurs éructations, comme s’il s’agissait de la plus douce des poésies, quand c’est malheureusement le plus acide des poisons. Leurs cris geignards emplissent nos oreilles et nos visages pâlissent devant tant de lapalissades. Aux grands maux les grands remèdes, dit le proverbe. Mais existe-t-il vraiment une savante mixture pour éloigner à la fois la bêtise et les clichés? Y-a-t-il quoi que ce soit qui puisse, par on ne sait quelle magie blanche, rendre soudain la raison à ces errants du dimanche? Difficile à dire. En tous les cas, il ne faut pas se contenter de les toiser de loin. Il faut les combattre, car ils sont les ennemis du présent, du futur et du vivre ensemble.

    Grégoire Barbey

  • Serge Dal Busco doit apprendre à dire non

    Editorial de Politeia.ch

    Serge Dal Busco est en charge des Finances genevoises depuis six mois maintenant. Une lourde tâche dans un contexte particulièrement délicat: recapitalisation de la caisse de pension publique, réforme de l’imposition des entreprises exigée par l’Union européenne, initiatives cantonale et fédérale visant la suppression de l’imposition d’après la dépense… Tout ça devrait déjà suffire à la peine du conseiller d’Etat. Mais comme les ennuis ne viennent jamais seuls, Serge Dal Busco a écopé de l’Office des bâtiments, alors qu’il souhaitait dès le départ coupler les Finances à l’Economie. Ce qui, au dernier moment, lui a été refusé. Le service qui gère les bâtiments de l’Etat lui a donc été donné, tel un cadeau empoisonné. Car oui, de nombreuses infrastructures, notamment des écoles publiques, tombent en ruine. D’inévitables investissements sont à prévoir. Mais quand? Comment? Selon des informations obtenues par Politeia de personnes haut placées dans l’administration cantonale, de nombreux départements négocient déjà des dépassements de budget.

    Serge Dal Busco devra montrer sa pugnacité et sa fermeté face à ses collègues. A ce titre, le programme de législature, qui devrait être publié en juin, sera révélateur. Il lui faudra aussi s’appuyer sur les compétences éprouvées de son homologue vaudois, Pascal Broulis. Le ministre genevois des Finances doit maintenant apprendre à dire non par réflexe, puis à négocier. Il est le capitaine du navire, et c’est à lui que revient la responsabilité de gérer les besoins des uns et des autres de ses collègues. En plus des siens. Il est trop tôt pour dire s’il aura l’envergure nécessaire pour assurer ce rôle pivot au sein du gouvernement. Serge Dal Busco doit concevoir des équilibres de part et d’autre de la gestion financière de l’Etat. Son objectif, comme il le confiait dans un entretien livré à L’Agefi fin février, est de réduire l’endettement chronique du canton de Genève. Un but louable mais peut-être intenable. Comment, avec tout ce qui précède, pourrait-il être en mesure de rembourser la dette s’il doit déjà lutter tel un forcené pour ne pas dépasser les budgets? Oui, Serge Dal Busco doit apprendre à dire non à ses collègues. Et le plus vite sera le mieux.

    Grégoire Barbey

  • La France doit réagir au vote des P+R

     

    Réaction à chaud.

    Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

    Grégoire Barbey

  • Pâquerette: et si la structure était illégale?

    Quelque chose me chiffonne, dans le dossier de la Pâquerette. Des idées, toutes plus saugrenues les unes que les autres, traversent mon esprit quelque peu animé. Alors, je commets une conjecture. Que Dieu me pardonne.

    La fermeture précipitée du centre la Pâquerette par Pierre Maudet, qui s'était alors attribué la responsabilité du dossier après le meurtre de la thérapeute Adeline, n'a toujours pas trouvé dans ma tête une raison valable. Certes, un drame des plus odieux s'y est produit. Une tragédie innommable pour la famille, une douleur partagée par Genève et même au-delà. Mais dans un esprit aussi cartésien que celui de Pierre Maudet, on sait, malheureusement, que le risque zéro n'existe pas. C'est cynique, c'est abominable, mais c'est la triste vérité. Prétendre le contraire, c'est se fourvoyer.

    Dès lors, pourquoi Pierre Maudet a-t-il décidé de mettre la clé sous la porte de cet institut qui, nonobstant l'épisode susmentionné, avait toujours eu fonctionné sans grand fracas? Un geste électoral, juste après les élections? Je n'y crois pas. Une tentative de se protéger? Pas impossible, mais peu probable de la part de l'intéressé. Il doit y avoir une raison. Sans aucun doute. Quelque chose de plus fort, difficilement justifiable, nécessitant une réaction immédiate. Un nœud gordien dont la seule possibilité d'en limiter les dégâts est de le brûler. Nettoyer les écuries d'Augias, sans toutefois en révéler tout le contenu...

    Et si, par hasard, la Pâquerette avait été construite à l'encontre de la législation fédérale en vigueur? Rappelons que ce centre permettait la détention de détenus nécessitant des soins particuliers. Alors qu'on sait toutes et tous que Champ-Dollon est une prison qui ne permet légalement que la détention provisoire. Si, malgré le droit fédéral, on avait décidé à l'époque (il y a plus de 27 ans) de mettre en place la Pâquerette, porté par les grandes idées des Deleuze et consorts, pour qui la réhabilitation des criminels ne faisait aucun doute? Et si, justement, la Pâquerette n'avait aucune légitimité légale? Cela expliquerait beaucoup de choses. Dont des événements très récents.

    A moins qu'on puisse me démontrer le contraire d'un point de vue légal, la question se pose. Peut-être me trompé-je, et alors je m'en excuse sans plus de bavardage. Tout cela n'est, finalement, que crasses réflexions d'un illuminé. Amen.

    Grégoire Barbey

  • Quand la droite faillit à ses devoirs

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    Le salaire minimal, c'est surtout une question de choix de société. A gauche comme à droite, on prend les arguments des économistes qui vont dans le sens souhaité. A titre purement personnel, l'idée d'un salaire minimum légal me dérange – s'il est généralisé à l'ensemble des secteurs économiques sans différenciation. Cela génère des effets négatifs et nuit à la flexibilité des activités. Toutefois, c'est un sacrifice auquel l'on peut consentir, si tel est le désir des citoyens. Mais est-ce vraiment une perspective réjouissante? Pas pour moi.

     

    Libéral et avant tout humaniste, je comprends entièrement l'argument selon lequel un temps de travail à 100% devrait permettre d'obtenir un salaire suffisant pour vivre. Ce sont sur les moyens que je suis en désaccord avec les syndicats et la gauche. Nier les différences conjoncturelles entre chaque secteur d'activité est une erreur, surtout en l'appliquant aux différences villes/campagnes qui sont très marquées en Suisse. Mais je ne suis pas non plus dogmatique: je reconnais les erreurs de la droite, et plus particulièrement de la droite économique.

     

    On ne peut pas rester les bras croisés et s'indigner lorsque le camp adverse soumet une proposition pour faire avancer la situation. Certes, le salaire minimal est une mauvaise réponse. La question demeure cependant pertinente: que fait-on pour les bas salaires? Evidemment, on veut tous un salaire qui permette de survivre, et même si possible de vivre. On aspire tous à cela. Et la droite, en ne tentant pas une approche ciblée des cas où les rémunérations sont très basses, a laissé toute latitude à la gauche et aux syndicats pour lancer une initiative et menacer l'ordre établi.

     

    Bien sûr, le modèle actuel fonctionne plutôt bien. Si seuls 10% des salariés sont en-dessous de 4000 francs par mois, on peut estimer que le système n'est pas si mauvais. Il serait malgré tout arrogant de s'en tenir à cette satisfaction sans s'interroger sur les mesures à prendre pour que ce taux se réduise encore, voire disparaisse. La droite, à ce propos, a manqué à ses devoirs. Je l'ai déjà écrit et je le répète. Si l'on assure bien ses arrières, ce type d'initiatives n'existerait probablement pas. Un contre-projet, par exemple, aurait été bienvenu. Le partenariat social, par exemple, pourrait être renforcé. Est-ce que tout est fait en ce sens aujourd'hui? Pas vraiment. Et ça, forcément, ça génère des frustrations.

     

    Le rôle du politique n'est pas uniquement de défendre ceux qui l'ont mis sur son siège d'élu. Justement pour éviter que la voix de cette minorité n'obtienne suffisamment d'écho pour renverser la situation. La démocratie est basée sur un contrat social difficile à établir avec précision. Il faut comprendre qu'on ne joue pas uniquement pour son camp et qu'il est nécessaire de regarder au-delà. L'essentiel, c'est d'améliorer le sort de chacun, et surtout ceux qui en ont besoin. Pour autant que les décisions prises ne viennent pas péjorer la situation des autres. C'est un équilibre complexe et si l’on n’y met pas toute son énergie, les écarts prennent de la place et les mécontents grondent toujours plus fort.

     

    A ce sujet, et contrairement à beaucoup de personnalités de droite défendant le non à l'initiative, je ne trouve pas que la proposition des syndicats soit indécente ou déplacée. Je la trouve juste inappropriée pour résoudre le problème qu'elle veut régler. Le salaire minimal n'est pas une perspective acceptable pour un pays comme la Suisse, où la liberté économique a une place importante – dans les faits et dans la Constitution. Cette liberté n'est bien sûr pas un absolu et pour la conserver, il faut entretenir le système. Les laissés pour compte finissent toujours par se faire entendre. Dès lors, si l'initiative devait être refusée le 18 mai, la droite serait bien inspirée de mettre un point d'honneur à corriger les quelques problèmes que notre système connait. Après tout, c'est dans son intérêt.

     

    Grégoire Barbey

  • Appel à la jeunesse de Suisse

    La votation du 9 février a suscité de nombreux commentaires sur le faible taux de participation des moins de 30 ans – et plus particulièrement des 18 à 25 ans. La réaction de l’Union européenne, qui a gelé les projets Erasmus + et Horizon 2020, a créé l’indignation chez les étudiants. Beaucoup d’observateurs ont reproché à ces jeunes de se plaindre alors qu’ils ne se sont pas mobilisés au moment du vote. J’ai fait partie de ces gens, et je reconnais mon erreur. Avec du recul, il m’apparaît clairement qu’il n’est pas intellectuellement honnête de s’en prendre à la catégorie des 18-25 ans pour la simple et bonne raison qu’aucun discours politique n’a tenté de les inclure réellement dans le débat. Peut-être que ça a été le cas de façon marginale, mais dans le concert des médias, et dans le brouhaha général, on s’est bien peu intéressé à l’impact que cette votation aurait sur la jeunesse.

     

    Il ne s’agit pas de revenir sur la votation du 9 février. Comme beaucoup de citoyens et de leaders économiques et politiques, nous en prenons acte et nous l’acceptons car tel est le verdict des urnes. Toutefois, cet événement peut contribuer à lancer un mouvement positif de mobilisation des jeunes dans le débat public. Si nous ne pouvons pas revenir en arrière – et même si quelques voix le proposent de part et d’autre –, alors nous avons le devoir de ne pas laisser se reproduire une situation similaire. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un groupe de réflexion incluant des jeunes de tous les milieux – universitaires, politiques, linguistiques etc. – pour mettre sur papier une interpellation aux générations qui sont aujourd’hui au pouvoir et donc responsables de notre avenir. Il ne s’agit pas de fonder notre message sur des revendications unilatérales, mais de transmettre à nos aînés tout ce que nous pouvons leur apporter, pour construire ensemble une société qui inclue à la fois les générations à venir, les jeunes, les moins jeunes et les plus âgés.

     

    Cette société inclusive, nous pouvons en porter le projet. Nous avons pour nous bien des avantages. Nous sommes quasiment nés avec internet, et nous sommes tous connectés de façon quasi permanente. Les barrières de l’espace n’existent plus, du moins virtuellement, et notre capacité à nous réunir et nous organiser s’en trouve décuplée. Cela nécessite toutefois de faire le premier pas, et de lancer une vaste réflexion, sans tabou, sur la place que nous nous devons d’occuper dans la société. Chaque année, l’Université de Saint-Gall organise un symposium des «Leaders of Tomorrow», conséquence de la génération post-68 et des mouvements estudiantins. Les dirigeants d’aujourd’hui y rencontrent ceux de demain après une sélection très précise. Ces jeunes, choisis à travers le monde, bénéficient d’une expérience unique, où ils peuvent rencontrer les plus grands leaders suisses de l’économie, des dirigeants politiques internationaux et parler à bâton rompu des sujets qui les intéressent ou leur créent des inquiétudes pour leur avenir.

     

    Il existe de nombreuses initiatives qui permettent de révéler de jeunes talents pour les grands groupes économiques. Les entreprises ont très bien compris que cette génération ultra-connectée possède quelque chose qui leur permet d’ancrer leur stratégie dans le réel comme dans le virtuel. La politique, c’est autre chose. Bien des exemples viennent noircir le tableau, avec une si faible représentation des jeunes dans les parlements que c’en est presque navrant. Des jeunes qui se présentent, il y en a beaucoup, notamment à travers les jeunesses des partis. Mais il y en a beaucoup aussi qui ne sont pas encartés et qui ne veulent pas l’être (du moins dans l’immédiat). Ces jeunes-là ont également un message à porter, au-delà des clivages traditionnels, par-delà les hémicycles. Il ne s’agit pas de pointer du doigt les aspects négatifs. Il est question d’engagement, de ce que nous pouvons apporter pour l’évolution de notre société. Les discours politiques d’aujourd’hui se sont indéniablement détachés de la jeunesse, parce que les jeunes sont moins prompts à voter, et sont donc moins «rémunérateurs» d’un point de vue électoral. Ce qui incite nombre de jeunes à se sentir oublié des autorités, et les fait donc par la force des choses se détacher aussi des sujets politiques. Un véritable cercle vicieux.

     

    Pourtant, de mon avis, les jeunes ne manquent pas de ressource ni d’envie de s’impliquer. Et c’est pourquoi je propose la création d’un vaste groupe de réflexion pour établir un plan d’action et lancer des événements – dans toute la Suisse – pour attirer l’attention sur notre génération. Non, nous ne sommes pas désintéressés, et non, internet et les réseaux sociaux ne font pas de nous des jeunes dilettantes et incapables d’agir sur le présent et d’anticiper l’avenir. Nous aussi, les jeunes, nous voulons être entendus. Quand il s’agit d’augmenter l’âge de notre retraite pour financer les rentes de nos aînés, quand il est question de rehausser les cotisations pour ces mêmes assurances sociales, nous sommes d’accord de faire des sacrifices, mais nous voulons avoir notre mot à dire et nous ne sommes pas dupes: une société qui fonctionne est basée sur un contrat social intergénérationnel. C’est que nous pouvons faire et ce sans plus attendre: nous réunir et décider de ce qui, pour nous, est important. Ce que nous souhaitons inclure dans ce contrat social. Pour ensuite le présenter aux dirigeants d’aujourd’hui, et leur faire comprendre que nous sommes prêts à nous impliquer et à bâtir ensemble, plutôt que d’agir sans nous inclure.

     

    Si vous aussi, vous vous sentez concernés, que vous souhaitez porter un message haut et fort, alors rejoignez-nous et prenons notre destin en main. C’est aujourd’hui ou jamais. Un premier événement sera créé dans les prochaines semaines pour appliquer les constats qui précèdent et commencer à déblayer le terrain en vue de la création de ce nouveau contrat social. Soyons nombreux, car plus nos voix résonneront, et plus notre message sera audible.

    Merci de relayer cet appel.

     

    Pour plus d’informations:

    Grégoire Barbey – gregoire.barbey@gmail.com

    Darius Azarpey – dariusazarpey@hotmail.ch