Gregoire Barbey

25/03/2014

Des citoyens soutiennent le Père Glôzu

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VILLE DE GENÈVE – Le mythique Café de l’Hôtel-de-Ville arrive en fin de bail. Jean-Yves Glauser, plus connu sous le nom de Père Glôzu, loue les locaux à la Ville depuis vingt-neuf ans. Mais son bail prendra fin au 31 décembre de cette année. La Municipalité veut en profiter pour rénover le restaurant. Ce qui signifie la fermeture (provisoire?) de l’enseigne actuelle. Une perspective qui ne semble pas être du goût de tous. Un groupe Facebook a en effet été créé, exigeant le maintien du Café de l’Hôtel-de-Ville. Près de 600 membres ont déjà rejoint la cause.

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22/03/2014

Pédophiles: pourquoi je voterai non le 18 mai

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Christine Bussat. Contrairement à ce que laisse entendre le fer de lance de la Marche
Blanche, refuser l'initiative n'est pas défendre les pédophiles. Même si l'amalgame est commun.


L’initiative de la Marche Blanche «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» est créditée d’une très nette majorité d’avis favorables (environ 80%) selon le dernier sondage effectué par le SonntagsBlick. Si l’on se contente de l’intitulé du texte soumis à votation le 18 mai prochain, comment pourrait-on raisonnablement s’y opposer? C’est justement là que le bât blesse: il y a une véritable absence de débat sur le sujet. On peut le comprendre, tenter de lancer la discussion à ce propos suscite des réactions parfois hystériques, souvent disproportionnées. Même si le texte part d’une intention louable, des raisons de le refuser existent, et je me propose d’en fournir quelques-unes pour vous permettre de réfléchir à la question au-delà de l’aspect émotionnel.

 

Tout d’abord, se prononcer en faveur du refus ne signifie pas être pour que les pédophiles puissent travailler avec des enfants. Dans ce débat-là, on n’est pas contre le fond, mais contre la forme. Ce qui n’est pas une nuance à prendre à la légère. Le texte de l’initiative a été déposé comme suit: «Quiconque est condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante est définitivement privé du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». On remarque au premier coup d’œil que le nom de l’initiative est trompeur et que son objectif est plus large. Car oui, qu’est-ce qu’une personne dépendante? Ce n’est pas uniquement un enfant. Cela peut être une personne âgée ou incapable de discernement. On ne touche donc pas uniquement aux pédophiles, contrairement à ce qui peut être cru de prime abord.

 

En sachant cela, on peut s’interroger sur certaines notions fondamentales du droit. En règle générale, on considère que les peines et mesures automatiques doivent être proscrites pour que la justice conserve une dimension humaine et s’attache à évaluer chaque cas individuellement. Cette initiative créerait un précédent en la matière en privant définitivement (et automatiquement) «quiconque a été condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». Autre notion qui serait bafouée par l’introduction d’un tel texte dans la Constitution, c’est la proportionnalité. Si le couperet tombe automatiquement sous condition d’avoir été condamné, l’évaluation des peines et contraintes à appliquer n’est plus proportionnelle. Quelles que soient les circonstances, la gravité des faits, la mesure s’applique.

 

Il est donc totalement légitime de questionner la portée juridique de cette initiative, et de tenter d’en comprendre les éventuelles conséquences pour le futur. La subjectivité est aussi dérangeante. On considère implicitement que de violer une femme ou un homme adulte est moins grave que de violer un enfant. Pour ma part, je pense qu’aucune échelle de gravité ne peut être dressée dans de pareils cas. Que l’on viole un enfant ou une femme/un homme adulte, on a porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’une personne, et en cela, même si l’on peut considérer que le préjudice peut être plus grave sur un enfant, les peines doivent être évaluées selon des critères plus ou moins similaires. Le distinguo qu’effectue de fait l’initiative me déplait beaucoup. Mais en même temps, comme pourrait-on par exemple interdire un homme condamné de viol sur une femme de travailler avec d’autres femmes? Cela pourrait nuire à son bien-être de façon excessivement préjudiciable. Pourtant, l’initiative de la Marche Blanche nous invite à considérer cet aspect, si l’on veut être de bonne foi.

 

Enfin, un dernier aspect qui me dérange profondément, c’est la négation du droit à l’oubli. Je ne sais pas comment sera appliquée l’initiative, car elle devra l’être puisqu’elle sera acceptée sans aucun doute, mais une contrainte à vie nie à mon sens le droit à l’oubli. Ce droit n’est en rien absolu et il peut être contourné si les actes présents d’une personne précédemment condamnée justifie de mentionner des faits antérieurs. Or, si l’individu condamné pour pédophilie n’a pas récidivé, cette interdiction définitive crée une situation assez gênante de ce point de vue. Il faut pour conclure noter que le Parlement a pris la mesure de cette initiative et a déjà procédé à des modifications du code pénal. La Suisse est également signataire de la Convention de Lanzarote qui prévoit une adaptation de la justice pour renforcer la protection de l’enfance des Etats qui ont ratifié le texte. En cela, des mesures vont être et ont déjà été prises pour améliorer la défense des intérêts des enfants, qui je le rappelle ne doivent être l’objet d’aucune compromission. Sans pour autant faire l’objet d’une initiative qui nie des principes fondamentaux du droit.

 

Une personne condamnée pour pédophilie et interdite de travailler avec des enfants pourrait tout à fait déposer un recours au Tribunal des droits de l’homme. Elle serait probablement victorieuse. En gardant le droit actuel et ses futures modifications, on s’attache à protéger les enfants proportionnellement aux principes en vigueur et en ne risquant pas de perdre face à un Tribunal supérieur pour non-respect des droits de l’homme. C’est pourquoi je voterai non, tout en ayant en conscience la nécessité de protéger les enfants de tout abus, qu’ils soient sexuels, psychologiques ou physiques. Que la raison triomphe sur l’émotion, et que le droit ne soit pas l’otage de l’exagération politique!

 

Grégoire Barbey

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08/03/2014

Naxoo: étrange dit l'ange, étrâne dit l'âne?

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Pierre Maudet. Le conseiller d'Etat était en charge de Naxoo lorsqu'il était magistrat
de la Ville de Genève. Sandrine Salerno a repris le dossier.
(Crédit photo: Haykel Ezzeddine)

 

J'ai commencé à m'intéresser en profondeur au dossier Naxoo, après l'aboutissement du référendum le 9 février dernier refusant la vente à UPC Cablecom. J'ai découvert des détails intéressants, notamment d'anciens administrateurs ou dirigeants qui travaillent maintenant au Département de la sécurité et de l'économie (DSE) dont Pierre Maudet est en charge. Je pense par exemple à Eric Favre, qui était membre du conseil, et a été nommé au 1er juin 2013 directeur des systèmes d'information et de communication à l'Etat de Genève!

 

Je m'étonne par ailleurs qu'il n'y ait rien eu dans la presse à propos de Sandrine Salerno: celle-ci ayant échoué à convaincre les citoyens de la Ville de Genève du bienfondé de sa démarche, il serait normal que le dossier lui soit retiré. Il ne s'agit pas de dire si elle a bien fait ou non son travail, mais elle est maintenant dans une situation où ses décisions seront prises dans une panique tout à fait compréhensible.Il en va de même pour l'actuel conseil d'administration, dont les membres, pour la plupart issus des partis politiques, ont échoué dans leur stratégie. Ils doivent être remplacés, et l'actuel président également!

 

En creusant un peu le dossier, j'ai aussi eu vent d'une soirée arrosée offerte par l'une des parties prenantes de la cession de Naxoo. J'y reviendrai lors d'une prochaine publication. A ce sujet, le MCG, qui était contre la vente (Daniel Sormanni était probablement le conseiller municipal le mieux renseigné sur le dossier) a retourné sa veste promptement. J'ai, semble-t-il, un élément de réponse pouvant justifier ce retrait soudain et le dévoilerai lorsque j'en aurai confirmation.

 

Quant à la demande de la commission des finances de la ville, à savoir que Naxoo explique sa nouvelle stratégie, j'ai un peu de la peine à saisir. Est-ce que Swisscom pourra bénéficier d'un apéritif avant la prise de note concernant le développement de son concurrent? C'est intéressant comme démarche. On voudrait couler Naxoo qu'on ne s'y prendrait pas mieux. D'ailleurs, ceux qui ont échoué devant le peuple pourraient alors dire que leur stratégie était la bonne et qu'elle aurait au moins préservé quelques emplois.

 

Une question demeure quant au transfert des fichiers clients. Habituellement, c'est une transaction chiffrée en millions (dans le cadre d'une entreprise comme Naxoo). Mais ici, le transfert desdits fichiers (81'000 prises si mes souvenirs sont bons) était une condition pour débuter la transaction. J'ai calculé, grosso modo, ce qu'aurait coûté la vente à un prix normal de ces fichiers clients. On dépasse les 10 millions. Or ici, il n'a pas été question d'en négocier un prix, visiblement. Par ailleurs, selon mes sources, Naxoo posséderait près de 30 millions de francs en liquidités...

 

La Ville de Genève a pourtant demandé 57 millions de francs pour Naxoo à UPC Cablecom. Vu la rentabilité et l'EBITDA de l'entreprise, je pense qu'il aurait été possible de valoriser davantage Naxoo. Cette interprétation ne tient pour l'instant qu'à moi, mais je vais continuer mes recherches et serai prochainement en mesure de donner davantage d'informations sur cet étrange dossier. Car oui, qu'on veuille ou non nous le cacher, de nombreuses zones d'ombre subsistent. Par exemple l'ancien président du conseil, Michel Mattacchini, serait parti vivre à l'île Maurice... Bref, j'y reviendrai sans tarder.

 

Grégoire Barbey

 

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06/03/2014

Lettre ouverte à Oskar Freysinger

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Oskar Freysinger. Le conseiller d'Etat valaisan accuse ses adversaires politiques de nuire
à son département depuis qu'il a été élu. Peut-être est-il également responsable de ce climat.

 

Monsieur le conseiller d’Etat Oskar Freysinger,

 

Vous vous êtes construit depuis vos débuts en politique un personnage. Vous vous êtes façonné une image, comme les plus grands hommes d’Etat l’ont fait avant vous (François Mitterrand en est l’exemple le plus parlant). Il y a toutefois une différence entre ces personnalités et vous. Aujourd’hui, votre objectif est atteint en Valais: devenir conseiller d’Etat. Pour en arriver-là, il vous a fallu des années. Années où vous avez sciemment combattu les gouvernements qui se sont succédés, que ça soit en Valais ou au Palais fédéral, pour vous faire remarquer. Vous n’avez jamais lésiné sur les moyens: provocation, propos limites, mises en scène patiemment étudiées, etc. Je ne suis pas l’un de vos admirateurs, mais je vous reconnais toutefois un sens très développé de la théâtralité. En vérité, vous êtes un homme de scène. Vous vous êtes créé un personnage, disais-je plus haut, de toute pièce. Il vous a fallu lui donner une identité, des traits facilement reconnaissables. Votre personnage, c’est-à-dire vous, devait être l’objet de toutes les polémiques. Avec habileté, vos combats politiques ont souvent eu l’effet escompté: faire parler de vous. Toujours plus. A tel point qu’aujourd’hui, toute la Suisse romande vous connait, et probablement pouvez-vous en dire autant du côté de la Suisse alémanique.

 

Oui, vous avez un indéniable talent pour vous draper d’une auréole de popularité. Vous cherchez l’extrême: être adoré ou détesté. Et toutes ces années durant, ce rôle vous a admirablement bien convenu. Quand vous avez défendu l’interdiction des minarets – faisant d’un monument quasiment inexistant en Suisse un problème national –, ou lorsque vous militiez pour le renvoi des criminels étrangers, vous n’avez jamais reculé devant les méthodes à utiliser pour créer le buzz, pour susciter l’indignation des uns et l’admiration des autres. Ces autres qui constituent votre électorat, en grande partie. Vous êtes un homme d’une grande intelligence. Cela aussi, mon honnêteté intellectuelle me force à le reconnaître. Je vois dans vos choix politiques et dans vos communications publiques un machiavélisme d’une rare finesse. Vous êtes quelqu’un de cultivé, vous lisez beaucoup, écrivez avec une certaine aisance, jouez même de la musique. Et pourtant, quand il s’agit de dire la vérité à vos lecteurs, notamment sur le renvoi des criminels étrangers, vous singez le parfait imbécile. Vous faites celui qui ne sait pas. Celui qui, dans sa montagne, ignore qu’on ne peut pas expulser les criminels étrangers sans accords de réadmission avec les pays concernés. Que de nombreux traités internationaux rendent l’application du texte de l’UDC particulièrement problématique. Mais ça, je le sais et vous le savez, ça n’a qu’un objectif: plaire à votre public cible.

 

Une fois encore, vous êtes un homme de théâtre tout en étant un excellent publiciste. Tous vos propos sont destinés à ceux qui vont consommer «l’image» Oskar Freysinger. Comme un slogan sur un paquet de biscuits, vous devez attirer l’œil de vos potentiels électeurs. Ceux qui glisseront, le moment venu, votre nom dans l’urne. Et vous atteignez votre but avec brio. Laissez-moi vous concéder encore cette qualité. Vous êtes à mon avis de ceux qui peuvent faire contracter à un aveugle une assurance au cas où ses lunettes de vue viendraient à se casser. Pour beaucoup, c’est un défaut. J’y vois pour ma part une compétence rare et profitable. Pour autant qu’on l’use avec une certaine éthique. Un certain sens du bien commun. Or, c’est là, Monsieur le conseiller d’Etat, que le bât blesse. Vous usez de vos talents à des fins peu louables. Vous allez dire à un journaliste quelque chose qui fera assurément le buzz. Lui, naturellement, s’empressera de le publier et de le relayer. Il fait son travail. Pendant quelques heures, voire quelques jours, vous laissez monter la mayonnaise. Puis vous prenez votre caméra ou votre plume pour démentir les propos qui vous sont attribués. Les journalistes, auxquels vous tentez d’apprendre leur travail, sont en réalité vos jouets. Et en même temps, malgré eux, ils sont vos plus grands alliés.

 

Que seriez-vous sans les scandales médiatiques liés à vos propos sur le génocide arménien? Sur les étrangers? Les sans-papiers et j’en passe? Sans les caméras ou les journaux, vous ne seriez au fond qu’Oskar Freysinger, enseignant valaisan de son état, publiant quelques poèmes et livres pamphlétaires contre la société comme elle va en Suisse. Mais caméras, micros et stylos sont braqués sur vous. Vous le savez, comme lorsque vous faites venir Le Matin Dimanche dans votre chambre et lui montrez votre fusil. Ou lorsque vous invitez dans votre cave des journalistes suisses alémaniques pour leur montrer un drapeau du IIe Reich, feignant penser qu’il n’est pas question de connotation avec le nazisme puisqu’il représentait le symbole de l’empereur allemand Guillaume II. Encore une fois, vous jouez avec les limites. Vous provoquez en gardant toujours une carte dans votre manche pour vous tirer d’un mauvais pas. Comme un bon prestidigitateur, vous n’abattez jamais tout votre jeu sur la table. C’est habile et cela démontre votre sens de l’analyse et de l’élaboration de stratégie politique. C’est dommage que vous en usiez à des fins proprement personnelles, plutôt que d’en faire bénéficier le canton du Valais et ses habitants qui le méritent.

 

Maintenant que vous êtes devenu conseiller d’Etat, vous n’avez pas su opérer la transition entre le personnage d’Oskar Freysinger dans l’opposition et l’Oskar Freysinger ayant enfilé le costume de ministre. Ce n’est plus ici pour moi le signe de vos compétences et de votre intelligence. Non, malheureusement, j’y vois plutôt ce qui devait arriver: vous ne pouvez plus changer de casquette. Et vos adversaires politiques, en Valais, vous le font payer. Ont-ils raison? S’ils font tout pour vous faire craquer, je pencherais pour le non. Mais après tant d’années à jouer vous-même cette partition, comme leur en vouloir? Ils ne font, à vrai dire, que de vous rendre la monnaie de votre pièce. Aviez-vous seulement pensé vous en sortir sans devenir l’homme à abattre? Que vous pourriez prendre les rênes d’un département et ne plus subir les feux croisés de ceux qui, au fil du temps, sont devenus des ennemis plus que des adversaires politiques? En homme cultivé que vous êtes, vous avez dû lire Le Prince de Nicolas Machiavel. Peut-être même figure-t-il sur votre table de chevet. Une somme pour toute personne souhaitant faire de la politique et pour qui la fin justifie les moyens. Oui, mais voilà, vous commettez les mêmes erreurs que César Borgia, le fils du Pape Alexandre VI. A trop vouloir utiliser toutes les méthodes à votre disposition, vous avez minimisé l’importance de l’opposition que vous avez suscité. Vous étiez probablement trop occupé à compter le nombre de vos fidèles.

 

C’est cette erreur qui a également conduit César Borgia à la mort misérable qu’il a connu. Grand stratège, il rêvait continuellement d’augmenter son pouvoir, sans se fixer un but final sur lequel s’appuyer et s’arrêter lorsqu’il serait atteint. C’est l’une des leçons que donne Baltasar Graciàn dans son ouvrage L’Homme de cour, que vous avez peut-être lu vous-même. Ce qui vous a permis d’accéder à la fonction de conseiller d’Etat vous a aussi mis dans la position de faiblesse qui est la vôtre aujourd’hui. Vos budgets, selon vos dires, sont sans cesse réduits. Vous répétez à l’envi que vous ne pouvez pas travailler dans ces conditions. N’est-ce pas vous qui avez voulu en arriver-là? N’est-ce pas votre comportement qui vous a rendu si populaire et si détesté à la fois? Ce qui vous a manqué, en devenant conseiller d’Etat, c’est du bon sens politique, c’est le respect des institutions suisses. La collégialité est l’un des principes fondamentaux de nos exécutifs multicolores. Vous faites encore et toujours cavalier seul, comme si vous ne pouviez compter sur autrui pour avancer et remporter des victoires. Vous vous êtes mépris sur l’importance d’afficher une bonne volonté une fois à l’exécutif. Cela vous coûte déjà, et ça n’est pas prêt de cesser. Plus vous gémirez, et plus vous ferez le bonheur de vos ennemis.

 

C’est dommage que le Valais soit le théâtre d’une telle pièce. Vous aviez (et avez encore) tout pour bien faire. Il a pourtant fallu que vous vous complaisiez dans votre rôle d’électron libre, de sniper. Vous étiez un parlementaire hors pair, vous êtes devenu un gouvernant médiocre. Vous faites probablement du bon travail avec les moyens qui sont à votre disposition. Mais votre communication est désastreuse. C’est ce qui finira par vous perdre, car les Valaisans ne sont pas dupes. Vous avez obtenu votre siège à l’usure, n’oubliez pas que vos ennemis ont maintenant la force de frappe pour vous en déloger, si vous ne décidez pas de mettre un terme aux guerres de tranchées. Si vous ne changez pas d’optique, vous creuserez votre propre tombe politique. Et l’épitaphe est déjà toute trouvée: ci-gît Oskar Freysinger, prisonnier entre les quatre planches de son propre personnage. Il est l’heure pour vous de retirer vos habits de clown et d’enfiler le costume que les Valaisans vous ont octroyé.

 

Avec l’assurance de mes sentiments dévoués,

 

Grégoire Barbey

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20/02/2014

La mauvaise communication de l'économie

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Associations économiques. Les campagnes menées par Economiesuisse et consorts n'ont
fait dernièrement que tracer des lignes de front. Une nouvelle communication doit émerger.

 

L’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» est le troisième échec consécutif des associations économiques et patronales face au verdict des urnes. Il y a d’abord eu la Lex Weber et sa limitation des résidences secondaires, puis l’initiative Minder pour «rendre le pouvoir aux actionnaires» et supprimer les golden parachutes et enfin le scrutin du 9 février. Economiesuisse a annoncé aujourd’hui avoir choisi Monika Rühl, actuelle secrétaire générale du Département fédérale de l’économie, pour remplacer Pascal Gentinetta à la tête de la fédération. Est-ce que cette désignation améliorera la manière dont les associations économiques et patronales font campagne lorsqu’une initiative revêt de potentielles conséquences pour l’économie? On est en droit de s’interroger.

 

La dernière campagne en date, pour s’opposer au contingentement de l’immigration (voir illustration), fait réfléchir. Les différentes associations et fédérations qui soutiennent l’économie ont fait savoir leur opposition tambour battant. Leur message, qu’ils ont martelé des mois durant, était simple: l’initiative UDC menace la prospérité de la Suisse. J’en suis le premier convaincu. Toutefois, on est légitimement en droit de s’interroger sur l’impact d’un tel discours. A part conforter les défenseurs de l’économie dans leur position, cette façon de communiquer a plutôt un effet négatif sur celles et ceux qui ne font pas partie des habituels soutiens de la place économique suisse. J’entends par-là des citoyens lambda, loin de la politique et de ses arcanes, qui ont généralement peu d’intérêt pour les messages prononcés par les associations économiques et patronales.

 

Ces personnes – et j’en connais beaucoup – ont par habitude le réflexe de considérer ces associations comme défendant les plus riches. Même si cette perception est biaisée, il importe néanmoins de la prendre en considération lorsqu’on défend l’économie. J’ai souvent l’impression, et cela ne vaut pas uniquement pour Economiesuisse et consorts, qu’on a tendance en Suisse à faire campagne de façon très marquée. On cultive la guerre de tranchée, à gauche comme à droite, pour véhiculer ses valeurs et ses idées. Plutôt que de tenter de convaincre les indécis, on dessine une ligne sur le sable et chacun s’affronte de façon traditionnelle. Je me souviens qu’il y a quelques mois, l’entrepreneur et libéral convaincu Michel Balestra citait sur son profil Facebook ces mots d’Alexandre Dumas: «Ne discutez jamais, vous ne convaincrez personne. Les opinions sont comme les clous; plus on tape dessus, plus on les enfonce». Cette phrase vaut uniquement lorsqu’on trace des lignes de front et qu’on s’y tient.

 

En utilisant des éléments de langage propres à l’économie, c’est-à-dire un jargon spécialisé, les associations économiques et patronales n’atteignent pas leurs cibles, qui ne doivent pas être celles et ceux qui sont déjà convaincus, mais les autres, et particulièrement les indécis. La première impression que donnent les milieux économiques politisés, c’est de défendre les inégalités, même si c’est un système qui est défendu et non les abus de celui-ci. Il faut vraiment considérer cette réalité pour affronter les prochaines échéances électorales. En mai, les Suissesses et les Suisses sont appelés à voter sur l’instauration d’un salaire minimal généralisé. Si les associations économiques et patronales utilisent à nouveau les habituelles mises en garde («cette initiative menace la prospérité», «l’économie ne peut pas supporter cette réglementation» etc.), il y a fort à parier que l’économie perdra cette votation. Et ce n’est franchement pas ce que je souhaite à titre personnel.

 

Les milieux économiques doivent s’interroger sur leur manière de mener des campagnes politiques. Sur la communication globale. Sur les choix, sur les stratégies. Je ne dis pas ça en tant qu’opposant à l’économie. Je défends moi-même un système libéral. Je le dis car j’aimerais voir les associations économiques et patronales remporter des victoires. Des victoires qui, depuis quelque temps, manquent cruellement au palmarès de l’économie. Je suis persuadé qu’avec une communication revisitée, les campagnes politiques auraient un tout autre impact sur l’opinion publique. Mais pour cela, il est nécessaire de se remettre en question. On espère que la nouvelle directrice d’Economiesuisse aura le courage de mener à bien cette introspection.

 

Grégoire Barbey

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12/02/2014

L'ère d'instabilité juridique pour l'économie

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Relations bilatérales. La Suisse doit faire face à un climat juridique très instable. La réforme
de la fiscalité des entreprises et la fin de la libre circulation en sont les causes principales.

 

On ne reviendra pas sur le résultat de dimanche. Toutefois, je m'inquiète de l'instabilité juridique qui règne en Suisse depuis déjà plusieurs mois. Cette transition entre accords bilatéraux et décision de l'Union européenne ne va pas améliorer le contexte pour nos entreprises basées sur le territoire. Il faut se souvenir, et cela n'a pas été redit depuis le scrutin, que la Suisse doit formellement décréter l'abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises cette année, avec une période transitoire censée s'étendre jusqu'en 2018 pour l'application des nouveaux standards fiscaux en la matière. Le manque de visibilité qui en découle est évident: les entreprises ne savent pas à quelle sauce elles vont être mangées. Taux unique d'imposition? Promotion des IP-box?


Et maintenant un climat délétère entre l'Union européenne et la Suisse dans ses accords bilatéraux qui permettent à notre économie un accès (pas total, précisons-le) au marché unique européen. Quelles en seront les conséquences? A priori, les premières annonces laissent à penser que notre partenaire ne nous claque pas la porte au nez et entend nous offrir une marge de manœuvre. Mais tout de même: le gel des négociations à propos de l'accord bilatéral sur l'électricité, et la possible suspension des subventions à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) sont des mesures qui s'avéreront douloureuses pour notre économie. Rien n'est encore inscrit dans le marbre pour l'heure, si ce n'est le résultat définitif de la votation sur l'immigration de masse.


Le pire, c'est l'incertitude. Les marchés financiers peuvent en témoigner, eux qui sont si volatils face à la moindre annonce de la Réserve fédérale américaine en lien avec sa politique monétaire. La Suisse a toujours connu jusqu'ici une stabilité juridique exemplaire. Récemment toutefois, trois initiatives ont passé la rampe de la majorité et remettent en question cette stabilité: les initiatives dites Minder et Weber et la dernière en date contre l'immigration de masse. Ces trois scrutins ont créé à eux seuls un manque de visibilité encore inconnu dans nos contrées.


Des pays, comme le Royaume-Uni et le Luxembourg, sont venus démarcher nos entreprises sur notre propre territoire pour leur proposer des conditions plus favorables. Est-ce cela que nous voulons vraiment pour notre avenir? Je ne le pense pas. Il ne s'agit pas ici de céder au catastrophisme. Nous devons toutefois appeler un chat un chat. Et le contexte n'est plus aussi favorable à un développement économique serein. Tout ce que nous pouvons faire, aujourd'hui, c'est compter sur nos négociateurs et l'équipe de diplomates du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Sans pour autant ne pas songer à d'éventuelles solutions pour stabiliser nos relations avec l'Union européenne. Toute contribution serait la bienvenue. A ce titre, je salue ici la réactivité de Fathi Derder, qui a déjà proposé quelques pistes (bonnes ou mauvaises, ce n'est pas le sujet) pour appréhender l'après 9 février 2014. Faisons de même.


Grégoire Barbey

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10/02/2014

La nouvelle aube des pro-européens

Article également disponible sur le site du Nouveau mouvement européen suisse (Nomes)

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Le peuple suisse a accepté l’initiative UDC «contre l’immigration de masse» à une très courte majorité (avec un écart inférieur à 20'000 voix). Les vainqueurs chantent déjà en chœur la fin de la politique européenne du Conseil fédéral. Une oraison funèbre qui n’a pas lieu d’être. Le rêve européen de la Suisse n’est pas mort: il n’est même pas encore né. Aujourd’hui, tous ceux qui, comme nous, sont favorables à un rapprochement de la Confédération et de l’Union européenne prennent acte d’un sentiment têtu chez les Suisses. L’indépendance à tout prix. La peur de ne pas pouvoir compter parmi les puissants. Les besoins de se démarquer impérativement de ce grand ensemble qui, selon eux, ne peut faire qu’une bouchée de notre petit pays. Dans son ouvrage «La Suisse que je souhaite», l’ancienne ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey résume bien ce sentiment d’infériorité vécu comme inéluctable par nos compatriotes. Ils sont si sûrs que la Suisse n’a pas d’arguments, qu’ils sont prêts à se replier sur eux-mêmes plutôt que de tenter un partenariat plus actif. La Confédération a pourtant bien des avantages concurrentiels à faire valoir.

 

Sa situation géographique en fait un partenaire essentiel pour une grande partie des Etats membres. Traverser la Suisse est une nécessité pour bien des échanges commerciaux entre pays de la Zone euro. Ses exportations, la qualité de ses produits, sa culture de la gestion des conflits, le grand dynamisme de son économie, en font un allié naturel de l’Europe et de sa construction. Cette dernière n’est pas achevée, loin s’en faut. Nombreux sont ceux qui rêvent d’une Union européenne basée sur un modèle similaire aux Etats-Unis. Nous partageons tous l’idéal de Denis de Rougemont. Une Europe qui intègre l’ensemble de ses Etats membres, comme la Confédération l’a fait avec ses nombreux cantons. Tout cela est possible, même si nombreux sont ceux aussi qui nient toute possibilité d’évolution du système institutionnel de l’Europe. C’est une erreur. Et nous ne pouvons pas rester en-dehors en attendant que l’Union européenne réponde à nos attentes. Nos partenaires ont un grand respect pour la Suisse. Ils reconnaissent aussi volontiers la méconnaître, ne pas la comprendre, être étonnés qu’un tel système démocratique puisse exister et durer depuis plus d’un siècle.

 

Comment pouvons-nous espérer raisonnablement améliorer nos relations avec l’Union européenne, et la compréhension de nos mécanismes politiques, si nous refusons tout rapprochement (sans même parler d’une quelconque adhésion)? Nous sommes perdants à plus d’un titre. Notre incapacité à faire entendre nos points de vue nous pousse à devoir accepter des accords qui ne nous sont pas toujours pleinement favorables. Notre entêtement à ne pas collaborer avec davantage de bonne volonté agace nos voisins, qui ont eu jusqu’ici la conscience de leurs intérêts bien compris comme garde-fou à une rupture du partenariat Suisse-UE. Mais pour combien de temps? Est-ce que dénoncer un accord est la meilleure façon de pérenniser nos relations avec l’Union européenne? Sachant que ses effets négatifs pouvaient être corrigés sans remettre en cause l’existence dudit accord… La réponse qui en découle est évidente. Nos compatriotes suisses craignent l’Europe, et nous ne sommes pas en mesure de les condamner pour cette peur: c’est un sentiment. C’est à ceux qui, comme nous, sont convaincus des avantages indiscutables d’une collaboration en bonne intelligence avec l’Union européenne qu’incombe le rôle de rassurer les Suissesses et les Suisses. C’est aux pro-européens à leur montrer qu’il existe une alternative autre qu’une fin de non-recevoir à toute proposition de nos partenaires. Il faut que nous prenions nos responsabilités et que nous travaillions main dans la main pour abattre les frontières entre les pro-européens et les eurosceptiques. Vingt-deux ans de politique anti-européenne n’ont que trop duré.

 

Les pro-européens doivent reconquérir leur espace de parole. Ils doivent monter au front avec force, conviction, ne plus se laisser intimider par une opinion publique défavorable. On ne bâtit pas de grands monuments qu’en période de beau temps. Il faut parfois braver les intempéries pour être en mesure de poser les premières pierres. Et c’est justement ce qui a manqué à ces deux décennies qui ont suivi le refus de l’adhésion à l’Espace économique européen en 1992. Deux décennies où l’Europe a été un mot grossier. Ce nouvel échec des partisans de l’Union européenne est la démonstration qu’une absence prolongée des tribunes médiatiques et du terrain ne peut constituer les prémices d’une conquête de l’opinion publique. Ce 9 février ne doit pas être interprété comme un nouveau dimanche noir. Nous devons au contraire le porter aux nues et remercier les détracteurs de l’Europe qui enfin nous réveillent et nous rappellent à nos obligations. Ce n’est pas un dimanche noir, c’est le lever d’une aube nouvelle. Pleine de promesses. Il ne tient qu’à nous d’avoir le moyen de de nos ambitions. Unissons-nous. Montrons le chemin. Cette votation pourrait signer une renaissance plutôt qu’être un signal funeste. Affirmons-nous, et nous réussirons. Dispersons-nous, et la Suisse demeurera isolée. Nous sommes maîtres de notre destin.

 

Grégoire Barbey

10:50 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Politique internationale, Suisse | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

23/01/2014

L'antiféministe J. Goetelen se trompe de cible

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Anja Wyden Guelpa. La chancelière d'Etat fait l'objet d'un
blog de John Goetelen. L'accusant de discriminer les hommes.


«Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même.» Cette citation de Friedrich Nietzsche, tirée de son livre Ainsi parlait Zarathoustra, illustre bien mon confrère blogueur John Goetelen. J’ai pour lui beaucoup de respect car il a dans son combat une véritable cohérence, de celle qu’on ne retrouve pas partout, surtout en politique. Mais en attaquant de front la chancelière d’Etat, Mme Anja Wyden Guelpa, ce cher John rate sa cible. Raillant la chancelière pour un texte qu’il trouve opportunément féministe, le blogueur l’accuse de favoriser l’apartheid des sexes. Anja Wyden Guelpa, elle, ne fait dans la brochure incriminée qu’établir des faits: les femmes votent moins que les hommes à Genève.



Et la Chancellerie à Genève tente de réduire les inégalités de vote entre les différentes générations et les sexes. Ce n’est pas nouveau, et c’est un travail à la fois difficile et légitime dans une démocratie. Car chacun doit pouvoir s’exprimer. Preuve en est la création, l’année dernière, du concours Cinecivic: adressé essentiellement aux jeunes entre 15 et 25 ans, la Chancellerie a mis au point une incitation pour promouvoir le vote et les droits politiques envers la catégorie qui participe le moins dans notre canton. La Chancellerie insinue-t-elle pour autant que les plus âgés ne doivent pas voter? Bien sûr que non. C’est pourtant le pas que franchit allègrement John Goetelen en accusant la chancelière d’Etat de lever son poing bien haut en faveur d’une lutte féministe qui écarterait de facto les hommes.



C’est tout simplement faux. Anja Wyden Guelpa aurait sans aucun doute rédigé le même texte si la proportion des hommes votants était moins élevée que leur force électorale. Pourquoi? C’est tout simple. La démocratie fonctionne a priori mieux si chaque personne ayant le droit de vote exprime son avis dans les urnes. Les rapports de force sont ainsi «naturels», si je puis dire, et correspondent à la réalité des intérêts particuliers, convergeant ainsi avec l’intérêt général. Les femmes, depuis près de 40 ans maintenant, ont le droit de vote en Suisse. Elles doivent donc, dans leur intérêt, user de ce droit. Réduire ce simple constat à une lutte féministe abusive, comme le sous-entend John Goetelen, relève de la malhonnêteté intellectuelle la plus crasse.



Bien évidemment, quand on focalise son attention sur un mal en particulier, que l’auteur nomme d’ailleurs «le Mal féministe», on a tendance à voir ce mal partout. Même lorsqu’il n’est pas présent. Et c’est justement ce que fait M. Goetelen dans son dernier blog. Mais comme il l’a fait à l’époque avec Michèle Künzler et Isabel Rochat, attaquer les femmes de pouvoir semble lui être une pratique familière. C’est bien dommage, car en agissant ainsi, le blogueur le plus lu de la Tribune de Genève décrédibilise son combat, qui est de dénoncer les dérives du féminisme. Comme dans toute idéologie, il y a des adeptes de l’excès. Et les autres. Je ne crois pas que l’on puisse accuser Mme la chancelière d’Etat de figurer dans la première catégorie.



Grégoire Barbey

19:43 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (71) |  Facebook | | | |

20/01/2014

L'irresponsabilité financière n'a pas de parti

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© Copyright: François Schenk

L'endettement public est un cercle vicieux qui ne semble pas être véritablement pris
en considération par les responsables politiques à Genève. Et ce à gauche comme à droite.

 

L'irresponsabilité financière à Genève est autant imputable à la gauche qu'à la droite. En règle générale, la gauche veut augmenter les recettes pour dépenser davantage, pensant ainsi améliorer les prestations et aider les plus démunis. Mais jamais elle n'envisage de rembourser la dette. Alors que cette même gauche attaque sans cesse le principe des créances, elle préfère continuer à payer des intérêts chaque année (qui sont tout ça de moins d'argent disponible pour les prestations publiques).

 

De son côté, la droite exige toujours des budgets à l'équilibre et une réduction des dépenses. Or, les dépenses non-réalisées qui sont économisées servent généralement à des investissements, qui sont certes essentiels, mais qui finissent par grever d'autant les budgets futurs par une augmentation de l'endettement du Canton. De plus, vouloir des budgets équilibrés avec des intérêts qui progressent chaque année, c'est accepter le risque qu'il y ait au final une mauvaise surprise en fin d'année et que les estimations de rentrée fiscale, pour des raisons bassement conjoncturelles, ne sont pas à la hauteur des attentes. A ce moment-là, si sur le papier, le budget paraissait équilibré, le bilan peut accuser un déficit.

 

A Genève, la dette devient réellement une urgence, et si nos responsables actuels s'en soucient si peu, c'est probablement parce qu'ils ne seront pas aux manettes de la République lorsqu'il s'agira d'en rembourser chaque denier. A titre personnel, le principe de l'endettement public ne me dérange pas, pour autant qu'il soit contrôlé et compris comme une nécessité selon certains facteurs et non comme un oreiller de paresse sur lequel s'appuyer lors des débats budgétaires.

 

La dette, si elle progresse de façon incontrôlée, est une atteinte à l'intégrité des générations futures. C'est aussi une preuve d'irresponsabilités des dirigeants qui prennent le risque de payer des intérêts toujours croissants, grevant d'autant les revenus disponibles pour le fonctionnement de l'Etat. Si en plus de tout cela, les ministres des Finances n'informent pas le Parlement lorsque la Banque nationale suisse accuse une dévaluation importante de son or et que son bilan clôturera sur une perte sèche telle qu'aucun dividende ne pourra être versé aux Cantons actionnaires, il est difficile de voir la situation s'améliorer. 

 

Il faut pourtant convenir qu'avec une dette qui devrait atteindre 13 milliards de francs en 2014, pour un budget d'un peu plus de 8 milliards, Genève peut difficilement considérer son contexte financier comme propice au développement des prochaines générations. Et c'est justement là tout le problème. L'endettement public, comme nous le démontrent nos voisins européens, est un cercle vicieux dont il n'est pas aisé de s'extraire. J’ai récemment discuté avec des députés de cette question. La plupart m’ont dit la même chose: commencer à rembourser la dette n’est pas possible pour les cinq prochaines années. La faute à des investissements nécessaires.

 

Oui, certaines infrastructures méritent d’être retapées et d’autres d’être créées. Mais à ce rythme-là, comment sortirons-nous de cette spirale infernale? Notre Canton aura toujours besoin d’investissements pour développer convenablement ses prestations. Personne ne remet ça en question. Par contre, fuir le problème en allant de l’avant, ce n’est pas une solution acceptable. Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a axé sa campagne et son discours sur la jeunesse, en particulier concernant les besoins en matière de logements.

 

Ce n’est pas le seul point essentiel pour le bien-être des générations futures. Une dette publique trop importante est un poids, un fardeau qui pèse sur la tête de chaque citoyen. Espérons que ce gouvernement prendra les mesures qui s’imposent pour ralentir la progression de l’endettement public à Genève, et même, si possible, en réduire le niveau. C’est une simple question de salubrité publique. Et de respect de la part des aînés envers les jeunes, car prochainement, ces derniers seront aux commandes. Avec la tâche de réparer (ou non) les choix de celles et ceux qui les ont précédés. Pensons-y.

 

Grégoire Barbey

11:00 Publié dans Air du temps, Economie, Finances, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

18/01/2014

Démocratie et démographie: qui domine qui?

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Nos démocraties vieillissantes entrent aujourd’hui dans une nouvelle phase de leur existence: pour des raisons multiples, la population peine à se renouveler en Europe (à part la France qui fait figure d’exception en la matière). Ces dernières décennies, les innovations dans le secteur de la santé et l’acquisition d’une compréhension beaucoup plus large du fonctionnement humain a permis d’allonger de façon conséquente l’espérance de vie des citoyens occidentaux. Ces deux facteurs, l’allongement de la durée de vie et la baisse du taux de fécondité, créent une situation à laquelle nos systèmes politiques n’ont pas été préparés. Au Japon, la population (environ 127 millions d’habitants) recule de près d’un million d’individus par année, soit l’équivalent de quatre bombes d’Hiroshima par an. Ce contexte dure déjà depuis 2005, et selon les estimations, la population japonaise aura diminué de 37 millions d’habitants en 2050, soit une baisse de 35% en 45 ans.

 

En Suisse, le taux de fécondité est estimé à 1,4 enfant par femme. Il est établi qu’une population ne se renouvelle pas en-dessous d’un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. La France se situe quant à elle aux alentours de 2,05, mais fait figure d’exception en Europe. Notre pays verrait sa population décroître si l’immigration ne corrigeait pas cette carence en natalité. Dans certains pays, les décès sont supérieurs aux naissances. Nous n’en sommes heureusement pas encore là en Suisse. Toutefois, cette réalité pose des questions qui sont à mon sens légitimes et pourtant trop peu traitées. D’autant plus qu’aujourd’hui, les perspectives de l’évolution démographique en Occident (selon l’OCDE) ne vont pas aller en s’améliorant. Or, la Suisse est basée sur un système politique (la démocratie semi-directe) qui donne à chacun des citoyens (qui ont la nationalité et l’âge de voter) une voix à faire valoir dans les urnes.

 

Cette capacité d’exprimer son opinion à travers son vote est évidemment très précieuse. Chacun doit, dans la mesure du possible, s’intéresser à ce qu’il se passe en Suisse et voter lorsqu’il s’agit de le faire. Dans les faits cependant, la situation n’est pas aussi idéale: les moins de 30 ans votent beaucoup moins et s’intéressent encore peu aux instances politiques et aux choix qui sont faits. Certes, ils sont nombreux à participer. Mais face aux plus âgés, ceux qui ont plus de 50 ans, la proportion des moins de 30 ans est largement sous-représentée dans les urnes. Cette faible représentation des jeunes générations a des conséquences. Les intérêts de ma génération, qui a entre 18 et 30 ans aujourd’hui, ne sont pas les mêmes que ceux d’une génération qui a maintenant atteint l’âge de la retraite. Quelle différence? Les uns sont actifs, et ont donc besoin de revenus suffisants pour subsister et constituer, si possible, un patrimoine pour fonder une famille (par exemple) ou pour créer une entreprise. La part de la population qui a plus de 60 ans a des besoins différents.

 

Ayant pour la plupart acquis un patrimoine plus ou moins important selon les cas individuels, leurs intérêts sont bien sûr de ne pas le dilapider trop rapidement afin que ces personnes puissent vivre correctement leur retraite et, dans la mesure du possible, donner ce qu’il reste à leurs enfants. De ce point de vue-là, un jeune ne votera pas nécessairement de la même manière qu’une personne sensiblement plus âgée pour de simples raisons de situation personnelle. Les actifs aiment à voir leurs revenus progresser (et ont donc généralement besoin d’une inflation stable qui permette de générer des crédits remboursables sans trop de difficulté). Les rentiers, de leur côté, préfèrent que leur patrimoine demeure le plus longtemps possible. Pour cela, leurs placements doivent être rentables. Ce qui nécessite, dans l’idéal, une moindre inflation. Sans entrer dans des considérations plus techniques encore, il convient d’émettre un constat, qui inévitablement suscite des questions: les intérêts des jeunes actifs diffèrent clairement des retraités.

 

Partant de cette réalité, et sachant que les jeunes actifs sont beaucoup moins représentés dans les urnes que leurs aînés retraités, des questions se posent d’elles-mêmes, sans pour autant trouver de réponses adéquates. Si les jeunes ne votent pas ou très peu, comment la politique de notre pays, et de chaque canton, peut-elle être influencée dans l’intérêt de cette catégorie d’âge? Et dans quel but nos représentants politiques doivent s’attacher aux intérêts des plus jeunes quand leur électorat est composé d’une classe d’âge supérieure? En somme, si les intérêts des plus nombreux à voter se situe dans le maintien d’un patrimoine rentable, quand les actifs ont besoin au contraire d’une situation financière qui leur permette d’investir et générer des crédits remboursables sans trop de contraintes, n’est-ce pas un déséquilibre total entre générations?

 

La plupart des crédits n’étant pas indexés sur l’inflation, si celle-ci progresse raisonnablement sur la durée, les jeunes actifs sont en mesure de rembourser leurs créances avec moins d’argent (puisque la somme à rembourser – avec intérêts – demeure la même et que l’argent, avec une inflation stable, vaut moins). Mais pour les rentiers, ceux qui possèdent une bonne part des créances (via des biens mobiliers et/ou immobiliers), cela revient à être payé en monnaie «de singe». Il est plus intéressant pour eux que la monnaie garde une valeur équivalente plusieurs années plus tard, cela rentabilise leurs actifs et génère évidemment des plus-values appréciables. Bien sûr, tout ce qui précède ne constitue qu’un exemple (probablement le plus parlant) des divergences d’intérêts entre génération. Il ne s’agit pas ici de dénoncer les personnes à la retraite ou rentières, car comme tout individu sensé, elles agissent en adéquation avec leurs intérêts. L’objectif est plutôt de démontrer la corrélation entre la démocratie et la démographie.

 

Des questions se posent donc. Est-ce que ce différentiel entre jeunes actifs et retraités constitue les limites de notre système, ou peut-on, par des politiques volontaristes, inciter les plus jeunes à prendre conscience qu’ils doivent aujourd’hui décider pour demain, qu’ils sont tenus de se poser eux-mêmes les questions que leurs parents se sont posées à leur âge? Je n’ai pas, pour l’heure, de réponse appropriée. Il importe néanmoins d’en parler car un tel débat, dans un pays comme le nôtre, a toute sa place et des solutions doivent être trouvées. Il faut bien comprendre que ce problème est réel et a des conséquences sur nos modes de vie. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les gens héritent plus tard (vers 50 ans en moyenne, quand la vie active est presque achevée). Les jeunes, à l’époque de nos aînés, pouvaient espérer sur un petit pécule pour démarrer dans la vie. Aujourd’hui, ma génération, et celle qui me précède, doit s’endetter pour investir dans des biens de première nécessité (immobiliers notamment). Tout cela a des conséquences. Que ça soit économique, ou simplement démocratique. Osons en parler.

 

Grégoire Barbey

20:31 Publié dans Air du temps, Economie, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |