Politique - Page 6

  • L'irresponsabilité financière n'a pas de parti

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    © Copyright: François Schenk

    L'endettement public est un cercle vicieux qui ne semble pas être véritablement pris
    en considération par les responsables politiques à Genève. Et ce à gauche comme à droite.

     

    L'irresponsabilité financière à Genève est autant imputable à la gauche qu'à la droite. En règle générale, la gauche veut augmenter les recettes pour dépenser davantage, pensant ainsi améliorer les prestations et aider les plus démunis. Mais jamais elle n'envisage de rembourser la dette. Alors que cette même gauche attaque sans cesse le principe des créances, elle préfère continuer à payer des intérêts chaque année (qui sont tout ça de moins d'argent disponible pour les prestations publiques).

     

    De son côté, la droite exige toujours des budgets à l'équilibre et une réduction des dépenses. Or, les dépenses non-réalisées qui sont économisées servent généralement à des investissements, qui sont certes essentiels, mais qui finissent par grever d'autant les budgets futurs par une augmentation de l'endettement du Canton. De plus, vouloir des budgets équilibrés avec des intérêts qui progressent chaque année, c'est accepter le risque qu'il y ait au final une mauvaise surprise en fin d'année et que les estimations de rentrée fiscale, pour des raisons bassement conjoncturelles, ne sont pas à la hauteur des attentes. A ce moment-là, si sur le papier, le budget paraissait équilibré, le bilan peut accuser un déficit.

     

    A Genève, la dette devient réellement une urgence, et si nos responsables actuels s'en soucient si peu, c'est probablement parce qu'ils ne seront pas aux manettes de la République lorsqu'il s'agira d'en rembourser chaque denier. A titre personnel, le principe de l'endettement public ne me dérange pas, pour autant qu'il soit contrôlé et compris comme une nécessité selon certains facteurs et non comme un oreiller de paresse sur lequel s'appuyer lors des débats budgétaires.

     

    La dette, si elle progresse de façon incontrôlée, est une atteinte à l'intégrité des générations futures. C'est aussi une preuve d'irresponsabilités des dirigeants qui prennent le risque de payer des intérêts toujours croissants, grevant d'autant les revenus disponibles pour le fonctionnement de l'Etat. Si en plus de tout cela, les ministres des Finances n'informent pas le Parlement lorsque la Banque nationale suisse accuse une dévaluation importante de son or et que son bilan clôturera sur une perte sèche telle qu'aucun dividende ne pourra être versé aux Cantons actionnaires, il est difficile de voir la situation s'améliorer. 

     

    Il faut pourtant convenir qu'avec une dette qui devrait atteindre 13 milliards de francs en 2014, pour un budget d'un peu plus de 8 milliards, Genève peut difficilement considérer son contexte financier comme propice au développement des prochaines générations. Et c'est justement là tout le problème. L'endettement public, comme nous le démontrent nos voisins européens, est un cercle vicieux dont il n'est pas aisé de s'extraire. J’ai récemment discuté avec des députés de cette question. La plupart m’ont dit la même chose: commencer à rembourser la dette n’est pas possible pour les cinq prochaines années. La faute à des investissements nécessaires.

     

    Oui, certaines infrastructures méritent d’être retapées et d’autres d’être créées. Mais à ce rythme-là, comment sortirons-nous de cette spirale infernale? Notre Canton aura toujours besoin d’investissements pour développer convenablement ses prestations. Personne ne remet ça en question. Par contre, fuir le problème en allant de l’avant, ce n’est pas une solution acceptable. Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a axé sa campagne et son discours sur la jeunesse, en particulier concernant les besoins en matière de logements.

     

    Ce n’est pas le seul point essentiel pour le bien-être des générations futures. Une dette publique trop importante est un poids, un fardeau qui pèse sur la tête de chaque citoyen. Espérons que ce gouvernement prendra les mesures qui s’imposent pour ralentir la progression de l’endettement public à Genève, et même, si possible, en réduire le niveau. C’est une simple question de salubrité publique. Et de respect de la part des aînés envers les jeunes, car prochainement, ces derniers seront aux commandes. Avec la tâche de réparer (ou non) les choix de celles et ceux qui les ont précédés. Pensons-y.

     

    Grégoire Barbey

  • Démocratie et démographie: qui domine qui?

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    Nos démocraties vieillissantes entrent aujourd’hui dans une nouvelle phase de leur existence: pour des raisons multiples, la population peine à se renouveler en Europe (à part la France qui fait figure d’exception en la matière). Ces dernières décennies, les innovations dans le secteur de la santé et l’acquisition d’une compréhension beaucoup plus large du fonctionnement humain a permis d’allonger de façon conséquente l’espérance de vie des citoyens occidentaux. Ces deux facteurs, l’allongement de la durée de vie et la baisse du taux de fécondité, créent une situation à laquelle nos systèmes politiques n’ont pas été préparés. Au Japon, la population (environ 127 millions d’habitants) recule de près d’un million d’individus par année, soit l’équivalent de quatre bombes d’Hiroshima par an. Ce contexte dure déjà depuis 2005, et selon les estimations, la population japonaise aura diminué de 37 millions d’habitants en 2050, soit une baisse de 35% en 45 ans.

     

    En Suisse, le taux de fécondité est estimé à 1,4 enfant par femme. Il est établi qu’une population ne se renouvelle pas en-dessous d’un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. La France se situe quant à elle aux alentours de 2,05, mais fait figure d’exception en Europe. Notre pays verrait sa population décroître si l’immigration ne corrigeait pas cette carence en natalité. Dans certains pays, les décès sont supérieurs aux naissances. Nous n’en sommes heureusement pas encore là en Suisse. Toutefois, cette réalité pose des questions qui sont à mon sens légitimes et pourtant trop peu traitées. D’autant plus qu’aujourd’hui, les perspectives de l’évolution démographique en Occident (selon l’OCDE) ne vont pas aller en s’améliorant. Or, la Suisse est basée sur un système politique (la démocratie semi-directe) qui donne à chacun des citoyens (qui ont la nationalité et l’âge de voter) une voix à faire valoir dans les urnes.

     

    Cette capacité d’exprimer son opinion à travers son vote est évidemment très précieuse. Chacun doit, dans la mesure du possible, s’intéresser à ce qu’il se passe en Suisse et voter lorsqu’il s’agit de le faire. Dans les faits cependant, la situation n’est pas aussi idéale: les moins de 30 ans votent beaucoup moins et s’intéressent encore peu aux instances politiques et aux choix qui sont faits. Certes, ils sont nombreux à participer. Mais face aux plus âgés, ceux qui ont plus de 50 ans, la proportion des moins de 30 ans est largement sous-représentée dans les urnes. Cette faible représentation des jeunes générations a des conséquences. Les intérêts de ma génération, qui a entre 18 et 30 ans aujourd’hui, ne sont pas les mêmes que ceux d’une génération qui a maintenant atteint l’âge de la retraite. Quelle différence? Les uns sont actifs, et ont donc besoin de revenus suffisants pour subsister et constituer, si possible, un patrimoine pour fonder une famille (par exemple) ou pour créer une entreprise. La part de la population qui a plus de 60 ans a des besoins différents.

     

    Ayant pour la plupart acquis un patrimoine plus ou moins important selon les cas individuels, leurs intérêts sont bien sûr de ne pas le dilapider trop rapidement afin que ces personnes puissent vivre correctement leur retraite et, dans la mesure du possible, donner ce qu’il reste à leurs enfants. De ce point de vue-là, un jeune ne votera pas nécessairement de la même manière qu’une personne sensiblement plus âgée pour de simples raisons de situation personnelle. Les actifs aiment à voir leurs revenus progresser (et ont donc généralement besoin d’une inflation stable qui permette de générer des crédits remboursables sans trop de difficulté). Les rentiers, de leur côté, préfèrent que leur patrimoine demeure le plus longtemps possible. Pour cela, leurs placements doivent être rentables. Ce qui nécessite, dans l’idéal, une moindre inflation. Sans entrer dans des considérations plus techniques encore, il convient d’émettre un constat, qui inévitablement suscite des questions: les intérêts des jeunes actifs diffèrent clairement des retraités.

     

    Partant de cette réalité, et sachant que les jeunes actifs sont beaucoup moins représentés dans les urnes que leurs aînés retraités, des questions se posent d’elles-mêmes, sans pour autant trouver de réponses adéquates. Si les jeunes ne votent pas ou très peu, comment la politique de notre pays, et de chaque canton, peut-elle être influencée dans l’intérêt de cette catégorie d’âge? Et dans quel but nos représentants politiques doivent s’attacher aux intérêts des plus jeunes quand leur électorat est composé d’une classe d’âge supérieure? En somme, si les intérêts des plus nombreux à voter se situe dans le maintien d’un patrimoine rentable, quand les actifs ont besoin au contraire d’une situation financière qui leur permette d’investir et générer des crédits remboursables sans trop de contraintes, n’est-ce pas un déséquilibre total entre générations?

     

    La plupart des crédits n’étant pas indexés sur l’inflation, si celle-ci progresse raisonnablement sur la durée, les jeunes actifs sont en mesure de rembourser leurs créances avec moins d’argent (puisque la somme à rembourser – avec intérêts – demeure la même et que l’argent, avec une inflation stable, vaut moins). Mais pour les rentiers, ceux qui possèdent une bonne part des créances (via des biens mobiliers et/ou immobiliers), cela revient à être payé en monnaie «de singe». Il est plus intéressant pour eux que la monnaie garde une valeur équivalente plusieurs années plus tard, cela rentabilise leurs actifs et génère évidemment des plus-values appréciables. Bien sûr, tout ce qui précède ne constitue qu’un exemple (probablement le plus parlant) des divergences d’intérêts entre génération. Il ne s’agit pas ici de dénoncer les personnes à la retraite ou rentières, car comme tout individu sensé, elles agissent en adéquation avec leurs intérêts. L’objectif est plutôt de démontrer la corrélation entre la démocratie et la démographie.

     

    Des questions se posent donc. Est-ce que ce différentiel entre jeunes actifs et retraités constitue les limites de notre système, ou peut-on, par des politiques volontaristes, inciter les plus jeunes à prendre conscience qu’ils doivent aujourd’hui décider pour demain, qu’ils sont tenus de se poser eux-mêmes les questions que leurs parents se sont posées à leur âge? Je n’ai pas, pour l’heure, de réponse appropriée. Il importe néanmoins d’en parler car un tel débat, dans un pays comme le nôtre, a toute sa place et des solutions doivent être trouvées. Il faut bien comprendre que ce problème est réel et a des conséquences sur nos modes de vie. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les gens héritent plus tard (vers 50 ans en moyenne, quand la vie active est presque achevée). Les jeunes, à l’époque de nos aînés, pouvaient espérer sur un petit pécule pour démarrer dans la vie. Aujourd’hui, ma génération, et celle qui me précède, doit s’endetter pour investir dans des biens de première nécessité (immobiliers notamment). Tout cela a des conséquences. Que ça soit économique, ou simplement démocratique. Osons en parler.

     

    Grégoire Barbey

  • Logements: quand les politiciens s'en mêlent

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    Immobilier. Le marché genevois est continuellement bloqué. Des citoyens excédés ont créé
    une page pour signaler les logements vacants au cas où ceux-ci seraient abusivement non reloués.

     

    La page Facebook créée pour dénoncer la pénurie de logements à Genève à travers le signalement des appartements vacants depuis un certain temps fait recette: plus de 1100 membres en quelques jours. Si l'initiative est légitime et compréhensible – le taux de vacance s'est établi à 0,36% pour 2013 dans le canton –, certains politiciens ont déjà investi le groupe pour défendre leurs propres intérêts. D'autres, plus raisonnables, tentent d'établir les faits. S'il est tout à fait louable de tenter de trouver des réponses à des questions qui se posent depuis très longtemps, la démarche de quelques membres ressemble davantage à une croisade qu'à une véritable volonté de régler les défaillances du marché.

     

    A titre personnel, je soutiens l'objectif premier de ce groupe de citoyens excédés. Mais ceux qui veulent utiliser ce «collectif» pour mener à bien leurs propres intérêts politiques n'ont rien à y faire. Accabler les propriétaires de tous les maux n'est pas la réponse souhaitée par les Genevoises et les Genevois. Ce qu'ils veulent, c'est une amélioration des conditions du marché. Ces politiciens qui instrumentalisent sans gêne un ras-le-bol citoyen feraient mieux de se poser pour eux-mêmes la question: ont-ils fait tout ce qu'ils pouvaient pour inverser la tendance? La réponse est évidemment non.

     

    Non, car s'il y a dérive de la part de certains propriétaires, ils ne sont pas seuls responsables de cette situation catastrophique. La construction de logements est pratiquement impossible pour les communes. La faute à une fiscalité sur le lieu de travail, notamment, plutôt que sur le lieu de résidence. Pourquoi? Parce qu'il y a des communes qui créent beaucoup d'emplois et obtiennent donc davantage de recettes fiscales, leur permettant d'investir plus largement pour des infrastructures attractives et bénéfiques à ceux qui viennent y travailler. Quant aux communes avec peu d’emplois, elles n’obtiennent pas de fonds suffisants pour améliorer leur sort, quand bien même la péréquation financière intercommunale est censée atténuer ce désavantage.

     

    On peut bien évidemment approfondir le sujet, chercher les coupables, les vouer à l’anathème. Est-ce que cela changera les choses? C’est fort peu probable. Il est bien plus efficace de cerner les causes et d’en annihiler autant que faire se peut les effets négatifs. Dénoncer les propriétaires, c’est un discours politique. Or cette page vise plutôt à signaler un problème, lui donner une importance médiatique, et tenter d’obtenir des soutiens de tous les milieux. Qu’il y ait des politiciens qui se jettent sur ce groupe tels des charognards n’est guère surprenant. Il convient toutefois de leur rappeler qu’ils ne sont pas non plus tout blanc (ni tout noir) dans la situation inextricable dénoncée par cette page.

     

    Grégoire Barbey

  • Dieudonné: spirale de l'isolement intellectuel

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    L'humoriste français fait l'objet d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour
    «incitation à la haine raciale». Son geste – la quenelle – devient un signe de ralliement.


    J'ai découvert Dieudonné il y a plusieurs années. A cette époque, il était très apprécié et avait déjà entamé sa carrière solo depuis quelques temps. Je n'avais aucune idée politique bien arrêtée et n'étais pas très aux faits des conflits entre Israël et la Palestine. Ses premiers spectacles m'ont fait beaucoup rire. Je le trouvais piquant, avec un côté poil à gratter qui me plaisait beaucoup. Personne, quelle que soit sa confession, n'était épargné lorsqu'il montait sur scène. Je ne comprenais d'ailleurs pas très bien ces reproches qui lui étaient faits: pourquoi serait-il plus antisémite que raciste, alors qu'il s'en prenait successivement aux Noirs, aux Chinois, aux Juifs, et à tout le monde? Cela me dépassait. Il faut dire que je devais avoir 14 ans quand j'ai commencé à regarder ses représentations.

     

    Je ne prenais pas trop en compte les polémiques qui suivaient ses nouvelles productions. Je me disais, naïvement, qu'on en faisait du foin pour pas grand-chose. Qu'au fond, Dieudonné avait la qualité de n'épargner personne et d'équilibrer ses vannes. Il parlait de sionisme, terme que je ne comprenais pas et qui a commencé à se répandre comme une trainée de poudre sur internet. Il y avait d'un côté les méchants, qui étaient «sionnistes», et les gentils, ceux qui se disaient «antisionnistes, mais pas antisémites». J'ai assisté à l'évolution d'un langage, d'une pensée qui est restée la même mais qui s'est parée de mots différents.

     

    Je comprenais bien qu’il y avait plus qu’une simple critique de la politique israélienne, même si ma naïveté et mon manque de connaissances ne me permettaient pas de comprendre les tenants et les aboutissants de ce débat. J’ai compris que Dieudonné, en voulant rire de tout, s’était aliéné des ennemis farouches et des alliés fort peu recommandables. D’un côté, les associations qui luttent contre les discriminations se sont élevées contre lui, ce que l’on peut comprendre et/ou remettre en question. De l’autre, Dieudonné a reçu des soutiens d’individus très marqués politiquement, comme Alain Soral, entre autres.

     

    Je voyais qu’une frustration l’avait envahi. Toutes ces plaintes dont il a fait l’objet, ça l’a profondément changé. De spectacles en spectacles, j’ai vu un humoriste que j’appréciais beaucoup se transformer en porte-parole d’une pensée politique controversée et largement minoritaire. Le Dieudonné qui s’était opposé à la montée du Front national en 1997 à Dreux lors des législatives n’était plus. A la place, un artiste plein de talent et de répartie a cédé sa raison aux sirènes de la haine et du communautarisme. A tel point qu’un jour, je l’ai vu, comme bien d’autres spectateurs, inviter Robert Faurisson sur scène. Ce qui n’était au départ qu’une provocation avait pris un visage tout à fait différent: une pensée s’est forgée.

     

    Face à l’adversité, Dieudonné s’est victimisé, radicalisé et a confondu son rôle d’humoriste avec ses pensées politiques. L’un n’empêche pas l’autre. Mais ses spectacles ont perdu de leur substance, devenant de véritables tribunes d’expression aux blagues les plus viles et les plus stigmatisantes. Ses soutiens ont pris de l’ampleur, se sont affirmés. Dieudonné s’est transformé et s’est affiché avec des personnalités de plus en plus controversées, faisant le bonheur des lecteurs de sites internet comme le Réseau Voltaire et d’autres plateformes conspirationnistes et véritablement antisémites. Ainsi est-il passé de la critique légitime à la propagande politique.

     

    Sa quenelle fait aujourd’hui énormément parler d’elle. Certains y voient un «salut nazi inversé». A l’époque, ça ne l’était sûrement pas. Mais ce qui était au départ un signe de provocation à la manière d’un «je t’ai cassé» façon Brice de Nice s’est changé en un signe de ralliement, d’appartenance à une pensée politique, à un mouvement. Une communauté de pensée est ainsi née. Aujourd’hui, il est évidemment raisonnable d’en faire aussi la critique. Ce que Dieudonné a dénoncé à ses débuts est devenu le théâtre d’un combat politique et idéologique.

     

    Se drapant de la liberté d’expression, ses fidèles ont pris le glaive des idées et se sont jetés dans l’arène. La question se posait depuis longtemps, le gouvernement français, à travers le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a décidé d’étudier les opportunités pour interdire les spectacles de Dieudonné. Le parquet de Paris a quant à lui ouvert une enquête préliminaire pour «incitation à la haine raciale». On peut bien évidemment débattre de cette décision. La juger inopportune, exagérée ou dangereuse. Je la perçois plutôt comme le signe d’un ras-le-bol. A trop vouloir jouer avec les limites, on est rappelé à l’ordre. L’humour est, comme le disait Friedrich Nietzsche, une façon de dire ce que l’on pense. Et à trop le rabâcher sans cesse, on ne fait que donner sens à cette phrase. Dieudonné est allé trop loin, il doit maintenant affronter la justice. Sortira-t-il vainqueur? Nul ne le sait. Mais s’il perd, il se servira à nouveau de cette défaite pour mettre de l’eau à son moulin. Et tout continuera. La spirale infernale des idéologues.

     

    Grégoire Barbey

  • Les élus sont de simples mandataires

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    Politiciens. Le peuple confie un mandat aux citoyens qui obtiennent suffisamment de
    suffrages sur leur liste. Les conditions du contrat sont connues grâce à l'étiquette partisane.


    Le terme «élu» est-il galvaudé en Suisse? Induit-il un acquis alors qu'il n'est qu'éphémère pour les politiciennes et les politiciens qui obtiennent suffisamment de suffrages pour se voir confier un rôle législatif ou exécutif? Ne serait-ce pas l'idée de mandat populaire qui devrait prévaloir? En effet, le mandant (ici le peuple) est en quelque sorte l'employeur du mandataire (le politicien). La formulation «être un élu» a quelque chose de divin, or la démocratie est un système politique très concret, particulièrement tangible et aisément compréhensible. Il n'y a rien d'ésotérique dans une élection. Les citoyens votent selon leur sensibilité et tranchent. Ceux qui sont les mieux situés, en proportion des voix du parti (ou de la liste), remportent un mandat électif pour la durée de la législature.



    Peut-être devrait-on davantage parler de mandats lorsqu'on pense au nombre de sièges qu'un parti (ou une liste) a obtenu lors d'une élection. En Ville de Genève, il y a plusieurs indépendants, des personnes qui ont été élues sur la liste d'un parti et qui, pour des raisons qui les regardent, ont fini par le quitter ou s'en faire exclure. Or, le mandat qui lui a été confié, stricto sensu, comportait l'étiquette partisane à laquelle il était rattaché. S'il n'est plus «labellisé» UDC, socialiste, PDC ou qu'importe, le mandataire se voit en réalité retirer son mandat: il n'est plus légitime à exercer une fonction qu'il a obtenue grâce à son appartenance à une formation politique. Si l'on veut s'affranchir des partis, il faut se présenter en indépendant: là seulement, le mandat sera réellement nominatif. Dans le cas contraire, il faut accepter les enjeux. D'ailleurs, les indépendants ne retrouvent souvent (ou ne veulent pas retrouver) un nouveau parti. Ils ne seront donc pas réélus lors des prochaines échéances électorales.



    Conserver son mandat en sachant cela, c'est ralentir la démocratie, garder le pouvoir pour soi, le pouvoir d'obstruction, comme cela a été le cas samedi avec un ancien membre du MCG qui a retourné sa veste pour voter avec la gauche et bouleverser les rapports de force jusqu'ici effectifs. La démocratie, c'est justement le contre-pouvoir des élites, le garde-fou pour éviter la concentration du pouvoir, et surtout justement lutter contre sa forme la plus redoutée: le pouvoir personnel. On reçoit un mandat, on n'est pas propriétaire de son élection. On est évincé de son parti, on le quitte, alors il faut être bon prince et rendre son tablier. Les querelles internes doivent être réglées à l'interne. Laisser extérioriser sa frustration lors d'un vote d'importance, c'est fausser les règles. C'est s'approprier un pouvoir qui ne nous appartient pas. En une phrase comme en cent, c'est violer la démocratie sans vergogne. Dès lors, peut-être devrions-nous songer à faire évoluer notre langage et nous réapproprier le pouvoir des mots: un élu n'est rien d'autre qu'un mandataire. Le mandant – qui s'exprime d'une seule voix finale, à la fois plurielle et unique – est le peuple.



    Il faut garder cette réalité à l'esprit pour être en mesure de conserver une démocratie pérenne et adaptée. Lorsque je donne mandat à une entreprise, en tant que particulier, pour qu'elle m'apporte un service, comme par exemple la peinture de ma chambre, si l'entreprise change les règles de notre contrat en cours de route, je suis en droit de résilier le mandat. Il devrait en aller de même avec un politicien exclu ou démissionnaire de son parti. Il ne s'agit même pas d'impeachment (principe auquel je suis personnellement favorable sous certaines conditions). Il suffit d'un automatisme. Puisqu'un mandataire exclu de son parti est également sorti des commissions auxquelles il participait, rien n'empêcherait de lui retirer purement et simplement son mandat, l'octroyant, comme la logique le voudrait, au vient-ensuite de sa liste électorale. Il n'y a là rien d'incompréhensible. C'est concret, simple et accessible à tous. On vous mandate selon certaines conditions librement consenties par les candidats et les électeurs. En changeant d'étiquette, on modifie la teneur du mandat qui nous lie à notre fonction (législative ou exécutive). A ce moment-là, le couperet doit s'abattre. Le mandat est automatiquement retiré et rendu au parti qui le détient. Simple et tellement plus efficace. Rappelons-le une dernière fois: les élus sont des mandataires. Le peuple demeure le mandat et l'unique ayant-droit.

     

    Grégoire Barbey

  • Facebook et les nouveaux conseillers d'Etat

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    Conseil d'Etat. La quasi-totalité du collège est présent sur Facebook. Seul le MCG Mauro
    Poggia demeure absent. La nouvelle législature va modifier les habitudes de communication.


    Les réseaux sociaux ont été très exploités lors de l'élection au Conseil d’Etat. La plupart des candidats y ont mené une campagne active (hormis François Longchamp et Mauro Poggia) lors du second tour. Les résultats tombés, on s’imaginait volontiers les nouveaux élus prendre de la distance avec Facebook. Ce n’est pourtant pas le cas, à l’image de Luc Barthassat et Serge Dal Busco, tous deux PDC, qui ont conservé les mêmes habitudes. Les deux nouveaux ministres démocrates-chrétiens continuent à communiquer ponctuellement sur la plateforme virtuelle. D’autres ont changé leur rapport au réseau social. C’est le cas d’Antonio Hodgers qui continue de poster des publications avec une certaine distance rédactionnelle. Là où l’on a connu l’ancien conseiller national vert se répandre volontiers en longs débats, son habit de conseiller d’Etat semble lui commander retenue et neutralité.

     

    La page de la socialiste Anne Emery-Torracinta reste quant à elle relativement peu active. Sa campagne virtuelle n’a d’ailleurs pas été l’une des plus marquantes, bien qu’elle ait au moins fait acte de présence, contrairement à son collègue Mauro Poggia qui lui s’est essayé à Twitter sans grande conviction. Demeurent Pierre Maudet et François Longchamp. Le premier se montre relativement actif, publiant sur sa page dédiée des publications en lien avec ses actions politiques. Il utilise également son propre site internet pour véhiculer de rares prises de position. Le second, maintenant président du Conseil d’Etat, a confié à ses amis avoir créé un compte que pour ne pas voir quelqu’un d’autre subtiliser son identité. Son profil est donc totalement inactif, à part quelques petites apparitions expresses agrémentées d’un commentaire concis.

     

    Quand bien même certains élus ont réévalué leur rapport aux réseaux sociaux, la présence de la quasi-totalité du collège (à l’exception du MCG Mauro Poggia) est une première. La précédente législature était moins généreuse en matière d’activité virtuelle: Michèle Künzler et Pierre Maudet ont été longtemps les seuls à posséder un compte Facebook. Jusqu’à la campagne, où Isabel Rochat et François Longchamp s’y sont mis eux aussi. Du coup, il sera d’autant plus intéressant de regarder l’évolution des habitudes des ministres sur leur compte respectif. Vont-ils communiquer différemment, quitter le réseau durant la législature, ou adopter une ligne directrice dans leur façon d’interagir sur le web? Nul ne peut encore le dire. Mais il est certain qu’il s’agit-là d’une nouvelle façon de voir et d’approcher le pouvoir. Sa présence personnelle sur le net est une étape importante et significative des changements induits par l’omniprésence d’internet dans nos vies. A suivre!

     

    Grégoire Barbey

  • St.-Pierre: dans la continuité et la prudence

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    François Longchamp. Le président du Conseil d'Etat a prononcé hier le traditionnel
    discours de Saint-Pierre lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement.

     

    Le discours de Saint-Pierre prononcé hier par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement était excellent: axé sur la région franco-valdo-genevoise, l’exécutif a marqué son désir de continuer la construction d’un bassin lié par-delà les frontières juridico-politiques. Toutefois, pas de grandes surprises dans la déclamation du doyen du Conseil d’Etat. C’est un discours marquant une certaine continuité. Dès les premiers instants d’ailleurs, François Longchamp le confirme. Il convient de mettre en œuvre ce qui a été entamé par les prédécesseurs du nouveau gouvernement.

     

    Le discours était empreint d’un évident consensus. Chaque membre y a apporté ses idées, ses convictions. Notamment la préférence locale pour la fonction publique, que mon confrère Pascal Décaillet s’est empressé de relever sur son profil Facebook. Chacun y verra la patte de l’ineffable Mauro Poggia. Mais le terme «cantonal» (vocabulaire propre au MCG) a été substitué au profit de l’aspect local. Et dans la bouche de François Longchamp, ces mots ne résonnent pas comme une préférence faite aux résidents genevois. Lui voit plus grand, plus loin. Lorsqu’il le dit, il entend la région franco-valdo-genevoise. C’est ça, dans son esprit, ce qui est local. Je le rejoins volontiers sur ce point.  

     

    Au-delà des phrases marquantes («Genève a choisi la Suisse», «Genève, ce n’est pas rien», etc.), le nouveau gouvernement s’est montré plus général dans son traditionnel discours. Peut-être l’erreur du précédent collège, qui en voulant être trop précis, a payé le prix d’un bilan inférieur aux attentes qu’il a lui-même créées lors de son entrée en fonction. On reconnait ici la prudence habituelle de Messieurs Maudet et Longchamp. A noter toutefois un engagement du Conseil d’Etat très important: défendre le taux d’imposition unique des entreprises à 13%. En effet, comme je le répète depuis plusieurs mois, l’abolition prochaine des régimes fiscaux spéciaux des sociétés est un enjeu crucial pour cette législature. Serge Dal Busco, ministre des Finances, a la lourde tâche de fixer un cap pour l’avenir des recettes fiscales de Genève.

     

    Mais je ne me fais guère de souci: l’ancien maire de Bernex est un homme intelligent et surtout malin. Je l’ai vu, lors de l’apéritif offert par l’Etat, rencontrer Pascal Broulis, son homologue vaudois. Les deux conseillers d’Etat vont devoir travailler main dans la main pour défendre les intérêts de leur canton respectif. Bien d’autres thèmes ont été évoqués, et je ne vais pas faire ici l’énumération de chacun d’entre eux. Je reste pour ma part assez sceptique – même si j’ai beaucoup aimé la forme du discours – sur le manque d’engagement du nouveau Conseil d’Etat. Certes, ils annoncent la couleur. On demeure cependant déçu de ne pas voir une volonté d’aller plus loin encore. De se montrer plus volontariste. On mettra ça sur le compte d’un facteur technique important: cinq des sept ministres du gouvernement sont nouveaux. Il est peut-être plus malin de ne pas les griller dès leurs premiers instants d’exercice du pouvoir exécutif cantonal. Je patienterai donc, et ne manquerai pas de revenir, au fil de la législature, sur les points qui m’auront chiffonné ou au contraire réjouit. Je souhaite à chaque membre de ce Conseil d’Etat un franc succès et beaucoup de courage, car il va leur en falloir. Bon vent!

     

    Grégoire Barbey

  • L'alternative au salaire minimal généralisé

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    Angela Merkel. La chancelière allemande a accepté de compromettre son programme
    et ses convictions en instaurant un salaire minimal généralisé dans son pays.

     

    Le salaire minimal généralisé va être introduit en Allemagne par Angela Merkel. L'échec de l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» a propulsé le débat sur la votation du salaire minimal sur le devant de la scène. Certains prévoient déjà un échec pour la gauche. D'autres invoquent la situation de nos voisins allemands. Mais si le gouvernement introduira effectivement cette mesure, ce n'est pas par conviction: pour les conservateurs allemands, c'est une compromission. La seule et unique raison à l'instauration de ce modèle réglementariste dans la première économie de la zone euro, c'est la nécessité pour la CDU de former un gouvernement de coalition. Et les sociaux-démocrates (SPD) n'acceptent aucune négociation sans la prise en compte d'une série de mesures économiques.



    Si en Suisse, nous voterons pour ce système, il ne faut pas pour autant en oublier les évidents désavantages et ses conséquences hautement probables. Les différents secteurs du tissu économique suisse n'ont pas tous les mêmes moyens ni la même résistance face aux évolutions conjoncturelles. L'aspect très négatif d'un salaire minimal qui aligne tout le monde au même point, c'est la hausse salariale relativement importante que cela induira dans certains domaines.



    Le vrai problème du salaire minimal généralisé, c'est qu'il peut effectivement améliorer la situation des collaborateurs les plus précarisés, mais il introduit aussi une notion de dumping salarial. Les milieux patronaux pourraient très bien décider de dénoncer les conventions collectives de travail (CCT) dont le plancher salarial est supérieur afin de réduire les charges des rémunérations. Les secteurs économiques les plus durement touchés par cette mesure devront également réduire leurs effectifs. Certaines PME devront songer probablement à outsourcer une partie de leurs tâches. En général, ces mesures ne bénéficient à personne et le chômage augmente clairement.



    A titre personnel, je considère comme une évidence la nécessité qu'un individu qui alloue 100% de son temps travail à un emploi puisse vivre décemment et sans se serrer la ceinture tous les mois. C'est une question de salubrité publique. Toutefois, je crois davantage en une autre alternative: dépoussiérer le partenariat social, combler ses lacunes, et instaurer l'obligation de contracter des CCT dans tous les domaines, avec des compensations dans la mesure du possible pour les secteurs où les rapports de force patronat-syndicat sont clairement inégaux.



    Je pense qu'il y a clairement quelque chose à faire et qu'on ne peut pas continuer avec un système qui, sous couvert de prendre en compte l'avis de tous, génère des disparités aussi improbables qu'incompréhensibles. La notion de partenariat social est chère aux Suisses. De nombreux intervenants l'ont martelé hier à la suite du non massif contre l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» des Jeunes socialistes. Oui, c'est une évidence, nos concitoyens y sont très attachés. Mais il serait profondément hypocrite de le hisser sur un piédestal sans lui apporter les nécessaires améliorations dont il a besoin pour être efficient et respectueux des partenaires sociaux.



    Grégoire Barbey

  • Femmes en politique: Genève a de quoi pâlir

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    Anne Emery-Torracinta. Il ne reste plus qu'à espérer qu'on n'assistera pas une fois
    de plus à un déferlement de critiques envers la seule femme présente au Conseil d'Etat.


    On peut pleinement déplorer qu’il n’y ait pas suffisamment de femmes à des postes à responsabilité. En politique comme dans le secteur privé. A Genève tout particulièrement. Cette année, une seule femme a été élue au Conseil d’Etat pour la législature à venir. Beaucoup s’en sont plaints et à raison. C’est un scandale pur et simple. Mais n’est-ce pas logique? Honnêtement, quand on voit ce qu’ont subi les deux conseillères d’Etat Michèle Künzler et Isabel Rochat en termes de lynchage médiatique et populaire, difficile d’avoir envie d’aspirer à des responsabilités aussi importantes. Sans parler de la chancelière d’Etat Anja Wyden, injustement raillée pour ses erreurs. Certes, elle a commis quelques impairs. Et Robert Hensler, lui non? Parlons-en! J’ai été personnellement stupéfait de cet acharnement systématique contre ces femmes.

     

    Pourquoi donc les prendre en grippe avec autant de virulence? J’ai vu mon confrère Pascal Décaillet les démonter une à une dans les pages de GHI. J’ai entendu des propos honteux de la part de politiciens sur le rôle des femmes en politique. Oui, être une femme et porter d’importantes responsabilités n’est pas aisé. Cela implique un cuir plus dur encore. Parce qu’aujourd’hui, Genève, plaque tournante des organisations non-gouvernementales, de valeurs humanistes, n’a toujours pas compris l’importance des femmes à des postes clés. A titre personnel je suis opposé aux quotas. Non pas idéologiquement, car cela ne me dérange pas. Mais je vois déjà le tableau: en cas d’erreur de casting, on prendra la gent féminine en otage. On dira que 40% c’est bien trop. Que les femmes n’ont pas les mêmes capacités que les hommes.

     

    Et l’on rentrera inévitablement dans des discours hormonaux. Le bas de l’échelle. Rien d’intéressant. Nothing to say. Mais il faut tout de même le dire. Isabel Rochat, Michèle Künzler et Anja Wyden. Ces trois femmes sont les victimes du conservatisme qui règne encore en matière d’égalité des sexes. Pourquoi les hommes seraient mieux disposés à assumer des postes de dirigeants? Je ne vois pour ma part aucune raison évidente. J’ai un profond respect pour les femmes qui s’engagent. Pour Anne Emery-Torracinta, qui va affronter seule six hommes au quotidien au Conseil d’Etat. Et devra faire face aux inévitables attaques de mes confrères. Ainsi que de politiciens peu délicats. Rien que ça pour ça, elle a tout mon soutien. Genève, capitale internationale des droits de l’homme? Sur le papier, c’est joli. Ça fait bon chic bon genre. Les bobos du XXIe siècle.

     

    Il paraît que c’est vendeur. Mais franchement, soyons honnêtes. On n’est même pas capable d’avoir un minimum de respect voire d’admiration pour toutes ces femmes qui osent affronter ces vieux ringards. Ceux-là même qui préfèrent nettement dénigrer un magistrat quand c’est une femme. C’est tellement plus facile. Quand, dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, on lisait de Mme Künzler qu’elle allait sûrement finir par empoisonner toute sa famille en faisant la cuisine, comment peut-on encore croire au progressisme? J’ai plutôt l’impression qu’on régresse. Tous ces propos infamants, ces comportements outrageux. Cela m’atterre au plus haut point. Je ne puis qu’inviter les femmes qui veulent s’engager à ne pas hésiter. A se serrer les coudes entre elles. A affronter ces vieux cons – permettez-moi le terme – et à leur montrer qu’ils n’ont pas le monopole des compétences. Je témoigne ici tout mon soutien à Anne Emery-Torracinta pour cette législature. Et j’espère du fond du cœur qu’Anja Wyden sera reconduite en tant que chancelière d’Etat. Tout ça est juste une question de bon sens. Et d’un minimum d’ouverture d’esprit.

     

    Grégoire Barbey

  • 2013-2018: réduire de 10% les dépenses

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    Serge Dal Busco. Le nouveau conseiller d'Etat pourrait reprendre les Finances.
    Il serait probablement le plus adapté pour faire face aux défis de cette législature.

     

    Les attentes envers le nouveau gouvernement à Genève sont nombreuses du côté de la population. Le logement, l’emploi, la mobilité et la sécurité seront probablement les quatre axes majeurs auxquels il faudra attacher une importance toute particulière pour orienter la politique cantonale dans le sens souhaité par le peuple. Il est toutefois un enjeu probablement plus obscur aux yeux des électrices et des électeurs et pourtant tout aussi fondamental: la pérennité financière du canton. Cette nouvelle législature possède une échéance qui aura sur les finances publiques un impact plus ou moins négatif selon les décisions qui seront prises ces prochaines années. Il s’agit de l’abolition des régimes fiscaux spéciaux pour les entreprises (prévue pour 2018).

     

    Un taux d’imposition unique de 13% a été proposé par le ministre sortant des Finances David Hiler. Cette proposition s’accompagnerait d’une perte de 450 millions de francs (sur un budget d’un peu plus de 8 milliards) pour le canton. Ce ne serait donc pas sans conséquence, et pour l’heure personne ne sait si la Confédération octroiera une compensation aux cantons qui seront les plus durement touchés par l’abolition des statuts fiscaux spéciaux ou non. Il va sans dire que gouverner, c’est prévoir. De ce point de vue-là, et avec une dette publique scandaleusement élevée, le nouveau Conseil d’Etat va devoir prendre ses responsabilités et réduire la voilure des dépenses publiques.

     

    Réduire les dépenses de 10% sur 5 ans

     

    Cela devrait se faire, par exemple, avec une proposition très concrète: inclure dans le programme de législature auquel les nouveaux ministres réfléchissent (lors de leurs réunions qui précèdent leur prise de fonction le 10 décembre) un objectif de réduction des dépenses de 10% d’ici 2018. Ce qui, sur à peu près 5 ans, représente 2% de réduction par an. Ce n’est pas un défi impossible et les majorités du Conseil d’Etat et du Grand Conseil (marquées à droite sur les thématiques financières et économiques) permettront de faire passer un tel projet sans trop de difficultés. Dix pour cent peut paraître a priori un chiffre très important. Cela représente plus de 800 millions de francs d’économie. Mais sur la totalité de la législature, en concertation avec les différentes tendances représentées au Parlement, c’est une proposition qui peut devenir réalité.

     

    Il faut pour en arriver-là bien comprendre la raison d’une petite cure d’austérité. Tout d’abord, le canton de Genève possède un budget particulièrement imposant pour un canton de 490'000 habitants: plus de 8 milliards de francs, cela représente environ 20'000 francs par habitant. C’est une somme conséquente. Les dépenses peuvent donc être réduites pour permettre à la fois d’encaisser une éventuelle perte dans les recettes fiscales (sans augmenter l’imposition des personnes physiques, qui ne bénéficierait pas à la population et encore moins à la popularité du gouvernement) et de commencer à rembourser la dette. La conjoncture actuelle est plutôt favorable et c’est dans pareil contexte qu’il faut envisager les périodes plus sombres.  

     

    La qualité des prestations n’en souffrirait pas

     

    L’Alternative (composée des Verts et des Socialistes) et Ensemble à Gauche monteront bien évidemment au créneau avec un tel programme de réduction des dépenses. Leur argument est prévisible: mettre un frein aux dépenses générera une baisse de qualité des prestations. C’est faux et pour cause: le nouveau gouvernement devra se montrer courageux et effectuer une réforme en profondeur de l’Etat. Ce qui signifie passer en revue l’ensemble des dépenses, réfléchir à l’utilité de chaque franc utilisé, et proposer des coupes qui n’impactent pas négativement l’offre proposée aux citoyens. Cela reste évidemment très théorique, mais ce n’est pas pour autant irréaliste. En rationalisant les différents services de l’Etat, en élaguant ce qui n’est pas primordial, la réduction des dépenses sera relativement indolore pour la population.

     

    Cette réflexion autour des dépenses publiques est entrée en vigueur avec la nouvelle constitution et doit être appliquée sans délai en ce début de législature: à l’article 151, alinéa 1, l’Etat est tenu d’évaluer périodiquement la pertinence, l’efficacité et l’efficience de son action. Il doit en outre à l’alinéa 2 de ce même article s’assurer de maîtriser les conséquences financières de son activité. Le nouveau gouvernement, qui saura sans aucun doute respecter la constitution, devra donc passer en revue l’ensemble de son fonctionnement. Ce qui est bien sûr très important. Comme l’Etat doit également tenir compte de la situation conjoncturelle selon l’article 152 alinéa 4, il doit se doter de réserves anticycliques. Ce ne peut être réalisable qu’en réduisant les dépenses en conséquence. L’exercice 2014 est maîtrisé. Qu’en sera-t-il des autres d’ici l’abolition des régimes fiscaux spéciaux des entreprises? Il faut prévoir l’imprévisible et c’est justement la tâche des dirigeants.

     

    Un ministre des Finances courageux

     

    Le conseiller d’Etat qui sera chargé du Département des finances devra être courageux et ne pas fléchir devant la difficulté de sa tâche et face à l’adversité. Contrairement à David Hiler, le prochain ministre des Finances devra probablement orienter sa politique par temps de pluie. Les prévisions à moyen terme sont plutôt défavorables (pour les raisons explicitées précédemment) et il faudra tenir la barre d’une main franche et résolue pour affronter l’orage qui se prépare. A priori, le département devrait revenir à Serge Dal Busco, particulièrement pointilleux sur les questions financières (il est l’un des artisans de la réforme de la péréquation financière intercommunale). Qu’il soit désigné pour affronter ces défis paraît tout à fait approprié. Il en a à la fois les compétences et la stature. Mais il ne devra pas être seul: son action nécessitera le soutien de ses collègues qui devront, de leur côté, veiller à rendre leurs choix cohérents en fonction des enjeux financiers de cette législature.

     

    Serge Dal Busco (pour autant qu’il en soit ainsi) devra se montrer inflexible et véritablement courageux. Sa personnalité me semble être en adéquation avec ces impératifs. Genève va faire face à des moments difficiles et ce sera au Conseil d’Etat de limiter les dégâts. Le peuple a décidé de donner mandat à une majorité de représentants de la droite sur les questions économiques et financières. Les nouveaux conseillers d’Etat et députés doivent en prendre acte pour fonder leur politique sur une réduction pragmatique des dépenses qui permettent d’éviter d’activer le frein à l’endettement (article 156 de la constitution) et de ne pas trop souffrir de l’abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises. Si le taux d’imposition unique à 13% devait être retenu comme la proposition la plus adaptée à la situation du canton de Genève, il faudra malgré tout plusieurs années pour compenser les pertes fiscales qu’engendrera l’application de cette mesure. On ne peut donc qu’espérer que le Conseil d’Etat affichera une volonté claire de mener les finances publiques avec détermination et vision à moyen et long termes.

     

    Grégoire Barbey