Gregoire Barbey

11/11/2013

L'Entente ne bénéficie en réalité qu'au PDC

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Alain-Dominique Mauris. Le président du Parti libéral-radical n'a pas su empêcher les défaites
successives de son parti. Il n'a pas non plus voulu affronter de face les tensions liées à la fusion.


Lendemain de cuite pour le Parti libéral-radical (PLR) à Genève. Trois sortants se représentaient: François Longchamp, Isabel Rochat et Pierre Maudet (arrivé en cours de législature). Les trois font partie de la plus importante formation politique du canton en termes de suffrages: le PLR. Avec les démocrates-chrétiens forment l’Entente. Ils présentaient au total cinq candidats (Luc Barthassat et Serge Dal Busco pour le PDC). Tout au long des semaines qui ont précédé le second tour des élections, la communication de l’Entente était simple: un appel à voter compact, sans rajouter ni tracer quiconque.

 

Les règles du jeu n’ont clairement pas été respectées par tous et Isabel Rochat a été biffée plus de 7000 fois, se voyant reléguée à la neuvième place, contre les quatre premières pour ses colistiers. Si les militants et les sympathisants avaient joué le jeu, les cinq candidats étaient élus. Dont acte. Nous ne pouvons pas changer ce qui a été fait, mais tout de même: comment Alain-Dominique Mauris, président du PLR, peut-il avoir l’outrecuidance de titrer son communiqué de presse «Une victoire pour l’Entente» quand il s’agit en réalité d’un échec sans équivoque pour la coalition et d’une défaite pour son propre parti?

 

La présidence d’Alain-Dominique Mauris justement: parlons-en! Sous son leadership, qu’a fait le PLR si ce n’est perdre des sièges au sein des parlements et des exécutifs communaux et cantonaux? A Genève, le véritable bénéficiaire de l’Entente est le PDC, et non le PLR. Voyez donc: il a obtenu deux sièges supplémentaires aux exécutifs les plus stratégiques du canton. La place de Pierre Maudet au Conseil administratif de la Ville de Genève et celle d’Isabel Rochat au Conseil d’Etat. Parler de victoire alors qu’au fond le PDC a phagocyté des places stratégiques pour le renouvellement des leaders du PLR? Navré, mais pour moi je n’ai pas l’impression qu’il faille se réjouir.

 

Et puis sept sièges perdus au Grand Conseil. Soyons honnêtes, quand Alain-Dominique Mauris affirme ne pas vouloir trahir ses électeurs sur Genève à Chaud ce soir, il se fourvoie. Les voix perdues du PLR ne sont pas allées au PDC, et encore moins à la gauche. C’est l’UDC et le MCG qui en ont bénéficié. D’ailleurs, au lendemain de l’élection au Grand Conseil, nous étions tous surpris de la progression des Démocrates du centre. Le résultat est sans conteste un recul et une gueule de bois pour le premier parti du canton. Les deux voix qui osent s’opposer à la stratégie de l’appareil de parti (et de la secrétaire générale dont personne n’entend jamais parler contrairement à Sophie Buchs du PDC), celles de Cyril Aellen et Thomas Barth, méritent d’être écoutées. L’intérêt d’une grande Entente ne serait pas négligeable.

 

Et puis d’ailleurs ce soir à Leman Bleu, Alain-Dominique Mauris a pris en otage la discussion des différents membres du PLR présents pour débattre des résultats du second tour. Il a asséné ce qu’il nous dit depuis deux ans. Ce qu’il répète comme un psaume appris par cœur pour la messe du dimanche. Non, Monsieur Mauris, vous avez tort: les résultats parlent d’eux-mêmes. Vous avez failli à deux reprises, et votre place à la présidence du PLR n’a plus d’être. Demain matin à 07h00, vous seriez bien inspiré de remettre votre démission. Et de laisser à celles et ceux qui ont une vision stratégique la latitude pour manœuvrer librement. Pour l’appel à la candidature, il me semble qu’il y a méprise. La présentation des enjeux faite par Alain-Dominique Mauris ne laissait place à aucune autre personne. Ç’aurait été s’afficher en traître voulant ravir la place au maillon faible du trio PLR.

 

Aujourd’hui, la réalité est cruelle et ne pardonne pas: à Genève, la fusion a du mal à passer. Ce n’est pas définitif et il faudra bel et bien une génération pour que chacun y trouve son compte et efface les attaches identitaires issues de 150 ans d’Histoire. Mais Alain-Dominique Mauris ment à ses propres troupes lorsqu’il affirme à l’envie qu’il n’y a aucun problème. C’est faux. La particularité toute genevoise est simple: les Libéraux étaient autrefois majoritaires. La tendance s’inverse. Et certains accusent la fusion d’en être responsable. Je pense pour ma part qu’il y a quelques nuances.

 

Mais ne tergiversons pas. Il faut affronter cette crise en lui faisant face. Monsieur Mauris l’a démontré en fuyant toujours le sujet: il n’est pas l’homme de la situation. C’est pourquoi, je le répète une fois encore, il devrait prendre ses responsabilités et laisser la barre à un autre. Celui qui pourrait assumer cette tâche est cité dans cet article. Aux membres du Comité directeur de décider ce qui est le mieux pour leur parti. Mais cessons toute langue de bois. Cela ne bénéficie ni à la crédibilité du PLR, ni à celle, personnelle, d’Alain-Dominique-Mauris.


Grégoire Barbey

22:41 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

10/11/2013

Mme Rochat: vous pouvez garder la tête haute

Chronique, 10.11.13

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 Isabel Rochat. La magistrate libérale ne méritait pas d'être ainsi traitée par ses collègues
et la presse. Son bilan tant décrié valait-il tant d'invectives au point d'en faire un bouc émissaire?

 

Isabel Rochat a fait ce soir les frais d’une large campagne de dénigrement à son encontre. Attaquée de toutes parts sur son bilan, tour à tour jugé «mitigé», en «demi-teinte» voire carrément «mauvais», la magistrate issue des rangs du feu Parti libéral n’a pas pu se maintenir au gouvernement. La politique est ainsi faite. Et l’on n’est pas toujours exclu pour de bonnes raisons. C’est le cas, je crois, pour Mme Rochat.

 

A-t-elle démérité? Poser la question, c’est déjà y répondre. Bien sûr que non. Son destin politique était probablement déjà scellé au moment où le Département de la sécurité lui a été remis. C’était il y a quatre ans. Isabel Rochat, nouvellement élue, se voyait prendre le ministère le plus compliqué du canton. Une tâche herculéenne. Et elle n’a pas pour autant fui le défi. La libérale a tenté de redresser la barque. Trop discrètement sans doute. Puisque c’est aujourd’hui Pierre Maudet qui en bénéficie.

 

C’est là qu’on voit qu’il n’y a en réalité qu’une seule véritable compétence requise pour faire de la politique: savoir communiquer. On peut bâtir une carrière sur du vide simplement parce qu’on a la capacité de tout mettre en scène. De créer des discours puissants, qui résonnent dans la tête des électeurs. Mme Rochat a beaucoup de qualités. Elle n’excelle malheureusement pas dans ce domaine. Peut-être est-ce une forme de pudeur de sa part que de ne pas se répandre sur ses actes. C’est possible.

 

En tous les cas, elle a fait preuve ce soir, malgré ce moment difficile, d’une dignité éblouissante. Moins d’une heure après les résultats définitifs, elle s’exprimait sur le plateau de Leman Bleu. Et sans se lamenter sur son sort. Pas une seconde. Pas un mot pour ces médias qui l’ont tant vilipendée, avec bien peu d’arguments pour en justifier les attaques répétées qu’elle a subies. Isabel Rochat ne s’est même pas justifiée. Bien joué. Ce serait accorder trop d’importance à celles et ceux qui en ont fait injustement leur bouc émissaire.

 

Elle doit aussi sa non-réélection à son propre parti (elle a été biffée plus de 7000 fois), qui plutôt que de faire bloc avec les siens, préfère nettement planter des couteaux dans le dos en faisant fi de toute stratégie politique à long terme. Car ce troisième siège perdu par le Parti libéral-radical ne sera pas facilement récupéré au fil des prochaines législatures. Dans quatre ans et demi, il faudra remplacer François Longchamp. Et la tâche est grande. Un troisième candidat qui puisse reprendre le siège perdu? J’ai pour l’heure quelques doutes.

 

Quoi qu’il arrive, le PLR assumera les conséquences de ses actes. Cela ne concerne plus Isabel Rochat. Elle a donné de sa personne. Croisée sur les stands à plusieurs reprises, je l’ai trouvée combattante. Elle croit en l’action politique qu’elle a mené ces quatre années de législature. C’est une femme courageuse et je voulais rendre ici hommage à sa détermination. Elle a montré ce soir par son intervention toute l’amplitude de sa personnalité. Isabel Rochat, permettez-moi de vous dire ceci: vous pourrez quitter vos fonctions début décembre la tête haute. Parce que dans une telle situation, vous avez été une femme d’exception.

 

Grégoire Barbey

 

09/11/2013

L'expérience Blocher: paradoxe d'un homme

Chronique, 09.11.13

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Jean-Stéphane Bron & Christoph Blocher. L'œuvre ne surprend aucunement. Ce n'est
pas là qu'il faut en saisir l'originalité et la réussite. Elles se situent dans le non-verbal.

 

L'expérience Blocher est un film intéressant. Je me demande si c'est le portrait d'un tribun ou le tableau du malaise d'un pays. Une nation qui s'imagine si petite et si fragile face au concert des grandes puissances internationales. Certes, on y voit Christoph Blocher dans toute sa splendeur. Beau parleur, orateur de talent et grand lecteur de l'Art d'avoir toujours raison d'Arthur Schopenhauer.

 

Mais c'est avant tout le porte-parole d'une catégorie de la population suisse. Celle qui se sent impuissante devant la mondialisation. Qui rejette l'immigration. C'est son droit. Et Jean-Stéphane Bron nous transmet dans son œuvre tout ce qui accompagne la vie d'un homme politique. Il y a d'un côté la mise en scène, de l'autre l'authenticité. A chacun de faire la part des choses. Les doutes, les rires, les certitudes et les moments de gloire. Les échecs aussi.

 

La solitude de l'humain face à son destin. C'est ça, L'expérience Blocher. Oui, on y voit un tribun sous un jour plutôt favorable. Le réalisateur se défend dès le début du film de ne pas être en accord avec les idées de l'homme dont il tire le portrait. Soit. Cette justification n'a pas lieu d'être à mon sens et tout l'intérêt de ce film n'est pas dans les commentaires de l'auteur ou dans les paroles de Christoph Blocher. Il se situe largement dans les images, qui sont, elles, muettes. Mais qui nous parlent, toujours.

 

L'expérience Blocher, ce n'est pas une surprise. On ne doit pas l'appréhender comme un portrait qui va nous révéler des informations inconnues jusqu'ici sur le personnage. On le connait trop bien pour l'imaginer se faire avoir par Jean-Stéphane Bron. Cette œuvre est plutôt une photographie d'une époque. D'un moment charnière. Le monde change, et Christoph Blocher porte en lui tout ce qui symbolise ce changement.

 

Comme l'auteur le dit très bien dans son film, le politicien a le corps d'un agriculteur et l'esprit d'un dirigeant d'entreprises. CEO d'EMS-Chemie, il a largement bénéficié de l'ouverture des frontières, du marché unique. Ses acquisitions, restructurations/démantèlements puis cessions de groupes ne portent pas la marque de fabrication de la Suisse. Cela provient d'une culture différente. Anglo-saxonne. Et ça, c'est le paradoxe Blocher, plus que l'expérience.

 

Le scandale de la subvention fédérale pour ce film n'a pas lieu d'être. J'ai lu de nombreuses critiques. D'un côté comme de l'autre. Aucune ne m'est apparue en visionnant le résultat final. Ce n'est ni l'encensement de Christoph Blocher, ni son assassinat cinématographique. Le produit se rapproche de la réalité. Et ce n'est pas tant la part d'ombre du personnage qu'il fallait saisir. Celle-ci se cache. Non, il valait mieux démontrer toute l'antithèse des différents aspects du tribun. Et sur ce point, Jean-Stéphane Bron a réalisé un sans-faute. Chapeau à lui.

 

Grégoire Barbey

20:39 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Politique: la presse doit s'investir davantage

Chronique, 09.11.13

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Grand Conseil. Les comptes rendus des sessions parlementaires devraient être plus
complets. Ils ne traitent actuellement plus que des sujets véritablement capitaux.*

 

Dans la presse actuelle, il y a quelque chose qui me manque. Ce sont les comptes rendus des sessions parlementaires. Une page, chaque mois, pour détailler un peu la teneur des débats. Pas uniquement sur les sujets capitaux (comme cela se fait depuis quelques années). Parce que la politique, ce n'est pas seulement les urgences, ni les débats polarisants qui traînent en longueur. La politique se joue principalement dans l'hémicycle. C'est ici, dans ce lieu relativement petit, que s'affrontent les différentes forces en présence. Au sein de cette enceinte, la dialectique s'éveille. Les arguments défilent. Les alliances se forment. L'avenir du canton y est joué.

 

Cet endroit est par essence le lieu où tout se décide. Il faut y être pour relater les faits. Passer à la buvette, aux pas perdus, discuter avec les députés. Ecouter, toujours. Le journaliste qui couvre les séances plénières se doit d’avoir l’oreille attentive. On comprend parfois, entre deux verres de blanc avec des élus du peuple, la stratégie qui se cache derrière une majorité de circonstance. Ce n’est pas uniquement les votes qui comptent. Il y a inévitablement, derrière les chiffres immuables, des discussions. Des pourparlers. Le citoyen qui lit son journal ne doit-il pas être tenu au courant des enjeux concernant son avenir?

 

Oui, la politique peut être a priori ennuyante. Relater des débats sans y mettre un peu de saveur – c’est-à-dire en y rajoutant quelques hypothèses, parfois farfelues, souvent proches de la réalité –, ça n’en vaut évidemment pas la peine. Le journaliste, lorsqu’il réalise un compte rendu, doit oser s’engager. Prendre des risques, se tromper. Tâtonner aussi. Au fond, c’est lui qui est sur place, qui prend la température. Selon les discussions qu’il a entendues, les confidences qui lui ont été faites, il peut dénouer une situation étonnamment complexe. Ce que l’électeur veut savoir, c’est si les personnes pour qui il a voté respectent leurs engagements.

 

Et c’est compréhensible. Un élu est mandaté par le peuple. Il doit lui rendre des comptes. Et le journaliste, par son omniprésence au sein du milieu politique, peut et doit servir d’intermédiaire entre les députés et les citoyens. Il ne faut pas laisser les arrangements dans l’ombre. Il appartient aux médias d’être suffisamment culottés pour donner de la matière à leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Qu’importe le support. Qu’il soit fait de papier, radiophonique, audiovisuel ou sur le web, les médias doivent donner les clefs de lecture des décisions politiques à ceux qui les lisent, les regardent ou les écoutent.

 

Au sujet de la politique, il reste beaucoup à faire. Et la presse, face à ce constat, a de nombreuses opportunités qui restent encore inexploitées. Pourtant, qu’est-ce que la politique peut être passionnante si celle-ci est bien expliquée. A condition de raconter une histoire. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais pour cela, il faut oser. Ne pas se fier aux recettes du passé. Ce n’est pas la matière qui manque. C’est le courage. L’envie de proposer du neuf, de le faire avec conviction et passion. Quand on rédige sur un sujet qui nous plaît, le lecteur le ressent. Tout est possible. Osons, donc.

 

Grégoire Barbey

 

* Crédit photo: Demir Sönmez – Vous pouvez découvrir ses photos sur son blog (si ce n'est pas déjà fait) en cliquant ici.

16:56 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

02/11/2013

La R'vue: place à la génération suivante!

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La R'vue. Il y a dans cette dernière édition un message fort dès les premiers instants du
spectacle: place aux jeunes. Cette ambition est clairement assumée et mérite d'être saluée.


J'ai assisté hier soir à la R'vue, et j'ai beaucoup aimé cette édition. Bien sûr, j'entends également les habituelles contrariétés: «ce n'est plus comme avant», «je préférais les dernières éditions», etc.



Quoi qu'on fasse, on ne peut pas plaire à tout le monde, et c'est justement l'intérêt. Mais au-delà des différences, des évolutions, des changements, si l'on regarde véritablement le contenu, c'est excellent. Evidemment, tous les sketchs ne m'ont pas plus. Justement parce qu'il y en a pour tous les goûts. Mais quand même, les «faiseurs de chier le monde», l'entrée avec les enfants qui figureront au Conseil d'Etat en 2028, c'est excellent!

 


Et c'est peut-être quelque chose qu'on a oublié à Genève: il faut préparer la relève. Pierre Maudet en est l'exemple. François Longchamp également, pur produit de Guy-Olivier Segond. Les Radicaux ont toujours su former la génération suivante. Mais qui le fait encore vraiment aujourd'hui? J'ai plutôt l'impression que c'est le contraire. Beaucoup de jeunes se démarquent, tentent de faire leur place. Et l'arrière-garde les en empêche.



Et justement, ce petit sketch, très agréable à regarder au demeurant, fait prendre conscience aux Genevois de cette réalité. Oui, 2013, c'est bien. Mais la vie continue après. Il y en aura d'autres. Il faudra faire émerger des leaders. Des gens de conviction, de charisme, de possibilités. De ceux qui mènent la barque et qui conduisent le canton d'un pas sûr. Ce sketch nous rappelle à toutes et à tous qu'il y a un après. Que nous ne sommes pas éternels et qu'en politique, tout se renouvèle.



En mettant cette réalité de côté, quel en sera le résultat? Veut-on vraiment des candidats qui se présentent «faute de mieux»? Je ne crois pas. Et c'est bel et bien sur cet aspect-là de la vie politique qu'il faut se pencher. Les jeunes sont l'avenir. Ils sont déjà là. Dans quelques années, je serai le vieux con d'un jeune qui, je l'espère, viendra me chercher des poux en me mettant les yeux bien en face des trous pour me faire descendre de mes grands chevaux. Il sera le futur et je ne serai que son passé. A la rigueur aurais-je le privilège de demeurer quelques temps son présent. Et encore.



Cette jeunesse, dont je fais aujourd'hui partie, il faut la valoriser. La R'vue, en faisant jouer des enfants en début de spectacle, tente cet ambitieux pari. C'est ambitieux parce que les jeunes sont fougueux. Mais ça paie, parce qu'en leur octroyant la place qu'ils méritent, ils le rendent bien. Genève doit penser à son futur, et ne pas avoir en matière de relève politique ce qu'elle fait pour ses grands dossiers: prendre la solution qui s'impose lorsque la situation est à l'extrême urgence. Sinon, bonjour les dégâts.



Enfin de compte, merci à Philippe Cohen pour ce spectacle. Qu'on aime ou non, il y a du travail. Du contenu. De nombreux clins d'œil à l'actualité. Et je trouve cela fabuleux. Tout ce dynamisme, c'est finalement ce qui manque à Genève. Donc oui, merci à M. Cohen et à toute son équipe de nous véhiculer, l'histoire de quelques heures, l'image d'un canton moins froid et empêtré dans ses problèmes politiques. Bon sang ce que ça fait du bien!



Grégoire Barbey

02:29 Publié dans Air du temps, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

31/10/2013

Denis Menoud: démission immédiate!

Chronique, 31.10.13

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Denis Menoud. Le conseiller municipal MCG s'est à nouveau illustré
par des propos totalement inacceptables pour un élu du peuple.

 

Les propos du conseiller municipal en Ville de Genève Denis Menoud sont totalement inacceptables. Mercredi soir, durant le débat sur la naturalisation (pour savoir si la commune devait abandonner ou non sa prérogative en la matière), l’élu du Mouvement citoyen genevois (MCG) s’est permis des largesses verbales qui prêtent plutôt à pleurer qu’à rire. Parlant de la naturalisation, il s’est en est pris à une collègue siégeant sur les rangs de la gauche en ces termes: «taisez-vous Madame la naturalisée», «retournez à Belleville si vous n'êtes pas contente», «retournez avec la caillera des quartiers français», «rends ton passeport Vera Figurek». Il n’en est pas resté là. Il a traité ses collègues de traître à la nation, d’hypocrites et j’en passe.

 

Autant de mots employés qui n’ont pas vocation à être ainsi formulés dans un hémicycle. Les élus du peuple sont censés y travailler pour le bien commun, et non pour stigmatiser telle ou telle personne. Cette attitude, qui n’est pas la première dérive de M. Menoud, est contraire non seulement à la bienséance et au respect dû aux citoyens, mais également au Code pénal suisse. Les injures et la xénophobie ne sont pas tolérées par la loi. L’intéressé est coutumier de ce genre de bassesse et continuera tant qu’il ne sera pas démis de ses fonctions. C’est pourquoi je demande ici sa démission sans plus de cérémonie.

 

Et le président du MCG, en la personne de Roger Golay, doit également prendre ses responsabilités et imposer la sanction adéquate à un tel comportement. On ne peut pas à la fois s’excuser des propos tenus contre les frontaliers et tolérer les exclamations ordurières d’un membre de son propre parti. D’autant qu’à la suite de cet épisode, de nombreux adhérents ont tenu à s’en distancer (à raison) sur les réseaux sociaux. Accepter qu’un tel individu continue à siéger et à mettre en cause la crédibilité du MCG, c’est assimiler des personnes honnêtes à un véritable clown préférant l’invective au débat d’idées.

 

Par ailleurs, je noterai encore un détail: l’absence de réaction proportionnée de la part du président du Conseil municipal, Pascal Rubeli. A quelques reprises, il a tenté de l’empêcher de parler, mais sans grande conviction. Pire, il souriait face à cette débâcle. Plutôt que de s’affirmer dans son rôle et d’expulser Denis Menoud pour son vocabulaire et son attitude, il a laissé dire, faisant mine de s’y opposer, des vilénies qui insultaient de nombreux élus du peuple. De ce point de vue là, j’estime que le président du Conseil municipal devrait rendre des comptes quant à cet abandon de circonstance. On ne peut pas prétendre diriger un hémicycle si l’on laisse se tenir des scènes pareilles. Sous l’œil, je le rappelle, des téléspectateurs de Leman Bleu. Car oui, Mesdames et Messieurs, toute cette pagaille est filmée. Une fois encore, Genève se distingue en mal. Bravo.

 

Grégoire Barbey

23:24 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook | | | |

25/10/2013

Partis: reprenez goût à la politique!

Chronique, 25.10.13

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Genève. Les partis politiques ont perdu toute leur substance en abandonnant l'essentiel:
leur message essentiel. Qui consiste en une vision globale de la société. Un projet commun.

 

Un parti doit proposer une vision globale de la société lorsqu'il a des vues sur le gouvernement. Cela passe par un programme de législature, un manifeste en somme, qui promeut certaines valeurs cohérentes. Cela doit être un projet ambitieux. La volonté de rompre avec la politique des autres. Un parti doit se différencier tant dans son approche des problèmes sociétaux que dans les réponses aux questions que se pose la population. Un parti, ce n'est pas une auberge espagnole. Les individus qui y adhèrent doivent partager ce même objectif, cette même vision commune d'une société idéale.

 

Un programme nécessite de concilier idéalisme et pragmatisme: il faut du réel dans les propositions, du concret dans les idées. Un parti, c'est une aventure. Mais c'est aussi un défi. Il faut réunir des gens aux sensibilités toutes différentes. Chacun projette sur un mouvement politique ses propres souhaits. C'est au parti, à ceux qui le dirigent, de lui donner un cap. De lui offrir une teinte et une saveur. Un parti, ça se vit. Ça doit parler à ceux qui s'y intéressent. Quand on entend son nom, on doit instantanément penser au message essentiel de sa vision de la société. Un parti, c'est un grand bazar auquel il faut donner une structure, une hiérarchie.

 

Aujourd'hui, à Genève, ce message semble s'être dispersé. On n'a plus l'air de négocier des majorités comme il conviendrait de le faire. Plus personne ne semble prêt aux concessions évidemment nécessaires au bon fonctionnement des institutions. La politique en démocratie, ça ne se fait pas seul, chacun dans son coin. Cette désolidarisation des partis, c'est le symptôme d'un mal plus profond: la perte de leur identité. Car oui, les partis politiques à Genève ont perdu tout ce qui faisait leur attrait. Ils n'ont plus, ni dans leur langage, ni dans leur projet, l'ombre d'un projet commun.

 

Ils semblent ne plus être en mesure que de traiter les sujets au cas par cas. Chaque individualité pouvant tirer la barque d'un côté ou de l'autre. L'homogénéité des partis, fondée sur une pluralité de personnalités, a disparu. A Genève, qu'on veuille le reconnaître ou non, les partis ont perdu ce qu'ils avaient de plus important: un capitaine à la barre. Pour maintenir le cap. Leur cap. Et ne pas se disperser de part et d'autre dans des luttes qui ne sont pas les leurs. Ces partis, aujourd'hui, sont confrontés à une véritable crise. Sur leurs côtés respectifs naissent d'autres formations qui capitalisent sur cette absence de vision. Parce qu'elle est là, et il faut la reconnaître.

 

Il n'y a plus d'avenir possible tant qu'il n'y aura pas de vision globale. On veut sentir un projet, on veut qu'il nous fasse vibrer. Un parti, cela doit être une porte ouverte vers un désir commun. Ce n'est plus ainsi désormais. Les partis à Genève sont sur le déclin. Dites-moi le contraire. Voilez-vous la face. Mentez-vous. Je m'en fiche éperdument. La réalité est limpide: les partis sont devenus ennuyants.

 

Et tant qu’ils ne réaliseront pas qu’ils n’ont plus rien à offrir à la population pour convaincre, la déchéance continuera. Tant qu’on aura, au sein de la population, la sensation légitime que les partis traditionnels ne sont plus que des machines à satisfaire les ambitions égoïstes de quelques notables, alors la politique à Genève sera faite de blocs. Et les patriciens des vieux partis pourront pleurer tout ce qu’ils veulent: on ne récupère pas ses membres sans entamer une profonde introspection. Ils sont responsables des résultats du 6 octobre. Et le seront de ceux du 10 novembre. Le nier, c’est courir à sa perte. Partis, reprenez goût à la politique! Pour le bien de notre démocratie.

Grégoire Barbey

11:30 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

19/10/2013

Un paysan au gouvernement? Pourquoi pas!

Chronique, 19.10.13

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Luc Barthassat. Le candidat PDC pour l'élection au Conseil d'Etat le 10 novembre
est souvent critiqué pour son parcours scolaire atypique et ses capacités intellectuelles.

 

Je vais vous confier ce que j’ai entendu tout au long de cette campagne pour le Conseil d’Etat. J’ai suivi au plus près l’ensemble des élections. Chaque week-end, je me suis rendu sur les stands, ai participé à la plupart des événements électoraux. J’ai rencontré des dizaines de candidats et de militants. De toutes les tendances. Mais un détail m’a frappé particulièrement: c’est le mépris de certains pour la candidature au Conseil d’Etat du PDC Luc Barthassat. J’ai eu le droit au même refrain à maintes reprises. «Ce n’est qu’un paysan», chantent-ils en chœur.

 

«Il n’a pas les compétences nécessaires», «il est gentil mais n’a pas l’intelligence requise», «il n’est bon qu’à défendre les chats au Conseil national», etc. Tout ça, je ne l’invente pas. Je l’ai entendu des dizaines de fois. Le point commun entre les différentes personnes qui m’ont tenu ce discours, c’est leur appartenance à la classe politique. Ou aux médias, pour d’autres. Luc Barthassat dérange beaucoup dans le microcosme genevois. Je n’ai, tout au long de cette campagne, jamais caché mon amitié pour l’agriculteur. Je ne prétends pas à l’impartialité, car je donne mon opinion. Certains me le reprochent. Je l’assume.

 

Mais dans le cadre des élections, tout ce mépris qui lui a été adressé, toute cette haine envers ceux qui n’ont pas de titres universitaires, qui n’ont pas un parcours traditionnel, je peux vous le dire sans fard: cela m’a profondément dégoûté. Oui, Luc Barthassat n’a pas le profil d’un licencié en droit ou en sciences politiques. Dyslexique, ses fautes d’orthographe sont nombreuses, notamment sur les réseaux sociaux où il est très actif. Tout ça, on peut bien évidemment le lui reprocher. C’est l’image qu’il renvoie et il en est responsable. S’arrêter cependant à ces seuls critères est bien malhonnête.

 

J’étais hier soir à la fondue qu’il a organisée pour la Saint Luc. Près d’une centaine de personnes de tous horizons. Pas seulement des politiciens. Des gens du peuple qui le suivent. Ses amis. Sa famille. Et surtout les quatre autres candidats sur la liste en compagnie de Luc Barthassat. Pierre Maudet, Isabel Rochat, François Longchamp et Serge Dal Busco: ils sont tous venus. Il n’y a pas eu de grands discours. Luc Barthassat n’en a pas profité pour faire sa publicité. Ceux qui étaient là, pour la majorité, sont déjà acquis à sa cause. Il peut bien n’être qu’un «paysan», il y avait à sa fête plus de personnes qu’à l’événement officiel de l’Entente. C’est dire s’il force le respect.

 

Il a ses défauts, c’est indéniable. Surtout des défauts pour ceux qui veulent avoir des têtes qui ne dépassent pas au gouvernement. Luc Barthassat n’est probablement pas de ceux qui se plient sans lutter. Il n’est pas non plus prévisible: il a cette fougue qui le caractérise. Je n’irai pas jusqu’à dire être convaincu par tous ses combats politiques. Sa volonté d’instaurer un quota de musiques suisses radiodiffusées ne m’a pas spécialement séduite. J’y suis même plutôt opposé. Mais Luc Barthassat a indéniable qualité: sa proximité avec les gens. Accessible, il ne donne pas l’impression d’être membre d’un groupe fermé. D’autres se donnent des airs de grandeur là où le candidat PDC est lui-même, avec tout ce qui le caractérise, des défauts aux qualités.

 

Ce lien qu’il a avec la population, c’est justement ce qui manque indiscutablement au Conseil d’Etat de la législature qui s’achève. Cette impression de n’avoir que des gestionnaires, des dirigeants que l’on n’aperçoit qu’aux événements officiels et lors des campagnes électorales, ce n’est pas un bon point pour notre politique de milice. Je ne sais pas à ce jour si Luc Barthassat fera un bon travail s’il est élu. Je sais néanmoins qu’il donnera le meilleur de lui-même pour améliorer la situation à Genève, quel que soit le département dont il aura la charge. Peut-être me trompé-je et il n’a pas les épaules pour. Ce dont je doute. Mais ce n’est pas en le dénigrant qu’on atteindra le but communiqué par l’Entente: placer les cinq candidats de la liste au Conseil d’Etat.

 

Luc Barthassat s’investit pleinement dans ses engagements politiques. Qu’on ne l’apprécie pas ou qu’on le trouve stupide – chacun est libre de le penser –, il faut tout de même le respecter. Il en va de même pour les autres candidats, toutes tendances confondues. Cracher son venin sur lui parce qu’il n’appartient pas au petit monde bourgeois de la Genève introvertie, c’est proprement indigne. Luc Barthassat échouera peut-être dans ses fonctions. Je ne lis pas l’avenir. Mais je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à son parcours scolaire, à ses capacités intellectuelles ou à son apparence folklorique. Qu’il soit paysan ou roturier, la Suisse est composée de politiciens issus du peuple. Il a donc toute sa place au gouvernement, si c’est le choix du peuple. Comme l’a été en son temps Adolf Ogi au Conseil fédéral. Et qui n’a pas non plus démérité malgré son parcours atypique.

 

Grégoire Barbey

16:35 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

L'Etat au service de sa Sainteté Pierre Maudet

Chronique, 19.10.13

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Pierre Maudet. Le conseiller d'Etat en charge de la Sécurité multiplie les effets de manche
pour asseoir son autorité sur l'ensemble de ses adversaires politiques. Sans distinction.

 

L’Etat de Genève devient une véritable machine à renseignements. Pierre Maudet, le conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, multiplie les enquêtes administratives, les audits internes, et verrouille la communication au sein de son département. L’une des caractéristiques que le candidat sortant au gouvernement met en avant pour sa campagne, c’est son «sens de l’Etat». Pierre Maudet, fils du radicalisme, voit de bon œil une administration publique toute puissante, capable d’épier les moindres faits et gestes des adversaires d’une certaine caste, celle des dirigeants politiques aux commandes de l’Etat. Tout ce qui peut nuire à l’image du benjamin du Conseil d’Etat est impitoyablement attaqué.

 

Thierry Cerutti fait maintenant l’objet d’une «intention d’enquête administrative à son encontre». L’information, révélée par l’Agence Decaprod, démontre clairement la ligne stricte de Pierre Maudet. Il est notamment reproché au député-gendarme MCG d’avoir parlé en tant que policier sur Leman Bleu. Hasard du calendrier, l’interview de Thierry Cerutti est survenue un jour après le débat opposant le ministre de la Sécurité à Eric Stauffer. Ce dernier avait mentionné l’existence d’articles de presse mettant en cause Pierre Maudet et qui restaient bloqués dans la rédaction d’un journal*.

 

Pierre Maudet ne peut accepter qu’il y ait le moindre détail qui lui échappe. Son désir de tout contrôler vire clairement à l’obsession, et plus le temps passe, plus le ministre démontre qu’il ira toujours plus loin. Le limogeage régulier de hauts fonctionnaires pour ne pas remettre en question son autorité politique, les messages internes qui demandent de ne pas communiquer sur certains sujets, les tentatives de deal avec les journalistes pour ne pas parler de certains chiffres ou détails, tout y passe.

 

Dernièrement encore, à une réunion où les représentants de la presse étaient conviés pour donner leur impression par rapport à la communication du Département de la Sécurité (DS), Pierre Maudet a bien fait comprendre qu’il voulait être maître de la situation. Absolument rien ne doit lui échapper, et l’Etat-Maudet se transforme en une véritable prison. Le domaine pénitentiaire, habituellement réservé aux seuls délinquants, s’étend à l’ensemble des potentiels éléments perturbateurs de l’hégémonie Maudet.com. Impossible de s’opposer à son autorité: si vous n’êtes pas avec lui, c’est que vous êtes contre lui.

 

A trop vouloir empêcher les informations de sortir, Pierre Maudet finira par se tirer lui-même une balle dans le pied. Tous les ministres font des erreurs, c’est humain. Mais Pierre Maudet a le souci des détails. Il veut être irréprochable. Or, plus il tente de contrôler les opinions, les métiers des autres, les discussions, plus il irrite des gens autour de lui. A tel point qu’il finira par être davantage détesté par ses pairs, même en faisant de l’excellent travail, alors qu’il pourrait tout simplement s’octroyer le bénéfice de l’erreur. Plus il repousse l’échéance, et plus les dommages seront lourds lorsqu’une faille éclatera dans sa gestion politique. Il peut bien avoir une haute opinion de ses talents indéniables de communicateur, il finira inévitablement par commettre un impair qui lui causera du tort.

 

Si la population, moins initiée aux arcanes du pouvoir, peut être plus facilement manipulée par des effets d’annonce, ou lorsque Pierre Maudet change ses fusibles d’épaule, ceux qui côtoient ce milieu de près – politiciens et journalistes – ne sont pas dupes. On connait tous les méthodes employées par le ministre de la Sécurité. Ce sont des techniques vieilles de plusieurs siècles. Elles ont fait leurs preuves et il les utilise avec brio, sans aucun doute. Mais en verrouillant absolument tout, il oppresse bien des egos. Et ceux-ci sont à l’affût, attendant dans l’ombre, prêts à frapper dès que l’occasion se présentera. A ce moment-là, Pierre Maudet aura eu beau se protéger par mille et un subterfuges, il sera bien obligé d’affronter ses propres limites. Souhaitons-lui que le réveil ne soit pas trop douloureux.

 

Grégoire Barbey

 

*Nom connu de l’auteur

01:50 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

14/10/2013

Les maladresses de Mauro Poggia

Chronique, 14.10.13

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Mauro Poggia. Le candidat du MCG a présenté les excuses de son parti dans la presse dominicale. Pendant que son secrétaire général employait à la télé les mots de Maurras sur le régime de Vichy.

 

Mauro Poggia présentait hier ses excuses aux frontaliers qui auraient pu se sentir heurtés par les slogans du Mouvement citoyen genevois (MCG) dans Le Matin Dimanche. Et ce au nom de son parti. Eric Stauffer a de son côté qualifié de maladresse la communication de son colistier. Je pense qu’effectivement, la tentative de l’avocat pour se distancer des affiches ordurières de sa formation politique était malvenue. Cela fait quatre ans qu’il est au MCG et il n’a jamais donné l’impression d’être gêné d’une quelconque façon par cette communication excessive. Jouer, à quelques semaines du deuxième tour à l’élection au Conseil d’Etat, au sentimental pour s’attirer des voix extérieures est un jeu dangereux et témoigne d’une certaine faiblesse de la part de Mauro Poggia.

 

Quand le soir même où ses propos sont sortis dans la presse, le secrétaire général du MCG François Baertschi qualifie de «divine surprise» l’éventuelle élection d’Eric Stauffer et de Mauro Poggia sur le Grand Genève à Chaud, il y a comme un malaise dans l’air. Oui, cette formulation (divine surprise) a été utilisée par Maurras pour s’émerveiller face au régime de Vichy. Est-ce un véritable hasard de la part d’un ancien journaliste de la trempe de François Baertschi? Les doutes sont permis. Alors quand Mauro Poggia tente de prendre de la distance vis-à-vis de son parti pour sembler plus consensuel, les apparences ne sauraient tromper. On ne peut pas du jour au lendemain se donner une image d’homme modéré quand on a sciemment toléré cette communication outrageuse pendant tant d’années.

 

Comme en témoignent les commentaires sur les articles de la Tribune de Genève, la réaction des gens face à ce retournement de veste n’est pas positive. Evidemment, une partie des électeurs ayant voté par ras-le-bol contre les frontaliers se sentent trahis. On les a manipulés émotionnellement pendant des mois et on vient ensuite calmer les esprits. C’est trop facile. A tel point que Mauro Poggia a laissé un commentaire pour s’expliquer. Aveu de faiblesse qui démontre qu’il a perdu le contrôle des événements. Si l’avocat a perdu une occasion de se taire, c’est peut-être cette erreur qui lui coûtera son élection le 10 novembre prochain. Et Eric Stauffer doit s’en réjouir, parce qu’il obtiendra peut-être des voix qu’il n’aurait pas eu autrement.

 

Grégoire Barbey

12:39 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Politique | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook | | | |