Gregoire Barbey

12/10/2013

Le MCG doit devenir une force de proposition

Chronique, 12.10.13

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Delphine Perrella. Elle a montré – comme d'autres membres du MCG – que son parti
pouvait apporter des idées. Mais il faudra lutter contre tant qu'il ne se sera pas transformé.

 

Je me suis profondément interrogé depuis les résultats des élections de dimanche dernier. Faut-il continuer à s'opposer au MCG lorsqu'il réalise un score aussi important? J'ai longuement réfléchi. J'ai ressassé ces derniers mois, ces dernières années. Et l'attitude des élus de ce parti pendant ce laps de temps. Et ma réponse m'est apparue clairement, avec le recul: oui, il faut donner toute notre énergie pour lutter contre la ligne politique du MCG. Si je lui reconnais volontiers la qualité de mettre le doigt où ça fait mal, je lui en veux par contre, dans son ensemble, de mettre à mal les institutions de notre Canton. De cracher dans la soupe, alors qu'il s'en nourrit tout autant.



Ce dont Genève a besoin, véritablement, c'est d'une cohésion renforcée entre les différents acteurs de notre région. Notre république n'est pas bananière, comme le MCG – et marginalement l'UDC – tente de nous le faire croire. S'il y a des dysfonctionnements à Genève, ceux-ci ne sont pas irrémédiables. Ce n'est pas en insultant nos institutions qu'un changement durable s'installera. Ce n'est qu'en travaillant ensemble, partis gouvernementaux et partis d'opposition, qu'il sera possible de régler les problèmes majeurs que connait notre Canton.


S'opposer est nécessaire. Tout ne peut être fait dans l'impunité totale. Il convient de dénoncer, de ne pas laisser le pouvoir nous échapper des mains, à nous peuple genevois. Mais l'opposition n'est pas une fin en soi: à trop heurter les institutions, comment proposer des options viables à l'opinion publique? Comment travailler main dans la main pour redresser un canton en proie aux difficultés conjoncturelles? Ce n'est tout simplement pas possible. Ce qu'il faut, au-delà de la délation, de l'opposition constante et de l'injure faite à nos institutions, c'est une force de proposition. Des idées. Et je ne dis pas que le MCG n'en a pas, loin de là.


Des membres, comme Delphine Perrella ou Ronald Zacharias, ont prouvé qu'ils pouvaient apporter des projets intéressants et pouvant contribuer à améliorer le quotidien des Genevois. C'est là-dessus qu'il faut maintenant se concentrer. Et tant que le MCG n'aura pas effectuer sa mue, passant de l'opposition institutionnelle à l'opposition politique, deux notions que je distingue particulièrement, il conviendra de lutter contre son discours. Tant que le MCG n'aura pas, de son propre chef, changé son fusil d'épaule pour devenir l'un des bâtisseurs de ce canton – et donc être amené à perdurer au sein de l'hémicycle –, les partis traditionnels devront eux-mêmes s'opposer à sa ligne.



Non par la parole. Mais par les actes. Il est essentiel de démontrer à la population qu'il n'est pas tout de verser dans le verbiage politique: il faut prouver. Agir. Et force est de constater qu'à l'heure actuelle, les partis gouvernementaux n'ont pas encore subi l'électrochoc suffisant pour les ramener à la réalité. Ils ont fait Genève, ils doivent continuer à veiller sur notre république. Mais pour cela, il est impératif de s'investir. Et de ne pas prêter le flanc aux critiques acerbes d'un mouvement qui fait son beurre électoral sur l'opposition et l'injure aux institutions.



Quand bien même je reste convaincu qu'un jour, les partis du centre pourront travailler avec le MCG, j'invite chacun à prendre ses responsabilités et à réfléchir à ce qu'il pourrait faire pour s'améliorer et redonner confiance au peuple genevois qui, malheureusement, semble lassé de cette politique qui dure depuis trop longtemps. Autant le MCG doit être combattu dans sa forme actuelle, autant le message qu'il délivre à travers le vote-sanction des électeurs doit être entendu par la classe politique. Ce n'est que comme ça que nous arriverons, tous ensemble, à conserver un canton de qualité, et à œuvrer pour le bien du plus grand nombre.



Grégoire Barbey

17:01 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

La gauche genevoise face à un grand défi

Chronique, 12.10.13

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Adrien Faure. L'analyse du co-président de la Jeunesse socialiste dimanche dernier ne
manquait pas d'arguments. Mais la gauche doit impérativement rester au gouvernement.

 

La gauche à Genève est-elle sur une pente déclinante? Les résultats du 6 octobre le laissent à penser. Bien que les socialistes ont maintenu leur représentation au Grand Conseil et légèrement progressé en termes de voix, la députation verte a presque rétréci de moitié. Si Ensemble à gauche a fait son grand retour au Parlement, sa force électorale a notoirement reculé, passant d'à peu près 14 sièges il y a 8 ans à 9 sièges aujourd'hui. Des questions doivent se poser dans les états-majors de la gauche pour palier à cette baisse qui, quand bien même la communication socialiste se veut enthousiaste, paraît durable. Les résultats genevois des votations fédérales du 22 septembre laissaient présager une proportion d'un tiers des voix pour la gauche, ce qui s'est traduit par les faits dimanche dernier.



Que se passe-t-il à gauche pour que l'électorat se fragmente ainsi? Le discours de la gauche gouvernementale, à savoir les socialistes et les verts, ne s'est pas toujours rejoint. D'une part, les socialistes ont souvent voté avec le MCG sur les questions sociales, alors que les verts étaient davantage tentés par le centre-droit (PDC-PLR). Cet éclatement idéologique a-t-il pesé sur les résultats des écologistes? C'est possible, mais reste difficile à dire avec certitude. Certains commentateurs y voient une sanction envers la politique de Michèle Künzler.



D'autre part, les socialistes ont majoritairement concentré leurs forces sur des projets de loi va-t-en-guerre contre les hauts revenus, sans nécessairement proposer des solutions réfléchies et concertées pour améliorer le sort des classes défavorisées. Devenu un parti plutôt conservateur, la politique socialiste à Genève est majoritairement dédiée à la protection de privilèges sociaux acquis au fil des dernières décennies. C'est dans la fonction publique, peut-être, que le parti trouve encore un véritable écho. En-dehors, le message ne semble pas porté vers l'électorat historique de la formation de centre-gauche.



La gauche pourrait bien perdre un à deux sièges au gouvernement le 10 novembre. Si les appareils de partis de la gauche traditionnelle n'appellent pas leur base à une importante mobilisation dans les urnes, les résultats pourraient s'avérer hautement défavorable aux socialistes comme aux verts. Du côté de l'Entente et de l'alliance MCG-UDC, les appels à voter ont déjà débuté. Si l'élection au Conseil d'Etat recueille habituellement davantage de participation que l'élection au Grand Conseil, cela ne doit pas conforter les partis de gauche et considérer cette constante comme un oreiller de paresse.



Un gouvernement monocolore, ou à très large majorité de droite (six sur sept, par exemple) ne profiterait probablement pas à l'élaboration de projets concertés et tournés vers l'amélioration des conditions de vie des Genevoises et des Genevois. La gauche, si elle veut continuer à jouer sa partition au sein de l'Exécutif cantonal – et il le faut! –, doit impérativement se remettre en question et élaborer une stratégie différente. Si les enjeux en 2013 ne sont plus les mêmes qu'il y a vingt ans, il convient néanmoins de réfléchir à des solutions qui touchent l'électorat qui s'est toujours senti concerné par les socialistes et plus globalement la gauche.



Certains préconisent, comme Adrien Faure qui a fait une excellente prestation sur Leman Bleu dimanche 6 octobre, le retour à l'opposition, et donc la sortie du gouvernement pour la gauche. Si cette alternative peut paraître séduisante à première vue – le co-président de la Jeunesse socialiste ne manquait pas d'arguments pour la rendre crédible –, elle n'en est pas moins dangereuse. En offrant un boulevard à la droite, et plus particulièrement sa composante souverainiste, la gauche prendrait un risque que son électorat n'accepterait jamais: offrir aux sirènes de l'angoisse les rennes du Canton.



C'est donc un véritable dilemme qui s'impose à la gauche. Sa présence au Conseil d'Etat est nécessaire, car le système politique en Suisse est basé sur la collégialité et le consensus. Laisser en-dehors du gouvernement les représentants d'un tiers des votants ne manquerait pas d'avoir des conséquences sur le long terme (il en va de même pour ceux qui votent à l'extrême opposé). Alors oui, d'ici 10 au novembre, tout reste à faire pour la gauche, qui doit colmater les brèches et récupérer sa base pour la mobiliser et lui offrir au moins deux sièges à l'Exécutif cantonal. Espérons que les caciques des partis de gauche sauront prendre les bonnes décisions. Car sinon, c'est bel et bien un retour de vingt ans en arrière que nous pourrions vivre. Pour le meilleur. Et surtout pour le pire.



Grégoire barbey

14:21 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

11/10/2013

Cour des comptes: l'absence d'indépendance

Chronique, 11.10.13

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François Longchamp. Le ministre en charge de l'Urbanisme a joué un rôle plutôt flou
dans le scandale de la Cour des comptes. Qui est censée être indépendante de l'Etat.

 

Le déménagement en catimini de la Cour des comptes, révélé par l’Agence Decaprod, a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours. Je n’ai pourtant pas lu à l’heure actuelle une véritable analyse des événements dans les médias. La Cour des comptes a effectivement doublé son loyer, laissant courir le précédent dont le bail ne peut être encore résilié cette année. Le premier réflexe en apprenant l’information est évidemment l’indignation. Comment ne pas être estomaqué d’une aussi peu scrupuleuse gestion des deniers publics? Oui, mais à bien y regarder, des questions se posent. La réaction de François Longchamp, conseiller d’Etat en charge du Département de l’urbanisme, ne s’est pas faite attendre. Le lendemain, le ministre faisait part de son étonnement qu’un organe puisse se comporter ainsi alors qu’il «donne des leçons à la Terre entière».

 

Il n’aura pas échappé à l’observateur aguerri que cette théâtralisation n’est pas anodine. Tout d’abord, qui a orchestré la fuite? Selon Frédéric Hohl, président de la Commission des finances – que j’ai contacté après avoir reçu l’information –, la confidentialité du courrier de la Cour des comptes annonçant le déménagement de son service à la rue du Rhône a duré moins de deux heures. Ce que nous savons, c’est que l’Etat n’a proposé qu’une option à la Cour des comptes, qui l’a jugée insatisfaisante. Le président de cette dernière, François Paychère, en a expliqué les raisons sur le plateau de l’émission Genève à Chaud: les locaux proposés manquaient de discrétion pour la réception de ceux qui viennent dénoncer d’éventuelles mauvaises gestions de services de l’Etat. La possibilité d’archiver correctement et confidentiellement les documents de la Cour n’était pas garantie.

 

Plusieurs éléments me font grimacer: la Cour des comptes est censée être un organe indépendant de l’Etat. Le Bureau du Grand Conseil en est l’autorité de surveillance. Que l’Etat intervienne délibérément, par le biais de François Longchamp – directement concerné puisque son département devait aiguiller la Cour et lui proposer des locaux admissibles –, pour exiger d’un organe indépendant de l’Etat qu’il réintègre ses locaux séance tenante (ou que François Paychère le paie de sa poche) est proprement discutable. Il est évident que l’attitude de la Cour des comptes était cavalière. Signer un contrat de bail est, selon les deux avis de droit obtenus par la Commission des finances, impossible pour l’organe. Pourquoi donc la Cour des comptes doit-elle s’embarrasser de la signature de l’Etat pour disposer des locaux dont elle a besoin? Le seul élément auquel elle devrait être soumise, c’est le budget de fonctionnement lui étant alloué. A partir de là, l’Etat ne devrait même pas avoir son mot à dire.

 

Cette ingérence de François Longchamp pose donc la question suivante: était-ce délibéré de pousser la Cour des comptes à déménager d’elle-même pour ensuite monter le scandale en épingle? Les plus naïfs répondront bien évidemment non. Mais vous comprendrez que je ne partage pas cette grille de lecture. En agissant ainsi, le chef du Département de l’urbanisme décrédibilise les magistrats actuels. Il n’aura d’ailleurs pas fallu longtemps au Mouvement citoyen genevois (MCG) pour demander leur révocation immédiate. Quand une porte s’ouvre, le MCG aime s’assurer qu’elle soit bien enfoncée. Je ne démordrai pas que cette affaire n’est pas une dérive institutionnelle mais politique. Nous ne connaissons pas encore les tenants et aboutissants de l’affaire. Subsiste néanmoins de mon côté une grande réserve quant à la responsabilité de François Longchamp dans cette mascarade.

 

Plutôt que de demander la tête des magistrats, nos politiciens devraient plutôt s’interroger sur la logique de la Cour des comptes en tant qu’organe indépendant de l’Etat si ce dernier peut interférer dans ses décisions existentielles. A mon sens, la démonstration de François Longchamp est beaucoup plus grave que ne l’est la signature d’un bail à loyer lorsque les services du conseiller d’Etat n’ont (volontairement ou non) pas menés à bien leur rôle. Si l’on peut bien sûr considérer l’attitude la Cour des comptes comme inadéquate, on peut également se demander pourquoi François Paychère n’a pas saisi la presse pour faire part de ce blocage. En procédant ainsi, la situation aurait probablement été inverse. Pour l’heure, c’est François Longchamp qui mène le bal, et si personne ne creuse véritablement l’affaire, les questions posées plus haut ne trouveront jamais de réponse. Et ce serait bien dommage que la Cour des comptes soit ainsi inféodée à l’Etat, quand sa mission lui commande justement d’en être indépendante.

 

Grégoire Barbey

16:06 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

08/10/2013

Michèle Künzler: exégèse d'un échec

Chronique, 08.10.13

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Michèle Künzler. La magistrate verte a connu un retentissant échec populaire dimanche.
Elle s'est retrouvée en dix-septième position des candidats avec un peu plus de 9000 voix.


La politique est un monde en soi. Avec ses règles. Ses illusions et surtout sa réalité. Sa compréhension échappe à la majorité. Non pas que cette dernière soit particulièrement stupide. Mais parce que la politique est affaire d’ego, de convictions, de rapports de force. Et tout est fait, absolument tout, pour la rendre ésotérique. Ses acteurs ont tout intérêt à la maintenir éloignée du commun des mortels. Les citoyens n’existent qu’une fois les mandats remis en jeu. La démocratie est un éternel recommencement. Pour certains, le contrat passé avec le peuple est fructueux. Pour d’autres, il s’arrête brutalement. Et laisse bien souvent un goût amer. Michèle Künzler, conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement (DIME), en a fait l’expérience dimanche.


Persuadée d’avoir fait de son mieux – et nous n’en doutons pas –, elle a vécu la décision du peuple comme une attaque personnelle. La politique jamais ne pardonne. Et les politiciens, ceux qui font corps avec l’art de la rhétorique, qui s’investissent et donnent tout ce qu’ils ont pour atteindre leurs ambitions, restent malgré eux des êtres humains. Avec leurs faiblesses. Leurs défauts. Et surtout leurs qualités! Malheureusement pour Michèle Künzler, ses défauts, ou ses maladresses (principalement en matière de communication) sont parvenus à obnubiler l’image transmise aux Genevois. Derrière les actes, la politique est avant tout histoire de symboles. Ce qu’a fait Michèle Künzler tout au long de son mandat n’a pas satisfait le peuple. Et elle n’a pas su se distancer d’une réalité pourtant évidente: elle a récupéré un département particulièrement délicat. Dont certaines décisions dépendaient de ses prédécesseurs.

 

Fatalité oblige, chaque fois que la ministre verte a tenté d’apporter cet éclairage dans sa communication, les citoyens l’ont perçu comme une forme de lâcheté. Une tentative – vaine – de se déresponsabiliser. Et le peuple n’aime guère ceux qui n’assument pas les charges qu’il leur a confiées. La politique, disions-nous plus haut, a ses règles. Si celles-ci ne sont pas écrites, elles sont néanmoins relativement connues. Parfois même évidentes. Madame Künzler, malgré toutes ses qualités, n’a pas su rayonner en tant que femme d’Etat. Non pas qu’elle n’en était pas capable. Nul ne remet en question – en tout cas pas nous – ses compétences intrinsèques. La politique est également affaire de timing. Force est de constater qu’en la matière, Michèle Künzler n’a pas été gâtée. Dans un canton devenu de plus en plus attractif au fil des ans, la mobilité s’est transformée en chemin de croix.

 

Attaquée sans ménagement par la majorité parlementaire de droite, difficile pour la ministre verte – pourtant appuyée par le processus décisionnel collégial – d’obtenir des résultats probants. Toujours soutenue par le gouvernement dans son ensemble, ses projets ont été sujets à caution au Parlement. Pragmatique, elle a proposé d’étendre les transports publics à la région transfrontalière. Afin de désengorger le canton. Crime de lèse majesté! L’opposition constituée du MCG et de l’UDC s’en sont immédiatement saisis pour dénoncer l’incurie du DIME, qui se permet «de financer les infrastructures françaises». Face à un discours aussi limpide, accessible à la majorité, Michèle Künzler pouvait bien redoubler d’efforts dans sa communication: ses arguments sont restés lettres mortes. Son propre parti a également creusé sa tombe. Loin de s’intéresser à l’image de leur magistrate, ils ont intensifié les attaques contre les automobilistes. Fixant ainsi dans l’opinion publique le symbole «Künzler=antimobilité» sur lequel le MCG a capitalisé.

 

On ne peut bien évidemment décharger la ministre de toute responsabilité. Elle n’a pas su prendre conscience de cette lente mais certaine évolution des mentalités. Et surtout, elle n’a pas pris en considération l’un des préceptes fondamentaux de l’exercice du pouvoir: il faut toujours se méfier de son propre camp. Tout en s’arrangeant pour faire de ses pires ennemis ses meilleurs atouts. Voire, dans l’idéal, les nommer à des postes-clés qu’ils ne peuvent refuser. Oui, le pouvoir – et la politique plus globalement – nécessite de devenir quelqu’un d’autre. N’être plus tout à fait soi-même. Tout comme les combats de gladiateurs, il faut savoir se battre avec force et sans pitié, sans négliger la séduction et l’élégance. Il en va exactement de même dans le monde exigu de la politique. Même si la forme a profondément changé par rapport aux siècles précédents, le fond est demeuré le même. Le pouvoir s’exerce toujours de la même façon. Et face à ce constat, nous ne pouvons qu’avoir une pensée émue à l’égard de Michèle Künzler, victime d’un univers qui n’épargne guère l’hésitation. Puisse-t-elle tirer le meilleur de cette expérience. Car il y a une vie après la politique.


Grégoire Barbey

23:33 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

07/10/2013

Le MCG doit entrer au gouvernement

Chronique, 07.10.13

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Mauro Poggia. Le MCG doit maintenant passer de la parole aux actes et mettre en pratique
les promesses qu'il tient depuis sa création en 2005. Il représente aujourd'hui 20% des votants.


Le catastrophisme des commentateurs politiques devrait alarmer davantage que la progression des extrêmes aux élections cantonales. La consolidation de trois grands blocs n’est pas une fatalité, et il est l'heure d’admettre une réalité: le Mouvement citoyen genevois (MCG) est mûr pour accéder au Conseil d’Etat. Avant d’être un adversaire farouche de la stigmatisation véhiculée par ce parti, je suis avant tout un démocrate. Et je ne puis nier la volonté de 20% des votants. Je continuerai à dénoncer les dérives de ses membres si besoin en est. Mais l’honnêteté intellectuelle force au constat d’échec des partis traditionnels. Incapables de se remettre en question, ils n’ont pas jugé nécessaire de resserrer les rangs et d’appeler la population abstentionniste à se rendre aux urnes. Oui, six Genevois sur dix n’ont pas exprimé leur avis dimanche.

 

Genève sera ingouvernable si les représentants des partis gouvernementaux n’admettent pas leur propre incapacité à faire face aux défis qui leur ont été imposés par la conjoncture. Plutôt que de vulgariser des problématiques techniques et difficilement accessibles aux premiers venus, les caciques des partis traditionnels se sont contentés d’adopter une dialectique et une nomenclature trop peu compréhensibles. En se donnant des airs bourgeois, les forces politiques historiques ont failli. Elles ont non seulement perdu une importante partie de leurs soutiens, mais elles ont de surcroît fait le jeu des extrêmes. Comment ne pas voir ici l’échec le plus cuisant pour ces partis? Aujourd’hui, il est temps pour le centre de redescendre de ses grands chevaux et de retourner dans la rue.

 

A l’écoute de la population, exactement là où se joue la politique. On ne crée pas des majorités en abandonnant sa base. On n’obtient pas des victoires en s’éloignant de ses fondamentaux. La volonté du peuple, tel un couperet, s’abat à travers les urnes et n’épargne personne. J’ai vu hier des amis perdre leurs sièges. J’ai senti l’émotion les envahir. La déception les prendre à la gorge. Perdre en politique est un risque qui peut se concrétiser à chaque instant. Mais lorsque la défaite est prévisible et qu’on reste totalement immobile devant l’adversité, on ne peut qu’être humble et reconnaître ses erreurs. Pour le deuxième tour, j’enjoins les partis gouvernementaux à prendre leurs responsabilités.

 

Si le MCG, l’UDC et Ensemble à Gauche ont tant progressé, ce n’est pas les Genevois qui sont devenus idiots. Prétendre cela, c’est se montrer indigne d’un siège au Parlement ou au Conseil d’Etat. Les Genevois n’ont fait que sanctionner ceux qui les ont oubliés. En démocratie, les extrêmes sont là pour replacer le curseur. Ils jouent – et ont toujours joué – un rôle salutaire. Il y a 28 ans, c’est Vigilance qui raflait la mise au Grand Conseil. Dix-neuf sièges. En 2013, c’est le MCG qui occupe cette place. On ne peut guère plus marginaliser un cinquième de la population. Ce serait bien trop prétentieux. Alors même si je suis le premier à qui cela fait mal de le dire, le MCG doit absolument entrer au gouvernement pour cette législature.

 

Que cela soit par son avatar raisonné et consensuel, Mauro Poggia, et les couleuvres peut-être seront-elles moins difficiles à avaler. On ne peut plus s’écharper encore à Genève. Le temps presse, car plus l’attente perdure, et plus les blocages s’enlisent. La population ne doit pas être l’otage de stratégies politiques. D’aucuns appelaient déjà à un front républicain pour barrer la route au MCG. Une absurdité qui ne ferait que le renforcer. Qui lui donnerait raison d’hurler: «regardez, bonnes gens, comme ils se complaisent dans leur rôle et dans leurs sièges bien installés». Alors oui, il est grand temps de ranger les qualificatifs. Parce qu’il importe maintenant de gouverner ensemble. Et de reprendre la construction de Genève, là où elle semble s’être arrêtée… il y a des décennies déjà.


Grégoire Barbey

23:51 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

21/09/2013

La très probable stratégie de Pierre Maudet

Chronique, 21.09.13

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Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité a bien des chances d'être désigné président du
Conseil d'Etat pour la nouvelle législature. Petit tour d'horizon d'une stratégie vraisemblable.

 

Les candidats Antonio Hodgers, Thierry Apothéloz et Serge Dal Busco ont cette semaine leur portrait dans L’Hebdo. Ils peuvent être potentiellement élus le 10 novembre, à la fin du second tour pour l’élection au Conseil d’Etat. Hormis cet argument éditorial, ils ont aussi tous trois un ami commun. Je n’irai pas par quatre chemins: il s’agit de Pierre Maudet. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus pour le gouvernement. Pourquoi mentionner leur affinité avec le chef du Département de la sécurité? Pour une simple et bonne raison: il y a derrière une stratégie.

 

Tout d’abord, il faut éliminer Luc Barthassat au second tour. Il représente un danger potentiel, à la fois en termes de popularité, et dans une moindre mesure s’agissant de sa capacité à tenir tête à Pierre Maudet. Cette exécution est a priori prévue pour l’assemblée des délégués démocrate-chrétiens qui se tiendra le 7 octobre. Comment l’écarter? Je ne le sais pas encore. J’ai néanmoins une certitude. Depuis le début, le conseiller national dérange. Il suffit de voir que l’appareil de parti du PLR soutient corps et âme Serge Dal Busco, tout en se gardant bien d’en faire autant pour son colistier.

 

Si les trois candidats mentionnés sont élus, à savoir Antonio Hodgers, Serge Dal Busco et Thierry Apothéloz, Pierre Maudet aura une majorité (quatre sur sept) de conseillers d’Etat qui voteront en sa faveur pour la présidence du gouvernement. La nouvelle constitution prévoit en effet la création d’un Département présidentiel, lequel sera dirigé par la même personne durant toute la durée de la législature. Le texte ne précise cependant pas si la désignation du président se fait à la majorité absolue de ses membres ou si une majorité relative suffit. Quoi qu’il en soit, c’est François Longchamp qui est pressenti pour occuper ce poste durant la période 2013-2018.

 

Toutefois, Pierre Maudet ferait d’une pierre deux coups en réussissant à être élu président du Conseil d’Etat. Il tuerait à la fois le père, François Longchamp, et obtiendrait un poste qui lui octroierait une légitimité accrue pour son objectif de toujours: être élu au Conseil fédéral. On se souvient en 2003 l’élection de Micheline Calmy-Rey. Elle avait occupé le Département genevois des finances jusqu’en 2002. De tous temps, les Finances ont toujours été un tremplin pour atteindre un but plus élevé. L’exemple le plus frappant est Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Il était alors ministre des Finances de la République française.

 

Mais les finances, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Pierre Maudet. La présidence du Conseil d’Etat, par contre, offre à notre ministre de la Sécurité tous les atouts pour faire de lui l’homme providentiel qui en 2018 pourra peut-être déjà (on ne peut que spéculer à ce stade) lui valoir une élection au Conseil fédéral. Certains me rétorqueront que c’est trop vite. Mais pas tant que ça. A ce moment-là, Pierre Maudet aura 40 ans. Ce n’est pas trop jeune pour être élu au gouvernement fédéral. D’autres y sont arrivés avant. Citons Ruth Metzler, élue à 35 ans, Jakob Stämpfli à 34 ans et Numa Droz à 31 ans. Rien n’arrive jamais trop tôt pour Pierre Maudet.

 

Subsiste néanmoins l’inconnue concernant Luc Barthassat. Nul doute qu’il aura le 6 octobre suffisamment de voix pour passer le cap du second tour, et probablement figurera-t-il devant Serge Dal Busco. Comment donc le PDC, et dans l’ombre le PLR, pourra justifier le retrait d’une locomotive comme Luc Barthassat au profit d’un suiveur? La question se pose et je n’ai malheureusement aucune réponse à fournir. Mais gardons les yeux ouverts, car ce second tour sera jonché de peaux de banane pour certains candidats. La campagne est tranquille actuellement. Le calme avant la tempête.

 

Grégoire Barbey

12:22 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

20/09/2013

L'honneur de participer à la communauté

Chronique, 20.09.13

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Genève. N'oubliez pas d'accomplir votre devoir le 6 octobre et participez à cette grande
aventure qu'est la démocratie. Ensemble, nous pouvons faire avancer notre société. Agissez!


Chers amis genevois, chères amies genevoises,

Comme vous le savez, il reste deux semaines avant les élections cantonales. Le 6 octobre, vos voix compteront. Contrairement aux autres, je ne vais pas vous dire pour qui voter. C'est à vous et à vous seuls d'en décider. Faites-le en votre âme et conscience. Mais de grâce, votez! Si vous ne le faites pas, comment pourrez-vous vous plaindre de la situation? Comment pourrez-vous vous sentir acteur de notre société? N'est-ce pas justement par l'acte de donner sa voix pour tel ou tel candidat qu'un citoyen accomplit à la fois son devoir et veille à ses intérêts?



Voter, ce n'est pas simplement glisser par dépit une enveloppe dans l'urne ou dans la boîte aux lettres la plus proche de chez vous. C'est faire un choix, et ce n'est pas n'importe lequel: la décision que vous prendrez pourra influencer le contexte politique de Genève pendant toute une législature, soit 5 ans selon la nouvelle constitution. Ne renoncez pas à exercer votre droit et votre devoir par ras-le-bol. C'est le meilleur moyen de laisser la place à ceux que vous ne voulez pas voir. Voter, c'est décider qui des citoyens qui se présentent à ces élections sera habilité à représenter vos intérêts. C'est aussi mandater ces personnes pour respecter votre identité, et vos besoins.



La démocratie est un contrat passé entre le peuple et ses représentants. Si vous ne le paraphez pas, comment pouvez-vous être lié contractuellement? Votez donc, mes amis, mes amies. Il s'agit d'un moment crucial, car à chaque nouvelle législature, les cartes peuvent être redistribuées, les majorités peuvent évoluer, voire changer drastiquement. Encore une fois, je ne vous dirai pas pour qui voter. De mon côté, mes choix sont faits. Et qu'importe si ma voix compte pour beurre au final. J'aurai accompli mon devoir, et à défaut de voir élire celles et ceux pour qui j'ai voté, j'aurai la satisfaction de n'être pas resté passif face à mes responsabilités de citoyen.



Alors mes chers amis et mes chères amies, vous qui me lisez, si vous êtes en âge de voter, ne passez pas à côté de cette chance. En regard de bien d'autres pays à travers le monde, vous êtes privilégiés. Par respect pour celles et ceux qui ne peuvent choisir, faites-le. Agissez en véritables acteurs de votre société, et ne laissez pas les autres décider à votre place. Prouvez qu'en Suisse, nous méritons ce luxe dont nous sommes bénéficiaires. Si vous le faites, alors j'aurai accompli bien plus que mon devoir. Peu m'importe quel sera votre choix, pour autant que vous prenez la responsabilité d'en faire. Rien ne me ferait plus plaisir que de voir cette année grimper le taux de participation. Réalisez mon souhait, et protégez vos intérêts.



Le 6 octobre, je vous sais gré de voter, pour votre bien et celui de vos proches et enfants!


Grégoire Barbey

09:44 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

19/09/2013

Débat malheureux mais nécessaire

Chronique, 19.09.13

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Peine de mort. La guillotine était majoritairement utilisée en Suisse pour les condamnés
à mort. Abolie une première fois en 1874, elle a été réintroduite en 1879 par voie de référendum.

 

Il y a très exactement 32 ans et un jour, le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale en France votait l’abolition de la peine de mort sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter. En Suisse, la peine de mort a été abolie une première fois en 1874, puis réintroduite à la suite d’un référendum en 1879, accepté avec 52,5% des voix. Finalement, le peuple adopte un nouveau code pénal en 1938 (entré en vigueur en 1942) qui comprend notamment l’abolition de la peine capitale pour les crimes de droit commun. Subsistera jusqu’en 1992 la peine de mort dans les tribunaux militaires. Durant la Seconde guerre mondiale, 17 membres de l’armée suisse ont été fusillés pour trahison.

 

En 1979, une initiative parlementaire propose de réintroduire la peine capitale pour l’assassinat et la prise d’otages. Le Conseil national la rejette par 131 voix contre 3. En 1985, une initiative populaire pour réintroduire la peine de mort pour les trafiquants de drogue ne réunit pas les signatures requises pour être validée et soumise à votation. En 2010 enfin, une nouvelle initiative populaire proposant de rétablir la peine capitale dans certains cas précis est retirée quelques jours après avoir été validée par la Chancellerie fédérale. On le voit, cette thématique refait ponctuellement surface au sein de la population en Suisse.

 

Elle revient généralement en réaction à un tragique événement. Le meurtre d’Adeline ne fait malheureusement pas exception à cette règle. La peine de mort est présentée aujourd’hui comme la seule solution pour mettre fin à la récidive. Jean-Luc Addor, député valaisan et membre de l’UDC, disait d’ailleurs sur Infrarouge qu’un mort ne peut pas récidiver. Bravo à lui pour cette démonstration logique de haut vol. René Descartes et Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe respective… Enfin, les arguments manquent souvent de portée pratique pour justifier une telle réintroduction dans nos dispositions pénales.

 

La justice est faite par des Hommes, elle est donc faillible. Le problème d’un mort, c’est qu’il est… mort. Un retour en arrière est donc tout simplement impossible. Considérer qu’une manière expéditive est forcément la meilleure solution est une drôle de conception de la justice et de son présupposé, l’Etat de droit. De surcroît, octroyer à l’Etat le droit de vie ou de mort est une façon singulière de considérer la liberté. Sachant qu’aucune corrélation directe n’a jamais été établie entre la courbe de la criminalité et la peine de mort comme effet dissuasif, parler de prévention est malhonnête… Je considère néanmoins qu’il est positif de relancer le débat sur le sujet. Et j’accepterai d’en débattre aussi souvent qu’il le faudra, parce que je suis convaincu qu’une telle mesure est totalement contraire à l’intérêt général. Ainsi, je me réjouis de croiser le fer avec celles et ceux qui pensent que c’est une bonne solution. Pour autant qu’ils aient des arguments…

 

Grégoire Barbey

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17/09/2013

Sébastien Desfayes: la doctrine social-libérale

Interview, 17.09.13

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Sébastien Desfayes. L'avocat et juge suppléant au Tribunal civil s'est lancé dans la course
au Grand Conseil sur la liste PDC. Il est vice-président de la section Ville de Genève.

 

Sébastien Desfayes est avocat et associé de l'Etude Perréard de Boccard. Il assume également la fonction de juge suppléant au Tribunal civil de Genève. A 42 ans, il a décidé de prendre part aux élections au Grand Conseil sur la liste du Parti démocrate-chrétien (PDC). Très actif, il gère également la communication pour la campagne de son parti et occupe la fonction de vice-président de la section Ville de Genève. A l'occasion de sa candidature, il a accepté d'en dire un peu plus sur son engagement et sa personnalité. Entretien.

 

Pourquoi le PDC?
Vous devriez reformuler la question: pourquoi pas le PDC? S'il existe un parti dans lequel tout le monde doit se reconnaître, c'est bien celui-là. Les résultats des votations démontrent, tant sur le plan cantonal que fédéral, que 80% des Suisses approuvent les propositions soutenues par le PDC. Par ailleurs, j'avais 20 ans quand Jean-Philippe Maitre était conseiller d'Etat. C'était une personne que j'admirais. Il m'a vraiment donné envie de m'engager en politique et d'être un démocrate-chrétien. Je me reconnaissais et je me reconnais toujours dans ses idées.


Mais qu'est-ce qui vous attire précisément au PDC?
Ce qui m’attire, c'est sa doctrine sociale-libérale qui prend en compte les nécessités économiques, tout en prenant soin de ne pas creuser les inégalités; mieux, de les réduire sans pour autant tomber dans une société égalitariste. Le PDC défend l'intérêt général. Et contrairement à ce que l'on pense, la plupart des partis ne le font pas: certains ne défendent pas le bien commun: beaucoup de partis sont en effet excluants, que ça soit par xénophobie, ou encore par la défense d'intérêts particuliers. Le PDC n'est pas le parti d'un dogme ou de lobbies. C'est un parti qui cherche à défendre les intérêts du plus grand nombre. C’est ce qui fait sa spécificité.



Quand vous dites que le PDC «cherche» à défendre les intérêts du plus grand nombre, c'est qu'il n'y arrive pas toujours?
C'est un parti charnière dans l'échiquier politique suisse et genevois. Il tente de rassembler les partis sur certains projets et il y parvient très souvent. Mais il est vrai qu'en raison de la polarisation croissante de la vie politique suisse, qui est soit dit en passant regrettable, il est de plus en plus difficile de créer le consensus sur des projets qui répondent pourtant à l'intérêt général. C'est malheureusement une vérité.



Qu'est-ce qui vous a amené à vous engager politiquement?
Plutôt que d’être une marionnette, je préfère être un acteur. On entend trop de gens qui se plaignent de la politique sans qu'ils ne prennent la moindre mesure pour remédier aux problèmes qu'ils invoquent. Moi je préfère directement tenter, à un échelon local, d'influer sur le cours des choses. C'est précisément pour cette raison que je me suis porté candidat au Grand Conseil.



Vous êtes avocat, comme beaucoup d'autres. Ne pensez-vous pas qu'il y en a trop en politique? Ne faudrait-il pas une représentativité plus large des corps de métier et des différentes sensibilités?
S’agissant de votre seconde question, oui c'est un fait: le Grand Conseil devrait être représentatif de la société en général, et refléter sa diversité, aussi sur un plan socio-professionnel. En revanche je remarque et déplore que les avocats sont beaucoup moins représentés aujourd'hui au Grand Conseil qu'ils ne l'étaient il y a de cela à peine trente ans. C'est bien dommage parce que les avocats maîtrisent les lois et sont au contact direct de la population et des entreprises. De ce fait, Ils connaissant bien les préoccupations et les besoins de l'ensemble de la société, ce qui est capital quand il s’agit de proposer des projets législatifs pertinents. 


Est-ce qu'il y a un sujet qui vous tient particulièrement à coeur?
La défense du tissu économique genevois, ce qui inclut les grandes entreprises comme les petites et moyennes. On ne peut pas opposer les PME aux multinationales. Les unes dépendent directement des autres. Ces cinq prochaines années seront capitales pour les entreprises du Canton. Par exemple, l'abolition des régimes fiscaux spéciaux nécessitera une refonte totale de la fiscalité genevoise des entreprises. C'est la mère de toutes les batailles. Car tout dépend à Genève de la vigueur de l'économie. L'Etat dépense beaucoup d'argent, il faut bien qu'il ait des ressources. C'est tout le principe du social-libéralisme que j'évoquais au début de notre entretien. 


Qu'est-ce qui vous différencie des autres candidats?
Les 475 candidats sont tous différents. C'est donc difficile pour moi de dire ce qui me différencie d'eux. Mais je pourrais vous parler volontiers de mes qualités: je pense être une personne courageuse: le courage est une vertu que l'on ne retrouve pas à chaque coin de rue. J'ai aussi une véritable passion pour la politique, mais sans qu'elle ne constitue pour moi un gagne-pain ou une raison d'être.


Et votre raison d'être, quelle est-elle?
Essayer dans la mesure du possible d'être heureux et de faire en sorte que les gens autour de moi le soient.

Qui ne serait pas d'accord avec vous sur ce sujet?
Tout le monde serait en accord avec moi à ce propos. Reste à savoir si c'est toujours appliqué dans les actes.

 

Interview: Grégoire Barbey

11:25 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

15/09/2013

Douloureuse faillite d'un système et d'un idéal

Chronique, 15.09.13

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Horreur. Nous sommes tous témoins de la faillite d'un système. A la fois pénal et idéal.
Il convient aujourd'hui de prendre suffisamment de recul pour tirer les conclusions de ce drame.

 

Une tragédie, quelle qu’elle soit, est par nature toujours de trop. Il n’y a pas à tergiverser là-dessus. Le meurtre de cette éducatrice est abominable et inexcusable. Cet événement d’une rare tristesse met en avant certaines faiblesses du droit pénal suisse, régit sur le plan fédéral, et de la justice pénale. Oui, qu’un violeur multirécidiviste puisse se retrouver en liberté quelques années après sa condamnation est tout bonnement inacceptable. Qu’il lui soit permis en plus de sortir en n’étant encadré que d’une femme, c’est tout simplement incompréhensible. L’horreur a soudainement traversé le cœur d’une famille et de centaines de milliers de Suisses unis dans la douleur. Nous sommes tous frappés par un sentiment d’impuissance et d’injustice. Oui, la société et son système ont failli.

 

Peut-être ont-ils pêché par trop de confiance dans l’être humain. Peut-être avons-nous tous le désir, pour certains inavouable, de croire qu’il y a au fond de chacun de nous la possibilité de nous améliorer. D’expier nos fautes et de retourner sur le droit chemin. Celui qui ne nuit pas à la communauté, qui respecte les lois et l’intégrité des citoyennes et citoyens. C’est cet idéal, en partie issu de notre culture judéo-chrétienne, qui nous conduit parfois à l’extrême opposé de nos objectifs. La société porte aujourd’hui le fardeau d’un échec, une terrible erreur que nul n’a souhaité et qui, cruelle fatalité, s’est malgré tout produite. Qui a fauté? Est-ce vraiment la bonne question? Nous portons tous notre part de responsabilité. Nous sommes des humanistes.

 

Par cette grande idée de l’être humain, nous avons permis à une âme égarée, dévorée et malade de perpétrer plusieurs crimes. Des viols et enfin un meurtre. Comment ne pas ressentir à la fois colère et culpabilité? Tous, nous faisons partie intégrante de ce système. Nous votons les lois qui régissent notre communauté. Nous élisons nos représentants chargés de les appliquer. Oui, c’est la triste faillite d’un système volontariste et idéaliste. Le droit pénal et la justice ont échoué. Non par excès de confiance, mais par amour de l’Homme. Je ne crois pas qu’il faille précipiter les mesures à prendre pour corriger cette anomalie. Nous devons déjà commencer par nous recueillir. Toute une population se trouve aujourd’hui réunie dans un même deuil. Nous pleurons une femme et nous déplorons notre système.

 

Comme toutes mes concitoyennes et concitoyens, j’ai mal au cœur. La nausée me traverse et l’incompréhension me submerge. L’impuissance est un sentiment profondément désagréable. J’ai mal qu’une personne paie de sa vie pour mettre le doigt sur la faille de notre droit pénal et notre justice. Mais l’heure n’est pas à la démesure. Il est temps de panser cette plaie et de réfléchir raisonnablement aux conclusions à tirer de ce crime sordide. Je suis tombé par hasard sur une page Facebook appelant à rétablir la peine de mort en Suisse. Près de 10'000 adhérents. Je comprends ce sentiment de colère. Je ne le comprends que trop bien pour être honnête. Est-ce pourtant la bonne solution? Notre société doit-elle reculer d’un pas parce qu’il y a dans l’âme humaine une barbarie qu’il nous est difficile de cerner? Est-il souhaitable de pratiquer nous-mêmes, en mandatant l’Etat, ce que nous condamnons auprès des individus?

 

Donner le droit à la justice de décider de la vie et de la mort des administrés, c’est tenir soi-même un peu le fil de l’épée qui tranche une existence. C’est se salir les mains tout en reprochant cela aux criminels. La justice pénale doit être plus ferme. Les peines doivent être allongées, c’est certain. Et les évaluations devront probablement être revues. En tant que société, nous devons peser le pour et le contre. Certains criminels sont peut-être mieux isolés loin des autres pour la sécurité de tous. Peut-être faut-il effectivement sacrifier un peu de notre idéal, de nos croyances séculaires, pour protéger le plus grand nombre. C’est un geste que j’accepterais, parce qu’il convient de mesurer le prix de chaque décision. Risquer la vie des citoyens, je ne puis l’admettre. Mais autoriser le crime d’Etat légitimé, je ne puis m’y résoudre. Comme pour vous, cette situation m’est insoutenable. J’aimerais pouvoir proposer une solution parfaite, pour régler tout ce problème qui se pose depuis les prémices des sociétés.

 

Je n’ai malheureusement pas la science infuse, ni Dieu pour me chuchoter à l’oreille. J’ai cependant une conviction: certains boulons de notre édifice sociétal doivent être remplacés par d’autres. Il y a un mécanisme qui a failli, et nous savons visiblement lequel. Tous, citoyens et politiques, concertons-nous pour y remédier. J’accepte qu’il y ait des gens favorables au rétablissement de la peine de mort. Mais je ne partage pas leur solution. Elle ne m’apparaît pas suffisamment sévère, et elle octroie un pouvoir trop important pour une justice faite par les hommes, ceux-là même qui faillissent. Oui, une peine de privation de liberté longue, de plusieurs décennies, voire à vie: voilà une véritable sentence. C’est aussi une mesure qui protège la communauté. La répression n’est pas une fin en soi. Il faut également penser à la protection des individus. Punir proportionnellement, certes, mais le faire en ayant à l’idée qu’il faut avant tout réduire les risques de récidive. Et peut-être est-il temps de songer à un internement à vie de certains types de criminels. Parce qu’il y a malheureusement des idéaux qui se heurtent violemment à la réalité. Et que le prix à payer est bien trop élevé.

 

Grégoire Barbey

23:14 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | | | |