Gregoire Barbey

20/02/2014

La mauvaise communication de l'économie

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Associations économiques. Les campagnes menées par Economiesuisse et consorts n'ont
fait dernièrement que tracer des lignes de front. Une nouvelle communication doit émerger.

 

L’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» est le troisième échec consécutif des associations économiques et patronales face au verdict des urnes. Il y a d’abord eu la Lex Weber et sa limitation des résidences secondaires, puis l’initiative Minder pour «rendre le pouvoir aux actionnaires» et supprimer les golden parachutes et enfin le scrutin du 9 février. Economiesuisse a annoncé aujourd’hui avoir choisi Monika Rühl, actuelle secrétaire générale du Département fédérale de l’économie, pour remplacer Pascal Gentinetta à la tête de la fédération. Est-ce que cette désignation améliorera la manière dont les associations économiques et patronales font campagne lorsqu’une initiative revêt de potentielles conséquences pour l’économie? On est en droit de s’interroger.

 

La dernière campagne en date, pour s’opposer au contingentement de l’immigration (voir illustration), fait réfléchir. Les différentes associations et fédérations qui soutiennent l’économie ont fait savoir leur opposition tambour battant. Leur message, qu’ils ont martelé des mois durant, était simple: l’initiative UDC menace la prospérité de la Suisse. J’en suis le premier convaincu. Toutefois, on est légitimement en droit de s’interroger sur l’impact d’un tel discours. A part conforter les défenseurs de l’économie dans leur position, cette façon de communiquer a plutôt un effet négatif sur celles et ceux qui ne font pas partie des habituels soutiens de la place économique suisse. J’entends par-là des citoyens lambda, loin de la politique et de ses arcanes, qui ont généralement peu d’intérêt pour les messages prononcés par les associations économiques et patronales.

 

Ces personnes – et j’en connais beaucoup – ont par habitude le réflexe de considérer ces associations comme défendant les plus riches. Même si cette perception est biaisée, il importe néanmoins de la prendre en considération lorsqu’on défend l’économie. J’ai souvent l’impression, et cela ne vaut pas uniquement pour Economiesuisse et consorts, qu’on a tendance en Suisse à faire campagne de façon très marquée. On cultive la guerre de tranchée, à gauche comme à droite, pour véhiculer ses valeurs et ses idées. Plutôt que de tenter de convaincre les indécis, on dessine une ligne sur le sable et chacun s’affronte de façon traditionnelle. Je me souviens qu’il y a quelques mois, l’entrepreneur et libéral convaincu Michel Balestra citait sur son profil Facebook ces mots d’Alexandre Dumas: «Ne discutez jamais, vous ne convaincrez personne. Les opinions sont comme les clous; plus on tape dessus, plus on les enfonce». Cette phrase vaut uniquement lorsqu’on trace des lignes de front et qu’on s’y tient.

 

En utilisant des éléments de langage propres à l’économie, c’est-à-dire un jargon spécialisé, les associations économiques et patronales n’atteignent pas leurs cibles, qui ne doivent pas être celles et ceux qui sont déjà convaincus, mais les autres, et particulièrement les indécis. La première impression que donnent les milieux économiques politisés, c’est de défendre les inégalités, même si c’est un système qui est défendu et non les abus de celui-ci. Il faut vraiment considérer cette réalité pour affronter les prochaines échéances électorales. En mai, les Suissesses et les Suisses sont appelés à voter sur l’instauration d’un salaire minimal généralisé. Si les associations économiques et patronales utilisent à nouveau les habituelles mises en garde («cette initiative menace la prospérité», «l’économie ne peut pas supporter cette réglementation» etc.), il y a fort à parier que l’économie perdra cette votation. Et ce n’est franchement pas ce que je souhaite à titre personnel.

 

Les milieux économiques doivent s’interroger sur leur manière de mener des campagnes politiques. Sur la communication globale. Sur les choix, sur les stratégies. Je ne dis pas ça en tant qu’opposant à l’économie. Je défends moi-même un système libéral. Je le dis car j’aimerais voir les associations économiques et patronales remporter des victoires. Des victoires qui, depuis quelque temps, manquent cruellement au palmarès de l’économie. Je suis persuadé qu’avec une communication revisitée, les campagnes politiques auraient un tout autre impact sur l’opinion publique. Mais pour cela, il est nécessaire de se remettre en question. On espère que la nouvelle directrice d’Economiesuisse aura le courage de mener à bien cette introspection.

 

Grégoire Barbey

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12/02/2014

L'ère d'instabilité juridique pour l'économie

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Relations bilatérales. La Suisse doit faire face à un climat juridique très instable. La réforme
de la fiscalité des entreprises et la fin de la libre circulation en sont les causes principales.

 

On ne reviendra pas sur le résultat de dimanche. Toutefois, je m'inquiète de l'instabilité juridique qui règne en Suisse depuis déjà plusieurs mois. Cette transition entre accords bilatéraux et décision de l'Union européenne ne va pas améliorer le contexte pour nos entreprises basées sur le territoire. Il faut se souvenir, et cela n'a pas été redit depuis le scrutin, que la Suisse doit formellement décréter l'abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises cette année, avec une période transitoire censée s'étendre jusqu'en 2018 pour l'application des nouveaux standards fiscaux en la matière. Le manque de visibilité qui en découle est évident: les entreprises ne savent pas à quelle sauce elles vont être mangées. Taux unique d'imposition? Promotion des IP-box?


Et maintenant un climat délétère entre l'Union européenne et la Suisse dans ses accords bilatéraux qui permettent à notre économie un accès (pas total, précisons-le) au marché unique européen. Quelles en seront les conséquences? A priori, les premières annonces laissent à penser que notre partenaire ne nous claque pas la porte au nez et entend nous offrir une marge de manœuvre. Mais tout de même: le gel des négociations à propos de l'accord bilatéral sur l'électricité, et la possible suspension des subventions à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) sont des mesures qui s'avéreront douloureuses pour notre économie. Rien n'est encore inscrit dans le marbre pour l'heure, si ce n'est le résultat définitif de la votation sur l'immigration de masse.


Le pire, c'est l'incertitude. Les marchés financiers peuvent en témoigner, eux qui sont si volatils face à la moindre annonce de la Réserve fédérale américaine en lien avec sa politique monétaire. La Suisse a toujours connu jusqu'ici une stabilité juridique exemplaire. Récemment toutefois, trois initiatives ont passé la rampe de la majorité et remettent en question cette stabilité: les initiatives dites Minder et Weber et la dernière en date contre l'immigration de masse. Ces trois scrutins ont créé à eux seuls un manque de visibilité encore inconnu dans nos contrées.


Des pays, comme le Royaume-Uni et le Luxembourg, sont venus démarcher nos entreprises sur notre propre territoire pour leur proposer des conditions plus favorables. Est-ce cela que nous voulons vraiment pour notre avenir? Je ne le pense pas. Il ne s'agit pas ici de céder au catastrophisme. Nous devons toutefois appeler un chat un chat. Et le contexte n'est plus aussi favorable à un développement économique serein. Tout ce que nous pouvons faire, aujourd'hui, c'est compter sur nos négociateurs et l'équipe de diplomates du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Sans pour autant ne pas songer à d'éventuelles solutions pour stabiliser nos relations avec l'Union européenne. Toute contribution serait la bienvenue. A ce titre, je salue ici la réactivité de Fathi Derder, qui a déjà proposé quelques pistes (bonnes ou mauvaises, ce n'est pas le sujet) pour appréhender l'après 9 février 2014. Faisons de même.


Grégoire Barbey

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10/02/2014

La nouvelle aube des pro-européens

Article également disponible sur le site du Nouveau mouvement européen suisse (Nomes)

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Le peuple suisse a accepté l’initiative UDC «contre l’immigration de masse» à une très courte majorité (avec un écart inférieur à 20'000 voix). Les vainqueurs chantent déjà en chœur la fin de la politique européenne du Conseil fédéral. Une oraison funèbre qui n’a pas lieu d’être. Le rêve européen de la Suisse n’est pas mort: il n’est même pas encore né. Aujourd’hui, tous ceux qui, comme nous, sont favorables à un rapprochement de la Confédération et de l’Union européenne prennent acte d’un sentiment têtu chez les Suisses. L’indépendance à tout prix. La peur de ne pas pouvoir compter parmi les puissants. Les besoins de se démarquer impérativement de ce grand ensemble qui, selon eux, ne peut faire qu’une bouchée de notre petit pays. Dans son ouvrage «La Suisse que je souhaite», l’ancienne ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey résume bien ce sentiment d’infériorité vécu comme inéluctable par nos compatriotes. Ils sont si sûrs que la Suisse n’a pas d’arguments, qu’ils sont prêts à se replier sur eux-mêmes plutôt que de tenter un partenariat plus actif. La Confédération a pourtant bien des avantages concurrentiels à faire valoir.

 

Sa situation géographique en fait un partenaire essentiel pour une grande partie des Etats membres. Traverser la Suisse est une nécessité pour bien des échanges commerciaux entre pays de la Zone euro. Ses exportations, la qualité de ses produits, sa culture de la gestion des conflits, le grand dynamisme de son économie, en font un allié naturel de l’Europe et de sa construction. Cette dernière n’est pas achevée, loin s’en faut. Nombreux sont ceux qui rêvent d’une Union européenne basée sur un modèle similaire aux Etats-Unis. Nous partageons tous l’idéal de Denis de Rougemont. Une Europe qui intègre l’ensemble de ses Etats membres, comme la Confédération l’a fait avec ses nombreux cantons. Tout cela est possible, même si nombreux sont ceux aussi qui nient toute possibilité d’évolution du système institutionnel de l’Europe. C’est une erreur. Et nous ne pouvons pas rester en-dehors en attendant que l’Union européenne réponde à nos attentes. Nos partenaires ont un grand respect pour la Suisse. Ils reconnaissent aussi volontiers la méconnaître, ne pas la comprendre, être étonnés qu’un tel système démocratique puisse exister et durer depuis plus d’un siècle.

 

Comment pouvons-nous espérer raisonnablement améliorer nos relations avec l’Union européenne, et la compréhension de nos mécanismes politiques, si nous refusons tout rapprochement (sans même parler d’une quelconque adhésion)? Nous sommes perdants à plus d’un titre. Notre incapacité à faire entendre nos points de vue nous pousse à devoir accepter des accords qui ne nous sont pas toujours pleinement favorables. Notre entêtement à ne pas collaborer avec davantage de bonne volonté agace nos voisins, qui ont eu jusqu’ici la conscience de leurs intérêts bien compris comme garde-fou à une rupture du partenariat Suisse-UE. Mais pour combien de temps? Est-ce que dénoncer un accord est la meilleure façon de pérenniser nos relations avec l’Union européenne? Sachant que ses effets négatifs pouvaient être corrigés sans remettre en cause l’existence dudit accord… La réponse qui en découle est évidente. Nos compatriotes suisses craignent l’Europe, et nous ne sommes pas en mesure de les condamner pour cette peur: c’est un sentiment. C’est à ceux qui, comme nous, sont convaincus des avantages indiscutables d’une collaboration en bonne intelligence avec l’Union européenne qu’incombe le rôle de rassurer les Suissesses et les Suisses. C’est aux pro-européens à leur montrer qu’il existe une alternative autre qu’une fin de non-recevoir à toute proposition de nos partenaires. Il faut que nous prenions nos responsabilités et que nous travaillions main dans la main pour abattre les frontières entre les pro-européens et les eurosceptiques. Vingt-deux ans de politique anti-européenne n’ont que trop duré.

 

Les pro-européens doivent reconquérir leur espace de parole. Ils doivent monter au front avec force, conviction, ne plus se laisser intimider par une opinion publique défavorable. On ne bâtit pas de grands monuments qu’en période de beau temps. Il faut parfois braver les intempéries pour être en mesure de poser les premières pierres. Et c’est justement ce qui a manqué à ces deux décennies qui ont suivi le refus de l’adhésion à l’Espace économique européen en 1992. Deux décennies où l’Europe a été un mot grossier. Ce nouvel échec des partisans de l’Union européenne est la démonstration qu’une absence prolongée des tribunes médiatiques et du terrain ne peut constituer les prémices d’une conquête de l’opinion publique. Ce 9 février ne doit pas être interprété comme un nouveau dimanche noir. Nous devons au contraire le porter aux nues et remercier les détracteurs de l’Europe qui enfin nous réveillent et nous rappellent à nos obligations. Ce n’est pas un dimanche noir, c’est le lever d’une aube nouvelle. Pleine de promesses. Il ne tient qu’à nous d’avoir le moyen de de nos ambitions. Unissons-nous. Montrons le chemin. Cette votation pourrait signer une renaissance plutôt qu’être un signal funeste. Affirmons-nous, et nous réussirons. Dispersons-nous, et la Suisse demeurera isolée. Nous sommes maîtres de notre destin.

 

Grégoire Barbey

10:50 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Politique internationale, Suisse | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

18/01/2014

Démocratie et démographie: qui domine qui?

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Nos démocraties vieillissantes entrent aujourd’hui dans une nouvelle phase de leur existence: pour des raisons multiples, la population peine à se renouveler en Europe (à part la France qui fait figure d’exception en la matière). Ces dernières décennies, les innovations dans le secteur de la santé et l’acquisition d’une compréhension beaucoup plus large du fonctionnement humain a permis d’allonger de façon conséquente l’espérance de vie des citoyens occidentaux. Ces deux facteurs, l’allongement de la durée de vie et la baisse du taux de fécondité, créent une situation à laquelle nos systèmes politiques n’ont pas été préparés. Au Japon, la population (environ 127 millions d’habitants) recule de près d’un million d’individus par année, soit l’équivalent de quatre bombes d’Hiroshima par an. Ce contexte dure déjà depuis 2005, et selon les estimations, la population japonaise aura diminué de 37 millions d’habitants en 2050, soit une baisse de 35% en 45 ans.

 

En Suisse, le taux de fécondité est estimé à 1,4 enfant par femme. Il est établi qu’une population ne se renouvelle pas en-dessous d’un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. La France se situe quant à elle aux alentours de 2,05, mais fait figure d’exception en Europe. Notre pays verrait sa population décroître si l’immigration ne corrigeait pas cette carence en natalité. Dans certains pays, les décès sont supérieurs aux naissances. Nous n’en sommes heureusement pas encore là en Suisse. Toutefois, cette réalité pose des questions qui sont à mon sens légitimes et pourtant trop peu traitées. D’autant plus qu’aujourd’hui, les perspectives de l’évolution démographique en Occident (selon l’OCDE) ne vont pas aller en s’améliorant. Or, la Suisse est basée sur un système politique (la démocratie semi-directe) qui donne à chacun des citoyens (qui ont la nationalité et l’âge de voter) une voix à faire valoir dans les urnes.

 

Cette capacité d’exprimer son opinion à travers son vote est évidemment très précieuse. Chacun doit, dans la mesure du possible, s’intéresser à ce qu’il se passe en Suisse et voter lorsqu’il s’agit de le faire. Dans les faits cependant, la situation n’est pas aussi idéale: les moins de 30 ans votent beaucoup moins et s’intéressent encore peu aux instances politiques et aux choix qui sont faits. Certes, ils sont nombreux à participer. Mais face aux plus âgés, ceux qui ont plus de 50 ans, la proportion des moins de 30 ans est largement sous-représentée dans les urnes. Cette faible représentation des jeunes générations a des conséquences. Les intérêts de ma génération, qui a entre 18 et 30 ans aujourd’hui, ne sont pas les mêmes que ceux d’une génération qui a maintenant atteint l’âge de la retraite. Quelle différence? Les uns sont actifs, et ont donc besoin de revenus suffisants pour subsister et constituer, si possible, un patrimoine pour fonder une famille (par exemple) ou pour créer une entreprise. La part de la population qui a plus de 60 ans a des besoins différents.

 

Ayant pour la plupart acquis un patrimoine plus ou moins important selon les cas individuels, leurs intérêts sont bien sûr de ne pas le dilapider trop rapidement afin que ces personnes puissent vivre correctement leur retraite et, dans la mesure du possible, donner ce qu’il reste à leurs enfants. De ce point de vue-là, un jeune ne votera pas nécessairement de la même manière qu’une personne sensiblement plus âgée pour de simples raisons de situation personnelle. Les actifs aiment à voir leurs revenus progresser (et ont donc généralement besoin d’une inflation stable qui permette de générer des crédits remboursables sans trop de difficulté). Les rentiers, de leur côté, préfèrent que leur patrimoine demeure le plus longtemps possible. Pour cela, leurs placements doivent être rentables. Ce qui nécessite, dans l’idéal, une moindre inflation. Sans entrer dans des considérations plus techniques encore, il convient d’émettre un constat, qui inévitablement suscite des questions: les intérêts des jeunes actifs diffèrent clairement des retraités.

 

Partant de cette réalité, et sachant que les jeunes actifs sont beaucoup moins représentés dans les urnes que leurs aînés retraités, des questions se posent d’elles-mêmes, sans pour autant trouver de réponses adéquates. Si les jeunes ne votent pas ou très peu, comment la politique de notre pays, et de chaque canton, peut-elle être influencée dans l’intérêt de cette catégorie d’âge? Et dans quel but nos représentants politiques doivent s’attacher aux intérêts des plus jeunes quand leur électorat est composé d’une classe d’âge supérieure? En somme, si les intérêts des plus nombreux à voter se situe dans le maintien d’un patrimoine rentable, quand les actifs ont besoin au contraire d’une situation financière qui leur permette d’investir et générer des crédits remboursables sans trop de contraintes, n’est-ce pas un déséquilibre total entre générations?

 

La plupart des crédits n’étant pas indexés sur l’inflation, si celle-ci progresse raisonnablement sur la durée, les jeunes actifs sont en mesure de rembourser leurs créances avec moins d’argent (puisque la somme à rembourser – avec intérêts – demeure la même et que l’argent, avec une inflation stable, vaut moins). Mais pour les rentiers, ceux qui possèdent une bonne part des créances (via des biens mobiliers et/ou immobiliers), cela revient à être payé en monnaie «de singe». Il est plus intéressant pour eux que la monnaie garde une valeur équivalente plusieurs années plus tard, cela rentabilise leurs actifs et génère évidemment des plus-values appréciables. Bien sûr, tout ce qui précède ne constitue qu’un exemple (probablement le plus parlant) des divergences d’intérêts entre génération. Il ne s’agit pas ici de dénoncer les personnes à la retraite ou rentières, car comme tout individu sensé, elles agissent en adéquation avec leurs intérêts. L’objectif est plutôt de démontrer la corrélation entre la démocratie et la démographie.

 

Des questions se posent donc. Est-ce que ce différentiel entre jeunes actifs et retraités constitue les limites de notre système, ou peut-on, par des politiques volontaristes, inciter les plus jeunes à prendre conscience qu’ils doivent aujourd’hui décider pour demain, qu’ils sont tenus de se poser eux-mêmes les questions que leurs parents se sont posées à leur âge? Je n’ai pas, pour l’heure, de réponse appropriée. Il importe néanmoins d’en parler car un tel débat, dans un pays comme le nôtre, a toute sa place et des solutions doivent être trouvées. Il faut bien comprendre que ce problème est réel et a des conséquences sur nos modes de vie. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les gens héritent plus tard (vers 50 ans en moyenne, quand la vie active est presque achevée). Les jeunes, à l’époque de nos aînés, pouvaient espérer sur un petit pécule pour démarrer dans la vie. Aujourd’hui, ma génération, et celle qui me précède, doit s’endetter pour investir dans des biens de première nécessité (immobiliers notamment). Tout cela a des conséquences. Que ça soit économique, ou simplement démocratique. Osons en parler.

 

Grégoire Barbey

20:31 Publié dans Air du temps, Economie, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

05/01/2014

Logements: quand les politiciens s'en mêlent

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Immobilier. Le marché genevois est continuellement bloqué. Des citoyens excédés ont créé
une page pour signaler les logements vacants au cas où ceux-ci seraient abusivement non reloués.

 

La page Facebook créée pour dénoncer la pénurie de logements à Genève à travers le signalement des appartements vacants depuis un certain temps fait recette: plus de 1100 membres en quelques jours. Si l'initiative est légitime et compréhensible – le taux de vacance s'est établi à 0,36% pour 2013 dans le canton –, certains politiciens ont déjà investi le groupe pour défendre leurs propres intérêts. D'autres, plus raisonnables, tentent d'établir les faits. S'il est tout à fait louable de tenter de trouver des réponses à des questions qui se posent depuis très longtemps, la démarche de quelques membres ressemble davantage à une croisade qu'à une véritable volonté de régler les défaillances du marché.

 

A titre personnel, je soutiens l'objectif premier de ce groupe de citoyens excédés. Mais ceux qui veulent utiliser ce «collectif» pour mener à bien leurs propres intérêts politiques n'ont rien à y faire. Accabler les propriétaires de tous les maux n'est pas la réponse souhaitée par les Genevoises et les Genevois. Ce qu'ils veulent, c'est une amélioration des conditions du marché. Ces politiciens qui instrumentalisent sans gêne un ras-le-bol citoyen feraient mieux de se poser pour eux-mêmes la question: ont-ils fait tout ce qu'ils pouvaient pour inverser la tendance? La réponse est évidemment non.

 

Non, car s'il y a dérive de la part de certains propriétaires, ils ne sont pas seuls responsables de cette situation catastrophique. La construction de logements est pratiquement impossible pour les communes. La faute à une fiscalité sur le lieu de travail, notamment, plutôt que sur le lieu de résidence. Pourquoi? Parce qu'il y a des communes qui créent beaucoup d'emplois et obtiennent donc davantage de recettes fiscales, leur permettant d'investir plus largement pour des infrastructures attractives et bénéfiques à ceux qui viennent y travailler. Quant aux communes avec peu d’emplois, elles n’obtiennent pas de fonds suffisants pour améliorer leur sort, quand bien même la péréquation financière intercommunale est censée atténuer ce désavantage.

 

On peut bien évidemment approfondir le sujet, chercher les coupables, les vouer à l’anathème. Est-ce que cela changera les choses? C’est fort peu probable. Il est bien plus efficace de cerner les causes et d’en annihiler autant que faire se peut les effets négatifs. Dénoncer les propriétaires, c’est un discours politique. Or cette page vise plutôt à signaler un problème, lui donner une importance médiatique, et tenter d’obtenir des soutiens de tous les milieux. Qu’il y ait des politiciens qui se jettent sur ce groupe tels des charognards n’est guère surprenant. Il convient toutefois de leur rappeler qu’ils ne sont pas non plus tout blanc (ni tout noir) dans la situation inextricable dénoncée par cette page.

 

Grégoire Barbey

14:11 Publié dans Air du temps, Economie, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

16/12/2013

Les élus sont de simples mandataires

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Politiciens. Le peuple confie un mandat aux citoyens qui obtiennent suffisamment de
suffrages sur leur liste. Les conditions du contrat sont connues grâce à l'étiquette partisane.


Le terme «élu» est-il galvaudé en Suisse? Induit-il un acquis alors qu'il n'est qu'éphémère pour les politiciennes et les politiciens qui obtiennent suffisamment de suffrages pour se voir confier un rôle législatif ou exécutif? Ne serait-ce pas l'idée de mandat populaire qui devrait prévaloir? En effet, le mandant (ici le peuple) est en quelque sorte l'employeur du mandataire (le politicien). La formulation «être un élu» a quelque chose de divin, or la démocratie est un système politique très concret, particulièrement tangible et aisément compréhensible. Il n'y a rien d'ésotérique dans une élection. Les citoyens votent selon leur sensibilité et tranchent. Ceux qui sont les mieux situés, en proportion des voix du parti (ou de la liste), remportent un mandat électif pour la durée de la législature.



Peut-être devrait-on davantage parler de mandats lorsqu'on pense au nombre de sièges qu'un parti (ou une liste) a obtenu lors d'une élection. En Ville de Genève, il y a plusieurs indépendants, des personnes qui ont été élues sur la liste d'un parti et qui, pour des raisons qui les regardent, ont fini par le quitter ou s'en faire exclure. Or, le mandat qui lui a été confié, stricto sensu, comportait l'étiquette partisane à laquelle il était rattaché. S'il n'est plus «labellisé» UDC, socialiste, PDC ou qu'importe, le mandataire se voit en réalité retirer son mandat: il n'est plus légitime à exercer une fonction qu'il a obtenue grâce à son appartenance à une formation politique. Si l'on veut s'affranchir des partis, il faut se présenter en indépendant: là seulement, le mandat sera réellement nominatif. Dans le cas contraire, il faut accepter les enjeux. D'ailleurs, les indépendants ne retrouvent souvent (ou ne veulent pas retrouver) un nouveau parti. Ils ne seront donc pas réélus lors des prochaines échéances électorales.



Conserver son mandat en sachant cela, c'est ralentir la démocratie, garder le pouvoir pour soi, le pouvoir d'obstruction, comme cela a été le cas samedi avec un ancien membre du MCG qui a retourné sa veste pour voter avec la gauche et bouleverser les rapports de force jusqu'ici effectifs. La démocratie, c'est justement le contre-pouvoir des élites, le garde-fou pour éviter la concentration du pouvoir, et surtout justement lutter contre sa forme la plus redoutée: le pouvoir personnel. On reçoit un mandat, on n'est pas propriétaire de son élection. On est évincé de son parti, on le quitte, alors il faut être bon prince et rendre son tablier. Les querelles internes doivent être réglées à l'interne. Laisser extérioriser sa frustration lors d'un vote d'importance, c'est fausser les règles. C'est s'approprier un pouvoir qui ne nous appartient pas. En une phrase comme en cent, c'est violer la démocratie sans vergogne. Dès lors, peut-être devrions-nous songer à faire évoluer notre langage et nous réapproprier le pouvoir des mots: un élu n'est rien d'autre qu'un mandataire. Le mandant – qui s'exprime d'une seule voix finale, à la fois plurielle et unique – est le peuple.



Il faut garder cette réalité à l'esprit pour être en mesure de conserver une démocratie pérenne et adaptée. Lorsque je donne mandat à une entreprise, en tant que particulier, pour qu'elle m'apporte un service, comme par exemple la peinture de ma chambre, si l'entreprise change les règles de notre contrat en cours de route, je suis en droit de résilier le mandat. Il devrait en aller de même avec un politicien exclu ou démissionnaire de son parti. Il ne s'agit même pas d'impeachment (principe auquel je suis personnellement favorable sous certaines conditions). Il suffit d'un automatisme. Puisqu'un mandataire exclu de son parti est également sorti des commissions auxquelles il participait, rien n'empêcherait de lui retirer purement et simplement son mandat, l'octroyant, comme la logique le voudrait, au vient-ensuite de sa liste électorale. Il n'y a là rien d'incompréhensible. C'est concret, simple et accessible à tous. On vous mandate selon certaines conditions librement consenties par les candidats et les électeurs. En changeant d'étiquette, on modifie la teneur du mandat qui nous lie à notre fonction (législative ou exécutive). A ce moment-là, le couperet doit s'abattre. Le mandat est automatiquement retiré et rendu au parti qui le détient. Simple et tellement plus efficace. Rappelons-le une dernière fois: les élus sont des mandataires. Le peuple demeure le mandat et l'unique ayant-droit.

 

Grégoire Barbey

11:31 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

12/12/2013

Facebook et les nouveaux conseillers d'Etat

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Conseil d'Etat. La quasi-totalité du collège est présent sur Facebook. Seul le MCG Mauro
Poggia demeure absent. La nouvelle législature va modifier les habitudes de communication.


Les réseaux sociaux ont été très exploités lors de l'élection au Conseil d’Etat. La plupart des candidats y ont mené une campagne active (hormis François Longchamp et Mauro Poggia) lors du second tour. Les résultats tombés, on s’imaginait volontiers les nouveaux élus prendre de la distance avec Facebook. Ce n’est pourtant pas le cas, à l’image de Luc Barthassat et Serge Dal Busco, tous deux PDC, qui ont conservé les mêmes habitudes. Les deux nouveaux ministres démocrates-chrétiens continuent à communiquer ponctuellement sur la plateforme virtuelle. D’autres ont changé leur rapport au réseau social. C’est le cas d’Antonio Hodgers qui continue de poster des publications avec une certaine distance rédactionnelle. Là où l’on a connu l’ancien conseiller national vert se répandre volontiers en longs débats, son habit de conseiller d’Etat semble lui commander retenue et neutralité.

 

La page de la socialiste Anne Emery-Torracinta reste quant à elle relativement peu active. Sa campagne virtuelle n’a d’ailleurs pas été l’une des plus marquantes, bien qu’elle ait au moins fait acte de présence, contrairement à son collègue Mauro Poggia qui lui s’est essayé à Twitter sans grande conviction. Demeurent Pierre Maudet et François Longchamp. Le premier se montre relativement actif, publiant sur sa page dédiée des publications en lien avec ses actions politiques. Il utilise également son propre site internet pour véhiculer de rares prises de position. Le second, maintenant président du Conseil d’Etat, a confié à ses amis avoir créé un compte que pour ne pas voir quelqu’un d’autre subtiliser son identité. Son profil est donc totalement inactif, à part quelques petites apparitions expresses agrémentées d’un commentaire concis.

 

Quand bien même certains élus ont réévalué leur rapport aux réseaux sociaux, la présence de la quasi-totalité du collège (à l’exception du MCG Mauro Poggia) est une première. La précédente législature était moins généreuse en matière d’activité virtuelle: Michèle Künzler et Pierre Maudet ont été longtemps les seuls à posséder un compte Facebook. Jusqu’à la campagne, où Isabel Rochat et François Longchamp s’y sont mis eux aussi. Du coup, il sera d’autant plus intéressant de regarder l’évolution des habitudes des ministres sur leur compte respectif. Vont-ils communiquer différemment, quitter le réseau durant la législature, ou adopter une ligne directrice dans leur façon d’interagir sur le web? Nul ne peut encore le dire. Mais il est certain qu’il s’agit-là d’une nouvelle façon de voir et d’approcher le pouvoir. Sa présence personnelle sur le net est une étape importante et significative des changements induits par l’omniprésence d’internet dans nos vies. A suivre!

 

Grégoire Barbey

22:58 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

25/11/2013

L'alternative au salaire minimal généralisé

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Angela Merkel. La chancelière allemande a accepté de compromettre son programme
et ses convictions en instaurant un salaire minimal généralisé dans son pays.

 

Le salaire minimal généralisé va être introduit en Allemagne par Angela Merkel. L'échec de l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» a propulsé le débat sur la votation du salaire minimal sur le devant de la scène. Certains prévoient déjà un échec pour la gauche. D'autres invoquent la situation de nos voisins allemands. Mais si le gouvernement introduira effectivement cette mesure, ce n'est pas par conviction: pour les conservateurs allemands, c'est une compromission. La seule et unique raison à l'instauration de ce modèle réglementariste dans la première économie de la zone euro, c'est la nécessité pour la CDU de former un gouvernement de coalition. Et les sociaux-démocrates (SPD) n'acceptent aucune négociation sans la prise en compte d'une série de mesures économiques.



Si en Suisse, nous voterons pour ce système, il ne faut pas pour autant en oublier les évidents désavantages et ses conséquences hautement probables. Les différents secteurs du tissu économique suisse n'ont pas tous les mêmes moyens ni la même résistance face aux évolutions conjoncturelles. L'aspect très négatif d'un salaire minimal qui aligne tout le monde au même point, c'est la hausse salariale relativement importante que cela induira dans certains domaines.



Le vrai problème du salaire minimal généralisé, c'est qu'il peut effectivement améliorer la situation des collaborateurs les plus précarisés, mais il introduit aussi une notion de dumping salarial. Les milieux patronaux pourraient très bien décider de dénoncer les conventions collectives de travail (CCT) dont le plancher salarial est supérieur afin de réduire les charges des rémunérations. Les secteurs économiques les plus durement touchés par cette mesure devront également réduire leurs effectifs. Certaines PME devront songer probablement à outsourcer une partie de leurs tâches. En général, ces mesures ne bénéficient à personne et le chômage augmente clairement.



A titre personnel, je considère comme une évidence la nécessité qu'un individu qui alloue 100% de son temps travail à un emploi puisse vivre décemment et sans se serrer la ceinture tous les mois. C'est une question de salubrité publique. Toutefois, je crois davantage en une autre alternative: dépoussiérer le partenariat social, combler ses lacunes, et instaurer l'obligation de contracter des CCT dans tous les domaines, avec des compensations dans la mesure du possible pour les secteurs où les rapports de force patronat-syndicat sont clairement inégaux.



Je pense qu'il y a clairement quelque chose à faire et qu'on ne peut pas continuer avec un système qui, sous couvert de prendre en compte l'avis de tous, génère des disparités aussi improbables qu'incompréhensibles. La notion de partenariat social est chère aux Suisses. De nombreux intervenants l'ont martelé hier à la suite du non massif contre l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» des Jeunes socialistes. Oui, c'est une évidence, nos concitoyens y sont très attachés. Mais il serait profondément hypocrite de le hisser sur un piédestal sans lui apporter les nécessaires améliorations dont il a besoin pour être efficient et respectueux des partenaires sociaux.



Grégoire Barbey

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09/11/2013

L'expérience Blocher: paradoxe d'un homme

Chronique, 09.11.13

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Jean-Stéphane Bron & Christoph Blocher. L'œuvre ne surprend aucunement. Ce n'est
pas là qu'il faut en saisir l'originalité et la réussite. Elles se situent dans le non-verbal.

 

L'expérience Blocher est un film intéressant. Je me demande si c'est le portrait d'un tribun ou le tableau du malaise d'un pays. Une nation qui s'imagine si petite et si fragile face au concert des grandes puissances internationales. Certes, on y voit Christoph Blocher dans toute sa splendeur. Beau parleur, orateur de talent et grand lecteur de l'Art d'avoir toujours raison d'Arthur Schopenhauer.

 

Mais c'est avant tout le porte-parole d'une catégorie de la population suisse. Celle qui se sent impuissante devant la mondialisation. Qui rejette l'immigration. C'est son droit. Et Jean-Stéphane Bron nous transmet dans son œuvre tout ce qui accompagne la vie d'un homme politique. Il y a d'un côté la mise en scène, de l'autre l'authenticité. A chacun de faire la part des choses. Les doutes, les rires, les certitudes et les moments de gloire. Les échecs aussi.

 

La solitude de l'humain face à son destin. C'est ça, L'expérience Blocher. Oui, on y voit un tribun sous un jour plutôt favorable. Le réalisateur se défend dès le début du film de ne pas être en accord avec les idées de l'homme dont il tire le portrait. Soit. Cette justification n'a pas lieu d'être à mon sens et tout l'intérêt de ce film n'est pas dans les commentaires de l'auteur ou dans les paroles de Christoph Blocher. Il se situe largement dans les images, qui sont, elles, muettes. Mais qui nous parlent, toujours.

 

L'expérience Blocher, ce n'est pas une surprise. On ne doit pas l'appréhender comme un portrait qui va nous révéler des informations inconnues jusqu'ici sur le personnage. On le connait trop bien pour l'imaginer se faire avoir par Jean-Stéphane Bron. Cette œuvre est plutôt une photographie d'une époque. D'un moment charnière. Le monde change, et Christoph Blocher porte en lui tout ce qui symbolise ce changement.

 

Comme l'auteur le dit très bien dans son film, le politicien a le corps d'un agriculteur et l'esprit d'un dirigeant d'entreprises. CEO d'EMS-Chemie, il a largement bénéficié de l'ouverture des frontières, du marché unique. Ses acquisitions, restructurations/démantèlements puis cessions de groupes ne portent pas la marque de fabrication de la Suisse. Cela provient d'une culture différente. Anglo-saxonne. Et ça, c'est le paradoxe Blocher, plus que l'expérience.

 

Le scandale de la subvention fédérale pour ce film n'a pas lieu d'être. J'ai lu de nombreuses critiques. D'un côté comme de l'autre. Aucune ne m'est apparue en visionnant le résultat final. Ce n'est ni l'encensement de Christoph Blocher, ni son assassinat cinématographique. Le produit se rapproche de la réalité. Et ce n'est pas tant la part d'ombre du personnage qu'il fallait saisir. Celle-ci se cache. Non, il valait mieux démontrer toute l'antithèse des différents aspects du tribun. Et sur ce point, Jean-Stéphane Bron a réalisé un sans-faute. Chapeau à lui.

 

Grégoire Barbey

20:39 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Politique: la presse doit s'investir davantage

Chronique, 09.11.13

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Grand Conseil. Les comptes rendus des sessions parlementaires devraient être plus
complets. Ils ne traitent actuellement plus que des sujets véritablement capitaux.*

 

Dans la presse actuelle, il y a quelque chose qui me manque. Ce sont les comptes rendus des sessions parlementaires. Une page, chaque mois, pour détailler un peu la teneur des débats. Pas uniquement sur les sujets capitaux (comme cela se fait depuis quelques années). Parce que la politique, ce n'est pas seulement les urgences, ni les débats polarisants qui traînent en longueur. La politique se joue principalement dans l'hémicycle. C'est ici, dans ce lieu relativement petit, que s'affrontent les différentes forces en présence. Au sein de cette enceinte, la dialectique s'éveille. Les arguments défilent. Les alliances se forment. L'avenir du canton y est joué.

 

Cet endroit est par essence le lieu où tout se décide. Il faut y être pour relater les faits. Passer à la buvette, aux pas perdus, discuter avec les députés. Ecouter, toujours. Le journaliste qui couvre les séances plénières se doit d’avoir l’oreille attentive. On comprend parfois, entre deux verres de blanc avec des élus du peuple, la stratégie qui se cache derrière une majorité de circonstance. Ce n’est pas uniquement les votes qui comptent. Il y a inévitablement, derrière les chiffres immuables, des discussions. Des pourparlers. Le citoyen qui lit son journal ne doit-il pas être tenu au courant des enjeux concernant son avenir?

 

Oui, la politique peut être a priori ennuyante. Relater des débats sans y mettre un peu de saveur – c’est-à-dire en y rajoutant quelques hypothèses, parfois farfelues, souvent proches de la réalité –, ça n’en vaut évidemment pas la peine. Le journaliste, lorsqu’il réalise un compte rendu, doit oser s’engager. Prendre des risques, se tromper. Tâtonner aussi. Au fond, c’est lui qui est sur place, qui prend la température. Selon les discussions qu’il a entendues, les confidences qui lui ont été faites, il peut dénouer une situation étonnamment complexe. Ce que l’électeur veut savoir, c’est si les personnes pour qui il a voté respectent leurs engagements.

 

Et c’est compréhensible. Un élu est mandaté par le peuple. Il doit lui rendre des comptes. Et le journaliste, par son omniprésence au sein du milieu politique, peut et doit servir d’intermédiaire entre les députés et les citoyens. Il ne faut pas laisser les arrangements dans l’ombre. Il appartient aux médias d’être suffisamment culottés pour donner de la matière à leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Qu’importe le support. Qu’il soit fait de papier, radiophonique, audiovisuel ou sur le web, les médias doivent donner les clefs de lecture des décisions politiques à ceux qui les lisent, les regardent ou les écoutent.

 

Au sujet de la politique, il reste beaucoup à faire. Et la presse, face à ce constat, a de nombreuses opportunités qui restent encore inexploitées. Pourtant, qu’est-ce que la politique peut être passionnante si celle-ci est bien expliquée. A condition de raconter une histoire. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais pour cela, il faut oser. Ne pas se fier aux recettes du passé. Ce n’est pas la matière qui manque. C’est le courage. L’envie de proposer du neuf, de le faire avec conviction et passion. Quand on rédige sur un sujet qui nous plaît, le lecteur le ressent. Tout est possible. Osons, donc.

 

Grégoire Barbey

 

* Crédit photo: Demir Sönmez – Vous pouvez découvrir ses photos sur son blog (si ce n'est pas déjà fait) en cliquant ici.

16:56 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |