10/05/2012

J'accuse !

 

Coup de gueule, 10.05.12 17h07

 

Deux. Ils sont deux. Élus sur la liste d'un certain parti, ils claquent la porte et prêtent allégeance à un autre. Soit, la méthode laisse à désirer, mais selon les sensibilités, ça peut être plus ou moins compris. Cependant tout juste huit mois après, en pleine campagne, ils tirent à nouveau leur révérence de la manière la plus irrévérencieuse qui soit. Sans explication, à peine quelques mots bien choisis pour donner le change. Du vide, en somme. Surprenant ? Pas vraiment. Ce n'est pas digne. Surtout si quelques détails sont lâchés dans la presse, comme un ultime coup de couteau. Comme une dernière marque de trahison. Je ne cautionne pas ce comportement. Non, ça ne se fait décidémment pas. Je prends acte, néanmoins. Panier de crabes !

 

Grégoire Barbey

17:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : trahison, politique, élus |  Facebook | | | |

03/05/2012

La campagne pour le Conseil d'État, pourquoi ne pas y mettre le fond plutôt que la forme ?

 

À quelques jours de la date butoir pour le dépôt des listes (lundi) concernant l'élection partielle du 17 juin prochain pour le Conseil d'État, force est de constater la pauvreté de la campagne en matière de solutions concrètes. À l'heure actuelle, nous, citoyennes et citoyens, n'avons eu l'occasion d'assister à aucun débat de fond sur les problématiques structurelles et institutionnelles qui divisent et affaiblissent notre République et Canton de Genève. Il n'y a eu, pour l'instant, que quelques petites propositions, sans grande envergure, comme s'il fallait en rester sur la forme pour ne pas se mouiller, pour ne pas risquer de surprendre les électeurs et de facto perdre leurs voix. Effectivement, il s'agit d'une élection majoritaire, où seul-e un-e candidat-e sera élu-e. Pourquoi ne pas parler plus franchement, pourquoi ne pas aborder les thématiques qui fâchent, et apporter des éléments de réponse ? Pourquoi ne pas proposer de construire, de réfléchir, et de se concerter sur la crise structurelle qui touche notre bonne vieille Genève ?

Oui, les programmes sont importants, ils permettent de se confronter aux idées des candidats, tâter la politique qui est la leur. Mais qu'attend le Peuple ? Les gens, aujourd'hui, semblent irrités. Lassés, tout simplement. Notre canton traverse une mauvaise passe, il nous faut l'admettre. Même pour ces représentants qui se placent parfois trop haut par rapport aux leurs, à ceux envers qui ils ont prêté serment. Il ne s'agit pas seulement de faire de la politique pour être élu. Il faut s'évertuer à trouver des compromis, à rechercher d'éventuels remèdes à des maux qui peuvent paraître incurables.

Moi, je souhaiterais des débats qui ouvrent la voie à des réflexions de fond. Elle est bien belle la communication médiatique, celle qui permet de donner une bonne impression à son électorat. Elle ne suffit pas, néanmoins. Il faut l'agrémenter, la saupoudrer de ce dont Genève a cruellement besoin : des idées. Il n'y a pas de solutions miracles, et celles ou ceux qui le prêchent ne doivent en aucun cas être écoutés. Certaines formations politiques posent des questions, et induisent volontairement (ou non) l'orientation des réponses qui leur seront données. J'ai vu des candidat(e)s arriver avec des propositions toutes faites, dès les premiers jours qui ont suivi la démission de Mark Muller. Est-ce bien raisonnable ? Est-ce bien ce qu'il nous faut ? Des solutions pré-mâchées, pardonnez mon cynisme, mais je n'y crois pas. Pas plus à celles d'un certain parti contestataire qu'à celles d'une gauche unie. Ni même celles d'un centre droit morcelé.

Nous pourrions ne pas y réfléchir, évincer le questionnement, nous dire que de toute façon, les urnes donneront leur verdict. Moi, je ne veux pas me contenter de ce peu, de ce trop peu que l'on nous sert à déjeuner. Il y a déjà un constat à faire, et il est urgent de le souligner : la propension à l'extrémisme des réactions de nos concitoyennes et concitoyens en cette période de troubles appelle à la prudence. À l'introspection. Ne devrions-nous pas comprendre comment tant de gens, de différentes sensibilités, issus de milieux socio-culturels diversifiés, seraient prêts à donner leur voix à une politique ultra-sécuritaire qui n'a de programme que celui d'appliquer strictement la loi, sans aucune vision d'avenir ? Comment faire pour réorienter les débats, les questionnements, les désirs de ce Peuple genevois qui penche vers un ras-le-bol généralisé ?

Peut-être suis-je désabusé. Sûrement, en fait. Mais je m'inquiète, je m'inquiète de la pauvreté des réponses. Nous devons élire un nouveau membre de notre gouvernement, pas un inconnu. Quelles seront ses compétences, quel sera son profil ? Et ses idées ? Nous bassinera-t-il ad nauseam avec les mêmes idéologies de part et d'autre, ou apportera-t-il des innovations en terme de gouvernance ?

 

Toutefois, il nous faut garder à l'esprit que cette élection partielle n'est qu'une étape intermédiaire, qui doit préparer celle, générale, de 2013. À ce moment-là, c'est une politique forte qu'il faudra mettre en place, je veux dire, une politique unie. Tant pour la gauche que pour le centre droit. Laissons les extrêmes se regrouper, ils n'en seront que mieux identifiables, et mettons de notre côté notre énergie à former une union des droites progressistes, pour parer à la montée de la contestation et du refus des institutions que nous connaissons et qui font notre puissance et notre réussite. Avec une gauche et une droite progressiste fortes, des compromis, comme ceux qui ont jalonné l'histoire politique de notre pays, pourront voir le jour. Ainsi peut-être sortirons-nous de ces Genferein, qui loin de redorer notre image, témoignent de la dislocation de la politique genevoise. Certes, il faudra probablement serrer les dents. N'est-ce pas le propre d'une société ? Il faut savoir faire des choix appropriés. Le reste, ce sont que des détails.

 

Grégoire Barbey

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27/04/2012

François Hollande, le mauvais calcul électoraliste

 

francois-hollande-en-une-de-liberation-24-avril-2012-10686234jexqe_1861.jpgFrançois Hollande a décidé de tomber les masques et cherche désormais à récupérer des voix dans l'électorat frontiste de Marine Le Pen. Il a annoncé vouloir réduire l'immigration économique, rappelant d'ailleurs qu'il avait été favorable à l'initiative contre le port de la burqa. Cette attitude, purement électoraliste, pourrait davantage le desservir lors du verdict des urnes que lui faire obtenir quelques suffrages supplémentaires. Il s'agit vraisemblablement d'une erreur stratégique, à l'heure où son adversaire et prédécesseur Nicolas Sarkozy se fait l'apôtre des thèses extrémistes soutenues par certains pontes du Front National, François Hollande aurait eu un grand coup à jouer en se contentant de draguer l'électorat modéré du Président sortant, ne modifiant que très peu son image pour son propre camp politique, à savoir la gauche. Ici, il tente un grand écart pour le moins risqué. Non seulement, il prend le pari de se désolidariser de ses électeurs, mais de surcroît, il le fait pour un résultat qui ne sera sûrement pas significatif lors du dépouillement final. Le 6 mai, ce ne sera peut-être pas celui qui se présentait comme un futur président « normal » qui sera intronisé. Non, cette décision pourrait lui coûter un revirement décisif lors des dépôts des bulletins de vote.

Comment pourra-t-il assumer politiquement ce choix et cette tentative inconsidérée de récupérer des voix à l'autre extrême de l'échiquier ? Il s'est dit soucieux de s'occuper de celles et ceux qui « souffrent » en France. Ne pense-t-il pas qu'attiser les haines, c'est renforcer le climat délétère qui règne dans l'hexagone et dont le résultat du Front National en est l'expression patente ?

François Hollande, s'il pense être normal, le sera sûrement moins aux yeux de son électorat qui lira ou écoutera ses propos avec une oreille critique. C'est Mitterrand qui doit se retourner dans sa tombe. Et Jospin de s'écrier « pays de merde » !

 

Grégoire Barbey

De la spiritualité comme cohésion sociale

 

De nos jours, les confessions religieuses, en Occident, vont vers un déclin certain. C'est un fait probablement incontestable. Les raisons sont nombreuses, et les conséquences tout autant. Il est évident que notre société, aujourd'hui, se cherche de nouveaux principes fondamentaux sur lesquels s'appuyer pour garder sa force et sa légitimité. Que nous le voulions ou non – et j'ai longtemps souhaité renier cette réalité –, nous fonctionnons et coexistons selon une constellation de croyances diverses qui forment un tout, qui nous relie ou nous sépare. Ce tout est essentiel pour la formation de notre identité, qui souvent s'apparente ou se juxtapose à notre culture. D'où les crises identitaires et culturelles qui frappent nos semblables en période de fluctuations systémiques. Le tissu social est infiniment fin, et la moindre déchirure peut l'abîmer durablement. Pour vivre en harmonie avec les autres, l'être humain doit acquérir certaines connaissances, qui se présentent sous la forme de codes plus ou moins complexes. Les comportements humains, en société, sont généralement induits par la formation de ces enseignements codifiés, implicites ou explicites. Les lois juridiques en sont un excellent exemple. Ce que Rousseau, dans son Contrat Social, mettait en valeur dans tout système législatif qui se respecte, c'est l'importance des mœurs et des coutumes. Ce sont ces dernières qui donnent aux individus le sentiment de responsabilité au sein d'une communauté, et les font dès lors se soumettre, pour le bien commun, à un ensemble de règles, bien souvent intériorisées dès la plus tendre enfance à travers des jeux ou l'éducation. Les croyances en des principes fondamentaux sont donc ce qui fortifient l'adhésion aux lois, et qui forgent l'identité. Il est particulièrement instructif d'étudier les règles et coutumes de sociétés et de cultures sensiblement différentes. Il apparaît comme une évidence que celles-ci, si elles ne rendent pas nécessairement plus libres, permettent une cohésion sociale et le respect de chacun, avec bien sûr des exceptions. Mais fondamentalement, force est de constater que cela fonctionne admirablement bien, proportionnellement au nombre d'êtres humains coexistants sur notre planète. Les dérives sont régulières, certes. Néanmoins, sans ces délimitations précises, les comportements et la cohabitation entre plusieurs individus pourront être davantage conflictuels, si chacun applique aux autres son système de croyances et ses normes personnelles.

Dans l'ensemble, nous vivons donc d'après l'expression de rites et de signes distinctifs, qui s'expriment au travers de nos attitudes, solitaires ou sociales, et qui rendent nos rapports soit plus aisés, soit plus difficiles. Nous remarquerons sans peine que nos coutumes, nos traditions et nos valeurs sont intrinsèques à notre identité. De fait, les rejets liés à ces caractéristiques sont communs et ne rentrent pas dans l'ordre de l'exception. L'identité, en plus de mettre en mouvement les comportements d'un individu, crée une armure, donc une sécurité. Toute atteinte à cette cuirasse induit habituellement une réaction hostile, a priori. Nous sommes, il est essentiel de le reconnaître et de l'avoir à l'esprit, des êtres impulsifs. Toujours, même avec un exercice assidu, nos émotions prennent le pas sur la réflexion. Cela peut ne durer qu'un bref instant, mais c'est indubitablement une constante. Les préjugés en sont l'expression patente. De façon générale, nous aurons tendance à d'abord rejeter l'inconnu, pour conserver les fondations qui nous sécurisent. La personnalité, comme d'ailleurs l'exprimait si majestueusement Goethe, est une Citadelle, à laquelle nous sommes foncièrement liés. L'ouverture aux autres, usuellement nommée « l'ouverture d'esprit », est une caractéristique qui s'exerce et n'est pas spontanément acquise. D'où la propension qui règne au sein de nos semblables à discriminer, non nécessairement de façon malintentionnée, ce qu'ils ne comprennent pas. Nous sommes toutes et tous ainsi, moi le premier. Ce qui nous fait réfléchir et agir en conséquence sont nos valeurs et nos croyances. Comme nous sommes toutes et tous différents, ces fondements n'échapperont pas à la règle de la divergence. L'opposition entre des êtres humains est inévitable. Ce n'est pas négatif en soi, mais il faut faire en sorte qu'un conflit soit constructif et n'ait pas d'impacts péjoratifs sur les individus, dans la mesure du possible. Le désaccord est fécond. Il nous construit, nous affirme et nous réalise.

Ce qu'il faut, dès lors, pour protéger notre Citadelle intérieure sans nuire à celle d'autrui, est d'avoir à l'esprit que nous seuls en sommes les gardiens. Plus nous avons conscience de et confiance en notre capacité à la défendre, et plus nous pouvons nous ouvrir aux autres sans risquer une « invasion externe ».

C'est pour cette raison que j'aborde ici la thématique de la spiritualité, non dans un sens religieux, mais comme un principe qui nous guide, une réflexion, une valeur pouvant nous faire adhérer à tout un ensemble de comportements. Notre société évolue, et fluctue. Actuellement, le plus grand défi est à mon sens, en tout cas d'un point de vue philosophique et ontologique, pour les êtres humains, de palier au manque créé par le déclin des croyances religieuses. Il est nécessaire de fonder des valeurs primordiales qui nous unissent et nous font nous sentir en accord avec nous-mêmes tout en respectant les autres. Le tissu sociétal est tissé selon ce schéma. La cohérence doit être un état de fait, et une implication concrète.

Nous devons participer, à notre échelle et selon nos capacités, à la cohésion sociale. Il est impératif de garder à l'esprit qu'aucune société ne peut perdurer sans un accord tacite, un « contrat social », qui permette à chaque individu de se concrétiser et de s'épanouir.

Ce sont là des valeurs pour lesquelles le politique doit œuvrer, et la spiritualité est une réflexion à aborder en tant qu'être humain.

Je me proposerai donc de réfléchir sur ces questions.

 

Grégoire Barbey

09:47 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, principes, valeurs, fondements, goethe, rousseau, contrat social, réflexion |  Facebook | | | |

21/04/2012

Hommage à la Dame de Fer

Hier soir, je me suis rendu au cinéma pour visionner la Dame de Fer, une adaptation mettant en scène Madame Thatcher, incarnée par la célèbre actrice Meryl Streep, dont la réputation n'est plus à faire. Certaines critiques ont reproché à ce film de ne pas être suffisamment dur à l'égard de la politique mise en place par l'ancienne Premier Ministre de la Grande-Bretagne. Pour ma part, cela ne m'a nullement dérangé. Il n'était pas question ici de juger les choix de celle qui fut surnommée la Dame de Fer, mais de donner un bref aperçu du combat qui fut le sien. Bien sûr, d'un point de vue strictement idéologique, je suis foncièrement opposé au conservatisme dont elle fut l'apôtre. Néanmoins, l'objectif, à mon sens, n'était pas de dépeindre une Madame Thatcher monstrueuse. Il s'agissait plutôt de lui rendre hommage. Pourquoi, me direz-vous ? Eh bien, tout simplement parce qu'elle fut la première femme à se battre en Angleterre pour se faire respecter en politique. Dans un pays outrageusement conservateur et patriarcal, quand bien même elle défendit des idées qui ne nous plaisent pas, nous devons lui laisser cette incroyable détermination, et cette audace particulièrement méprisée en son temps, qui lui permit de prendre les rennes d'un parti dont nul n'aurait imaginé une femme à sa tête, et plus encore, un pays tout entier.

À bien des égards, nous pourrions tergiverser sur la politique et les décisions qu'elle mit en place. Cela va de soi. Mais accordons lui le respect qu'elle mérite. Son combat, en tant que femme, fut impressionnant.

Grégoire Barbey

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20/04/2012

L'Entente survivra-t-elle après 2013 ?

 

Récemment, les passions se sont déchainées, et les diverses casseroles qui ont mis à mal le PLR ces derniers mois ont des répercussions à l'échelle cantonale.
Je me pose donc, légitimement, une question : l'Entente survivra-t-elle après 2013 ?
Du côté du PDC comme du PLR, les avis sont mitigés. Certains seraient favorables à la dissolution de l'alliance traditionnelle entre les deux partis. D'autres, irréductibles convaincus de sa viabilité et de son maintien comme force politique nécessaire, ne veulent pas admettre qu'ils ont entre les mains l'agonie d'une Entente qui s'essouffle depuis bien longtemps. Porteront-ils ce cadavre avec la même vigueur lorsque sonnera l'heure des comptes ?

Grégoire Barbey

 

11:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : question, pdc, plr, entente, alliance, dissolution, avenir, politique |  Facebook | | | |

18/04/2012

La Constituante projette de prolonger la durée du mandat des conseillers d'État

 

J'ai découvert aujourd'hui qu'il était question de prolonger d'une année le mandat des conseillers d'État dans le projet de la Constituante. (art. 104)

Ce qui leur octroiera cinq ans au lieu de quatre pour siéger parmi le conseil des Sept. Dès lors, le débat que j'ai initié il y a déjà quelques temps, suite aux casseroles de l'affaire Muller (début d'année 2012), concernant la révocabilité des élus, se justifie de façon plus concrète encore. Désormais, nous devons nous poser les bonnes questions. Ayant discouru sur le sujet avec Pascal Décaillet, qui affirmait que le fait de ne pas être réélu était déjà une forme de révocabilité, je suis d'autant plus convaincu de la nécessité d'en découdre, et de porter cette thématique sur la place publique. Si nos conseillers d'État bénéficient de cinq années où ils peuvent agir selon leur bon vouloir (toute relative qu'est cette formulation, soyons précis) avant d'être « jugés » par la volonté populaire. Or, il apparaît évident qu'un élu a le temps de faire des dégâts dans sa gestion de son département avec une demi-décennie à sa disposition. Que faire s'il s'avère incompétent et crée la gabegie au sein du Collège ?

Pouvoir révoquer nos élus doit constituer un droit civique, ainsi qu'un devoir – celui de nous informer sur le travail de nos représentants. Le simple fait de ne pas être réélu pour avoir fauté ne suffit pas, et constitue une suprématie du mandat à l'encontre du bien-être du Peuple. Je ne serai pas trop rousseauiste, mais même le Peuple peut se tromper et élire quelqu'un qui n'a pas, malheureusement et probablement pas faute de bonne volonté, la capacité de tenir les rennes de son exécutif.

Avant de lancer une initiative allant dans ce sens, ouvrons le débat ! Et c'est justement ce que je me propose de faire.

 

Grégoire Barbey

 

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Pour une politique non de spectacle mais d'acte, révoquer les élus en cours de mandat doit-il être un droit civique ?

Suite de mes entretiens avec le journaliste Pascal Décaillet, portant aujourd'hui sur le thème de la révocabilité des élus en cours de mandat. Bonne lecture !

GB - Cher Pascal, vous qui y êtes, si je ne m'abuse, profondément démocrate - et d'après ce que j'ai pu lire et entendre de vos positions, je serais tenté de vous assimiler, au moins en théorie, au PDC -, que penseriez-vous d'une initiative demandant à instaurer comme droit civique la possibilité de révoquer les élu-e-s en cours de mandat ? Bien évidemment, les contours d'une telle initiative devront être dûment dessinés pour être cohérents. Ces politiciens qui parlent de transformer la politique sont nombreux, mais ils n'apportent rien. Pour une politique non pas de spectacle, mais bel et bien d'acte, offrons au Peuple le droit d'influer sur ses représentant-e-s !

PaD - A la bonne heure, me voilà PDC ! Divine surprise. Sur le fond de votre proposition : la démocratie, c'est, par exemple, le pouvoir pour le peuple d'élire ses représentants. Pour une période donnée : quatre ans, cinq ans. Cela ne doit pas être le pouvoir, pour le peuple, de harceler continuellement ses élus, en cours de mandat, par des menaces de révocation. Il faut laisser à nos autorités le temps de l'action. Et la meilleure sanction, c'est, le terme venu, la non réélection. En cas de crise aiguë, les intéressés, de toute manière, sont soumis à une telle pression (de leurs pairs, souvent !) qu'ils finissent spontanément par démissionner.

GB - Dans « le Matin » du 6 avril, le Conseiller national (PLR/VD) Fathi Derder parlait justement de cette peur qu'ont les élus de ne pas être réélus, allant jusqu'à affirmer que certains préféraient agir le moins possible pour s'éviter la foudre de leurs électeurs. Cette proposition de pouvoir révoquer les élus en cours de mandat devraient au contraire les pousser à écouter les doléances du Peuple plutôt que de sombrer dans des mascarades théâtrales pour faire passer la pilule...

PaD - Je ferais volontiers la connaissance de ce Monsieur ! Rappeler continuellement à nos élus leur devoir de diligence et d'efficacité, oui. C'est le rôle de l'opinion publique. Les attaquer éditorialement, oui. Leur rappeler qu'ils sont au service de la collectivité. Mais la révocation, ou l'impeachment (cf. Nixon, 1974), cette épée de Damoclès, ne me semble pas une bonne solution. En les élisant, on leur donne un certain pouvoir pour une certaine durée. Exemple : Sarkozy a eu cinq ans pour agir. Le 6 mai à 20h, il sera peut-être poliment prié d'aller voir ailleurs. Il aura eu sa chance.

GB - Oui, il aura eu sa chance. Et à quel prix ? Tous, ou presque, s'accordent pour dire que son bilan est catastrophique. Combien de françaises et de français ont ardemment désiré de le voir se retirer avant l'heure ? Nous ne pouvons pas seulement élire puis nous contenter d'attendre, la bouche ouverture, que vienne l'heure des comptes. Diriger un pays, participer à son fonctionnement, incombe des responsabilités, mais avant tout des devoirs ! Et nos représentants, démocratiquement élus, n'échappent pas à cette règle !

PaD - Certes. Mais je ne suis pas d'accord de soumettre nos élus à la dictature, au demeurant si versatile, de l'opinion. Tout mandat a des hauts et des bas, tout président doit se heurter à des grèves, des crises. Et c'est justement à lui de les résoudre. Dans une enveloppe de temps donnée. Et puis, il faut parfois prendre des décisions impopulaires : hausses d'impôts, allongement des durées de cotisation. Sous les huées, il faut tenir. C'est très dur, mais ça fait partie du jeu. Et c'est pour cela qu'il faut élire des gens avec du format.

GB - Tout doit être une question de juste mesure. Laisser le champ libre durant plusieurs années à une personne, au demeurant humaine et capable de se tromper et ainsi en faire pâtir la population toute entière, je n'y suis que moyennement favorable. Je ne veux pas d'un diktat de l'opinion publique, mais je ne veux pas non plus d'une aristocratie politique ! Dès lors, il faut pouvoir instaurer des garde-fous pour sauvegarder nos institutions et le bien-être de nos semblables.

PaD - En l'espèce - et en attendant mieux - il y a déjà un jouissif garde-fous : la non-réélection. Et un autre, en cours mandat, qui n'est pas moindre : la liberté absolue de s'exprimer, critiquer, brocarder, vilipender. Elle ne s'use, celle-là, que lorsqu'on ne s'en sert pas.

Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

16/04/2012

À Mauro Poggia

 

Cher Monsieur Poggia,

 

Je découvre avec stupeur et effroi que vous êtes fait du même bois que votre idole et maître Éric Stauffer. Quoi que votre verbe fut plus acéré et mieux ressenti, vos méthodes sont sensiblement les mêmes, et ne dérogent point à la règle d'exclusion que votre parti a si souvent érigé en leitmotiv électoral. Il apparaît comme une évidence que vous n'acceptez pas les critiques acerbes à votre encontre, or en homme politique et médiatique, vous devriez plutôt savoir qu'elles sont communes et n'y pouvez rien, sinon les accepter et avoir l'humilité de les prendre en compte, quand bien même elles s'avéreraient infondées. Comme votre Seigneur, vous faites tout ce qui est en votre pouvoir pour nettoyer les taches qui viendraient salir votre blog. Admireriez-vous votre image au point de n'en tolérer aucune atteinte ?

 

Je ne suis guère étonné – plutôt conforté dans mes positions – de voir qu'il n'y a rien qui puisse filtrer sur votre blog et celui de vos comparses sans une méticuleuse observation. Ah ! Je vous tiens, pris sur le fait ! Vous vous réclamez du Peuple, mais cela n'est que du vent, une musique sans profondeur pour charmer les serpents. Vous ne tolérez aucunement que ce Peuple dont vous vous faites le soi-disant porte-parole défie vos discours et médise à votre endroit. Dès lors, vous préférez succomber à la facilité, et censurez les propos qui ne vous caressent pas dans le sens du poil. Est-ce ainsi que vous agiriez si vous étiez élu pour un mandat à l'exécutif ?

Que le Peuple craigne de vous voir vous profiler à l'horizon, vous et votre bande d'arrogants personnages, me paraît être le garant que nos concitoyens et concitoyennes ont encore suffisamment de lucidité pour ne point sombrer dans les amalgames ridicules qui vous servent de marketing pour augmenter votre électorat.

 

C'est toujours plus aisé de cacher la poussière sous le tapis que de la nettoyer. C'est pour cela qu'existe votre parti : pour ne point cacher l'horreur susceptible de traverser certains esprits en période de crise. Et je le dis, heureusement qu'il existe, ainsi nous pouvons prendre la température de la population et savoir à quel point elle se sent trahie par ses représentant-e-s. Mais de grâce, soyez plus digne de votre statut de racoleur des foules, cher Monsieur Poggia. Je vous lis toujours avec attention – comme je lis d'ailleurs toutes celles et ceux qui font de la politique sur la plate-forme de la Tribune de Genève – et prends parfois la peine de vous témoigner mes appréciations quant à vos diatribes. Celles-ci sont toujours polies et agréablement rédigées, vous en conviendrez, je l'espère. Néanmoins, étrangement, elles n'apparaissent point sur votre blog. Je vous imagine Ô combien grimaçant à la lecture de mes commentaires, qui vous posent visiblement des questions auxquelles vous préférez ne pas répondre.

 

Ainsi, j'use de mes droits démocratiques et publie cette petite lettre pour ouvrir un dialogue qui peine, lorsque vous êtes derrière les manettes, à faire sa place. Vous me pardonnerez bien évidemment ce culot qui me pousse à vous alpaguer au-delà de vos terres, que vous gardez vaillamment pour qu'aucune salissure ne puisse témoigner d'un quelconque relâchement de votre part. J'aime à penser que vous prendrez la peine de répondre à mes interrogations, qui même si elles ne vous plaisent point, sont légitimes et méritent une attention similaire aux agréables commentaires envoyés par vos militants, toujours flatteurs et délicats à votre égard. Alors, par-delà la censure et la présence médiatique, qu'avez-vous à proposer pour nous, citoyens et citoyennes de la République et Canton de Genève, cher Monsieur Poggia ?

 

Grégoire Barbey

09:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (33) | Tags : mauro poggia, blog, politique, lettre, censure, genève, citoyens, république, démocratie |  Facebook | | | |

13/04/2012

Un nouveau contrat social ? Débat avec Pascal Décaillet

 

Suite de mes entretiens avec le journaliste indépendant Pascal Décaillet.

PaD – Je reviens à ces 2500 francs d’allocation d’existence. Une chose m’échappe. Qu’un apparatchik comme Oswald Sigg, ayant passé sa vie à blanchir sous le harnais de superstructures subventionnées, défende cette idée, soit. Mais vous ! Vous êtes jeune, avez la vie devant vous, l’envie d’écrire, vous militez en politique (Verts libéraux), tout cela est excellent. Vous m’avez l’air, aussi, en pleine forme : travaillez donc ! Engagez-vous dans l’aventure professionnelle. Frottez-vous à des concurrents. Suez. Défoulez-vous. Brillez. Mais n’attendez pas qu’une manne tombe du ciel.

GB – Bien sûr, comme vous dites, pour moi, les choses vont bien. Ou mieux, c'est selon. Cela n'a pas toujours été le cas, et si aujourd'hui je défends cette idée – même si je ne suis pas dupe quant à sa possible réalisation – c'est par idéologie, parce que toutes et tous n'ont pas ma chance – votre chance ! Je n'attends rien du Ciel. Je ne crois en rien de transcendant. J'ai foi en l'humain, et j'aime à penser qu'il peut œuvrer pour le bien-être de chacun, et non le contentement de tous. Cette nuance est d'importance !

PaD
– Ceux qui ont perdu leur emploi, ou leur santé, ceux qui ne peuvent pas, ou ne peuvent plus, c’est en ordre : nous devons les aider. Je parle de ceux, comme vous et moi, qui peuvent ! Cet argent, ces 2500 francs, viendraient d’où ? Cette richesse, qui l’aurait produite ? Réponse : les actifs ! En clair, si l’initiative passe, on demande à ceux qui bossent, en plus de toutes les taxes, tous les prélèvements obligatoires (j’en connais un rayon, comme entrepreneur indépendant et employeur !), tous les impôts (trois à quatre mois de boulot pas an), de financer cette manne universelle de 2500 francs par tête de pipe. Pour les déshérités, je dis oui. Pour les autres, désolé, je dis non.

GB – Et que gagnerons-nous à nous débarrasser d'une bureaucratie sociale inefficiente et inadaptée aux besoins d'une population dont chaque individu est foncièrement différent ? Pensez-vous, ou avez-vous même idée, de l'effroyable machine administrative qui se cache derrière l'aide sociale en Suisse ? Ce qui me séduit dans cette initiative, c'est justement la possibilité de faire reculer la puissance d'un État bureaucrate. L'État, disait Nietzsche, est le plus froid des monstres froids.

PaD – Je crois en l’Etat, depuis toujours. Pas comme machine, mais comme arbitre. Justement pour corriger les inégalités. Mais de façon ciblée. Cette allocation-arrosoir, ces 2500 francs qu’on recevrait au seul titre qu’on existe, c’est la vraie valeur de l’argent qui perd son sens. Paradoxalement, et même si les intentions n’ont rien à voir, je rapproche cette perte de sens du principe de spéculation. Je rejette l’un et l’autre : la manne et le casino. Le céleste, et le virtuel. Je crois profondément que l’argent doit se gagner en travaillant. Si vous avez un peu de temps. Je vous recommande « L’Argent », de Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine, Editions Pléiade. Une œuvre anticapitaliste, et profondément républicaine.

GB – J'en prends note. Mais qu'est-ce que l'argent ? Je vous disais lors de notre dernier entretien qu'il n'est pour moi qu'un moyen, celui de vivre, car il en faut bien dans notre société pour tourner ! J'aime beaucoup la phrase du candidat français à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon : survivre, ce n'est pas vivre. Je suis persuadé qu'il faille désormais nous concerter toutes et tous pour apporter des solutions à tous ces gens, oubliés par nous autres, et leur offrir la moindre des choses que nous pourrions souhaiter pour nous-mêmes : la décence et la dignité. Je récuse les dogmes, et l'argent ne doit pas devenir un Dieu suprême. Nous ne devons pas en avoir peur, il nous faut l'utiliser, puisqu'il nous est nécessaire. Mais à bon escient, sans laisser d'autres, avec nos connaissances et nos technologies, mourir la bouche ouverte. Pourquoi pas, comme Rousseau jadis, créer un nouveau contrat social ?

15:26 Publié dans Débats pascaliens | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, débat, pascal décaillet, rousseau, contrat social |  Facebook | | | |