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  • Réflexion sur la non-violence : la résistance

     

    Résister, oui, mais pas n'importe comment !

    Pour ma part, il est impératif de respecter une éthique précise, et celle-ci trouve son terreau dans la non-violence. J'ai souvent entendu des discours grandiloquents qui tentaient de me faire adhérer à l'idée que la brutalité, c'est la nature de l'être humain. Bien essayé, cependant pour ma part, je ne suis pas sûr que l'être humain soit réduit à un quelconque « état de nature », duquel il serait incapable de s'extraire. Je suis même persuadé du contraire, pour être franc. Considérer qu'il existe un prototype humain dont il est impossible de s'émanciper me semble être une pensée saugrenue. Je ne comprends pas très bien la portée d'une telle conclusion, sinon de justifier toutes les pires atrocités qui soient.

    S'il fallait absolument étiqueter une « nature humaine », je la définirais comme étant versatile, impropre à la stagnation et par essence en constante évolution. C'est cette qualité unique qui a permis à l'être humain d'évoluer sur le plan intellectuel. L'adaptation est, à tout point de vue, son meilleur outil.

    Les comportements varient d'un individu à un autre. La violence n'est ni une fatalité, ni une nécessité. Par le passé, j'ai déjà tenté d'apporter quelques éléments de réponse dans une entreprise visant à déconstruire la violence. L'essai s'intitule « questionnement sur la violence ».

    J'aimerais compléter celui-ci par un petit traité de résistance non-violente. Je me suis toujours considéré comme étant quelqu'un de pacifique. Cependant, ce terme n'est pas assez fort, et même, il est flou. Être pacifique ne signifie pas adopter une attitude de cloisonnement à l'égard de soi-même, et de tous comportements violents. Or, mon désir est très exactement de ne jamais recourir à la violence. C'est pourquoi j'adopte cela sous la dénomination de « non-violence ».

    Il est important d'en définir les contours.

    Mon implication dans ce rapport non-violent s'étend jusque dans mon assiette. J'ai décidé de ne plus consommer de viande pour des raisons évidentes. Premièrement, afin d'être en accord avec ma prétention d'égalitarisme envers les êtres humains et les animaux, et deuxièmement, pour ne plus consommer de la nourriture issue de la brutalité.

    Dans ma conception de la non-violence, concéder à consommer de la nourriture qui implique la mise à mort d'un être vivant sensible, quel qu'il soit, c'est-à-dire un animal ou un humain, est une forme, même passive, de violence. Le fait de tuer relève évidemment d'un acte violent. Je n'emploierai pas le terme de cruauté, car il serait malavisé d'en faire l'usage dans un cas comme celui-ci.

    Cette volonté de ne pas accepter la violence, sous ses formes les plus habituelles, part d'un constat personnel : si dans mon comportement, j'ai recours à la violence, comment pourrais-je souhaiter ne pas en être victime ?

    Concernant ce qui nous intéresse, à savoir la résistance, j'applique l'attitude non-violente comme étant un point d'ancrage de toute forme de contestation, de protestation et d'opposition. Je pars du principe qu'un mouvement, quel qu'il soit, se doit de ne céder à la violence sous aucun prétexte, sous peine d'en être victime également. Même face à une agression quelconque, la violence ne doit jamais être une réponse. Elle ne saurait être favorable à quiconque. En fait, la violence engendre la violence. Une phrase d'Albert Einstein me semble très appropriée pour défendre mes propos : « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré ».

    Résister à l'oppression peut s'avérer coûteux en utilisant le cours à la violence. L'oppresseur peut, à tout moment, empirer la situation de ceux qui s'opposent à lui. La résistance non-violente permet à la fois de faire passer un message, d'agir et de ne pas s'attirer les foudres de l'oppresseur. Bien sûr, ce dernier peut utiliser la brutalité à sa guise. Combattre le feu par le feu ne le fera sûrement pas déposer les armes. Les conséquences peuvent parfois être catastrophiques. Dans un pays comme le nôtre, en Suisse, appliquer cet impératif de non-violence est probablement beaucoup plus facile qu'ailleurs, dans des nations où règne la dictature et la violence en permanence.

    Il serait difficile pour moi de dogmatiser la non-violence. Personnellement, je n'ai envie d'utiliser la violence en aucune façon, mais l'imposer comme nécessaire relève peut-être d'un fantasme.

    Je n'ai pas encore d'avis définitif à ce propos. Je crois malgré tout qu'adopter un comportement non-violent apporte beaucoup de bien-être pour celui qui s'investit. Cela permet aussi de se sentir libéré d'un joug qui ne nous correspond pas forcément. L'essentiel est d'agir tout en ne faisant pas aux autres ce que nous n'aimerions pas qu'ils nous fassent.

    Être cohérent avec soi-même.

  • Crise financière... et idéologique !

    23 janvier 2012. Aujourd’hui, les médias ne parlent plus que d’une chose : la crise économique. Récession, inflation, paupérisation, assainissement, misère, menace de la Zone Euro, tensions entre les pays dominants et émergents, bref, il y a de quoi faire en la matière.

    Mais nous n’entendons pas parler d’un autre constat pouvant être fait à l’orée de cette nouvelle année : la crise idéologique.

    Consultez vos mass media : allumez votre télévision, ouvrez votre journal préféré, écoutez la radio. Les discours sont potentiellement les mêmes, alors que nous n’avons jamais connu dans toute l’Histoire de l’humanité un si grand mélange socio-culturel. C’en est alarmant. Nous parlerons ici « d’uniformisation des esprits ». « Pensez comme nous, ou nous vous rejetterons ! » paraît être le nouvel adage de notre société de consommation. Les moyens de communication et de partage des idées ont évolué à une vitesse fulgurante, personne ne dira le contraire. Mais très sincèrement, où est la communication, celle qui vient du cœur ? La conscience de l’autre disparaît peu à peu face à la nécessité préfabriquée de notre système : la loi du plus fort, ou comment écraser l’autre pour se hisser au sommet de la pyramide hiérarchique.

    Cette loi, impérieuse et faussée, relève tout simplement d’un paradigme, ou pour reprendre un terme sociologique, d’ailleurs cher à feu Bourdieu, constitue l’habitus de notre société. Pourtant, s’en extraire est tout à fait faisable. Sans trop m’avancer, pour un bonheur individuel, je pense même que s’en éloigner est de prime importance. L’autre, c’est nous, et nous, ce sont les autres.

    « L’enfer, c’est les autres » s’exclamait Sartre dans huit clos. Pour ma part, je pense inversement. L’enfer, c’est soi-même. Je m’explique : nous nous enfermons toujours plus dans des pensées toutes faites, des idéologies qui ne nous appartiennent pas, vivons dans des certitudes qui ne sont pas empiriques, et arborons des slogans prémâchés. Et ce comportement nous pousse bien souvent à accepter tacitement et passivement des attitudes que nous n’oserions jamais tolérer consciemment.

    Et les mass media font office de sacrosaint commandement au cas où les bons soldats du néolibéralisme, appelons-le capitalisme du XXIe siècle, se questionneraient sur le bon fondement des leçons apprises en récitant gaiement. Adopter un modèle de pensée différent du courant communément admis et respecté manu militari est un péril social. Les préjugés vont bon train, et chacun d’entre nous pouvons nous glisser dans la peau d’un policier de la bien-pensance, gardien-esclave de la ligne de conduite à adopter.

    Pensez-vous vraiment que l’existence humaine se résume à des paradigmes sociétaux ? Nos coutumes, nos traditions, nos habitudes peuvent être aussi néfastes que salvatrices. Répéter mécaniquement des faits et gestes, des façons de réfléchir peut sembler normal et propre à l’espèce humaine. Pourtant, bien souvent, il en va tout autrement. Je pense que l'humanité n’est pas un acquis de naissance, c’est un but à atteindre, une perfection, ou pour réutiliser le terme du philosophe suisse Alexandre Jollien, une construction de soi. Je ne suis pas de ceux qui vous diront qu’il y a une façon de penser meilleure que d’autres, je ne vous chanterai pas les louanges d’un modèle unique, Ô non ! Je vous répéterai plutôt mille et une fois : pensez ! pensez ! bon sang mais pensez par vous-mêmes ! Nous ne sommes pas des assistés intellectuels, nous avons le droit d’user de notre matière grise pour créer, pour répandre joie et bonne humeur, pour nous révolter, pour acquiescer s’il le faut. J’irai plus loin encore : il s’agit d’un devoir.

    J’aimerais prendre un exemple qui me tient à cœur : l’excellent ouvrage de Jean Ziegler : « Destruction massive », qui fait un état des lieux concernant la faim dans le monde.

    Ce livre est une perle, non parce qu’il traite d’un sujet agréable, tout au contraire, mais bien parce qu’il recèle des informations triées sur l’ongle et témoigne une expérience empirique sur la question. Le lire, c’est déjà un pas en avant, même si la pensée qui s’y trouve appartient à quelqu’un d’autre. Je ne vous dirai jamais de vous affranchir entièrement de l’apport intellectuel que nos ancêtres et nos contemporains nous apportent. Je vous encourage même à vous y référer, et à y puiser un maximum d’informations. Soyons sceptiques, n’acquiesçons pas sans preuve.

    Le travail de monsieur Ziegler est phénoménal. Après avoir lu toutes ses conclusions et ses témoignages, force est de constater que nous sommes toutes et tous responsables, individuellement et globalement, à cette appauvrissement d’une catégorie de la population terrestre.

    Ce bouquin est un appel à la révolte et à l’indignation. Son auteur cherche à nous ouvrir les yeux, et nous faire sortir des habituelles perceptions manichéennes de la « réalité » que nous renvoient les mass media, les élites et autres. Gandhi disait très justement « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Mon adage personnel s’en rapproche beaucoup : la révolution commence par soi-même. Pour cela, il faut accepter qu’il n’y ait pas que du noir et du blanc, bien au contraire, et que le système est composé de multiples nuances de gris. Il faut accepter notre part de responsabilité, même passive, même tacite, face à cette réalité. Certaines sciences humaines, comme la psychologie, tentent de nous déresponsabiliser face à nos mauvaises habitudes, ou nos comportements abusifs. En jargon psychiatrique, cela s’appelle « pathologie », tiré du Grec ancien, signifiant « étude des passions ». Je ne compte pas rentrer dans le domaine de la critique de ce domaine, je tente seulement d’extraire des faits qui peuvent conduire à une déresponsabilisation comportementale. La « pathologie », très souvent reprise à tort comme un synonyme de « maladie », existe probablement bel et bien, mais à mon sens ce n’est pas un témoin d’une fatalité naturelle, indissociable à notre existence, plutôt un symptôme de multiples paradigmes sociétaux. Je ne suis évidemment pas sociologue, je puis me tromper et je l’admettrai sans rechigner. Mes analyses n’engagent que moi, je tiens à le préciser.

    Ce qui me semble important ici, c’est de dénoncer les déviances que de tels paradigmes peuvent engendrer. Il existe des pseudo-scientifiques qui prennent parti pour certaines paraphilies, en affirmant qu’il s’agit notamment d’un comportement strictement « naturel » et « saint » pour l’appareil reproductif de notre espèce. Comprenez la dangerosité d’une telle manipulation de la pensée. Il ne faut en aucun cas se soumettre à un quelconque argument d’autorité, c’est-à-dire émanant d’une institution reconnue, qu’elle soit scientifique ou étatique, d’autant plus si notre intuition nous porte à croire qu’il n’est pas fondé.

    Je repense à une phrase de Friedrich Nietzsche : « si vous ne pouvez être des saints de la connaissance, soyez en au moins les guerriers ».

    C’est évidemment imagé, pour ma part, les saints font référence à ceux qui se réclament scientifiques, ou de toute autre fonction autoritaire. Être le guerrier de la connaissance, dans cette interprétation, revient à encourager chacun d’entre nous à veiller à ce que la connaissance soit utilisée à des fins propices, qu’elle ne soit pas travestie par des manipulateurs qui font leur foin au détriment d’enseignements et de constats pourtant importants.

    Je vous enjoins donc à prendre les armes idéologiques et à vous servir, à utiliser votre pensée pour bâtir de nouvelles fondations !

    La crise idéologique, comme je l’appelle, je la constate dans divers comportements. Actuellement, la propension qu’ont les gens à se rattacher à une pensée forte, très souvent extrémiste, en ces temps de crise, croît de façon inquiétante. Ces périodes difficiles pour la masse se traduit trop souvent dans une exacerbation du sentiment d’appartenance à sa nation, et dévie malheureusement en xénophobie, islamophobie (actuellement très en vogue, il s’agit de l’ennemi idéologique numéro un sur la liste des combats de la sacrosainte pensée occidentaliste), homophobie, racisme, fascisme, et j’en passe et des meilleurs. Tout cela relève d’une pensée politique spécifique, avec des intérêts financiers conséquents.

    L’économie périclite, et cela induit une peur omniprésente dans l’esprit des gens. La terreur du lendemain grandit continuellement, et fait parfois prendre des décisions hâtives à bon nombre de personnes.

    Je n’ai pas la science infuse, mais je fuis cela comme la peste. Mon conseil, c’est de rester attentif et de ne surtout pas se précipiter. Recouper les informations, se renseigner, calculer si nécessaire les données qui nous sont fournies, bref, faire un véritable travail d’archéologue pour extraire le bon du mauvais. C’est dans ces moments-là que les propagandistes peuvent développer au mieux leurs armes de destruction massive, invisibles, et pourtant si dangereuses.

    Il ne faut pas croire que notre système est le meilleur possible. D’ailleurs, ne pas croire non plus que c’est le pire (bien qu’il nous est possible de le penser), plutôt reconnaître que tout changement est bon à prendre, car la vie est un mouvement perpétuel. Je pense que l’être humain est perfectible et ne doit jamais se reposer sur ses lauriers. C’est une erreur qui pourrait s’avérer fatale.

    Il ne faut pas se fier aux apparences. Certains discours peuvent sembler remplis d’humanité et cacher en réalité un venin mortel…

    Cette crise idéologique, s’il en est, doit être combattue. Non par la violence, je m’y oppose catégoriquement, mais par la foi en la capacité humaine de se perfectionner, d’aller toujours vers l’avant, quand bien même certains contempteurs de la vie souhaiteraient nous rendre la pensée cynique et acerbe. Croyez en ce qui vous fait plaisir : soyez animistes, bouddhistes, musulmans, juifs ou chrétiens, théistes ou athées, que sais-je, sans jamais oublier qu’il n’y a pas de pensée unique, que les normes ne sont pas une fatalité ni une Vérité irrémédiable.

    Prenez conscience que nos habitudes et tout ce qui s’en suit sont intimement liées à des paradigmes/habitus sociétaux. Un enchevêtrement de conditionnements qui, superposés l’un à l’autre, forment des comportements spécifiques, toujours différents selon les individus. Ne vous laissez pas abuser par des bienpensants qui vous diront que ceux qui ne réfléchissent pas de telle façon sont des réactionnaires, des parvenus ou des marginaux. C’est une atteinte à vos droits fondamentaux. Ce ne sont en tout cas pas des hommes médiatisés, journalistes ou rédacteurs de magazine qui détiennent la connaissance suprême. Il n’y en a pas.

    Mon objectif avec ce texte est de vous aider à vous libérer des dogmes qui se réclament de la pensée unique.

    Je ne suis pas un saint de la connaissance, je me reconnais d’ailleurs davantage dans le rôle du guerrier, mon but est noble.

    Pour ma part, je pense que nous devons nous rattacher à certaines habitudes que nous avons perdues. Considérer les autres avec un regard bienveillant, accepter de partager, de donner sans compter, de rendre service, d’être à l’écoute, de sauver si possibilité se montre, d’être humain, en somme !

    Je suis confiant, contrairement à beaucoup de mes contemporains, malheureusement, dans la capacité évolutive de l’humanité. Il n’y a pas de fatalité, et tant qu’il y aura de la vie, les changements se produiront inévitablement.

    Je n’ai pas de religion à proprement parler, cependant j’ai foi en l’être humain, et son meilleur outil face aux ténèbres : la pensée.

    C’est important d’avoir des valeurs, quand bien même cette façon d’être semble révolue. Il y a encore plus impératif : la versatilité de nos idées et idéaux. Aucun concept n’est éternel, jusqu’à preuve du contraire.

    Alors, mes ami-e-s, mes sœurs et mes frères, soyez votre propre instrument dans l’évolution de notre communauté humaine.

     

  • Du bonheur d'être soi

    Qu’est-ce que le bonheur ? Une excellente question, à laquelle de nombreux auteurs ont tenté, tant bien que mal, d’apporter quelques éléments de réponse.

    Pour ma part, je pense qu’il s’agit avant tout d’un sentiment personnel, qui ne peut se décliner sous des appellations spécifiques. Il n’y a, il faut le dire, pas de véritable chemin qui y conduise, néanmoins il existe des outils pour en saisir le sens et peut-être – qui sait ? – l’effleurer.

    Certains sages, parmi les plus célèbres, recommandent l’ascèse. C’est une possibilité, mais je crois qu’il y en a d’autres, qui ne nécessitent pas obligatoirement la maîtrise de ses envies ou de ses douleurs.

    À ce propos, Alain disait « le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même ». Mon interprétation de cette phrase différera peut-être de celle que s’en fera le lecteur, cependant il me semble évident qu’il ne faut pas courir après la paix en espérant y trouver ensuite le bonheur, comme si l’un permettait l’accès à l’autre, car ce serait une erreur, de compréhension comme de trajectoire, que de perdre du temps de la sorte.

    En somme, et toujours selon ma propre interprétation de la citation susmentionnée, le bonheur est une forme de paix, ce qui équivaut à dire que le bonheur est la paix même, puisque la différence ne serait qu’une question conceptuelle voire de rigueur dans les termes.

    « Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur. »

    Voilà ce qu’écrivait Horace à ce sujet. Cela peut être compris de mille façons, mais l’évidence s’impose d’elle-même. Chercher, c’est indubitablement se tromper, car le bonheur n’est pas caché, il ne se tapit pas en de sombres recoins, au contraire, il est à portée de nous, encore faut-il être en mesure de le voir ! Une fois encore, j’en reviens à la sagesse des anciens en citant Marc-Aurèle : « celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d'un autre. Celui qui aime le plaisir met son bonheur dans ses propres penchants. Mais l'homme intelligent le place dans sa propre conduite. » Cette vision me séduit, car je crois que le vieil empereur de Rome a saisi l’essence même que représente le bonheur, c’est-à-dire la cohérence entre nos actes et ce que nous sommes.

    Et là, nous abordons le thème principal de cet essai, qui se résume en cela : « le bonheur d’être soi ».

    Qu’est-ce qu’être soi, alors ? De mon point de vue, et là je parle de ma propre expérience, être soi, s’accepter soi-même, c’est se laisser épanouir par ce qui nous attire, ce qui nous passionne, ce qui aiguille notre curiosité, mais ce n’est pas seulement ça. C’est un engagement à prendre en soi, pour soi et avec soi, c’est un contrat qui ne saurait être violé, sans quoi rien n’est possible. Nombreuses sont les petites contrariétés de l’existence, et plus encore les conflits intérieurs. Il arrive, malheureusement pour beaucoup, qu’il faille taire cette petite voix qui résonne au fond de chacun, passer outre ses propres répugnances, ses propres convictions et pis encore, sa propre humaine morale, tout cela dans le but de plaire, convenir à une norme ou se cacher lâchement derrière l’attitude communément admise comme étant la meilleure.

    Pour comprendre ce qu’implique le bonheur d’être soi, il faut saisir le cheminement qui nous conduit à l’épanouissement de ce « soi » dont il est question. À considérer les autres êtres humains, nous sommes tous plus ou moins semblables, à quelques détails près, au moins du point de vue de l’apparence externe. Or, nous avons la conscience d’être, nous nous savons être, ceci en paraphrasant Albert Jacquard, et nous détenons de merveilleux outils qui nous permettent de façonner en nous, dans nos pensées, toute une constellation où sont liés nos désirs, nos goûts, nos connaissances, nos représentations, notre imagination, bref un incroyable enchevêtrement de petites choses qui font que chacun possède une personnalité unique. Selon moi, le bonheur d’être soi, c’est justement consentir à exprimer ce sublime ensemble qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Il s’agit avant tout de s’accepter tel que nous sommes, s’écouter, et mettre en symétrie nos actes avec nos pensées. Pour prendre un exemple qui m’est personnel, c’est laisser libre cours à sa sensibilité, quitte à être en désaccord avec notre entourage et la norme en vigueur ; refuser de faire ce qui nous avons en horreur. J’ai entamé ce long chemin qu’est l’acceptation d’être soi-même en décidant de ne plus manger de viande par respect pour les animaux, dont la souffrance m’a toujours ébranlé au plus haut point. D’une certaine façon, le premier pas vers cette épopée en soi-même, c’est se (re)connaître. En mettant un cran d’arrêt sur une attitude que nous avions toujours eue mais dans laquelle nous ne nous reconnaissions pas, c’est le meilleur moyen de s’exprimer soi-même, d’invoquer notre personnalité et dire haut et fort « non, je ne veux pas faire ça, ce n’est pas moi, cela ne me correspond pas ».

    Il faut également savoir ce que nous aimons, ce qui nous fait vibrer, nous motive, pour l’exercer dès qu’il nous est possible de le faire, et ce qu’importe le « qu’en dira-t-on », dans la mesure où ce qui nous plait ne porte pas atteinte à l’intégrité de qui ce soit, entendons-nous bien. Ce n’est pas chose aisée dans notre société, j’en conviens volontiers. Mais c’est plus qu’un besoin, c’est une nécessité.

    Pour atteindre le bonheur, il faut chérir ce que nous avons et ce que nous sommes. Bouddha nous l’enseigne : « soyez à vous-mêmes votre propre refuge ; soyez à vous-mêmes votre propre lumière ».

    En agissant ainsi, non seulement nous trouvons cette paix intérieure, ce bonheur, mais plus encore, nous nous sentons mieux dans la place que nous occupons par rapport aux autres, et il nous est possible alors de vouloir en faire autant pour eux. Il faut voir en l’Autre le prolongement de Soi, et faire en sorte de lui transmettre ce qui est important pour nous, car cela se peut qu’il en soit de même pour lui.

    À chaque fois qu’agir est nécessaire, il est impératif de se demander la manière dont nous aimerions le faire pour être en accord avec le regard que nous nous porterons à ce propos ultérieurement. Si un doute s’installe, alors mieux vaut agir autrement, car porter sur ses actes un jugement méprisant est le meilleur moyen de saper le bonheur d’être soi, et de nous contraindre à ne plus être en paix avec nous-mêmes. Donner un sourire à un Autre, c’est se sourire à soi-même.

    Le bonheur d’être soi est probablement la sensation la plus forte que nous puissions ressentir, celle qui nous lie à la vie de la façon la plus intense qui soit.

    Alors n’attendez plus et suivez le conseil de Nietzsche : « deviens celui que tu es » !

  • Questionnement sur la violence

    Qu’est-ce qui nous rend si violent ?

    Je constate avec effarement que les mots « civilisé », « respect » et « tolérance » n’ont aucun sens dans nos sociétés. La civilisation suppose que l’être humain mette de côté ses instincts et ses pulsions pour vivre en communauté. Est-ce vraiment le cas ?

    Non. L’industrie médiatique, d’une part, met tout en œuvre pour cultiver nos fantasmes et nos instincts. D’autre part, les actes dont nous nous rendons coupable envers nos semblables et les autres espèces témoignent d’une incapacité à se détacher d’une violence primaire. Les avancées scientifiques permettent de réaliser à quel point l’intelligence humaine est complexe.

    De tous temps, l’être humain a voulu s’émanciper du reste du vivant, cherchant toujours une différence qui le placerait au-dessus des autres. Il a inventé des termes spécifiques pour contrôler ces différences. Entre autre « espèce » et « race ». Comme si, indubitablement, il lui fallait se situer en dehors de ce tout. Un besoin viscéral qui de nos jours a encore une importance non dissimulée.

    Partir des divergences pour établir un chaînon du règne animal, voici une bien étrange attitude.

    Ne faudrait-il pas d’abord faire l’inventaire de nos ressemblances, nos similitudes, pour mieux nous situer dans cet ensemble dont nous faisons, que nous le voulions ou non, partie intégrante ?

     

    L’humanisme, terreau de la violence.

    Ce comportement a eu pour but de nous établir sur un trône qui nous arroge le droit de disposer du reste de notre planète, et plus récemment, de conquérir l’Univers, puisque pour l’instant nous sommes les seuls représentants d’une forme de vie intellectuellement très évoluée.

    Les autres, qualifiés d’espèces, sont donc devenus intrinsèquement liés à nous. L’humanisme a contribué à cette représentation anthropocentriste du monde. Mais ce courant de pensée philosophique est né malade, gravement. Atteint d’une forme de virus parasitaire que j’appellerai « violence ».

    Dès lors, il s’est propagé à une vitesse vertigineuse, et a asservi nos semblables qui étaient affublés du terme de « sauvage » afin d’instaurer à nouveau une différence justifiant notre droit de disposer d’eux… Le colonialisme et l’expansion territoriale ont très vite trouvés des alliés de choix. La religion et la philosophie, toutes deux anthropocentristes, se sont pour une fois entendues sur un même sujet. L’asservissement allait de pair avec cette manière de percevoir l’humanité comme détentrice de tous pouvoirs.

    La violence était véhiculée par le biais de cette perception. Puisque nous pouvions différencier les animaux entre eux et surtout d’avec nous-mêmes, il était également possible de le faire dans notre propre espèce. De là, les races ont pris une nouvelle identité. Les sauvages, c’est-à-dire les êtres humains que nous avons rencontré au gré des voyages des colons et de leurs découvertes, étaient donc indubitablement différents de nous, puisque leurs civilisations et leurs coutumes apparaissaient comme « primaires ». Pourquoi ne pas en faire des esclaves ?

    Aussitôt dit, aussitôt fait. D’ailleurs, avant même les races, le sexisme a toujours existé au sens de l’humanité, du moins dans nos sociétés récentes. Les femmes n’ont jamais eu les mêmes droits et traitements que leurs semblables hommes. Aujourd’hui, l’esclavagisme et le sexisme tendent à disparaître, bien que dans certains cas, nous pouvons aisément les rattacher à des comportements humains, quand bien même nous pourrions longuement débattre de l’aliénation au travail, comme nouvelle forme d’esclavagisme. Ceci est un fait.

     

    La violence dans nos assiettes, le paradoxe de l’ère industrielle ou les animaux esclaves.

    L’humanisme, aujourd’hui, a apposé sa marque sur de nombreuses questions morales et juridiques.

    Il justifie que les animaux, à savoir tous les êtres vivants sensibles en dehors de l’homme, soient à la disposition de l’humanité afin de répondre à ses besoins. Dès lors que nous naissons de ce côté-ci de la vie, l’élite de l’existence terrestre finalement, nous avons tous les droits sur les animaux. Dans une certaine mesure, puisque l’hypocrisie sociale tend à donner des droits juridiques à ces mêmes animaux pendant que d’autres naîtront, seront élevés et mourront dans des conditions innommables.

    À partir de là, quelle est la limite entre les animaux sauvages, de bétails et les animaux domestiques ? Il n’y en a aucune, du moins moralement et philosophiquement. Scientifiquement, encore moins. Pourtant cela suffit à permettre des massacres et des génocides à grande échelle, sans que quiconque ne s’en indigne, nonobstant d’irréductibles défenseurs de la « cause animale », évidemment marginalisés.

    « L'abattage des animaux pour fournir de la viande représente plus de 1090 animaux par seconde soit 60 milliards d'animaux tués chaque année représentant 280 milliards de kilos (vs. 44 milliards en 1950) » selon la FAO.

    Pouvons-nous décemment tolérer une telle ignominie dans le seul but de remplir nos assiettes de chairs tendres et savoureuses ? Pendant que d’autres êtres humains meurent de faim dans le reste du monde qui plus est, alors que les ressources économisées pour l’élevage et l’abattage de ces pauvres bêtes permettraient de nourrir la population mondiale sans même dépenser un centime de plus ?

    Voilà un exemple de violence d’une envergure phénoménale, et qui est acceptée tacitement par la majorité des êtres humains. N’y a-t-il pas matière à s’offusquer ?

    Et à relier d’autres formes de violence, qui plus est ?

    L’homme craint la mort, parce qu’il en a conscience. Pourtant, le voici chaque jour responsable, même passivement et indirectement, de dizaines de milliers de morts ! Si ce n’est des millions. Je nomme cette forme de mort « la sublimation sous cellophane », parce qu’il s’agit de la rendre (la mort) appétissante et agréable à regarder. Que dire de cette contradiction fondamentale, sinon qu’elle dépasse l’entendement ?

    L’élevage, ce n’est de loin pas, comme l’ont clamé longtemps durant les producteurs, un conte de fée pour enfants. À l’heure actuelle, le bétail a subi de nombreuses crises, notamment il y a quelques années la maladie de Creutzfeldt-Jakob, plus communément appelée la « vache folle ».

    Elle aurait été transmise par des bovins atteints de l’ « encéphalopathie spongiforme bovine », apparue en 1985, elle est directement liée à l’alimentation des animaux : la politique inhumaine du profit a poussé des producteurs à recycler les déchets d’abattoir. Vous l’aurez sans doute remarqué, la plupart du bétail consommé est issu de mammifères herbivores, et de volailles. Ce sont les farines de viande et d’os animales. Ce que nous ne voudrions pas même mangé, nous le donnons à ces pauvres bêtes pour économiser un maximum.

    Imaginez seulement les centaines de milliers d’animaux innocents qui ont été abattus froidement lors de cette crise alimentaire.

    D’autres tactiques économiques sont à l’œuvre dans l’élevage et le gavage. Certains animaux bénéficient de traitements spécifiques, comme par exemple les truies, qui sont modifiées afin de pouvoir enfanter plus souvent, entre autres abominations.

    Cette forme de violence, indubitablement, termine directement dans nos assiettes, l’air de rien, sublimé par de belles cellophanes et quelques indications rassurantes. La transparence pour les consommateurs,

    Violence, violence et encore violence ! Toujours violence. Dans nos pensées, dans nos coutumes, dans nos habitudes et nos automatismes. Elle se cache en chacun d’entre nous.

    Les médias en font leur gagne-pain, ils la transmettent, l’habillent et la délivrent en toutes circonstances.

    Manger devient alors un acte qui ne permet pas la remise en question, puisqu’il est nécessaire. Et c’est bien là que le bât blesse.

    Il faut être capable de se représenter mentalement toute l’ampleur de cette question, et ce n’est pas chose aisée, car il importe de s’émanciper des carcans conditionnés par nos us et coutumes. Une tradition, même alimentaire, est sujette aux lois éthiques qui régissent nos comportements, c’est-à-dire que nous pouvons nous y pencher et suggérer qu’il faille changer drastiquement nos habitudes fondamentales.

    En 60 ans, nous avons augmenté le massacre des animaux avec un ratio multiplicatif de 7 !

    Paradoxalement, nos découvertes en éthologie et dans les autres disciplines qui étudient les animaux n’ont fait qu’avancer, rendant ces êtres plus près de nous qu’ils ne l’ont jamais été. Je ne rentrerai pas davantage dans le sujet et n’accorderai pas de place à l’expérimentation et le divertissement, responsables également d’atrocités envers les animaux, mais ayez malgré tout à l’esprit que cette violence ne s’arrête pas à nos assiettes…

     

    La violence est-elle un bien commun ?

    Ma question, aujourd’hui, est la suivante : la violence que nous perpétrons à l’égard de nos semblables, qui sont dotés au moins des mêmes capacités cognitives que nous (toute proportion gardée), et peuvent ressentir la douleur, la tristesse, la peur et le stress, ne pourrions-nous pas lui imputer la responsabilité d’une dégénérescence de la violence, qui ne s’arrête malheureusement pas aux frontières des animaux non-humains et des animaux humains ?

    Il y a d’autres sujets à aborder dans cette thématique, j’en suis conscient. Je considèrerai les médias comme autant de facteurs déterminants dans la contamination globale de la violence au sein de nos habitudes. Mais pour l’heure, je m’arrêterai aux constatations susmentionnées, il y a déjà énormément de travail, et c’est probablement la situation la plus urgente à traiter, car ce que nous sommes capables d’infliger à des êtres doués de sensibilité semblable à celle de l’être humain, nous pouvons indubitablement la reproduire sur notre prochain.

    Je conclurai cette mise en exergue d’une problématique d’importance par une citation de Romain Rolland, lauréat du prix Nobel de littérature en 1915 :

    « La cruauté envers les animaux et même déjà l’indifférence envers leur souffrance est à mon avis l’un des péchés les plus lourds de l’humanité. Il est la base de la perversité humaine. Si l’homme crée tant de souffrance, quel droit a-t-il de se plaindre de ses propres souffrances ? »