Gregoire Barbey

06/05/2015

C'est toujours de la faute de la chancelière

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Les bulletins de vote sont-ils arrivés en retard dans certaines communes genevoises pour le second tour des élections municipales? C'est ce qu'affirment certains élus sur les réseaux sociaux. De son côté, la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa précise que les derniers envois ont dû arriver hier. «Après vérification, nous avons toutes les raisons de croire que La Poste a pu remplir son mandat et délivrer le matériel 5 jours avant le scrutin, conformément à la loi», ajoute-t-elle. Car si des élus se plaignent de voir les bulletins arriver si tardivement dans les boîtes aux lettres des électeurs, c'est avant tout parce que le Parlement a modifié le délai qui sépare les deux tours de l'élection aux exécutifs municipaux, passant de 5 semaines à 3 semaines. C'est un choix. Et si certains élus et autres éditorialistes critiquent aujourd'hui cette durée qui paraît effectivement trop courte, ils n'ont pas manqué lors du second tour des élections au Conseil d’Etat il y a deux ans de scander à qui voulait l'entendre que 5 semaines ça paraissait être une véritable éternité. Le Grand Conseil s'est en partie fondé sur ce sentiment dans sa décision de réduire la durée séparant les deux tours. Cette décision impliquait également la réduction du délai légal d'envoi du matériel de vote qui est de 10 jours avant le scrutin pour le premier tour à 5 jours pour le second.


C'est quand même difficile de venir s'en prendre directement aux services de la Chancellerie et à la chancelière elle-même qui ne sont pas responsables des changements législatifs. Mais certains ne manquent pourtant jamais une occasion de le faire. A Genève, s'il pleut, il faut en général penser qu'Anja Wyden Guelpa y est pour quelque chose. Même si tout porte à croire que sa responsabilité n'est pas engagée. C'est le cas présentement en ce qui concerne l'envoi des bulletins de vote. On peut raisonnablement penser qu'un délai de quatre semaines entre les deux tours serait plus judicieux pour limiter les risques de retards. Ce qui n'empêche pas de relever l'importante organisation logistique nécessitée par le nouveau mode d'élection à deux tours. La chancelière relève que certains de ses collaborateurs ont travaillé jour et nuit à plusieurs reprises afin que soit délivré le matériel dans les délais impartis par la loi. Et qu'il suffit d'un imprévu lors de l'impression des bulletins, leur mise sous pli ou leur distribution par la Poste pour que les délais légaux ne soient plus tenus.


Bien souvent à Genève la critique est plus aisée que la réflexion. Dans le cas de l'envoi des bulletins de vote, si les élus sont déçus du délai légal imparti à la Chancellerie pour délivrer le matériel à temps, ils n'auront qu'à modifier la loi par la voie parlementaire pour augmenter la durée qui sépare les deux tours des élections. C'est un peu facile de se décharger de ses propres responsabilités sur autrui. Même si comme je le mentionnais plus haut, la chancelière fait toujours l'objet de ces critiques acerbes de la part des mêmes personnes. A contrario, on ne les a jamais vu féliciter la Chancellerie lorsqu'elle délivre les résultats des élections le jour même et ce malgré d'impressionnants défis et contraintes sur le plan logistique et organisationnel. Finalement on en vient à s'interroger si cela ne dérange pas certains de voir une femme à la tête d'une telle institution puisque les critiques s'éloignent très souvent de la réalité des faits. Quant à dire que cette situation est le symbole d'une démocratie qui s'endort, ça frise l'excès. Le vote anticipé est un confort et a pour objectif de limiter les abstentions. Mais si la démocratie implique de s'acquitter de son devoir de citoyen sans effort juste par acquis de conscience, on se demande bien à quoi ça peut servir de donner à la population le droit de vote. Si les électeurs estiment que le délai est décidément trop court pour cette élection, ils n'auront qu'à faire un effort, une fois dans l'année, et se déplacer dimanche matin au local de vote de leur commune. Vu l'importance que revêt pareil rendez-vous électoral, l'effort semble bien mince.

Grégoire Barbey

09:48 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

24/04/2015

Laurent Seydoux en porte-à-faux avec le MCG

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Tout ça est très bizarre. Nous apprenions par Jérôme Faas dans 20 Minutes hier que Laurent Seydoux aurait tenté une alliance avec le Mouvement citoyen genevois pour favoriser sa candidature à l'Exécutif de Plan-les-Ouates. Le président des Vert'libéraux dément formellement avoir évoqué ce point avec Francisco Valentin (candidat MCG à la Mairie de Plan-les-Ouates) ou avec le président du MCG Roger Golay. Laurent Seydoux affirme n'avoir fait qu'évoquer le retrait de la candidature de Francis Valentin qui n'a selon lui aucune chance d'être élu au second tour. Dans le but d'un report de voix au bénéfice de la candidature du président des Vert'libéraux.

Or, Francisco Valentin et Roger Golay maintiennent leur version des faits, je les ai contacté tous les deux. Laurent Seydoux aurait bien proposé une alliance. Ce que ce dernier conteste avec force. Qui ment? Le MCG a-t-il intérêt à affaiblir Laurent Seydoux sachant que son parti ne représente pratiquement rien? Drôle de calcul sachant qu'avec ou sans les Vert'Libéraux, le candidat MCG n'a aucune chance d'être élu. Ou Laurent Seydoux a-t-il intérêt à minimiser sa tentative d'alliance avortée avec le MCG vu les conséquences importantes que ça a déjà eu, en quelques heures, sur les réseaux sociaux (des militants ont fortement réagi, l'avocat William K. Rappard a même fait part de sa démission séance tenante)?

On sait que Laurent Seydoux tient beaucoup à retourner à la Mairie de Plan-les-Ouates. Au point de s'allier avec le MCG? Ce n'est pas impossible. Ce qui est étonnant, dans toute cette affaire, c'est qu'il y a semble-t-il une tentative de travestir la vérité. Le problème pour Laurent Seydoux, sans préjuger de sa version des faits, c'est qu'il perd beaucoup de crédibilité à l'égard de sa base. Quand bien même il dirait la vérité, le mal est déjà fait.

La leçon de cette histoire, quelle qu'en soit la part de réalité, c'est qu'en politique, il faut bien réfléchir avec qui l'on entame des discussions stratégiques. Que ça soit dans le but d'évoquer le retrait d'une candidature ou la création d'une liste commune. C'est toujours plus difficile de se justifier a posteriori que d'en discuter ouvertement avec ses militants en amont.

Grégoire Barbey

14:20 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

21/04/2015

Stauffera bien qui Stauffera le dernier

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Le Mouvement citoyen genevois (MCG) a connu sa première «défaite électorale». Les guillemets sont volontaires, car il s’agit davantage d’une correction. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que quelques jours encore avant le scrutin du 19 avril, nombreux étaient les membres du MCG à pavoiser publiquement sur la sanction populaire qui allait frapper les partis traditionnels, les rares voix qui s’élèvent encore parmi la direction du parti tentent de limiter les dégâts avec une mauvaise foi affolante.

Revenons sur les résultats. Le MCG n’a pas réussi à se positionner de façon favorable dans la course à l’Exécutif de l’une des 45 communes du canton de Genève. Même son bouillonnant président ad aeternam Eric Stauffer est en passe de perdre son siège de magistrat communal à Onex. Et sur le plan de sa représentation au sein des Délibératifs, celle-ci a reculé de 12,33% (de 73 à 64 sièges). Il s’agit donc bel et bien d’une stabilisation. Le parti semble avoir atteint ses limites en termes de croissance. Même s’il est encore beaucoup trop tôt pour l’affirmer sans l’ombre d’un doute.

Dimanche soir, Eric Stauffer a tenté d’expliquer sa déroute avec son habituelle assurance et son adaptation  inélégante des faits. Plutôt que de reconnaître sa défaite avec le panache qui le caractérise, le président d’honneur du MCG a tenté de revêtir les habits de la victime pour mieux défendre la dialectique d’opposition que son parti a élaborée. Voici sa ligne de défense: il n’a pas perdu, il a été poussé hors du trio de tête à cause d’une «alliance contre-nature». Le libéral-radical François Mumenthaler s’est effectivement emparé de la troisième place avec une légère avance de 200 voix. Selon Eric Stauffer, les électeurs de la gauche ont massivement rajouté le candidat PLR. C’est en partie vrai. Mumenthaler avait d’ailleurs ouvertement défendu le bilan des deux magistrates de gauche à l’Exécutif d’Onex. Un appel du pied à leur électorat. Mais l’alliance n’était pas officielle et seuls les électeurs de la gauche ont eu en main la capacité de décider si oui ou non ils préféraient voter pour un candidat de droite dans le but de barrer l’accès à Eric Stauffer.

Force est de constater qu’ils ont préféré cette perspective. En ce qui concerne Eric Stauffer, on constate, à la lecture des chiffres, que son résultat est médiocre: environ 500 voix de moins qu’il y a quatre ans. Alors que le nombre d’électeurs est constant. Eric Stauffer pourra donc tergiverser, vitupérer, accuser la presse, inventer des alliances qui n’avaient pas lieu au premier tour, le résultat qui est le sien, il ne le doit qu’à lui. A Lancy, le président en fonction du MCG Roger Golay n’a pas réalisé le score époustouflant qu’il était en droit d’attendre. Son parti étant le premier de la ville sur le plan de la représentation au Conseil municipal. Il arrive malgré tout en troisième place, mais loin derrière les candidats de la gauche (1000 voix de moins). Quand bien même les libéraux-radicaux de Lancy avaient laissé entendre qu’une alliance avec le MCG au deuxième tour serait envisagée.

Reste que le MCG continue de parler à son électorat. Il a publié au lendemain des élections un communiqué de presse sobrement titré: «Un nouvel adversaire politique: la Tribune de Genève». Il s’en prend ouvertement au journal, qu’il estime ne pas respecter son devoir d’objectivité et d’impartialité. C’est clair que la TdG n’a jamais offert au MCG une vision aussi complaisante du parti anti-frontaliers tel que le fait régulièrement Pascal Décaillet dans sa chronique à l'hebdomadaire GHI. Mais plutôt que de respecter la liberté de la presse et, partant, le droit de disposer librement d’une ligne éditoriale, le MCG veut faire des médias son bouc émissaire. Une stratégie propre à l’extrême droite, toujours en rupture avec le système, dont les journaux, la radio et la télévision font évidemment partie. Le parti d’Eric Stauffer aura beau trouver toutes les excuses possibles et imaginables (même les moins crédibles), le résultat de ce 19 avril est clair. Le MCG doit désormais se remettre en question et cesser d’éructer contre celles et ceux qu’il a tant et tant de fois diffamé, injurié et blessé. Le MCG s’attendait à une sanction populaire à l’encontre de ses adversaires. C’est lui et son allié l’UDC qui en font les frais. Alors, la démocratie, ça fait mal, hein?

 

Grégoire Barbey

21:18 Publié dans Elections communales de 2015, Genève | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

13/11/2013

La stratégie électorale d'Adrien Genecand

Petit cours de vulgarisation d'une stratégie politique plutôt convaincante.

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Adrien Genecand. Le conseiller municipal et chef de groupe PLR vise le Conseil
administratif de la Ville de Genève en 2015. Et anticipe visiblement déjà l'élection.


Guillaume Barazzone est ouvertement attaqué par les membres du Parti libéral-radical en Ville de Genève. Cela est dû à sa décision d'assumer le mandat de conseiller national de Luc Barthassat (élu au Conseil d'Etat dimanche) tout en étant également conseiller administratif. Le PLR, qui a fait campagne en faveur du PDC, n'est forcément pas très chaud pour ce cumul, qui pourrait impacter négativement son travail de magistrat. Le parti le fait donc savoir. Mais derrière, il y a Adrien Genecand. Lui rêve d'obtenir un siège à l'Exécutif communal de la Ville. Alors plutôt que de tirer à la même corde que ses collègues, il prend le contre-pied... et soutient Guillaume Barazzone dans sa démarche.

 

Bien sûr, Adrien est un politicien particulièrement brillant. Il sait sans aucun doute à quel point la population n'apprécie guère le cumul des mandats exécutifs et parlementaires (elle a d'ailleurs voté pour l'interdiction du cumul conseiller d'Etat et conseiller national). En motivant son allié mais néanmoins adversaire pour 2015 (période des élections communales), il prend le parti de récupérer son siège.  Il sait aussi très bien à quel point la Ville de Genève est à gauche. Voire maintenant proche du MCG si l'on en croit les résultats du 6 octobre et du 10 novembre. Il n'est donc pas sûr, contrairement à la stratégie affichée par son président de parti Alain-Dominique Mauris, que la droite modérée puisse obtenir deux sièges aux prochaines élections.

 

En donnant donc son aval à Guillaume Barazzone (même si cela n'influence pas la décision du magistrat), il est malin: il se profile pour 2015. Ses collègues au PLR devraient en prendre de la graine. Plus mesuré, il ne surréagit pas. Adrien anticipe. Et démontre qu'il a toutes les qualités d'un bon stratège.


Grégoire Barbey

11:33 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |