Gregoire Barbey

11/12/2013

St.-Pierre: dans la continuité et la prudence

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François Longchamp. Le président du Conseil d'Etat a prononcé hier le traditionnel
discours de Saint-Pierre lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement.

 

Le discours de Saint-Pierre prononcé hier par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement était excellent: axé sur la région franco-valdo-genevoise, l’exécutif a marqué son désir de continuer la construction d’un bassin lié par-delà les frontières juridico-politiques. Toutefois, pas de grandes surprises dans la déclamation du doyen du Conseil d’Etat. C’est un discours marquant une certaine continuité. Dès les premiers instants d’ailleurs, François Longchamp le confirme. Il convient de mettre en œuvre ce qui a été entamé par les prédécesseurs du nouveau gouvernement.

 

Le discours était empreint d’un évident consensus. Chaque membre y a apporté ses idées, ses convictions. Notamment la préférence locale pour la fonction publique, que mon confrère Pascal Décaillet s’est empressé de relever sur son profil Facebook. Chacun y verra la patte de l’ineffable Mauro Poggia. Mais le terme «cantonal» (vocabulaire propre au MCG) a été substitué au profit de l’aspect local. Et dans la bouche de François Longchamp, ces mots ne résonnent pas comme une préférence faite aux résidents genevois. Lui voit plus grand, plus loin. Lorsqu’il le dit, il entend la région franco-valdo-genevoise. C’est ça, dans son esprit, ce qui est local. Je le rejoins volontiers sur ce point.  

 

Au-delà des phrases marquantes («Genève a choisi la Suisse», «Genève, ce n’est pas rien», etc.), le nouveau gouvernement s’est montré plus général dans son traditionnel discours. Peut-être l’erreur du précédent collège, qui en voulant être trop précis, a payé le prix d’un bilan inférieur aux attentes qu’il a lui-même créées lors de son entrée en fonction. On reconnait ici la prudence habituelle de Messieurs Maudet et Longchamp. A noter toutefois un engagement du Conseil d’Etat très important: défendre le taux d’imposition unique des entreprises à 13%. En effet, comme je le répète depuis plusieurs mois, l’abolition prochaine des régimes fiscaux spéciaux des sociétés est un enjeu crucial pour cette législature. Serge Dal Busco, ministre des Finances, a la lourde tâche de fixer un cap pour l’avenir des recettes fiscales de Genève.

 

Mais je ne me fais guère de souci: l’ancien maire de Bernex est un homme intelligent et surtout malin. Je l’ai vu, lors de l’apéritif offert par l’Etat, rencontrer Pascal Broulis, son homologue vaudois. Les deux conseillers d’Etat vont devoir travailler main dans la main pour défendre les intérêts de leur canton respectif. Bien d’autres thèmes ont été évoqués, et je ne vais pas faire ici l’énumération de chacun d’entre eux. Je reste pour ma part assez sceptique – même si j’ai beaucoup aimé la forme du discours – sur le manque d’engagement du nouveau Conseil d’Etat. Certes, ils annoncent la couleur. On demeure cependant déçu de ne pas voir une volonté d’aller plus loin encore. De se montrer plus volontariste. On mettra ça sur le compte d’un facteur technique important: cinq des sept ministres du gouvernement sont nouveaux. Il est peut-être plus malin de ne pas les griller dès leurs premiers instants d’exercice du pouvoir exécutif cantonal. Je patienterai donc, et ne manquerai pas de revenir, au fil de la législature, sur les points qui m’auront chiffonné ou au contraire réjouit. Je souhaite à chaque membre de ce Conseil d’Etat un franc succès et beaucoup de courage, car il va leur en falloir. Bon vent!

 

Grégoire Barbey

12:00 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

10/11/2013

Mme Rochat: vous pouvez garder la tête haute

Chronique, 10.11.13

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 Isabel Rochat. La magistrate libérale ne méritait pas d'être ainsi traitée par ses collègues
et la presse. Son bilan tant décrié valait-il tant d'invectives au point d'en faire un bouc émissaire?

 

Isabel Rochat a fait ce soir les frais d’une large campagne de dénigrement à son encontre. Attaquée de toutes parts sur son bilan, tour à tour jugé «mitigé», en «demi-teinte» voire carrément «mauvais», la magistrate issue des rangs du feu Parti libéral n’a pas pu se maintenir au gouvernement. La politique est ainsi faite. Et l’on n’est pas toujours exclu pour de bonnes raisons. C’est le cas, je crois, pour Mme Rochat.

 

A-t-elle démérité? Poser la question, c’est déjà y répondre. Bien sûr que non. Son destin politique était probablement déjà scellé au moment où le Département de la sécurité lui a été remis. C’était il y a quatre ans. Isabel Rochat, nouvellement élue, se voyait prendre le ministère le plus compliqué du canton. Une tâche herculéenne. Et elle n’a pas pour autant fui le défi. La libérale a tenté de redresser la barque. Trop discrètement sans doute. Puisque c’est aujourd’hui Pierre Maudet qui en bénéficie.

 

C’est là qu’on voit qu’il n’y a en réalité qu’une seule véritable compétence requise pour faire de la politique: savoir communiquer. On peut bâtir une carrière sur du vide simplement parce qu’on a la capacité de tout mettre en scène. De créer des discours puissants, qui résonnent dans la tête des électeurs. Mme Rochat a beaucoup de qualités. Elle n’excelle malheureusement pas dans ce domaine. Peut-être est-ce une forme de pudeur de sa part que de ne pas se répandre sur ses actes. C’est possible.

 

En tous les cas, elle a fait preuve ce soir, malgré ce moment difficile, d’une dignité éblouissante. Moins d’une heure après les résultats définitifs, elle s’exprimait sur le plateau de Leman Bleu. Et sans se lamenter sur son sort. Pas une seconde. Pas un mot pour ces médias qui l’ont tant vilipendée, avec bien peu d’arguments pour en justifier les attaques répétées qu’elle a subies. Isabel Rochat ne s’est même pas justifiée. Bien joué. Ce serait accorder trop d’importance à celles et ceux qui en ont fait injustement leur bouc émissaire.

 

Elle doit aussi sa non-réélection à son propre parti (elle a été biffée plus de 7000 fois), qui plutôt que de faire bloc avec les siens, préfère nettement planter des couteaux dans le dos en faisant fi de toute stratégie politique à long terme. Car ce troisième siège perdu par le Parti libéral-radical ne sera pas facilement récupéré au fil des prochaines législatures. Dans quatre ans et demi, il faudra remplacer François Longchamp. Et la tâche est grande. Un troisième candidat qui puisse reprendre le siège perdu? J’ai pour l’heure quelques doutes.

 

Quoi qu’il arrive, le PLR assumera les conséquences de ses actes. Cela ne concerne plus Isabel Rochat. Elle a donné de sa personne. Croisée sur les stands à plusieurs reprises, je l’ai trouvée combattante. Elle croit en l’action politique qu’elle a mené ces quatre années de législature. C’est une femme courageuse et je voulais rendre ici hommage à sa détermination. Elle a montré ce soir par son intervention toute l’amplitude de sa personnalité. Isabel Rochat, permettez-moi de vous dire ceci: vous pourrez quitter vos fonctions début décembre la tête haute. Parce que dans une telle situation, vous avez été une femme d’exception.

 

Grégoire Barbey

 

25/10/2013

Partis: reprenez goût à la politique!

Chronique, 25.10.13

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Genève. Les partis politiques ont perdu toute leur substance en abandonnant l'essentiel:
leur message essentiel. Qui consiste en une vision globale de la société. Un projet commun.

 

Un parti doit proposer une vision globale de la société lorsqu'il a des vues sur le gouvernement. Cela passe par un programme de législature, un manifeste en somme, qui promeut certaines valeurs cohérentes. Cela doit être un projet ambitieux. La volonté de rompre avec la politique des autres. Un parti doit se différencier tant dans son approche des problèmes sociétaux que dans les réponses aux questions que se pose la population. Un parti, ce n'est pas une auberge espagnole. Les individus qui y adhèrent doivent partager ce même objectif, cette même vision commune d'une société idéale.

 

Un programme nécessite de concilier idéalisme et pragmatisme: il faut du réel dans les propositions, du concret dans les idées. Un parti, c'est une aventure. Mais c'est aussi un défi. Il faut réunir des gens aux sensibilités toutes différentes. Chacun projette sur un mouvement politique ses propres souhaits. C'est au parti, à ceux qui le dirigent, de lui donner un cap. De lui offrir une teinte et une saveur. Un parti, ça se vit. Ça doit parler à ceux qui s'y intéressent. Quand on entend son nom, on doit instantanément penser au message essentiel de sa vision de la société. Un parti, c'est un grand bazar auquel il faut donner une structure, une hiérarchie.

 

Aujourd'hui, à Genève, ce message semble s'être dispersé. On n'a plus l'air de négocier des majorités comme il conviendrait de le faire. Plus personne ne semble prêt aux concessions évidemment nécessaires au bon fonctionnement des institutions. La politique en démocratie, ça ne se fait pas seul, chacun dans son coin. Cette désolidarisation des partis, c'est le symptôme d'un mal plus profond: la perte de leur identité. Car oui, les partis politiques à Genève ont perdu tout ce qui faisait leur attrait. Ils n'ont plus, ni dans leur langage, ni dans leur projet, l'ombre d'un projet commun.

 

Ils semblent ne plus être en mesure que de traiter les sujets au cas par cas. Chaque individualité pouvant tirer la barque d'un côté ou de l'autre. L'homogénéité des partis, fondée sur une pluralité de personnalités, a disparu. A Genève, qu'on veuille le reconnaître ou non, les partis ont perdu ce qu'ils avaient de plus important: un capitaine à la barre. Pour maintenir le cap. Leur cap. Et ne pas se disperser de part et d'autre dans des luttes qui ne sont pas les leurs. Ces partis, aujourd'hui, sont confrontés à une véritable crise. Sur leurs côtés respectifs naissent d'autres formations qui capitalisent sur cette absence de vision. Parce qu'elle est là, et il faut la reconnaître.

 

Il n'y a plus d'avenir possible tant qu'il n'y aura pas de vision globale. On veut sentir un projet, on veut qu'il nous fasse vibrer. Un parti, cela doit être une porte ouverte vers un désir commun. Ce n'est plus ainsi désormais. Les partis à Genève sont sur le déclin. Dites-moi le contraire. Voilez-vous la face. Mentez-vous. Je m'en fiche éperdument. La réalité est limpide: les partis sont devenus ennuyants.

 

Et tant qu’ils ne réaliseront pas qu’ils n’ont plus rien à offrir à la population pour convaincre, la déchéance continuera. Tant qu’on aura, au sein de la population, la sensation légitime que les partis traditionnels ne sont plus que des machines à satisfaire les ambitions égoïstes de quelques notables, alors la politique à Genève sera faite de blocs. Et les patriciens des vieux partis pourront pleurer tout ce qu’ils veulent: on ne récupère pas ses membres sans entamer une profonde introspection. Ils sont responsables des résultats du 6 octobre. Et le seront de ceux du 10 novembre. Le nier, c’est courir à sa perte. Partis, reprenez goût à la politique! Pour le bien de notre démocratie.

Grégoire Barbey

11:30 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

19/10/2013

Un paysan au gouvernement? Pourquoi pas!

Chronique, 19.10.13

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Luc Barthassat. Le candidat PDC pour l'élection au Conseil d'Etat le 10 novembre
est souvent critiqué pour son parcours scolaire atypique et ses capacités intellectuelles.

 

Je vais vous confier ce que j’ai entendu tout au long de cette campagne pour le Conseil d’Etat. J’ai suivi au plus près l’ensemble des élections. Chaque week-end, je me suis rendu sur les stands, ai participé à la plupart des événements électoraux. J’ai rencontré des dizaines de candidats et de militants. De toutes les tendances. Mais un détail m’a frappé particulièrement: c’est le mépris de certains pour la candidature au Conseil d’Etat du PDC Luc Barthassat. J’ai eu le droit au même refrain à maintes reprises. «Ce n’est qu’un paysan», chantent-ils en chœur.

 

«Il n’a pas les compétences nécessaires», «il est gentil mais n’a pas l’intelligence requise», «il n’est bon qu’à défendre les chats au Conseil national», etc. Tout ça, je ne l’invente pas. Je l’ai entendu des dizaines de fois. Le point commun entre les différentes personnes qui m’ont tenu ce discours, c’est leur appartenance à la classe politique. Ou aux médias, pour d’autres. Luc Barthassat dérange beaucoup dans le microcosme genevois. Je n’ai, tout au long de cette campagne, jamais caché mon amitié pour l’agriculteur. Je ne prétends pas à l’impartialité, car je donne mon opinion. Certains me le reprochent. Je l’assume.

 

Mais dans le cadre des élections, tout ce mépris qui lui a été adressé, toute cette haine envers ceux qui n’ont pas de titres universitaires, qui n’ont pas un parcours traditionnel, je peux vous le dire sans fard: cela m’a profondément dégoûté. Oui, Luc Barthassat n’a pas le profil d’un licencié en droit ou en sciences politiques. Dyslexique, ses fautes d’orthographe sont nombreuses, notamment sur les réseaux sociaux où il est très actif. Tout ça, on peut bien évidemment le lui reprocher. C’est l’image qu’il renvoie et il en est responsable. S’arrêter cependant à ces seuls critères est bien malhonnête.

 

J’étais hier soir à la fondue qu’il a organisée pour la Saint Luc. Près d’une centaine de personnes de tous horizons. Pas seulement des politiciens. Des gens du peuple qui le suivent. Ses amis. Sa famille. Et surtout les quatre autres candidats sur la liste en compagnie de Luc Barthassat. Pierre Maudet, Isabel Rochat, François Longchamp et Serge Dal Busco: ils sont tous venus. Il n’y a pas eu de grands discours. Luc Barthassat n’en a pas profité pour faire sa publicité. Ceux qui étaient là, pour la majorité, sont déjà acquis à sa cause. Il peut bien n’être qu’un «paysan», il y avait à sa fête plus de personnes qu’à l’événement officiel de l’Entente. C’est dire s’il force le respect.

 

Il a ses défauts, c’est indéniable. Surtout des défauts pour ceux qui veulent avoir des têtes qui ne dépassent pas au gouvernement. Luc Barthassat n’est probablement pas de ceux qui se plient sans lutter. Il n’est pas non plus prévisible: il a cette fougue qui le caractérise. Je n’irai pas jusqu’à dire être convaincu par tous ses combats politiques. Sa volonté d’instaurer un quota de musiques suisses radiodiffusées ne m’a pas spécialement séduite. J’y suis même plutôt opposé. Mais Luc Barthassat a indéniable qualité: sa proximité avec les gens. Accessible, il ne donne pas l’impression d’être membre d’un groupe fermé. D’autres se donnent des airs de grandeur là où le candidat PDC est lui-même, avec tout ce qui le caractérise, des défauts aux qualités.

 

Ce lien qu’il a avec la population, c’est justement ce qui manque indiscutablement au Conseil d’Etat de la législature qui s’achève. Cette impression de n’avoir que des gestionnaires, des dirigeants que l’on n’aperçoit qu’aux événements officiels et lors des campagnes électorales, ce n’est pas un bon point pour notre politique de milice. Je ne sais pas à ce jour si Luc Barthassat fera un bon travail s’il est élu. Je sais néanmoins qu’il donnera le meilleur de lui-même pour améliorer la situation à Genève, quel que soit le département dont il aura la charge. Peut-être me trompé-je et il n’a pas les épaules pour. Ce dont je doute. Mais ce n’est pas en le dénigrant qu’on atteindra le but communiqué par l’Entente: placer les cinq candidats de la liste au Conseil d’Etat.

 

Luc Barthassat s’investit pleinement dans ses engagements politiques. Qu’on ne l’apprécie pas ou qu’on le trouve stupide – chacun est libre de le penser –, il faut tout de même le respecter. Il en va de même pour les autres candidats, toutes tendances confondues. Cracher son venin sur lui parce qu’il n’appartient pas au petit monde bourgeois de la Genève introvertie, c’est proprement indigne. Luc Barthassat échouera peut-être dans ses fonctions. Je ne lis pas l’avenir. Mais je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à son parcours scolaire, à ses capacités intellectuelles ou à son apparence folklorique. Qu’il soit paysan ou roturier, la Suisse est composée de politiciens issus du peuple. Il a donc toute sa place au gouvernement, si c’est le choix du peuple. Comme l’a été en son temps Adolf Ogi au Conseil fédéral. Et qui n’a pas non plus démérité malgré son parcours atypique.

 

Grégoire Barbey

16:35 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

L'Etat au service de sa Sainteté Pierre Maudet

Chronique, 19.10.13

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Pierre Maudet. Le conseiller d'Etat en charge de la Sécurité multiplie les effets de manche
pour asseoir son autorité sur l'ensemble de ses adversaires politiques. Sans distinction.

 

L’Etat de Genève devient une véritable machine à renseignements. Pierre Maudet, le conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, multiplie les enquêtes administratives, les audits internes, et verrouille la communication au sein de son département. L’une des caractéristiques que le candidat sortant au gouvernement met en avant pour sa campagne, c’est son «sens de l’Etat». Pierre Maudet, fils du radicalisme, voit de bon œil une administration publique toute puissante, capable d’épier les moindres faits et gestes des adversaires d’une certaine caste, celle des dirigeants politiques aux commandes de l’Etat. Tout ce qui peut nuire à l’image du benjamin du Conseil d’Etat est impitoyablement attaqué.

 

Thierry Cerutti fait maintenant l’objet d’une «intention d’enquête administrative à son encontre». L’information, révélée par l’Agence Decaprod, démontre clairement la ligne stricte de Pierre Maudet. Il est notamment reproché au député-gendarme MCG d’avoir parlé en tant que policier sur Leman Bleu. Hasard du calendrier, l’interview de Thierry Cerutti est survenue un jour après le débat opposant le ministre de la Sécurité à Eric Stauffer. Ce dernier avait mentionné l’existence d’articles de presse mettant en cause Pierre Maudet et qui restaient bloqués dans la rédaction d’un journal*.

 

Pierre Maudet ne peut accepter qu’il y ait le moindre détail qui lui échappe. Son désir de tout contrôler vire clairement à l’obsession, et plus le temps passe, plus le ministre démontre qu’il ira toujours plus loin. Le limogeage régulier de hauts fonctionnaires pour ne pas remettre en question son autorité politique, les messages internes qui demandent de ne pas communiquer sur certains sujets, les tentatives de deal avec les journalistes pour ne pas parler de certains chiffres ou détails, tout y passe.

 

Dernièrement encore, à une réunion où les représentants de la presse étaient conviés pour donner leur impression par rapport à la communication du Département de la Sécurité (DS), Pierre Maudet a bien fait comprendre qu’il voulait être maître de la situation. Absolument rien ne doit lui échapper, et l’Etat-Maudet se transforme en une véritable prison. Le domaine pénitentiaire, habituellement réservé aux seuls délinquants, s’étend à l’ensemble des potentiels éléments perturbateurs de l’hégémonie Maudet.com. Impossible de s’opposer à son autorité: si vous n’êtes pas avec lui, c’est que vous êtes contre lui.

 

A trop vouloir empêcher les informations de sortir, Pierre Maudet finira par se tirer lui-même une balle dans le pied. Tous les ministres font des erreurs, c’est humain. Mais Pierre Maudet a le souci des détails. Il veut être irréprochable. Or, plus il tente de contrôler les opinions, les métiers des autres, les discussions, plus il irrite des gens autour de lui. A tel point qu’il finira par être davantage détesté par ses pairs, même en faisant de l’excellent travail, alors qu’il pourrait tout simplement s’octroyer le bénéfice de l’erreur. Plus il repousse l’échéance, et plus les dommages seront lourds lorsqu’une faille éclatera dans sa gestion politique. Il peut bien avoir une haute opinion de ses talents indéniables de communicateur, il finira inévitablement par commettre un impair qui lui causera du tort.

 

Si la population, moins initiée aux arcanes du pouvoir, peut être plus facilement manipulée par des effets d’annonce, ou lorsque Pierre Maudet change ses fusibles d’épaule, ceux qui côtoient ce milieu de près – politiciens et journalistes – ne sont pas dupes. On connait tous les méthodes employées par le ministre de la Sécurité. Ce sont des techniques vieilles de plusieurs siècles. Elles ont fait leurs preuves et il les utilise avec brio, sans aucun doute. Mais en verrouillant absolument tout, il oppresse bien des egos. Et ceux-ci sont à l’affût, attendant dans l’ombre, prêts à frapper dès que l’occasion se présentera. A ce moment-là, Pierre Maudet aura eu beau se protéger par mille et un subterfuges, il sera bien obligé d’affronter ses propres limites. Souhaitons-lui que le réveil ne soit pas trop douloureux.

 

Grégoire Barbey

 

*Nom connu de l’auteur

01:50 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

14/10/2013

Les maladresses de Mauro Poggia

Chronique, 14.10.13

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Mauro Poggia. Le candidat du MCG a présenté les excuses de son parti dans la presse dominicale. Pendant que son secrétaire général employait à la télé les mots de Maurras sur le régime de Vichy.

 

Mauro Poggia présentait hier ses excuses aux frontaliers qui auraient pu se sentir heurtés par les slogans du Mouvement citoyen genevois (MCG) dans Le Matin Dimanche. Et ce au nom de son parti. Eric Stauffer a de son côté qualifié de maladresse la communication de son colistier. Je pense qu’effectivement, la tentative de l’avocat pour se distancer des affiches ordurières de sa formation politique était malvenue. Cela fait quatre ans qu’il est au MCG et il n’a jamais donné l’impression d’être gêné d’une quelconque façon par cette communication excessive. Jouer, à quelques semaines du deuxième tour à l’élection au Conseil d’Etat, au sentimental pour s’attirer des voix extérieures est un jeu dangereux et témoigne d’une certaine faiblesse de la part de Mauro Poggia.

 

Quand le soir même où ses propos sont sortis dans la presse, le secrétaire général du MCG François Baertschi qualifie de «divine surprise» l’éventuelle élection d’Eric Stauffer et de Mauro Poggia sur le Grand Genève à Chaud, il y a comme un malaise dans l’air. Oui, cette formulation (divine surprise) a été utilisée par Maurras pour s’émerveiller face au régime de Vichy. Est-ce un véritable hasard de la part d’un ancien journaliste de la trempe de François Baertschi? Les doutes sont permis. Alors quand Mauro Poggia tente de prendre de la distance vis-à-vis de son parti pour sembler plus consensuel, les apparences ne sauraient tromper. On ne peut pas du jour au lendemain se donner une image d’homme modéré quand on a sciemment toléré cette communication outrageuse pendant tant d’années.

 

Comme en témoignent les commentaires sur les articles de la Tribune de Genève, la réaction des gens face à ce retournement de veste n’est pas positive. Evidemment, une partie des électeurs ayant voté par ras-le-bol contre les frontaliers se sentent trahis. On les a manipulés émotionnellement pendant des mois et on vient ensuite calmer les esprits. C’est trop facile. A tel point que Mauro Poggia a laissé un commentaire pour s’expliquer. Aveu de faiblesse qui démontre qu’il a perdu le contrôle des événements. Si l’avocat a perdu une occasion de se taire, c’est peut-être cette erreur qui lui coûtera son élection le 10 novembre prochain. Et Eric Stauffer doit s’en réjouir, parce qu’il obtiendra peut-être des voix qu’il n’aurait pas eu autrement.

 

Grégoire Barbey

12:39 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Politique | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook | | | |

12/10/2013

Le MCG doit devenir une force de proposition

Chronique, 12.10.13

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Delphine Perrella. Elle a montré – comme d'autres membres du MCG – que son parti
pouvait apporter des idées. Mais il faudra lutter contre tant qu'il ne se sera pas transformé.

 

Je me suis profondément interrogé depuis les résultats des élections de dimanche dernier. Faut-il continuer à s'opposer au MCG lorsqu'il réalise un score aussi important? J'ai longuement réfléchi. J'ai ressassé ces derniers mois, ces dernières années. Et l'attitude des élus de ce parti pendant ce laps de temps. Et ma réponse m'est apparue clairement, avec le recul: oui, il faut donner toute notre énergie pour lutter contre la ligne politique du MCG. Si je lui reconnais volontiers la qualité de mettre le doigt où ça fait mal, je lui en veux par contre, dans son ensemble, de mettre à mal les institutions de notre Canton. De cracher dans la soupe, alors qu'il s'en nourrit tout autant.



Ce dont Genève a besoin, véritablement, c'est d'une cohésion renforcée entre les différents acteurs de notre région. Notre république n'est pas bananière, comme le MCG – et marginalement l'UDC – tente de nous le faire croire. S'il y a des dysfonctionnements à Genève, ceux-ci ne sont pas irrémédiables. Ce n'est pas en insultant nos institutions qu'un changement durable s'installera. Ce n'est qu'en travaillant ensemble, partis gouvernementaux et partis d'opposition, qu'il sera possible de régler les problèmes majeurs que connait notre Canton.


S'opposer est nécessaire. Tout ne peut être fait dans l'impunité totale. Il convient de dénoncer, de ne pas laisser le pouvoir nous échapper des mains, à nous peuple genevois. Mais l'opposition n'est pas une fin en soi: à trop heurter les institutions, comment proposer des options viables à l'opinion publique? Comment travailler main dans la main pour redresser un canton en proie aux difficultés conjoncturelles? Ce n'est tout simplement pas possible. Ce qu'il faut, au-delà de la délation, de l'opposition constante et de l'injure faite à nos institutions, c'est une force de proposition. Des idées. Et je ne dis pas que le MCG n'en a pas, loin de là.


Des membres, comme Delphine Perrella ou Ronald Zacharias, ont prouvé qu'ils pouvaient apporter des projets intéressants et pouvant contribuer à améliorer le quotidien des Genevois. C'est là-dessus qu'il faut maintenant se concentrer. Et tant que le MCG n'aura pas effectuer sa mue, passant de l'opposition institutionnelle à l'opposition politique, deux notions que je distingue particulièrement, il conviendra de lutter contre son discours. Tant que le MCG n'aura pas, de son propre chef, changé son fusil d'épaule pour devenir l'un des bâtisseurs de ce canton – et donc être amené à perdurer au sein de l'hémicycle –, les partis traditionnels devront eux-mêmes s'opposer à sa ligne.



Non par la parole. Mais par les actes. Il est essentiel de démontrer à la population qu'il n'est pas tout de verser dans le verbiage politique: il faut prouver. Agir. Et force est de constater qu'à l'heure actuelle, les partis gouvernementaux n'ont pas encore subi l'électrochoc suffisant pour les ramener à la réalité. Ils ont fait Genève, ils doivent continuer à veiller sur notre république. Mais pour cela, il est impératif de s'investir. Et de ne pas prêter le flanc aux critiques acerbes d'un mouvement qui fait son beurre électoral sur l'opposition et l'injure aux institutions.



Quand bien même je reste convaincu qu'un jour, les partis du centre pourront travailler avec le MCG, j'invite chacun à prendre ses responsabilités et à réfléchir à ce qu'il pourrait faire pour s'améliorer et redonner confiance au peuple genevois qui, malheureusement, semble lassé de cette politique qui dure depuis trop longtemps. Autant le MCG doit être combattu dans sa forme actuelle, autant le message qu'il délivre à travers le vote-sanction des électeurs doit être entendu par la classe politique. Ce n'est que comme ça que nous arriverons, tous ensemble, à conserver un canton de qualité, et à œuvrer pour le bien du plus grand nombre.



Grégoire Barbey

17:01 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

La gauche genevoise face à un grand défi

Chronique, 12.10.13

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Adrien Faure. L'analyse du co-président de la Jeunesse socialiste dimanche dernier ne
manquait pas d'arguments. Mais la gauche doit impérativement rester au gouvernement.

 

La gauche à Genève est-elle sur une pente déclinante? Les résultats du 6 octobre le laissent à penser. Bien que les socialistes ont maintenu leur représentation au Grand Conseil et légèrement progressé en termes de voix, la députation verte a presque rétréci de moitié. Si Ensemble à gauche a fait son grand retour au Parlement, sa force électorale a notoirement reculé, passant d'à peu près 14 sièges il y a 8 ans à 9 sièges aujourd'hui. Des questions doivent se poser dans les états-majors de la gauche pour palier à cette baisse qui, quand bien même la communication socialiste se veut enthousiaste, paraît durable. Les résultats genevois des votations fédérales du 22 septembre laissaient présager une proportion d'un tiers des voix pour la gauche, ce qui s'est traduit par les faits dimanche dernier.



Que se passe-t-il à gauche pour que l'électorat se fragmente ainsi? Le discours de la gauche gouvernementale, à savoir les socialistes et les verts, ne s'est pas toujours rejoint. D'une part, les socialistes ont souvent voté avec le MCG sur les questions sociales, alors que les verts étaient davantage tentés par le centre-droit (PDC-PLR). Cet éclatement idéologique a-t-il pesé sur les résultats des écologistes? C'est possible, mais reste difficile à dire avec certitude. Certains commentateurs y voient une sanction envers la politique de Michèle Künzler.



D'autre part, les socialistes ont majoritairement concentré leurs forces sur des projets de loi va-t-en-guerre contre les hauts revenus, sans nécessairement proposer des solutions réfléchies et concertées pour améliorer le sort des classes défavorisées. Devenu un parti plutôt conservateur, la politique socialiste à Genève est majoritairement dédiée à la protection de privilèges sociaux acquis au fil des dernières décennies. C'est dans la fonction publique, peut-être, que le parti trouve encore un véritable écho. En-dehors, le message ne semble pas porté vers l'électorat historique de la formation de centre-gauche.



La gauche pourrait bien perdre un à deux sièges au gouvernement le 10 novembre. Si les appareils de partis de la gauche traditionnelle n'appellent pas leur base à une importante mobilisation dans les urnes, les résultats pourraient s'avérer hautement défavorable aux socialistes comme aux verts. Du côté de l'Entente et de l'alliance MCG-UDC, les appels à voter ont déjà débuté. Si l'élection au Conseil d'Etat recueille habituellement davantage de participation que l'élection au Grand Conseil, cela ne doit pas conforter les partis de gauche et considérer cette constante comme un oreiller de paresse.



Un gouvernement monocolore, ou à très large majorité de droite (six sur sept, par exemple) ne profiterait probablement pas à l'élaboration de projets concertés et tournés vers l'amélioration des conditions de vie des Genevoises et des Genevois. La gauche, si elle veut continuer à jouer sa partition au sein de l'Exécutif cantonal – et il le faut! –, doit impérativement se remettre en question et élaborer une stratégie différente. Si les enjeux en 2013 ne sont plus les mêmes qu'il y a vingt ans, il convient néanmoins de réfléchir à des solutions qui touchent l'électorat qui s'est toujours senti concerné par les socialistes et plus globalement la gauche.



Certains préconisent, comme Adrien Faure qui a fait une excellente prestation sur Leman Bleu dimanche 6 octobre, le retour à l'opposition, et donc la sortie du gouvernement pour la gauche. Si cette alternative peut paraître séduisante à première vue – le co-président de la Jeunesse socialiste ne manquait pas d'arguments pour la rendre crédible –, elle n'en est pas moins dangereuse. En offrant un boulevard à la droite, et plus particulièrement sa composante souverainiste, la gauche prendrait un risque que son électorat n'accepterait jamais: offrir aux sirènes de l'angoisse les rennes du Canton.



C'est donc un véritable dilemme qui s'impose à la gauche. Sa présence au Conseil d'Etat est nécessaire, car le système politique en Suisse est basé sur la collégialité et le consensus. Laisser en-dehors du gouvernement les représentants d'un tiers des votants ne manquerait pas d'avoir des conséquences sur le long terme (il en va de même pour ceux qui votent à l'extrême opposé). Alors oui, d'ici 10 au novembre, tout reste à faire pour la gauche, qui doit colmater les brèches et récupérer sa base pour la mobiliser et lui offrir au moins deux sièges à l'Exécutif cantonal. Espérons que les caciques des partis de gauche sauront prendre les bonnes décisions. Car sinon, c'est bel et bien un retour de vingt ans en arrière que nous pourrions vivre. Pour le meilleur. Et surtout pour le pire.



Grégoire barbey

14:21 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

08/10/2013

Michèle Künzler: exégèse d'un échec

Chronique, 08.10.13

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Michèle Künzler. La magistrate verte a connu un retentissant échec populaire dimanche.
Elle s'est retrouvée en dix-septième position des candidats avec un peu plus de 9000 voix.


La politique est un monde en soi. Avec ses règles. Ses illusions et surtout sa réalité. Sa compréhension échappe à la majorité. Non pas que cette dernière soit particulièrement stupide. Mais parce que la politique est affaire d’ego, de convictions, de rapports de force. Et tout est fait, absolument tout, pour la rendre ésotérique. Ses acteurs ont tout intérêt à la maintenir éloignée du commun des mortels. Les citoyens n’existent qu’une fois les mandats remis en jeu. La démocratie est un éternel recommencement. Pour certains, le contrat passé avec le peuple est fructueux. Pour d’autres, il s’arrête brutalement. Et laisse bien souvent un goût amer. Michèle Künzler, conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement (DIME), en a fait l’expérience dimanche.


Persuadée d’avoir fait de son mieux – et nous n’en doutons pas –, elle a vécu la décision du peuple comme une attaque personnelle. La politique jamais ne pardonne. Et les politiciens, ceux qui font corps avec l’art de la rhétorique, qui s’investissent et donnent tout ce qu’ils ont pour atteindre leurs ambitions, restent malgré eux des êtres humains. Avec leurs faiblesses. Leurs défauts. Et surtout leurs qualités! Malheureusement pour Michèle Künzler, ses défauts, ou ses maladresses (principalement en matière de communication) sont parvenus à obnubiler l’image transmise aux Genevois. Derrière les actes, la politique est avant tout histoire de symboles. Ce qu’a fait Michèle Künzler tout au long de son mandat n’a pas satisfait le peuple. Et elle n’a pas su se distancer d’une réalité pourtant évidente: elle a récupéré un département particulièrement délicat. Dont certaines décisions dépendaient de ses prédécesseurs.

 

Fatalité oblige, chaque fois que la ministre verte a tenté d’apporter cet éclairage dans sa communication, les citoyens l’ont perçu comme une forme de lâcheté. Une tentative – vaine – de se déresponsabiliser. Et le peuple n’aime guère ceux qui n’assument pas les charges qu’il leur a confiées. La politique, disions-nous plus haut, a ses règles. Si celles-ci ne sont pas écrites, elles sont néanmoins relativement connues. Parfois même évidentes. Madame Künzler, malgré toutes ses qualités, n’a pas su rayonner en tant que femme d’Etat. Non pas qu’elle n’en était pas capable. Nul ne remet en question – en tout cas pas nous – ses compétences intrinsèques. La politique est également affaire de timing. Force est de constater qu’en la matière, Michèle Künzler n’a pas été gâtée. Dans un canton devenu de plus en plus attractif au fil des ans, la mobilité s’est transformée en chemin de croix.

 

Attaquée sans ménagement par la majorité parlementaire de droite, difficile pour la ministre verte – pourtant appuyée par le processus décisionnel collégial – d’obtenir des résultats probants. Toujours soutenue par le gouvernement dans son ensemble, ses projets ont été sujets à caution au Parlement. Pragmatique, elle a proposé d’étendre les transports publics à la région transfrontalière. Afin de désengorger le canton. Crime de lèse majesté! L’opposition constituée du MCG et de l’UDC s’en sont immédiatement saisis pour dénoncer l’incurie du DIME, qui se permet «de financer les infrastructures françaises». Face à un discours aussi limpide, accessible à la majorité, Michèle Künzler pouvait bien redoubler d’efforts dans sa communication: ses arguments sont restés lettres mortes. Son propre parti a également creusé sa tombe. Loin de s’intéresser à l’image de leur magistrate, ils ont intensifié les attaques contre les automobilistes. Fixant ainsi dans l’opinion publique le symbole «Künzler=antimobilité» sur lequel le MCG a capitalisé.

 

On ne peut bien évidemment décharger la ministre de toute responsabilité. Elle n’a pas su prendre conscience de cette lente mais certaine évolution des mentalités. Et surtout, elle n’a pas pris en considération l’un des préceptes fondamentaux de l’exercice du pouvoir: il faut toujours se méfier de son propre camp. Tout en s’arrangeant pour faire de ses pires ennemis ses meilleurs atouts. Voire, dans l’idéal, les nommer à des postes-clés qu’ils ne peuvent refuser. Oui, le pouvoir – et la politique plus globalement – nécessite de devenir quelqu’un d’autre. N’être plus tout à fait soi-même. Tout comme les combats de gladiateurs, il faut savoir se battre avec force et sans pitié, sans négliger la séduction et l’élégance. Il en va exactement de même dans le monde exigu de la politique. Même si la forme a profondément changé par rapport aux siècles précédents, le fond est demeuré le même. Le pouvoir s’exerce toujours de la même façon. Et face à ce constat, nous ne pouvons qu’avoir une pensée émue à l’égard de Michèle Künzler, victime d’un univers qui n’épargne guère l’hésitation. Puisse-t-elle tirer le meilleur de cette expérience. Car il y a une vie après la politique.


Grégoire Barbey

23:33 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

07/10/2013

Le MCG doit entrer au gouvernement

Chronique, 07.10.13

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Mauro Poggia. Le MCG doit maintenant passer de la parole aux actes et mettre en pratique
les promesses qu'il tient depuis sa création en 2005. Il représente aujourd'hui 20% des votants.


Le catastrophisme des commentateurs politiques devrait alarmer davantage que la progression des extrêmes aux élections cantonales. La consolidation de trois grands blocs n’est pas une fatalité, et il est l'heure d’admettre une réalité: le Mouvement citoyen genevois (MCG) est mûr pour accéder au Conseil d’Etat. Avant d’être un adversaire farouche de la stigmatisation véhiculée par ce parti, je suis avant tout un démocrate. Et je ne puis nier la volonté de 20% des votants. Je continuerai à dénoncer les dérives de ses membres si besoin en est. Mais l’honnêteté intellectuelle force au constat d’échec des partis traditionnels. Incapables de se remettre en question, ils n’ont pas jugé nécessaire de resserrer les rangs et d’appeler la population abstentionniste à se rendre aux urnes. Oui, six Genevois sur dix n’ont pas exprimé leur avis dimanche.

 

Genève sera ingouvernable si les représentants des partis gouvernementaux n’admettent pas leur propre incapacité à faire face aux défis qui leur ont été imposés par la conjoncture. Plutôt que de vulgariser des problématiques techniques et difficilement accessibles aux premiers venus, les caciques des partis traditionnels se sont contentés d’adopter une dialectique et une nomenclature trop peu compréhensibles. En se donnant des airs bourgeois, les forces politiques historiques ont failli. Elles ont non seulement perdu une importante partie de leurs soutiens, mais elles ont de surcroît fait le jeu des extrêmes. Comment ne pas voir ici l’échec le plus cuisant pour ces partis? Aujourd’hui, il est temps pour le centre de redescendre de ses grands chevaux et de retourner dans la rue.

 

A l’écoute de la population, exactement là où se joue la politique. On ne crée pas des majorités en abandonnant sa base. On n’obtient pas des victoires en s’éloignant de ses fondamentaux. La volonté du peuple, tel un couperet, s’abat à travers les urnes et n’épargne personne. J’ai vu hier des amis perdre leurs sièges. J’ai senti l’émotion les envahir. La déception les prendre à la gorge. Perdre en politique est un risque qui peut se concrétiser à chaque instant. Mais lorsque la défaite est prévisible et qu’on reste totalement immobile devant l’adversité, on ne peut qu’être humble et reconnaître ses erreurs. Pour le deuxième tour, j’enjoins les partis gouvernementaux à prendre leurs responsabilités.

 

Si le MCG, l’UDC et Ensemble à Gauche ont tant progressé, ce n’est pas les Genevois qui sont devenus idiots. Prétendre cela, c’est se montrer indigne d’un siège au Parlement ou au Conseil d’Etat. Les Genevois n’ont fait que sanctionner ceux qui les ont oubliés. En démocratie, les extrêmes sont là pour replacer le curseur. Ils jouent – et ont toujours joué – un rôle salutaire. Il y a 28 ans, c’est Vigilance qui raflait la mise au Grand Conseil. Dix-neuf sièges. En 2013, c’est le MCG qui occupe cette place. On ne peut guère plus marginaliser un cinquième de la population. Ce serait bien trop prétentieux. Alors même si je suis le premier à qui cela fait mal de le dire, le MCG doit absolument entrer au gouvernement pour cette législature.

 

Que cela soit par son avatar raisonné et consensuel, Mauro Poggia, et les couleuvres peut-être seront-elles moins difficiles à avaler. On ne peut plus s’écharper encore à Genève. Le temps presse, car plus l’attente perdure, et plus les blocages s’enlisent. La population ne doit pas être l’otage de stratégies politiques. D’aucuns appelaient déjà à un front républicain pour barrer la route au MCG. Une absurdité qui ne ferait que le renforcer. Qui lui donnerait raison d’hurler: «regardez, bonnes gens, comme ils se complaisent dans leur rôle et dans leurs sièges bien installés». Alors oui, il est grand temps de ranger les qualificatifs. Parce qu’il importe maintenant de gouverner ensemble. Et de reprendre la construction de Genève, là où elle semble s’être arrêtée… il y a des décennies déjà.


Grégoire Barbey

23:51 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |