Gregoire Barbey

08/10/2013

Michèle Künzler: exégèse d'un échec

Chronique, 08.10.13

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Michèle Künzler. La magistrate verte a connu un retentissant échec populaire dimanche.
Elle s'est retrouvée en dix-septième position des candidats avec un peu plus de 9000 voix.


La politique est un monde en soi. Avec ses règles. Ses illusions et surtout sa réalité. Sa compréhension échappe à la majorité. Non pas que cette dernière soit particulièrement stupide. Mais parce que la politique est affaire d’ego, de convictions, de rapports de force. Et tout est fait, absolument tout, pour la rendre ésotérique. Ses acteurs ont tout intérêt à la maintenir éloignée du commun des mortels. Les citoyens n’existent qu’une fois les mandats remis en jeu. La démocratie est un éternel recommencement. Pour certains, le contrat passé avec le peuple est fructueux. Pour d’autres, il s’arrête brutalement. Et laisse bien souvent un goût amer. Michèle Künzler, conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement (DIME), en a fait l’expérience dimanche.


Persuadée d’avoir fait de son mieux – et nous n’en doutons pas –, elle a vécu la décision du peuple comme une attaque personnelle. La politique jamais ne pardonne. Et les politiciens, ceux qui font corps avec l’art de la rhétorique, qui s’investissent et donnent tout ce qu’ils ont pour atteindre leurs ambitions, restent malgré eux des êtres humains. Avec leurs faiblesses. Leurs défauts. Et surtout leurs qualités! Malheureusement pour Michèle Künzler, ses défauts, ou ses maladresses (principalement en matière de communication) sont parvenus à obnubiler l’image transmise aux Genevois. Derrière les actes, la politique est avant tout histoire de symboles. Ce qu’a fait Michèle Künzler tout au long de son mandat n’a pas satisfait le peuple. Et elle n’a pas su se distancer d’une réalité pourtant évidente: elle a récupéré un département particulièrement délicat. Dont certaines décisions dépendaient de ses prédécesseurs.

 

Fatalité oblige, chaque fois que la ministre verte a tenté d’apporter cet éclairage dans sa communication, les citoyens l’ont perçu comme une forme de lâcheté. Une tentative – vaine – de se déresponsabiliser. Et le peuple n’aime guère ceux qui n’assument pas les charges qu’il leur a confiées. La politique, disions-nous plus haut, a ses règles. Si celles-ci ne sont pas écrites, elles sont néanmoins relativement connues. Parfois même évidentes. Madame Künzler, malgré toutes ses qualités, n’a pas su rayonner en tant que femme d’Etat. Non pas qu’elle n’en était pas capable. Nul ne remet en question – en tout cas pas nous – ses compétences intrinsèques. La politique est également affaire de timing. Force est de constater qu’en la matière, Michèle Künzler n’a pas été gâtée. Dans un canton devenu de plus en plus attractif au fil des ans, la mobilité s’est transformée en chemin de croix.

 

Attaquée sans ménagement par la majorité parlementaire de droite, difficile pour la ministre verte – pourtant appuyée par le processus décisionnel collégial – d’obtenir des résultats probants. Toujours soutenue par le gouvernement dans son ensemble, ses projets ont été sujets à caution au Parlement. Pragmatique, elle a proposé d’étendre les transports publics à la région transfrontalière. Afin de désengorger le canton. Crime de lèse majesté! L’opposition constituée du MCG et de l’UDC s’en sont immédiatement saisis pour dénoncer l’incurie du DIME, qui se permet «de financer les infrastructures françaises». Face à un discours aussi limpide, accessible à la majorité, Michèle Künzler pouvait bien redoubler d’efforts dans sa communication: ses arguments sont restés lettres mortes. Son propre parti a également creusé sa tombe. Loin de s’intéresser à l’image de leur magistrate, ils ont intensifié les attaques contre les automobilistes. Fixant ainsi dans l’opinion publique le symbole «Künzler=antimobilité» sur lequel le MCG a capitalisé.

 

On ne peut bien évidemment décharger la ministre de toute responsabilité. Elle n’a pas su prendre conscience de cette lente mais certaine évolution des mentalités. Et surtout, elle n’a pas pris en considération l’un des préceptes fondamentaux de l’exercice du pouvoir: il faut toujours se méfier de son propre camp. Tout en s’arrangeant pour faire de ses pires ennemis ses meilleurs atouts. Voire, dans l’idéal, les nommer à des postes-clés qu’ils ne peuvent refuser. Oui, le pouvoir – et la politique plus globalement – nécessite de devenir quelqu’un d’autre. N’être plus tout à fait soi-même. Tout comme les combats de gladiateurs, il faut savoir se battre avec force et sans pitié, sans négliger la séduction et l’élégance. Il en va exactement de même dans le monde exigu de la politique. Même si la forme a profondément changé par rapport aux siècles précédents, le fond est demeuré le même. Le pouvoir s’exerce toujours de la même façon. Et face à ce constat, nous ne pouvons qu’avoir une pensée émue à l’égard de Michèle Künzler, victime d’un univers qui n’épargne guère l’hésitation. Puisse-t-elle tirer le meilleur de cette expérience. Car il y a une vie après la politique.


Grégoire Barbey

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07/10/2013

Le MCG doit entrer au gouvernement

Chronique, 07.10.13

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Mauro Poggia. Le MCG doit maintenant passer de la parole aux actes et mettre en pratique
les promesses qu'il tient depuis sa création en 2005. Il représente aujourd'hui 20% des votants.


Le catastrophisme des commentateurs politiques devrait alarmer davantage que la progression des extrêmes aux élections cantonales. La consolidation de trois grands blocs n’est pas une fatalité, et il est l'heure d’admettre une réalité: le Mouvement citoyen genevois (MCG) est mûr pour accéder au Conseil d’Etat. Avant d’être un adversaire farouche de la stigmatisation véhiculée par ce parti, je suis avant tout un démocrate. Et je ne puis nier la volonté de 20% des votants. Je continuerai à dénoncer les dérives de ses membres si besoin en est. Mais l’honnêteté intellectuelle force au constat d’échec des partis traditionnels. Incapables de se remettre en question, ils n’ont pas jugé nécessaire de resserrer les rangs et d’appeler la population abstentionniste à se rendre aux urnes. Oui, six Genevois sur dix n’ont pas exprimé leur avis dimanche.

 

Genève sera ingouvernable si les représentants des partis gouvernementaux n’admettent pas leur propre incapacité à faire face aux défis qui leur ont été imposés par la conjoncture. Plutôt que de vulgariser des problématiques techniques et difficilement accessibles aux premiers venus, les caciques des partis traditionnels se sont contentés d’adopter une dialectique et une nomenclature trop peu compréhensibles. En se donnant des airs bourgeois, les forces politiques historiques ont failli. Elles ont non seulement perdu une importante partie de leurs soutiens, mais elles ont de surcroît fait le jeu des extrêmes. Comment ne pas voir ici l’échec le plus cuisant pour ces partis? Aujourd’hui, il est temps pour le centre de redescendre de ses grands chevaux et de retourner dans la rue.

 

A l’écoute de la population, exactement là où se joue la politique. On ne crée pas des majorités en abandonnant sa base. On n’obtient pas des victoires en s’éloignant de ses fondamentaux. La volonté du peuple, tel un couperet, s’abat à travers les urnes et n’épargne personne. J’ai vu hier des amis perdre leurs sièges. J’ai senti l’émotion les envahir. La déception les prendre à la gorge. Perdre en politique est un risque qui peut se concrétiser à chaque instant. Mais lorsque la défaite est prévisible et qu’on reste totalement immobile devant l’adversité, on ne peut qu’être humble et reconnaître ses erreurs. Pour le deuxième tour, j’enjoins les partis gouvernementaux à prendre leurs responsabilités.

 

Si le MCG, l’UDC et Ensemble à Gauche ont tant progressé, ce n’est pas les Genevois qui sont devenus idiots. Prétendre cela, c’est se montrer indigne d’un siège au Parlement ou au Conseil d’Etat. Les Genevois n’ont fait que sanctionner ceux qui les ont oubliés. En démocratie, les extrêmes sont là pour replacer le curseur. Ils jouent – et ont toujours joué – un rôle salutaire. Il y a 28 ans, c’est Vigilance qui raflait la mise au Grand Conseil. Dix-neuf sièges. En 2013, c’est le MCG qui occupe cette place. On ne peut guère plus marginaliser un cinquième de la population. Ce serait bien trop prétentieux. Alors même si je suis le premier à qui cela fait mal de le dire, le MCG doit absolument entrer au gouvernement pour cette législature.

 

Que cela soit par son avatar raisonné et consensuel, Mauro Poggia, et les couleuvres peut-être seront-elles moins difficiles à avaler. On ne peut plus s’écharper encore à Genève. Le temps presse, car plus l’attente perdure, et plus les blocages s’enlisent. La population ne doit pas être l’otage de stratégies politiques. D’aucuns appelaient déjà à un front républicain pour barrer la route au MCG. Une absurdité qui ne ferait que le renforcer. Qui lui donnerait raison d’hurler: «regardez, bonnes gens, comme ils se complaisent dans leur rôle et dans leurs sièges bien installés». Alors oui, il est grand temps de ranger les qualificatifs. Parce qu’il importe maintenant de gouverner ensemble. Et de reprendre la construction de Genève, là où elle semble s’être arrêtée… il y a des décennies déjà.


Grégoire Barbey

23:51 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

21/09/2013

La très probable stratégie de Pierre Maudet

Chronique, 21.09.13

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Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité a bien des chances d'être désigné président du
Conseil d'Etat pour la nouvelle législature. Petit tour d'horizon d'une stratégie vraisemblable.

 

Les candidats Antonio Hodgers, Thierry Apothéloz et Serge Dal Busco ont cette semaine leur portrait dans L’Hebdo. Ils peuvent être potentiellement élus le 10 novembre, à la fin du second tour pour l’élection au Conseil d’Etat. Hormis cet argument éditorial, ils ont aussi tous trois un ami commun. Je n’irai pas par quatre chemins: il s’agit de Pierre Maudet. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus pour le gouvernement. Pourquoi mentionner leur affinité avec le chef du Département de la sécurité? Pour une simple et bonne raison: il y a derrière une stratégie.

 

Tout d’abord, il faut éliminer Luc Barthassat au second tour. Il représente un danger potentiel, à la fois en termes de popularité, et dans une moindre mesure s’agissant de sa capacité à tenir tête à Pierre Maudet. Cette exécution est a priori prévue pour l’assemblée des délégués démocrate-chrétiens qui se tiendra le 7 octobre. Comment l’écarter? Je ne le sais pas encore. J’ai néanmoins une certitude. Depuis le début, le conseiller national dérange. Il suffit de voir que l’appareil de parti du PLR soutient corps et âme Serge Dal Busco, tout en se gardant bien d’en faire autant pour son colistier.

 

Si les trois candidats mentionnés sont élus, à savoir Antonio Hodgers, Serge Dal Busco et Thierry Apothéloz, Pierre Maudet aura une majorité (quatre sur sept) de conseillers d’Etat qui voteront en sa faveur pour la présidence du gouvernement. La nouvelle constitution prévoit en effet la création d’un Département présidentiel, lequel sera dirigé par la même personne durant toute la durée de la législature. Le texte ne précise cependant pas si la désignation du président se fait à la majorité absolue de ses membres ou si une majorité relative suffit. Quoi qu’il en soit, c’est François Longchamp qui est pressenti pour occuper ce poste durant la période 2013-2018.

 

Toutefois, Pierre Maudet ferait d’une pierre deux coups en réussissant à être élu président du Conseil d’Etat. Il tuerait à la fois le père, François Longchamp, et obtiendrait un poste qui lui octroierait une légitimité accrue pour son objectif de toujours: être élu au Conseil fédéral. On se souvient en 2003 l’élection de Micheline Calmy-Rey. Elle avait occupé le Département genevois des finances jusqu’en 2002. De tous temps, les Finances ont toujours été un tremplin pour atteindre un but plus élevé. L’exemple le plus frappant est Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Il était alors ministre des Finances de la République française.

 

Mais les finances, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Pierre Maudet. La présidence du Conseil d’Etat, par contre, offre à notre ministre de la Sécurité tous les atouts pour faire de lui l’homme providentiel qui en 2018 pourra peut-être déjà (on ne peut que spéculer à ce stade) lui valoir une élection au Conseil fédéral. Certains me rétorqueront que c’est trop vite. Mais pas tant que ça. A ce moment-là, Pierre Maudet aura 40 ans. Ce n’est pas trop jeune pour être élu au gouvernement fédéral. D’autres y sont arrivés avant. Citons Ruth Metzler, élue à 35 ans, Jakob Stämpfli à 34 ans et Numa Droz à 31 ans. Rien n’arrive jamais trop tôt pour Pierre Maudet.

 

Subsiste néanmoins l’inconnue concernant Luc Barthassat. Nul doute qu’il aura le 6 octobre suffisamment de voix pour passer le cap du second tour, et probablement figurera-t-il devant Serge Dal Busco. Comment donc le PDC, et dans l’ombre le PLR, pourra justifier le retrait d’une locomotive comme Luc Barthassat au profit d’un suiveur? La question se pose et je n’ai malheureusement aucune réponse à fournir. Mais gardons les yeux ouverts, car ce second tour sera jonché de peaux de banane pour certains candidats. La campagne est tranquille actuellement. Le calme avant la tempête.

 

Grégoire Barbey

12:22 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

20/09/2013

L'honneur de participer à la communauté

Chronique, 20.09.13

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Genève. N'oubliez pas d'accomplir votre devoir le 6 octobre et participez à cette grande
aventure qu'est la démocratie. Ensemble, nous pouvons faire avancer notre société. Agissez!


Chers amis genevois, chères amies genevoises,

Comme vous le savez, il reste deux semaines avant les élections cantonales. Le 6 octobre, vos voix compteront. Contrairement aux autres, je ne vais pas vous dire pour qui voter. C'est à vous et à vous seuls d'en décider. Faites-le en votre âme et conscience. Mais de grâce, votez! Si vous ne le faites pas, comment pourrez-vous vous plaindre de la situation? Comment pourrez-vous vous sentir acteur de notre société? N'est-ce pas justement par l'acte de donner sa voix pour tel ou tel candidat qu'un citoyen accomplit à la fois son devoir et veille à ses intérêts?



Voter, ce n'est pas simplement glisser par dépit une enveloppe dans l'urne ou dans la boîte aux lettres la plus proche de chez vous. C'est faire un choix, et ce n'est pas n'importe lequel: la décision que vous prendrez pourra influencer le contexte politique de Genève pendant toute une législature, soit 5 ans selon la nouvelle constitution. Ne renoncez pas à exercer votre droit et votre devoir par ras-le-bol. C'est le meilleur moyen de laisser la place à ceux que vous ne voulez pas voir. Voter, c'est décider qui des citoyens qui se présentent à ces élections sera habilité à représenter vos intérêts. C'est aussi mandater ces personnes pour respecter votre identité, et vos besoins.



La démocratie est un contrat passé entre le peuple et ses représentants. Si vous ne le paraphez pas, comment pouvez-vous être lié contractuellement? Votez donc, mes amis, mes amies. Il s'agit d'un moment crucial, car à chaque nouvelle législature, les cartes peuvent être redistribuées, les majorités peuvent évoluer, voire changer drastiquement. Encore une fois, je ne vous dirai pas pour qui voter. De mon côté, mes choix sont faits. Et qu'importe si ma voix compte pour beurre au final. J'aurai accompli mon devoir, et à défaut de voir élire celles et ceux pour qui j'ai voté, j'aurai la satisfaction de n'être pas resté passif face à mes responsabilités de citoyen.



Alors mes chers amis et mes chères amies, vous qui me lisez, si vous êtes en âge de voter, ne passez pas à côté de cette chance. En regard de bien d'autres pays à travers le monde, vous êtes privilégiés. Par respect pour celles et ceux qui ne peuvent choisir, faites-le. Agissez en véritables acteurs de votre société, et ne laissez pas les autres décider à votre place. Prouvez qu'en Suisse, nous méritons ce luxe dont nous sommes bénéficiaires. Si vous le faites, alors j'aurai accompli bien plus que mon devoir. Peu m'importe quel sera votre choix, pour autant que vous prenez la responsabilité d'en faire. Rien ne me ferait plus plaisir que de voir cette année grimper le taux de participation. Réalisez mon souhait, et protégez vos intérêts.



Le 6 octobre, je vous sais gré de voter, pour votre bien et celui de vos proches et enfants!


Grégoire Barbey

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17/09/2013

Sébastien Desfayes: la doctrine social-libérale

Interview, 17.09.13

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Sébastien Desfayes. L'avocat et juge suppléant au Tribunal civil s'est lancé dans la course
au Grand Conseil sur la liste PDC. Il est vice-président de la section Ville de Genève.

 

Sébastien Desfayes est avocat et associé de l'Etude Perréard de Boccard. Il assume également la fonction de juge suppléant au Tribunal civil de Genève. A 42 ans, il a décidé de prendre part aux élections au Grand Conseil sur la liste du Parti démocrate-chrétien (PDC). Très actif, il gère également la communication pour la campagne de son parti et occupe la fonction de vice-président de la section Ville de Genève. A l'occasion de sa candidature, il a accepté d'en dire un peu plus sur son engagement et sa personnalité. Entretien.

 

Pourquoi le PDC?
Vous devriez reformuler la question: pourquoi pas le PDC? S'il existe un parti dans lequel tout le monde doit se reconnaître, c'est bien celui-là. Les résultats des votations démontrent, tant sur le plan cantonal que fédéral, que 80% des Suisses approuvent les propositions soutenues par le PDC. Par ailleurs, j'avais 20 ans quand Jean-Philippe Maitre était conseiller d'Etat. C'était une personne que j'admirais. Il m'a vraiment donné envie de m'engager en politique et d'être un démocrate-chrétien. Je me reconnaissais et je me reconnais toujours dans ses idées.


Mais qu'est-ce qui vous attire précisément au PDC?
Ce qui m’attire, c'est sa doctrine sociale-libérale qui prend en compte les nécessités économiques, tout en prenant soin de ne pas creuser les inégalités; mieux, de les réduire sans pour autant tomber dans une société égalitariste. Le PDC défend l'intérêt général. Et contrairement à ce que l'on pense, la plupart des partis ne le font pas: certains ne défendent pas le bien commun: beaucoup de partis sont en effet excluants, que ça soit par xénophobie, ou encore par la défense d'intérêts particuliers. Le PDC n'est pas le parti d'un dogme ou de lobbies. C'est un parti qui cherche à défendre les intérêts du plus grand nombre. C’est ce qui fait sa spécificité.



Quand vous dites que le PDC «cherche» à défendre les intérêts du plus grand nombre, c'est qu'il n'y arrive pas toujours?
C'est un parti charnière dans l'échiquier politique suisse et genevois. Il tente de rassembler les partis sur certains projets et il y parvient très souvent. Mais il est vrai qu'en raison de la polarisation croissante de la vie politique suisse, qui est soit dit en passant regrettable, il est de plus en plus difficile de créer le consensus sur des projets qui répondent pourtant à l'intérêt général. C'est malheureusement une vérité.



Qu'est-ce qui vous a amené à vous engager politiquement?
Plutôt que d’être une marionnette, je préfère être un acteur. On entend trop de gens qui se plaignent de la politique sans qu'ils ne prennent la moindre mesure pour remédier aux problèmes qu'ils invoquent. Moi je préfère directement tenter, à un échelon local, d'influer sur le cours des choses. C'est précisément pour cette raison que je me suis porté candidat au Grand Conseil.



Vous êtes avocat, comme beaucoup d'autres. Ne pensez-vous pas qu'il y en a trop en politique? Ne faudrait-il pas une représentativité plus large des corps de métier et des différentes sensibilités?
S’agissant de votre seconde question, oui c'est un fait: le Grand Conseil devrait être représentatif de la société en général, et refléter sa diversité, aussi sur un plan socio-professionnel. En revanche je remarque et déplore que les avocats sont beaucoup moins représentés aujourd'hui au Grand Conseil qu'ils ne l'étaient il y a de cela à peine trente ans. C'est bien dommage parce que les avocats maîtrisent les lois et sont au contact direct de la population et des entreprises. De ce fait, Ils connaissant bien les préoccupations et les besoins de l'ensemble de la société, ce qui est capital quand il s’agit de proposer des projets législatifs pertinents. 


Est-ce qu'il y a un sujet qui vous tient particulièrement à coeur?
La défense du tissu économique genevois, ce qui inclut les grandes entreprises comme les petites et moyennes. On ne peut pas opposer les PME aux multinationales. Les unes dépendent directement des autres. Ces cinq prochaines années seront capitales pour les entreprises du Canton. Par exemple, l'abolition des régimes fiscaux spéciaux nécessitera une refonte totale de la fiscalité genevoise des entreprises. C'est la mère de toutes les batailles. Car tout dépend à Genève de la vigueur de l'économie. L'Etat dépense beaucoup d'argent, il faut bien qu'il ait des ressources. C'est tout le principe du social-libéralisme que j'évoquais au début de notre entretien. 


Qu'est-ce qui vous différencie des autres candidats?
Les 475 candidats sont tous différents. C'est donc difficile pour moi de dire ce qui me différencie d'eux. Mais je pourrais vous parler volontiers de mes qualités: je pense être une personne courageuse: le courage est une vertu que l'on ne retrouve pas à chaque coin de rue. J'ai aussi une véritable passion pour la politique, mais sans qu'elle ne constitue pour moi un gagne-pain ou une raison d'être.


Et votre raison d'être, quelle est-elle?
Essayer dans la mesure du possible d'être heureux et de faire en sorte que les gens autour de moi le soient.

Qui ne serait pas d'accord avec vous sur ce sujet?
Tout le monde serait en accord avec moi à ce propos. Reste à savoir si c'est toujours appliqué dans les actes.

 

Interview: Grégoire Barbey

11:25 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

11/09/2013

La salive vraiment acide de Claudio Marques

Chronique, 11.09.13

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PDC. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens Claudio Marques a taclé ses colistiers
sur son profil Facebook parce qu'ils ont eu l'outrecuidance de s'octroyer une affiche en couleur.

 

Les tensions internes au sein du Parti démocrate-chrétien (PDC) à Genève débordent sur les réseaux sociaux. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens (JDC) Claudio Marques a lâché son fiel à l’encontre des candidats figurant sur l’affiche du chirurgien Philippe Morel. En effet, ceux-ci sont au nombre de sept et sont en couleur. Crime de lèse-majesté lorsqu’on pense que la charte graphique du PDC en est restée au début du XXe siècle, c’est-à-dire en noir et blanc. Voilà donc, surgissant des ombres épaisses du néant, le chevalier Marques, armé de sa morale et de son mépris pour ceux qui veulent être élus. Et il attaque: certains membres du parti se sont fait incendier par le délirant président des JDC.

 

Ne me demandez pas comment je le sais: Dieu me priverait de sa grâce. Mais c’est un fait: certains au sein du PDC n’apprécient pas qu’il y ait des membres suffisamment ambitieux pour se mettre en avant. Faut-il, comme les autres, rester tapi dans le vide abyssal auquel ceux qui ne se montrent pas nous ont habitués? C’est un choix. Philippe Morel et ceux qui l’accompagnent sur cette affiche en ont fait un autre. Et c’est tout à leur honneur. Qu’il y ait des personnalités agacées par cette mise en scène, je le comprends. Que cet agacement s’étende sur les réseaux sociaux et se transforme en croisade contre ceux qui agissent, cela m’est par contre tout à fait insupportable.

 

Que le templier Marques range sa lame dans son fourreau et lave son linge sale en famille. Après tout, ce n’est pas une stratégie très réfléchie que de répandre sa colère sur les réseaux sociaux. Si Claudio Marques ne veut pas faire cavalier seul, nul ne lui en tiendra rigueur. Que d’autres veulent s’investir pleinement pour leur (ré)élection, il n’y a pas à tergiverser. Et puis ce cher chevalier drapé d’un bonnet blanc ne se plaint pas lorsqu’il apparait également sur une affiche de campagne avec six autres personnes, dont les deux candidats au Conseil d’Etat, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Chacun a le droit de se montrer, de tenter de convaincre les électrices et les électeurs. C’est le défi d’une campagne.

 

Mais qu’un président des JDC se permette de tacler publiquement les membres de son propre parti, alors qu’il exerce une fonction honorable, voilà une attitude bien vile et lâche. Président des JDC, son rôle serait plutôt de prendre contact avec les principaux intéressés, et d’en discuter calmement. Perdre le contrôle de soi-même pour s’illustrer à travers Facebook d’une jalousie mal dissimulée, voilà une erreur politique des plus flagrantes. L’unité du PDC a souvent été remise en cause – et même à travers mon blog –, et l’un de ceux qui devraient préserver une certaine image du parti finit par exposer sans pudeur les dissensions internes qui règnent dans la formation. Un peu dommage, et un coup dans l’eau. L’assemblée des délégués qui aura lieu demain soir risque d’être houleuse. Et si la croisade continue, comptez sur moi pour vous en informer.

 

Grégoire Barbey

14:03 Publié dans Air du temps, Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

09/09/2013

Sébastien Kaech: la passion de Genève

Interview, 09.09.13

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Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC Versoix est candidat au Grand Conseil.
Il espère réussir à motiver les jeunes à voter pour lui. Et à s'engager politiquement.

 

Sébastien Kaech est vice-président du PDC Versoix et secrétaire général de la Clinique des Grangettes. Candidat au Grand Conseil sur la liste du PDC, il mène une campagne tambour battant dans tout le canton. A 32 ans, il espère pouvoir rallier à lui, tant les votes des jeunes, qui ne s’impliquent pas suffisamment en politique selon lui, que ceux qui souhaitent soutenir un nouveau candidat. Véritable passionné de Genève, il est le créateur de la page Facebook «Genève/Geneva» qui compte aujourd’hui plus de 26'000 fans. La Tribune de Genève lui avait d’ailleurs consacré un portrait lorsque les 25'000 «j’aime» avaient été atteints. A l’occasion des élections cantonales du 6 octobre, Sébastien Kaech a accepté d’en dire un peu plus sur lui. Entretien.

 

Vous êtes au PDC depuis 3 ans. Pourquoi avoir choisi ce parti plutôt qu’un autre?

Je n’avais pas de famille politique prédisposée. J’ai donc comparé les différents partis représentés à Genève pour voir lequel me correspondait le plus. Si je partage la notion de redistribution des richesses avec les socialistes et celle d’économie forte avec les libéraux-radicaux, ces deux formations me paraissaient trop figées par rapport à mes propres positions. Les démocrate-chrétiens défendent justement ces deux aspects qui me sont chers tout en étant plus consensuels. C’est pour ça qu’en 2010 j’ai adhéré à la section du PDC Versoix. Par la suite, j’ai collaboré à la campagne municipale du PDC Ville de Genève avec son président, qui était à l’époque Alain de Kalbermatten. C’est à ce moment que j’ai eu l’occasion d’apprécier la politique de terrain et de réaliser que le PDC était bien le parti qui me correspondait.

 

Qu’est-ce qui vous amène à vous présenter à ces élections?

Il y a plusieurs raisons. Je désire, tout d’abord, être un acteur pour le bien des citoyens de Genève. Apporter en quelque sorte ma pierre à l’édifice. Et je trouve particulièrement important qu’il y ait des jeunes qui s’engagent en politique. Il y en a actuellement trop peu et c’est véritablement un déficit conséquent pour la collectivité. Les jeunes représentent l’avenir et ce sont eux qui dirigeront demain la société. Mais aussi, être une force de proposition et combattre les clivages gauche-droite qui, actuellement, bloquent le développement de notre canton. C’est essentiellement pour tout cela que je m’implique personnellement.

 

Quand vous dites «pour le bien des citoyens de Genève», ne pensez-vous pas que tous les candidats répondraient la même chose? Qu’est-ce qui fait que vous, Sébastien Kaech, vous vous présentez pour le Parlement cantonal?

Je suis passionné par Genève et j’aime écouter les gens. Je suis une personne de terrain. C’est ce côté humain qui me plait et m’a toujours plu dans la politique. Mais au-delà de cela, je sens un certain nombre de tensions parmi les Genevois. Ceux-ci me semblent déçus de la politique menée actuellement et du manque de parler vrai. Ce qui peut alors me différencier, c’est cette proximité que j’ai vis-à-vis des citoyens et ce besoin de répondre clairement à leurs attentes. Je ne veux pas que Genève devienne un lieu où seuls les hauts revenus comptent pour la collectivité et où la classe moyenne est marginalisée. Tous les citoyens doivent pouvoir vivre confortablement et terminer le mois sans devoir se serrer la ceinture.

 

Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats, à votre avis?

Honnêtement, je ne connais pas tous les profils des candidats. Mais, si je devais utiliser trois adjectifs, je dirais: fédérateur, vrai et travailleur. Mais quoi qu’il arrive – que je sois élu ou non –, je prends énormément de plaisir à mener ma campagne. C’est l’occasion pour moi de faire des rencontres passionnantes, que je ne ferais pas en temps normal. J’en garderai un excellent souvenir.

 

Mais tout ça, c’est de la communication… Qui êtes-vous, au fond? Il y a bien une raison qui vous pousse à vouloir vous engager politiquement!

Parler de mon parcours n'est pas l'exercice le plus aisé pour moi mais cela a contribué à être qui je suis aujourd'hui. Pour être franc, je me suis toujours battu pour m’en sortir. A 15 ans, j’ai quitté le domicile de mes parents. A partir de là, j’ai réalisé qu’il me fallait devenir autonome. J’ai donc commencé à travailler dans la restauration. Et j’ai effectué aussi divers autres petits jobs. Je me suis débrouillé tout seul et j’ai économisé pour effectuer une formation de gestionnaire de commerce dans une école privée. Une fois mon papier en poche, j’ai été engagé dans un cabinet d’avocats comme secrétaire. Je désirais ardemment montrer qu’un jeune dénué d’un cursus traditionnel pouvait s’en sortir et percer.

 

Donc la politique, ce n’est pas par hasard?

Non, bien évidemment. La volonté tient – à mon avis – un rôle important dans l’évolution de chacun, mais c’est aussi une nécessité en politique. C’est cette force qui me pousse à m’engager afin d’être au plus  proche des besoins des gens.

 

Et si vous deviez vous décrire brièvement d’un point de vue politique, que diriez-vous?

Je suis, pour ainsi dire, un vrai centriste. Je partage les valeurs traditionnelles d’une économie forte et d’une juste redistribution. Selon moi, le centre est l’avenir dans la mesure où les clivages gauche-droite perdent leur sens. Mais pour ce faire, il doit aujourd’hui, et j’en suis certain, être plus combattant et novateur dans ses positions.

 

Interview: Grégoire Barbey

 

Vous êtes candidat et n’avez encore jamais été élu au Grand Conseil? Si vous désirez également être interviewé, vous pouvez me contacter sur ma page Facebook en cliquant ici, ou me joindre par courriel à l’adresse gregoire.barbey@gmail.com.

 

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04/09/2013

RTS: entre discrimination et subjectivité

Chronique, 04.09.13

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Radio Télévision Suisse. Le débat organisé par la chaîne de télévision entre les candidats
au Conseil d'Etat sera parfaitement discriminatoires envers ceux qui n'occupent pas de fonctions.

 

La RTS organise un grand débat entre les candidats au Conseil d'Etat le lundi 23 septembre. La confrontation durera 70 minutes et s'articulera autour de 4 thèmes. Un débat pour découvrir les candidats moins visibles? Pas tout à fait. La RTS prévoit, dans son mail envoyé aux présidents des partis et dont j'ai obtenu copie, que seuls les candidats appartenant aux partis représentés au Grand Conseil pourront être au centre du débat. Soit 6 candidats. La place pourra être intervertie selon les thématiques au bon vouloir des candidats.

Les autres, ceux qui ne font pas partie du Grand Conseil – crime de lèse-majesté – seront disséminés dans le public et n'auront droit qu'à une intervention durant toute la soirée. Déjà l'année dernière avais-je fait remarquer une importante discrimination envers les petits candidats lors du débat pour la partielle au Conseil d'Etat, remportée par Pierre Maudet. J'ai de la peine à saisir comment les têtes pensantes de la Télévision suisse romande ont pu fomenter un tel déroulement. Ce qui est sûr, c'est qu'à nouveau, la RTS discrimine les petits candidats plutôt que de les mettre en avant, ce qui serait son rôle en tant que média. C'est véritablement regrettable et une solution plus intéressante aurait pu être trouvée pour offrir à chacun le droit de s'exprimer au même niveau.

 

Grégoire Barbey

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03/09/2013

Les Verts ont plagié la cravate de Brélaz

Chronique 03.09.13

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Les Verts. La section genevoise s'est servie du concept des yeux verts du chat présent
sur la cravate du syndic de Lausanne Daniel Brélaz. Le chat affirme qu'ils ne l'ont pas averti.

 

Les campagnes visuelles des partis politiques à Genève ont fait beaucoup de bruit. Notamment celle des socialistes, accusée d’être la copie d’une publicité de la marque automobile Mercedes. Pourtant, les Verts ont également plagié un concept déjà existant (voir ci-dessus): les yeux verts du chat sur la cravate du syndic de Lausanne, Daniel Brélaz! Contacté, le chat sur la cravate se dit «indigné» et se réserve le droit d’engager des poursuites contre la section genevoise des Verts. «C’est tout simplement scandaleux. Depuis des années que j’exerce le rôle de chat de cravate, personne n’avait eu l’outrecuidance de nous copier», a-t-il confié, visiblement sur les nerfs.

 

Daniel Brélaz n’a pas souhaité commenter l’affaire. Et la présidence des Verts n’était pas joignable ce mardi matin. Peut-être s’agit-il d’un plagiat par négligence (formule consacrée aujourd’hui par la conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Maire-Hefti). Quoi qu’il arrive, des suites seront probablement données pour faire la lumière sur cette étrange coïncidence!

 

Grégoire Barbey

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01/09/2013

Du creux des estomacs au vide des idées

Chronique, 01.09.13


Photo: Jérôme Courtesy Rastorfer ©

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Elections cantonales à Genève. Les candidats au Grand Conseil sont vraiment partout.
A tel point qu'il est difficile de les voir. Et leur stratégie semble bien dénuée de... stratégie.

 

Ils sont partout. Contrairement à Jésus qui multipliait les pains, eux ne peuvent pas se démultiplier. Ils choisissent donc. Souvent, ils se laissent emportés par le vent. La bise des événements. On les voit surtout courir, parfois sourire – quand il y a une photo à faire. La nervosité est palpable, eux voudraient être papables. Ils rêvent tous du même but, ils ne sont pas faits du même bois, hormis leur langue qui est pleine d'échardes. On les entend. On préférerait qu'ils se taisent. Eux pensent révolutionner la vie des gens qui n'ont comme désir que d'être laissés tranquille. Ils sont partout, vous dis-je. Ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ils pensent satisfaire des besoins. Ils satisfont les leurs: l'égocentrisme et le pouvoir. Mais peuvent-ils convaincre? Ils en sont pourtant convaincus. Vaincus, pas encore. Cons, je ne saurais être aussi péremptoire.


Mais force est de constater qu'ils sont vraiment partout. A tous les cocktails. Surtout lorsque ceux-ci sont dînatoires. Ils viennent, ou plutôt s'invitent, munis de leurs grands discours. Le creux des estomacs semble bien rempli par rapport au vide de leurs idées. Qu'importe: il ne faut pas être intelligent. Il suffit d'être convainquant. De faire semblant d'y croire. Et de trouver les bons pigeons. Bon, ces volatiles, il en faut quand même beaucoup pour passer la rampe des vainqueurs et se profiler sur le podium. Alors tout soudain, ces aspirants parlementaires se muent en ornithologues. Et chassent. Chassent chaque jour. Chaque week-end. Nul ne leur dit tout le ridicule qu'ils inspirent. L'absurde dont traite Albert Camus dans son Mythe de Sisyphe paraît encore savoureux, quand le néant profond qui habite toutes ces personnes se transforme en désir d'être au pouvoir.


Ils sont semblables à des passagers d'un bateau qui coule. Tous se précipitent sans réfléchir aux portes qui mènent à la sortie. Mais eux veulent faire leur entrée. Et fracassante, parce qu'il ne suffit pas d'être plébiscité, encore faut-il être adulé! Alors ils crient, scandent et dégueulent leurs slogans – tout droit sortis d'une publicité Ikea – ad nauseam. Eux croient intéresser la population. A chaque stand, à chaque événement festif, ce sont toujours les mêmes. Ils font partie du microcosme. Ils ont leur carte de membre, et tous pensent à peu près la même chose. Cela varie seulement en fonction d'une variable: la couleur de leur logo. Et la grandeur de leur ego. Mais ça, ne le dites pas. Parce qu'ils ne comprendront semble-t-il jamais qu'il y a ici un petit village de quelques milliers de personnes qui s'auto-congratulent. C'est le syndrome bien connu du serpent qui se mord la queue. Eux font ça pour le bien du peuple. Des citoyens.


Certains sont d'ailleurs experts en la matière et parlent volontiers en lieu et place de ladite population. Qui elle, si elle n'acquiesce guère, change de chaîne, ou tourne la page. Ce ne sont finalement pour le commun des mortels que des démagogues et leur prêter un semblant d'intérêt serait déjà leur faire honneur. Ils sont partout, absolument partout. Sur les vitres des transports publics. En photo sur les réseaux sociaux. Dans les boîtes aux lettres. Ils sont tellement sociables qu'ils en deviennent proprement infréquentables. Aux journalistes, ils passent la pommade. Aux citoyens, ils promettent monts et merveilles. Ils jouent au père Noël, et comme si le peuple était fait que d'enfants, ils se dotent d'une hôte pleine de cadeaux. Ils courent, ils courent. Et ils sont tellement partout qu'on en arrive à ne plus les voir. C'est comme ça, et ça va durer jusqu'au 6 octobre. Ils courent, les candidats au Grand Conseil.

 

Grégoire Barbey

22:03 Publié dans Elections du 6 octobre, Exercice de style, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |