Gregoire Barbey

24/05/2017

Les TPG doivent se rapprocher des Genevois

TPG, Genève, Luc Barthassat, transports publics genevois, politique,

Les Genevois ont à nouveau refusé dimanche une augmentation des tarifs des transports publics. La hausse des recettes aurait dû permettre d'étoffer l'offre. Si je n'ai pas immédiatement réagi à ce résultat, c'est pour prendre le temps d'observer le discours des victorieux et des perdants au lendemain de la votation.
 
Bref, les Transports publics genevois (TPG) et le Conseil d'Etat ont échoué à défendre leur vision. Nombreuses sont les analyses qui pointent la satisfaction des usagers pour justifier ce résultat. Selon cette logique, on pourrait interpréter ce camouflet comme le signal que les Genevois sont globalement satisfaits de l'offre actuelle.
 
Espérons que cette appréciation inique de cette votation soit ironique... Je pense pour ma part que le problème est plutôt à chercher dans la relation qu'entretiennent les Genevois avec les TPG. Ces derniers ne font pas beaucoup d'efforts pour se faire apprécier de la population, c'est le moins que l'on puisse dire.
 
Pour l'heure, l'essentiel de la classe politique prend le problème à l'envers, exigeant des Genevois qu'ils acceptent d'augmenter les tarifs de leurs transports publics pour améliorer l'offre. Mais quelle est l'image de marque des TPG dans tout ça? S'y intéresse-t-on vraiment?
 
Il y a sans doute une part importante du corps électoral genevois qui a voté non par défiance envers les TPG. A vrai dire, on peut les comprendre: que font-ils, si ce n'est assurer le service minimal? Voit-on, à la gare, des employés des TPG aiguiller les arrivants pour se repérer dans la jungle des lignes de bus et de tram? Nombreuses sont les villes où cela existe.
 
Quels liens les TPG entretiennent-ils avec les Genevois? Quand il s'agit de répression, la régie autonome n'a aucun problème à mobiliser des contrôleurs dont la manière d'intervenir dans les transports semble parfois un peu... excessive? Mais que font les TPG pour se rapprocher des Genevois? Pratiquement rien.
 
Il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour voir à quel point l'image de marque est importante: les Transports lausannois (TL) pourraient bien inspirer les stratèges des TPG. Une fois, une femme a été obligée d'accoucher dans une station de la ligne du métro lausannois: les TL ont offert à son enfant un abonnement à vie.
 
Une communication simple, peu coûteuse et qui a été largement relayée dans la presse. Les réactions étaient largement positives. Voilà une entreprise qui sait gérer son image. Encore faut-il s'intéresser à ce qui se fait ailleurs, car la communication positive des TL ne s'arrêtent pas à cet exemple.
 
Le but de mon propos, c'est de mettre le doigt sur la relation ambigüe entre les Genevois et les TPG. Pour que la population accepte de payer davantage, il faudrait peut-être commencer par l'essentiel: s'intéresser à l'image qu'ils ont de l'offre actuelle. Qu'est-ce que la régie peut améliorer?
 
On pourrait tout à fait envisager que le directeur des TPG organise une opération où il prend les transports plusieurs fois un matin et interroge les gens sur leur expérience. Le conseiller d'Etat Luc Barthassat pourrait tout-à-fait le faire également. Bref, rapprocher les Genevois de cette régie qui ne leur donne pas vraiment l'impression de s'intéresser à leur confort.
 
Ce n'est en tout cas pas en réduisant l'offre de 2% après le rejet de la hausse des tarifs que les TPG trouveront grâce dans le cœur des Genevois. A ce niveau, le Conseil d'Etat a marqué un autogoal. Mais pour changer la situation, peut-être encore faut-il accepter de sortir de sa tour d'ivoire et de s'intéresser... aux Genevois!
 
Grégoire Barbey

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28/03/2017

Le chant du cygne d'un MCG à bout de souffle

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Les élections cantonales se rapprochent et le Mouvement citoyen genevois s’illustre à nouveau par son étonnante capacité à se préoccuper du bien-être de ses concitoyens en s’attaquant à cette cadre de l’Administration fiscale cantonale (AFC) qui vit en France… et possède le passeport suisse! A en croire le parti, en mal de visibilité depuis le départ de son vitupérant clown en chef Eric Stauffer, cette nomination met en grand danger la sécurité des données fiscales des Genevoises et des Genevois. Rien que ça! Le MCG se fend donc d’un communiqué de presse et annonce le dépôt d’une motion appelant le Conseil d’Etat à suspendre la directrice adjointe de l’AFC et à n’engager que des résidents genevois en ce qui concerne l’administration fiscale.

Le parti – qui n’a pas peur du ridicule et des superlatifs – s’égosille dans un exposé des motifs des plus saugrenus. Pour lui, cette nomination implique une «nouvelle perte de souveraineté» qui met «en danger nos institutions» (!) et le secret fiscal genevois. Il s’agirait d’une «dérive dangereuse» de l’AFC. Le MCG craint en effet que les douanes françaises ne soutirent des informations capitales à cette femme qui vit en France voisine. La scène serait digne d’un film de Michel Audiard… Bref, à une année des élections cantonales, le parti des râleurs essaie tant bien que mal d’exister au sein du paysage médiatique, quitte à devoir se faire mousser. Un comportement qui sent la fin de règne, sans pourtant n’avoir jamais régné ailleurs que dans les cafés du commerce.

C’est dire à quel point le programme de ce parti n’a guère évolué au fil des années. Douze ans après son entrée fracassante dans les travées du Parlement genevois, le MCG est à bout de souffle et peine à redynamiser sa dialectique et à occuper des thématiques différentes de son principal fonds de commerce, qui se résume par la haine et la méfiance vis-à-vis des autres. Le chant du cygne, en somme.

Dans ce cas précis, le discours du parti devient totalement incompréhensible: est-ce le fait de résider en France voisine qui met en danger le secret fiscal genevois? Faut-il interdire à toute personne disposant d’informations sensibles de traverser la frontière pour aller en France? La directrice adjointe de l’AFC est Suissesse. Le MCG préférerait-il quelqu’un qui réside à Genève mais qui ne dispose pas de la nationalité suisse tout en ayant accès à des données confidentielles? En quoi le lieu de résidence influence de façon systématique l’allégeance d’une personne à un Etat étranger? Si la France souhaite obtenir des informations de la sorte, n’a-t-elle pas d’autres moyens pour les obtenir, comme faire du trafic d’influence ou carrément acheter des personnes afin qu’elles transmettent de telles données aux autorités françaises?

Oui, le MCG est définitivement à côté de ses pompes. Incapable de se maintenir, apeuré par l’échéance électorale qui approche, le parti se livre à la réaction à chaud, tout ça pour qu’on parle de lui. Un article paraît le dimanche, voilà que le lundi matin, une motion est déposée en lien avec les informations dudit papier. La politique, ce n’est pas ça, et la médiocrité de la position du MCG dans cette non-affaire le prouve une fois de plus. Le MCG donne l’impression d’être un poulet décapité dont les muscles sont encore traversés par des spasmes avant de mourir… définitivement.

Grégoire Barbey

Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno

13:19 Publié dans Air du temps, Elections cantonales 2018, Genève | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | | | |

15/03/2017

La mode des stratégies 2030

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La Tribune de Genève nous apprend que le conseiller d’Etat Pierre Maudet a présenté à la presse sa stratégie sécuritaire 2030, «une première en Suisse». Loin de moi l’idée de jouer les mauvaises langues, mais ne peut-on pas se montrer plus critique face à de tels exercices? L’article nous résume les grands axes de ladite stratégie. Pour être honnête, n’étant pas un expert du domaine sécuritaire, je n’ai pas compris grand-chose. Est-ce que la stratégie est solide, ou s’agit-il d’un document prête-nom qui aligne des poncifs sur la sécurité pour pouvoir dire ensuite: «je vous l’avais dit» ou «nous étions précurseurs»? A un an des élections, ne peut-on pas y voir une tentative de façonner son image?

Je ne doute pas que Pierre Maudet dispose d’une vision politique sur le temps long. C’est probablement l’un des rares élus genevois à disposer d’une capacité (et c’est bien malheureux puisqu’il vise avant tout le Conseil fédéral…). Mais il n’en demeure pas moins que de tels documents, qui sont courants côté Confédération (les stratégies 2030, 2040, 2050 ne manquent pas à Berne…), nécessitent d’être interrogés pour ce qu’ils sont. Et justement, de quoi s’agit-il précisément? Nous présente-t-on une véritable réflexion, avec des idées audacieuses, des prises de risque, ou s’agit-il d’un manuel pour apprendre à arroser les chrysanthèmes et se donner un air de politicien sérieux?

La question se pose d’autant plus qu’on sait à quel point Pierre Maudet est un as de la communication. Ce n’est pas par hasard si l’aspect «inédit» sur le plan cantonal d’une telle stratégie est à ce point mis en avant. L’exercice, d’un point de vue communicationnel, est réussi. Mais après, qu’en est-il du fond? Est-ce la mode que de présenter des plans estampillés 2030? Pierre Maudet n’est pas le premier à le faire, et certains de ses collègues ne s’en sont pas privés. Au final, on aimerait savoir quelle sera la portée réelle d’une telle stratégie. Pour ma part, je ne retiendrai qu’un élément de cet article: le conseiller d’Etat annonce la couleur, il faudra faire davantage avec les mêmes moyens. S’agit-il vraiment d’une vision d’avenir ambitieuse?

Grégoire Barbey

Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno

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27/02/2017

Gloire à Françoise Buffat, gloire à la clarté

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La chronique est un art à part entière, un art engagé, puissant, pouvant porter à conséquence. Cette discipline, Françoise Buffat la maniait à merveille, et était crainte pour sa capacité à «porter la plume dans la plaie». Respectée, elle avait la réputation de pouvoir faire et défaire les carrières politiques, particulièrement au sein de feu le Parti libéral genevois. Son décès résonne tristement à l’heure où Le Temps supprime de nombreux emplois et que le journalisme romand traverse une crise sans précédente d’identité et de confiance. Françoise Buffat avait un indiscutable talent de plume et donnait à l’exercice de la chronique un ton et un langage qui font cruellement défaut de nos jours. Embourbé dans sa position de neutralité fantasmée, le journalisme moderne entretient avec la chronique une relation ambigüe. A la base exercice de style et de clarté, la chronique s’est peu à peu transformée en un fourre-tout confus et presque illisible. Il y a bien sûr des exceptions. Mais globalement, ce qui faisait le sel de la chronique s’est peu à peu dilué pour donner un résultat assez indigeste.

Le journalisme d’opinions a perdu son sexe ces dernières décennies, et ce n’est pas un hasard si l’art de la chronique en a fait les frais. Il ne s’agit plus que d’une forme de contenu, une manière, un genre. Bloqué dans sa position d’observateur neutre, le journalisme a relégué la pratique de la chronique en un exercice de style plutôt qu’en un exercice de clarté, de vérité (celle de l’auteur de la chronique, s’entend). L’art du zigzag a remplacé au fil des décennies celui de la pensée, des convictions. Lisez donc ce qui est aujourd’hui estampillé du label «chronique» et vous réaliserez assez rapidement que la position de l’auteur n’est en général pas limpide, et moins encore assumée. Ce qui relevait d’un exercice de droiture est devenu un exercice de contorsion, où même les mots prennent les courbures des esprits embués de leurs auteurs. Il n’est plus question de dire, quitte à déplaire. Il faut ménager la chèvre et le chou, dans une volonté de donner au journalisme une prétention inclusive, un air de science exacte, là où ce sont les représentations personnelles de chacun qui décrivent et décryptent les événements de ce monde.

Là où les mots étaient sulfureux, la chronique a pris le parfum du soufre. La rectitude de la pensée a été remplacée par la contrainte de l’obscur, de l’insaisissable. Gloire à Françoise Buffat, figure de la chronique politique locale, et gloire à toutes celles et ceux qui, aujourd’hui encore, tentent de donner à cet exercice les couleurs qui le rendent si singulier et si précieux. Espérons que les mots redescendent à nouveau dans la rue et cessent d’occuper des sphères hautaines où les reflets de l’ego surplombent la clarté du soleil.

Grégoire Barbey

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24/02/2017

Médaille russe: le débat était légitime

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Le Parlement genevois a accordé au député Guy Mettan l’autorisation de porter la médaille de l’ordre de l’amitié qui lui a été décernée par la Russie. C’est le président Vladimir Poutine qui choisit lui-même les personnalités réputées dignes de recevoir la décoration. Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité, mais bien d’un rituel qui peut suggérer qu’une telle décision n’intervient pas sans motif valable. Les députés, à une faible majorité, ont choisi de ne pas s’en formaliser, autorisant ainsi Guy Mettan à recevoir et porter la distinction émanant d’un Etat étranger. C’est la décision souveraine du Parlement. La discussion méritait pourtant d’avoir lieu.

Là où les députés s’avilissent, la République courbe l’échine. Guy Mettan a tout à fait le droit d’être un ami de la Russie, d’aimer ce pays, son histoire, sa culture, sa langue et tout ce qui la distingue. Il n’y a aucun reproche à lui faire sur ce point. Des questions se posent toutefois sur son rapport avec le gouvernement russe. Car si Guy Mettan se positionne en simple ami de la Russie, il n’en a pas moins écrit un ouvrage très dense pour dénoncer la «Russophobie» occidentale ambiante, et prend régulièrement des positions que l’on peut qualifier sans trop exagérer de complaisantes à l’égard de la politique gouvernementale russe.

N’écrivait-il pas sur son profil Facebook en décembre «Et voilà que la vérité commence enfin à sortir sur la corruption des médias établis dans leur couverture des événements en Syrie et en particulier à Alep», en partageant une vidéo intitulée «Une journaliste démonte en deux minutes la rhétoriques des médias principaux sur la Syrie»? D’abord, ladite vidéo a été mise sur internet par Russia Today France, bras armé francophone du média très proche du gouvernement Russia Today. Ensuite, la prestation de la soi-disant journaliste a rapidement été démontée par des faits: cette dame n’est pas journaliste et n’a pas effectué cette conférence sur invitation de l’Organisation des nations unies, comme cela semblait suggéré par le décor.

Que Guy Mettan se montre critique à l’égard des médias occidentaux ne pose aucun problème. C’est même souhaitable, d’autant plus en sa qualité de directeur du Club suisse de la presse. Mais qu’il le fasse en relayant sans distance les opérations de manipulation de l’opinion orchestrées par Russia Today laisse songeur. Je le répète, l’intéressé est tout à fait en droit d’aimer la Russie et de dénoncer les clichés cultivés à l’égard de ce pays en Occident. C’est une position respectable. Ce qui l’est moins, c’est de ne pas nourrir à l’égard du gouvernement russe la même distance critique qu’il pratique à l’endroit de l’Occident. Guy Mettan donne l’impression d’épouser purement et simplement les thèses défendues par Vladimir Poutine et son gouvernement. Une position confortée par son intervention dans l’émission Infrarouge consacrée à la Syrie.

L’obtention de cette médaille pouvait donc interpeller à raison certains députés. Et il est totalement légitime que le Parlement ait débattu de cette question, puisque la distinction a été décernée à l’un de ses membres et qu’elle émane d’un Etat étranger. Etat dont la politique intérieure peut soulever des interrogations, notamment sur le traitement réservé à la presse d’opposition. La majorité du Grand Conseil a décidé de balayer ces réserves et de donner à Guy Mettan la liberté d’accepter et d’arborer cette médaille russe de l’ordre de l’amitié. Le débat est donc clos.

Rappelons quand même à ceux qui ont vu dans cette discussion un excès de zèle du Parlement ces mots de Georges Clemenceau, adressés au Général Boulanger: «Ces cinq cents hommes qui sont ici, en vertu d'un mandat égal au vôtre, ne s'accordent pas sans discussion. Eh bien, puisqu'il faut le dire, ces discussions qui vous étonnent, c'est notre honneur à tous. Elles prouvent surtout notre ardeur à défendre les idées que nous croyons justes et fécondes. Ces discussions ont leurs inconvénients, le silence en a davantage». 

Grégoire Barbey

08:31 Publié dans Genève, Politique, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook | | | |

23/02/2017

Régularisation de la bêtise immonde

La droite nationaliste n’a pas de mots assez durs pour qualifier la régularisation de 5000 personnes en situation d’illégalité à Genève, mesure autorisée par le Conseil fédéral après d’âpres négociations entre Genève et la Confédération pendant plusieurs années. Les thuriféraires de l’identité sacrée y vont de leurs remarques médiocres, agitant les bras tels des épouvantails déchiquetés par les corbeaux. Ici, le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) se demande combien de déplacés occasionnera la régularisation de ces sans-papiers. Là, la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) écrit sur une fâcheuse plateforme facho toute la haine qu’elle pense des étrangers, forcément appelés à se multiplier en Suisse à cause de Pierre Maudet, qu’elle surnomme Pierre le débonnaire. Vains propos d’une pensée mise en bière. Rien de très surprenant de la part de ces gens dont le fonds de commerce politique demeure encore et toujours la stigmatisation de l’autre.

Cela ne prêterait même pas à réaction si les odieuses paroles de ces personnes à l’identité frustrée ne trouvaient pas un écho grandissant au sein de la population. La Confédération et Genève ont décidé d’accorder une existence légale à des gens qui vivent et travaillent ici depuis plusieurs années. Les intellectuels de la pensée isolationniste préfèrent quant à eux fermer les yeux sur ces situations, en appelant pour leur propre gloriole au respect de la loi, à des sanctions contre les entreprises qui engagent ces sans-papiers et à davantage de fermeté contre l’immigration massive. Certains n’hésitent pas à voir dans cette mesure les stigmates de la théorie saugrenue du Grand Remplacement. Comme si cette courageuse décision des autorités avait vocation à distribuer le passeport suisse au rabais, ce que suggère dans sa prose nauséabonde la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz.

La xénophobie assumée de ces élus est véritablement navrante. Mais là où il y a de la carcasse, il y a des hyènes.

Grégoire Barbey

20:48 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook | | | |

13/02/2017

La loi, la révolte et le regard triste des enfants

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La RTS a diffusé dimanche 12 février dans son émission Mise au point un poignant reportage sur la famille Krasniqi, issue du Kosovo, qui vivait à Avully et était établie en Suisse depuis six ans, à la suite de son expulsion hors du pays en décembre dernier après le refus de sa demande d’asile. Je ne chercherai pas à pointer les responsabilités, mais il est difficile de regarder pareil reportage sans ressentir un profond sentiment d’injustice, de révolte, de colère. Cela pose d’évidentes questions humaines, particulièrement au regard des droits de l’enfant. Comment peut-on envisager qu’une brigade d’intervention d’une quinzaine de policiers puisse débarquer un beau matin dans une famille composée de trois enfants en bas âge afin de les placer dans un vol spécial à destination du pays duquel ces gens se sont enfuis? L’image est forcément bouleversante et révoltante.

On voit dans cette émission d’une quinzaine de minutes les camarades de classe des enfants Krasniqi qui s’interrogent sur les raisons de cette expulsion, sur la violence symbolique qu’elle représente. On voit surtout leurs visages qui laissent entrevoir tristesse et impuissance, colère et incompréhension. Et puis il y a les premiers concernés, les jeunes enfants Krasniqi, qui témoignent du sentiment d’injustice qui les envahit, eux qui sont désormais au Kosovo. L’école leur manque, disent-ils. Parce que là où ils sont, ils ne peuvent aller à l’école. Leurs parents ont peur, parce qu’ils sont issus de la minorité Rom, et qu’ils subissent donc une violente discrimination.

Tout cela montre les limites de l’application froide de la législation en matière d’asile. Parce qu’elle ne protège en rien la Suisse, dans ce cas particulier. Elle ne fait que créer des traumatismes, et briser le cœur d’enfants qui n’ont comme seule responsabilité celle d’être tout simplement là, au hasard d’une naissance qui leur a incombé de quitter leur pays. Cette situation est tout simplement inhumaine, indigne. On pense évidemment à entrer en résistance contre de pareilles décisions administratives. On regarde ce reportage, l’émotion des habitants d’Avully, des enfants, du maire de la commune. Et l’on se prend à espérer que tout cela ne peut être qu’une triste erreur. Que ces gens retourneront bientôt en Suisse, où leurs anciens voisins les y attendent, pour pouvoir mener une vie loin des tourments de la discrimination à laquelle ils sont confrontés dans leur pays d’origine.

Oui, ce reportage pose des questions fondamentales. Pourquoi les autorités n’ont pas tenté de s’interposer contre ce renvoi? Est-ce qu’il y avait un intérêt public majeur pour le bien-être de la Suisse au point de traumatiser des enfants? Combien de cas comme celui-là existent et demeurent tapis dans l’ombre? La loi c’est la loi. Mais parfois, son application laisse comme un goût amer… d’injustice. Espérons que le temps nous donnera des réponses et que cette histoire mobilisera suffisamment de personnes pour que de telles situations ne se reproduisent pas à l'avenir sans qu'il y ait une pesée d'intérêts réelle.

Grégoire Barbey

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12/02/2017

RIE 3: la mère de toutes les défaites

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«La mère de toutes les batailles.» C’est ainsi que le Conseil d’Etat genevois qualifiait la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3). La défaite doit donc lui laisser un goût particulièrement amer en ce dimanche de scrutin. Les Genevois, et plus largement les Suisses, en ont décidé autrement. Il faut dire que la campagne fut rude. Partisans et opposants n’ont cessé de marteler leurs arguments sur un ton pour le moins menaçant. Pourtant, l’échec de la réforme devant le corps électoral ne constitue pas particulièrement une surprise. Ce qui aurait pu être qu’une simple formalité s’est transformé en un véritable cauchemar.

La réforme était-elle déséquilibrée? Peut-être. Mais le véritable déséquilibre s’est joué dans l’argumentation des forces en présence. Une fois de plus, politiciens et milieux économiques n’ont pas su s’extraire des habituelles litanies ressorties à chaque votation à caractère économique. A coup d’arrogantes menaces aux relents de fin du monde, les partisans n’ont pas défendu le projet qu’ils soutenaient: ils l’ont sanctifié, élevé au rang d’Ecriture sainte, et n’ont eu de cesse d’affirmer qu’un refus impliquerait forcément des conséquences dramatiques pour la place économique suisse. Les partisans n’ont pas su adopter une posture de débat. Ils n’ont développé, pour la plupart, que des arguments d’autorité. La Suisse a besoin de cette réforme, la refuser serait prendre le risque de détruire des milliers d’emplois, d’inciter d’importantes entreprises internationales à délocaliser leurs activités.

Ce refrain, chanté la bouche en cœur depuis des décennies, ne fait plus recette. Au contraire, il a plutôt tendance à polariser le débat de façon excessive, conduisant partisans et opposants à ne pratiquer que la politique du slogan, au détriment du sujet de fond, bien plus complexe que ne le laissaient entendre les propos des belligérants. A aucun moment, les partisans de la réforme n’ont été capables de proposer une vision générale de la société associée à cette modification législative. Ils n’ont fait qu’aligner leurs pathétiques certitudes, pratiquant à l’échelle industrielle le chantage. Du pain béni pour les opposants, qui n’ont dès lors pas eu de problème à mobiliser et fédérer ceux qui n’en peuvent plus de ces chants du désespoir. Non, le corps électoral n’adopte pas aussi facilement le comportement du mouton. Il l’a prouvé, fièrement, en ce dimanche de votation.

Ragaillardie par son impression de toute puissance, la majorité de droite à l’Assemblée fédérale n’a pas su se départir de ses vieux démons. Préférant surcharger la réforme, en introduisant notamment la déduction des intérêts notionnels – sans s’être entretenue avec l’auteur de cet instrument de fiscalité agressive, lequel a fait connaître sa surprise de voir cet outil proposé en Suisse au micro du service public –, les partisans ont pêché par orgueil. Mais en complexifiant ainsi le projet, ils n’ont fait que de donner des armes à l’opposition. L’objet du scrutin était bien trop obscur pour permettre la conduite d’un débat de qualité. Il n’y avait dès lors la place que pour une guerre des tranchées.

Cette cuisante défaite doit permettre aux politiciens et aux milieux économiques de prendre la mesure de leurs travers. Il est grand temps de s’adonner à un bon coup de balai au sein de ces institutions économiques qui n’ont comme seul argument celui de la menace. Les Suisses ne veulent plus être pris pour des abrutis, des bambins qu’il suffirait d’apeurer pour les remettre dans le droit chemin. A trop tirer sur la même corde, l’économie est devenue parfaitement inaudible. Or, réforme nécessaire ou pas, il n’est pas possible de vendre un projet sans proposer de facto une vision d’avenir de la société. Il doit y avoir une place pour défendre un horizon à long terme, et pas seulement se concentrer sur les conséquences éventuelles d’un rejet. Dans quel but les Suisses doivent-ils consentir à donner aux entreprises de nouveaux instruments de déduction fiscale dans un contexte de réglementation accrue et de crise économique? La réponse s’est limitée à la méthode Coué: ne pas le faire, c’est prendre un risque immense.

La décision du corps électoral honore la Suisse et son destin: nos compatriotes ne veulent pas d’une économie qui impose ses vues sans expliquer en quoi ses désirs incandescents bénéficieront à la société de façon générale. Par leurs arguments d’une rare violence symbolique, les défenseurs de la place économique suisse en sont pour leurs frais. Il ne suffit plus aux milieux économiques de dire que tel ou tel projet est nécessaire ou au contraire dangereux pour que les Suisses s’alignent en ordre de bataille afin de lui servir la victoire sur un plateau. Il est grand temps de le dire: par son arrogance, l’économie a utilisé la même arme. Son discours est devenu inaudible. Sa capacité à convaincre s’est délitée. Oui, ce dimanche 12 février 2017, la place économique suisse se confronte enfin à la réalité: son comportement pédant est devenue la mère de toutes les défaites.

Grégoire Barbey

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02/02/2017

La sainte absolution du gouvernement

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Fantastique Conseil d’Etat qui peut d’un coup de baguette magique blanchir ses membres lorsque leurs interventions font l’objet d’un recours! Au diable donc la nécessaire impartialité permettant de juger pareille situation. Non, ni Serge Dal Busco, ni Pierre Maudet n’ont eu recours à une communication excessive s’agissant de la votation fédérale sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises. Ainsi en a décidé… le collège dont ils sont membres!

La lettre du ministre des Finances jointe à la déclaration d’impôts, sorte de diatribe en faveur de la votation, n’était-elle pas exagérée et sujette à perturber le débat nécessaire à toute votation? Pas pour le Conseil d’Etat, estimant que cette communication reste «dans les limites admissibles». Le gouvernement juge également conforme au droit les interventions des deux conseillers d’Etat dans un tout-ménage d’Economiesuisse favorable à l’objet du scrutin.

La situation serait presque cocasse si l’affaire n’était pas aussi lourde de conséquences pour l’image du gouvernement. Comment accorder une quelconque crédibilité à l’arrêté d’un Conseil d’Etat qui s’exonère lui-même des faits qui lui sont reprochés? Une décision contraire aurait forcément nuit au bon déroulement de la votation, et donc à l’intérêt du Conseil d’Etat qui souhaite un résultat favorable dans les urnes. Loin de moi l’idée de donner forcément raison aux critiques des deux citoyens qui ont formé ce recours.

Mais quand même! Ne serait-il pas plus logique qu’un tel litige soit tranché, à tout hasard, par le Tribunal administratif cantonal? L’image d’un gouvernement qui s’absout lui-même n’est sans doute pas le meilleur moyen pour écarter les critiques qui lui ont été faites. Bien sûr, les deux recourants peuvent saisir le Tribunal fédéral s’ils ne se satisfont pas de cet arrêté. Cela n’enlève toutefois rien à l’étrange sensation que l’on peut avoir à la lecture des arguments d’un Conseil d’Etat qui se blanchit… tout seul.

Grégoire Barbey

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09/09/2015

Budget: un Exécutif déjà à bout de souffle

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Serge Dal Busco. Le ministre des Finances a présenté hier le projet de budget
du Conseil d'Etat. Un déficit de 69,7 millions de francs est prévu.

«Nous avons dit en début de législature que le projet Score se ferait sans coûts supplémentaires pour le contribuable. Nous devons encore analyser cette affirmation pour définir notre marge de manœuvre.» C’est à peu près en ces termes que le ministre des Finances Serge Dal Busco répondait hier à une question posée par mon confrère du Courrier Rachad Armanios. Une manière élégante, alors que le Conseil d’Etat était réuni pour présenter le projet de budget 2016, d’annoncer qu’ils finiront par trouver une parade pour éviter de devoir respecter leurs engagements. Si je relève cette anecdote, c’est parce qu’elle illustre assez bien l’exercice auquel s’est livré hier le gouvernement genevois devant la presse. De l’équilibrisme de haute voltige. Tout au long de la conférence de presse, tant François Longchamp, président du Conseil d’Etat, que ses collègues se sont livrés à des explications censées dédouaner la responsabilité de l’Exécutif.

Si le déficit budgétaire se creuse, il ne s’agit pas d’un problème d’anticipation mais un inversement de tendance inattendu de la conjoncture mondiale. La décision de la Banque nationale suisse d’abolir le taux plancher de 1 euro pour 1,2 franc fait également office de prétexte pour se départir d’un précédent budget dont le déficit s'est creusé de plus de 200 millions de francs. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Si ce n’est une petite touche de poésie dans la façon de se déresponsabiliser: la marge de manœuvre pour faire des choix politiques dans le budget est forcément très restreinte à cause des obligations légales et des charges de personnel.

Il y a bien sûr une part de réalité dans cette posture. Mais lorsque le Conseil d’Etat annonce son intention d’introduire une mesure visant à réduire de 5% les charges de personnel d’ici 3 ans, difficile de ne pas être étonné qu’il propose en parallèle l’an prochain de créer 119 nouveaux postes de fonctionnaires. Le député libéral-radical et membre de la Commission des finances Cyril Aellen semble d’ailleurs s’en étonner sur son profil Facebook. Il relève: «L’objectif du Conseil d’Etat est de diminuer, sur 3 ans, de 5% les charges de personnel, cela sans réduction des salaires. Soit. Résumons donc : 15'428 postes (équivalent plein temps), au budget 2015. Le Conseil d’État veut donc en supprimer 771 sur 3 ans. Pour parvenir à cet objectif, en 2016, il commence par proposer de créer 119 postes supplémentaires. Il conviendrait donc d’en supprimer 890 entre 2017 et 2018». Et de demander en conclusion: «Quelles réformes sont envisagées pour parvenir à l’objectif fixé?»

Ce Conseil d’Etat a donné hier le sentiment d’être un quarteron d’amateurs qui subit plus qu’il ne peut agir. Finalement, sept hauts fonctionnaires chargés d’appliquer la législation cantonale et fédérale suffiraient à gérer Genève. On nous a vanté pendant près d’une heure l’importance de mener des mesures structurelles. Je suis également de cet avis. Est-ce que généraliser l’utilisation du courrier A à l’Administration fiscale cantonale (en lieu et place du recommandé) pour gagner 400.000 francs est une réforme structurelle?

Dans l’administration, les langues semblent se délier. Peut-être faudrait-il procéder à un véritable audit des tâches de l’Etat pour savoir exactement comment chaque franc est dépensé? Ne serait-il pas temps d’avoir une vision globale du périmètre de l’Etat de Genève pour procéder aux nécessaires réformes qui s’imposent? Plutôt que de continuer à appliquer d’inefficaces coupes linéaires au détriment de l’intérêt du fonctionnement de l’administration, une photographie précise de chaque franc dépensé permettrait d’agir à la racine. Mais cela impliquerait d’engager davantage de ressources et de se projeter dans un avenir plus lointain que l’horizon des prochaines élections cantonales. Ce n’est peut-être pas la priorité de ceux qui nous dirigent.

Grégoire Barbey

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