Gregoire Barbey

04/09/2013

L'Occident veut des massacres élégants

Chronique, 04.09.13

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Bachar el-Assad. La limite à ne pas franchir quand un dirigeant massacre son peuple:
les armes chimiques. Il faut rester conventionnel. Sinon c'est mauvais pour les affaires...

 

La Syrie est le trend actuel en Suisse et plus largement en Occident en matière de politique internationale. Beaucoup de commentateurs se sont lancés à corps perdu dans la bataille idéologique qui fait rage: faut-il ou non une intervention armée des forces occidentales pour mettre fin au conflit syrien? Si la réponse varie en fonction des sensibilités, la véritable question se situe probablement ailleurs. Que certains pays, notamment la France, jugent opportun de partir en guerre, ce n’est pas très étonnant. L’ampleur de la répression menée par les troupes du président Bachar el-Assad confine à la stupeur pour nous autres occidentaux. La véritable question, disais-je donc et pour y revenir, est en réalité la limite qui a été fixée au dirigeant de la Syrie par les puissances occidentales: pas d’armes chimiques contre le peuple. Pour caricaturer, l’Occident autorise n’importe quel dictateur à torturer son peuple – et le décimer – avec les méthodes qui lui font plaisir. Mais la ligne rouge à ne pas franchir, ce sont les armes chimiques.

 

Pourquoi? Ce n’est pas fair-play, les armes chimiques? Il faut employer des techniques plus old-school, comme le recours à des bombes, ou le tir à vue dans la foule? Peut-être est-ce plus en adéquation avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux… Rappelons-nous en effet qu’une armée qui fusille le peuple n’est pas de la fiction. C’est même arrivé à Genève, et une pierre commémore ce massacre sur la plaine de Plainpalais. Donc peut-être qu’effectivement, il y a l’art et la manière. Le peuple – ce salopard en surnombre qui veut tout décider à la place des dirigeants éclairés et mus par le bien commun – a bien quelques désavantages. Déjà, dans des pays démocratiques, il est censé avoir le dernier mot. A noter qu’à part en Suisse, la théorie a souvent de la peine à laisser place à la pratique… Ah mais oui, nos têtes pensantes occidentales ont un argument: les armes chimiques ne sont pas conventionnelles.

 

Et si Monsieur el-Assad venait à torturer ses citoyens en demandant par exemple à ses forces armées de leur retirer les yeux avec une cuillère, c’est une méthode plus conventionnelle? En tout cas c’est très traditionnel, l’Occident en sait quelque chose… A trop vouloir interférer dans les affaires d’autres pays, nos dirigeants oublient un principe: nous sommes les garants de certaines valeurs. Et pour justifier une intervention, il faut que ces valeurs soient mises en danger. Mais la Syrie n’est pas le dominion d’un Etat occidental. Pourquoi diable le Conseil de sécurité autoriserait les Américains, les Français, les Allemands ou n’importe quels autres à attaquer frontalement la Syrie? D’autant plus qu’après avoir toléré depuis plus de deux ans un massacre sans commune mesure, les Occidentaux auraient fort peu à s’illustrer en attaquant Bachar el-Assad parce qu’il a franchi la ligne rouge… Si l’on se réfère aux valeurs qui nous tiennent à cœur, ces limites, le président syrien les a dépassées il y a longtemps déjà. Ne l’oublions pas.

 

Grégoire Barbey

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RTS: entre discrimination et subjectivité

Chronique, 04.09.13

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Radio Télévision Suisse. Le débat organisé par la chaîne de télévision entre les candidats
au Conseil d'Etat sera parfaitement discriminatoires envers ceux qui n'occupent pas de fonctions.

 

La RTS organise un grand débat entre les candidats au Conseil d'Etat le lundi 23 septembre. La confrontation durera 70 minutes et s'articulera autour de 4 thèmes. Un débat pour découvrir les candidats moins visibles? Pas tout à fait. La RTS prévoit, dans son mail envoyé aux présidents des partis et dont j'ai obtenu copie, que seuls les candidats appartenant aux partis représentés au Grand Conseil pourront être au centre du débat. Soit 6 candidats. La place pourra être intervertie selon les thématiques au bon vouloir des candidats.

Les autres, ceux qui ne font pas partie du Grand Conseil – crime de lèse-majesté – seront disséminés dans le public et n'auront droit qu'à une intervention durant toute la soirée. Déjà l'année dernière avais-je fait remarquer une importante discrimination envers les petits candidats lors du débat pour la partielle au Conseil d'Etat, remportée par Pierre Maudet. J'ai de la peine à saisir comment les têtes pensantes de la Télévision suisse romande ont pu fomenter un tel déroulement. Ce qui est sûr, c'est qu'à nouveau, la RTS discrimine les petits candidats plutôt que de les mettre en avant, ce qui serait son rôle en tant que média. C'est véritablement regrettable et une solution plus intéressante aurait pu être trouvée pour offrir à chacun le droit de s'exprimer au même niveau.

 

Grégoire Barbey

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03/09/2013

Les Verts ont plagié la cravate de Brélaz

Chronique 03.09.13

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Les Verts. La section genevoise s'est servie du concept des yeux verts du chat présent
sur la cravate du syndic de Lausanne Daniel Brélaz. Le chat affirme qu'ils ne l'ont pas averti.

 

Les campagnes visuelles des partis politiques à Genève ont fait beaucoup de bruit. Notamment celle des socialistes, accusée d’être la copie d’une publicité de la marque automobile Mercedes. Pourtant, les Verts ont également plagié un concept déjà existant (voir ci-dessus): les yeux verts du chat sur la cravate du syndic de Lausanne, Daniel Brélaz! Contacté, le chat sur la cravate se dit «indigné» et se réserve le droit d’engager des poursuites contre la section genevoise des Verts. «C’est tout simplement scandaleux. Depuis des années que j’exerce le rôle de chat de cravate, personne n’avait eu l’outrecuidance de nous copier», a-t-il confié, visiblement sur les nerfs.

 

Daniel Brélaz n’a pas souhaité commenter l’affaire. Et la présidence des Verts n’était pas joignable ce mardi matin. Peut-être s’agit-il d’un plagiat par négligence (formule consacrée aujourd’hui par la conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Maire-Hefti). Quoi qu’il arrive, des suites seront probablement données pour faire la lumière sur cette étrange coïncidence!

 

Grégoire Barbey

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01/09/2013

Du creux des estomacs au vide des idées

Chronique, 01.09.13


Photo: Jérôme Courtesy Rastorfer ©

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Elections cantonales à Genève. Les candidats au Grand Conseil sont vraiment partout.
A tel point qu'il est difficile de les voir. Et leur stratégie semble bien dénuée de... stratégie.

 

Ils sont partout. Contrairement à Jésus qui multipliait les pains, eux ne peuvent pas se démultiplier. Ils choisissent donc. Souvent, ils se laissent emportés par le vent. La bise des événements. On les voit surtout courir, parfois sourire – quand il y a une photo à faire. La nervosité est palpable, eux voudraient être papables. Ils rêvent tous du même but, ils ne sont pas faits du même bois, hormis leur langue qui est pleine d'échardes. On les entend. On préférerait qu'ils se taisent. Eux pensent révolutionner la vie des gens qui n'ont comme désir que d'être laissés tranquille. Ils sont partout, vous dis-je. Ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ils pensent satisfaire des besoins. Ils satisfont les leurs: l'égocentrisme et le pouvoir. Mais peuvent-ils convaincre? Ils en sont pourtant convaincus. Vaincus, pas encore. Cons, je ne saurais être aussi péremptoire.


Mais force est de constater qu'ils sont vraiment partout. A tous les cocktails. Surtout lorsque ceux-ci sont dînatoires. Ils viennent, ou plutôt s'invitent, munis de leurs grands discours. Le creux des estomacs semble bien rempli par rapport au vide de leurs idées. Qu'importe: il ne faut pas être intelligent. Il suffit d'être convainquant. De faire semblant d'y croire. Et de trouver les bons pigeons. Bon, ces volatiles, il en faut quand même beaucoup pour passer la rampe des vainqueurs et se profiler sur le podium. Alors tout soudain, ces aspirants parlementaires se muent en ornithologues. Et chassent. Chassent chaque jour. Chaque week-end. Nul ne leur dit tout le ridicule qu'ils inspirent. L'absurde dont traite Albert Camus dans son Mythe de Sisyphe paraît encore savoureux, quand le néant profond qui habite toutes ces personnes se transforme en désir d'être au pouvoir.


Ils sont semblables à des passagers d'un bateau qui coule. Tous se précipitent sans réfléchir aux portes qui mènent à la sortie. Mais eux veulent faire leur entrée. Et fracassante, parce qu'il ne suffit pas d'être plébiscité, encore faut-il être adulé! Alors ils crient, scandent et dégueulent leurs slogans – tout droit sortis d'une publicité Ikea – ad nauseam. Eux croient intéresser la population. A chaque stand, à chaque événement festif, ce sont toujours les mêmes. Ils font partie du microcosme. Ils ont leur carte de membre, et tous pensent à peu près la même chose. Cela varie seulement en fonction d'une variable: la couleur de leur logo. Et la grandeur de leur ego. Mais ça, ne le dites pas. Parce qu'ils ne comprendront semble-t-il jamais qu'il y a ici un petit village de quelques milliers de personnes qui s'auto-congratulent. C'est le syndrome bien connu du serpent qui se mord la queue. Eux font ça pour le bien du peuple. Des citoyens.


Certains sont d'ailleurs experts en la matière et parlent volontiers en lieu et place de ladite population. Qui elle, si elle n'acquiesce guère, change de chaîne, ou tourne la page. Ce ne sont finalement pour le commun des mortels que des démagogues et leur prêter un semblant d'intérêt serait déjà leur faire honneur. Ils sont partout, absolument partout. Sur les vitres des transports publics. En photo sur les réseaux sociaux. Dans les boîtes aux lettres. Ils sont tellement sociables qu'ils en deviennent proprement infréquentables. Aux journalistes, ils passent la pommade. Aux citoyens, ils promettent monts et merveilles. Ils jouent au père Noël, et comme si le peuple était fait que d'enfants, ils se dotent d'une hôte pleine de cadeaux. Ils courent, ils courent. Et ils sont tellement partout qu'on en arrive à ne plus les voir. C'est comme ça, et ça va durer jusqu'au 6 octobre. Ils courent, les candidats au Grand Conseil.

 

Grégoire Barbey

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28/08/2013

Entre réalité des faits et intérêts supérieurs

Chronique, 29.08.13

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Jean Christophe Schwaab. Le conseiller national socialiste déclarait sur son profil Facebook
que la révision de la loi sur le travail allait obliger des employés à travailler 24 heures sur 24.



Lors de chaque initiative, les partis politiques se mettent en branle pour imposer leurs vues. C’est leur rôle et il n’y a rien à leur reprocher, si ce n’est parfois les méthodes employées. Leur objectif est simple: convaincre le peuple. Les moyens pour y parvenir sont toutefois plus difficiles. Voire sinueux. Il ne suffit pas d’être pour un texte de loi ou de s’y opposer. Il faut apporter au débat des arguments concrets, des explications claires et – malheureusement – simplifiées pour se faire comprendre. Il est évident que chacun utilise des stratagèmes pour marquer les esprits. La recherche d’un slogan provocateur, qui fasse réagir, mais qui interroge aussi. Les partis ne s’arrêtent néanmoins pas à ça: ils manipulent bien souvent la réalité des faits. A dessein ou par méconnaissance du sujet, qu’importe.
 

Le peuple est donc susceptible d’être désinformé s’il s’en tient au discours politique de ses représentants. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit-là d’un risque inhérent à l’exercice de la démocratie. Là où les matraques permettent de calmer la population – et de faire «rentrer» les idées dans la tête des gens – au sein des systèmes autoritaires, la démocratie nécessite plus de tact. La propagande est donc l’outil tout indiqué pour parvenir à ses fins. Elle demande une pratique intense et des aptitudes spécifiques. Il n’est pas toujours évident de savoir lorsqu’un politicien dit la vérité ou façonne la réalité dans son intérêt. Les débats le démontrent bien: deux personnes qui ne sont pas d’accord ne finiront probablement pas dans le même camp à la fin.
 

L’intérêt étant plutôt de confronter deux avis contradictoires pour permettre aux gens d’opter pour l’argumentaire qui leur paraît le plus juste. Et encore ici, il s’agit d’une interprétation, puisqu’il y a dans notre perception sensorielle deux obstacles à la compréhension objective: les convictions et les référentiels. Deux individus opposés sur une interprétation des faits peuvent être toutefois de bonne foi. Et c’est justement-là tout le paradoxe d’un débat d’idées. Interpréter n’est pas mentir. Mais cela peut servir à travestir. Il y a également la rétention d’informations dans un but précis.
 

Quand on observe les discours des uns et des autres sur la libéralisation des shop des stations-service, il y a un incroyable fossé. Entre ceux qui, comme Jean Christophe Schwaab, affirment que les employés vont travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ceux qui disent que cela ne changera rien… On ne peut qu’être frappé par les arguments. Les deux camps noircissent volontairement le trait pour marquer les consciences. Ce qu’il faut bien évidemment, c’est un contre-pouvoir qui permette de rétablir les faits. Ce sont les journalistes qui sont traditionnellement chargés de cette tâche. Mais aujourd’hui, tout semble plus difficile. La Confédération, donc les différents départements rattachés à l’Etat fédéral, possède plus de 400 communicateurs. C’est plus que n’importe quelle rédaction en Suisse. Cela représente même davantage que Le Monde en France.
 

Lorsque le discours des politiciens est passé au peigne fin pour en lisser les contours et le rendre le plus irréprochable possible, il est difficile d’en percevoir les aspérités. Seul un œil averti, et encore, peut en percer les incohérences. Le fact cheking, très répandu dans certains pays, commence à faire son apparition en Suisse. L’objectif est simple: analyser les propos des politiciens et les confronter aux faits. La RTS vient de se doter d’une émission de radio nommée Factuel. La présentation du produit sur internet précise d’ailleurs: «Factuel renoue avec la fonction première du journalisme: la vérification des sources et la recherche de la vérité».
 

C’est bien évidemment une démarche à saluer. Encore faut-il assurer derrière un traitement égal aux politiciens. On connait l’habitude de la RTS à s’en prendre à certains politiciens plus qu’à d’autres – ils tendent souvent le bâton pour se faire battre, c’est un fait – et c’est justement dans le cadre de ce genre d’émissions qu’il faut réussir à passer par-dessus les a priori. En démocratie en tout cas, il est important d’avoir un véritable contre-pouvoir, dont l’établissement des faits au plus proche de la vérité (car l’atteindre est un idéal) doit être le but. Comme je le disais plus haut, c’est un exercice particulièrement difficile puisqu’il y a de plus en plus de personnes chargées de noyer le poisson. De pointer du doigt ce qui n’est en réalité qu’un feu de paille.
 

Face à l’armada de communicateurs payés par les contribuables, comment les journalistes, qui doivent être au service du Peuple et non du pouvoir en place, peuvent exercer correctement leur métier? C’est là toute la question. Et les réponses varieront en fonction des intérêts de chacun. De multiples questions se posent. Est-ce que la transparence du gouvernement profite toujours à l’intérêt de la Nation? Pas nécessairement. Mais la position la plus inconfortable revient probablement au journaliste, qui doit juger s’il fait bien de rétablir les faits sur un point. Parce qu’il peut en mesurer les risques. Et surtout en prévoir les conséquences. Et s’il ne le fait pas, est-ce qu’il ne trahit pas son engagement et sa déontologie? Cela reviendrait à dire qu’il y a des intérêts qui surpassent la transparence. C’est malheureusement bien possible…

 

Grégoire Barbey

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Petit arrangement entre amis au Grand Conseil

A chaud, 28.08.13

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Bertrand Buchs. Le député démocrate-chrétien est l'un des rares à s'être opposé
à l'augmentation des émoluments du Grand Conseil. Il proposait 10% au lieu de 25%.

 

Le Bureau du Grand Conseil a accepté une hausse de 25% des émoluments des députés. Depuis plusieurs mois, des parlementaires m’avaient parlé de ce projet. La raison principale, c’est la refiscalisation de leurs jetons de présence en 2014. A l’heure où l’on a coupé dans le budget de l’Etat pour réduire le déficit et proposer des comptes à l’équilibre, la classe politique s’octroie des privilèges sur le dos des contribuables. Si je comprends bien qu’un engagement politique est chronophage et représente un investissement sur le plan personnel et salarial, il n’empêche qu’il y a quelques règles à respecter. Quand on taille dans les dépenses publiques (j’y étais favorable), on montre l’exemple. Et l’on n’en profite pas pour s’offrir des montants plus élevés à la vue de tous.

 

Cette attitude est tout simplement inadmissible. Quelques semaines avant les élections, c’est véritablement donner l’impression aux citoyens qu’on les prend pour des cons. Des vaches à lait dont on supprime volontiers certaines prestations par souci idéologique lors de la présentation du budget. Mais derrière, on fait tout le contraire, alors qu’on représente les autorités publiques, et qu’il conviendrait de se montrer irréprochable. Et surtout solidaires, bon sang! Seuls les démocrate-chrétiens, et notamment Bertrand Buchs, ont eu la décence de s’opposer à une telle hausse. Ce dernier proposait 10%. Est-ce que les citoyens voient souvent leurs revenus bondir de 25% dans leur vie? Même indexés sur l’inflation, leurs salaires ne progressent jamais autant.

 

Je pensais voir quelques députés PLR s’offusquer d’une telle décision. Ils ont activement participé à la baisse des prestations pour alléger le budget. Par cohérence politique, le parti aurait pu prendre position contre cette augmentation. Et proposer, comme le PDC, qu’elle soit revue à la baisse. Mesdames et Messieurs les politiques, jouer à ce jeu-là à l’approche des élections cantonales, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est donner un fort mauvais signal aux citoyens qui, pour la plupart, se saignent aux quatre veines pour nourrir leur famille. Et baisser les prestations qu’ils paient avec leurs impôts tout en augmentant les montants touchés par les députés, c’est une schizophrénie qui ne manquera pas d’en énerver plus d’un. Agir ainsi en pleine période électorale, c’est donner des arguments aux partis non-gouvernementaux. Et du même coup, prendre le risque de ne jamais voir ses émoluments augmentés, faute d’être élu le 6 octobre. Il n’y a pas de quoi féliciter la députation.

 

Grégoire Barbey

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27/08/2013

La nécessaire continuité du libéralisme

Chronique, 27.08.13

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Friedrich Hayek. Le principe fondamental du libéralisme,
c'est d'user le moins possible de la coercition sur les Hommes.


Une société qui œuvre pour la liberté des citoyens façonne nécessairement le progrès. Toute émancipation de l'individu face à des contraintes artificielles est une forme d'avancée pour l'ensemble de la communauté. Une société libérale se doit de donner à ses citoyens les moyens d'être libre. Ou du moins de choisir de l'être. Car on a également le choix de s'enchaîner, et nul ne peut juger de notre décision à vivre libre ou en cage. Le libéralisme, c'est la liberté de conscience, religieuse, d'expression et de pensée. L'Etat ne peut pas pénétrer cette sphère-là.

 


Le plus grand ennemi de la pensée libérale, c'est le socialisme. Parce que le socialisme contraint l'individu par l'omniprésence d'un Etat fort. Un Etat qui, délibérément, intervient dans la société civile contre son gré. Une intervention que ses défenseurs jugent nécessaire, parce qu'elle «corrigerait les imperfections du secteur privé». Ainsi l'Homme, qui naît libre, ne pourrait être destiné à le rester. Il devrait être materné par l'Etat. Lui-même composé par des Hommes, fut-il essentiel de le rappeler. Le socialisme prône l'égalitarisme comme valeur progressiste. Mais l'égalité n'est pas le progrès. L'égalité, c'est la contrainte. Les Hommes naissent tous avec des caractéristiques uniques, qui leurs sont propres. Vouloir interférer, à travers la main courante de l'Etat, dans la vie privée des individus pour les rendre égaux, c'est prendre le parti du nivellement par le bas. Le nivellement par le bas, c'est tout ce qu'une société de progrès, libérale et tournée vers le bien des citoyens, se doit de combattre.

 


En semant les graines du socialisme, les Hommes renoncent à bien des acquis. Des libertés qu'aujourd'hui nous pensons normales, et qui demain pourraient nous être retirées. Ces libertés, nous ne nous sommes point battus pendant des siècles pour les obtenir. La séparation de l'Etat et de l'Eglise, les Constitutions, le droit positif, tout ça est le fait du libéralisme. Non du socialisme, qui veut aplanir les différences de naissance au moyen d'interventions violentes dans l'existence des citoyens. Ce qu'oublient bien des socialistes, en Suisse comme ailleurs, c'est que leur définition du bien commun n'est pas partagée par la majorité. Et cette majorité a le droit de préférer la liberté donnée à l'égalitarisme imposé. Nul ne peut remettre en question le libéralisme sans s'en prendre à ses corollaires: toutes ces libertés dont j'ai parlé précédemment. Des acquis qui, au XVIIe siècle, paraissaient encore illusoires. Des grandes idées qui ont illuminé l'humanité. Qui ont transcendé les âges.



Et aujourd'hui, par trop gâtés que nous sommes, nous nous en prenons à une pensée qui nous a affranchi de l'Eglise. Affranchi de l'Etat, en partie du moins car la lutte perdure. Nous devrions plutôt planter les graines de la liberté. Continuer l'ouvrage de nos ancêtres, profondément tourné vers le progrès. Vers l'émancipation. La liberté s'acquiert, se prend. Elle n'est pas offerte. Et ce n'est qu'au prix de batailles, qu'elles se livrent sur le terrain des idées ou des guerres, qu'on peut l'obtenir. Le libéralisme, plus que jamais, doit se révéler être le pont entre l'Homme et la liberté.

 

Grégoire Barbey

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26/08/2013

Le fantasme électoral de Christophe Darbellay

Chronique, 26.08.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC aimerait beaucoup être conseiller fédéral.
Il y pense très souvent. De plus en plus. Et pour ça, une stratégie simple: draguer l'UDC.

 

Insécurité partout. A en croire Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien (PDC), les citoyens suisses ne peuvent plus sortir de chez eux en toute tranquillité. Le programme sécuritaire du PDC l’illustre bien. Pourquoi ce revirement soudain dans pareille thématique de société? Nous approchons de la fin de l’année 2013. Dans deux ans, les élections fédérales auront lieu. Et Christophe Darbellay rêve tous les matins en se rasant de devenir conseiller fédéral. Plus que jamais, il se sent appelé à prendre la place d’un des maillons faibles. Qui donc? Probablement Eveline Widmer-Schlumpf. Mais rien n’est joué: elle pourrait se révéler une alliée utile si nécessaire.

 

Alors plutôt que d’attaquer la conseillère fédérale en charge du Département des finances, le PDC charge, sous l’impulsion du Valaisan, le ministre des Affaires étrangères, Didier Burkhalter. On l’accuse (à tort) de brader la Suisse à des juges étrangers. Entre la sécurité et l’Union européenne, le PDC rejoint étrangement les positions de l’Union démocratique du centre (UDC). Ce n’est plus la gauche que drague Christophe Darbellay. Il fut un temps où il essayait. On peut toujours l’apercevoir avec les socialistes dans les salles des pas perdus au Palais fédéral. Il fomente, le vil coquin. Mais son objectif – consécration d’une stratégie de slalomeur hors pair – est autre. Il ne veut plus simplement dicter qui rentre ou non à l’exécutif fédéral. Il veut en être. C’est son vœu le plus cher.

 

Et donc il tire tout son parti à droite. Sur des lignes beaucoup plus strictes. Guerre des tranchées. Il expose un parti traditionnellement centriste à un mouvement inattendu. A l’heure où l’électorat du PDC s’effrite, Christophe Darbellay opère une radicalisation des positions du parti pour son propre intérêt. Il espère qu’en se montrant plus ouvert aux thèmes habituellement réservés à la droite sécuritaire et nationaliste, il récupérera des voix de l’UDC pour son élection au Conseil fédéral. Il ne compte pas sur les Vert’Libéraux, ni sur le PLR. D’ailleurs, ce dernier, il s’en est largement écarté. Notamment sur la Lex USA, sujet pourtant cardinal pour les Libéraux-Radicaux.

 

Les vieilles alliances se défont. D’autres tentent de se conclure. Maladroitement peut-être, tant le jeu du président du PDC est lisible. Comme je le disais plus haut, déstabiliser Didier Burkhalter est un bon moyen de s’attirer la sympathie de l’UDC. En mettant en danger le siège d’un PLR, avec une Eveline Widmer-Schlumpf menacée par l’ensemble de la droite, le PDC et l’UDC pourraient faire d’une pierre deux coups. Christophe Darbellay prend le siège de la ministre PBD, et un UDC se voit octroyer celui du ministre des Affaires étrangères. Surfait, me direz-vous? Pas si sûr. L’UDC frisonne de toute sa base à l’idée de se venger. D’opérer un basculement des majorités au Conseil fédéral. De se réapproprier son deuxième siège. Et d’évincer ceux qui l’ont trahie. Darbellay en fait partie. Mais il s’avère utile. Très utile. Il est possible de passer outre sa trahison si cela peut servir les intérêts supérieurs du parti. Et là, croyez-moi, l’UDC ne se résoudra jamais à laisser passer sa chance. Tout comme Christophe Darbellay, qui pense tous les matins en se rasant à ce fameux couronnement… Quitte à faire fi de toutes ses valeurs.

 

Grégoire Barbey

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25/08/2013

Du divin à la transfiguration de l'existence

Chronique, 25.08.13

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Friedrich Nietzsche. Le philosophe est décédé le 25 août 1900 à Weimar.
Il a laissé derrière lui une œuvre riche qui fut souvent sujet à interprétation.


Le monde se souvient de Friedrich Wilhelm Nietzsche, décédé le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne. Probablement l'un des philosophes les plus controversés de l'histoire récente, il est souvent assimilé à tort à Adolf Hitler. Bien souvent comparé à l'idéologie du nazisme, c'est pourtant mal connaître le personnage.



S'il a bien évidemment théorisé le Surhomme dans son livre d'anthologie Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche n'a jamais voulu insinuer par là qu'il y a une race d'être humain qui soit supérieure aux autres. Pour lui, l'homme est une corde tendue entre le singe et le Surhomme. Si ce dernier est au-dessus des hommes, c'est par son essence divine. Pour son auteur, le Surhomme ne doit pas se soucier des hommes, il est égal au divin, ce divin que Nietzsche a tué de sa plume. Le rôle du Surhomme n'est pas de gouverner mais de transfigurer l'existence. Les aphorismes du philosophe, souvent écrits en marchant sur les cimes du Tessin, ont fait l'objet de multiples interprétations. Mais c'est ce même Nietzsche qui a rompu une amitié d'une rare intensité, mêlant admiration, idolâtrie et amour, avec Richard Wagner, jugeant son antisémitisme décadent et contraire à ses valeurs.



Si Friedrich Nietzsche a produit une généalogie de la morale, ce n'est pas pour justifier la barbarie, mais pour mettre l'humanité devant ses contradictions. Nietzsche était un homme profondément seul, viscéralement hors du monde, et la biographie romancée de Stefan Zweig à son sujet en est la traduction parfaite. Un homme à la santé si fragile que chaque jour fut un calvaire, une véritable épreuve. Un personnage à la fois attachant et unique. Un homme qui a parlé du monde comme personne ne l'avait fait auparavant. Un déconstructiviste de grand chemin. Une œuvre irremplaçable et surtout inoubliable. Nietzsche a bouleversé mon existence. Quand j'ai refermé le premier ouvrage que j'ai lu de lui, à 18 ans, j'ai pris goût à la philosophie. Aux questions de la société. A l'esprit critique. Au désir profondément primaire d'apprendre toujours. Un personnage hors norme qui mérite d'être connu et reconnu pour ce qu'il fut. Et ce qu'il a laissé à une génération profondément meurtrie.

 

Grégoire Barbey

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24/08/2013

Double-visage et allure de suppositoire

Chronique, 24.08.13

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 Parti socialiste. Les affiches pour les candidats au Conseil d'Etat cachent deux visages
et ont la forme d'un suppositoire. Volontairement ou non. Le message est donc ambigu.


La campagne publicitaire du Parti socialiste à Genève fait parler d’elle depuis quelques jours dans les médias. D’abord la Tribune de Genève, puis la RTS. La chaîne de télévision du service public parle d’ailleurs de plagiat, puisqu’une campagne très proche a été menée par Mercedes en 2012. Pour ma part, je ne pense pas qu’il s’agisse véritablement d’une copie conforme. Probablement un hasard. Et puis qu’importe, l’essentiel est le message. Et justement, parlons-en. Les photos sont intéressantes (voir ci-dessus), et leur choix n’est peut-être pas anodin. En y regardant bien, deux visages apparaissent.

 

Serait-ce un message subliminal à l’attention des électeurs et des électrices? Faut-il comprendre par cet habile montage qu’il y a derrière l’apparence des candidats socialistes au Conseil d’Etat une autre face qui n’est pas montrée publiquement? La question se pose. En outre, la forme des visages rappelle également quelque chose de singulier: un suppositoire! Toujours un hasard? Soit les socialistes sont des gaffeurs hors pair – ce qui ne peut être totalement exclu –, soit ils ont un talent certain pour les métaphores politiques. En tout état de cause, le message à interpréter est clair: en votant pour les socialistes, le citoyen ne sait pas ce qui l’attend, puisqu’il y a, dans l’ombre, un aspect volontairement caché aux regards trop insistants. De l’ombre à la lumière, les socialistes feront face à leur destin le 6 octobre prochain. D’ici-là, nous pouvons nous délecter d’une campagne pour le moins particulière!

 

Grégoire Barbey

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