Gregoire Barbey

19/07/2013

Ueli Maurer en Chine: la Suisse sourit jaune

A chaud, 19.07.13

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 Ueli Maurer. Le président de la Confédération s'est hasardé sur les événements
sanglants de la place Tian'anmen. Oubliant peut-être qu'il représentait la Suisse.


Alors qu’en France les députés s’en prennent verbalement à la Suisse dans l’affaire de l’arrestation de Pierre Condamin-Gerbier, remettant en cause son système démocratique, le président de la Confédération Ueli Maurer s’illustre par une déclaration invraisemblable. Interrogé par un journaliste de la SRF sur le risque que sa visite d’une division blindée chinoise soit reprise à des fins de propagande, alors que «l’armée a tiré sur le peuple et réprimé le mouvement démocratique dans le sang», Ueli Maurer a répondu: «je pense que nous pouvons tirer un trait sur cette affaire depuis longtemps». Evidemment, de tels propos surprennent. Est-ce le moment de se mettre à dos toute l’opinion occidentale en réhabilitant les actes barbares d’une dictature? Pas sûr…

 

Il est probable qu’aujourd’hui en Occident, plus personne ne songe vraiment à cet événement. La question se pose toutefois de savoir si c’est le rôle de la Suisse de s’engager sur un terrain aussi glissant. Notre pays est depuis longtemps le centre névralgique de nombreuses organisations internationales et non-gouvernementales, dont une grande partie œuvre pour la paix dans le monde. Quelle va être la réaction de ces organisations face à cette déclaration? La Suisse est-elle tenue de s’illustrer sur la scène internationale en s’exprimant sur des sujets aussi sensibles alors qu’elle est au cœur d’un conflit fiscal sans précédent? D’un point de vue purement stratégique, il serait raisonnable qu’Ueli Maurer nous explique son objectif. Parce qu’il semble difficilement cernable. Comme embrumé dans un linceul rougeâtre. L’évasion de l’esprit. Le néant absolu de la communication. Le président de la Confédération a peut-être tout simplement oublié, l’espace d’un instant, qu’il représentait la Suisse.

 

Grégoire Barbey

16:17 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

La communication façon private joke du PDC

A chaud, 19.07.13

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Page Facebook du PDC. Le parti s'essaie à une communication plus légère.
Mais n'est-ce pas trop «private joke» pour le citoyen lambda?

 

La communication du Parti démocrate-chrétien (PDC) sur les réseaux sociaux prête à sourire… jaune. La page dédiée à la section genevoise en vue des élections cantonales du 6 octobre prochain affiche régulièrement des images caricaturales (cf. ci-dessus). A vrai dire, je ne comprends pas très bien la démarche. Faire rire les électeurs, pour autant qu’ils se rendent sur la page du PDC? Ou démontrer concrètement l’absence d’idées du parti, qui préfère donc surfer sur la polarisation plutôt que d’apporter des solutions concertées pour Genève? D’autres questions se posent. Quelle entreprise de communication a été mandatée pour réaliser ce travail? Les instances dirigeantes du parti sont-elles satisfaites? En tout cas, ça n’apporte absolument rien à la démocratie…

 

Le PDC est dans une situation particulièrement compliquée à Genève. Réussira-t-il à convaincre au moins 7% des électeurs? La question peut se poser… les récents événements qui ont déchiré la formation politique de l’intérieur ne sont pas passés inaperçus dans l’opinion publique. Il va donc falloir convaincre au-delà des caricatures et de la polarisation. Oui c’est amusant, bon enfant, et probablement que cela fait rire les personnes engagées en politique qui tombent sur ces images. Mais le citoyen lambda, qui a déjà tant de peine à glisser son bulletin dans l’urne, est-ce qu’il trouve ça vraiment pertinent? Je m’interroge. Genève a besoin d’un centre fort, sans aucun doute. Il est donc dans l’intérêt du canton que le PDC se maintienne à son niveau actuel, ou progresse. Mais pour l’heure, je ne suis pas convaincu qu’une telle stratégie de communication porte ses fruits pour la formation orange…

 

Grégoire Barbey

14:29 Publié dans Elections du 6 octobre, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Pierre Weiss et l'ingérence à peine voilée

A chaud, 19.07.13

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Pierre Weiss. Le député PLR met en avant ses valeurs humanistes pour justifier
sa croisade contre le port du voile dans les établissements scolaires à Genève.

 

Pierre Weiss dit vouloir faire interdire le port du voile à l’école par humanisme. Son argument: il est convaincu par ses valeurs d’égalité entre les sexes et respecte les femmes. Comme je le répète depuis plusieurs jours, pour nous autres Occidentaux, cet argument a du sens. Sauf que nous ne sommes pas seuls au monde et qu’ailleurs, les us et coutumes varient. Je n’ai pas connaissance d’un impérialisme suisse et je ne pense pas qu’il y ait besoin d’imposer notre vision du monde à ceux qui ne la partagent pas. Nous devons respecter les cultures et les différences. Les femmes qui portent le voile sont libres de leur choix. Et si tel n’est pas le cas, alors elles doivent s’en plaindre aux autorités compétentes. A ce moment, il y a lieu que l’Etat intervienne à travers ses représentants. Mais tant qu’une femme accepte ça par respect pour ses croyances, nous ne pouvons l'en empêcher.

 

Parce qu’à trop vouloir faire le bien des autres malgré eux, nous ne faisons qu’empirer des situations déjà bien compliquées. Je ne crois pas qu’une seule femme qui porte le voile par conviction personnelle acceptera de bonne grâce qu’une loi le lui interdise. Ce serait difficilement compréhensible pour cette personne. Parce qu’à défaut de pouvoir s’intégrer sans nuire à quiconque, elle se sentira exclue, et à bon droit. L’humanisme, tel que je le conçois, couplé au libéralisme, ce qui devrait plaire à M. Weiss, implique de respecter les valeurs de nos semblables et leur liberté individuelle. Jamais un véritable libéral n’accepterait de légiférer pour octroyer à l’Etat la compétence d’interdire tel ou tel vêtement. C’est insensé. En mettant un interdit sur le port du voile, qui en réalité ne gêne probablement pas les élèves, qui sont souvent plus rationnels que les adultes, nous risquons juste de faire le lit de l’intégrisme. Et donc obtenir le contraire de notre objectif de départ. A cela, je crois que Pierre Weiss, qui lutte contre les ségrégations et le racisme à travers la CICAD depuis de nombreuses années, ne pourra guère rétorquer un argument valable.

 

Grégoire Barbey

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18/07/2013

L'UDC à voile et à vapeur

A chaud, 18.07.13

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 Pierre Scherb. L'UDC prévoit un amendement pour faire interdire
le voile. Sauf pour les riches étrangers venus dépenser leur argent.

 

L’UDC prévoit un amendement pour interdire le voile. Le voici: «Le port de vêtement cachant le visage est interdit en public à toute personne domiciliée dans le canton. La loi peut prévoir des exceptions.» N’est-ce pas totalement hypocrite de la part de l’Union démocratique du centre, qui dit vouloir préserver «nos valeurs judéo-chrétiennes»? Le lecteur avisé devinera aisément la raison de cette mesure restrictive qui ne s’appliquerait qu’aux citoyens domiciliés dans le canton: les étrangers ne nous gênent point, tant qu’ils font tourner l’économie par leurs dépenses à la rue du Rhône. Les autres par contre, ceux que l’on accueille, qui vivent chez nous, ils deviennent implicitement un danger. Parce qu’ils existent. Parce qu’ils habitent dans les mêmes quartiers que nous. Ils nous renvoient à notre différence. Quelle horreur!

 

Genève a bien d’autres préoccupations. Mais nos chers élus, friands de remporter le prestigieux et non moins ridicule prix Genferei, multiplient les tentatives d’apporter des solutions à des problèmes qu’ils créent eux-mêmes, par leur vision étriquée des rapports humains. Là où certains voient dans le voile une atteinte inacceptable à notre souveraineté nationale, je n’y vois rien d’autre que l’expression vestimentaire d’une coutume différente. Chacun la sienne, non? Pourquoi vouloir se mêler du mode de vie de nos voisins, de nos collègues? Cela me dépasse totalement. Et puis quand même, comment ne pas être totalement scandalisé par la proposition UDC, qui prévoit une clause de sauvegarde à l’égard de ceux qui dépensent? C’est un aveu même pas déguisé de leur haine de l’étranger. Dans quel monde vit-on, je vous le demande?

 

Grégoire Barbey

21:56 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

L'Etat choisira bientôt nos sous-vêtements

A chaud, 18.07.13

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Eric Bertinat. Après Pierre Weiss, c'est le député UDC qui prend publiquement position
en faveur de l'interdiction du voile à l'école. Motif: les valeurs judéo-chrétiennes.

 

La question du voile à l’école est débattue depuis quelques jours à Genève, suscitant l’ire de certains et l’approbation des autres. Le problème qui se cache derrière ce débat stérile, ce n’est pas tant de savoir si le voile est compatible avec les institutions suisses (pourquoi pas, d’ailleurs?), mais plutôt: est-ce que nous voulons donner le droit à l’Etat de décider comment nous habiller? Effectivement, nous sommes dans une période où les interdits jouissent d’une bonne réputation au sein de la population. Si elle veut restreindre ses libertés individuelles, aussi paradoxal que cela soit, elle en est libre.

 

Toutefois, je ne crois pas qu’il faille accorder à l’Etat cette possibilité de légiférer sur les tenues vestimentaires adéquates, excluant de facto les autres. Est-ce qu’il faudra montrer nos sous-vêtements à l’entrée des bâtiments publics pour pouvoir y accéder? Est-ce qu’une bague, un collier, voire une boucle d’oreille pourraient devenir soudainement l’objet de débats parlementaires interminables? Nous avons probablement bien d’autres soucis à régler que de s’occuper du code vestimentaire des citoyens. Et puis quoi encore? Décidément, je suis profondément hostile à toute tentative de s’introduire dans la sphère privée des individus, et leur dicter quoi et comment faire. Nos libertés n’ont pas à être sacrifiées sur l’autel de l’ingérence et du «tout sécuritaire». Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

13:19 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

17/07/2013

Nicolas Sarkozy: le très probable retour

Chronique littéraire, 17.07.13

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Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?
Paru aux éditions First en juin 2013. 231 pages.


Nicolas Sarkozy a récemment fait parler de lui involontairement à la suite du refus par le Conseil constitutionnel de rembourser les 11 millions d’euros de sa campagne présidentielle en 2012. Mais ces apparitions épisodiques dans les médias français sont-elles de véritables hasards? Pas selon Thomas Guénolé, qui explique dans son livre Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible? paru aux éditions First en juin 2013, comment l’ancien président a mis en place une stratégie de communication très élaborée pour simuler son absence médiatique, tout en laissant planer son ombre sur la vie publique française.

 

Sur 231 pages, le politologue Thomas Guénolé remet en perspective les récents événements qui ont défrayé la chronique, de la crise interne à l’UMP au vote-sanction des français à l’égard de Nicolas Sarkozy. Et raconte comment celui que François Hollande a qualifié d’omniprésident réalise un sans-faute dans sa stratégie de retour. Veut-il réellement reconquérir l’Elysée? Cela ne fait aucun doute pour l’auteur. La crise de leadership à l’UMP en est la preuve: en permettant indirectement à Jean-François Copé de remporter d’une courte avance la présidence du parti contre l’ancien Premier ministre François Fillon, Nicolas Sarkozy a réitéré ce qu’il avait déjà fait lors de son élection à la tête de l’Etat français. Il a privé son parti d’un véritable leader.

 

En 2007, il avait déjà réalisé cette manœuvre, en transformant les statuts de l’UMP, empêchant ainsi qu’un nouveau leader puisse prendre sa place, tout en limitant l’influence du poste de secrétaire général. Fin 2012 donc, rebelote. Nicolas Sarkozy laisse entendre à ses lieutenants qu’il est favorable à l’élection de Jean-François Copé, ce qui suffit à leur donner l’envie de l’aider à parvenir à la tête de l’UMP. En agissant ainsi, raconte Thomas Guénolé, l’ancien chef de l’Etat s’assure le soutien des militants, puisqu’aucun autre leader peut prétendre à devenir la nouvelle locomotive du parti, et donc du «peuple de droite». De stratégie en stratégie, le politologue offre un essai visionnaire, où la politique est intelligemment décortiquée, et mise en contexte.

 

Une excellente pioche donc, qui ravira tous ceux qui apprécient Nicolas Sarkozy, et donnera aux autres, le temps d’une lecture, une perception différente d’un personnage qui ne laisse personne indifférent. Et à la lumière de ces lignes, le doute ne peut décemment subsister: d’une façon ou d’une autre, l’omniprésident fera son retour pour l’élection de 2017. D’ailleurs à ce propos, Thomas Guénolé conclut son ouvrage ainsi: «Reviendra-t-il dans la vie politique? Cette question-là n’est guère sérieuse: pas de retour quand on est jamais parti».

 

Grégoire Barbey

08:59 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

16/07/2013

Pascal Décaillet: la messe est dite

Jet d’encre, 15.07.13

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Pascal Décaillet. Il ne fait pas bon d'afficher des avis
contraire à mon éminent confrère.

 

Pour la seconde fois en moins d’une semaine, Pascal Décaillet m’a retiré de sa liste d’amis sur Facebook. J’ai en effet eu l’outrecuidance de publier un article sur mon blog exposant sa photo, où je mentionne qu’il est l’un des chantres romands de la défense du souverainisme. Quelques jours plus tard, je poste un autre article, cette fois-ci sur Michèle Künzler, pour dénoncer les attaques qu’elle subit continuellement depuis des mois. Dans ce dernier, aucune référence à Pascal Décaillet. Il a cependant dû se sentir visé, puisqu’il a à plusieurs reprises publié des articles remettant en cause la conseillère d’Etat, allant jusqu’à demander son départ (GHI du 07.03.13). Il est évident qu’un jeune impétueux comme moi n’a pas le droit de remettre en question le verbe d’un confrère plus expérimenté.

 

Et pourtant! Je ne me permets pas de m’attaquer à son travail, duquel j’ai un profond respect et dont j’ai encore beaucoup à apprendre. Ce sont ses idées et ses méthodes que j’aime parfois à dénoncer. Comme par exemple son habitude récurrente à surfer sur la vague de l’opposition au service public. C’est ce même Pascal Décaillet qui a travaillé 17 ans à la RTS, ayant d’ailleurs fondé l’émission politique Forum. Il en va de même pour son incessant recours à l’Histoire. Certes, il est essentiel de se référer au passé pour comprendre le présent. Mais de là à ériger en modèle tout ce qui s’est produit précédemment, il y a un fossé que je ne traverserais pas.

 

On ne peut pas refaire l’Histoire politique de la Suisse. Mais rien n’empêche d’avoir des idées pour l’avenir, qui ne vont pas nécessairement dans le sens des courants du passé. C’est pourquoi je conteste avec force la vision romantique qu’il donne de la Suisse, avec son arrière pays, son «pays profond». La vision intellectuelle n’est pas dénuée de fondements non plus. Chacun a sa façon de concevoir les choses.


Les approches peuvent être différentes sans pour autant valoir des dénigrements perpétuels. Un peu comme le fait régulièrement Pascal Décaillet à l’égard du Temps, qui assume une ligne éditoriale plus mondialiste que ne l’est mon éminent confrère et qui écope de ce fait de multiples critiques de sa part. Le Temps serait trop ci, trop ça, pas assez comme ci, pas assez comme ça. Assurément, le journal n’est pas adapté à sa vision du monde. Et alors? Il faudrait qu’il y ait une seule presse, celle qui partage la vision de Pascal Décaillet? Les autres n’auraient donc pas voix au chapitre…

 

C’est ainsi qu’à trop vouloir défendre des idéaux passés, Pascal Décaillet oublie de vivre avec son temps. Rien n’est plus dommageable que de ne pas vouloir réaliser certaines réalités. Comme le fait que le processus de mondialisation ne date pas d’hier. Plutôt du VIIIe siècle, comme le démontre Gérard Chaliant dans son ouvrage Vers un nouvel ordre du monde. La globalisation est une conséquence logique de l’évolution de l’humanité, et a débuté il y a plusieurs siècles. Un long cheminement qui semble bouleversé par les avancées rapides des technologies.


Mais ça, Pascal Décaillet refuse de le voir. Et donne des leçons d’Histoire à qui s’opposerait à son interprétation. J’ai la mienne, et j’y ai autant droit que lui. D’ailleurs à ce propos, s’il fallait être en accord perpétuel pour figurer parmi ses contacts Facebook, alors il a bien fait de m’en retirer: je n’ai pas pour habitude de me taire lorsque je ne suis pas d'accord. Personne n’a le droit de m’empêcher de m’exprimer. Et surtout pas quelqu’un qui revendique la liberté d’expression et s’en sert à loisir. La messe est dite.


Grégoire Barbey

12:23 Publié dans Débats pascaliens, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | | | |

15/07/2013

Inclure plutôt qu'exclure les individus

Chronique, 15.07.13

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Société. Il nous faut œuvrer ensemble pour bâtir un modèle qui permette d'inclure
l'ensemble des êtres humains. Plutôt que d'un système basé sur l'exclusion de certains.


Je ne le dirai sûrement jamais assez. L’exclusion est un modèle de société duquel je ne me sens pas du tout solidaire. J’irai même plus loin: je ne veux pas vivre dans un monde qui base son fonctionnement sur le rejet d’une partie des individus. A cela, il y a soit la démission, soit l’engagement personnel. Et pour ma part, vous l’aurez compris, j’ai choisi de ne pas rester dans l’inaction. A ma façon. Avec la réserve qu’il me faut bien évidemment observer de par mon métier. Mais écrire, c’est déjà une façon d’agir. Je n’ai jamais prétendu avoir la science infuse, et ceux qui me connaissent réellement savent que je remets souvent en question mes propres réflexions. Je pense néanmoins qu’il y a quelque chose sur lequel je ne puis transiger: les valeurs humanistes.

 

J’ai un profond respect pour l’initiative individuelle, que je trouve à la fois valorisante et nécessaire, même dans une communauté. En cela, et pour de nombreuses autres raisons, je me sens très proche du libéralisme, plus particulièrement de ses théoriciens du XIIIe au XIXe siècle, qui ont contribué à l’émergence d’une pensée respectueuse de l’individu, et équilibrée pour une vie en société. Et c’est justement cet attachement au libéralisme et aux principes fondamentaux de la liberté qui me font refuser, viscéralement, toute société qui base sa législation sur l’exclusion. Je suis convaincu que nous avons toutes et tous un rôle à jouer dans une communauté, qu’elle soit de petite taille ou à l’échelle d’une nation, d’un continent.

 

J’aime les êtres humains, parce qu’ils cachent tous une richesse qui leur est propre. Il n’y en a pas un seul qui soit l’exacte copie d’un autre. Chaque individu mérite d’être connu. J’en suis intimement persuadé. Et j’essaie de mettre en pratique cette conviction au quotidien. Lorsqu’il m’arrive de rencontrer, par hasard, d’autres personnes, je m’attache à les écouter. A les comprendre. Et, lorsque c’est possible, de me mettre à leur place. J’ai à ce titre une chance monumentale: j’exerce une profession qui m’offre la possibilité de multiplier les rencontres. De celles qui ne seraient pas possible autrement. Je l’avoue, j’en profite pour aiguiser ma curiosité, et ma sensibilité. J’y prends d’ailleurs beaucoup de plaisir. Ici, un ancien conseiller d’Etat mû par le désir de partager son expérience. Là, des jeunes qui préparent un événement économique d’importance internationale.

 

Et ce sont les autres qui nous apprennent. Qui nous renvoient une part de ce que nous sommes. Nous informent de notre propre personnalité. Nous font évoluer. Dès la naissance, les rapports sociaux nous bonifient, nous améliorent. Nous sommes interdépendants. Plus encore dans une société où chacun est spécialisé dans un domaine particulier, permettant aux autres d’assouvir certains besoins s’en devoir s’en occuper. Il faut donc accepter une réalité: nous ne sommes rien sans les autres. Ils sont essentiels à notre développement, à notre survie. Et à notre bonheur aussi.

 

De ce fait, la société doit pouvoir accueillir l’ensemble des individus, en adaptant les législations pour rendre possible cette inclusion. Une place pour chacun, voilà un slogan qui me parle. Bien sûr, avec la liberté de l’occuper ou non. Parce qu’il faut aussi faire preuve de bonne volonté. La communauté, c’est un ensemble de règles qui doivent favoriser la cohésion sociale. Qui doivent permettre aux êtres humains de faire corps avec leurs semblables. Où chacun peut vivre sans craindre de l’autre. Aujourd’hui, nous en sommes malheureusement loin. Et je pense que c’est lié à une réalité très simple: notre modèle de société est basé sur l’exclusion. Alors plutôt que de nous tirer dans les pattes, essayons de nous entre-aider pour construire ensemble une société qui englobe tout le monde, sans discrimination aucune.

 

Grégoire Barbey

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Interdire le port du voile: hypocrisie totale

Chronique, 15.07.13

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 Pierre Weiss. Le député Libéral-Radical veut faire interdire le voile à l'école.
Il ranime ainsi de vieilles querelles. Tout en poussant les musulmans au communautarisme.


Le débat sur le port du voile à l’école revient en force à Genève. La Tribune de Genève a réalisé un sondage sur son site. Quatre-vingt pourcent des sondés sont favorables à l’interdiction. Il faut dire les choses telles qu’elles sont: le principe de laïcité ici défendu est extrême. Je ne pensais pas l’écrire un jour, étant moi-même agnostique, et plutôt attaché à la laïcité du domaine public. Néanmoins, je ne tomberai pas dans le piège qui consiste à s’attaquer au voile en arguant que ce bout de tissu est plus contraire aux principes laïcs que les croix catholiques que portent de nombreux élèves sans que cela n’ait jamais choqué personne. C’est une fois de plus: «faites ce que je dis mais pas ce que je fais». Et c’est fort malheureux. Parce que si l’on était à ce point attaché à la neutralité des institutions, l’on retirerait toute suggestion au catholicisme dans nos écoles. Et sur nos institutions. Or, nous ne le ferons probablement jamais. Il s’agit d’un legs de notre Histoire. Et de nombreux Suisses ne veulent pas y renoncer.

 

C’est donc un non-débat. Lorsque Pierre Weiss dit vouloir l’interdire, c’est son problème. Cela le regarde. Il ravive pourtant des combats d’arrière-garde, de ceux que l’on pensait abandonnés depuis longtemps. Visiblement il n’en est rien. Et c’est fort regrettable. Lorsque je lis ou entends l’argument selon lequel les femmes qui portent le voile sont soumises à leur mari, cela m’étonne. C’est un jugement péremptoire. Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision? Certes, c’est probablement un signe ostentatoire de soumission. Mais on ne peut pas rendre les gens heureux en leur imposant ce que nous pensons être le mieux pour eux sans leur consentement. C’est généralement une démarche vouée à l’échec, et qui poussera à un communautarisme beaucoup plus offensif de la part des minorités ainsi ségréguées.

 

Ce qui me navre le plus dans cette opposition au port du voile, c’est que ceux qui sont favorables à cette interdiction usent du principe de laïcité. Ils ne s’indignent pas lorsqu’un chrétien porte une croix pendant les cours, mais sont dérangés par le voile. Leur réaction est probablement plus symbolique que fondée sur un principe de neutralité religieuse. Celui de la culture étrangère, qui les fait se dresser sur leurs pattes arrière pour défendre leurs valeurs. En réalité, le nœud du problème se situe-là. Pour beaucoup, combattre le voile, c’est combattre l’Islam. Et donc se protéger de son accroissement en Suisse. Ce n’est cependant pas en s’attaquant à un symbole plutôt qu’un autre qu’on changera quoi que ce soit.

 

Encore une fois, à trop vouloir stigmatiser une population, on la pousse à se réunir davantage, et de ne vivre plus qu’en communauté, empêchant ainsi son intégration aux valeurs de leur pays d’accueil. L’exemple de la France est tout ce qu’il ne faut pas faire. Lutter contre l’ennemi musulman, prétextant qu’il cherche à nous envahir, c’est donner de la voix aux intégristes. En Suisse, nous n’avons aucune raison de nous plaindre des musulmans. Vivons en paix avec eux. Ils n’ont aucune raison de faire l’objet de notre mépris.

 

Grégoire Barbey

 

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14/07/2013

Du Künzler-bashing à la vacuité des idées

Chronique, 14.07.13

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Michèle Künzler. La ministre en charge du Département de l'intérieur, de la mobilité
et de l'environnement (DIME) est la cible privilégiée d'une droite aux propositions absentes.

 

La droite genevoise tire à boulets rouges sur Michèle Künzler depuis plusieurs mois. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement donnait aujourd’hui une interview dans Le Matin Dimanche, ce qui a donné lieu à de nouvelles réactions de mépris sur les réseaux sociaux de la part de certains politiciens. Loin de moi l’idée de défendre ou condamner son bilan, je tiens néanmoins à relever la facilité de ces attaques frontales. Que cela viennent d’élus ou de l’un de mes confrères en particulier, qu’importe. Les critiques sont faciles, et portent bien souvent sur des détails qui ne lui sont pas nécessairement imputables en premier lieu.

 

Mais il faut toujours, même dans un gouvernement, une victime expiatoire. Celle qui sera accusée de tous les maux. Celle qui, par l’opprobre publique, sera crucifiée à maintes reprises. Michèle Künzler joue ce rôle à merveille, et elle n’a pas toujours la présence d’esprit de s’en protéger, ses déclarations donnant bien souvent de l’eau au moulin de ses détracteurs. Mérite-t-elle les innombrables humiliations dont elle est l’objet? J’en doute profondément. Comme toute personne dans ce collège gouvernemental, elle doit tirer le bilan de ses réussites et de ses erreurs. Faire l’inventaire de son mandat, ces quatre dernières années. Et reconnaître publiquement lorsque dysfonctionnement il y a.

 

Rien ne justifie cependant ce lynchage constant, obsessionnel et continuel d’une certaine frange de l’échiquier politique. A trop s’en prendre à la même personne, que cela soit médiatiquement, sur les réseaux sociaux ou lors des séances plénières, ses détracteurs finissent par perdre toute crédibilité. A les écouter ou les lire, Michèle Künzler serait responsable de l’ensemble des problèmes qui ont lieu sur les routes à Genève. Comme si dans les autres villes, au demeurant souvent interdites aux voitures en leur centre, il n’y avait pas aussi des dérangements. Comme si un ministre était capable de palier au moindre détail. Accuse-t-on Pierre Maudet dès qu’il y a une agression? Il n’est pas plus responsable de cet événement que Madame Künzler ne l’est lorsqu’un feu saute au coin d’une rue…

 

D’ici au 6 octobre, nous aurons l’occasion de lire de nombreuses autres tirades à l’encontre de la conseillère d’Etat. Les autres membres du gouvernement sont moins exposés, alors les bienpensants à droite lui réserveront un feu nourri, à défaut d’avoir le courage et l’audace d’effectuer un droit d’inventaire sur le bilan des autres départements. C’est toujours plus facile de s’en prendre ad hominem aux responsables politiques plutôt que d’apporter des solutions. Et pour ça, si Michèle Künzler devait s’avérer incompétente dans ses fonctions, ses détracteurs le sont tout aussi sur le plan des idées, pourtant si essentielles pour dessiner les grands contours d’une législature. C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf…

 

Grégoire Barbey

18:42 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |