Gregoire Barbey

10/06/2014

Le rapport accablant sur l'établissement Villars

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A la suite de l’évasion d’un détenu du centre de détention ouvert Villars, Politeia a obtenu le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) datant de 2010 relatif à l’établissement. Le document pointe de nombreux dysfonctionnements, notamment liés à un manque important de ressources humaines pour gérer les affaires courantes. Un député proche du dossier a confié à Politeia que peu de mesures spécifiques à Villars ont été prises, en raison de la planification pénitentiaire qui prévoit à terme la fermeture des petites structures comme Villars. Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), en main du conseiller d’Etat Pierre Maudet, n’a pas souhaité commenter le rapport de l’ICF. Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe au DES, a quand même précisé «qu’une série de mesures a déjà été prise pour améliorer la situation de l’établissement de Villars. L’une de ces mesures consiste à ne placer à Villars que des courtes peines et des cas évalués non dangereux». Politeia n’a pas pu en apprendre davantage du côté du département «pour des raisons de sécurité».

L’audit s’attarde longuement sur les activités de contrôle de l’établissement Villars. Selon le document, l’audité a informé l’ICF de son incapacité (en termes de personnel) à «effectuer les contrôles pertinents pour s’assurer que les détenus en régime de semi-détention bénéficient toujours d’un emploi, sont présents sur leur lieu de travail et ont un comportement adéquat». Le rapport précise que les mesures prises par Villars ne couvrent pas le risque que des détenus bénéficient à tort du régime de la semi-détention. Par ailleurs, l’établissement n’a également pas les moyens nécessaires pour fouiller tous les détenus en régime de semi-détention lorsqu’ils rentrent de leur journée de travail ou de formation à l’extérieur. Les visiteurs du week-end ne sont pas non plus fouillés de façon approfondie (seules des fouilles sommaires des sacs sont effectuées, selon le document). Les colis reçus ne sont pas non plus contrôlés systématiquement.

L’audit s’inquiète du niveau de sécurité insatisfaisant du bâtiment. «Il ressort des constats (…) que la sécurité et la santé des détenus ne peuvent pas être assurées. Cette situation favorise notamment le maintien d’un trafic de stupéfiants au sein de l’établissement (trafic avéré selon les propos de l’audité).» Ce qui expose les agents de détention à des risques d’agression (puisqu’il n’est pas impossible que les détenus soient en possession d’objets dangereux, en conséquence des contrôles lacunaires), détaille le document. Les responsables de l’établissement précisent toutefois dans le document que d’autres structures comme Champ-Dollon connaissent aussi des trafics de stupéfiants. Selon eux, la sécurité du bâtiment serait grandement améliorée si une fouille systématique des détenus était effectuée à leur retour d’activités externes.

Politeia s’est renseigné sur la situation du personnel de l’établissement de Villars. Une source interne affirme qu’aucune augmentation des ressources humaines n’a été effectuée. Elle confirme également que les fouilles des détenus ne sont pas systématiques en conséquence d’une insuffisance de personnel. Le rapport mettait également en cause l’approvisionnement des médicaments, effectué par un collaborateur de l’établissement. L’acheminement des médicaments prescrits aux détenus comportait des risques pour la sécurité du collaborateur, notamment en termes «de vol avec agression» en raison du transport de méthadone. La source interne de Politeia a toutefois confirmé que cette situation a été corrigée et qu’un service s’occupe maintenant de l’approvisionnement de l’établissement en médicaments.

Grégoire Barbey

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02/06/2014

Le 1er juin, les autorités et les gueux

 

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Bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Scène incroyable
ce week-end lors de la célébration du débarquement des confédérés à Genève en 1814.


J’annonce immédiatement la couleur: j’ai été convié, vendredi et samedi, aux événements réservés aux autorités. Dès lors, chacun jugera de la pertinence de mon propos. Je désire toutefois m’associer à tous les citoyens qui, d’une manière ou d’une autre, ont été déçus par l’organisation des célébrations du bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a de quoi. Je n’étais pas présent dimanche pour la commémoration du débarquement. J’ai cependant reçu des photos qui valent toutes les paroles les plus sages. Tout au long de ce week-end de festivités, il y avait d’un côté les privilégiés et de l’autre le bas peuple, celui qu’on laisse s’agglutiner tout autour du carré saint où siègent les grands esprits du canton et du pays.

 

Evidemment, il me faut être honnête: j’ai moi-même passé un excellent moment samedi. Je serais malhonnête d’affirmer le contraire. Je ne veux en aucun cas donner l’impression que je crache dans la soupe, ce n’est pas ma démarche. Je m’interroge, et je pense qu’il est nécessaire de le faire, sur la pertinence d’organiser une commémoration publique si les infrastructures mises en place ne servent pas à faire profiter à l’ensemble de nos concitoyens les petits plaisirs de la minorité au pouvoir. Ayant été invité, je n’ai pas pu me promener sur les quais pour constater moi-même qu’il était impossible de suivre les festivités réservées aux autorités. Ce n’est qu’après le témoignage, notamment dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, de quelques citoyens mécontents, que j’ai compris l’ampleur du problème.

 

D’un côté, les privilégiés, les «élites», comme les qualifieraient certains partis, et de l’autre, les gueux, le peuple, celui qu’on ne veut pas avoir à ses côtés, mais qui nous a quand même placé dans ce rôle tout à fait agréable. On voudrait donner des armes au MCG et à l’UDC qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Ces formations politiques auront tout le loisir de dénoncer le comportement des autorités, de crier au loup et d’enfoncer le clou. Ils auraient tort de se priver quand on leur tend la perche. C’est quand même dommage qu’il faille à nouveau mettre en exergue une certaine déconnexion entre les élus et les citoyens. Ces derniers auraient sûrement souhaité faire partie des festivités dans leur ensemble, et on ne peut leur en vouloir. Après tout, c’était une commémoration patriote, et probablement que bon nombre de nos concitoyens souhaitaient pour l’occasion se mêler aux élus pour communiquer leur fierté d’être Genevois, et plus largement d’être Suisses.

 

D’une certaine façon, ce week-end, on leur a retiré leur nationalité l’espace de quelques heures. Ils n’étaient pas des citoyens suffisamment bien mis pour faire partie des spectateurs des véritables festivités. Cela rappelle à la fois l’Ancien Régime et la Rome antique. Du coup, on ne peut qu’inviter les organisateurs à remettre en question leurs décisions pour les prochaines dates de la commémoration (qui s’étend jusqu’en 2015) et éviter de commettre la même erreur. Ce serait déjà une bonne chose. Mais peut-être que c’était volontaire et que les gueux n’ont rien à y faire.

 

Grégoire Barbey

 

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01/06/2014

Stauffer: Genève d'abord... sauf le week-end!

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LA BRÈVE DU BICENTENAIRE – La célébration du rattachement de Genève à la Confédération suisse était très vive en ce week-end de fin mai/début juin avec de nombreux événements. Les autorités ont eu également tout loisir de profiter des festivités avec plusieurs événements qui leur étaient réservés. C’était le cas vendredi soir pour l’avant-première du spectacle 1814 ou la cuisine de l’Histoire au Port noir et de la réception hier des autorités confédérales sur le bateau Lausanne avec la présence du président de la Confédération. Nombreux étaient les participants, des élus communaux aux élus cantonaux, avec des membres également de l’Assemblée fédérale et des autorités judiciaires fédérales. Mais le plus surprenant, dans tout cet attroupement, était l’absence du plus Genevois des Genevois (selon ses propres estimations), le bien/mal aimé Eric Stauffer, président ad aeternam du Mouvement citoyens genevois (MCG). Le tribun était effectivement en vacances. Ce qui a surpris le député vert François Lefort et qui a confié à Politeia: «C’est quand même étonnant que le plus Genevois autoproclamé des politiciens, créateur du parti des plus que Genevois et bateleur en chef de ce parti soit ostensiblement absent d’une célébration aussi emblématique pour le Canton de Genève, peut-être aurait-il fallu le prévenir que le bicentenaire cela ne se produit qu’une fois?»

La question reste ouverte. En tous les cas, cette absence n’a pas l’air d’avoir suscité l’ombre d’un regret, puisqu’aucun journal ni politicien ne l’a relevé ces dernières heures. En tous les cas, cela n’a pas empêché le soleil de briller solennellement.

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28/05/2014

Trois anciens bâtonniers défendent l'Etat

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François Canonica. La nomination de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats
à la présidence des HUG doit être suspendue. Le temps d'éclaircir l'affaire.


Trois anciens bâtonniers qui défendent tous l'Etat, c'est quand même surprenant. Personne ne l'a relevé. Pourtant c'est une évidence:
Vincent Spira, défenseur de la directrice de la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2010-2011;
Benoît Chappuis, auteur du dernier rapport sur la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 1998-2000;
François Canonica, nouveau président des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2012-2014.

L'opacité de cette affaire est dérangeante. Le rapport de Benoît Chappuis a créé l'indignation du côté de la famille d'Adeline car la directrice n'a écopé que d'un blâme, alors que sa responsabilité est engagée. Son avocat, l'ancien bâtonnier Vincent Spira, parle même de réhabilitation. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à mettre nommément la faute sur quelqu'un. Au contraire. Je m'interroge cependant comme bon nombre de mes concitoyens sur ce dossier. Le rapport de Benoît Chappuis décharge nettement l'Etat, en plaçant la faute dans un large contexte d'erreurs sur une longue période. Certes, il a probablement raison. Mais je note que le rapport de Bernard Ziegler, ancien conseiller d'Etat socialiste, était beaucoup plus dur avec l'Etat et les institutions. Est-ce un hasard si ces anciens bâtonniers défendent les intérêts du Canton? Sûrement pas. Dans ces conditions, la nomination de François Canonica à la présidence des HUG doit être suspendue. Il en va de la crédibilité de nos institutions.

Grégoire Barbey

 

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23/05/2014

J'aime la citoyenneté

J'aime quand la République est en émulsion. J'aime parcourir la page des blogs de la Tribune de Genève et y voir fleurir des dizaines d'articles au quotidien, qui tous, d'une manière ou d'une autre, s'intéressent à notre cité, au monde comme il va. J'aime tous ces gens qui s'engagent à leur échelle, qui donnent de leur personne à la communauté, quitte à perdre de leur confort personnel, quitte à essuyer des coups parfois justifiés, souvent déplacés. Toutes ces personnalités contribuent à faire bouger les lignes, à susciter des réactions. Qu'ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes, qu'ils soient sans parti, sans patrie, ces gens apportent une richesse incommensurable à notre canton. J'aime ça, cela me fait vibrer. En un mot comme en cent, j'aime la citoyenneté. Merci à vous tous, ceux qui écrivent comme ceux qui lisent, ceux qui dénoncent comme ceux qui bâtissent. Il n'y a rien de plus beau qu'une cité dynamique et en perpétuelle évolution!

Grégoire Barbey

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22/05/2014

Grand Genève: l'Etat est clairement en cause

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La défaite en votation populaire du cofinancement des P+R en zone transfrontalière a réveillé les vieux démons de la région franco-valdo-genevoise, aujourd'hui nommée Grand Genève. De nombreux commentateurs ont certifié qu'il s'agissait-là d'un signal de défiance face aux autorités cantonales. Une analyse somme toute assez réductrice. Si les Genevoises et les Genevois ont dit non à ce projet, c'est avant tout pour des raisons économiques. Le conseiller d'Etat en charge de la Santé et de l'Emploi, Mauro Poggia, le relevait d'ailleurs hier soir lors du débat organisé par la Tribune de Genève sur la question de la région. Même si le constat souffre de nuances, les citoyens n'ont pas jugé pertinent de participer au financement des parkings-relais en France. Il est vrai qu'avec les échéances à venir (réforme de l'imposition des entreprises, suppression éventuelle des forfaits fiscaux, caisse maladie unique, rénovation des infrastructures vieillissantes de l'Etat, réduction de la dette astronomique du canton, etc.), les arguments justifiant cet investissement étaient difficilement audibles. Pourtant, ils avaient du sens, et pour cause.

 

Il faut toutefois noter une réelle absence de volontarisme du côté du gouvernement durant cette campagne, avec une faible présence des autorités pour défendre la votation. Seul Luc Barthassat, à quelques reprises, est monté au front pour défendre le projet. Cela n'a malheureusement pas suffi et cela lui a été reproché lorsque le résultat est tombé. Si les reproches et les déceptions sont en partie fondées, il convient cependant de rappeler que le chef de la Mobilité n'est pas le seul responsable du dossier: la votation comportait en effet un volet régional et celui-ci est dans les mains du président du Conseil d'Etat, François Longchamp. Ce dernier n'a d'ailleurs que peu de prérogatives lisibles aux yeux du public. Il doit s'occuper, entre autres, des affaires transversales – donc le Grand Genève. Et il ne l'a visiblement pas fait correctement. Qui l'a vu défendre le financement des P+R? Pas grand monde. C'est bien dommage.

 

Le Grand Genève n'est pas qu'un dossier économique. Aujourd'hui, l'Etat manque à son devoir et n'organise absolument rien pour consolider l'idée de la région dans l'esprit des citoyens. Pire, il laisse les partis d'opposition se saisir de l'affaire et en faire leur cheval de bataille. Le Conseil d'Etat porte une très lourde responsabilité dans le résultat de dimanche soir, et il serait de bon ton qu'il en prenne conscience. On ne construit pas une région dans les coulisses des salles de conférence. On ne bâtit pas une identité régionale en se contentant de rappeler quels sont les impacts économiques pour les habitants. Une région se fédère sur bien d'autres aspects, à commencer par la culture et le social. L'économie, à travers l'emploi, est évidemment un axe important. Mais les citoyens de la région ont envie de s'intégrer sur ce territoire. Au débat de la Tribune de Genève, le maire de Saint-Julien, Antoine Vielliard – excellent orateur au demeurant – expliquait clairement la situation: les charges transfrontalières doivent être assumées par les rentrées fiscales transfrontalières. Bien sûr, c'est le volet politique. Cela parle aux journalistes, aux experts et à celles et ceux qui siègent dans les différents parlements de la région. Au-delà, il y a la vie quotidienne.

 

Les affaires courantes ne sont pas uniquement liées à l'économie. Lorsque les mêmes événements culturels ont lieu à Gaillard puis à Lausanne, les Genevoises et les Genevois se rendent à... Lausanne! C'est plus loin et... plus cher! Mais peut-on les blâmer? Aucune infrastructure n'a été réellement mise en place par l'Etat de Genève pour communiquer sur la région. Est-ce qu'il existe un agenda événementiel du Grand Genève? A-t-on même eu l'idée d'en mettre un au point? Certes, il en existe un sur le site http://grand-geneve.org/. Mais la promotion de cette plateforme reste assez sommaire. L'Etat conforte la défiance des citoyens en ne se concentrant que sur l'axe technocratique de la région. Cela n'intéresse pas vraiment les résidents, et on ne saurait leur en vouloir. Ce qu'ils veulent, c'est estimer l'impact qu'a la région sur leur quotidien. Ils souhaitent du mesurable pour ensuite décider s'ils sont prêts à ouvrir les vannes pour donner du quantitatif au Grand Genève. On fait les choses à l'envers, et en plus, on le fait mal. L'Etat n'a même pas créé une page Facebook pour la région. Un Forum d'agglomération, c'est bien joli, mais concrètement, cela ramène quel type de population? Le débat de la Tribune de Genève hier était composé majoritairement de personnes de plus de cinquante ans. Et les jeunes, qui hériteront de la région, et des blocages de leurs prédécesseurs, qu'en est-il? Comment les y intéresse-t-on? Il n'y a, pour l'heure, aucune réponse à trouver du côté de l'Etat.

 

Des pans entiers du Grand Genève sont encore inexplorés, inscrits dans aucun agenda politique. Que va faire l'Etat? Les conseillers d'Etat ont pour mission de travailler en faveur de l'intérêt général à long terme. Antoine Vielliard assure que les politiques ont 40 ans de retard sur le plan de la région. Il a raison, et plus le gouvernement genevois tarde à mettre en place une stratégie de développement clair et une communication audible des enjeux du Grand Genève, la situation ne s'améliorera pas. Il suffirait pourtant de peu de choses pour fédérer les résidents des différentes villes du Grand Genève. A commencer par un tant soit peu de volontarisme, et une coordination beaucoup plus forte entre les nombreux responsables exécutifs de la région. Ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Appelons donc le gouvernement à prendre ses responsabilités et à amener, pas à pas, une véritable concertation sur l'agglomération. Baser son argumentaire sur la réalité effective du Grand Genève n'a aucun sens si l'on ne lui donne pas de la saveur et du corps.

 

 

Grégoire Barbey

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20/05/2014

Sous le règne des divagations

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C’est le temps des déblatérations, des épistémologues de tous bords qui nous chantent déjà la mort du Grand Genève. Projet d’envergure, petit destin, disent-ils la bouche en cœur. Certains vont jusqu’à dire qu’il ne s’agit en réalité que d’un projet «hors sol», «dénué de l’onction démocratique». C’est leur droit de penser ainsi. Mais ce n’est pas le leur que de nous bassiner à longueur de journée avec leurs complexes.

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Une peur invétérée du changement. Des autres, aussi. De ces gens qui ne viennent pas de chez nous. Dont le passeport porte un drapeau bleu, blanc et rouge. Une couleur de plus que le nôtre, et c’est déjà l’hystérie. Nos voisins français ont bon dos. Ils sont la cause de tous nos maux. Ce sont tantôt des envahisseurs, tantôt des profiteurs. Une «épidémie», pour reprendre le vocable des petits prêtres de la pensée aseptisée. Ces derniers scandent leurs slogans sans émettre la moindre réserve. Sans honte. Ils en appellent au peuple genevois. Les votations qui vont dans le sens de leurs délires sont autant de signes à interpréter. Les Genevois en ont marre, il faut les écouter. C’est ainsi que ces gens passent de simples vendeurs de néant politique au statut de gourous tout-puissants. Ils se sentent pousser des ailes, alors qu’ils sont plus que jamais loin de toute réalité physique.

Pour se donner quelques airs de grandeurs, ils tentent maladroitement de paraphraser De Gaulle, ce qui, l’un dans l’autre, démontre leur absence de peur pour les contradictions. Ils nous chantent les louanges de la Nation, de l’importance de l’identité dans l’esprit des citoyens. De l’esprit, c’est peut-être bien ce qui leur fait le plus défaut. Mais ils ne manquent pas d’air, eux qui veulent vivre dans leur bulle. Tous les moyens sont bons pour se prêter de bonnes intentions et s’enorgueillir de grands desseins. Que dessinent-ils, si ce n’est l’hiver du cœur? Ils se rêvent descendants de Jean-Jacques Rousseau, mais craignent tout ce qui vient de Ferney-Voltaire. Ils rêvent de hauteur quand ils traînent les pieds dans les égouts. Ils condamnent l’entraide et font leurs courses chez Carrefour ou Leclerc. Comment diantre peut-on les prendre au sérieux, quand la substantifique moelle de leurs discours se résume en trois lettres: non.

L’on pourrait aisément les laisser vivre leur déclination si la déclinaison de ce «non» n’était pas aussi offensive. Ils placardent partout le produit de leurs éructations, comme s’il s’agissait de la plus douce des poésies, quand c’est malheureusement le plus acide des poisons. Leurs cris geignards emplissent nos oreilles et nos visages pâlissent devant tant de lapalissades. Aux grands maux les grands remèdes, dit le proverbe. Mais existe-t-il vraiment une savante mixture pour éloigner à la fois la bêtise et les clichés? Y-a-t-il quoi que ce soit qui puisse, par on ne sait quelle magie blanche, rendre soudain la raison à ces errants du dimanche? Difficile à dire. En tous les cas, il ne faut pas se contenter de les toiser de loin. Il faut les combattre, car ils sont les ennemis du présent, du futur et du vivre ensemble.

Grégoire Barbey

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19/05/2014

Serge Dal Busco doit apprendre à dire non

Editorial de Politeia.ch

Serge Dal Busco est en charge des Finances genevoises depuis six mois maintenant. Une lourde tâche dans un contexte particulièrement délicat: recapitalisation de la caisse de pension publique, réforme de l’imposition des entreprises exigée par l’Union européenne, initiatives cantonale et fédérale visant la suppression de l’imposition d’après la dépense… Tout ça devrait déjà suffire à la peine du conseiller d’Etat. Mais comme les ennuis ne viennent jamais seuls, Serge Dal Busco a écopé de l’Office des bâtiments, alors qu’il souhaitait dès le départ coupler les Finances à l’Economie. Ce qui, au dernier moment, lui a été refusé. Le service qui gère les bâtiments de l’Etat lui a donc été donné, tel un cadeau empoisonné. Car oui, de nombreuses infrastructures, notamment des écoles publiques, tombent en ruine. D’inévitables investissements sont à prévoir. Mais quand? Comment? Selon des informations obtenues par Politeia de personnes haut placées dans l’administration cantonale, de nombreux départements négocient déjà des dépassements de budget.

Serge Dal Busco devra montrer sa pugnacité et sa fermeté face à ses collègues. A ce titre, le programme de législature, qui devrait être publié en juin, sera révélateur. Il lui faudra aussi s’appuyer sur les compétences éprouvées de son homologue vaudois, Pascal Broulis. Le ministre genevois des Finances doit maintenant apprendre à dire non par réflexe, puis à négocier. Il est le capitaine du navire, et c’est à lui que revient la responsabilité de gérer les besoins des uns et des autres de ses collègues. En plus des siens. Il est trop tôt pour dire s’il aura l’envergure nécessaire pour assurer ce rôle pivot au sein du gouvernement. Serge Dal Busco doit concevoir des équilibres de part et d’autre de la gestion financière de l’Etat. Son objectif, comme il le confiait dans un entretien livré à L’Agefi fin février, est de réduire l’endettement chronique du canton de Genève. Un but louable mais peut-être intenable. Comment, avec tout ce qui précède, pourrait-il être en mesure de rembourser la dette s’il doit déjà lutter tel un forcené pour ne pas dépasser les budgets? Oui, Serge Dal Busco doit apprendre à dire non à ses collègues. Et le plus vite sera le mieux.

Grégoire Barbey

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18/05/2014

La France doit réagir au vote des P+R

 

Réaction à chaud.

Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

Grégoire Barbey

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15/05/2014

Pâquerette: et si la structure était illégale?

Quelque chose me chiffonne, dans le dossier de la Pâquerette. Des idées, toutes plus saugrenues les unes que les autres, traversent mon esprit quelque peu animé. Alors, je commets une conjecture. Que Dieu me pardonne.

La fermeture précipitée du centre la Pâquerette par Pierre Maudet, qui s'était alors attribué la responsabilité du dossier après le meurtre de la thérapeute Adeline, n'a toujours pas trouvé dans ma tête une raison valable. Certes, un drame des plus odieux s'y est produit. Une tragédie innommable pour la famille, une douleur partagée par Genève et même au-delà. Mais dans un esprit aussi cartésien que celui de Pierre Maudet, on sait, malheureusement, que le risque zéro n'existe pas. C'est cynique, c'est abominable, mais c'est la triste vérité. Prétendre le contraire, c'est se fourvoyer.

Dès lors, pourquoi Pierre Maudet a-t-il décidé de mettre la clé sous la porte de cet institut qui, nonobstant l'épisode susmentionné, avait toujours eu fonctionné sans grand fracas? Un geste électoral, juste après les élections? Je n'y crois pas. Une tentative de se protéger? Pas impossible, mais peu probable de la part de l'intéressé. Il doit y avoir une raison. Sans aucun doute. Quelque chose de plus fort, difficilement justifiable, nécessitant une réaction immédiate. Un nœud gordien dont la seule possibilité d'en limiter les dégâts est de le brûler. Nettoyer les écuries d'Augias, sans toutefois en révéler tout le contenu...

Et si, par hasard, la Pâquerette avait été construite à l'encontre de la législation fédérale en vigueur? Rappelons que ce centre permettait la détention de détenus nécessitant des soins particuliers. Alors qu'on sait toutes et tous que Champ-Dollon est une prison qui ne permet légalement que la détention provisoire. Si, malgré le droit fédéral, on avait décidé à l'époque (il y a plus de 27 ans) de mettre en place la Pâquerette, porté par les grandes idées des Deleuze et consorts, pour qui la réhabilitation des criminels ne faisait aucun doute? Et si, justement, la Pâquerette n'avait aucune légitimité légale? Cela expliquerait beaucoup de choses. Dont des événements très récents.

A moins qu'on puisse me démontrer le contraire d'un point de vue légal, la question se pose. Peut-être me trompé-je, et alors je m'en excuse sans plus de bavardage. Tout cela n'est, finalement, que crasses réflexions d'un illuminé. Amen.

Grégoire Barbey

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