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  • Taxis: l'arrogance typique du cartel

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    Les taxis genevois s’opposent à l’arrivée de la société Uber en Suisse et le font savoir. Cette entreprise californienne propose des chauffeurs particuliers à prix bas (Uber X). Dans certains pays, et notamment en France, ce service a été considéré comme illégal, parce qu’il exercerait une concurrence déloyale avec les taxis. En outre, le montage financier d’Uber a fait l’objet de nombreuses critiques, ainsi que la rémunération des chauffeurs, le stockage de données personnelles sur l’application dédiée. Si l’entreprise ne fait pas l’unanimité, son arrivée en Suisse (et en France, avec au final une décision rendant Uber X illégal sur le territoire) permet de constater qu’il existe encore aujourd’hui des secteurs d’activités fortement protégés par l’Etat. Les taxis ont-ils droit à un statut particulier? Est-ce un marché subventionné par les pouvoirs publics? Toute concurrence est-elle déloyale a priori? Quand on voit l’incroyable mobilisation des chauffeurs de taxi contre la nouvelle loi à Genève, on peut s’interroger sur la puissance de ce secteur. Un véritable lobby. Ce qui en soit n’est pas dérangeant. Là où le bât blesse, c’est quand un secteur d’activité se montre réfractaire à toute évolution, et que l’Etat s’en mêle en le protégeant d’une concurrence qui sera automatiquement jugée déloyale.

    Selon l’avocat et député PDC Vincent Maitre, certains taxis auraient à l’égard des chauffeurs d’Uber une attitude peu acceptable (menaces, injures, pressions etc.). Si cela se vérifiait, que doit-on penser d’un tel comportement? Les taxis sont-ils les rois du transport particulier dans la République? Et pense-t-on aux clients, qui peut-être trouveront Uber plus adapté à leurs besoins? La concurrence semble exister que lorsqu’on y trouve un avantage personnel. Dans le cas contraire, l’Etat crée des secteurs monopolistiques, où la concurrence est très restreinte et inscrite dans la loi. Si les clients veulent autre chose, tant pis pour eux. Les taxis font aujourd’hui figure d’atelier protégé, comme s’ils avaient une utilité essentielle dans le quotidien des gens. Certes, il nous arrive à tous de prendre une fois un taxi, et il existe de nombreuses raisons de le faire. Mais si une société a innové dans le secteur, proposant des services haut de gamme à des prix jamais vus, est-ce que cela n’a pas non plus une certaine utilité pour tout le monde? Si Uber viole la protection des données ou rémunère abusivement ses collaborateurs, la justice doit bien évidemment intervenir. Mais si ces raisons sont avancées pour justifier la protection d’un secteur d’activité en danger, dans une société libérale, ce n’est tout simplement pas acceptable.

    Tous ceux qui ont pris un jour le taxi à Genève savent à quel point le service est cher. Et le trajet n’est pas toujours agréable. Je me rappelle d’une fois où, pour nous rendre dans un village mal desservi par les transports publics, une amie et moi-même avions décidé de prendre un taxi. Durant tout le trajet (environ vingt minutes), le chauffeur n’a pas arrêté de faire des remarques à mon amie, de celles qu’on qualifie généralement de déplacées, voire de carrément lourdes. Au final, le trajet a coûté plus de 50 francs. Tous les chauffeurs ne se comportent évidemment pas comme celui précédemment décrit. Mais c’est un exemple parmi d’autres qui pourrait justifier qu’un client décide de se rabattre sur les services d’Uber, moins onéreux. Quelle est la plus-value des taxis genevois, aujourd’hui? Si ce n’est qu’ils sont chers, pas toujours très agréable avec leurs clients, et surtout possèdent une puissance politique qui semble démesurée par rapport à leur véritable importance.

    S’ils servent à bien des personnages âgées à mobilité réduite, d’autres entreprises proposant des services de chauffeur particulier peuvent aussi répondre à ce besoin. Et si ces entreprises ont trouvé la méthode pour réduire les prix, c’est évidemment mieux, surtout pour les clients. L’attitude arrogante des taxis genevois est tout-à-fait choquante. En aucun cas, les taxis ne doivent profiter d’une protection qui viole la concurrence et permet de jouir d’un marché qui gagnerait à s’ouvrir à d’autres prestataires de services. Ce que font les taxis, c’est simplement abuser de la démocratie pour maintenir une position dominante sur toute autre forme de concurrence. Et c’est très grave. Uber, qui a sûrement bien des défauts, a au moins le mérite de démontrer que même en Suisse, les corps intermédiaires ont encore un peu trop de pouvoir. Tout en bénéficiant d’un soutien politique discutable. Les taxis genevois peuvent bien se fâcher, vitupérer, s’exaspérer, hurler, menacer, pavoiser, et j’en passe. Ils n’exercent pas à ma connaissance une activité justifiant un soutien excessif de l’Etat. C’est au législateur de se faire une raison et de ne pas accorder un pouvoir démesuré à une profession qui se croit un peu trop au-dessus des autres.

  • Islam: à consommer avec modération?

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    Je ne suis pas croyant. Né d'un père catholique et d'une mère protestante, mes parents ont choisi le protestantisme comme confession pour mes papiers civils, par commodité. J'ai toujours vécu en Suisse, mes racines sont donc judéo-chrétiennes. Enfant, je me méfiais de la religion. C’est encore le cas, mais ma façon de la percevoir a évolué avec les années. Je me rappelle qu’à l’école primaire, j’avais dû lire Un sac de billes de Joseph Joffo. Une autobiographie poignante de deux frères juifs qui fuient à travers toute la France pour échapper à l’occupation nazie. Ce livre m’a marqué, et j’ai lu sa suite, Baby-foot, qui poursuit le récit de ces jeunes qui fuient pour leur survie. Je devais avoir 11 ans lorsque j’ai lu ces deux ouvrages et je m’en rappelle comme si c’était hier. Je n’ai jamais compris pourquoi – aujourd’hui encore – tous ces gens ont pu être l’objet d’une haine populaire pour leur religion. A l’école secondaire, j’ai reçu des cours d’histoire sur les trois religions du Livre, m’interrogeant sur la nécessité des guerres de foi, l’expansionnisme des uns et des autres. Bien évidemment, lorsque j’ai découvert quelques années plus tard les ouvrages de Voltaire, Friedrich Nietzsche et tant d’autres, j’ai trouvé ce que je recherchais: des réponses à mes questionnements. Si ces auteurs ont pu, à leur manière, se montrer virulents à l’encontre des religions, je tiens pour ma part à respecter celles et ceux qui ont la foi. C’est une expérience dont j’ignore tout, à titre personnel, mais certains écrits religieux prônent des façons de vivre qui peuvent tout à fait convenir à mes valeurs. Notamment sur l’écoute, le partage, le respect des différences.

    Aujourd’hui, je suis peiné de voir qu’une majorité de musulmans est condamnée à l’opprobre en Occident, du fait des actes d’extrémistes qui justifient leur barbarie par le Coran. Je n’arrive pas à m’imaginer dans quelle détresse ces gens – qui ne partagent en rien les valeurs et les interprétations de ces individus que l’on nomme aujourd’hui les islamistes – sont plongés. Aujourd’hui, ceux qui se distancient de l’islamisme radical sont nommés un peu hâtivement des «musulmans modérés». Comme si le distinguo s’imposait. Comme si, dans la religion de l’Islam, il y avait deux catégories uniquement – alors qu’il y a profusion de «branches» au sein même de l’Islam. La majorité des musulmans vit en Inde, et pourtant l’on réduit l’Islam au seul Moyen-Orient. Aujourd’hui, on s’imagine celui qui a foi dans l’Islam avec une barbe et un turban. Quelle vision réductrice. Ce terme, «musulman modéré», veut tout dire. Ces mots a priori anodins et relevant du bon sens – à l’heure où l’Etat islamique en Irak et au Levant massacre des populations entières – portent en eux les germes de l’intolérance et du lavage de cerveau. N’avez-vous jamais lu des analyses sur la prétendue guerre culturelle que l’Occident et le Moyen-Orient se livre? Oui, c’est cela que sous-entend l’idée de «musulman modéré». On veut nous faire comprendre que l’Islam est incompatible avec nos valeurs occidentales. Le danger serait partout. Ce climat vire à la schizophrénie. En rejetant ainsi notre prochain, nous lui indiquons le chemin de la haine, qui se nourrit de la frustration et de la peur.

    Lorsque je vois des femmes qui portent le voile dans les rues de Lausanne et de Genève, je m’interroge souvent: ont-elles peur? Ce qu’il m’arrive de lire sur internet me permet de le penser. Je ne le leur souhaite pas, bien sûr. Mais quand on lit que tous les musulmans sont à mettre dans le même sac – imaginez les réactions si l’on disait que tous les Allemands sont aujourd’hui encore à comparer aux nazis! – et que ces messages proviennent même d’élus… tout semble permis. J’ai beaucoup de respect pour celles et ceux qui affrontent les critiques plutôt que de les fuir. Qui tentent de justifier la différence entre leur foi et celle de ceux qui coupent des têtes au nom d’une interprétation extrême du Coran. Mais je respecte tout autant ceux qui souffrent de ces amalgames, de ces jugements prêt-à-penser et qui en ont marre. Je m’associe à leur ras-le-bol et à leur douleur. Sont-ils responsables d’être nés du mauvais côté de la frontière entre le bien et le mal – selon le pouvoir intellectuel occidental? Devons-nous les rendre insensible à nos valeurs? Devons-nous penser qu’ils ne sont pas capables de faire la part des choses? J’ai une haute estime de l’Homme, dans sa capacité à se délester des dogmes les plus étouffants. Je me considère comme profondément humaniste, et de ce point de vue-là, il me faut croire en la capacité et la liberté de mes semblables à se défaire des pensées les plus ancrées dans leur esprit. Et puis je ne suis pas détenteur de la vérité unique, alors pourquoi plusieurs façons de voir le monde – pour autant que chacun se respecte dans sa diversité – ne pourraient pas coexister? Suis-je naïf de croire qu’il est possible de vivre dans une société multiculturelle sans qu’il y ait du côté des uns et des autres ce besoin d’attirer son prochain vers sa manière de penser? Peut-être. Je ne m’en cache pas. Mais c’est plus fort que moi, j’ai besoin d’y croire, pour ne pas vomir à chaque fois que je lis des horreurs sur les musulmans – ou sur d’autres minorités qui ont comme point commun une appartenance ethnique, sociale ou sexuelle.

    Le débat sur le port du voile – est-il compatible avec nos valeurs occidentales? – me laisse songeur. Lorsque les plus grands identitaires nous donnent comme argument la liberté de la femme, je ne puis m’empêcher de rire. Jaune, évidemment. Qui suis-je pour décider qu’une femme portant le voile se soumet à un dogme malsain? Le lui retirer par la contrainte, est-ce la rendre libre ou est-ce la soumettre à mon système de valeurs? On a voulu me faire croire que le voile était un problème. Je n’y vois rien de tel. Si le voile me dérange, c’est à moi de me demander pourquoi. Pourquoi devrais-je placer mon identité culturelle au-dessus de la sienne? Vivre et laisser vivre, tant que l’on ne me cause aucun tort. Si l’acte de porter le voile me blesse ou m’atteint, c’est à moi que je le dois, et à moi seul. Cette façon de penser, je la dois aux stoïciens, qui malheureusement n’ont pas pignon sur rue à notre époque… Bref, vous l’aurez compris, je m’interroge beaucoup. J’aime qu’on me fiche la paix, et donc j’essaie de me mettre à la place de mes congénères pour ne pas leur infliger ce que je n’aimerais pas qu’il me fasse. Je suis imparfait et il m’arrive d’échouer. Mais j’aime à croire que le fait d’essayer me rend meilleur et me permet d’accepter les autres – et non les tolérer, car comme disait Voltaire, «tolérer c’est offenser» – pour ce qu’ils sont et non pour ce que je veux voir en eux. Je suis persuadé que d’autres individus partageront ma pensée – et ce quelle que soit leur religion.

    Nous devons agir en responsabilité vis-à-vis de nos prochains, c’est-à-dire ne pas les blesser. Nous ne réussirons pas toujours, car nous ne sommes pas parfaits. Mais tenter de respecter les autres dans leur intégrité et leur liberté confessionnelle, sexuelle et de pensée, c’est déjà une manière d’apaiser les querelles. Bien sûr que le débat doit avoir lieu, sinon je n’écrirais pas ces longues lignes, et être en désaccord n’est pas forcément contreproductif. Nous ne pouvons pas tout accepter. Tout comme nous ne pouvons pas étouffer les autres simplement parce qu’ils ont d’autres références culturelles et d’autres façons de voir le monde. Si nous pouvions ne faire qu’un pas dans cette direction, j’aurais probablement moins souvent l’impression que l’on me plante une lame en plein cœur en lisant certains propos sur mes semblables. Avant de juger, j’essaie toujours de comprendre, et je crois profondément ne pas tout savoir. J’ai appris beaucoup en grandissant aux côtés d’amis qui ont été élevés dans des cultures différentes. J’y ai pris ce qu’il y avait de mieux à mes yeux, et si je pouvais transmettre cette soif de comprendre autrui, alors j’en serais heureux. Si mon texte ne vous a pas convaincu, je n’abandonnerai pas pour autant. Car je crois qu’à défaut de pouvoir mettre tout le monde d’accord, il faut les laisser cultiver leurs différences, toujours dans le respect d’autrui. Ca a l’air si simple, et pourtant ça ne l’est pas!

     

    Grégoire Barbey

  • Dangereux mélange entre MCG et police

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    Copyright: Patrick Gilliéron Lopreno


    Le Mouvement citoyen genevois (MCG) est-il le parti de la police? A priori, cette question peut sembler se suffire à elle-même, tant la réponse parait logique: oui. Ou du moins, le MCG essaie d’être le parti de la police. Et cette situation suscite quand même un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord, il faut rappeler que l’actuel président du MCG, Roger Golay, est un membre très actif du très puissant syndicat de la police, et que son réseau policier est des plus importants sur l’ensemble de la Suisse romande (c’est d’ailleurs l’une des raisons officieuses qui lui a permis de rejoindre assez facilement le groupe UDC au Conseil national). D’autres membres de son parti, comme l’ancien conseiller administratif de la Ville de Vernier Thierry Cerutti, sont également des policiers, à la retraite ou encore en fonction. Dans le cas de Thierry Cerutti, Francisco Valentin, Jean-Marie Voumard, Sandro Pistis et Jean Sanchez (retraité), tous députés MCG au Grand Conseil de Genève, la possibilité de voter sur des projets de loi concernant directement la police peut sembler problématique. Même si un avis de droit demandé par le Grand Conseil a estimé qu'ils pouvaient le faire. En général, surtout à droite, les liens d’intérêt font l’objet de vives critiques, et ce pour des raisons très compréhensibles. Néanmoins à Genève, cet élément semble assez peu déranger. Dans de nombreux cantons, les policiers n’ont pas l’autorisation de siéger dans des parlements cantonaux, pour éviter justement la double casquette de serviteur de l’Etat et de législateur. Est-ce la bonne méthode? Ce n’est pas garanti, mais cela évite quand même certains écueils.

     

    Il y a quelques mois, une polémique était née (en tout cas sur les réseaux sociaux), où certains députés d’autres partis se plaignaient d’avoir vu des policiers arborer des écussons du MCG sur leur uniforme. Cette affaire n’a jamais été démontrée et il faut donc en relativiser la portée. Mais ça justifie quand même des interrogations. Les policiers sont des citoyens comme les autres et il est tout à fait normal et légitime qu’ils veuillent défendre leurs intérêts, c’est-à-dire protéger leurs acquis et leurs conditions de travail. Qui pourrait leur en vouloir? Là où le bât blesse, c’est quand un parti surfe sur cette réalité pour engranger des voix dans une profession déjà très puissante de par son important syndicat, qui fait des merveilles en matière de lobbysme (comme l’a démontré la récente grève préventive des policiers contre le projet de réforme du système de rémunération de l’Etat). En démocratie, tout débat mérite d’être posé, et celui-ci a autant droit de cité qu’un autre: est-ce que l’on peut tolérer le mélange des genres, et jusqu’à quel point? Dans la Tribune de Genève de vendredi, après le vote sur la Loi sur la police, Eric Stauffer estime que «vouloir défier le MCG sur son terroir confine à l’inconscience». Le message du président d’honneur du MCG est clair. Ces députés qui sont policiers la journée, respectant une certaine hiérarchie, un ordre militaire etc., comment peuvent-ils le soir prendre une autre casquette et contrer politiquement les décisions de ceux qui les commandent?

     

    L’UDC, que l’on ne peut pas qualifier de parti de la gauche molle en matière de sécurité, possède aussi des députés qui ont des liens directs avec la police (en fonction ou retraité), c’est le cas par exemple de Patrick Lussi. Mais l’UDC n’a jamais eu avec la profession de la police la même relation que le MCG actuellement. Cela a quand même des aspects inquiétants. Sur le débat de la loi sur la police, qui a fait couler beaucoup d’encre, le MCG a tenté de bloquer les débats en déposant pas moins de 41 amendements (!). Il n’a pas pour autant eu gain de cause, et il menace maintenant d’un référendum sous prétexte que la nouvelle législation ne comprend pas explicitement le critère de nationalité, situation qui permettrait, selon le MCG, de recruter des frontaliers dans la police. C’est un argument d’opportunité qui légitime en réalité une fronde beaucoup plus sournoise visant à passer un message aux policiers: le MCG est le seul parti qui se soucie vraiment des conditions des défenseurs de l’Etat en matière de sécurité. Si l’on peut comprendre qu’un parti souhaite capitaliser sur des forces électorales vives, on peut quand même s’étonner des moyens que se donne ledit parti pour s’opposer à toute redéfinition des périmètres légaux de la profession de policier. Oui, la police est un métier difficile et éminemment respectable.

     

    Dans une période particulièrement délicate pour les finances publiques, toutes les professions répertoriées au sein de l’Etat doivent pouvoir être remises en question dans leurs acquis sociaux. Est-ce vraiment nécessaire? Qu’est-ce qui relève d’une indemnité acceptable pour un métier compliqué, et qu’est-ce qui relève plutôt du privilège lié à des finances bien portantes? Ce débat ne doit pas faire l’objet d’une censure, ni de slogans honteusement mensongers dénonçant une attaque en règle contre la profession de policier. Personne ne remet en cause l’importance de la police, et nul n’a pour but d’affirmer que les policiers sont trop bien lotis. Mais comme tous les autres citoyens, ils doivent consentir à des efforts. Jusqu’ici, leur situation fait souvent l’objet de débats virulents, avec un Roger Golay toujours prêt à en découdre pour dénoncer toute tentative de redéfinition du métier de policier, et en tout cas des rémunérations (sous toutes leurs formes). C’est une situation néfaste pour Genève, et cela ne facilite ni le travail de l’exécutif, ni celui de la police.

     

    Comment, en effet, la police peut-elle faire passer son message politique lorsque les citoyens se plaignent toujours plus des incivilités de certaines personnes, et que le sentiment d’insécurité croît régulièrement? L’image de la police doit rester intacte, car ceux qui pratiquent la profession ne doivent pas être victimes de stéréotypes liés à un parti qui tente de se donner un rôle qu’il n’a pas à avoir. Non, tous les policiers ne sont pas membres du MCG. Tous ne sont pas non plus contre un débat sur leur profession. Ils veulent néanmoins comprendre pourquoi certains aspects de leurs rémunérations, par exemple, suscitent des interrogations du législateur et de l’exécutif. Mais comment le leur expliquer quand, à peine le débat posé, le MCG monte au créneau à grand renfort de slogans préfabriqués limitant toute discussion intelligente et intelligible? Faut-il en arriver au point où législateur et exécutif finiront par s’interroger sur l’opportunité d’interdire le cumul de fonction entre fonctionnaire et parlementaire (des groupes parlementaires y réfléchissent déjà sérieusement)? Est-ce que la situation ne nécessite pas des discussions pacifiées, où policiers, MCG et citoyens peuvent donner leur avis et arriver sur un consensus global plutôt qu’un coup d’Etat continuel via des mouvements syndicaux incontrôlables? La police, comme toutes les professions au sein de l’Etat, ne bénéficie pas, et c’est normal, d’un statut particulier rendant ses acquis intouchables et indiscutables. Il n’est pas question de dire qu’ils sont privilégiés, mais il est important de pouvoir discuter d’efforts consentis par tout un chacun. Sinon, comment peut-on encore parler de démocratie?

  • Il veut interdire le recours à Intrum Justitia

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    Le député Vert et membre du Bureau du Grand Conseil François Lefort a déposé dimanche 17 août une question urgente écrite pour demander au Conseil d’Etat si «des établissements publics autonomes voire des fondations publiques contrôlées par l’Etat de Genève» recourent à des sociétés de recouvrement (comme Intrum Justitia ou Debitors Management, parmi beaucoup d’autres). Selon François Lefort, un citoyen l’a interpellé à propos d’une entité publique ayant recours à Debitors Management. Le député précise que ces «société[s] de recouvrement [font] l’objet de plaintes quotidiennes auprès de la Fédération romande des consommateurs (FRC) pour [leur] comportement abusif». Il rappelle en outre dans le document que «les pratiques agressives alléguées dans de nombreux articles de presse font état de «harcèlement par téléphone, SMS, courriels», mais aussi des «lettres de menaces ou de contrainte» et procédés à la limite de la légalité».

    François Lefort mentionne le postulat du conseiller aux Etats libéral-radical Raphaël Comte demandant au Conseil fédéral d’étudier un meilleur encadrement des pratiques de ces sociétés de recouvrement et l’imposition de limites claires à leurs activités. Ce que le Conseil fédéral avait accepté. Le député précise qu’il «serait donc étonnant pour des autorités publiques de recourir à de telles sociétés». C’est pourquoi, conclut-il, le Conseil d’Etat doit vérifier si l’Etat ou ses satellites utilisent ce type de services.

    François Lefort, contacté par Politeia, prévoit de déposer une motion si le Conseil d’Etat venait à répondre par l’affirmative. «Avec la réputation sulfureuse de ces sociétés de recouvrement, et leur facturation de frais de dossiers folkloriques qui participent au surendettement, des jeunes en particulier, il est hors de question que l’Etat y fasse recours», lance-t-il. La motion aurait donc pour but qu’aucune entité publique autonome ou fondation sous contrôle de l’Etat ne puisse utiliser les services de ces sociétés. «Je ne suis en général pas favorable à des interdictions de ce type, réagit le député PDC et avocat Vincent Maitre. Les entreprises, privées et publiques, ont tout à fait le droit d’externaliser certaines tâches. Cependant, je ne comprends pas ce qui motiverait une entité de droit public à recourir à ce type de services, puisqu’elle possède un département juridique tout-à-fait à même d’intenter les démarches juridiques utiles à l’encontre de ses débiteurs indélicats.»

    Les Transports publics genevois (TPG) font appel à Debitors Management, selon des témoignages recueillis par Politeia. Plusieurs personnes ont reçu des sommations de paiement de cette société de recouvrement. Les factures peuvent vite atteindre des chiffres astronomiques, pour des montants a priori dérisoires. Est-ce surprenant qu’un établissement public autonome comme les TPG ait recours à un mandataire externe pour obtenir la restitution de ses créances? Selon Vincent Maitre, la réponse est oui. «En général, une sommation, un commandement de payer et un jugement de mainlevée provisoire ou définitive suffisent à recouvrer la majorité des créances», explique le député. «Cela peut se compliquer par la suite, poursuit Vincent Maitre, mais toute entité publique est composée de juristes suffisamment compétents pour ne pas avoir à externaliser ce type de procédures. Le recours à des représentants externes, par définition sources de coûts supplémentaires, en est d’autant plus incompréhensible

    «Des méthodes qui frisent le code»

    Les sociétés de recouvrement ont souvent fait l’objet d’articles de presse, voire de reportage. La législation stipule qu’aucune entreprise n’est tenue de faire appel à des sociétés privées pour récupérer les sommes que leur doivent leurs débiteurs. Et que, partant de ce principe, il n’est pas acceptable que des frais soient exigés auprès des débiteurs. En résumé, c’est au créancier, s’il n’est pas en mesure de démontrer que les frais occasionnés par le non-remboursement des montants dus dépassent les intérêts moratoires de 5%, d’assumer les coûts d’utilisation des services des sociétés de recouvrement. La loi demeure toutefois partielle, tant et si bien que ces entreprises exigent systématiquement des «frais de clôture de dossier», une pratique courante chez Intrum Justitia. Ces montants font généralement l’objet d’un courrier une fois que les sommes réclamées par le créancier ont été remboursées pour signifier que la société requiert une participation à ses frais. Dans le cas d’Intrum Justitia, le document stipule généralement des «prétentions découlant de l’art. 106 du Code des obligations». Lequel implique que «lorsque le dommage éprouvé par le créancier est supérieur à l’intérêt moratoire, le débiteur est tenu de réparer également ce dommage, s’il ne prouve qu’aucune faute ne lui est imputable». Cet article reste toutefois à nuancer. Selon le site stop-surendettement.ch, le créancier n’est pratiquement jamais en mesure de démontrer un dommage supérieur à l’intérêt annuel de 5%.

    Le site recommande d’ailleurs de faire opposition partielle dans le cas où ces montants sont exigés. En cas de non-paiement de ces «frais de retard» ou «frais de dossier», la société de recouvrement ne clôture pas le dossier du débiteur. Dans le cas où celui-ci souhaiterait contracter un crédit, et que l’entreprise auprès de laquelle il souhaite le faire appelle ladite société de recouvrement, cette dernière affirmera que le client fait toujours l’objet d’un endettement. Même si toutes les sommes exigées ont été remboursées rubis sur l’ongle, exceptés les frais supplémentaires. «Il est toujours dangereux de généraliser, explique Vincent Maitre, député PDC et avocat. Mais il est vrai que le praticien que je suis a pu constater que certaines de ces sociétés ont des méthodes qui frisent le code. Elles profitent allègrement de la méconnaissance juridique et de l’éventuelle fragilité psychologique ou financière de leurs «proies» pour les soumettre à une forte pression et leur brandir la menace du procès. Ainsi, leur rémunération – sous prétexte de prétendus frais aussi exorbitants qu’illicites – leur est assurée.»

  • Communiqué: Politeia.ch victime d'un hacker

     

    Le site Politeia.ch a été attaqué dans la nuit de vendredi à samedi. Le hacker a détruit le serveur et l’ensemble des sauvegardes effectuées on-site par le webmaster, Darius Azarpey. Ce dernier s’attelle en ce moment à la récupération des données qui peuvent potentiellement être sauvées. Toutefois, il n’est pas encore garanti que le site puisse être rétabli dans sa totalité. Les dégâts de cette attaque sont considérables. «Les sauvegardes dans la base de données du site ont été effacées. Des sauvegardes offline ont été effectuées. La dernière remonte à plus de deux mois. Nous étudions donc la possibilité de coopérer avec l’hébergeur pour rétablir le site avec l’aide de sauvegardes éventuelles et probables sur leurs serveurs», informe Darius Azarpey. De son côté, Grégoire Barbey, co-fondateur du site, déposera plainte contre X au sens de l’article 143 bis du Code pénal suisse. Le webmaster espère qu’avec la coopération de l’hébergeur, des informations sur le ou les responsables de cette attaque pourront être obtenues.

     

    Politeia.ch est un site créé par Grégoire Barbey et Darius Azarpey, accueillant notamment des articles d’invités et des enquêtes de journalistes reconnus. Des conseillers d’Etat genevois, à l’image de Pierre Maudet et Luc Barthassat, ont également publié des textes sur la plateforme. Le site, anglé sur la politique, a pour objectif de promouvoir l’engagement citoyen et d’informer ses lecteurs sur les différentes votations et tous les sujets d’actualité qui les concernent. Politeia.ch est également partenaire la Chancellerie d’Etat à Genève, via le concours CinéCivic, et de l’association T’es toi et vote. Des articles ont fait l’objet de citation et de reprise dans des médias de grande audience, comme la Tribune de Genève, 20 Minutes, ou encore plus récemment L’Agefi. Certaines enquêtes et contenus ont pu déranger. Pourtant, Politeia.ch fait depuis sa création l’objet d’un vif intérêt des citoyens et des politiciens locaux. Depuis l’annonce de cette attaque, les administrateurs ont reçu de nombreux soutiens sur les réseaux sociaux.

    Le site est encore accessible en cache Google: http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:politeia.ch

    Pour plus d’informations:

    Grégoire Barbey

    079 124 00 28

    Darius Azarpey

    078 907 62 93

  • Préférence cantonale: la mesure sans effet

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    Texte paru initialement sur Politeia.ch. Crédit photo: Patrick Lopreno

     

    Le nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi (OCE) à Genève devra appliquer la préférence cantonale pour les régies publiques (ou celles touchant des subventions de l’Etat). C’est un os que le conseiller d’Etat MCG Mauro Poggia donne à ronger à son parti et à l’électorat de ce dernier. Cela ne changera rien, et dans les faits, les entités publiques ont souvent été dirigées sous un tel régime. L’exemple du Danemark en 1772, quand l’influent régent du roi, Johann Struensee, est exécuté par ses adversaires conservateurs, est parlant. A cette époque, le principe de préférence nationale est appliqué dans les administrations publiques.

     

    Depuis tant d’années déjà, la rhétorique qui consiste à mélanger immigration et marché de l’emploi a la peau dure. Il faut être clair: c’est une réponse simple à une question compliquée. Cette formulation est certes passablement éculée, mais dans le cas d’espèce, elle est tout à fait appropriée. Ce sont deux visions économiques de la société qui s’affrontent, et Mauro Poggia ne fait qu’en choisir une au détriment d’une autre, pour des raisons a priori bassement électorales. En effet, les régies publiques peuvent sélectionner de la main d’œuvre locale plus facilement qu’une entreprise privée, grâce à un large panel de compétences représentées au sein de l’Etat. Mais cette capacité à recruter des salariés locaux a aussi une limite: dans certains secteurs, la pénurie est réelle, même pour l’Etat.

     

    Ainsi, l’économie, même sous régime politique protectionniste, a toujours dû combler les manques de mains d’œuvres locales dans certains secteurs en cherchant des compétences étrangères. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la loi, imparfaite reconnaissons-le, demande aux entreprises de d’abord rechercher des employés sur le territoire national, et d’être en mesure si nécessaire de démontrer que de telles recherches ont eu lieu et ont été infructueuses. Une législation facilement contournable, démontrant toutefois l’impossibilité pratique de maintenir un marché de l’emploi dans un espace géographique déterminé. La globalisation, tant politique que technologique et humaine, a de surcroît modifié les comportements des agents économiques, leur octroyant une plus grande mobilité, avec des incitations évidentes à traverser de plus grandes distances pour trouver un emploi avec de meilleures conditions.

     

    Il s’agit bien, même ici, d’un fragile équilibre entre l’offre et la demande. D’un côté, un canton comme Genève avec un arrière pays scindé par une frontière étatique. Ce qui devrait être géographiquement cet arrière pays de la région genevoise appartient dans les faits à l’Etat français. Ainsi, les entreprises établies dans les localités françaises le sont aux conditions législatives et fiscales françaises, avec les conséquences que cela engendre sur la qualité de l’offre. C’est une logique élémentaire: un habitant d’une région comme la Haute-Savoie ou l’Ain n’est pas idiot et sait prendre sa calculatrice quand il est question de se nourrir lui et éventuellement sa famille s’il en a une. Les conditions à Genève, en termes d’offres d’emplois, sont bien meilleures. En tout cas d’un point de vue de la rémunération. Les conditions peut-être aussi. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui sont prêts à prendre la voiture une heure aller, une heure retour (sans compter les bouchons) pour gagner davantage et travailler mieux. La pertinence d’une application de la zone franche (un accord existant entre la Suisse et la France) aurait évidemment des conséquences positives pour le marché de l’emploi genevois. C’est néanmoins plus difficile à expliquer aux électeurs.

     

    Cette réalité (mobilité, globalisation, etc.) n’est pas uniquement politique (marché unique) mais aussi structurelle. Même avec des restrictions à l’immigration, l’Etat devra faire face, à terme, à une pression des entreprises privées pour augmenter ou modifier la répartition des quotas par secteur. C’est une évidence mathématique. L’Etat peut probablement se payer le luxe de rechercher plus longuement sa main d’œuvre dans le territoire cantonal. Mais même Mauro Poggia n’est pas dupe, puisqu’il a dit à plusieurs reprises qu’il n’était pas contre le fait d’employer des travailleurs étrangers ou frontaliers en cas de pénurie avérée dans certains métiers.

     

    C’est pourquoi cette annonce faite à propos du nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi sonne comme une imposture. Son caractère électoraliste semble on ne peut plus téléphoné, et il est difficile d’accorder un réel crédit à cette décision de Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat est malin: d’un côté, il calme les ardeurs de son parti, et particulièrement de la direction de celui-ci, qui lui rappelle à l’envi qu’il a été placé là grâce à l’électorat MCG et qu’il doit mener une politique MCG; d’un autre, il s’assure la sympathie d’une importante proportion de la population se sentant injustement spolié par les individus vivant au-delà des frontières cantonales (et surtout, dans les esprits, nationales). Un joli coup de poker d’un as en la matière. Le conseiller d’Etat Mauro Poggia, décidément, n’est pas parvenu au gouvernement par hasard.

    Grégoire Barbey

  • Le grand défi d'un site indépendant: Politeia.ch

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    Aujourd'hui, je suis particulièrement heureux. Politeia.ch continue d'avancer (certes pas très vite par manque de temps et de moyens) grâce notamment à la qualité du travail de ses contributeurs. Lesquels méritent amplement un grand remerciement de ma part. Pas évident, c'est sûr, de se faire une place crédible dans un marché saturé. C'est un travail quotidien, à côté de mon emploi fixe à 100%, qui nécessite plusieurs heures et de l'énergie. Ainsi que de la passion, évidemment!

     

    La passion de donner aux autres la possibilité de lire des informations et des analyses qu'ils ne liront pas forcément ailleurs. La passion de donner la parole à des opinions différentes voire carrément contraires. Cela a un coût, et j'essaie de m'en acquitter humblement. Il faut de la patience, de l'acharnement, de l'ambition. Il importe aussi de poser sa marque, de créer l'envie, de susciter l'intérêt, de permettre le débat. Pourquoi quelqu'un écrirait sur Politeia s'il peut donner son texte à un journal concurrent, au bénéfice de dizaines de milliers de lecteurs? C'est ce défi-là que ce site doit relever, un défi de taille dans un marché déterminé par des différences linguistiques et par des intérêts locaux divergents.

     

    Ce sont ces obstacles qui rendent le développement de Politeia encore plus passionnant. C'est une aventure unique, fabuleuse. Il n’est pas possible de concurrencer l’information brute («hard news») pour une plateforme telle que Politeia. C’est sur d’autres aspects qu’il me faut rendre ce site attrayant et unique. Et ce n’est pas une mince affaire, bien au contraire! Pour l’heure, le site possède déjà une centaine d’articles. Des textes qu’on ne lirait probablement pas ailleurs, ou alors éventuellement sur des blogs. Ce sont des écrits de qualité, sélectionnés et publiés dans le but d’offrir aux lecteurs des perspectives sur des sujets précis. La politique, c’est aussi partager son avis, les votations ont des enjeux, et les acteurs concernés ont le droit à la parole. A côté, il y a des journalistes qui contribuent aussi à donner des informations aux lecteurs. D’autres viendront sans doute rapidement, puisqu’ils ont la possibilité d’y publier des sujets que leur rédaction n’a pas souhaité, tout en disposant d’un anonymat garanti pour ne pas les mettre en porte-à-faux avec leur employeur.

     

    Quel bonheur que de voir les articles de Politeia circuler sur les réseaux sociaux, permettant des débats parfois vifs, toujours intéressants. C’est fantastique et c’est aussi grâce à celles et ceux qui prennent le temps d’en lire le contenu. Merci à toutes ces personnes. Plusieurs projets sont en cours de développement pour améliorer le site, sa visibilité et son positionnement, ainsi que sa production de contenu. La patience est de mise, pour des raisons d’emploi du temps professionnel. Mais le cœur et l’esprit y sont, la passion aussi. J’y consacre du temps tous les jours, depuis trois mois déjà, et je ne cesserai pas de le faire. Car maintenant, qu’on le veuille ou non, Politeia est déjà dans beaucoup de têtes. Et ça, c’est fantastique!

     

    Grégoire Barbey

  • Médias: politiques, mêlez-vous de vos affaires!

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    Ainsi donc les jeunes libéraux-radicaux et les jeunes démocrates du centre ont lancé une initiative pour interdire le subventionnement des médias audiovisuels. En cause, la redevance jugée inacceptable. Si l’on peut souscrire à l’argumentaire – l’Etat n’a pas à financer des médias –, on s’étonne volontiers de voir tous ces politiciens soudainement pétris de bonnes intentions à l’égard du secteur journalistique. Ils nous parlent qualité, ils nous parlent concurrence, ils nous parlent indépendance – ah, la bonne affaire! Derrière les grands principes, il y a de nombreux élus qui s’engouffrent déjà dans la brèche pour critiquer à demi-mots un métier qui souvent les dérange.

     

    Ces politiciens qui sont toujours très contents d’être invités dans les émissions des chaînes de télévision dites «de service public» (SSR SRG) veulent maintenant supprimer l’unique moyen de financer pareil mammouth. Se rendent-ils compte qu’ils se tirent une balle dans le pied? Qu’une partie de leur visibilité en pâtira inévitablement? Oui, l’un de leur argument est d’affirmer qu’un média financé par l’Etat n’est pas indépendant. La bonne blague. Il faut entendre ici qu’il ne donne pas assez la parole à ceux qui voudraient l’avoir. Mais tout ce que j’écris est évidemment faux: les initiants le disent eux-mêmes, il ne s’agit pas d’attaquer les médias, mais de mettre fin à un mode de financement qui n’est plus adapté à son époque.

     

    En clair, nombreux sont ceux qui ne consommeraient jamais une seule information de la RTS, ni par télévision, ni par internet, ni par la radio. Alors que la consommation des émissions des chaînes de service public évolue et augmente toujours plus en différé (donc via notamment internet), les initiants veulent nous faire croire que le grand média public n’a pas rendu captif la plupart des citoyens. Certes, on peut critiquer l’aspect monopolistique de la SSR SRG, avec sa redevance gigantesque et la faible redistribution aux autres médias offrant une information «de service public» (liée à la vie locale, politique, culturelle, etc.). Mais il faut être honnête: en quoi la suppression du subventionnement des médias audiovisuels au moyen de la redevance libérera le secteur de la tutelle de l’Etat? Les concessions seront toujours octroyées par la Confédération.

     

    Evidemment, l’on peut être investi de grands idéaux – je suis moi-même libéral et ai de la peine avec tout ce qui s’apparente à de la contrainte. La redevance est un moyen on ne peut plus discutable. Personne n’a jamais remis en cause cet aspect désagréable du financement des médias audiovisuels. Mais à nouveau, quel est le but final d’une telle initiative? Est-ce vraiment un projet louable, avec un but explicable et défendable, ou est-ce une attaque cachée envers la liberté des médias? La Suisse est un marché particulier, car une chaîne de télévision ou de radio privée peut difficilement attendre une taille critique acceptable, du fait des particularités linguistiques et régionales de notre pays. Peut-on vraiment dire que la SSR SRG n’a pas un quelconque intérêt public? Il faudrait développer l’argumentaire. L’impôt (ici sous forme de redevance) est toujours douloureux. Un libéral a cette méthode en horreur. Il ne faut toutefois pas sombrer dans l’idéologie la plus totale et se poser les bonnes questions. Faut-il mettre un terme à l’existence des médias audiovisuels publics? Pourquoi pas. Alors parlons franchement des conséquences.

     

    C’est tout de même remarquable que les politiques veuillent tout d’un coup sauver le marché des médias. Eux qui les attaquent quotidiennement quand l’information publiée ne leur convient pas. Eux qui, dès qu’ils le peuvent, tentent de connaître les sources des journalistes. Ils veulent sauver le métier, soudainement, mais à nouveau sans s’être intéressé à ce que pensent celles et ceux qui évoluent tous les jours dans cette profession. Une belle initiative, remplie de bonnes intentions, avec pour finalité le chômage de milliers de personnes – car si la Confédération ne subventionne plus les chaînes audiovisuelles publiques, bonjour les dégâts! La redevance, c’est plus de trois quart des recettes de la SSR SRG. Si les initiants estiment – peut-être à raison – que le système de financement est dépassé, qu’ils se mettent autour de la table avec les principaux intéressés et qu’ils mettent sur pied un nouveau modèle. Sinon, politiques de tous bords, occupez-vous de vos affaires!

     

    Grégoire Barbey

  • Le rapport accablant sur l'établissement Villars

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    A la suite de l’évasion d’un détenu du centre de détention ouvert Villars, Politeia a obtenu le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) datant de 2010 relatif à l’établissement. Le document pointe de nombreux dysfonctionnements, notamment liés à un manque important de ressources humaines pour gérer les affaires courantes. Un député proche du dossier a confié à Politeia que peu de mesures spécifiques à Villars ont été prises, en raison de la planification pénitentiaire qui prévoit à terme la fermeture des petites structures comme Villars. Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), en main du conseiller d’Etat Pierre Maudet, n’a pas souhaité commenter le rapport de l’ICF. Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe au DES, a quand même précisé «qu’une série de mesures a déjà été prise pour améliorer la situation de l’établissement de Villars. L’une de ces mesures consiste à ne placer à Villars que des courtes peines et des cas évalués non dangereux». Politeia n’a pas pu en apprendre davantage du côté du département «pour des raisons de sécurité».

    L’audit s’attarde longuement sur les activités de contrôle de l’établissement Villars. Selon le document, l’audité a informé l’ICF de son incapacité (en termes de personnel) à «effectuer les contrôles pertinents pour s’assurer que les détenus en régime de semi-détention bénéficient toujours d’un emploi, sont présents sur leur lieu de travail et ont un comportement adéquat». Le rapport précise que les mesures prises par Villars ne couvrent pas le risque que des détenus bénéficient à tort du régime de la semi-détention. Par ailleurs, l’établissement n’a également pas les moyens nécessaires pour fouiller tous les détenus en régime de semi-détention lorsqu’ils rentrent de leur journée de travail ou de formation à l’extérieur. Les visiteurs du week-end ne sont pas non plus fouillés de façon approfondie (seules des fouilles sommaires des sacs sont effectuées, selon le document). Les colis reçus ne sont pas non plus contrôlés systématiquement.

    L’audit s’inquiète du niveau de sécurité insatisfaisant du bâtiment. «Il ressort des constats (…) que la sécurité et la santé des détenus ne peuvent pas être assurées. Cette situation favorise notamment le maintien d’un trafic de stupéfiants au sein de l’établissement (trafic avéré selon les propos de l’audité).» Ce qui expose les agents de détention à des risques d’agression (puisqu’il n’est pas impossible que les détenus soient en possession d’objets dangereux, en conséquence des contrôles lacunaires), détaille le document. Les responsables de l’établissement précisent toutefois dans le document que d’autres structures comme Champ-Dollon connaissent aussi des trafics de stupéfiants. Selon eux, la sécurité du bâtiment serait grandement améliorée si une fouille systématique des détenus était effectuée à leur retour d’activités externes.

    Politeia s’est renseigné sur la situation du personnel de l’établissement de Villars. Une source interne affirme qu’aucune augmentation des ressources humaines n’a été effectuée. Elle confirme également que les fouilles des détenus ne sont pas systématiques en conséquence d’une insuffisance de personnel. Le rapport mettait également en cause l’approvisionnement des médicaments, effectué par un collaborateur de l’établissement. L’acheminement des médicaments prescrits aux détenus comportait des risques pour la sécurité du collaborateur, notamment en termes «de vol avec agression» en raison du transport de méthadone. La source interne de Politeia a toutefois confirmé que cette situation a été corrigée et qu’un service s’occupe maintenant de l’approvisionnement de l’établissement en médicaments.

    Grégoire Barbey

  • Le 1er juin, les autorités et les gueux

     

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    Bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Scène incroyable
    ce week-end lors de la célébration du débarquement des confédérés à Genève en 1814.


    J’annonce immédiatement la couleur: j’ai été convié, vendredi et samedi, aux événements réservés aux autorités. Dès lors, chacun jugera de la pertinence de mon propos. Je désire toutefois m’associer à tous les citoyens qui, d’une manière ou d’une autre, ont été déçus par l’organisation des célébrations du bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a de quoi. Je n’étais pas présent dimanche pour la commémoration du débarquement. J’ai cependant reçu des photos qui valent toutes les paroles les plus sages. Tout au long de ce week-end de festivités, il y avait d’un côté les privilégiés et de l’autre le bas peuple, celui qu’on laisse s’agglutiner tout autour du carré saint où siègent les grands esprits du canton et du pays.

     

    Evidemment, il me faut être honnête: j’ai moi-même passé un excellent moment samedi. Je serais malhonnête d’affirmer le contraire. Je ne veux en aucun cas donner l’impression que je crache dans la soupe, ce n’est pas ma démarche. Je m’interroge, et je pense qu’il est nécessaire de le faire, sur la pertinence d’organiser une commémoration publique si les infrastructures mises en place ne servent pas à faire profiter à l’ensemble de nos concitoyens les petits plaisirs de la minorité au pouvoir. Ayant été invité, je n’ai pas pu me promener sur les quais pour constater moi-même qu’il était impossible de suivre les festivités réservées aux autorités. Ce n’est qu’après le témoignage, notamment dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, de quelques citoyens mécontents, que j’ai compris l’ampleur du problème.

     

    D’un côté, les privilégiés, les «élites», comme les qualifieraient certains partis, et de l’autre, les gueux, le peuple, celui qu’on ne veut pas avoir à ses côtés, mais qui nous a quand même placé dans ce rôle tout à fait agréable. On voudrait donner des armes au MCG et à l’UDC qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Ces formations politiques auront tout le loisir de dénoncer le comportement des autorités, de crier au loup et d’enfoncer le clou. Ils auraient tort de se priver quand on leur tend la perche. C’est quand même dommage qu’il faille à nouveau mettre en exergue une certaine déconnexion entre les élus et les citoyens. Ces derniers auraient sûrement souhaité faire partie des festivités dans leur ensemble, et on ne peut leur en vouloir. Après tout, c’était une commémoration patriote, et probablement que bon nombre de nos concitoyens souhaitaient pour l’occasion se mêler aux élus pour communiquer leur fierté d’être Genevois, et plus largement d’être Suisses.

     

    D’une certaine façon, ce week-end, on leur a retiré leur nationalité l’espace de quelques heures. Ils n’étaient pas des citoyens suffisamment bien mis pour faire partie des spectateurs des véritables festivités. Cela rappelle à la fois l’Ancien Régime et la Rome antique. Du coup, on ne peut qu’inviter les organisateurs à remettre en question leurs décisions pour les prochaines dates de la commémoration (qui s’étend jusqu’en 2015) et éviter de commettre la même erreur. Ce serait déjà une bonne chose. Mais peut-être que c’était volontaire et que les gueux n’ont rien à y faire.

     

    Grégoire Barbey

     

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