Gregoire Barbey

02/05/2014

Quand la droite faillit à ses devoirs

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Le salaire minimal, c'est surtout une question de choix de société. A gauche comme à droite, on prend les arguments des économistes qui vont dans le sens souhaité. A titre purement personnel, l'idée d'un salaire minimum légal me dérange – s'il est généralisé à l'ensemble des secteurs économiques sans différenciation. Cela génère des effets négatifs et nuit à la flexibilité des activités. Toutefois, c'est un sacrifice auquel l'on peut consentir, si tel est le désir des citoyens. Mais est-ce vraiment une perspective réjouissante? Pas pour moi.

 

Libéral et avant tout humaniste, je comprends entièrement l'argument selon lequel un temps de travail à 100% devrait permettre d'obtenir un salaire suffisant pour vivre. Ce sont sur les moyens que je suis en désaccord avec les syndicats et la gauche. Nier les différences conjoncturelles entre chaque secteur d'activité est une erreur, surtout en l'appliquant aux différences villes/campagnes qui sont très marquées en Suisse. Mais je ne suis pas non plus dogmatique: je reconnais les erreurs de la droite, et plus particulièrement de la droite économique.

 

On ne peut pas rester les bras croisés et s'indigner lorsque le camp adverse soumet une proposition pour faire avancer la situation. Certes, le salaire minimal est une mauvaise réponse. La question demeure cependant pertinente: que fait-on pour les bas salaires? Evidemment, on veut tous un salaire qui permette de survivre, et même si possible de vivre. On aspire tous à cela. Et la droite, en ne tentant pas une approche ciblée des cas où les rémunérations sont très basses, a laissé toute latitude à la gauche et aux syndicats pour lancer une initiative et menacer l'ordre établi.

 

Bien sûr, le modèle actuel fonctionne plutôt bien. Si seuls 10% des salariés sont en-dessous de 4000 francs par mois, on peut estimer que le système n'est pas si mauvais. Il serait malgré tout arrogant de s'en tenir à cette satisfaction sans s'interroger sur les mesures à prendre pour que ce taux se réduise encore, voire disparaisse. La droite, à ce propos, a manqué à ses devoirs. Je l'ai déjà écrit et je le répète. Si l'on assure bien ses arrières, ce type d'initiatives n'existerait probablement pas. Un contre-projet, par exemple, aurait été bienvenu. Le partenariat social, par exemple, pourrait être renforcé. Est-ce que tout est fait en ce sens aujourd'hui? Pas vraiment. Et ça, forcément, ça génère des frustrations.

 

Le rôle du politique n'est pas uniquement de défendre ceux qui l'ont mis sur son siège d'élu. Justement pour éviter que la voix de cette minorité n'obtienne suffisamment d'écho pour renverser la situation. La démocratie est basée sur un contrat social difficile à établir avec précision. Il faut comprendre qu'on ne joue pas uniquement pour son camp et qu'il est nécessaire de regarder au-delà. L'essentiel, c'est d'améliorer le sort de chacun, et surtout ceux qui en ont besoin. Pour autant que les décisions prises ne viennent pas péjorer la situation des autres. C'est un équilibre complexe et si l’on n’y met pas toute son énergie, les écarts prennent de la place et les mécontents grondent toujours plus fort.

 

A ce sujet, et contrairement à beaucoup de personnalités de droite défendant le non à l'initiative, je ne trouve pas que la proposition des syndicats soit indécente ou déplacée. Je la trouve juste inappropriée pour résoudre le problème qu'elle veut régler. Le salaire minimal n'est pas une perspective acceptable pour un pays comme la Suisse, où la liberté économique a une place importante – dans les faits et dans la Constitution. Cette liberté n'est bien sûr pas un absolu et pour la conserver, il faut entretenir le système. Les laissés pour compte finissent toujours par se faire entendre. Dès lors, si l'initiative devait être refusée le 18 mai, la droite serait bien inspirée de mettre un point d'honneur à corriger les quelques problèmes que notre système connait. Après tout, c'est dans son intérêt.

 

Grégoire Barbey

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01/05/2014

Appel à la jeunesse de Suisse

La votation du 9 février a suscité de nombreux commentaires sur le faible taux de participation des moins de 30 ans – et plus particulièrement des 18 à 25 ans. La réaction de l’Union européenne, qui a gelé les projets Erasmus + et Horizon 2020, a créé l’indignation chez les étudiants. Beaucoup d’observateurs ont reproché à ces jeunes de se plaindre alors qu’ils ne se sont pas mobilisés au moment du vote. J’ai fait partie de ces gens, et je reconnais mon erreur. Avec du recul, il m’apparaît clairement qu’il n’est pas intellectuellement honnête de s’en prendre à la catégorie des 18-25 ans pour la simple et bonne raison qu’aucun discours politique n’a tenté de les inclure réellement dans le débat. Peut-être que ça a été le cas de façon marginale, mais dans le concert des médias, et dans le brouhaha général, on s’est bien peu intéressé à l’impact que cette votation aurait sur la jeunesse.

 

Il ne s’agit pas de revenir sur la votation du 9 février. Comme beaucoup de citoyens et de leaders économiques et politiques, nous en prenons acte et nous l’acceptons car tel est le verdict des urnes. Toutefois, cet événement peut contribuer à lancer un mouvement positif de mobilisation des jeunes dans le débat public. Si nous ne pouvons pas revenir en arrière – et même si quelques voix le proposent de part et d’autre –, alors nous avons le devoir de ne pas laisser se reproduire une situation similaire. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un groupe de réflexion incluant des jeunes de tous les milieux – universitaires, politiques, linguistiques etc. – pour mettre sur papier une interpellation aux générations qui sont aujourd’hui au pouvoir et donc responsables de notre avenir. Il ne s’agit pas de fonder notre message sur des revendications unilatérales, mais de transmettre à nos aînés tout ce que nous pouvons leur apporter, pour construire ensemble une société qui inclue à la fois les générations à venir, les jeunes, les moins jeunes et les plus âgés.

 

Cette société inclusive, nous pouvons en porter le projet. Nous avons pour nous bien des avantages. Nous sommes quasiment nés avec internet, et nous sommes tous connectés de façon quasi permanente. Les barrières de l’espace n’existent plus, du moins virtuellement, et notre capacité à nous réunir et nous organiser s’en trouve décuplée. Cela nécessite toutefois de faire le premier pas, et de lancer une vaste réflexion, sans tabou, sur la place que nous nous devons d’occuper dans la société. Chaque année, l’Université de Saint-Gall organise un symposium des «Leaders of Tomorrow», conséquence de la génération post-68 et des mouvements estudiantins. Les dirigeants d’aujourd’hui y rencontrent ceux de demain après une sélection très précise. Ces jeunes, choisis à travers le monde, bénéficient d’une expérience unique, où ils peuvent rencontrer les plus grands leaders suisses de l’économie, des dirigeants politiques internationaux et parler à bâton rompu des sujets qui les intéressent ou leur créent des inquiétudes pour leur avenir.

 

Il existe de nombreuses initiatives qui permettent de révéler de jeunes talents pour les grands groupes économiques. Les entreprises ont très bien compris que cette génération ultra-connectée possède quelque chose qui leur permet d’ancrer leur stratégie dans le réel comme dans le virtuel. La politique, c’est autre chose. Bien des exemples viennent noircir le tableau, avec une si faible représentation des jeunes dans les parlements que c’en est presque navrant. Des jeunes qui se présentent, il y en a beaucoup, notamment à travers les jeunesses des partis. Mais il y en a beaucoup aussi qui ne sont pas encartés et qui ne veulent pas l’être (du moins dans l’immédiat). Ces jeunes-là ont également un message à porter, au-delà des clivages traditionnels, par-delà les hémicycles. Il ne s’agit pas de pointer du doigt les aspects négatifs. Il est question d’engagement, de ce que nous pouvons apporter pour l’évolution de notre société. Les discours politiques d’aujourd’hui se sont indéniablement détachés de la jeunesse, parce que les jeunes sont moins prompts à voter, et sont donc moins «rémunérateurs» d’un point de vue électoral. Ce qui incite nombre de jeunes à se sentir oublié des autorités, et les fait donc par la force des choses se détacher aussi des sujets politiques. Un véritable cercle vicieux.

 

Pourtant, de mon avis, les jeunes ne manquent pas de ressource ni d’envie de s’impliquer. Et c’est pourquoi je propose la création d’un vaste groupe de réflexion pour établir un plan d’action et lancer des événements – dans toute la Suisse – pour attirer l’attention sur notre génération. Non, nous ne sommes pas désintéressés, et non, internet et les réseaux sociaux ne font pas de nous des jeunes dilettantes et incapables d’agir sur le présent et d’anticiper l’avenir. Nous aussi, les jeunes, nous voulons être entendus. Quand il s’agit d’augmenter l’âge de notre retraite pour financer les rentes de nos aînés, quand il est question de rehausser les cotisations pour ces mêmes assurances sociales, nous sommes d’accord de faire des sacrifices, mais nous voulons avoir notre mot à dire et nous ne sommes pas dupes: une société qui fonctionne est basée sur un contrat social intergénérationnel. C’est que nous pouvons faire et ce sans plus attendre: nous réunir et décider de ce qui, pour nous, est important. Ce que nous souhaitons inclure dans ce contrat social. Pour ensuite le présenter aux dirigeants d’aujourd’hui, et leur faire comprendre que nous sommes prêts à nous impliquer et à bâtir ensemble, plutôt que d’agir sans nous inclure.

 

Si vous aussi, vous vous sentez concernés, que vous souhaitez porter un message haut et fort, alors rejoignez-nous et prenons notre destin en main. C’est aujourd’hui ou jamais. Un premier événement sera créé dans les prochaines semaines pour appliquer les constats qui précèdent et commencer à déblayer le terrain en vue de la création de ce nouveau contrat social. Soyons nombreux, car plus nos voix résonneront, et plus notre message sera audible.

Merci de relayer cet appel.

 

Pour plus d’informations:

Grégoire Barbey – gregoire.barbey@gmail.com

Darius Azarpey – dariusazarpey@hotmail.ch

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22/04/2014

Quelle politique pour les générations futures?

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Plutôt que de promettre une filière universitaire pour intéresser les jeunes à la politique (!), je m'interroge beaucoup sur la question de l'intérêt des jeunes pour la politique. Pourquoi cet abstentionnisme? Certains disent que c'est par méfiance envers les politiciens. C'est probablement un élément de réponse. Mais c'est sûrement aussi parce que les jeunes sont trop souvent oubliés des politiques proposées par les élus. On vise systématiquement des changements pour les plus âgés, ou ceux dont la situation est déjà stabilisée. Les jeunes votent moins, on s'y intéresse donc moins également du côté des partis et des programmes électoraux... C'est le serpent qui se mord la queue.

Il faut pourtant comprendre qu'en les excluant sans autre forme de procès du débat politique, on les marginalise et on leur donne raison de ne pas remplir leur devoir de citoyen. Moi je m'inquiète pour ma génération, qui doit et devra faire face à des conjonctures bien différentes de celles qu'ont connu nos parents et nos grand-parents.

Qu'en est-il de nos assurances sociales? Tiendront-elles jusqu'à ce que nous atteignons nous aussi l'âge de la retraite? Aurons-nous une politique monétaire qui laisse un peu d'espace à l'inflation pour que nous puissions emprunter et être en mesure de rembourser sans se saigner aux quatre veines, par exemple pour monter sa propre affaire? Aurons-nous le droit à des stratégies réfléchies pour permettre aux évolutions démographiques (élévation de l'espérance de vie, moins de naissance, etc.) de ne pas trop influer sur nos situations financières?

Oui, alors que les politiques se tournent vers les classes d'âge où les électeurs sont les plus nombreux, je m'interroge en tant que jeune, au titre de la génération qui prendra les commandes dans quelques années, quelle société allez-vous nous laisser? Les deux seuls politiciens que j'ai entendu ces derniers mois parler des générations futures avec conviction, ce sont les PLR François Longchamp et Didier Burkhalter. Quel fardeau devrons-nous porter parce que les décideurs auront sciemment mis de côté l'intérêt des plus jeunes, moins rentable électoralement? Ces questions, je me dois de les poser. Nous, les jeunes, avons le devoir de nous engager. De changer cette situation. Mais du côté des politiques actuels, ils doivent aussi faire leur part d'introspection. Si gouverner, c'est prévoir, alors nous devrions tous être d'accord. En attendant, mes inquiétudes demeurent.


Grégoire Barbey

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15/04/2014

La citadelle de Montaigne selon Stefan Zweig

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Je repense ce soir à l'incroyable et marquante biographie de Montaigne par Stefan Zweig. Un ouvrage que j'ai lu il y a déjà plusieurs années et dont pourtant certains passages restent encore gravés dans mon esprit, et ce très clairement. Je me rappelle la couverture rouge, les premières lignes – je découvrais alors Montaigne tout comme je rencontrais la plume de Zweig. En préface, la grandeur de l'artiste, son histoire, son œuvre, mais aussi sa part d'ombre, son inaltérable humanité qui l'a conduit à mettre fin à ses jours dans un monde dévasté par la Seconde Guerre mondiale. Stefan Zweig demeure probablement l'un des auteurs les plus sensibles qu'il m'ait été donné de lire. Sa griffe, la finesse et la profondeur de ses analyses psychologiques...

 

J'admire cet homme. Et cette biographie de Montaigne, le dernier grand ouvrage (grand par l'esprit et non par la taille) qu'il ait rédigé avant son suicide, me transporte encore lorsque je me la remémore. Elle transgresse les barrières du temps pour conter l'histoire d'un homme qui, pendant tant d'années, s'est emmuré loin des hommes pour lire, pour apprendre et pour écrire. Cette intense solitude, ce puissant moteur qu'est la volonté, tout ça me semble si familier. Je songe à cette citadelle intérieure qu'évoque à de nombreuses reprises Stefan Zweig, en référence au portrait qu'il dresse de Montaigne, et je le comprends.

 

Ce monument qui doit nous habiter, être à la fois une citadelle défenderesse pour protéger nos fondations et une citadelle conquérante pour gagner les cœurs de nos contemporains. Ce Montaigne que sculpte Stefan Zweig est l'universalité faite homme. Tous, nous connaissons ces instants où ce qui nous entoure semble dénué de sens profond. Nous faisons tous face, un jour ou l'autre, à l'extrême solitude d'un chagrin, d'un existentialisme qui nous pousse à questionner ce monde dans lequel nous vivons. Et ce que l'auteur écrit rend ces moments si vivants. Comme si nos ténèbres devenaient tout à coup lumière. Je me souviens encore, lorsque je lisais ce livre, m'être précipité dessus à chaque fois qu'il m'a été possible. Relativement court, je l'ai lu en quelques heures saccadées. Mais sa faible épaisseur n'en a pas moins laissé en moi un grand souvenir. Un souvenir qui, aujourd'hui encore, accompagne parfois mes nuits. Quiconque aime lire devrait se procurer ce livre et le dévorer. On ne pourrait passer à côté d'un tel portrait.

 

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12/04/2014

Service obligatoire orienté éducation civique

Texte aussi disponible sur Politeia.ch.

«Nous devons inciter davantage de jeunes à embrasser une carrière politique», affirme Pierre Maudet dans L’Hebdo du 10 avril. Sur ce constat, difficile d’être en désaccord. Le conseiller d’Etat PLR est d’ailleurs issu du Parti radical, dont la capacité à former la relève a toujours été l’un des points forts à Genève. Une véritable machine de guerre. Qu’on soit en accord avec les idées de ce parti ou non, il faut lui reconnaître cet atout. François Longchamp en est un excellent exemple.

Là où les divergences apparaissent, c’est au niveau de la solution à appliquer pour intéresser les jeunes à la politique. Lui veut créer une filière universitaire, ou du moins proposer des formations ciblées à des jeunes envisageant une carrière politique. L’université représente environ 20% de la population. Dans le même entretien à L’Hebdo, le conseiller d’Etat reconnait que le système suisse permet à «tout un chacun de prétendre aux fonctions les plus élevées». En voulant privilégier une formation universitaire pour faciliter la relève politique, Pierre Maudet veut créer des élites politiques.

En Suisse, ces élites sont rares. Il existe bien sûr quelques technocrates qui n’ont jamais rien fait d’autre qu’exercer des fonctions politiques. Cette absence d’élites a des avantages et des inconvénients, car un certain nombre d’élus traitent de sujets qu’ils ne maîtrisent pas forcément. On peut y voir là un danger pour le fonctionnement des institutions. C’est aussi une aubaine qui permet de poser des questions qui pourraient paraître a priori stupides et qui pourtant mettent souvent le doigt sur des nœuds gordiens qu’on ne perçoit plus quand on est dans le système.

Si l’objectif de Pierre Maudet est d’intéresser les jeunes à la politique, il y a mille et une façons de le faire sans instaurer un élitisme très peu compatible avec le modèle institutionnel suisse. Lui qui veut trouver des alternatives à l’armée, pourquoi ne pas envisager une infrastructure qui va dans ce sens? Des résidents non naturalisés pourraient par exemple, plutôt que de faire l’armée puisqu’ils n’ont pas la nationalité, suivre des cours d’éducation civique. On peut leur expliquer précisément le système suisse. Ses exceptions. Ses avantages. Ses grandeurs et ses faiblesses. Cela permettrait de les y intéresser en connaissance de cause. Ne pas comprendre le fonctionnement de la politique ne favorise pas l’intérêt…

On peut également intégrer les femmes dans ce raisonnement: ouvrir l’obligation de servir (à comprendre dans un sens plus large que l’armée) à toutes et à tous. La Suisse connait aujourd’hui un véritable retard dans l’exercice de fonctions exécutives par des femmes, que ça soit dans le public ou dans le privé. Une obligation de servir qui proposerait non pas une armée pour les femmes mais une formation basée sur la connaissance du système institutionnel, avec aussi des cours de management, des mises en situation, pourquoi pas? Il ne s’agirait pas uniquement des universitaires. Cela coûterait certes de l’argent à la Confédération, mais les retombées économiques à long terme seraient évidentes.

Pour les jeunes hommes, on peut envisager l’intégration d’une filière civique dans l’obligation de servir. Le faire de manière intelligente et concertée avec ces mêmes jeunes. Pierre Maudet a la fibre politique depuis sa plus tendre enfance. Ce n’est pas le cas de tous. Et il a raison de chercher une solution pour infléchir l’abstentionnisme croissant chez les moins âgés. Il a raison aussi de dire que les jeunes ont l’impression que la politique est réservée à des plus de 50 ans: le Grand Conseil 2014-2018 l’illustre à merveille. Un véritable EMS! Mais si plus de jeunes s’engageaient, cette réalité évoluerait. Il faut donc chercher un nouveau modèle intégratif pour intéresser les jeunes à la chose publique. Mais sans promouvoir un système exclusif où seuls ceux qui fréquentent l’université peuvent espérer une formation viable. La politique n’est pas seulement affaire de CV. C’est surtout un engagement personnel pour la communauté.

Grégoire Barbey

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02/04/2014

Jornot-Bayenet: fermeté remise en question

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BRUT DE DÉCRYPTAGE – L’élection du procureur général de la République à Genève a ceci de particulier que tous les médias en parlent tout en demeurant prudents: le seul candidat faisant face à Olivier Jornot en la personne de Pierre Bayenet n’aurait à les lire aucune chance de faire un score honorable. A l’exception du Courrier qui soutient officiellement sa candidature, les différents supports médiatiques adoptent une position de scepticisme. Ils ont probablement raison, Pierre Bayenet ne créera pas la surprise en se faisant élire au poste actuellement occupé par son adversaire électoral. Si l’on désire toutefois aller plus loin dans l’analyse et faire fi de ce rapport de force inégal, on peut sans doute évaluer la situation différemment. A l’heure où Genève connait une crise sans précédent du milieu carcéral (le taux d’occupation de Champ-Dollon fluctue au-delà de 200%), le candidat d’Ensemble à Gauche apporte à lui seul une véritable proposition de rupture avec le système actuel. Décrit par ses opposants comme un idéologue ne faisant preuve d’aucun réalisme, Pierre Bayenet ne se laisse pas pour autant défaire. A ce titre, il est intéressant de revenir sur le dernier débat où se sont affrontés les deux candidats à la magistrature suprême. C’était dimanche 30 mars à l’émission Genève à Chaud (animée par Pascal Décaillet). (...)

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25/03/2014

Des citoyens soutiennent le Père Glôzu

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VILLE DE GENÈVE – Le mythique Café de l’Hôtel-de-Ville arrive en fin de bail. Jean-Yves Glauser, plus connu sous le nom de Père Glôzu, loue les locaux à la Ville depuis vingt-neuf ans. Mais son bail prendra fin au 31 décembre de cette année. La Municipalité veut en profiter pour rénover le restaurant. Ce qui signifie la fermeture (provisoire?) de l’enseigne actuelle. Une perspective qui ne semble pas être du goût de tous. Un groupe Facebook a en effet été créé, exigeant le maintien du Café de l’Hôtel-de-Ville. Près de 600 membres ont déjà rejoint la cause.

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22/03/2014

Pédophiles: pourquoi je voterai non le 18 mai

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Christine Bussat. Contrairement à ce que laisse entendre le fer de lance de la Marche
Blanche, refuser l'initiative n'est pas défendre les pédophiles. Même si l'amalgame est commun.


L’initiative de la Marche Blanche «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» est créditée d’une très nette majorité d’avis favorables (environ 80%) selon le dernier sondage effectué par le SonntagsBlick. Si l’on se contente de l’intitulé du texte soumis à votation le 18 mai prochain, comment pourrait-on raisonnablement s’y opposer? C’est justement là que le bât blesse: il y a une véritable absence de débat sur le sujet. On peut le comprendre, tenter de lancer la discussion à ce propos suscite des réactions parfois hystériques, souvent disproportionnées. Même si le texte part d’une intention louable, des raisons de le refuser existent, et je me propose d’en fournir quelques-unes pour vous permettre de réfléchir à la question au-delà de l’aspect émotionnel.

 

Tout d’abord, se prononcer en faveur du refus ne signifie pas être pour que les pédophiles puissent travailler avec des enfants. Dans ce débat-là, on n’est pas contre le fond, mais contre la forme. Ce qui n’est pas une nuance à prendre à la légère. Le texte de l’initiative a été déposé comme suit: «Quiconque est condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante est définitivement privé du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». On remarque au premier coup d’œil que le nom de l’initiative est trompeur et que son objectif est plus large. Car oui, qu’est-ce qu’une personne dépendante? Ce n’est pas uniquement un enfant. Cela peut être une personne âgée ou incapable de discernement. On ne touche donc pas uniquement aux pédophiles, contrairement à ce qui peut être cru de prime abord.

 

En sachant cela, on peut s’interroger sur certaines notions fondamentales du droit. En règle générale, on considère que les peines et mesures automatiques doivent être proscrites pour que la justice conserve une dimension humaine et s’attache à évaluer chaque cas individuellement. Cette initiative créerait un précédent en la matière en privant définitivement (et automatiquement) «quiconque a été condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». Autre notion qui serait bafouée par l’introduction d’un tel texte dans la Constitution, c’est la proportionnalité. Si le couperet tombe automatiquement sous condition d’avoir été condamné, l’évaluation des peines et contraintes à appliquer n’est plus proportionnelle. Quelles que soient les circonstances, la gravité des faits, la mesure s’applique.

 

Il est donc totalement légitime de questionner la portée juridique de cette initiative, et de tenter d’en comprendre les éventuelles conséquences pour le futur. La subjectivité est aussi dérangeante. On considère implicitement que de violer une femme ou un homme adulte est moins grave que de violer un enfant. Pour ma part, je pense qu’aucune échelle de gravité ne peut être dressée dans de pareils cas. Que l’on viole un enfant ou une femme/un homme adulte, on a porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’une personne, et en cela, même si l’on peut considérer que le préjudice peut être plus grave sur un enfant, les peines doivent être évaluées selon des critères plus ou moins similaires. Le distinguo qu’effectue de fait l’initiative me déplait beaucoup. Mais en même temps, comme pourrait-on par exemple interdire un homme condamné de viol sur une femme de travailler avec d’autres femmes? Cela pourrait nuire à son bien-être de façon excessivement préjudiciable. Pourtant, l’initiative de la Marche Blanche nous invite à considérer cet aspect, si l’on veut être de bonne foi.

 

Enfin, un dernier aspect qui me dérange profondément, c’est la négation du droit à l’oubli. Je ne sais pas comment sera appliquée l’initiative, car elle devra l’être puisqu’elle sera acceptée sans aucun doute, mais une contrainte à vie nie à mon sens le droit à l’oubli. Ce droit n’est en rien absolu et il peut être contourné si les actes présents d’une personne précédemment condamnée justifie de mentionner des faits antérieurs. Or, si l’individu condamné pour pédophilie n’a pas récidivé, cette interdiction définitive crée une situation assez gênante de ce point de vue. Il faut pour conclure noter que le Parlement a pris la mesure de cette initiative et a déjà procédé à des modifications du code pénal. La Suisse est également signataire de la Convention de Lanzarote qui prévoit une adaptation de la justice pour renforcer la protection de l’enfance des Etats qui ont ratifié le texte. En cela, des mesures vont être et ont déjà été prises pour améliorer la défense des intérêts des enfants, qui je le rappelle ne doivent être l’objet d’aucune compromission. Sans pour autant faire l’objet d’une initiative qui nie des principes fondamentaux du droit.

 

Une personne condamnée pour pédophilie et interdite de travailler avec des enfants pourrait tout à fait déposer un recours au Tribunal des droits de l’homme. Elle serait probablement victorieuse. En gardant le droit actuel et ses futures modifications, on s’attache à protéger les enfants proportionnellement aux principes en vigueur et en ne risquant pas de perdre face à un Tribunal supérieur pour non-respect des droits de l’homme. C’est pourquoi je voterai non, tout en ayant en conscience la nécessité de protéger les enfants de tout abus, qu’ils soient sexuels, psychologiques ou physiques. Que la raison triomphe sur l’émotion, et que le droit ne soit pas l’otage de l’exagération politique!

 

Grégoire Barbey

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08/03/2014

Naxoo: étrange dit l'ange, étrâne dit l'âne?

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Pierre Maudet. Le conseiller d'Etat était en charge de Naxoo lorsqu'il était magistrat
de la Ville de Genève. Sandrine Salerno a repris le dossier.
(Crédit photo: Haykel Ezzeddine)

 

J'ai commencé à m'intéresser en profondeur au dossier Naxoo, après l'aboutissement du référendum le 9 février dernier refusant la vente à UPC Cablecom. J'ai découvert des détails intéressants, notamment d'anciens administrateurs ou dirigeants qui travaillent maintenant au Département de la sécurité et de l'économie (DSE) dont Pierre Maudet est en charge. Je pense par exemple à Eric Favre, qui était membre du conseil, et a été nommé au 1er juin 2013 directeur des systèmes d'information et de communication à l'Etat de Genève!

 

Je m'étonne par ailleurs qu'il n'y ait rien eu dans la presse à propos de Sandrine Salerno: celle-ci ayant échoué à convaincre les citoyens de la Ville de Genève du bienfondé de sa démarche, il serait normal que le dossier lui soit retiré. Il ne s'agit pas de dire si elle a bien fait ou non son travail, mais elle est maintenant dans une situation où ses décisions seront prises dans une panique tout à fait compréhensible.Il en va de même pour l'actuel conseil d'administration, dont les membres, pour la plupart issus des partis politiques, ont échoué dans leur stratégie. Ils doivent être remplacés, et l'actuel président également!

 

En creusant un peu le dossier, j'ai aussi eu vent d'une soirée arrosée offerte par l'une des parties prenantes de la cession de Naxoo. J'y reviendrai lors d'une prochaine publication. A ce sujet, le MCG, qui était contre la vente (Daniel Sormanni était probablement le conseiller municipal le mieux renseigné sur le dossier) a retourné sa veste promptement. J'ai, semble-t-il, un élément de réponse pouvant justifier ce retrait soudain et le dévoilerai lorsque j'en aurai confirmation.

 

Quant à la demande de la commission des finances de la ville, à savoir que Naxoo explique sa nouvelle stratégie, j'ai un peu de la peine à saisir. Est-ce que Swisscom pourra bénéficier d'un apéritif avant la prise de note concernant le développement de son concurrent? C'est intéressant comme démarche. On voudrait couler Naxoo qu'on ne s'y prendrait pas mieux. D'ailleurs, ceux qui ont échoué devant le peuple pourraient alors dire que leur stratégie était la bonne et qu'elle aurait au moins préservé quelques emplois.

 

Une question demeure quant au transfert des fichiers clients. Habituellement, c'est une transaction chiffrée en millions (dans le cadre d'une entreprise comme Naxoo). Mais ici, le transfert desdits fichiers (81'000 prises si mes souvenirs sont bons) était une condition pour débuter la transaction. J'ai calculé, grosso modo, ce qu'aurait coûté la vente à un prix normal de ces fichiers clients. On dépasse les 10 millions. Or ici, il n'a pas été question d'en négocier un prix, visiblement. Par ailleurs, selon mes sources, Naxoo posséderait près de 30 millions de francs en liquidités...

 

La Ville de Genève a pourtant demandé 57 millions de francs pour Naxoo à UPC Cablecom. Vu la rentabilité et l'EBITDA de l'entreprise, je pense qu'il aurait été possible de valoriser davantage Naxoo. Cette interprétation ne tient pour l'instant qu'à moi, mais je vais continuer mes recherches et serai prochainement en mesure de donner davantage d'informations sur cet étrange dossier. Car oui, qu'on veuille ou non nous le cacher, de nombreuses zones d'ombre subsistent. Par exemple l'ancien président du conseil, Michel Mattacchini, serait parti vivre à l'île Maurice... Bref, j'y reviendrai sans tarder.

 

Grégoire Barbey

 

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06/03/2014

Lettre ouverte à Oskar Freysinger

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Oskar Freysinger. Le conseiller d'Etat valaisan accuse ses adversaires politiques de nuire
à son département depuis qu'il a été élu. Peut-être est-il également responsable de ce climat.

 

Monsieur le conseiller d’Etat Oskar Freysinger,

 

Vous vous êtes construit depuis vos débuts en politique un personnage. Vous vous êtes façonné une image, comme les plus grands hommes d’Etat l’ont fait avant vous (François Mitterrand en est l’exemple le plus parlant). Il y a toutefois une différence entre ces personnalités et vous. Aujourd’hui, votre objectif est atteint en Valais: devenir conseiller d’Etat. Pour en arriver-là, il vous a fallu des années. Années où vous avez sciemment combattu les gouvernements qui se sont succédés, que ça soit en Valais ou au Palais fédéral, pour vous faire remarquer. Vous n’avez jamais lésiné sur les moyens: provocation, propos limites, mises en scène patiemment étudiées, etc. Je ne suis pas l’un de vos admirateurs, mais je vous reconnais toutefois un sens très développé de la théâtralité. En vérité, vous êtes un homme de scène. Vous vous êtes créé un personnage, disais-je plus haut, de toute pièce. Il vous a fallu lui donner une identité, des traits facilement reconnaissables. Votre personnage, c’est-à-dire vous, devait être l’objet de toutes les polémiques. Avec habileté, vos combats politiques ont souvent eu l’effet escompté: faire parler de vous. Toujours plus. A tel point qu’aujourd’hui, toute la Suisse romande vous connait, et probablement pouvez-vous en dire autant du côté de la Suisse alémanique.

 

Oui, vous avez un indéniable talent pour vous draper d’une auréole de popularité. Vous cherchez l’extrême: être adoré ou détesté. Et toutes ces années durant, ce rôle vous a admirablement bien convenu. Quand vous avez défendu l’interdiction des minarets – faisant d’un monument quasiment inexistant en Suisse un problème national –, ou lorsque vous militiez pour le renvoi des criminels étrangers, vous n’avez jamais reculé devant les méthodes à utiliser pour créer le buzz, pour susciter l’indignation des uns et l’admiration des autres. Ces autres qui constituent votre électorat, en grande partie. Vous êtes un homme d’une grande intelligence. Cela aussi, mon honnêteté intellectuelle me force à le reconnaître. Je vois dans vos choix politiques et dans vos communications publiques un machiavélisme d’une rare finesse. Vous êtes quelqu’un de cultivé, vous lisez beaucoup, écrivez avec une certaine aisance, jouez même de la musique. Et pourtant, quand il s’agit de dire la vérité à vos lecteurs, notamment sur le renvoi des criminels étrangers, vous singez le parfait imbécile. Vous faites celui qui ne sait pas. Celui qui, dans sa montagne, ignore qu’on ne peut pas expulser les criminels étrangers sans accords de réadmission avec les pays concernés. Que de nombreux traités internationaux rendent l’application du texte de l’UDC particulièrement problématique. Mais ça, je le sais et vous le savez, ça n’a qu’un objectif: plaire à votre public cible.

 

Une fois encore, vous êtes un homme de théâtre tout en étant un excellent publiciste. Tous vos propos sont destinés à ceux qui vont consommer «l’image» Oskar Freysinger. Comme un slogan sur un paquet de biscuits, vous devez attirer l’œil de vos potentiels électeurs. Ceux qui glisseront, le moment venu, votre nom dans l’urne. Et vous atteignez votre but avec brio. Laissez-moi vous concéder encore cette qualité. Vous êtes à mon avis de ceux qui peuvent faire contracter à un aveugle une assurance au cas où ses lunettes de vue viendraient à se casser. Pour beaucoup, c’est un défaut. J’y vois pour ma part une compétence rare et profitable. Pour autant qu’on l’use avec une certaine éthique. Un certain sens du bien commun. Or, c’est là, Monsieur le conseiller d’Etat, que le bât blesse. Vous usez de vos talents à des fins peu louables. Vous allez dire à un journaliste quelque chose qui fera assurément le buzz. Lui, naturellement, s’empressera de le publier et de le relayer. Il fait son travail. Pendant quelques heures, voire quelques jours, vous laissez monter la mayonnaise. Puis vous prenez votre caméra ou votre plume pour démentir les propos qui vous sont attribués. Les journalistes, auxquels vous tentez d’apprendre leur travail, sont en réalité vos jouets. Et en même temps, malgré eux, ils sont vos plus grands alliés.

 

Que seriez-vous sans les scandales médiatiques liés à vos propos sur le génocide arménien? Sur les étrangers? Les sans-papiers et j’en passe? Sans les caméras ou les journaux, vous ne seriez au fond qu’Oskar Freysinger, enseignant valaisan de son état, publiant quelques poèmes et livres pamphlétaires contre la société comme elle va en Suisse. Mais caméras, micros et stylos sont braqués sur vous. Vous le savez, comme lorsque vous faites venir Le Matin Dimanche dans votre chambre et lui montrez votre fusil. Ou lorsque vous invitez dans votre cave des journalistes suisses alémaniques pour leur montrer un drapeau du IIe Reich, feignant penser qu’il n’est pas question de connotation avec le nazisme puisqu’il représentait le symbole de l’empereur allemand Guillaume II. Encore une fois, vous jouez avec les limites. Vous provoquez en gardant toujours une carte dans votre manche pour vous tirer d’un mauvais pas. Comme un bon prestidigitateur, vous n’abattez jamais tout votre jeu sur la table. C’est habile et cela démontre votre sens de l’analyse et de l’élaboration de stratégie politique. C’est dommage que vous en usiez à des fins proprement personnelles, plutôt que d’en faire bénéficier le canton du Valais et ses habitants qui le méritent.

 

Maintenant que vous êtes devenu conseiller d’Etat, vous n’avez pas su opérer la transition entre le personnage d’Oskar Freysinger dans l’opposition et l’Oskar Freysinger ayant enfilé le costume de ministre. Ce n’est plus ici pour moi le signe de vos compétences et de votre intelligence. Non, malheureusement, j’y vois plutôt ce qui devait arriver: vous ne pouvez plus changer de casquette. Et vos adversaires politiques, en Valais, vous le font payer. Ont-ils raison? S’ils font tout pour vous faire craquer, je pencherais pour le non. Mais après tant d’années à jouer vous-même cette partition, comme leur en vouloir? Ils ne font, à vrai dire, que de vous rendre la monnaie de votre pièce. Aviez-vous seulement pensé vous en sortir sans devenir l’homme à abattre? Que vous pourriez prendre les rênes d’un département et ne plus subir les feux croisés de ceux qui, au fil du temps, sont devenus des ennemis plus que des adversaires politiques? En homme cultivé que vous êtes, vous avez dû lire Le Prince de Nicolas Machiavel. Peut-être même figure-t-il sur votre table de chevet. Une somme pour toute personne souhaitant faire de la politique et pour qui la fin justifie les moyens. Oui, mais voilà, vous commettez les mêmes erreurs que César Borgia, le fils du Pape Alexandre VI. A trop vouloir utiliser toutes les méthodes à votre disposition, vous avez minimisé l’importance de l’opposition que vous avez suscité. Vous étiez probablement trop occupé à compter le nombre de vos fidèles.

 

C’est cette erreur qui a également conduit César Borgia à la mort misérable qu’il a connu. Grand stratège, il rêvait continuellement d’augmenter son pouvoir, sans se fixer un but final sur lequel s’appuyer et s’arrêter lorsqu’il serait atteint. C’est l’une des leçons que donne Baltasar Graciàn dans son ouvrage L’Homme de cour, que vous avez peut-être lu vous-même. Ce qui vous a permis d’accéder à la fonction de conseiller d’Etat vous a aussi mis dans la position de faiblesse qui est la vôtre aujourd’hui. Vos budgets, selon vos dires, sont sans cesse réduits. Vous répétez à l’envi que vous ne pouvez pas travailler dans ces conditions. N’est-ce pas vous qui avez voulu en arriver-là? N’est-ce pas votre comportement qui vous a rendu si populaire et si détesté à la fois? Ce qui vous a manqué, en devenant conseiller d’Etat, c’est du bon sens politique, c’est le respect des institutions suisses. La collégialité est l’un des principes fondamentaux de nos exécutifs multicolores. Vous faites encore et toujours cavalier seul, comme si vous ne pouviez compter sur autrui pour avancer et remporter des victoires. Vous vous êtes mépris sur l’importance d’afficher une bonne volonté une fois à l’exécutif. Cela vous coûte déjà, et ça n’est pas prêt de cesser. Plus vous gémirez, et plus vous ferez le bonheur de vos ennemis.

 

C’est dommage que le Valais soit le théâtre d’une telle pièce. Vous aviez (et avez encore) tout pour bien faire. Il a pourtant fallu que vous vous complaisiez dans votre rôle d’électron libre, de sniper. Vous étiez un parlementaire hors pair, vous êtes devenu un gouvernant médiocre. Vous faites probablement du bon travail avec les moyens qui sont à votre disposition. Mais votre communication est désastreuse. C’est ce qui finira par vous perdre, car les Valaisans ne sont pas dupes. Vous avez obtenu votre siège à l’usure, n’oubliez pas que vos ennemis ont maintenant la force de frappe pour vous en déloger, si vous ne décidez pas de mettre un terme aux guerres de tranchées. Si vous ne changez pas d’optique, vous creuserez votre propre tombe politique. Et l’épitaphe est déjà toute trouvée: ci-gît Oskar Freysinger, prisonnier entre les quatre planches de son propre personnage. Il est l’heure pour vous de retirer vos habits de clown et d’enfiler le costume que les Valaisans vous ont octroyé.

 

Avec l’assurance de mes sentiments dévoués,

 

Grégoire Barbey

15:05 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse, Valais | Lien permanent | Commentaires (27) |  Facebook | | | |