Gregoire Barbey

05/01/2014

Logements: quand les politiciens s'en mêlent

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Immobilier. Le marché genevois est continuellement bloqué. Des citoyens excédés ont créé
une page pour signaler les logements vacants au cas où ceux-ci seraient abusivement non reloués.

 

La page Facebook créée pour dénoncer la pénurie de logements à Genève à travers le signalement des appartements vacants depuis un certain temps fait recette: plus de 1100 membres en quelques jours. Si l'initiative est légitime et compréhensible – le taux de vacance s'est établi à 0,36% pour 2013 dans le canton –, certains politiciens ont déjà investi le groupe pour défendre leurs propres intérêts. D'autres, plus raisonnables, tentent d'établir les faits. S'il est tout à fait louable de tenter de trouver des réponses à des questions qui se posent depuis très longtemps, la démarche de quelques membres ressemble davantage à une croisade qu'à une véritable volonté de régler les défaillances du marché.

 

A titre personnel, je soutiens l'objectif premier de ce groupe de citoyens excédés. Mais ceux qui veulent utiliser ce «collectif» pour mener à bien leurs propres intérêts politiques n'ont rien à y faire. Accabler les propriétaires de tous les maux n'est pas la réponse souhaitée par les Genevoises et les Genevois. Ce qu'ils veulent, c'est une amélioration des conditions du marché. Ces politiciens qui instrumentalisent sans gêne un ras-le-bol citoyen feraient mieux de se poser pour eux-mêmes la question: ont-ils fait tout ce qu'ils pouvaient pour inverser la tendance? La réponse est évidemment non.

 

Non, car s'il y a dérive de la part de certains propriétaires, ils ne sont pas seuls responsables de cette situation catastrophique. La construction de logements est pratiquement impossible pour les communes. La faute à une fiscalité sur le lieu de travail, notamment, plutôt que sur le lieu de résidence. Pourquoi? Parce qu'il y a des communes qui créent beaucoup d'emplois et obtiennent donc davantage de recettes fiscales, leur permettant d'investir plus largement pour des infrastructures attractives et bénéfiques à ceux qui viennent y travailler. Quant aux communes avec peu d’emplois, elles n’obtiennent pas de fonds suffisants pour améliorer leur sort, quand bien même la péréquation financière intercommunale est censée atténuer ce désavantage.

 

On peut bien évidemment approfondir le sujet, chercher les coupables, les vouer à l’anathème. Est-ce que cela changera les choses? C’est fort peu probable. Il est bien plus efficace de cerner les causes et d’en annihiler autant que faire se peut les effets négatifs. Dénoncer les propriétaires, c’est un discours politique. Or cette page vise plutôt à signaler un problème, lui donner une importance médiatique, et tenter d’obtenir des soutiens de tous les milieux. Qu’il y ait des politiciens qui se jettent sur ce groupe tels des charognards n’est guère surprenant. Il convient toutefois de leur rappeler qu’ils ne sont pas non plus tout blanc (ni tout noir) dans la situation inextricable dénoncée par cette page.

 

Grégoire Barbey

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31/12/2013

Dieudonné: spirale de l'isolement intellectuel

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L'humoriste français fait l'objet d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour
«incitation à la haine raciale». Son geste – la quenelle – devient un signe de ralliement.


J'ai découvert Dieudonné il y a plusieurs années. A cette époque, il était très apprécié et avait déjà entamé sa carrière solo depuis quelques temps. Je n'avais aucune idée politique bien arrêtée et n'étais pas très aux faits des conflits entre Israël et la Palestine. Ses premiers spectacles m'ont fait beaucoup rire. Je le trouvais piquant, avec un côté poil à gratter qui me plaisait beaucoup. Personne, quelle que soit sa confession, n'était épargné lorsqu'il montait sur scène. Je ne comprenais d'ailleurs pas très bien ces reproches qui lui étaient faits: pourquoi serait-il plus antisémite que raciste, alors qu'il s'en prenait successivement aux Noirs, aux Chinois, aux Juifs, et à tout le monde? Cela me dépassait. Il faut dire que je devais avoir 14 ans quand j'ai commencé à regarder ses représentations.

 

Je ne prenais pas trop en compte les polémiques qui suivaient ses nouvelles productions. Je me disais, naïvement, qu'on en faisait du foin pour pas grand-chose. Qu'au fond, Dieudonné avait la qualité de n'épargner personne et d'équilibrer ses vannes. Il parlait de sionisme, terme que je ne comprenais pas et qui a commencé à se répandre comme une trainée de poudre sur internet. Il y avait d'un côté les méchants, qui étaient «sionnistes», et les gentils, ceux qui se disaient «antisionnistes, mais pas antisémites». J'ai assisté à l'évolution d'un langage, d'une pensée qui est restée la même mais qui s'est parée de mots différents.

 

Je comprenais bien qu’il y avait plus qu’une simple critique de la politique israélienne, même si ma naïveté et mon manque de connaissances ne me permettaient pas de comprendre les tenants et les aboutissants de ce débat. J’ai compris que Dieudonné, en voulant rire de tout, s’était aliéné des ennemis farouches et des alliés fort peu recommandables. D’un côté, les associations qui luttent contre les discriminations se sont élevées contre lui, ce que l’on peut comprendre et/ou remettre en question. De l’autre, Dieudonné a reçu des soutiens d’individus très marqués politiquement, comme Alain Soral, entre autres.

 

Je voyais qu’une frustration l’avait envahi. Toutes ces plaintes dont il a fait l’objet, ça l’a profondément changé. De spectacles en spectacles, j’ai vu un humoriste que j’appréciais beaucoup se transformer en porte-parole d’une pensée politique controversée et largement minoritaire. Le Dieudonné qui s’était opposé à la montée du Front national en 1997 à Dreux lors des législatives n’était plus. A la place, un artiste plein de talent et de répartie a cédé sa raison aux sirènes de la haine et du communautarisme. A tel point qu’un jour, je l’ai vu, comme bien d’autres spectateurs, inviter Robert Faurisson sur scène. Ce qui n’était au départ qu’une provocation avait pris un visage tout à fait différent: une pensée s’est forgée.

 

Face à l’adversité, Dieudonné s’est victimisé, radicalisé et a confondu son rôle d’humoriste avec ses pensées politiques. L’un n’empêche pas l’autre. Mais ses spectacles ont perdu de leur substance, devenant de véritables tribunes d’expression aux blagues les plus viles et les plus stigmatisantes. Ses soutiens ont pris de l’ampleur, se sont affirmés. Dieudonné s’est transformé et s’est affiché avec des personnalités de plus en plus controversées, faisant le bonheur des lecteurs de sites internet comme le Réseau Voltaire et d’autres plateformes conspirationnistes et véritablement antisémites. Ainsi est-il passé de la critique légitime à la propagande politique.

 

Sa quenelle fait aujourd’hui énormément parler d’elle. Certains y voient un «salut nazi inversé». A l’époque, ça ne l’était sûrement pas. Mais ce qui était au départ un signe de provocation à la manière d’un «je t’ai cassé» façon Brice de Nice s’est changé en un signe de ralliement, d’appartenance à une pensée politique, à un mouvement. Une communauté de pensée est ainsi née. Aujourd’hui, il est évidemment raisonnable d’en faire aussi la critique. Ce que Dieudonné a dénoncé à ses débuts est devenu le théâtre d’un combat politique et idéologique.

 

Se drapant de la liberté d’expression, ses fidèles ont pris le glaive des idées et se sont jetés dans l’arène. La question se posait depuis longtemps, le gouvernement français, à travers le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a décidé d’étudier les opportunités pour interdire les spectacles de Dieudonné. Le parquet de Paris a quant à lui ouvert une enquête préliminaire pour «incitation à la haine raciale». On peut bien évidemment débattre de cette décision. La juger inopportune, exagérée ou dangereuse. Je la perçois plutôt comme le signe d’un ras-le-bol. A trop vouloir jouer avec les limites, on est rappelé à l’ordre. L’humour est, comme le disait Friedrich Nietzsche, une façon de dire ce que l’on pense. Et à trop le rabâcher sans cesse, on ne fait que donner sens à cette phrase. Dieudonné est allé trop loin, il doit maintenant affronter la justice. Sortira-t-il vainqueur? Nul ne le sait. Mais s’il perd, il se servira à nouveau de cette défaite pour mettre de l’eau à son moulin. Et tout continuera. La spirale infernale des idéologues.

 

Grégoire Barbey

02:14 Publié dans Air du temps, Politique, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook | | | |

29/12/2013

Michael Schumacher: entre l'absurde et la vie

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Le plus grand champion du monde de Formule 1 se trouve actuellement dans
un état critique après avoir chuté à ski.


Quand je vois ce qui arrive à Michael Schumacher, qui serait entre la vie et la mort pour un accident à ski alors qu'il est le plus grand champion du monde de Formule 1, je repense à Albert Camus et à son approche de l'absurde. La vie vaut-elle vraiment la peine d'être vécue? Cette interrogation, qui prend tout son sens dans le «Mythe de Sisyphe», me revient régulièrement à l'esprit. N'y voyez point de noires pensées de ma part. Je constate simplement, par moment et c'est le cas ici, que l'existence nous prête à rire.



Elle nous prête aussi à songer à notre propre condition, si frêle et pourtant si importante à nos yeux d'êtres humains. Nous sommes là, mais pour combien de temps encore? Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort? Y-a-t-il un sens à exister en ayant connaissance de son inéluctable finitude? Ne rêvons-nous pas tous, quelque part, d'une vie éternelle, d'un film sans fin; que dis-je, d'une pièce de théâtre qui se rallongerait indéfiniment, pour autant qu'il y ait encore à nos représentations quelque public.



Ce sentiment de puissance qui nous habite, ce désir de contrer l'inévitable, nous l'avons tous partagé à un moment ou à un autre. Il est présent, insidieux. On ne croit qu'à sa propre fin au moment où elle sonne à notre porte. Avant, nous vivons avec la compagnie de l'impunité, cette dangereuse accompagnatrice qui nous souffle à l'oreille qu'il n'y a de malheur que pour les autres, et que nous en sommes exemptés. On se veut tout puissant, on s'imagine éternel.



Michael Schumacher est connu dans le monde pour ses exploits en Formule 1. Sport dangereux, où d'autres avant lui sont morts. Les accidents ne sont pas rares. Et lui, ayant vaincu la fatalité durant toutes ces années à courir dans des circuits internationaux, se retrouve face à elle, comme pour lui rappeler de ne jamais l'oublier, au travers d'une piste de ski. Quel est le plus risqué? Rouler sur des circuits à des vitesses incroyables, ou descendre une piste enneigée monté sur ses skis?



L'existence s'accompagne toujours de ces moments où l'absurde nous surprend. Il nous attend, inlassablement, et surgit sans gêne lorsque rien ne l'y prédestinait. D'autres, des hommes d'Etat comme par exemple Georges Pompidou ou François Mitterrand, ont connu cette fatalité. En plein exercice du pouvoir, ils ont été freinés par ce qu'il y a de pire: la faiblesse du corps, traduite dans la maladie. Une longue déchéance s'en suit toujours. Et nous rappelle Ô combien, qu'importe nos actes, qu'importe nos choix, cette issue nous est tous réservée.


On peut bien se convaincre de l'inverse, s'offrir une vie pleine d'activités, de grandeur et de projets, lorsque le destin nous choisit pour jouer avec lui, on ne peut plus rien faire. C'est en cela, et probablement uniquement dans cette perspective, que réside réellement l'absurdité de la vie. Nos désirs sont des châteaux de sable et l'imprévisible se charge de leur souffler dessus. J'aurai donc une pensée pour Michael Schumacher, et pour tous ceux qui, illustres inconnus, font face aux turpitudes d'un destin joueur; d'un destin qui, tel Cupidon, décoche ses flèches et percent notre cuir comme du beurre. La vie n'est qu'un jeu, ni plus ni moins.


Grégoire Barbey

23:37 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

16/12/2013

Les élus sont de simples mandataires

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Politiciens. Le peuple confie un mandat aux citoyens qui obtiennent suffisamment de
suffrages sur leur liste. Les conditions du contrat sont connues grâce à l'étiquette partisane.


Le terme «élu» est-il galvaudé en Suisse? Induit-il un acquis alors qu'il n'est qu'éphémère pour les politiciennes et les politiciens qui obtiennent suffisamment de suffrages pour se voir confier un rôle législatif ou exécutif? Ne serait-ce pas l'idée de mandat populaire qui devrait prévaloir? En effet, le mandant (ici le peuple) est en quelque sorte l'employeur du mandataire (le politicien). La formulation «être un élu» a quelque chose de divin, or la démocratie est un système politique très concret, particulièrement tangible et aisément compréhensible. Il n'y a rien d'ésotérique dans une élection. Les citoyens votent selon leur sensibilité et tranchent. Ceux qui sont les mieux situés, en proportion des voix du parti (ou de la liste), remportent un mandat électif pour la durée de la législature.



Peut-être devrait-on davantage parler de mandats lorsqu'on pense au nombre de sièges qu'un parti (ou une liste) a obtenu lors d'une élection. En Ville de Genève, il y a plusieurs indépendants, des personnes qui ont été élues sur la liste d'un parti et qui, pour des raisons qui les regardent, ont fini par le quitter ou s'en faire exclure. Or, le mandat qui lui a été confié, stricto sensu, comportait l'étiquette partisane à laquelle il était rattaché. S'il n'est plus «labellisé» UDC, socialiste, PDC ou qu'importe, le mandataire se voit en réalité retirer son mandat: il n'est plus légitime à exercer une fonction qu'il a obtenue grâce à son appartenance à une formation politique. Si l'on veut s'affranchir des partis, il faut se présenter en indépendant: là seulement, le mandat sera réellement nominatif. Dans le cas contraire, il faut accepter les enjeux. D'ailleurs, les indépendants ne retrouvent souvent (ou ne veulent pas retrouver) un nouveau parti. Ils ne seront donc pas réélus lors des prochaines échéances électorales.



Conserver son mandat en sachant cela, c'est ralentir la démocratie, garder le pouvoir pour soi, le pouvoir d'obstruction, comme cela a été le cas samedi avec un ancien membre du MCG qui a retourné sa veste pour voter avec la gauche et bouleverser les rapports de force jusqu'ici effectifs. La démocratie, c'est justement le contre-pouvoir des élites, le garde-fou pour éviter la concentration du pouvoir, et surtout justement lutter contre sa forme la plus redoutée: le pouvoir personnel. On reçoit un mandat, on n'est pas propriétaire de son élection. On est évincé de son parti, on le quitte, alors il faut être bon prince et rendre son tablier. Les querelles internes doivent être réglées à l'interne. Laisser extérioriser sa frustration lors d'un vote d'importance, c'est fausser les règles. C'est s'approprier un pouvoir qui ne nous appartient pas. En une phrase comme en cent, c'est violer la démocratie sans vergogne. Dès lors, peut-être devrions-nous songer à faire évoluer notre langage et nous réapproprier le pouvoir des mots: un élu n'est rien d'autre qu'un mandataire. Le mandant – qui s'exprime d'une seule voix finale, à la fois plurielle et unique – est le peuple.



Il faut garder cette réalité à l'esprit pour être en mesure de conserver une démocratie pérenne et adaptée. Lorsque je donne mandat à une entreprise, en tant que particulier, pour qu'elle m'apporte un service, comme par exemple la peinture de ma chambre, si l'entreprise change les règles de notre contrat en cours de route, je suis en droit de résilier le mandat. Il devrait en aller de même avec un politicien exclu ou démissionnaire de son parti. Il ne s'agit même pas d'impeachment (principe auquel je suis personnellement favorable sous certaines conditions). Il suffit d'un automatisme. Puisqu'un mandataire exclu de son parti est également sorti des commissions auxquelles il participait, rien n'empêcherait de lui retirer purement et simplement son mandat, l'octroyant, comme la logique le voudrait, au vient-ensuite de sa liste électorale. Il n'y a là rien d'incompréhensible. C'est concret, simple et accessible à tous. On vous mandate selon certaines conditions librement consenties par les candidats et les électeurs. En changeant d'étiquette, on modifie la teneur du mandat qui nous lie à notre fonction (législative ou exécutive). A ce moment-là, le couperet doit s'abattre. Le mandat est automatiquement retiré et rendu au parti qui le détient. Simple et tellement plus efficace. Rappelons-le une dernière fois: les élus sont des mandataires. Le peuple demeure le mandat et l'unique ayant-droit.

 

Grégoire Barbey

11:31 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

12/12/2013

Facebook et les nouveaux conseillers d'Etat

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Conseil d'Etat. La quasi-totalité du collège est présent sur Facebook. Seul le MCG Mauro
Poggia demeure absent. La nouvelle législature va modifier les habitudes de communication.


Les réseaux sociaux ont été très exploités lors de l'élection au Conseil d’Etat. La plupart des candidats y ont mené une campagne active (hormis François Longchamp et Mauro Poggia) lors du second tour. Les résultats tombés, on s’imaginait volontiers les nouveaux élus prendre de la distance avec Facebook. Ce n’est pourtant pas le cas, à l’image de Luc Barthassat et Serge Dal Busco, tous deux PDC, qui ont conservé les mêmes habitudes. Les deux nouveaux ministres démocrates-chrétiens continuent à communiquer ponctuellement sur la plateforme virtuelle. D’autres ont changé leur rapport au réseau social. C’est le cas d’Antonio Hodgers qui continue de poster des publications avec une certaine distance rédactionnelle. Là où l’on a connu l’ancien conseiller national vert se répandre volontiers en longs débats, son habit de conseiller d’Etat semble lui commander retenue et neutralité.

 

La page de la socialiste Anne Emery-Torracinta reste quant à elle relativement peu active. Sa campagne virtuelle n’a d’ailleurs pas été l’une des plus marquantes, bien qu’elle ait au moins fait acte de présence, contrairement à son collègue Mauro Poggia qui lui s’est essayé à Twitter sans grande conviction. Demeurent Pierre Maudet et François Longchamp. Le premier se montre relativement actif, publiant sur sa page dédiée des publications en lien avec ses actions politiques. Il utilise également son propre site internet pour véhiculer de rares prises de position. Le second, maintenant président du Conseil d’Etat, a confié à ses amis avoir créé un compte que pour ne pas voir quelqu’un d’autre subtiliser son identité. Son profil est donc totalement inactif, à part quelques petites apparitions expresses agrémentées d’un commentaire concis.

 

Quand bien même certains élus ont réévalué leur rapport aux réseaux sociaux, la présence de la quasi-totalité du collège (à l’exception du MCG Mauro Poggia) est une première. La précédente législature était moins généreuse en matière d’activité virtuelle: Michèle Künzler et Pierre Maudet ont été longtemps les seuls à posséder un compte Facebook. Jusqu’à la campagne, où Isabel Rochat et François Longchamp s’y sont mis eux aussi. Du coup, il sera d’autant plus intéressant de regarder l’évolution des habitudes des ministres sur leur compte respectif. Vont-ils communiquer différemment, quitter le réseau durant la législature, ou adopter une ligne directrice dans leur façon d’interagir sur le web? Nul ne peut encore le dire. Mais il est certain qu’il s’agit-là d’une nouvelle façon de voir et d’approcher le pouvoir. Sa présence personnelle sur le net est une étape importante et significative des changements induits par l’omniprésence d’internet dans nos vies. A suivre!

 

Grégoire Barbey

22:58 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

11/12/2013

St.-Pierre: dans la continuité et la prudence

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François Longchamp. Le président du Conseil d'Etat a prononcé hier le traditionnel
discours de Saint-Pierre lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement.

 

Le discours de Saint-Pierre prononcé hier par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement était excellent: axé sur la région franco-valdo-genevoise, l’exécutif a marqué son désir de continuer la construction d’un bassin lié par-delà les frontières juridico-politiques. Toutefois, pas de grandes surprises dans la déclamation du doyen du Conseil d’Etat. C’est un discours marquant une certaine continuité. Dès les premiers instants d’ailleurs, François Longchamp le confirme. Il convient de mettre en œuvre ce qui a été entamé par les prédécesseurs du nouveau gouvernement.

 

Le discours était empreint d’un évident consensus. Chaque membre y a apporté ses idées, ses convictions. Notamment la préférence locale pour la fonction publique, que mon confrère Pascal Décaillet s’est empressé de relever sur son profil Facebook. Chacun y verra la patte de l’ineffable Mauro Poggia. Mais le terme «cantonal» (vocabulaire propre au MCG) a été substitué au profit de l’aspect local. Et dans la bouche de François Longchamp, ces mots ne résonnent pas comme une préférence faite aux résidents genevois. Lui voit plus grand, plus loin. Lorsqu’il le dit, il entend la région franco-valdo-genevoise. C’est ça, dans son esprit, ce qui est local. Je le rejoins volontiers sur ce point.  

 

Au-delà des phrases marquantes («Genève a choisi la Suisse», «Genève, ce n’est pas rien», etc.), le nouveau gouvernement s’est montré plus général dans son traditionnel discours. Peut-être l’erreur du précédent collège, qui en voulant être trop précis, a payé le prix d’un bilan inférieur aux attentes qu’il a lui-même créées lors de son entrée en fonction. On reconnait ici la prudence habituelle de Messieurs Maudet et Longchamp. A noter toutefois un engagement du Conseil d’Etat très important: défendre le taux d’imposition unique des entreprises à 13%. En effet, comme je le répète depuis plusieurs mois, l’abolition prochaine des régimes fiscaux spéciaux des sociétés est un enjeu crucial pour cette législature. Serge Dal Busco, ministre des Finances, a la lourde tâche de fixer un cap pour l’avenir des recettes fiscales de Genève.

 

Mais je ne me fais guère de souci: l’ancien maire de Bernex est un homme intelligent et surtout malin. Je l’ai vu, lors de l’apéritif offert par l’Etat, rencontrer Pascal Broulis, son homologue vaudois. Les deux conseillers d’Etat vont devoir travailler main dans la main pour défendre les intérêts de leur canton respectif. Bien d’autres thèmes ont été évoqués, et je ne vais pas faire ici l’énumération de chacun d’entre eux. Je reste pour ma part assez sceptique – même si j’ai beaucoup aimé la forme du discours – sur le manque d’engagement du nouveau Conseil d’Etat. Certes, ils annoncent la couleur. On demeure cependant déçu de ne pas voir une volonté d’aller plus loin encore. De se montrer plus volontariste. On mettra ça sur le compte d’un facteur technique important: cinq des sept ministres du gouvernement sont nouveaux. Il est peut-être plus malin de ne pas les griller dès leurs premiers instants d’exercice du pouvoir exécutif cantonal. Je patienterai donc, et ne manquerai pas de revenir, au fil de la législature, sur les points qui m’auront chiffonné ou au contraire réjouit. Je souhaite à chaque membre de ce Conseil d’Etat un franc succès et beaucoup de courage, car il va leur en falloir. Bon vent!

 

Grégoire Barbey

12:00 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

25/11/2013

L'alternative au salaire minimal généralisé

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Angela Merkel. La chancelière allemande a accepté de compromettre son programme
et ses convictions en instaurant un salaire minimal généralisé dans son pays.

 

Le salaire minimal généralisé va être introduit en Allemagne par Angela Merkel. L'échec de l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» a propulsé le débat sur la votation du salaire minimal sur le devant de la scène. Certains prévoient déjà un échec pour la gauche. D'autres invoquent la situation de nos voisins allemands. Mais si le gouvernement introduira effectivement cette mesure, ce n'est pas par conviction: pour les conservateurs allemands, c'est une compromission. La seule et unique raison à l'instauration de ce modèle réglementariste dans la première économie de la zone euro, c'est la nécessité pour la CDU de former un gouvernement de coalition. Et les sociaux-démocrates (SPD) n'acceptent aucune négociation sans la prise en compte d'une série de mesures économiques.



Si en Suisse, nous voterons pour ce système, il ne faut pas pour autant en oublier les évidents désavantages et ses conséquences hautement probables. Les différents secteurs du tissu économique suisse n'ont pas tous les mêmes moyens ni la même résistance face aux évolutions conjoncturelles. L'aspect très négatif d'un salaire minimal qui aligne tout le monde au même point, c'est la hausse salariale relativement importante que cela induira dans certains domaines.



Le vrai problème du salaire minimal généralisé, c'est qu'il peut effectivement améliorer la situation des collaborateurs les plus précarisés, mais il introduit aussi une notion de dumping salarial. Les milieux patronaux pourraient très bien décider de dénoncer les conventions collectives de travail (CCT) dont le plancher salarial est supérieur afin de réduire les charges des rémunérations. Les secteurs économiques les plus durement touchés par cette mesure devront également réduire leurs effectifs. Certaines PME devront songer probablement à outsourcer une partie de leurs tâches. En général, ces mesures ne bénéficient à personne et le chômage augmente clairement.



A titre personnel, je considère comme une évidence la nécessité qu'un individu qui alloue 100% de son temps travail à un emploi puisse vivre décemment et sans se serrer la ceinture tous les mois. C'est une question de salubrité publique. Toutefois, je crois davantage en une autre alternative: dépoussiérer le partenariat social, combler ses lacunes, et instaurer l'obligation de contracter des CCT dans tous les domaines, avec des compensations dans la mesure du possible pour les secteurs où les rapports de force patronat-syndicat sont clairement inégaux.



Je pense qu'il y a clairement quelque chose à faire et qu'on ne peut pas continuer avec un système qui, sous couvert de prendre en compte l'avis de tous, génère des disparités aussi improbables qu'incompréhensibles. La notion de partenariat social est chère aux Suisses. De nombreux intervenants l'ont martelé hier à la suite du non massif contre l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» des Jeunes socialistes. Oui, c'est une évidence, nos concitoyens y sont très attachés. Mais il serait profondément hypocrite de le hisser sur un piédestal sans lui apporter les nécessaires améliorations dont il a besoin pour être efficient et respectueux des partenaires sociaux.



Grégoire Barbey

08:01 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

22/11/2013

Femmes en politique: Genève a de quoi pâlir

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Anne Emery-Torracinta. Il ne reste plus qu'à espérer qu'on n'assistera pas une fois
de plus à un déferlement de critiques envers la seule femme présente au Conseil d'Etat.


On peut pleinement déplorer qu’il n’y ait pas suffisamment de femmes à des postes à responsabilité. En politique comme dans le secteur privé. A Genève tout particulièrement. Cette année, une seule femme a été élue au Conseil d’Etat pour la législature à venir. Beaucoup s’en sont plaints et à raison. C’est un scandale pur et simple. Mais n’est-ce pas logique? Honnêtement, quand on voit ce qu’ont subi les deux conseillères d’Etat Michèle Künzler et Isabel Rochat en termes de lynchage médiatique et populaire, difficile d’avoir envie d’aspirer à des responsabilités aussi importantes. Sans parler de la chancelière d’Etat Anja Wyden, injustement raillée pour ses erreurs. Certes, elle a commis quelques impairs. Et Robert Hensler, lui non? Parlons-en! J’ai été personnellement stupéfait de cet acharnement systématique contre ces femmes.

 

Pourquoi donc les prendre en grippe avec autant de virulence? J’ai vu mon confrère Pascal Décaillet les démonter une à une dans les pages de GHI. J’ai entendu des propos honteux de la part de politiciens sur le rôle des femmes en politique. Oui, être une femme et porter d’importantes responsabilités n’est pas aisé. Cela implique un cuir plus dur encore. Parce qu’aujourd’hui, Genève, plaque tournante des organisations non-gouvernementales, de valeurs humanistes, n’a toujours pas compris l’importance des femmes à des postes clés. A titre personnel je suis opposé aux quotas. Non pas idéologiquement, car cela ne me dérange pas. Mais je vois déjà le tableau: en cas d’erreur de casting, on prendra la gent féminine en otage. On dira que 40% c’est bien trop. Que les femmes n’ont pas les mêmes capacités que les hommes.

 

Et l’on rentrera inévitablement dans des discours hormonaux. Le bas de l’échelle. Rien d’intéressant. Nothing to say. Mais il faut tout de même le dire. Isabel Rochat, Michèle Künzler et Anja Wyden. Ces trois femmes sont les victimes du conservatisme qui règne encore en matière d’égalité des sexes. Pourquoi les hommes seraient mieux disposés à assumer des postes de dirigeants? Je ne vois pour ma part aucune raison évidente. J’ai un profond respect pour les femmes qui s’engagent. Pour Anne Emery-Torracinta, qui va affronter seule six hommes au quotidien au Conseil d’Etat. Et devra faire face aux inévitables attaques de mes confrères. Ainsi que de politiciens peu délicats. Rien que ça pour ça, elle a tout mon soutien. Genève, capitale internationale des droits de l’homme? Sur le papier, c’est joli. Ça fait bon chic bon genre. Les bobos du XXIe siècle.

 

Il paraît que c’est vendeur. Mais franchement, soyons honnêtes. On n’est même pas capable d’avoir un minimum de respect voire d’admiration pour toutes ces femmes qui osent affronter ces vieux ringards. Ceux-là même qui préfèrent nettement dénigrer un magistrat quand c’est une femme. C’est tellement plus facile. Quand, dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, on lisait de Mme Künzler qu’elle allait sûrement finir par empoisonner toute sa famille en faisant la cuisine, comment peut-on encore croire au progressisme? J’ai plutôt l’impression qu’on régresse. Tous ces propos infamants, ces comportements outrageux. Cela m’atterre au plus haut point. Je ne puis qu’inviter les femmes qui veulent s’engager à ne pas hésiter. A se serrer les coudes entre elles. A affronter ces vieux cons – permettez-moi le terme – et à leur montrer qu’ils n’ont pas le monopole des compétences. Je témoigne ici tout mon soutien à Anne Emery-Torracinta pour cette législature. Et j’espère du fond du cœur qu’Anja Wyden sera reconduite en tant que chancelière d’Etat. Tout ça est juste une question de bon sens. Et d’un minimum d’ouverture d’esprit.

 

Grégoire Barbey

00:16 Publié dans Air du temps, Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

17/11/2013

2013-2018: réduire de 10% les dépenses

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Serge Dal Busco. Le nouveau conseiller d'Etat pourrait reprendre les Finances.
Il serait probablement le plus adapté pour faire face aux défis de cette législature.

 

Les attentes envers le nouveau gouvernement à Genève sont nombreuses du côté de la population. Le logement, l’emploi, la mobilité et la sécurité seront probablement les quatre axes majeurs auxquels il faudra attacher une importance toute particulière pour orienter la politique cantonale dans le sens souhaité par le peuple. Il est toutefois un enjeu probablement plus obscur aux yeux des électrices et des électeurs et pourtant tout aussi fondamental: la pérennité financière du canton. Cette nouvelle législature possède une échéance qui aura sur les finances publiques un impact plus ou moins négatif selon les décisions qui seront prises ces prochaines années. Il s’agit de l’abolition des régimes fiscaux spéciaux pour les entreprises (prévue pour 2018).

 

Un taux d’imposition unique de 13% a été proposé par le ministre sortant des Finances David Hiler. Cette proposition s’accompagnerait d’une perte de 450 millions de francs (sur un budget d’un peu plus de 8 milliards) pour le canton. Ce ne serait donc pas sans conséquence, et pour l’heure personne ne sait si la Confédération octroiera une compensation aux cantons qui seront les plus durement touchés par l’abolition des statuts fiscaux spéciaux ou non. Il va sans dire que gouverner, c’est prévoir. De ce point de vue-là, et avec une dette publique scandaleusement élevée, le nouveau Conseil d’Etat va devoir prendre ses responsabilités et réduire la voilure des dépenses publiques.

 

Réduire les dépenses de 10% sur 5 ans

 

Cela devrait se faire, par exemple, avec une proposition très concrète: inclure dans le programme de législature auquel les nouveaux ministres réfléchissent (lors de leurs réunions qui précèdent leur prise de fonction le 10 décembre) un objectif de réduction des dépenses de 10% d’ici 2018. Ce qui, sur à peu près 5 ans, représente 2% de réduction par an. Ce n’est pas un défi impossible et les majorités du Conseil d’Etat et du Grand Conseil (marquées à droite sur les thématiques financières et économiques) permettront de faire passer un tel projet sans trop de difficultés. Dix pour cent peut paraître a priori un chiffre très important. Cela représente plus de 800 millions de francs d’économie. Mais sur la totalité de la législature, en concertation avec les différentes tendances représentées au Parlement, c’est une proposition qui peut devenir réalité.

 

Il faut pour en arriver-là bien comprendre la raison d’une petite cure d’austérité. Tout d’abord, le canton de Genève possède un budget particulièrement imposant pour un canton de 490'000 habitants: plus de 8 milliards de francs, cela représente environ 20'000 francs par habitant. C’est une somme conséquente. Les dépenses peuvent donc être réduites pour permettre à la fois d’encaisser une éventuelle perte dans les recettes fiscales (sans augmenter l’imposition des personnes physiques, qui ne bénéficierait pas à la population et encore moins à la popularité du gouvernement) et de commencer à rembourser la dette. La conjoncture actuelle est plutôt favorable et c’est dans pareil contexte qu’il faut envisager les périodes plus sombres.  

 

La qualité des prestations n’en souffrirait pas

 

L’Alternative (composée des Verts et des Socialistes) et Ensemble à Gauche monteront bien évidemment au créneau avec un tel programme de réduction des dépenses. Leur argument est prévisible: mettre un frein aux dépenses générera une baisse de qualité des prestations. C’est faux et pour cause: le nouveau gouvernement devra se montrer courageux et effectuer une réforme en profondeur de l’Etat. Ce qui signifie passer en revue l’ensemble des dépenses, réfléchir à l’utilité de chaque franc utilisé, et proposer des coupes qui n’impactent pas négativement l’offre proposée aux citoyens. Cela reste évidemment très théorique, mais ce n’est pas pour autant irréaliste. En rationalisant les différents services de l’Etat, en élaguant ce qui n’est pas primordial, la réduction des dépenses sera relativement indolore pour la population.

 

Cette réflexion autour des dépenses publiques est entrée en vigueur avec la nouvelle constitution et doit être appliquée sans délai en ce début de législature: à l’article 151, alinéa 1, l’Etat est tenu d’évaluer périodiquement la pertinence, l’efficacité et l’efficience de son action. Il doit en outre à l’alinéa 2 de ce même article s’assurer de maîtriser les conséquences financières de son activité. Le nouveau gouvernement, qui saura sans aucun doute respecter la constitution, devra donc passer en revue l’ensemble de son fonctionnement. Ce qui est bien sûr très important. Comme l’Etat doit également tenir compte de la situation conjoncturelle selon l’article 152 alinéa 4, il doit se doter de réserves anticycliques. Ce ne peut être réalisable qu’en réduisant les dépenses en conséquence. L’exercice 2014 est maîtrisé. Qu’en sera-t-il des autres d’ici l’abolition des régimes fiscaux spéciaux des entreprises? Il faut prévoir l’imprévisible et c’est justement la tâche des dirigeants.

 

Un ministre des Finances courageux

 

Le conseiller d’Etat qui sera chargé du Département des finances devra être courageux et ne pas fléchir devant la difficulté de sa tâche et face à l’adversité. Contrairement à David Hiler, le prochain ministre des Finances devra probablement orienter sa politique par temps de pluie. Les prévisions à moyen terme sont plutôt défavorables (pour les raisons explicitées précédemment) et il faudra tenir la barre d’une main franche et résolue pour affronter l’orage qui se prépare. A priori, le département devrait revenir à Serge Dal Busco, particulièrement pointilleux sur les questions financières (il est l’un des artisans de la réforme de la péréquation financière intercommunale). Qu’il soit désigné pour affronter ces défis paraît tout à fait approprié. Il en a à la fois les compétences et la stature. Mais il ne devra pas être seul: son action nécessitera le soutien de ses collègues qui devront, de leur côté, veiller à rendre leurs choix cohérents en fonction des enjeux financiers de cette législature.

 

Serge Dal Busco (pour autant qu’il en soit ainsi) devra se montrer inflexible et véritablement courageux. Sa personnalité me semble être en adéquation avec ces impératifs. Genève va faire face à des moments difficiles et ce sera au Conseil d’Etat de limiter les dégâts. Le peuple a décidé de donner mandat à une majorité de représentants de la droite sur les questions économiques et financières. Les nouveaux conseillers d’Etat et députés doivent en prendre acte pour fonder leur politique sur une réduction pragmatique des dépenses qui permettent d’éviter d’activer le frein à l’endettement (article 156 de la constitution) et de ne pas trop souffrir de l’abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises. Si le taux d’imposition unique à 13% devait être retenu comme la proposition la plus adaptée à la situation du canton de Genève, il faudra malgré tout plusieurs années pour compenser les pertes fiscales qu’engendrera l’application de cette mesure. On ne peut donc qu’espérer que le Conseil d’Etat affichera une volonté claire de mener les finances publiques avec détermination et vision à moyen et long termes.

 

Grégoire Barbey

23:35 Publié dans Finances, Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | | | |

15/11/2013

Une main de fer dans un gant de velours

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Henry Rappaz. La publication du député ayant créé
la polémique ces derniers jours sur les réseaux sociaux.


Ces dernières semaines ont été marquées par un regain de défiance envers la tolérance. Des élus ont tenu des propos tout bonnement inqualifiables. Il y a d’abord eu Denis Menoud invitant ses collègues du Conseil municipal à rendre leur passeport suisse s’ils n’étaient pas satisfaits de leur naturalisation. Puis Henry Rappaz qui a affirmé son soutien au journal de la droite française très radicale Minute en illustrant son propos par l’image d’un singe habillée en être humain. Cette photo traîne sur les réseaux sociaux et est généralement accompagnée d’un portrait de la ministre de la Justice Christiane Taubira.

 

Ces dérapages ne sont pas anodins et doivent être ardemment dénoncés. D’autres cas n’ont pas été relayés par la presse. J’ai notamment lu sur le profil d’une candidate MCG au Grand Conseil – Marie Laure Dupont – le partage d’une photo présentant une femme en burqa avec comme légende: l’islamophobie n’est pas un crime, mais un acte de légitime défiance. Je cite de mémoire. Plus récemment encore, la députée MCG Danièle-Christine Magnin partageait sur son profil Facebook un article de blog intitulé: «La Norvège tape du poing sur la table: pas de mosquée» avec comme description écrite par l’intéressée «bravo la Norvège». Plus loin, elle commente: «Heureusement, ils ont la base légale pour agir ainsi».

 

Il serait toutefois malhonnête de laisser penser qu’il n’y a pas d’autres partis qui ont des membres proférant des propos aussi limites. J’ai vu à plusieurs reprises récemment des phrases concernant la religion de Mauro Poggia. Comme si cet aspect de sa vie privée avait un quelconque rapport avec son action politique. Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai jamais vu ni entendu le futur conseiller d’Etat émettre des idées politiques qui impliquaient sa confession. La République dans laquelle nous vivons est laïque, ce qui signifie qu’il faut laisser la religion aux affaires privées. Les différentes allusions vues par-ci par-là à propos de la religion de Mauro Poggia n’ont évidemment rien à faire dans le débat politique. C’est hors sujet.

 

Dès lors, j’en viens à l’action concrète: en cette période trouble (toute crise s’accompagne d’un malaise identitaire, l’Histoire m’en est témoin), il convient de ne pas accepter de tels dérapages. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a bien fait de déposer une plainte pénale contre Henry Rappaz et le MCG. Qu’importe si les plaintes devaient aboutir sur une fin de non-recevoir. Ce dont je doute. Il faut condamner avec intransigeance toute forme de velléités discriminatoires, et redoubler de sévérité avec les élus du peuple. L’intolérance est contraire à nos valeurs et est également une attitude antirépublicaine. Les institutions doivent sanctionner ce type de comportements et se porter garant du respect qui sied à toute société. Les propos de ces élus n’ont strictement rien à faire en politique. Ayons contre ces gens une main de fer dans un gant de velours. L’élégance le commande.

 

Grégoire Barbey

00:12 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |