Journalisme

  • Presse: il est minuit moins cinq...

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    Les éditeurs ont fait un choix concernant la presse romande. Plusieurs possibilités s’offraient à eux. Ils ont choisi par défaut le pire des chemins, celui qui consiste à ne pas vraiment faire de choix, et continuer dans la même direction comme si de rien n’était. Cette décision, qui n’en est pas tout à fait une, ne peut donc qu’être source de déception, d’incompréhension, de révolte. En effet, les éditeurs, en préférant continuer à imposer à leurs journaux des objectifs peu réalistes de rentabilité, et en désinvestissant dans la presse au moment où celle-ci a le plus besoin de moyens pour s’adapter et trouver un nouveau modèle d’affaires, n’ont fait qu’accentuer le déclin de la branche. Nombreux sont les journalistes qui chérissaient le mariage des journaux et des éditeurs, ces derniers étaient même depuis longtemps perçus comme des humanistes, des philanthropes qui croyaient passionnément à l’idéal d’une presse de qualité, diversifiée et forte. Au contraire, les titres qui étaient financés par des mécènes étaient regardés d’un œil suspect, presque accusateur. C’est triste, mais le réveil n’en est que plus douloureux.

    Les éditeurs avaient pourtant la capacité de prendre des directions différentes, de faire des choix clairs. Ils auraient pu, par exemple, décider d’investir massivement dans les journaux pour encourager l’émergence d’un modèle viable, débarrassé de l’incertitude chronique du marché publicitaire, et de cette dépendance somme toute malsaine. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait. Ce choix leur appartient, mais il est quand même nécessaire de relever l’absurdité qui se dégage de leur stratégie. Maintenir des titres en vie pour éviter que d’autres ne se créent et viennent concurrencer les éditeurs sur leur propre terrain n’est pas une stratégie, c’est une fuite en avant. Maintenir des titres en vie au prix d’incessantes et violentes restructurations, alors même que la presse traverse une crise de confiance et doit être d’autant plus solide et exigeante avec elle-même pour retrouver le lien qui l’unissait à ses lecteurs, alors même qu’internet implique de nouveaux modes de consommation de l’information qui renforcent la séparation entre les médias et leur public, ce n’est pas s’engager pour la presse, c’est la tuer, mais d’une mort lente, inéluctable, douloureuse, injuste.

    Le cœur de métier des éditeurs s’est progressivement déplacé. L’essentiel de leurs bénéfices se fait dans des activités annexes à celle de la presse. Les revenus y sont nettement supérieurs. Ce n’est pas par hasard si ces mêmes éditeurs ont retiré aux journaux une partie de ces activités qui leur permettaient encore de garder la tête hors de la noyade financière. La presse n’est donc plus qu’un reliquat historique de l’activité qui était celle des éditeurs à une époque qui n’est plus. Ce n’était pourtant pas une fatalité. Ces activités rentables des éditeurs auraient pu servir à financer, sous la forme d’un mécénat interne, les mutations que le contexte impose aux médias. Quelque part, ce mécénat existe de facto, puisque les titres déficitaires survivent grâce aux activités profitables des éditeurs. Mais ils ne font que survivre, sans obtenir des moyens supplémentaires pour faire face à la tempête et garder un cap à travers les remous de l’incertitude. Et cette survie implique nécessairement un sombre horizon, celui du déclin progressif, puis de l’arrêt brutal. L’Hebdo en a fait les frais. Des rumeurs au sein de la profession mentionnent une possible nouvelle saignée dans un grand titre genevois, lequel présente cette semaine ses chiffres et son nouveau projet éditorial.

    Je ne sais pas si ces craintes sont fondées. Mais qu’elles le soient ou non n’a guère d’importance. Les journalistes n’ont évidemment pas les garanties nécessaires pour faire leur travail en toute quiétude. Le danger d’une nouvelle restructuration demeure présent à chaque instant. Il s’agit d’une spirale infernale, qui s’auto-alimente. L’attitude schizophrène des éditeurs y est pour beaucoup. Leur communication aussi, puisqu’ils promettent que la réduction des effectifs n’impactera en rien la qualité des médias concernés (ce qui est un mensonge éhonté). Le Temps, symbole malgré lui de ces saignées répétées, l’a démontré récemment encore. De l’extérieur, on ne peut qu’avoir le sentiment d’une résignation. L’absence publique remarquée du rédacteur en chef renforce l’impression que tout est foutu. Qu’il n’y a pas vraiment de quoi espérer encore. C’est dommage, car ces titres ont sûrement besoin plus que jamais d’avoir une vision, qui peut et doit être différente de celle des éditeurs.

    Quand Stéphane Garelli, président du Temps, déclare sur les ondes de la RTS que techniquement, les employés du journal sont sous la houlette de Ringier Axel Springer, et qu’il ne peut donc rien, il donne le sentiment d’avoir déjà abandonné la bataille. Alors même qu’elle ne fait que commencer, et qu’il est justement venu le temps de sortir de l’ambiguïté et de parler un langage vrai, qui se traduise par des actes. Rien n’est encore fini à ce jour, mais il est déjà minuit moins cinq sur l’horloge du déclin de la presse. Les éditeurs ont fait leur choix, il ne reste qu’aux médias concernés de faire le leur, et de ne plus donner le sentiment de s’être résigné à un funeste destin. Le grand soir de la presse peut encore advenir, il suffit de le vouloir durement.

    Grégoire Barbey

  • Le temps révolu des éditeurs

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    Colère. Sidération. Incompréhension. Impuissance. Indignation. Révolte. Ras-le-bol. Tous ces mots, et tant d’autres encore, pourraient aisément qualifier les sentiments qui prennent les journalistes romands à la gorge ces dernières semaines. L’annonce jeudi 16 février du nombre de licenciements au journal Le Temps a renforcé ces impressions. L’éditeur du quotidien, Ringier Axel Springer, avait prévenu via son communiqué informant de sa décision de cesser la parution de L’Hebdo que les suppressions d’emplois interviendraient dans la newsroom commune du Temps et de L’Hebdo. La charrette était donc prévue et elle allait forcément impacter le quotidien romand, quand bien même l’éditeur avait tenté de rassurer son monde en affirmant que les économies réalisées avec la suppression de L’Hebdo permettraient de renforcer Le Temps. De la communication froide. Investir dans un journal, aujourd’hui, implique de réduire d’un quart ses effectifs. Etonnant message envoyé par la direction zurichoise…

    Mais il faut prendre acte de ce signal. La quasi-totalité des journaux de langue française en Suisse sont gérés loin de la région qu’ils couvrent. L’intérêt porté par les gestionnaires de ces groupes, qui n’ont plus rien à voir avec le travail historique des éditeurs, ne peut donc qu’être inversement proportionnel à la longueur qui sépare la production de l’information et les prises de décisions. C’est un fait. Sinon, comment expliquer que des correspondants d’un journal à vocation romande perdent leur emploi à travers cette nouvelle saignée? Comment expliquer qu’une publication qui défend un journalisme exigeant, de qualité, soit amputée des ressources humaines qui donnaient à son ouvrage une valeur ajoutée, une signature singulière, une saveur particulière? Il n’y a strictement aucune décision stratégique. Il s’agit de coupes aveugles. Le journalisme moderne se voit confronter à devoir faire toujours plus avec toujours moins. Les perspectives sont sombres. Les éditeurs n’investissent plus dans la presse, ils désinvestissent. Leur mantra demeure la rentabilité, qu’importe le contexte économique, qu’importe la réalité, et tant pis si cela implique d’imposer cette vision étroite du profit à tout prix dans la douleur et dans les larmes.

    Nous devons accepter que les éditeurs ne soient pas prêts à investir et à s’engager pour que puisse émerger un modèle d’affaires viable, stable, qui garantisse l’avenir du journalisme, si nécessaire à la diffusion des idées, au débat, à la recherche de la vérité, qui est un combat permanent. Nous devons reconnaître que les éditeurs se passeront des médias si ceux-ci ne réussissent pas à effectuer la mutation qui leur est imposée avec toujours moins de moyens, moins d’effectifs. Seuls quelques titres, et ils ne se trouvent malheureusement pas du côté occidental de la Suisse, obtiendront un soutien à la mesure du défi que représente le contexte de crise traversée par la profession. Je le leur souhaite. Pour les autres, pour tous ceux qui veulent continuer à exercer leur passion, à donner une voix à cette région, à lui donner un langage, un visage, une parole, à lui offrir la capacité de se définir, de se penser, et de s’interroger sur elle-même, pour eux, il faut accepter que la presse fait face à un divorce violent et unilatéral de son mariage avec les éditeurs. Ce temps-là est révolu et les titres qui seront soutenus par ces groupes se réduiront année après année jusqu’à ce qu’ils ne détiennent plus que des organes de presse bénéficiaires, répondant à leur logique étriquée d’une économie de marché qui ne peut répondre par ses mécanismes aux besoins qui sont ceux du journalisme.

    La situation est d’autant plus révoltante et incompréhensible que l’importance des médias ne cesse d’augmenter dans ce monde qui, lui aussi, est bouleversé par des mutations de grande envergure. L’émergence de chefs d’Etat, de partis et de communicants qui travestissent ouvertement la réalité imposent des défis fondamentaux au journalisme d’après-guerre dont est issu la presse actuelle. Il s’agit d’un tournant, et la pression est multilatérale, puisqu’il y a d’un côté les besoins de financement et de l’autre celui d’adopter un ton et une approche qui correspondent à notre époque. Je crois pour ma part au retour progressif des médias d’opinions. Mais je conçois que cela ne soit pas une vision qui fasse l’unanimité. Je pense pourtant qu’il y a lieu d’espérer que ces périodes douloureuses, injustes, violentes pour la presse puissent permettre l’émergence de nouveaux titres, de nouveaux médias.

    Le journalisme romand ne doit pas se résigner. Les perspectives comptables sont une chose, la passion et la nécessité de l’information en sont une autre. Il est peut-être temps de réunir ensemble tous ces journalistes laissés sur le carreau, dans un marché qui se rétrécit à vue d’œil. De s’organiser. De s’interroger. De devenir des forces de proposition. De trouver des personnalités disposant des leviers financiers, prêtes à soutenir une presse de qualité, exigeante, avec un langage qui lui soit propre, pour donner vie à cette région. Je suis convaincu qu’il y a des bonnes volontés des deux côtés. Qu’il faut se donner les moyens de les faire se rencontrer. Qu’elles puissent discuter. S’apprivoiser. Et peut-être, ensemble, bâtir les fondations d’un nouveau modèle, d’une presse libérée, renforcée, qui, à travers une renaissance, puisse s’exprimer et donner corps à cette passion de l’information qui anime tant de personnes aujourd’hui mises sur la touche.

    Gardons la tête haute et autorisons-nous à faire de nos désirs une réalité.

    Grégoire Barbey

  • Le double discours de Ringier Axel Springer

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    On s’en doutait un peu, mais l’annonce n’en est pas moins douloureuse, révoltante. Ringier Axel Springer Suisse a décidé de licencier 36 employés au sein des rédactions du Temps et de feu L’Hebdo. Cette nouvelle laisse quand même un goût amer dans la bouche. N’est-ce pas ce même éditeur qui avait affirmé, fin janvier, en annonçant la mort du magazine d’opinions que les économies réalisées permettraient de renforcer Le Temps?

    Ce double discours est scandaleux, parce qu’il ne donne aucune visibilité aux employés du quotidien romand. Au contraire. Comment peuvent-ils espérer qu’il s’agit de la dernière saignée (la quatrième depuis 2009…!) à laquelle ils devront faire face? Le signal envoyé par Ringier Axel Springer est catastrophique. Renforcer un journal à notre époque passe donc inévitablement par des licenciements. C’est la défaite du langage, des mots travestis par la communication d’entreprise. Quelle honte.

    Michel Danthe, président de la Société des rédacteurs et du personnel du quotidien, a très bien résumé la situation au micro de la RTS aujourd’hui: «C’est un peu comme dans Lucky Luke: on pend d’abord, on juge après». Cette situation ne peut pas être satisfaisante, parce qu’elle va à l’encontre du discours officiel communiqué par Ringier, même si celui-ci avait prévenu que Le Temps ferait sans doute face à des licenciements. C’est impensable d’imaginer qu’il n’y a pas d’autres alternatives que la suppression pure et simple de postes. C'est impensable de voir que Ringier peut parler de renforcer un journal en coupant dans les effectifs. Triste époque!

    On s’en doutait un peu. Mais les éditeurs nous prennent vraiment pour des cons.

    Grégoire Barbey

  • La presse d'opinions, un horizon nécessaire

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    Dans une excellente émission de la RTS (à écouter ici), Benoît Grevisse, directeur de l’Ecole de journalisme de Louvain, analysait hier les enjeux du monde des médias dans le contexte actuel de crise économique et politique traversée par la profession. J’invite tous mes lecteurs à prendre le temps d’écouter cette émission, tant les propos de l’invité font sens et sont si peu défendus actuellement dans le milieu journalistique. Selon lui, les journalistes doivent «dire que ce qu’on fait n’est pas parfait, que ce n’est pas la vérité, mais qu’on tente de s’en rapprocher. L’opinion, oui elle a sa place, il faut être honnête sur son positionnement et revendiquer l’opinion, mais pas faire comme si on était dans la neutralité, tout en imposant une vision, une représentation du monde que le public ne supporte plus». Durant une vingtaine de minutes, Benoît Grevisse pourfend tous les clichés relatifs à cette profession, remettant en cause la façon dont elle s’est drapée d’une apparente objectivité, d’un faux semblant, celui de faire mine de rendre compte du monde comme il va en faisant mine de n’y pas toucher.

    Je n’ai pas l’expérience de Benoît Grevisse, moi qui ai embrassé le journalisme il y a seulement un peu plus de quatre ans. Mon background est donc bien maigre, mais pourtant, je me retrouve totalement dans ce qu’il dit, dans son analyse sans concession. Depuis mes premiers pas dans ce métier, j’ai toujours pris plaisir à lire, à écouter et à regarder les médias. Je n’ai jamais cru en l’objectivité, et moins encore en la neutralité. Non que ces objectifs ne soient pas louables, mais ils ne sont tout simplement pas accessibles. Le journaliste n’est pas un scientifique, et il ne peut donc pas objectiver la matière qu’il traite au quotidien. Il rend compte de ce dont il est témoin à travers le prisme qui est le sien, prisme qui résulte d’une façon de concevoir le monde. Le reconnaître, ce n’est pas pour autant reconnaître son incapacité à informer. Au contraire. Mais comme le suggère Benoît Grevisse, il faut être soi-même conscient de ses limites et le dire aux lecteurs, aux téléspectateurs. Personne n’est dupe, et parfois, le recours à certaines formulations de phrase, à certains mots trahissent l’opinion de l’auteur. Cela ne me gêne nullement, sauf lorsque l’on se cache derrière le paravent d’une neutralité à toute épreuve.

    Je suis convaincu que le journalisme d’opinions est appelé à revenir en force. Et dans les faits, il signe déjà son retour (mais a-t-il seulement disparu un jour?), surtout à travers des médias aux opinions très tranchées. Pour l’heure, rares sont les médias aux idées plutôt centristes revendiquant haut et fort leur part de subjectivité. Mais ça ne saurait tarder, tant l’urgence de la situation commande de revenir aux sources de notre profession. Dans son intervention, Benoît Grevisse relève l’importance démesurée qui a été donné aux experts depuis des décennies. Comme si seuls ces personnes étaient autorisées à expliquer, à décrypter les faits. Il suffit de regarder le modèle actuel des médias: il y a un expert pour chaque sujet, et rien ne peut être dit sans que l’un d’entre-eux ne vienne confirmer les propos du journaliste. A tel point que les médias cherchent toujours des avis opposés, quitte à trouver des personnalités aux opinions… très singulières. Cela crée beaucoup de cacophonie, et il est d’autant plus difficile de tirer quelque chose de tout ça.

    Pourtant, l’opinion n’est pas un crime! Du moment que le contrat passé avec les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs est clair, le journaliste peut et doit revendiquer sa part de subjectivité, assumer son opinion, son analyse des faits, forcément biaisée par ses propres références. Ne pas prendre le lecteur pour un abruti, c’est justement lui donner la capacité de faire le tri, de définir s’il partage l’information qui lui est rapportée ou non. Ce n’est qu’ainsi que peut se sublimer la diversité de la presse, parce que les opinions sont bien plus diverses que ne le sont les vaines tentatives de rapporter les faits de la façon la plus neutre possible. Le mantra du journalisme, c’est la recherche de la vérité. Et on a quelque peu oublié ce que cela implique. Nous ne sommes pas les détenteurs d’une vérité qui ferait autorité sur tout le reste. Ce qu’il y a de beau, de passionnant, d’incroyable dans cette profession, c’est l’éternel questionnement suscité par le monde, par les événements qui le traversent. C’est d’essayer de saisir, au milieu de la communication et du prêt-à-penser, une part de vérité.

    L’idée d’une opinion journalistique a été progressivement reléguée à des styles d’articles bien définis. L’éthique de la profession s’est concentrée sur la différenciation entre le compte rendu et l’opinion. Et pourtant, bien souvent, ces exercices se confondent. Aujourd’hui, la confusion n’est pas forcément évidente à première vue, et pourtant, en prenant la peine d’écouter, de lire tout ce qui est rapporté, on en vient à relever immédiatement la part de subjectivité propre à l’exercice de l’information. Ce n’est pas une fatalité, et je reste persuadé que cela peut être utilisé à bon escient. Cela demande une certaine humilité, bien sûr. Celle de reconnaître son imperfection, les limites de son travail. Mais finalement, le journalisme n’est-il pas fait d’une ligne éditoriale, donc de hiérarchisation de l’information, ce qui implique dans le choix desdites informations une part forcément subjective?

    Je défends les contours d’un journalisme de combat. Un journalisme qui n’a pas la prétention de dire aux gens ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, mais qui dit: voilà mon témoignage de ce qu’il m’a été donné de voir, d’entendre, de découvrir. Voilà ce que moi, témoin de proximité des acteurs de ce monde, je puis vous dire. Ne le prenez pas pour argent comptant, car je puis me tromper. Cette vision de mon métier, je la chéris, je l’appelle de mes vœux. Je souhaite que nous puissions favoriser l’esprit critique. Sans jamais oublier cet objectif qui nous relie tous: celui de toujours chercher la vérité, aussi bien cachée qu’elle puisse parfois l’être. Et tant pis s’il y a des personnes qui refusent de nous croire. Participons au débat, donnons-lui un sens, plutôt que de s’infliger les contraintes d’une représentation du monde qui se veut neutre mais qui ne peut jamais l’être complètement.

    Oui, je crois que ce journalisme-là a un avenir, parce qu’il a aussi un passé. Mais comme le rappelle Benoît Grevisse, à l’époque, les médias – qui étaient tous d’une opinion revendiquée, et souvent d’un parti – étaient souvent les porte-voix des puissants. Or, le journalisme peut et doit être le lien entre les acteurs et le reste de la population. Tenter de créer un dialogue entre eux. Comprendre. Donner à réfléchir. Interroger, toujours. Ne pas se contenter de ce qui est donné à voir. Le monde, tout comme l’information, ne descend pas du ciel, et nous ne pouvons avoir la prétention de détenir une vérité forcément absolue. Je vois dans un tel journalisme une nouvelle aube, plus propice à s’inscrire dans cette époque hyper-connectée, où l’information n’est plus un moyen de s’émanciper du discours officiel mais donne une sensation d’être sans cesse assommé de ce qu’il convient de penser pour saisir les enjeux de ce monde. Oui, je crois décidément au futur d’un journalisme d’opinions.

    Merci à Benoît Grevisse d’avoir partagé sa position. L'espace de quelques minutes, je me suis senti pleinement en phase avec ma profession.

    Grégoire Barbey

  • Il veut interdire le recours à Intrum Justitia

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    Le député Vert et membre du Bureau du Grand Conseil François Lefort a déposé dimanche 17 août une question urgente écrite pour demander au Conseil d’Etat si «des établissements publics autonomes voire des fondations publiques contrôlées par l’Etat de Genève» recourent à des sociétés de recouvrement (comme Intrum Justitia ou Debitors Management, parmi beaucoup d’autres). Selon François Lefort, un citoyen l’a interpellé à propos d’une entité publique ayant recours à Debitors Management. Le député précise que ces «société[s] de recouvrement [font] l’objet de plaintes quotidiennes auprès de la Fédération romande des consommateurs (FRC) pour [leur] comportement abusif». Il rappelle en outre dans le document que «les pratiques agressives alléguées dans de nombreux articles de presse font état de «harcèlement par téléphone, SMS, courriels», mais aussi des «lettres de menaces ou de contrainte» et procédés à la limite de la légalité».

    François Lefort mentionne le postulat du conseiller aux Etats libéral-radical Raphaël Comte demandant au Conseil fédéral d’étudier un meilleur encadrement des pratiques de ces sociétés de recouvrement et l’imposition de limites claires à leurs activités. Ce que le Conseil fédéral avait accepté. Le député précise qu’il «serait donc étonnant pour des autorités publiques de recourir à de telles sociétés». C’est pourquoi, conclut-il, le Conseil d’Etat doit vérifier si l’Etat ou ses satellites utilisent ce type de services.

    François Lefort, contacté par Politeia, prévoit de déposer une motion si le Conseil d’Etat venait à répondre par l’affirmative. «Avec la réputation sulfureuse de ces sociétés de recouvrement, et leur facturation de frais de dossiers folkloriques qui participent au surendettement, des jeunes en particulier, il est hors de question que l’Etat y fasse recours», lance-t-il. La motion aurait donc pour but qu’aucune entité publique autonome ou fondation sous contrôle de l’Etat ne puisse utiliser les services de ces sociétés. «Je ne suis en général pas favorable à des interdictions de ce type, réagit le député PDC et avocat Vincent Maitre. Les entreprises, privées et publiques, ont tout à fait le droit d’externaliser certaines tâches. Cependant, je ne comprends pas ce qui motiverait une entité de droit public à recourir à ce type de services, puisqu’elle possède un département juridique tout-à-fait à même d’intenter les démarches juridiques utiles à l’encontre de ses débiteurs indélicats.»

    Les Transports publics genevois (TPG) font appel à Debitors Management, selon des témoignages recueillis par Politeia. Plusieurs personnes ont reçu des sommations de paiement de cette société de recouvrement. Les factures peuvent vite atteindre des chiffres astronomiques, pour des montants a priori dérisoires. Est-ce surprenant qu’un établissement public autonome comme les TPG ait recours à un mandataire externe pour obtenir la restitution de ses créances? Selon Vincent Maitre, la réponse est oui. «En général, une sommation, un commandement de payer et un jugement de mainlevée provisoire ou définitive suffisent à recouvrer la majorité des créances», explique le député. «Cela peut se compliquer par la suite, poursuit Vincent Maitre, mais toute entité publique est composée de juristes suffisamment compétents pour ne pas avoir à externaliser ce type de procédures. Le recours à des représentants externes, par définition sources de coûts supplémentaires, en est d’autant plus incompréhensible

    «Des méthodes qui frisent le code»

    Les sociétés de recouvrement ont souvent fait l’objet d’articles de presse, voire de reportage. La législation stipule qu’aucune entreprise n’est tenue de faire appel à des sociétés privées pour récupérer les sommes que leur doivent leurs débiteurs. Et que, partant de ce principe, il n’est pas acceptable que des frais soient exigés auprès des débiteurs. En résumé, c’est au créancier, s’il n’est pas en mesure de démontrer que les frais occasionnés par le non-remboursement des montants dus dépassent les intérêts moratoires de 5%, d’assumer les coûts d’utilisation des services des sociétés de recouvrement. La loi demeure toutefois partielle, tant et si bien que ces entreprises exigent systématiquement des «frais de clôture de dossier», une pratique courante chez Intrum Justitia. Ces montants font généralement l’objet d’un courrier une fois que les sommes réclamées par le créancier ont été remboursées pour signifier que la société requiert une participation à ses frais. Dans le cas d’Intrum Justitia, le document stipule généralement des «prétentions découlant de l’art. 106 du Code des obligations». Lequel implique que «lorsque le dommage éprouvé par le créancier est supérieur à l’intérêt moratoire, le débiteur est tenu de réparer également ce dommage, s’il ne prouve qu’aucune faute ne lui est imputable». Cet article reste toutefois à nuancer. Selon le site stop-surendettement.ch, le créancier n’est pratiquement jamais en mesure de démontrer un dommage supérieur à l’intérêt annuel de 5%.

    Le site recommande d’ailleurs de faire opposition partielle dans le cas où ces montants sont exigés. En cas de non-paiement de ces «frais de retard» ou «frais de dossier», la société de recouvrement ne clôture pas le dossier du débiteur. Dans le cas où celui-ci souhaiterait contracter un crédit, et que l’entreprise auprès de laquelle il souhaite le faire appelle ladite société de recouvrement, cette dernière affirmera que le client fait toujours l’objet d’un endettement. Même si toutes les sommes exigées ont été remboursées rubis sur l’ongle, exceptés les frais supplémentaires. «Il est toujours dangereux de généraliser, explique Vincent Maitre, député PDC et avocat. Mais il est vrai que le praticien que je suis a pu constater que certaines de ces sociétés ont des méthodes qui frisent le code. Elles profitent allègrement de la méconnaissance juridique et de l’éventuelle fragilité psychologique ou financière de leurs «proies» pour les soumettre à une forte pression et leur brandir la menace du procès. Ainsi, leur rémunération – sous prétexte de prétendus frais aussi exorbitants qu’illicites – leur est assurée.»

  • Médias: politiques, mêlez-vous de vos affaires!

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    Ainsi donc les jeunes libéraux-radicaux et les jeunes démocrates du centre ont lancé une initiative pour interdire le subventionnement des médias audiovisuels. En cause, la redevance jugée inacceptable. Si l’on peut souscrire à l’argumentaire – l’Etat n’a pas à financer des médias –, on s’étonne volontiers de voir tous ces politiciens soudainement pétris de bonnes intentions à l’égard du secteur journalistique. Ils nous parlent qualité, ils nous parlent concurrence, ils nous parlent indépendance – ah, la bonne affaire! Derrière les grands principes, il y a de nombreux élus qui s’engouffrent déjà dans la brèche pour critiquer à demi-mots un métier qui souvent les dérange.

     

    Ces politiciens qui sont toujours très contents d’être invités dans les émissions des chaînes de télévision dites «de service public» (SSR SRG) veulent maintenant supprimer l’unique moyen de financer pareil mammouth. Se rendent-ils compte qu’ils se tirent une balle dans le pied? Qu’une partie de leur visibilité en pâtira inévitablement? Oui, l’un de leur argument est d’affirmer qu’un média financé par l’Etat n’est pas indépendant. La bonne blague. Il faut entendre ici qu’il ne donne pas assez la parole à ceux qui voudraient l’avoir. Mais tout ce que j’écris est évidemment faux: les initiants le disent eux-mêmes, il ne s’agit pas d’attaquer les médias, mais de mettre fin à un mode de financement qui n’est plus adapté à son époque.

     

    En clair, nombreux sont ceux qui ne consommeraient jamais une seule information de la RTS, ni par télévision, ni par internet, ni par la radio. Alors que la consommation des émissions des chaînes de service public évolue et augmente toujours plus en différé (donc via notamment internet), les initiants veulent nous faire croire que le grand média public n’a pas rendu captif la plupart des citoyens. Certes, on peut critiquer l’aspect monopolistique de la SSR SRG, avec sa redevance gigantesque et la faible redistribution aux autres médias offrant une information «de service public» (liée à la vie locale, politique, culturelle, etc.). Mais il faut être honnête: en quoi la suppression du subventionnement des médias audiovisuels au moyen de la redevance libérera le secteur de la tutelle de l’Etat? Les concessions seront toujours octroyées par la Confédération.

     

    Evidemment, l’on peut être investi de grands idéaux – je suis moi-même libéral et ai de la peine avec tout ce qui s’apparente à de la contrainte. La redevance est un moyen on ne peut plus discutable. Personne n’a jamais remis en cause cet aspect désagréable du financement des médias audiovisuels. Mais à nouveau, quel est le but final d’une telle initiative? Est-ce vraiment un projet louable, avec un but explicable et défendable, ou est-ce une attaque cachée envers la liberté des médias? La Suisse est un marché particulier, car une chaîne de télévision ou de radio privée peut difficilement attendre une taille critique acceptable, du fait des particularités linguistiques et régionales de notre pays. Peut-on vraiment dire que la SSR SRG n’a pas un quelconque intérêt public? Il faudrait développer l’argumentaire. L’impôt (ici sous forme de redevance) est toujours douloureux. Un libéral a cette méthode en horreur. Il ne faut toutefois pas sombrer dans l’idéologie la plus totale et se poser les bonnes questions. Faut-il mettre un terme à l’existence des médias audiovisuels publics? Pourquoi pas. Alors parlons franchement des conséquences.

     

    C’est tout de même remarquable que les politiques veuillent tout d’un coup sauver le marché des médias. Eux qui les attaquent quotidiennement quand l’information publiée ne leur convient pas. Eux qui, dès qu’ils le peuvent, tentent de connaître les sources des journalistes. Ils veulent sauver le métier, soudainement, mais à nouveau sans s’être intéressé à ce que pensent celles et ceux qui évoluent tous les jours dans cette profession. Une belle initiative, remplie de bonnes intentions, avec pour finalité le chômage de milliers de personnes – car si la Confédération ne subventionne plus les chaînes audiovisuelles publiques, bonjour les dégâts! La redevance, c’est plus de trois quart des recettes de la SSR SRG. Si les initiants estiment – peut-être à raison – que le système de financement est dépassé, qu’ils se mettent autour de la table avec les principaux intéressés et qu’ils mettent sur pied un nouveau modèle. Sinon, politiques de tous bords, occupez-vous de vos affaires!

     

    Grégoire Barbey

  • Editorial: la fin des guerres de tranchées

    Editorial paru dans L'Agefi du 11 novembre 2013

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    Les résultats du second tour de l’élection au Conseil d’Etat à Genève sont sans appel: les citoyens ont élu hier un gouvernement très clairement à droite (cinq sièges sur sept). Le centre sort complètement éclaté de ce remaniement. La composition du Grand Conseil l’avait déjà indiqué il y a cinq semaines. Trois blocs ont émergé: la droite radicale (MCG-UDC), l’Entente (PDC-PLR) et la gauche (Socialistes, Verts et Ensemble à Gauche). De ces trois alliances parlementaires, deux apparaissent naturellement porteuses de majorité: il s’agit des deux blocs de droite. Bien qu’il y ait au sein de l’Entente un certain rejet de la politique défendue par l’alliance MCG-UDC, il semble évident qu’il y aura sur les questions sécuritaires et économiques davantage de possibilités de  construire des avancées notoires en accordant aux formations restées jusqu’ici en marge de la politique cantonale une place plus importante.
    A l’aube d’une législature imprégnée de dossiers cruciaux pour Genève (abolition des statuts fiscaux spéciaux, fin du secret bancaire sur la place financière, etc.), cette majorité gouvernementale et parlementaire paraît pleine de promesses: en acceptant de ne plus laisser de côté le MCG et l’UDC – qui pèsent tout de même 31 sièges sur 100 –, l’Entente a l’occasion historique de mener une politique économique pragmatique et proche des attentes des entreprises.
    Ce compromis ne sera évidemment pas gratuit: il ne faudra pas songer à réaliser uniquement des alliances de circonstance. Les représentants du PLR et du PDC ont maintenant le devoir d’aller au-delà des guerres de tranchées. Sur la sécurité et l’économie, les deux coalitions de droite peuvent s’entendre. L’inconnue à ce stade, c’est le magistrat qui devrait obtenir les Finances.
    Logiquement, on pense au démocrate-chrétien Serge Dal Busco, dont le profil correspond aux défis qui vont de pair avec ce département: il faudra être implacable, déterminé et compétent. Le canton ne doit-il pas faire face à des difficultés persistantes et croissantes? Le centre n’est plus à même de créer tout seul les bonnes dynamiques économiques. L’heure n’est plus aux désaccords de forme. Il faut vraiment se mettre à bâtir l’avenir. Seules des majorités intégrant toutes les composantes de droite le permettent.

     

    Grégoire Barbey

  • Sébastien Desfayes: la doctrine social-libérale

    Interview, 17.09.13

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    Sébastien Desfayes. L'avocat et juge suppléant au Tribunal civil s'est lancé dans la course
    au Grand Conseil sur la liste PDC. Il est vice-président de la section Ville de Genève.

     

    Sébastien Desfayes est avocat et associé de l'Etude Perréard de Boccard. Il assume également la fonction de juge suppléant au Tribunal civil de Genève. A 42 ans, il a décidé de prendre part aux élections au Grand Conseil sur la liste du Parti démocrate-chrétien (PDC). Très actif, il gère également la communication pour la campagne de son parti et occupe la fonction de vice-président de la section Ville de Genève. A l'occasion de sa candidature, il a accepté d'en dire un peu plus sur son engagement et sa personnalité. Entretien.

     

    Pourquoi le PDC?
    Vous devriez reformuler la question: pourquoi pas le PDC? S'il existe un parti dans lequel tout le monde doit se reconnaître, c'est bien celui-là. Les résultats des votations démontrent, tant sur le plan cantonal que fédéral, que 80% des Suisses approuvent les propositions soutenues par le PDC. Par ailleurs, j'avais 20 ans quand Jean-Philippe Maitre était conseiller d'Etat. C'était une personne que j'admirais. Il m'a vraiment donné envie de m'engager en politique et d'être un démocrate-chrétien. Je me reconnaissais et je me reconnais toujours dans ses idées.


    Mais qu'est-ce qui vous attire précisément au PDC?
    Ce qui m’attire, c'est sa doctrine sociale-libérale qui prend en compte les nécessités économiques, tout en prenant soin de ne pas creuser les inégalités; mieux, de les réduire sans pour autant tomber dans une société égalitariste. Le PDC défend l'intérêt général. Et contrairement à ce que l'on pense, la plupart des partis ne le font pas: certains ne défendent pas le bien commun: beaucoup de partis sont en effet excluants, que ça soit par xénophobie, ou encore par la défense d'intérêts particuliers. Le PDC n'est pas le parti d'un dogme ou de lobbies. C'est un parti qui cherche à défendre les intérêts du plus grand nombre. C’est ce qui fait sa spécificité.



    Quand vous dites que le PDC «cherche» à défendre les intérêts du plus grand nombre, c'est qu'il n'y arrive pas toujours?
    C'est un parti charnière dans l'échiquier politique suisse et genevois. Il tente de rassembler les partis sur certains projets et il y parvient très souvent. Mais il est vrai qu'en raison de la polarisation croissante de la vie politique suisse, qui est soit dit en passant regrettable, il est de plus en plus difficile de créer le consensus sur des projets qui répondent pourtant à l'intérêt général. C'est malheureusement une vérité.



    Qu'est-ce qui vous a amené à vous engager politiquement?
    Plutôt que d’être une marionnette, je préfère être un acteur. On entend trop de gens qui se plaignent de la politique sans qu'ils ne prennent la moindre mesure pour remédier aux problèmes qu'ils invoquent. Moi je préfère directement tenter, à un échelon local, d'influer sur le cours des choses. C'est précisément pour cette raison que je me suis porté candidat au Grand Conseil.



    Vous êtes avocat, comme beaucoup d'autres. Ne pensez-vous pas qu'il y en a trop en politique? Ne faudrait-il pas une représentativité plus large des corps de métier et des différentes sensibilités?
    S’agissant de votre seconde question, oui c'est un fait: le Grand Conseil devrait être représentatif de la société en général, et refléter sa diversité, aussi sur un plan socio-professionnel. En revanche je remarque et déplore que les avocats sont beaucoup moins représentés aujourd'hui au Grand Conseil qu'ils ne l'étaient il y a de cela à peine trente ans. C'est bien dommage parce que les avocats maîtrisent les lois et sont au contact direct de la population et des entreprises. De ce fait, Ils connaissant bien les préoccupations et les besoins de l'ensemble de la société, ce qui est capital quand il s’agit de proposer des projets législatifs pertinents. 


    Est-ce qu'il y a un sujet qui vous tient particulièrement à coeur?
    La défense du tissu économique genevois, ce qui inclut les grandes entreprises comme les petites et moyennes. On ne peut pas opposer les PME aux multinationales. Les unes dépendent directement des autres. Ces cinq prochaines années seront capitales pour les entreprises du Canton. Par exemple, l'abolition des régimes fiscaux spéciaux nécessitera une refonte totale de la fiscalité genevoise des entreprises. C'est la mère de toutes les batailles. Car tout dépend à Genève de la vigueur de l'économie. L'Etat dépense beaucoup d'argent, il faut bien qu'il ait des ressources. C'est tout le principe du social-libéralisme que j'évoquais au début de notre entretien. 


    Qu'est-ce qui vous différencie des autres candidats?
    Les 475 candidats sont tous différents. C'est donc difficile pour moi de dire ce qui me différencie d'eux. Mais je pourrais vous parler volontiers de mes qualités: je pense être une personne courageuse: le courage est une vertu que l'on ne retrouve pas à chaque coin de rue. J'ai aussi une véritable passion pour la politique, mais sans qu'elle ne constitue pour moi un gagne-pain ou une raison d'être.


    Et votre raison d'être, quelle est-elle?
    Essayer dans la mesure du possible d'être heureux et de faire en sorte que les gens autour de moi le soient.

    Qui ne serait pas d'accord avec vous sur ce sujet?
    Tout le monde serait en accord avec moi à ce propos. Reste à savoir si c'est toujours appliqué dans les actes.

     

    Interview: Grégoire Barbey

  • Sébastien Kaech: la passion de Genève

    Interview, 09.09.13

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    Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC Versoix est candidat au Grand Conseil.
    Il espère réussir à motiver les jeunes à voter pour lui. Et à s'engager politiquement.

     

    Sébastien Kaech est vice-président du PDC Versoix et secrétaire général de la Clinique des Grangettes. Candidat au Grand Conseil sur la liste du PDC, il mène une campagne tambour battant dans tout le canton. A 32 ans, il espère pouvoir rallier à lui, tant les votes des jeunes, qui ne s’impliquent pas suffisamment en politique selon lui, que ceux qui souhaitent soutenir un nouveau candidat. Véritable passionné de Genève, il est le créateur de la page Facebook «Genève/Geneva» qui compte aujourd’hui plus de 26'000 fans. La Tribune de Genève lui avait d’ailleurs consacré un portrait lorsque les 25'000 «j’aime» avaient été atteints. A l’occasion des élections cantonales du 6 octobre, Sébastien Kaech a accepté d’en dire un peu plus sur lui. Entretien.

     

    Vous êtes au PDC depuis 3 ans. Pourquoi avoir choisi ce parti plutôt qu’un autre?

    Je n’avais pas de famille politique prédisposée. J’ai donc comparé les différents partis représentés à Genève pour voir lequel me correspondait le plus. Si je partage la notion de redistribution des richesses avec les socialistes et celle d’économie forte avec les libéraux-radicaux, ces deux formations me paraissaient trop figées par rapport à mes propres positions. Les démocrate-chrétiens défendent justement ces deux aspects qui me sont chers tout en étant plus consensuels. C’est pour ça qu’en 2010 j’ai adhéré à la section du PDC Versoix. Par la suite, j’ai collaboré à la campagne municipale du PDC Ville de Genève avec son président, qui était à l’époque Alain de Kalbermatten. C’est à ce moment que j’ai eu l’occasion d’apprécier la politique de terrain et de réaliser que le PDC était bien le parti qui me correspondait.

     

    Qu’est-ce qui vous amène à vous présenter à ces élections?

    Il y a plusieurs raisons. Je désire, tout d’abord, être un acteur pour le bien des citoyens de Genève. Apporter en quelque sorte ma pierre à l’édifice. Et je trouve particulièrement important qu’il y ait des jeunes qui s’engagent en politique. Il y en a actuellement trop peu et c’est véritablement un déficit conséquent pour la collectivité. Les jeunes représentent l’avenir et ce sont eux qui dirigeront demain la société. Mais aussi, être une force de proposition et combattre les clivages gauche-droite qui, actuellement, bloquent le développement de notre canton. C’est essentiellement pour tout cela que je m’implique personnellement.

     

    Quand vous dites «pour le bien des citoyens de Genève», ne pensez-vous pas que tous les candidats répondraient la même chose? Qu’est-ce qui fait que vous, Sébastien Kaech, vous vous présentez pour le Parlement cantonal?

    Je suis passionné par Genève et j’aime écouter les gens. Je suis une personne de terrain. C’est ce côté humain qui me plait et m’a toujours plu dans la politique. Mais au-delà de cela, je sens un certain nombre de tensions parmi les Genevois. Ceux-ci me semblent déçus de la politique menée actuellement et du manque de parler vrai. Ce qui peut alors me différencier, c’est cette proximité que j’ai vis-à-vis des citoyens et ce besoin de répondre clairement à leurs attentes. Je ne veux pas que Genève devienne un lieu où seuls les hauts revenus comptent pour la collectivité et où la classe moyenne est marginalisée. Tous les citoyens doivent pouvoir vivre confortablement et terminer le mois sans devoir se serrer la ceinture.

     

    Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats, à votre avis?

    Honnêtement, je ne connais pas tous les profils des candidats. Mais, si je devais utiliser trois adjectifs, je dirais: fédérateur, vrai et travailleur. Mais quoi qu’il arrive – que je sois élu ou non –, je prends énormément de plaisir à mener ma campagne. C’est l’occasion pour moi de faire des rencontres passionnantes, que je ne ferais pas en temps normal. J’en garderai un excellent souvenir.

     

    Mais tout ça, c’est de la communication… Qui êtes-vous, au fond? Il y a bien une raison qui vous pousse à vouloir vous engager politiquement!

    Parler de mon parcours n'est pas l'exercice le plus aisé pour moi mais cela a contribué à être qui je suis aujourd'hui. Pour être franc, je me suis toujours battu pour m’en sortir. A 15 ans, j’ai quitté le domicile de mes parents. A partir de là, j’ai réalisé qu’il me fallait devenir autonome. J’ai donc commencé à travailler dans la restauration. Et j’ai effectué aussi divers autres petits jobs. Je me suis débrouillé tout seul et j’ai économisé pour effectuer une formation de gestionnaire de commerce dans une école privée. Une fois mon papier en poche, j’ai été engagé dans un cabinet d’avocats comme secrétaire. Je désirais ardemment montrer qu’un jeune dénué d’un cursus traditionnel pouvait s’en sortir et percer.

     

    Donc la politique, ce n’est pas par hasard?

    Non, bien évidemment. La volonté tient – à mon avis – un rôle important dans l’évolution de chacun, mais c’est aussi une nécessité en politique. C’est cette force qui me pousse à m’engager afin d’être au plus  proche des besoins des gens.

     

    Et si vous deviez vous décrire brièvement d’un point de vue politique, que diriez-vous?

    Je suis, pour ainsi dire, un vrai centriste. Je partage les valeurs traditionnelles d’une économie forte et d’une juste redistribution. Selon moi, le centre est l’avenir dans la mesure où les clivages gauche-droite perdent leur sens. Mais pour ce faire, il doit aujourd’hui, et j’en suis certain, être plus combattant et novateur dans ses positions.

     

    Interview: Grégoire Barbey

     

    Vous êtes candidat et n’avez encore jamais été élu au Grand Conseil? Si vous désirez également être interviewé, vous pouvez me contacter sur ma page Facebook en cliquant ici, ou me joindre par courriel à l’adresse gregoire.barbey@gmail.com.

     

  • Voirie: la correction d'une anomalie

    L'info, 03.08.13

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    Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation
    à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»


    Le conseiller administratif en ville de Genève Guillaume Barazzone a multiplié les annonces ces dernières semaines. Mais l’une d’entre-elles est passée particulièrement inaperçue : sa réforme des horaires des employés de la voirie. Ceux-ci ne travaillaient pas systématiquement le week-end, et lorsqu’ils le faisaient, c’était uniquement les samedis et dimanches matins. «Lorsque je suis arrivé au département, j’ai rapidement compris qu’il fallait faire davantage pour la propreté de la commune», explique le magistrat. «J’ai cependant aussi réalisé que mon budget n’augmenterait pas.» Les employés travailleront désormais les week-ends comme des jours de semaine. «Moyennant évidemment une compensation financière», tempère Guillaume Barazzone. «Le coût reste marginal, c’est de l’ordre de 240 francs par week-end, soit 90 francs de plus par collaborateurs. Cela varie selon les affectations, mais c’est une moyenne représentative.»

     

    Pour le magistrat PDC, il s’agit de tabler sur l’efficience. Le week-end, les citoyens utilisent beaucoup les espaces publics pour leurs loisirs, nécessitant un nettoyage régulier. La voirie compte environ 300 employés divisés en deux unités: le nettoiement (220 collaborateurs) et la collecte des déchets. La réforme des horaires concerne principalement l’unité de nettoiement. «Nous avons cartographié la ville de Genève pour répertorier les endroits à risque, comme la place du Molard», indique Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»

     

    Jusqu’ici, la ville de Genève sous-traitait à des entreprises tierces le nettoiement du territoire les week-ends. La semaine, c’était principalement pour s’occuper d’endroits peu accessibles à la voirie. Guillaume Barazzone nuance toutefois: «Septante pour cent des mandats attribués le sont à des entreprises actives dans la réinsertion sociale et le travail des mandataires est relativement faible par rapport au volume effectué par la voirie». Parmi ces sociétés et associations, la commune mandate notamment l’Orangerie, Réalise et l’Oseo qui proposent à des personnes excluent socialement une réinsertion par l’économique. «Cette réforme s’inscrit dans la droite ligne de l’ouvrage initié par mon prédécesseur», déclare le magistrat. Pierre Maudet avait en effet débuté un transfert de prérogatives du Service des espaces verts (SEV) à la voirie. Les collaborateurs du SEV s’occupaient du nettoiement de certains parcs. De nouveaux postes se sont ouverts en conséquence à la voirie, permettant de réformer les horaires le week-end.

     

    D’autre part, ce changement s’inscrit dans le vaste programme de Guillaume Barazzone de rendre le Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS) plus efficient. Les six poubelles solaires permettant la compression des déchets (Big Belly) serviront à rationnaliser la collecte des déchets. Elles sont dotées d’un compacteur stockant ainsi sept fois plus de déchets qu’une poubelle normale. Pour l’instant en phase de test, ces poubelles devraient offrir un gain de temps aux employés de la voirie. «Elles ont l’avantage d’avertir la voirie lorsqu’elles sont pleines via un signal envoyé par wifi, et nécessitent un entretien beaucoup moins fréquent», explique Guillaume Barazzone. «A titre d’exemple, il y avait 8 poubelles sur le pont de la Machine nécessitant deux ramassages quotidiens. Aujourd’hui nous les avons remplacées par une Big Belly qui requiert d’être vidée une seule fois par week-end.»

     

    Enfin, la répression et la sensibilisation sont également partie prenante du projet du magistrat. Les citoyens jettent au sol en Ville de Genève près de 500 kilos de déchets par heure, soit 12 tonnes chaque jour. Il s’agit donc pour Guillaume Barazzone de communiquer sur le sujet et rendre attentif la population à cette réalité. Si la sensibilisation ne fonctionne pas, les incivilités pourront faire l’objet d’amende, soit 200 francs pour un papier jeté par terre ou 400 francs pour une déjection canine sur le trottoir. «Il ne faut pas oublier que l’incinération de déchets représente un bon cinquième du budget», rappelle le magistrat. Le montant aux comptes 2012 pour l’incinération des déchets à l’usine des Cheveniers s’est élevé à 13'154'543.20 francs plus 1'385'684.84 francs pour les divers, soit au total plus de 14 millions.

     

    Grégoire Barbey