Gregoire Barbey

15/03/2017

La mode des stratégies 2030

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La Tribune de Genève nous apprend que le conseiller d’Etat Pierre Maudet a présenté à la presse sa stratégie sécuritaire 2030, «une première en Suisse». Loin de moi l’idée de jouer les mauvaises langues, mais ne peut-on pas se montrer plus critique face à de tels exercices? L’article nous résume les grands axes de ladite stratégie. Pour être honnête, n’étant pas un expert du domaine sécuritaire, je n’ai pas compris grand-chose. Est-ce que la stratégie est solide, ou s’agit-il d’un document prête-nom qui aligne des poncifs sur la sécurité pour pouvoir dire ensuite: «je vous l’avais dit» ou «nous étions précurseurs»? A un an des élections, ne peut-on pas y voir une tentative de façonner son image?

Je ne doute pas que Pierre Maudet dispose d’une vision politique sur le temps long. C’est probablement l’un des rares élus genevois à disposer d’une capacité (et c’est bien malheureux puisqu’il vise avant tout le Conseil fédéral…). Mais il n’en demeure pas moins que de tels documents, qui sont courants côté Confédération (les stratégies 2030, 2040, 2050 ne manquent pas à Berne…), nécessitent d’être interrogés pour ce qu’ils sont. Et justement, de quoi s’agit-il précisément? Nous présente-t-on une véritable réflexion, avec des idées audacieuses, des prises de risque, ou s’agit-il d’un manuel pour apprendre à arroser les chrysanthèmes et se donner un air de politicien sérieux?

La question se pose d’autant plus qu’on sait à quel point Pierre Maudet est un as de la communication. Ce n’est pas par hasard si l’aspect «inédit» sur le plan cantonal d’une telle stratégie est à ce point mis en avant. L’exercice, d’un point de vue communicationnel, est réussi. Mais après, qu’en est-il du fond? Est-ce la mode que de présenter des plans estampillés 2030? Pierre Maudet n’est pas le premier à le faire, et certains de ses collègues ne s’en sont pas privés. Au final, on aimerait savoir quelle sera la portée réelle d’une telle stratégie. Pour ma part, je ne retiendrai qu’un élément de cet article: le conseiller d’Etat annonce la couleur, il faudra faire davantage avec les mêmes moyens. S’agit-il vraiment d’une vision d’avenir ambitieuse?

Grégoire Barbey

Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno

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27/02/2017

Gloire à Françoise Buffat, gloire à la clarté

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La chronique est un art à part entière, un art engagé, puissant, pouvant porter à conséquence. Cette discipline, Françoise Buffat la maniait à merveille, et était crainte pour sa capacité à «porter la plume dans la plaie». Respectée, elle avait la réputation de pouvoir faire et défaire les carrières politiques, particulièrement au sein de feu le Parti libéral genevois. Son décès résonne tristement à l’heure où Le Temps supprime de nombreux emplois et que le journalisme romand traverse une crise sans précédente d’identité et de confiance. Françoise Buffat avait un indiscutable talent de plume et donnait à l’exercice de la chronique un ton et un langage qui font cruellement défaut de nos jours. Embourbé dans sa position de neutralité fantasmée, le journalisme moderne entretient avec la chronique une relation ambigüe. A la base exercice de style et de clarté, la chronique s’est peu à peu transformée en un fourre-tout confus et presque illisible. Il y a bien sûr des exceptions. Mais globalement, ce qui faisait le sel de la chronique s’est peu à peu dilué pour donner un résultat assez indigeste.

Le journalisme d’opinions a perdu son sexe ces dernières décennies, et ce n’est pas un hasard si l’art de la chronique en a fait les frais. Il ne s’agit plus que d’une forme de contenu, une manière, un genre. Bloqué dans sa position d’observateur neutre, le journalisme a relégué la pratique de la chronique en un exercice de style plutôt qu’en un exercice de clarté, de vérité (celle de l’auteur de la chronique, s’entend). L’art du zigzag a remplacé au fil des décennies celui de la pensée, des convictions. Lisez donc ce qui est aujourd’hui estampillé du label «chronique» et vous réaliserez assez rapidement que la position de l’auteur n’est en général pas limpide, et moins encore assumée. Ce qui relevait d’un exercice de droiture est devenu un exercice de contorsion, où même les mots prennent les courbures des esprits embués de leurs auteurs. Il n’est plus question de dire, quitte à déplaire. Il faut ménager la chèvre et le chou, dans une volonté de donner au journalisme une prétention inclusive, un air de science exacte, là où ce sont les représentations personnelles de chacun qui décrivent et décryptent les événements de ce monde.

Là où les mots étaient sulfureux, la chronique a pris le parfum du soufre. La rectitude de la pensée a été remplacée par la contrainte de l’obscur, de l’insaisissable. Gloire à Françoise Buffat, figure de la chronique politique locale, et gloire à toutes celles et ceux qui, aujourd’hui encore, tentent de donner à cet exercice les couleurs qui le rendent si singulier et si précieux. Espérons que les mots redescendent à nouveau dans la rue et cessent d’occuper des sphères hautaines où les reflets de l’ego surplombent la clarté du soleil.

Grégoire Barbey

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24/02/2017

Médaille russe: le débat était légitime

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Le Parlement genevois a accordé au député Guy Mettan l’autorisation de porter la médaille de l’ordre de l’amitié qui lui a été décernée par la Russie. C’est le président Vladimir Poutine qui choisit lui-même les personnalités réputées dignes de recevoir la décoration. Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité, mais bien d’un rituel qui peut suggérer qu’une telle décision n’intervient pas sans motif valable. Les députés, à une faible majorité, ont choisi de ne pas s’en formaliser, autorisant ainsi Guy Mettan à recevoir et porter la distinction émanant d’un Etat étranger. C’est la décision souveraine du Parlement. La discussion méritait pourtant d’avoir lieu.

Là où les députés s’avilissent, la République courbe l’échine. Guy Mettan a tout à fait le droit d’être un ami de la Russie, d’aimer ce pays, son histoire, sa culture, sa langue et tout ce qui la distingue. Il n’y a aucun reproche à lui faire sur ce point. Des questions se posent toutefois sur son rapport avec le gouvernement russe. Car si Guy Mettan se positionne en simple ami de la Russie, il n’en a pas moins écrit un ouvrage très dense pour dénoncer la «Russophobie» occidentale ambiante, et prend régulièrement des positions que l’on peut qualifier sans trop exagérer de complaisantes à l’égard de la politique gouvernementale russe.

N’écrivait-il pas sur son profil Facebook en décembre «Et voilà que la vérité commence enfin à sortir sur la corruption des médias établis dans leur couverture des événements en Syrie et en particulier à Alep», en partageant une vidéo intitulée «Une journaliste démonte en deux minutes la rhétoriques des médias principaux sur la Syrie»? D’abord, ladite vidéo a été mise sur internet par Russia Today France, bras armé francophone du média très proche du gouvernement Russia Today. Ensuite, la prestation de la soi-disant journaliste a rapidement été démontée par des faits: cette dame n’est pas journaliste et n’a pas effectué cette conférence sur invitation de l’Organisation des nations unies, comme cela semblait suggéré par le décor.

Que Guy Mettan se montre critique à l’égard des médias occidentaux ne pose aucun problème. C’est même souhaitable, d’autant plus en sa qualité de directeur du Club suisse de la presse. Mais qu’il le fasse en relayant sans distance les opérations de manipulation de l’opinion orchestrées par Russia Today laisse songeur. Je le répète, l’intéressé est tout à fait en droit d’aimer la Russie et de dénoncer les clichés cultivés à l’égard de ce pays en Occident. C’est une position respectable. Ce qui l’est moins, c’est de ne pas nourrir à l’égard du gouvernement russe la même distance critique qu’il pratique à l’endroit de l’Occident. Guy Mettan donne l’impression d’épouser purement et simplement les thèses défendues par Vladimir Poutine et son gouvernement. Une position confortée par son intervention dans l’émission Infrarouge consacrée à la Syrie.

L’obtention de cette médaille pouvait donc interpeller à raison certains députés. Et il est totalement légitime que le Parlement ait débattu de cette question, puisque la distinction a été décernée à l’un de ses membres et qu’elle émane d’un Etat étranger. Etat dont la politique intérieure peut soulever des interrogations, notamment sur le traitement réservé à la presse d’opposition. La majorité du Grand Conseil a décidé de balayer ces réserves et de donner à Guy Mettan la liberté d’accepter et d’arborer cette médaille russe de l’ordre de l’amitié. Le débat est donc clos.

Rappelons quand même à ceux qui ont vu dans cette discussion un excès de zèle du Parlement ces mots de Georges Clemenceau, adressés au Général Boulanger: «Ces cinq cents hommes qui sont ici, en vertu d'un mandat égal au vôtre, ne s'accordent pas sans discussion. Eh bien, puisqu'il faut le dire, ces discussions qui vous étonnent, c'est notre honneur à tous. Elles prouvent surtout notre ardeur à défendre les idées que nous croyons justes et fécondes. Ces discussions ont leurs inconvénients, le silence en a davantage». 

Grégoire Barbey

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12/02/2017

RIE 3: la mère de toutes les défaites

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«La mère de toutes les batailles.» C’est ainsi que le Conseil d’Etat genevois qualifiait la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3). La défaite doit donc lui laisser un goût particulièrement amer en ce dimanche de scrutin. Les Genevois, et plus largement les Suisses, en ont décidé autrement. Il faut dire que la campagne fut rude. Partisans et opposants n’ont cessé de marteler leurs arguments sur un ton pour le moins menaçant. Pourtant, l’échec de la réforme devant le corps électoral ne constitue pas particulièrement une surprise. Ce qui aurait pu être qu’une simple formalité s’est transformé en un véritable cauchemar.

La réforme était-elle déséquilibrée? Peut-être. Mais le véritable déséquilibre s’est joué dans l’argumentation des forces en présence. Une fois de plus, politiciens et milieux économiques n’ont pas su s’extraire des habituelles litanies ressorties à chaque votation à caractère économique. A coup d’arrogantes menaces aux relents de fin du monde, les partisans n’ont pas défendu le projet qu’ils soutenaient: ils l’ont sanctifié, élevé au rang d’Ecriture sainte, et n’ont eu de cesse d’affirmer qu’un refus impliquerait forcément des conséquences dramatiques pour la place économique suisse. Les partisans n’ont pas su adopter une posture de débat. Ils n’ont développé, pour la plupart, que des arguments d’autorité. La Suisse a besoin de cette réforme, la refuser serait prendre le risque de détruire des milliers d’emplois, d’inciter d’importantes entreprises internationales à délocaliser leurs activités.

Ce refrain, chanté la bouche en cœur depuis des décennies, ne fait plus recette. Au contraire, il a plutôt tendance à polariser le débat de façon excessive, conduisant partisans et opposants à ne pratiquer que la politique du slogan, au détriment du sujet de fond, bien plus complexe que ne le laissaient entendre les propos des belligérants. A aucun moment, les partisans de la réforme n’ont été capables de proposer une vision générale de la société associée à cette modification législative. Ils n’ont fait qu’aligner leurs pathétiques certitudes, pratiquant à l’échelle industrielle le chantage. Du pain béni pour les opposants, qui n’ont dès lors pas eu de problème à mobiliser et fédérer ceux qui n’en peuvent plus de ces chants du désespoir. Non, le corps électoral n’adopte pas aussi facilement le comportement du mouton. Il l’a prouvé, fièrement, en ce dimanche de votation.

Ragaillardie par son impression de toute puissance, la majorité de droite à l’Assemblée fédérale n’a pas su se départir de ses vieux démons. Préférant surcharger la réforme, en introduisant notamment la déduction des intérêts notionnels – sans s’être entretenue avec l’auteur de cet instrument de fiscalité agressive, lequel a fait connaître sa surprise de voir cet outil proposé en Suisse au micro du service public –, les partisans ont pêché par orgueil. Mais en complexifiant ainsi le projet, ils n’ont fait que de donner des armes à l’opposition. L’objet du scrutin était bien trop obscur pour permettre la conduite d’un débat de qualité. Il n’y avait dès lors la place que pour une guerre des tranchées.

Cette cuisante défaite doit permettre aux politiciens et aux milieux économiques de prendre la mesure de leurs travers. Il est grand temps de s’adonner à un bon coup de balai au sein de ces institutions économiques qui n’ont comme seul argument celui de la menace. Les Suisses ne veulent plus être pris pour des abrutis, des bambins qu’il suffirait d’apeurer pour les remettre dans le droit chemin. A trop tirer sur la même corde, l’économie est devenue parfaitement inaudible. Or, réforme nécessaire ou pas, il n’est pas possible de vendre un projet sans proposer de facto une vision d’avenir de la société. Il doit y avoir une place pour défendre un horizon à long terme, et pas seulement se concentrer sur les conséquences éventuelles d’un rejet. Dans quel but les Suisses doivent-ils consentir à donner aux entreprises de nouveaux instruments de déduction fiscale dans un contexte de réglementation accrue et de crise économique? La réponse s’est limitée à la méthode Coué: ne pas le faire, c’est prendre un risque immense.

La décision du corps électoral honore la Suisse et son destin: nos compatriotes ne veulent pas d’une économie qui impose ses vues sans expliquer en quoi ses désirs incandescents bénéficieront à la société de façon générale. Par leurs arguments d’une rare violence symbolique, les défenseurs de la place économique suisse en sont pour leurs frais. Il ne suffit plus aux milieux économiques de dire que tel ou tel projet est nécessaire ou au contraire dangereux pour que les Suisses s’alignent en ordre de bataille afin de lui servir la victoire sur un plateau. Il est grand temps de le dire: par son arrogance, l’économie a utilisé la même arme. Son discours est devenu inaudible. Sa capacité à convaincre s’est délitée. Oui, ce dimanche 12 février 2017, la place économique suisse se confronte enfin à la réalité: son comportement pédant est devenue la mère de toutes les défaites.

Grégoire Barbey

13:55 Publié dans Finances, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

07/02/2017

Affaire Fillon: les médias pris pour cible

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L'affaire François Fillon en France ne me laisse pas indifférent. Je suis totalement favorable à la présomption d'innocence, et je trouve que certaines attaques ont été un peu loin. Néanmoins, il faut croire qu'en France, les hommes (et les femmes) politiques ne bénéficient pas de cette pourtant nécessaire présomption d'innocence. Dont acte. Le problème, c'est qu'avec sa conférence de presse censée rétablir la vérité, François Fillon s'est lui-même mis les pieds dans le plat hier. Le Canard Enchaîné dans son édition de ce mercredi relève que sa femme aurait touché des indemnités de licenciement de 45'000 euros, payées par l'Assemblée nationale.

On peut critiquer ces révélations. En effet, elles sont le résultat d'une fuite d'une enquête en cours. Ce n'est pas normal. Mais enfin, les médias ne sont pas responsables des bouches qui se délient et seraient bien mal avisés de ne rien en faire. S'il y a quelque critique à formuler sur le déroulement de cette affaire, c'est bien vis-à-vis des fuites orchestrées au sein de l'Etat français.

Je ne crois pas qu'il appartienne aux médias de jouer les procureurs de la République en menant l'accusation contre François Fillon. Mais là aussi, lorsque François Fillon, son avocat et ses proches répondent auxdites accusations, si leurs propos sont faux, pourquoi les médias devraient s'abstenir de le relever?

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de la candidature de François Fillon. N'étant pas un grand connaisseur du dossier, sa conférence de presse m'avait parue être un exercice réussi. C'était sans compter les omissions et quelques mensonges. Je crois que sa crédibilité est fondamentalement atteinte, parce qu'en voulant jouer la carte de la transparence, il n'a pas semble-t-il pas été jusqu'au bout, préférant s'apitoyer sur son sort en jetant la faute sur les médias. Quand on veut taire le message, il faut tuer le messager.

Mais une fois encore, les médias n'ont fait que leur travail. Ils avaient par le passé révélé les salaires d'assistants perçus indûment par des proches de Marine Le Pen. Ils le font aujourd'hui à l'égard de François Fillon. La seule différence est le timing, que l'on peut bien sûr interroger. A qui profite le crime? Ces fuites ne sont pas anodines et les médias doivent aussi tenter de faire la lumière sur cet agenda. Cependant, ce serait trop facile d'exiger d'eux qu'ils passent sous silence des informations qui leur sont communiquées.

Pour le reste, on peut demeurer critique sur la manière qu'ont certains de mener l'accusation contre le candidat. Personnellement, je n'aime pas trop ce comportement. Reste que sur le plan des révélations, les journalistes ne font que leur travail. Ce serait bien de s'en rappeler, même s'il est aujourd'hui commode de taper sans cesse sur cette profession, comme si nous étions responsables des errements de certaines personnalités politiques.

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06/05/2015

C'est toujours de la faute de la chancelière

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Les bulletins de vote sont-ils arrivés en retard dans certaines communes genevoises pour le second tour des élections municipales? C'est ce qu'affirment certains élus sur les réseaux sociaux. De son côté, la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa précise que les derniers envois ont dû arriver hier. «Après vérification, nous avons toutes les raisons de croire que La Poste a pu remplir son mandat et délivrer le matériel 5 jours avant le scrutin, conformément à la loi», ajoute-t-elle. Car si des élus se plaignent de voir les bulletins arriver si tardivement dans les boîtes aux lettres des électeurs, c'est avant tout parce que le Parlement a modifié le délai qui sépare les deux tours de l'élection aux exécutifs municipaux, passant de 5 semaines à 3 semaines. C'est un choix. Et si certains élus et autres éditorialistes critiquent aujourd'hui cette durée qui paraît effectivement trop courte, ils n'ont pas manqué lors du second tour des élections au Conseil d’Etat il y a deux ans de scander à qui voulait l'entendre que 5 semaines ça paraissait être une véritable éternité. Le Grand Conseil s'est en partie fondé sur ce sentiment dans sa décision de réduire la durée séparant les deux tours. Cette décision impliquait également la réduction du délai légal d'envoi du matériel de vote qui est de 10 jours avant le scrutin pour le premier tour à 5 jours pour le second.


C'est quand même difficile de venir s'en prendre directement aux services de la Chancellerie et à la chancelière elle-même qui ne sont pas responsables des changements législatifs. Mais certains ne manquent pourtant jamais une occasion de le faire. A Genève, s'il pleut, il faut en général penser qu'Anja Wyden Guelpa y est pour quelque chose. Même si tout porte à croire que sa responsabilité n'est pas engagée. C'est le cas présentement en ce qui concerne l'envoi des bulletins de vote. On peut raisonnablement penser qu'un délai de quatre semaines entre les deux tours serait plus judicieux pour limiter les risques de retards. Ce qui n'empêche pas de relever l'importante organisation logistique nécessitée par le nouveau mode d'élection à deux tours. La chancelière relève que certains de ses collaborateurs ont travaillé jour et nuit à plusieurs reprises afin que soit délivré le matériel dans les délais impartis par la loi. Et qu'il suffit d'un imprévu lors de l'impression des bulletins, leur mise sous pli ou leur distribution par la Poste pour que les délais légaux ne soient plus tenus.


Bien souvent à Genève la critique est plus aisée que la réflexion. Dans le cas de l'envoi des bulletins de vote, si les élus sont déçus du délai légal imparti à la Chancellerie pour délivrer le matériel à temps, ils n'auront qu'à modifier la loi par la voie parlementaire pour augmenter la durée qui sépare les deux tours des élections. C'est un peu facile de se décharger de ses propres responsabilités sur autrui. Même si comme je le mentionnais plus haut, la chancelière fait toujours l'objet de ces critiques acerbes de la part des mêmes personnes. A contrario, on ne les a jamais vu féliciter la Chancellerie lorsqu'elle délivre les résultats des élections le jour même et ce malgré d'impressionnants défis et contraintes sur le plan logistique et organisationnel. Finalement on en vient à s'interroger si cela ne dérange pas certains de voir une femme à la tête d'une telle institution puisque les critiques s'éloignent très souvent de la réalité des faits. Quant à dire que cette situation est le symbole d'une démocratie qui s'endort, ça frise l'excès. Le vote anticipé est un confort et a pour objectif de limiter les abstentions. Mais si la démocratie implique de s'acquitter de son devoir de citoyen sans effort juste par acquis de conscience, on se demande bien à quoi ça peut servir de donner à la population le droit de vote. Si les électeurs estiment que le délai est décidément trop court pour cette élection, ils n'auront qu'à faire un effort, une fois dans l'année, et se déplacer dimanche matin au local de vote de leur commune. Vu l'importance que revêt pareil rendez-vous électoral, l'effort semble bien mince.

Grégoire Barbey

09:48 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

24/04/2015

Laurent Seydoux en porte-à-faux avec le MCG

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Tout ça est très bizarre. Nous apprenions par Jérôme Faas dans 20 Minutes hier que Laurent Seydoux aurait tenté une alliance avec le Mouvement citoyen genevois pour favoriser sa candidature à l'Exécutif de Plan-les-Ouates. Le président des Vert'libéraux dément formellement avoir évoqué ce point avec Francisco Valentin (candidat MCG à la Mairie de Plan-les-Ouates) ou avec le président du MCG Roger Golay. Laurent Seydoux affirme n'avoir fait qu'évoquer le retrait de la candidature de Francis Valentin qui n'a selon lui aucune chance d'être élu au second tour. Dans le but d'un report de voix au bénéfice de la candidature du président des Vert'libéraux.

Or, Francisco Valentin et Roger Golay maintiennent leur version des faits, je les ai contacté tous les deux. Laurent Seydoux aurait bien proposé une alliance. Ce que ce dernier conteste avec force. Qui ment? Le MCG a-t-il intérêt à affaiblir Laurent Seydoux sachant que son parti ne représente pratiquement rien? Drôle de calcul sachant qu'avec ou sans les Vert'Libéraux, le candidat MCG n'a aucune chance d'être élu. Ou Laurent Seydoux a-t-il intérêt à minimiser sa tentative d'alliance avortée avec le MCG vu les conséquences importantes que ça a déjà eu, en quelques heures, sur les réseaux sociaux (des militants ont fortement réagi, l'avocat William K. Rappard a même fait part de sa démission séance tenante)?

On sait que Laurent Seydoux tient beaucoup à retourner à la Mairie de Plan-les-Ouates. Au point de s'allier avec le MCG? Ce n'est pas impossible. Ce qui est étonnant, dans toute cette affaire, c'est qu'il y a semble-t-il une tentative de travestir la vérité. Le problème pour Laurent Seydoux, sans préjuger de sa version des faits, c'est qu'il perd beaucoup de crédibilité à l'égard de sa base. Quand bien même il dirait la vérité, le mal est déjà fait.

La leçon de cette histoire, quelle qu'en soit la part de réalité, c'est qu'en politique, il faut bien réfléchir avec qui l'on entame des discussions stratégiques. Que ça soit dans le but d'évoquer le retrait d'une candidature ou la création d'une liste commune. C'est toujours plus difficile de se justifier a posteriori que d'en discuter ouvertement avec ses militants en amont.

Grégoire Barbey

14:20 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

17/04/2015

Elections et communication sur les réseaux sociaux

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La question revient sans cesse et plus particulièrement en période électorale: à quoi servent les réseaux sociaux dans une campagne politique? La réponse varie sans doute en fonction des ambitions de chacun. Ce qui est certain, c’est qu’on ne remporte pas une élection grâce aux réseaux sociaux. Il s’agit avant tout d’un instrument de communication, un canal qui permet de transmettre des messages. C’est aussi un formidable outil de personal branding. Les fonctionnalités dépendent de la plateforme, ce qui nécessite d’adapter la forme de son message. Sur Facebook, la communication institutionnelle nécessite des moyens importants. Les pages dédiées à des organismes, des marques ou des personnalités vont de soi à condition d’avoir déjà une certaine notoriété. Dans le cas contraire, créer l’interaction via une page institutionnelle (on pense ici aux partis) sera plus compliqué, et impliquera une communication professionnelle assez élaborée pour atteindre des objectifs à court terme (bien qu’une e-réputation se construise sur la durée). Or, ce qui caractérise une campagne, c’est sa temporalité. Elle ne dure jamais six ans pour un parti mais quelques mois à peine. Celui-ci met sa structure en marche selon des échéances précises. Alors que l’individu, lui, peut potentiellement attirer l’attention de façon calculée pendant et hors des campagnes. Et donc créer sa propre image, souvent indépendante de son parti.

Bien souvent, les personnes qui font acte de candidature à une élection réalisent à ce moment-là qu’elles ne sont pas (assez) présentes sur les réseaux. Le problème, c’est que c’est déjà trop tard. S’inscrire sur un réseau, quel qu’il soit, est très facile à faire. L’audience prend par contre longtemps à se développer et à se consolider. A moins, bien évidemment, d’avoir déjà une notoriété qui va au-delà d’une réputation virtuelle. Et dans ce cas-là il sera plus facile de constituer une communauté. Encore faut-il définir la cible à atteindre: Monsieur et Madame tout le monde, ou bien le microcosme politico-médiatique? Généralement, l’idéal, c’est de diffuser un message qui atteigne ces deux catégories. Pour utiliser les réseaux sociaux à bon escient, il faut se fixer des objectifs. Pour un candidat à une élection, ces plateformes peuvent être une forme de lien direct avec les médias. Et c’est justement la finalité: capter l’attention de la presse pour augmenter son audience et sa visibilité au-delà d’internet. Sans pour autant négliger la proximité qu’offrent les réseaux sociaux vis-à-vis de son électorat.

Notons qu’une bonne utilisation des réseaux sociaux s’accompagne généralement d’une présence sur des plateformes externes, comme des blogs, permettant de développer une argumentation politique. A Genève, les blogs hébergés par la Tribune de Genève offrent une audience importante et une visibilité non négligeable. Il est essentiel d’analyser les plateformes qui peuvent améliorer la diffusion de sa parole.

Quels objectifs faut-il se fixer et comment les atteindre? Raisonnablement, le premier objectif est d’attirer l’attention. Mais de qui? En priorité des électeurs. Toutefois, les réseaux sociaux ne garantissent pas forcément d’en atteindre suffisamment. Par conséquent, attirer l’attention des médias est crucial. Ils joueront le rôle d’intermédiaire et prolongeront la diffusion du message à travers des canaux à large audience. Une aubaine. Il ne suffit évidemment pas d’être présent sur les réseaux pour soudain attirer l’attention de la presse. Il faut travailler son image et susciter un intérêt, soit par le message diffusé, soit par la manière de le diffuser. Un candidat sortira du lot aux yeux des médias s’il marque sa différence, ou s’il se profile sur un thème spécifique et se présente comme un expert. Un candidat qui connaît parfaitement un sujet d’actualité compliqué et démontre qu’il peut le vulgariser à l’attention de l’audience d’un média aura un indéniable avantage concurrentiel sur ce segment. Il doit l’exploiter à fond et se montrer actif en développant son message à ce sujet. S’il réussit à se profiler correctement, il pourra être considéré comme une référence. Et dès lors, les médias penseront d’abord à lui en cas de besoin. Dans le cas ou d’autres personnalités occupent déjà cet espace, le seul moyen pour se faire entendre est de marquer sa différence en apportant une analyse nouvelle et crédible.

Attirer l’attention prend évidemment du temps. L’observation permet d’atteindre sa cible plus rapidement. Par exemple, il faut lister les personnes d’influence dans les médias et dans la politique et tenter de s’en rapprocher. Se constituer un réseau de qualité nécessite de la patience et de l’énergie. Il ne suffit pas de diffuser un message sur la toile: il faut rencontrer les cibles que l’on veut atteindre. Exister physiquement est essentiel pour susciter l’intérêt et capter l’attention. Cela paraît probablement évident, mais bien des personnes oublient que les réseaux sociaux ne font pas tout. Une campagne politique sur Facebook ou Twitter ne dispense pas d’aller à la rencontre de ses électeurs, ni de distribuer des tracts sur le terrain.

Il ne sert à rien non plus d’investir de l’énergie sur les réseaux si on n’en comprend pas le fonctionnement et l’utilité. La tentation d’en faire une page très personnelle est grande, particulièrement sur Facebook, beaucoup plus adapté à partager sa vie privée, ses états d’âme et son quotidien. Rien n’empêche de jouer sur ce registre avec parcimonie. Cela donne une image plus proche et plus humaine et c’est important. Utiliser les réseaux trop froidement éloignerait celles et ceux qui voudraient créer une relation, même virtuelle, avec le candidat. Il faut toutefois faire attention à ne pas mélanger tout et son contraire. Ce qui est publié sur les réseaux sociaux demeure. Les paroles s’envolent et les écrits restent. Il en va de même avec l’humour grivois ou les blagues racistes. Mieux vaut les réserver à son cercle intime. Ne pas prêter le flanc à la polémique permet de garder le contrôle de sa communication. Chaque mot doit être réfléchi, chaque publication également.

Pour capter l’attention, il faut réagir vite. L’urgence ne doit pas pour autant éliminer l’importance de la qualité et de la maîtrise de sa parole. Une publication qui suscite une controverse à tel point que son auteur finit par la supprimer est une erreur de communication. Il est crucial d’anticiper les éventuelles réactions, surtout sur des thématiques sensibles. Mieux vaut parfois s’abstenir. Idem lorsqu’il s’agit des publications des autres. Quelques secondes suffisent pour déraper, et retirer son commentaire n’aura aucun impact: si quelqu’un d’autre l’a vu et l’a capturé, il deviendra un problème. Il faut ménager une distance de sécurité entre les écrits des autres et ses propres émotions. Ce serait peu constructif de devoir intervenir pour la première fois dans un média afin de se défendre d’un mot de trop, d’un mot maladroit. Cela arrive pourtant et bien plus souvent qu’on ne le pense (pas tous les candidats ont suffisamment d’aura pour être épinglés par les médias lorsqu’ils vont trop loin). Dès lors, il n’y a qu’un seul mot d’ordre: réflexion. La communication, ça se calcule. La spontanéité, il faut la réserver aux mondanités (et encore dans certains cas!).

Une fois le principe de précaution bien compris et appliqué, les réseaux sociaux deviennent des instruments indispensables qui ont pour seules limites l’imagination de celles et ceux qui les utilisent. Si un candidat n’a pas de compétences particulières qui sautent aux yeux (par exemple en exerçant un métier qui fait généralement autorité, c’est souvent le cas des professions libérales), il lui faut les façonner. Les médias ont besoin d’interlocuteurs qui peuvent donner une expertise sur des sujets précis. En général, occuper un segment garantit d’être sollicité par les médias. Mais l’ultraspécialisation ne doit pas occulter la nécessité de développer et de défendre une vision politique globale. Un élu ne s’occupera jamais des seuls sujets qui lui tiennent à cœur. Il devra également se positionner sur des thématiques qui lui sont étrangères. Dès lors, un candidat doit être capable de prendre de la hauteur et de défendre des principes généraux qui selon lui fondent le socle de la société dans laquelle il souhaiterait vivre. La capacité de décrire une société en cohérence avec les convictions du candidat lui permettra, en termes de communication, de prendre de l’ampleur.

En campagne, tous les moyens sont bons pour faire parler de soi. Les réseaux sociaux permettent d’avoir un contact direct avec une (faible) partie des électeurs et surtout un lien étroit avec les médias. Il y a aussi les newsletters, qui permettent d’informer sur l’actualité personne d’un candidat/élu. L’essentiel, pour avoir une réelle assise en matière de communication numérique, c’est de ne jamais rompre le flux communicationnel. Il peut être plus ou moins étendu sur le temps, plus ou moins ponctuel, mais il doit demeurer sur la durée. Certains partis, et particulièrement les sections locales, ont tendance à ne mettre à jour leur site et leur page sur les réseaux sociaux qu’en période électorale. Ce manque d’activité conduit les partis à n’avoir qu’un faible réseau, très souvent composé du cercle fermé de ceux qui naviguent déjà dans le microcosme politique. Le message véhiculé est ainsi dilué et n’atteint pas sa cible. De plus, quand une page ou un site reste inactif pendant plusieurs années, cela donne une mauvaise image du parti et/ou du candidat. L’opportunisme, réel ou supposé, n’a jamais été un critère de sympathie à l’égard d’un parti ou d’un candidat. Les réseaux sociaux servent bien sûr à faire parler de soi. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille le faire n’importe comment et n’importe quand. Il y a des règles et il faut les connaître pour maximiser les effets de la communication politique.

Le moins évident, c’est de s’adapter au format des différents réseaux sociaux. Facebook ne fonctionne pas comme Twitter. Avec le premier, il est possible de développer un message plus long, de présenter différemment ce que l’on partage. Le deuxième se prête davantage à une communication incisive. Ce qu’il faut à tout prix éviter, dans la mesure du possible, c’est d’utiliser Twitter pour renvoyer à des messages Facebook. L’idéal est vraiment de personnaliser le message en fonction du canal employé. Cela permet également d’atteindre d’autres cibles et de diversifier sa communication. On peut voir parfois des profils Twitter de partis qui renvoient à des liens Facebook présentant les candidats de la section aux élections. Quel impact a réellement une telle stratégie? Un parti peut exister tout au long d’une législature. Par exemple en publiant, ponctuellement, les discours de ses élus. Ou des photos d’événements importants, avec un message personnalisé. Des prises de position sont aussi envisageables (et souhaitables, car c’est ce que l’on peut légitimement attendre d’un parti). Quant au candidat, il pourra faire de même le concernant. La communication n’a pas besoin d’être quotidienne. Elle peut être hebdomadaire voire mensuelle. Et il n’est pas nécessaire de se fixer à chaque fois une deadline pour poster un message. S’il n’y a rien à dire, autant ne pas le dire.

Et l’absence a aussi des effets positifs en termes de communication. Quelqu’un qui publie peu mais qui a habitué ses lecteurs à des messages forts et des prises de position argumentées donnera plus de poids à ses publications. Elles constitueront, toute proportion gardée, un événement. Tout est une question de choix et de curseur. L’essentiel reste malgré tout d’assurer une présence minimale sur les réseaux sociaux lorsqu’on occupe ou l’on aspire à occuper un siège dans un parlement ou un exécutif. Un candidat peut, à sa manière, publier des communiqués de presse personnels. La méthode est différente (pas de mail directement adressé aux représentants des médias), mais la forme reste à peu près similaire. Pour illustrer cet état de fait, on relèvera le message de Nicolas Sarkozy annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP via sa page Facebook. L’événement avait été tel que des médias ont même annoncé que le message allait être publié quelques heures avant qu’il ne soit effectivement rendu public. Il en va de même, plus récemment, pour la candidate à l’élection présidentielle américaine Hilary Clinton. Cette dernière a annoncé sa décision sur les réseaux sociaux! C’est dire l’importance que prennent aujourd’hui ces plateformes de communication.

Reste qu’en Suisse, l’évolution se fait plus lentement. Deux conseillers fédéraux seulement (sur sept) utilisent Twitter. Il s’agit d’Alain Berset et de Johann Schneider-Ammann. Les autres brillent par leur absence. La plupart des politiciens des pays voisins, en tout cas ceux d’envergure nationale, ont investi ces moyens de communication de masse et ont appris à les dompter. A la différence qu’ils ont généralement des équipes spécialisées dans ce domaine pour les épauler. Ce que n’aura probablement jamais un candidat suisse à une élection locale. Voire fédérale. Il doit donc de lui-même s’intéresser à cet univers numérique pour en comprendre les codes et les utiliser au mieux. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en matière de réseaux sociaux. Mais connaître quelques détails sur le fonctionnement de ceux-ci s’avère très profitable. Par exemple sur Facebook, l’algorithme qui gère la création du fil d’actualités des utilisateurs met volontairement moins en avant les liens externes. Si votre publication a pour objectif de rediriger vos lecteurs sur votre blog, il est probable qu’elle génère moins d’interactions qu’une photo. La stratégie de Facebook vise à conserver ses utilisateurs sur sa plateforme pour qu’ils continuent d’être «disponibles» pour les annonces qui sont publiées sur le site. Savoir cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille jamais publier des liens externes. Mais être au courant permet de diversifier sa communication et d’utiliser, par exemple, des publications avec des photos.

Toutes ces pistes ont pour seul objectif de permettre à un candidat de ne pas se contenter d’utiliser les réseaux sociaux comme une simple vitrine de sa campagne électorale. Il a tout à gagner à ne pas se limiter à publier des photos des affiches sur lesquelles il apparaît ou des innombrables stands auxquels il a activement participé. Communiquer avec des idées précises et des objectifs concrets, susciter le débat, la curiosité et l’intérêt, ce sont des possibilités très accessibles pour celles et ceux qui veulent que leur campagne numérique ait un réel impact sur le résultat des urnes. Mais une fois encore, la meilleure des campagnes sur les réseaux sociaux ne dispensera jamais d’être (hyper)actif sur le terrain. C’est encore aujourd’hui le meilleur moyen d’être en contact avec ses potentiels électeurs. Les plateformes numériques ayant avant tout pour fonction de développer un lien étroit avec les médias.

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15/03/2015

Genève, canton zéro réaction crédible?

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Ainsi le Mouvement citoyen genevois (MCG) peut transgresser les règles et dénaturer les institutions à Genève sans jamais n’être inquiété. Il y a quelques semaines, les Genevoises et les Genevois découvraient les nouvelles affiches du MCG à Onex, «ville de progrès, commune zéro frontalier». Le président d’honneur du parti (une fonction qui s’apparente à un culte de la personnalité) Eric Stauffer profitait de cette nouvelle pour annoncer une provocation supplémentaire: la création d’autocollants pour les commerçants pour informer sur la proportion de frontaliers engagés dans l’enseigne. Les réactions ne se sont pas faites attendre et ont été vives. Certains (dont je fais partie) allant jusqu’à comparer ces affiches et ces autocollants avec la communication des partis nazi et fasciste du siècle dernier.

 

Malheureusement, rien ne va changer. Du moins si les politiciens restent ainsi paralysés dans une inaction qui en dit long sur leur prise de conscience du danger réel d’une telle communication. Les mots ont leur importance, les symboles aussi. Le MCG a franchi une ligne rouge. Il en va de la responsabilité des élus de le signaler avec fermeté et d’en tirer les évidentes conséquences. Lorsqu’Eric Stauffer a dû être expulsé du Parlement par la police, les politiciens opposés au MCG ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas tolérer un tel comportement. Lorsqu’il a toutefois fallu décider de la sanction à infliger au président d’honneur du MCG, les paroles ne se sont pas transformées en actes. Rien. Et pourtant il y avait de quoi. La scène de l’expulsion restera gravée dans les mémoires, et surtout dans le marbre de l’Histoire du canton. Ce fameux soir-là, où l’on a vu des policiers hésiter face à la figure de proue du parti qui a noyauté les forces de l’ordre et où des députés se sont dressés contre des gendarmes, ce fameux soir-là a bien mis en évidence le caractère fasciste du MCG. On notera aussi les signes ostentatoires de menaces de mort à l’encontre de députés durant ce sombre événement.

 

Les députés ont finalement sanctionné Eric Stauffer en ne lui donnant pas accès à la présidence du Grand Conseil. Cet épisode a malgré tout permis de constater la fracture politique qui règne au Parlement. Le groupe des libéraux-radicaux avait fait savoir qu’il ne voterait pas pour le président d’honneur du MCG. Lors du vote toutefois, Eric Stauffer a pu compter sur une petite dizaine de voix PLR. Non pas que ces élus libéraux-radicaux soient pro-MCG. Mais parce qu’une vieille croyance persiste encore dans les rangs politiques à Genève: s’opposer au MCG, c’est lui donner une caisse de résonnance, c’est lui offrir un boulevard aux élections communales. Et pour certains élus, le MCG peut s’avérer un allié utile pour obtenir des voix pour accéder à l’Exécutif communal. On peut faire le même procès d’intention à la gauche. Le référendum contre la Loi sur la police a permis de le confirmer: socialistes et verts jouent à un jeu dangereux, celui de l’ambiguïté. Les deux partis ont accepté de soutenir la loi, mais sans faire campagne. Seuls quelques députés responsables ont fait leur job et ont fait connaître leur position. Ce comportement était clairement irresponsable. Cela n’a pas été assez dit depuis le 8 mars.

 

Idem en ce qui concerne le dumping salarial. Le cas Firmenich (des employés roumains étaient payés 800 euros par mois) a donné l’occasion aux socialistes de sortir le bazooka et de se pavaner dans le rôle de défenseur des travailleurs. Mais à quel prix? Cette attitude tout aussi irresponsable parce qu’exagérée face à la réalité des faits donne crédit aux allégations du MCG. Il est évident que le dumping salarial doit être absolument combattu. La législation existe et elle semble être correctement appliquée. La gauche doit à son tour quitter l’ambiguïté face à la menace MCG et tenir un discours limpide sur les questions qui l’occupent.

 

Qu’a fait le MCG depuis dix ans au Parlement? Ses victoires ont toujours eu pour conséquence de détruire des acquis, ou de bloquer des projets. La seule initiative que le MCG a lancé depuis sa création a échoué (sur la préférence cantonale), même si elle semble aujourd’hui appliquée en partie par Mauro Poggia. Le MCG n’a rien apporté à Genève en termes de plus-value. Ce parti n’a servi qu’à diffamer les institutions, à les décrédibiliser, à en faire son terrain de jeu favori. Le MCG ne parlemente pas, il vocifère, il vomit. Lorsqu’un élu dit sa vérité sur ce parti en séance plénière, les députés du MCG hurlent, crient, scandent, injurient. Ils craignent qu’on utilise à leur égard des mots justes. Ils ont peur que le débat ait lieu.

 

Aujourd’hui, les députés doivent choisir leur camp, car il est bien question de cela. Soit la passivité face à la montée d’une communication toujours plus inadmissible et irrespectueuse, soit l’activité pour mettre un terme aux turpitudes politiques du canton de Genève. Libéraux-radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et verts doivent désormais se mettre d’accord sur un programme commun jusqu’en 2018 et négocier ensemble sur des sujets plus controversés. Sur l’emploi, cette coalition que j’appelle de mes vœux doit reprendre l’initiative. La préférence cantonale est une ineptie et j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce qu’il faut, pour tous ces résidents genevois qui souhaitent effectivement retrouver un travail, ce sont des mesures réelles et efficaces. Je pense par exemple à des formations continues, à des programmes de réinsertion, ou comme l’a soutenu à sa manière Grégoire Carasso en Ville de Genève pour les apprentis, une politique incitative pour les employeurs qui choisissent d’engager des travailleurs locaux (et par locaux, j’entends un périmètre défini par exemple d’après la commune, et non le canton, car il s’agit aussi de défendre des actes responsables en matière d’environnement).

 

L’objectif d’une telle coalition? Retirer au MCG son rôle d’arbitre incontesté des débats parlementaires (qui le conduisent notamment à appeler à guillotiner les écologistes dans un rapport de majorité, on rêve). En jouant cette carte, les partis auront déjà le luxe de se prouver qu’ils sont capables de reprendre la main sur la politique genevoise. Mais ils feront plus: ils prouveront à leurs électeurs et à ceux qui en doutent qu’il y a des solutions et qu’en y travaillant ensemble, on peut donner à Genève le visage d’un canton de progrès, plutôt que celui d’un canton où la haine des uns devient la colère des autres.  Le MCG a récemment franchi la limite de l’acceptable. Les partis ne doivent plus seulement le faire savoir, ils doivent transposer leurs paroles en actes. Sinon, on s’imagine assez bien une affiche qui décrive la situation: Genève, canton zéro réaction crédible.


Grégoire Barbey

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10/03/2015

Roger Golay, l'électoralisme trop visible

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Campagne électorale oblige, le conseiller national et président du MCG Roger Golay se profile sur la seule thématique de son parti: la préférence nationale. A défaut d'avoir des propositions concrètes pour sa commune, il capitalise sur sa visibilité d'élu fédéral pour capter des voix à Lancy avec une proposition qui ne répond pourtant à aucun besoin prépondérant. Et sa position est largement diffusée dans la presse. Il est nécessaire de pondérer ses propos. Roger Golay affirme dans un article publié dans la Tribune de Genève qu'il y a en Suisse un «afflux massif de frontaliers». Selon lui, il «n'est pas tolérable» que des frontaliers travaillent dans les entreprises subventionnées par la Confédération. Il exige donc que soit appliquée une préférence à l'embauche pour les résidents suisses. Evidemment, le président du MCG chiffre le nombre de chômeurs en Suisse: 150'946. Et 206'138 demandeurs d'emploi au total. Il omet toutefois volontairement d'y joindre le pourcentage que cela représente au sein de la population active: le chômage a légèrement augmenté en janvier de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 3,5%. Une situation de quasi plein emploi. Ce qui ne signifie pas qu'il faut s'en frotter les mains et faire comme si tout allait bien.

La récente abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro pourrait avoir des conséquences sur l'emploi à moyen terme et il en va de la responsabilité du Gouvernement et du Parlement de veiller à limiter les dégâts. On constate cependant qu'une stabilisation de la devise suisse s'est opérée aux alentours de 1,07 franc pour 1 euro. Un niveau plus élevé qu'attendu après l'annonce surprise de la suppression du taux plancher. On peut donc espérer une situation moins catastrophique que prévu. Mais Roger Golay n'aborde pas la question de la crise du franc. Ce n'est pas son segment. Evoquer les effets conjoncturels sur l'emploi nuirait à son argumentaire émotionnel: il faut désigner un coupable et il faut proposer une solution. En somme, c'est une excellente communication marketing. Pour tous ceux qui sont plongés dans une situation de détresse sociale, cette proposition a le mérite de donner un cap et de proposer une victime expiatoire sur laquelle décharger sa colère. Roger Golay ne manque d'ailleurs pas d'employer des termes forts pour s'adresser à son électorat: «fléau», «drames humains», «profonde précarité», etc.

Ces mots sont habilement disséminés au travers de son texte et peuvent sembler anodins si l'on n'y prend pas garde. C'est justement dans cette ambiguïté que réside le message subliminal du MCG. L'ennemi, c'est le frontalier, c'est l'autre. Le vocabulaire est essentiel pour rendre cette assertion crédible. Si le lecteur est lui-même dans une situation délicate sur le plan professionnel ou social, ce discours trouvera sans doute grâce à ses yeux. Parce qu'il a le mérite de promettre une embellie. De donner une perspective nouvelle à quelqu'un qui n'en a peut-être plus. Et c'est sans doute ce que la communication du MCG a de plus indécente: elle donne de faux espoirs à des gens qui probablement ne retrouveront pas d'emploi à moins d'une meilleure formation – avec ou sans frontaliers – ou d'une réadaptation professionnelle. Cette réalité, Roger Golay préfère la cacher. Plutôt que de chercher la cause de ces situations inacceptables, il désigne un coupable et se propose de le chasser du territoire. Roger Golay sait bien qu'aucune entreprise privée n'acceptera jamais d'appliquer cette logique si elle implique des coûts supplémentaires ou des risques exagérés. A compétence égale, il en va de la responsabilité de l'employeur qui seul décide s'il préfère un collaborateur qui habite plus près (ça a des avantages indéniables) ou loin, avec de potentielles conséquences inattendues. Roger Golay et son parti veulent pourtant laisser croire qu'à terme, le secteur privé se pliera à l'évidence de sa proposition, même si les employeurs ont déjà la capacité de décider par eux-mêmes.

Or, ça n'arrivera jamais. Il y a des secteurs où l'absence de frontaliers créerait une pénurie durable de compétences. Et notamment dans celui de la santé. D'ailleurs, Mauro Poggia s'est récemment réjouit de la décision du Tribunal cantonal qui permet à des frontaliers de réintégrer l'assurance-maladie obligatoire en Suisse (ce qui financera un peu plus les Hôpitaux universitaires dont il a la responsabilité). Tout ce double discours est bien joli, mais il n'apporte aucune réponse concrète à une population effectivement déshéritée à qui il faudrait parler avec honnêteté. Mais ça, bien sûr, ça demande du courage. Et Roger Golay veut être élu au Conseil administratif de sa commune, il ne souhaite pas jouer le rôle d'assistant social.

Grégoire Barbey

09:27 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |