Gregoire Barbey

17/04/2015

Elections et communication sur les réseaux sociaux

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La question revient sans cesse et plus particulièrement en période électorale: à quoi servent les réseaux sociaux dans une campagne politique? La réponse varie sans doute en fonction des ambitions de chacun. Ce qui est certain, c’est qu’on ne remporte pas une élection grâce aux réseaux sociaux. Il s’agit avant tout d’un instrument de communication, un canal qui permet de transmettre des messages. C’est aussi un formidable outil de personal branding. Les fonctionnalités dépendent de la plateforme, ce qui nécessite d’adapter la forme de son message. Sur Facebook, la communication institutionnelle nécessite des moyens importants. Les pages dédiées à des organismes, des marques ou des personnalités vont de soi à condition d’avoir déjà une certaine notoriété. Dans le cas contraire, créer l’interaction via une page institutionnelle (on pense ici aux partis) sera plus compliqué, et impliquera une communication professionnelle assez élaborée pour atteindre des objectifs à court terme (bien qu’une e-réputation se construise sur la durée). Or, ce qui caractérise une campagne, c’est sa temporalité. Elle ne dure jamais six ans pour un parti mais quelques mois à peine. Celui-ci met sa structure en marche selon des échéances précises. Alors que l’individu, lui, peut potentiellement attirer l’attention de façon calculée pendant et hors des campagnes. Et donc créer sa propre image, souvent indépendante de son parti.

Bien souvent, les personnes qui font acte de candidature à une élection réalisent à ce moment-là qu’elles ne sont pas (assez) présentes sur les réseaux. Le problème, c’est que c’est déjà trop tard. S’inscrire sur un réseau, quel qu’il soit, est très facile à faire. L’audience prend par contre longtemps à se développer et à se consolider. A moins, bien évidemment, d’avoir déjà une notoriété qui va au-delà d’une réputation virtuelle. Et dans ce cas-là il sera plus facile de constituer une communauté. Encore faut-il définir la cible à atteindre: Monsieur et Madame tout le monde, ou bien le microcosme politico-médiatique? Généralement, l’idéal, c’est de diffuser un message qui atteigne ces deux catégories. Pour utiliser les réseaux sociaux à bon escient, il faut se fixer des objectifs. Pour un candidat à une élection, ces plateformes peuvent être une forme de lien direct avec les médias. Et c’est justement la finalité: capter l’attention de la presse pour augmenter son audience et sa visibilité au-delà d’internet. Sans pour autant négliger la proximité qu’offrent les réseaux sociaux vis-à-vis de son électorat.

Notons qu’une bonne utilisation des réseaux sociaux s’accompagne généralement d’une présence sur des plateformes externes, comme des blogs, permettant de développer une argumentation politique. A Genève, les blogs hébergés par la Tribune de Genève offrent une audience importante et une visibilité non négligeable. Il est essentiel d’analyser les plateformes qui peuvent améliorer la diffusion de sa parole.

Quels objectifs faut-il se fixer et comment les atteindre? Raisonnablement, le premier objectif est d’attirer l’attention. Mais de qui? En priorité des électeurs. Toutefois, les réseaux sociaux ne garantissent pas forcément d’en atteindre suffisamment. Par conséquent, attirer l’attention des médias est crucial. Ils joueront le rôle d’intermédiaire et prolongeront la diffusion du message à travers des canaux à large audience. Une aubaine. Il ne suffit évidemment pas d’être présent sur les réseaux pour soudain attirer l’attention de la presse. Il faut travailler son image et susciter un intérêt, soit par le message diffusé, soit par la manière de le diffuser. Un candidat sortira du lot aux yeux des médias s’il marque sa différence, ou s’il se profile sur un thème spécifique et se présente comme un expert. Un candidat qui connaît parfaitement un sujet d’actualité compliqué et démontre qu’il peut le vulgariser à l’attention de l’audience d’un média aura un indéniable avantage concurrentiel sur ce segment. Il doit l’exploiter à fond et se montrer actif en développant son message à ce sujet. S’il réussit à se profiler correctement, il pourra être considéré comme une référence. Et dès lors, les médias penseront d’abord à lui en cas de besoin. Dans le cas ou d’autres personnalités occupent déjà cet espace, le seul moyen pour se faire entendre est de marquer sa différence en apportant une analyse nouvelle et crédible.

Attirer l’attention prend évidemment du temps. L’observation permet d’atteindre sa cible plus rapidement. Par exemple, il faut lister les personnes d’influence dans les médias et dans la politique et tenter de s’en rapprocher. Se constituer un réseau de qualité nécessite de la patience et de l’énergie. Il ne suffit pas de diffuser un message sur la toile: il faut rencontrer les cibles que l’on veut atteindre. Exister physiquement est essentiel pour susciter l’intérêt et capter l’attention. Cela paraît probablement évident, mais bien des personnes oublient que les réseaux sociaux ne font pas tout. Une campagne politique sur Facebook ou Twitter ne dispense pas d’aller à la rencontre de ses électeurs, ni de distribuer des tracts sur le terrain.

Il ne sert à rien non plus d’investir de l’énergie sur les réseaux si on n’en comprend pas le fonctionnement et l’utilité. La tentation d’en faire une page très personnelle est grande, particulièrement sur Facebook, beaucoup plus adapté à partager sa vie privée, ses états d’âme et son quotidien. Rien n’empêche de jouer sur ce registre avec parcimonie. Cela donne une image plus proche et plus humaine et c’est important. Utiliser les réseaux trop froidement éloignerait celles et ceux qui voudraient créer une relation, même virtuelle, avec le candidat. Il faut toutefois faire attention à ne pas mélanger tout et son contraire. Ce qui est publié sur les réseaux sociaux demeure. Les paroles s’envolent et les écrits restent. Il en va de même avec l’humour grivois ou les blagues racistes. Mieux vaut les réserver à son cercle intime. Ne pas prêter le flanc à la polémique permet de garder le contrôle de sa communication. Chaque mot doit être réfléchi, chaque publication également.

Pour capter l’attention, il faut réagir vite. L’urgence ne doit pas pour autant éliminer l’importance de la qualité et de la maîtrise de sa parole. Une publication qui suscite une controverse à tel point que son auteur finit par la supprimer est une erreur de communication. Il est crucial d’anticiper les éventuelles réactions, surtout sur des thématiques sensibles. Mieux vaut parfois s’abstenir. Idem lorsqu’il s’agit des publications des autres. Quelques secondes suffisent pour déraper, et retirer son commentaire n’aura aucun impact: si quelqu’un d’autre l’a vu et l’a capturé, il deviendra un problème. Il faut ménager une distance de sécurité entre les écrits des autres et ses propres émotions. Ce serait peu constructif de devoir intervenir pour la première fois dans un média afin de se défendre d’un mot de trop, d’un mot maladroit. Cela arrive pourtant et bien plus souvent qu’on ne le pense (pas tous les candidats ont suffisamment d’aura pour être épinglés par les médias lorsqu’ils vont trop loin). Dès lors, il n’y a qu’un seul mot d’ordre: réflexion. La communication, ça se calcule. La spontanéité, il faut la réserver aux mondanités (et encore dans certains cas!).

Une fois le principe de précaution bien compris et appliqué, les réseaux sociaux deviennent des instruments indispensables qui ont pour seules limites l’imagination de celles et ceux qui les utilisent. Si un candidat n’a pas de compétences particulières qui sautent aux yeux (par exemple en exerçant un métier qui fait généralement autorité, c’est souvent le cas des professions libérales), il lui faut les façonner. Les médias ont besoin d’interlocuteurs qui peuvent donner une expertise sur des sujets précis. En général, occuper un segment garantit d’être sollicité par les médias. Mais l’ultraspécialisation ne doit pas occulter la nécessité de développer et de défendre une vision politique globale. Un élu ne s’occupera jamais des seuls sujets qui lui tiennent à cœur. Il devra également se positionner sur des thématiques qui lui sont étrangères. Dès lors, un candidat doit être capable de prendre de la hauteur et de défendre des principes généraux qui selon lui fondent le socle de la société dans laquelle il souhaiterait vivre. La capacité de décrire une société en cohérence avec les convictions du candidat lui permettra, en termes de communication, de prendre de l’ampleur.

En campagne, tous les moyens sont bons pour faire parler de soi. Les réseaux sociaux permettent d’avoir un contact direct avec une (faible) partie des électeurs et surtout un lien étroit avec les médias. Il y a aussi les newsletters, qui permettent d’informer sur l’actualité personne d’un candidat/élu. L’essentiel, pour avoir une réelle assise en matière de communication numérique, c’est de ne jamais rompre le flux communicationnel. Il peut être plus ou moins étendu sur le temps, plus ou moins ponctuel, mais il doit demeurer sur la durée. Certains partis, et particulièrement les sections locales, ont tendance à ne mettre à jour leur site et leur page sur les réseaux sociaux qu’en période électorale. Ce manque d’activité conduit les partis à n’avoir qu’un faible réseau, très souvent composé du cercle fermé de ceux qui naviguent déjà dans le microcosme politique. Le message véhiculé est ainsi dilué et n’atteint pas sa cible. De plus, quand une page ou un site reste inactif pendant plusieurs années, cela donne une mauvaise image du parti et/ou du candidat. L’opportunisme, réel ou supposé, n’a jamais été un critère de sympathie à l’égard d’un parti ou d’un candidat. Les réseaux sociaux servent bien sûr à faire parler de soi. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille le faire n’importe comment et n’importe quand. Il y a des règles et il faut les connaître pour maximiser les effets de la communication politique.

Le moins évident, c’est de s’adapter au format des différents réseaux sociaux. Facebook ne fonctionne pas comme Twitter. Avec le premier, il est possible de développer un message plus long, de présenter différemment ce que l’on partage. Le deuxième se prête davantage à une communication incisive. Ce qu’il faut à tout prix éviter, dans la mesure du possible, c’est d’utiliser Twitter pour renvoyer à des messages Facebook. L’idéal est vraiment de personnaliser le message en fonction du canal employé. Cela permet également d’atteindre d’autres cibles et de diversifier sa communication. On peut voir parfois des profils Twitter de partis qui renvoient à des liens Facebook présentant les candidats de la section aux élections. Quel impact a réellement une telle stratégie? Un parti peut exister tout au long d’une législature. Par exemple en publiant, ponctuellement, les discours de ses élus. Ou des photos d’événements importants, avec un message personnalisé. Des prises de position sont aussi envisageables (et souhaitables, car c’est ce que l’on peut légitimement attendre d’un parti). Quant au candidat, il pourra faire de même le concernant. La communication n’a pas besoin d’être quotidienne. Elle peut être hebdomadaire voire mensuelle. Et il n’est pas nécessaire de se fixer à chaque fois une deadline pour poster un message. S’il n’y a rien à dire, autant ne pas le dire.

Et l’absence a aussi des effets positifs en termes de communication. Quelqu’un qui publie peu mais qui a habitué ses lecteurs à des messages forts et des prises de position argumentées donnera plus de poids à ses publications. Elles constitueront, toute proportion gardée, un événement. Tout est une question de choix et de curseur. L’essentiel reste malgré tout d’assurer une présence minimale sur les réseaux sociaux lorsqu’on occupe ou l’on aspire à occuper un siège dans un parlement ou un exécutif. Un candidat peut, à sa manière, publier des communiqués de presse personnels. La méthode est différente (pas de mail directement adressé aux représentants des médias), mais la forme reste à peu près similaire. Pour illustrer cet état de fait, on relèvera le message de Nicolas Sarkozy annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP via sa page Facebook. L’événement avait été tel que des médias ont même annoncé que le message allait être publié quelques heures avant qu’il ne soit effectivement rendu public. Il en va de même, plus récemment, pour la candidate à l’élection présidentielle américaine Hilary Clinton. Cette dernière a annoncé sa décision sur les réseaux sociaux! C’est dire l’importance que prennent aujourd’hui ces plateformes de communication.

Reste qu’en Suisse, l’évolution se fait plus lentement. Deux conseillers fédéraux seulement (sur sept) utilisent Twitter. Il s’agit d’Alain Berset et de Johann Schneider-Ammann. Les autres brillent par leur absence. La plupart des politiciens des pays voisins, en tout cas ceux d’envergure nationale, ont investi ces moyens de communication de masse et ont appris à les dompter. A la différence qu’ils ont généralement des équipes spécialisées dans ce domaine pour les épauler. Ce que n’aura probablement jamais un candidat suisse à une élection locale. Voire fédérale. Il doit donc de lui-même s’intéresser à cet univers numérique pour en comprendre les codes et les utiliser au mieux. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en matière de réseaux sociaux. Mais connaître quelques détails sur le fonctionnement de ceux-ci s’avère très profitable. Par exemple sur Facebook, l’algorithme qui gère la création du fil d’actualités des utilisateurs met volontairement moins en avant les liens externes. Si votre publication a pour objectif de rediriger vos lecteurs sur votre blog, il est probable qu’elle génère moins d’interactions qu’une photo. La stratégie de Facebook vise à conserver ses utilisateurs sur sa plateforme pour qu’ils continuent d’être «disponibles» pour les annonces qui sont publiées sur le site. Savoir cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille jamais publier des liens externes. Mais être au courant permet de diversifier sa communication et d’utiliser, par exemple, des publications avec des photos.

Toutes ces pistes ont pour seul objectif de permettre à un candidat de ne pas se contenter d’utiliser les réseaux sociaux comme une simple vitrine de sa campagne électorale. Il a tout à gagner à ne pas se limiter à publier des photos des affiches sur lesquelles il apparaît ou des innombrables stands auxquels il a activement participé. Communiquer avec des idées précises et des objectifs concrets, susciter le débat, la curiosité et l’intérêt, ce sont des possibilités très accessibles pour celles et ceux qui veulent que leur campagne numérique ait un réel impact sur le résultat des urnes. Mais une fois encore, la meilleure des campagnes sur les réseaux sociaux ne dispensera jamais d’être (hyper)actif sur le terrain. C’est encore aujourd’hui le meilleur moyen d’être en contact avec ses potentiels électeurs. Les plateformes numériques ayant avant tout pour fonction de développer un lien étroit avec les médias.

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07/12/2014

Gouvernement: la collégialité, c'est du passé

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Luc Barthassat. Le ministre des Transports est marginalisé par ses collègues.
La campagne pour les prochaines élections cantonales a déjà commencé.

 

La collégialité au Conseil d’État est un lointain souvenir. L'entretien qu'a accordé le super-chancelier François Longchamp au Matin Dimanche le démontre. «Je n'ai jamais accepté de dire (…) à une radio la musique que j'écoutais», affirme-t-il. Pour la petite histoire, son collègue Luc Barthassat s'est prêté au jeu dans l'émission MP3 de la RTS en 2012. François Longchamp estime que le drame de la politique aujourd'hui, c'est «l'absence de limite entre la fonction et la peopolisation». Pour masquer ses cartes, le chef du Département présidentiel exemplifie ses propos en parlant d'un ancien président de l'Assemblée nationale en France qui s'est prêté au jeu d'une émission de télé-réalité. Difficile pourtant de ne pas y voir non plus une attaque envers son collègue Barthassat, omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux. Le super-chancelier ne s'arrête pas là et affirme que les gens n'attendent pas du gouvernement des crises de nerfs. Allusion à l'intervention de Luc Barthassat jeudi soir au Grand Conseil, lorsqu'il a répondu aux propos du rapporteur de majorité sur le contrat de prestations des Transports publics genevois (TPG), Eric Stauffer? Sans doute.

Des propos qui restent malgré tout destinés à un public restreint, à savoir le petit microcosme politique genevois. Cet entretien n'est finalement que la pointe de l'iceberg. Dans toute la gestion du conflit social des TPG, François Longchamp a tenté de marginaliser son collègue en charge des Transports. En se mettant du côté d'une syndicaliste, il a demandé à Luc Barthassat de se tenir en retrait des négociations. Ce qu'il se garde bien d'avouer dans la presse. Cet épisode est on ne peut plus édifiant et mérite une analyse circonstanciée.

La grève du 19 novembre a surpris le gouvernement. Celui-ci a laissé Luc Barthassat s'exprimer dans la presse, sans lui témoigner un quelconque soutien. Pierre Maudet, avec son sens politique très aiguisé, a permis à son collègue des Transports d'annoncer que la police pourrait intervenir auprès des grévistes si des débordements devaient se produire. Mais le ministre de la Police n'a bien sûr jamais confirmé cet accord. Au contraire, le gouvernement a laissé Luc Barthassat annoncer ce qu'ils ont convenu, pour ensuite le recadrer à demi-mots. Pourquoi? La réponse est assez simple: les ministres préparent déjà la succession de 2018. C'est de la basse politique, mais c'est assez habituel. Il doit y avoir un maillon faible dans le gouvernement, un siège doit être menacé. Les libéraux-radicaux aimeraient bien récupérer le troisième siège qu'ils ont perdu l'an dernier. Il y a un démocrate-chrétien de trop, et c'est évidemment Luc Barthassat, puisque Serge Dal Busco est fait du même moule que ses deux collègues radicaux.

Il faut dire que Luc Barthassat n'est pas très facile à vivre. Il ne se laisse pas faire, il gueule et il le fait savoir. Omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux, le ministre agrarien est populaire. Le problème, c'est qu'il ne se laisse pas facilement maîtriser. Et ça agace profondément ses collègues. Pour la petite histoire, lorsque le ministre des Transports s'est exprimé jeudi soir au Grand Conseil, s'énervant contre Eric Stauffer, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et François Longchamp se sont réunis devant la tribune de l'Exécutif. L'image était cinglante. D'un côté, trois ministres, debout, qui parlent vraisemblablement de la prestation de leur collègue qui lui est seul et assis. On ne fait pas mieux en termes d'image. C'est puissant et ça en dit beaucoup.

Bref, le conflit social aux TPG était un excellent prétexte pour que les hostilités sortent au grand jour (car elles ont commencé bien avant). Une fois encore, c'est le responsable des Transports qui va morfler (la précédente législature, c'était la Verte Michèle Künzler). Un département compliqué, et surtout surexposé au sein de la population. La cible est toute trouvée. Pour terminer, on envoie le chien fou Eric Stauffer régler son compte à Barthassat. Une première fois en tant que rapporteur de majorité. Une deuxième dans un débat dans l'émission Forum de la RTS contre le président du PDC genevois Sébastien Desfayes. Eric Stauffer croit-il qu'on ne l'a pas vu discuter, à plusieurs reprises, avec François Longchamp ces derniers jours? La ficelle est un peu grosse. Toutefois, il faut un bouc émissaire, et force est de constater que le gouvernement s'est mis en ordre de marche pour marginaliser l'un de ses membres. Mais ça reste un jeu dangereux, Luc Barthassat est sanguin et lui tendre des pièges pourrait l'énerver. Les règlements de compte que l'on souhaiterait discrets pourraient rapidement émerger sur la place publique.

 

Grégoire Barbey


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16/07/2014

Le grand défi d'un site indépendant: Politeia.ch

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Aujourd'hui, je suis particulièrement heureux. Politeia.ch continue d'avancer (certes pas très vite par manque de temps et de moyens) grâce notamment à la qualité du travail de ses contributeurs. Lesquels méritent amplement un grand remerciement de ma part. Pas évident, c'est sûr, de se faire une place crédible dans un marché saturé. C'est un travail quotidien, à côté de mon emploi fixe à 100%, qui nécessite plusieurs heures et de l'énergie. Ainsi que de la passion, évidemment!

 

La passion de donner aux autres la possibilité de lire des informations et des analyses qu'ils ne liront pas forcément ailleurs. La passion de donner la parole à des opinions différentes voire carrément contraires. Cela a un coût, et j'essaie de m'en acquitter humblement. Il faut de la patience, de l'acharnement, de l'ambition. Il importe aussi de poser sa marque, de créer l'envie, de susciter l'intérêt, de permettre le débat. Pourquoi quelqu'un écrirait sur Politeia s'il peut donner son texte à un journal concurrent, au bénéfice de dizaines de milliers de lecteurs? C'est ce défi-là que ce site doit relever, un défi de taille dans un marché déterminé par des différences linguistiques et par des intérêts locaux divergents.

 

Ce sont ces obstacles qui rendent le développement de Politeia encore plus passionnant. C'est une aventure unique, fabuleuse. Il n’est pas possible de concurrencer l’information brute («hard news») pour une plateforme telle que Politeia. C’est sur d’autres aspects qu’il me faut rendre ce site attrayant et unique. Et ce n’est pas une mince affaire, bien au contraire! Pour l’heure, le site possède déjà une centaine d’articles. Des textes qu’on ne lirait probablement pas ailleurs, ou alors éventuellement sur des blogs. Ce sont des écrits de qualité, sélectionnés et publiés dans le but d’offrir aux lecteurs des perspectives sur des sujets précis. La politique, c’est aussi partager son avis, les votations ont des enjeux, et les acteurs concernés ont le droit à la parole. A côté, il y a des journalistes qui contribuent aussi à donner des informations aux lecteurs. D’autres viendront sans doute rapidement, puisqu’ils ont la possibilité d’y publier des sujets que leur rédaction n’a pas souhaité, tout en disposant d’un anonymat garanti pour ne pas les mettre en porte-à-faux avec leur employeur.

 

Quel bonheur que de voir les articles de Politeia circuler sur les réseaux sociaux, permettant des débats parfois vifs, toujours intéressants. C’est fantastique et c’est aussi grâce à celles et ceux qui prennent le temps d’en lire le contenu. Merci à toutes ces personnes. Plusieurs projets sont en cours de développement pour améliorer le site, sa visibilité et son positionnement, ainsi que sa production de contenu. La patience est de mise, pour des raisons d’emploi du temps professionnel. Mais le cœur et l’esprit y sont, la passion aussi. J’y consacre du temps tous les jours, depuis trois mois déjà, et je ne cesserai pas de le faire. Car maintenant, qu’on le veuille ou non, Politeia est déjà dans beaucoup de têtes. Et ça, c’est fantastique!

 

Grégoire Barbey

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12/06/2014

Médias: politiques, mêlez-vous de vos affaires!

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Ainsi donc les jeunes libéraux-radicaux et les jeunes démocrates du centre ont lancé une initiative pour interdire le subventionnement des médias audiovisuels. En cause, la redevance jugée inacceptable. Si l’on peut souscrire à l’argumentaire – l’Etat n’a pas à financer des médias –, on s’étonne volontiers de voir tous ces politiciens soudainement pétris de bonnes intentions à l’égard du secteur journalistique. Ils nous parlent qualité, ils nous parlent concurrence, ils nous parlent indépendance – ah, la bonne affaire! Derrière les grands principes, il y a de nombreux élus qui s’engouffrent déjà dans la brèche pour critiquer à demi-mots un métier qui souvent les dérange.

 

Ces politiciens qui sont toujours très contents d’être invités dans les émissions des chaînes de télévision dites «de service public» (SSR SRG) veulent maintenant supprimer l’unique moyen de financer pareil mammouth. Se rendent-ils compte qu’ils se tirent une balle dans le pied? Qu’une partie de leur visibilité en pâtira inévitablement? Oui, l’un de leur argument est d’affirmer qu’un média financé par l’Etat n’est pas indépendant. La bonne blague. Il faut entendre ici qu’il ne donne pas assez la parole à ceux qui voudraient l’avoir. Mais tout ce que j’écris est évidemment faux: les initiants le disent eux-mêmes, il ne s’agit pas d’attaquer les médias, mais de mettre fin à un mode de financement qui n’est plus adapté à son époque.

 

En clair, nombreux sont ceux qui ne consommeraient jamais une seule information de la RTS, ni par télévision, ni par internet, ni par la radio. Alors que la consommation des émissions des chaînes de service public évolue et augmente toujours plus en différé (donc via notamment internet), les initiants veulent nous faire croire que le grand média public n’a pas rendu captif la plupart des citoyens. Certes, on peut critiquer l’aspect monopolistique de la SSR SRG, avec sa redevance gigantesque et la faible redistribution aux autres médias offrant une information «de service public» (liée à la vie locale, politique, culturelle, etc.). Mais il faut être honnête: en quoi la suppression du subventionnement des médias audiovisuels au moyen de la redevance libérera le secteur de la tutelle de l’Etat? Les concessions seront toujours octroyées par la Confédération.

 

Evidemment, l’on peut être investi de grands idéaux – je suis moi-même libéral et ai de la peine avec tout ce qui s’apparente à de la contrainte. La redevance est un moyen on ne peut plus discutable. Personne n’a jamais remis en cause cet aspect désagréable du financement des médias audiovisuels. Mais à nouveau, quel est le but final d’une telle initiative? Est-ce vraiment un projet louable, avec un but explicable et défendable, ou est-ce une attaque cachée envers la liberté des médias? La Suisse est un marché particulier, car une chaîne de télévision ou de radio privée peut difficilement attendre une taille critique acceptable, du fait des particularités linguistiques et régionales de notre pays. Peut-on vraiment dire que la SSR SRG n’a pas un quelconque intérêt public? Il faudrait développer l’argumentaire. L’impôt (ici sous forme de redevance) est toujours douloureux. Un libéral a cette méthode en horreur. Il ne faut toutefois pas sombrer dans l’idéologie la plus totale et se poser les bonnes questions. Faut-il mettre un terme à l’existence des médias audiovisuels publics? Pourquoi pas. Alors parlons franchement des conséquences.

 

C’est tout de même remarquable que les politiques veuillent tout d’un coup sauver le marché des médias. Eux qui les attaquent quotidiennement quand l’information publiée ne leur convient pas. Eux qui, dès qu’ils le peuvent, tentent de connaître les sources des journalistes. Ils veulent sauver le métier, soudainement, mais à nouveau sans s’être intéressé à ce que pensent celles et ceux qui évoluent tous les jours dans cette profession. Une belle initiative, remplie de bonnes intentions, avec pour finalité le chômage de milliers de personnes – car si la Confédération ne subventionne plus les chaînes audiovisuelles publiques, bonjour les dégâts! La redevance, c’est plus de trois quart des recettes de la SSR SRG. Si les initiants estiment – peut-être à raison – que le système de financement est dépassé, qu’ils se mettent autour de la table avec les principaux intéressés et qu’ils mettent sur pied un nouveau modèle. Sinon, politiques de tous bords, occupez-vous de vos affaires!

 

Grégoire Barbey

13:51 Publié dans Journalisme, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

18/05/2014

La France doit réagir au vote des P+R

 

Réaction à chaud.

Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

Grégoire Barbey

14:19 Publié dans Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

02/05/2014

Quand la droite faillit à ses devoirs

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Le salaire minimal, c'est surtout une question de choix de société. A gauche comme à droite, on prend les arguments des économistes qui vont dans le sens souhaité. A titre purement personnel, l'idée d'un salaire minimum légal me dérange – s'il est généralisé à l'ensemble des secteurs économiques sans différenciation. Cela génère des effets négatifs et nuit à la flexibilité des activités. Toutefois, c'est un sacrifice auquel l'on peut consentir, si tel est le désir des citoyens. Mais est-ce vraiment une perspective réjouissante? Pas pour moi.

 

Libéral et avant tout humaniste, je comprends entièrement l'argument selon lequel un temps de travail à 100% devrait permettre d'obtenir un salaire suffisant pour vivre. Ce sont sur les moyens que je suis en désaccord avec les syndicats et la gauche. Nier les différences conjoncturelles entre chaque secteur d'activité est une erreur, surtout en l'appliquant aux différences villes/campagnes qui sont très marquées en Suisse. Mais je ne suis pas non plus dogmatique: je reconnais les erreurs de la droite, et plus particulièrement de la droite économique.

 

On ne peut pas rester les bras croisés et s'indigner lorsque le camp adverse soumet une proposition pour faire avancer la situation. Certes, le salaire minimal est une mauvaise réponse. La question demeure cependant pertinente: que fait-on pour les bas salaires? Evidemment, on veut tous un salaire qui permette de survivre, et même si possible de vivre. On aspire tous à cela. Et la droite, en ne tentant pas une approche ciblée des cas où les rémunérations sont très basses, a laissé toute latitude à la gauche et aux syndicats pour lancer une initiative et menacer l'ordre établi.

 

Bien sûr, le modèle actuel fonctionne plutôt bien. Si seuls 10% des salariés sont en-dessous de 4000 francs par mois, on peut estimer que le système n'est pas si mauvais. Il serait malgré tout arrogant de s'en tenir à cette satisfaction sans s'interroger sur les mesures à prendre pour que ce taux se réduise encore, voire disparaisse. La droite, à ce propos, a manqué à ses devoirs. Je l'ai déjà écrit et je le répète. Si l'on assure bien ses arrières, ce type d'initiatives n'existerait probablement pas. Un contre-projet, par exemple, aurait été bienvenu. Le partenariat social, par exemple, pourrait être renforcé. Est-ce que tout est fait en ce sens aujourd'hui? Pas vraiment. Et ça, forcément, ça génère des frustrations.

 

Le rôle du politique n'est pas uniquement de défendre ceux qui l'ont mis sur son siège d'élu. Justement pour éviter que la voix de cette minorité n'obtienne suffisamment d'écho pour renverser la situation. La démocratie est basée sur un contrat social difficile à établir avec précision. Il faut comprendre qu'on ne joue pas uniquement pour son camp et qu'il est nécessaire de regarder au-delà. L'essentiel, c'est d'améliorer le sort de chacun, et surtout ceux qui en ont besoin. Pour autant que les décisions prises ne viennent pas péjorer la situation des autres. C'est un équilibre complexe et si l’on n’y met pas toute son énergie, les écarts prennent de la place et les mécontents grondent toujours plus fort.

 

A ce sujet, et contrairement à beaucoup de personnalités de droite défendant le non à l'initiative, je ne trouve pas que la proposition des syndicats soit indécente ou déplacée. Je la trouve juste inappropriée pour résoudre le problème qu'elle veut régler. Le salaire minimal n'est pas une perspective acceptable pour un pays comme la Suisse, où la liberté économique a une place importante – dans les faits et dans la Constitution. Cette liberté n'est bien sûr pas un absolu et pour la conserver, il faut entretenir le système. Les laissés pour compte finissent toujours par se faire entendre. Dès lors, si l'initiative devait être refusée le 18 mai, la droite serait bien inspirée de mettre un point d'honneur à corriger les quelques problèmes que notre système connait. Après tout, c'est dans son intérêt.

 

Grégoire Barbey

11:02 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

22/04/2014

Quelle politique pour les générations futures?

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Plutôt que de promettre une filière universitaire pour intéresser les jeunes à la politique (!), je m'interroge beaucoup sur la question de l'intérêt des jeunes pour la politique. Pourquoi cet abstentionnisme? Certains disent que c'est par méfiance envers les politiciens. C'est probablement un élément de réponse. Mais c'est sûrement aussi parce que les jeunes sont trop souvent oubliés des politiques proposées par les élus. On vise systématiquement des changements pour les plus âgés, ou ceux dont la situation est déjà stabilisée. Les jeunes votent moins, on s'y intéresse donc moins également du côté des partis et des programmes électoraux... C'est le serpent qui se mord la queue.

Il faut pourtant comprendre qu'en les excluant sans autre forme de procès du débat politique, on les marginalise et on leur donne raison de ne pas remplir leur devoir de citoyen. Moi je m'inquiète pour ma génération, qui doit et devra faire face à des conjonctures bien différentes de celles qu'ont connu nos parents et nos grand-parents.

Qu'en est-il de nos assurances sociales? Tiendront-elles jusqu'à ce que nous atteignons nous aussi l'âge de la retraite? Aurons-nous une politique monétaire qui laisse un peu d'espace à l'inflation pour que nous puissions emprunter et être en mesure de rembourser sans se saigner aux quatre veines, par exemple pour monter sa propre affaire? Aurons-nous le droit à des stratégies réfléchies pour permettre aux évolutions démographiques (élévation de l'espérance de vie, moins de naissance, etc.) de ne pas trop influer sur nos situations financières?

Oui, alors que les politiques se tournent vers les classes d'âge où les électeurs sont les plus nombreux, je m'interroge en tant que jeune, au titre de la génération qui prendra les commandes dans quelques années, quelle société allez-vous nous laisser? Les deux seuls politiciens que j'ai entendu ces derniers mois parler des générations futures avec conviction, ce sont les PLR François Longchamp et Didier Burkhalter. Quel fardeau devrons-nous porter parce que les décideurs auront sciemment mis de côté l'intérêt des plus jeunes, moins rentable électoralement? Ces questions, je me dois de les poser. Nous, les jeunes, avons le devoir de nous engager. De changer cette situation. Mais du côté des politiques actuels, ils doivent aussi faire leur part d'introspection. Si gouverner, c'est prévoir, alors nous devrions tous être d'accord. En attendant, mes inquiétudes demeurent.


Grégoire Barbey

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12/04/2014

Service obligatoire orienté éducation civique

Texte aussi disponible sur Politeia.ch.

«Nous devons inciter davantage de jeunes à embrasser une carrière politique», affirme Pierre Maudet dans L’Hebdo du 10 avril. Sur ce constat, difficile d’être en désaccord. Le conseiller d’Etat PLR est d’ailleurs issu du Parti radical, dont la capacité à former la relève a toujours été l’un des points forts à Genève. Une véritable machine de guerre. Qu’on soit en accord avec les idées de ce parti ou non, il faut lui reconnaître cet atout. François Longchamp en est un excellent exemple.

Là où les divergences apparaissent, c’est au niveau de la solution à appliquer pour intéresser les jeunes à la politique. Lui veut créer une filière universitaire, ou du moins proposer des formations ciblées à des jeunes envisageant une carrière politique. L’université représente environ 20% de la population. Dans le même entretien à L’Hebdo, le conseiller d’Etat reconnait que le système suisse permet à «tout un chacun de prétendre aux fonctions les plus élevées». En voulant privilégier une formation universitaire pour faciliter la relève politique, Pierre Maudet veut créer des élites politiques.

En Suisse, ces élites sont rares. Il existe bien sûr quelques technocrates qui n’ont jamais rien fait d’autre qu’exercer des fonctions politiques. Cette absence d’élites a des avantages et des inconvénients, car un certain nombre d’élus traitent de sujets qu’ils ne maîtrisent pas forcément. On peut y voir là un danger pour le fonctionnement des institutions. C’est aussi une aubaine qui permet de poser des questions qui pourraient paraître a priori stupides et qui pourtant mettent souvent le doigt sur des nœuds gordiens qu’on ne perçoit plus quand on est dans le système.

Si l’objectif de Pierre Maudet est d’intéresser les jeunes à la politique, il y a mille et une façons de le faire sans instaurer un élitisme très peu compatible avec le modèle institutionnel suisse. Lui qui veut trouver des alternatives à l’armée, pourquoi ne pas envisager une infrastructure qui va dans ce sens? Des résidents non naturalisés pourraient par exemple, plutôt que de faire l’armée puisqu’ils n’ont pas la nationalité, suivre des cours d’éducation civique. On peut leur expliquer précisément le système suisse. Ses exceptions. Ses avantages. Ses grandeurs et ses faiblesses. Cela permettrait de les y intéresser en connaissance de cause. Ne pas comprendre le fonctionnement de la politique ne favorise pas l’intérêt…

On peut également intégrer les femmes dans ce raisonnement: ouvrir l’obligation de servir (à comprendre dans un sens plus large que l’armée) à toutes et à tous. La Suisse connait aujourd’hui un véritable retard dans l’exercice de fonctions exécutives par des femmes, que ça soit dans le public ou dans le privé. Une obligation de servir qui proposerait non pas une armée pour les femmes mais une formation basée sur la connaissance du système institutionnel, avec aussi des cours de management, des mises en situation, pourquoi pas? Il ne s’agirait pas uniquement des universitaires. Cela coûterait certes de l’argent à la Confédération, mais les retombées économiques à long terme seraient évidentes.

Pour les jeunes hommes, on peut envisager l’intégration d’une filière civique dans l’obligation de servir. Le faire de manière intelligente et concertée avec ces mêmes jeunes. Pierre Maudet a la fibre politique depuis sa plus tendre enfance. Ce n’est pas le cas de tous. Et il a raison de chercher une solution pour infléchir l’abstentionnisme croissant chez les moins âgés. Il a raison aussi de dire que les jeunes ont l’impression que la politique est réservée à des plus de 50 ans: le Grand Conseil 2014-2018 l’illustre à merveille. Un véritable EMS! Mais si plus de jeunes s’engageaient, cette réalité évoluerait. Il faut donc chercher un nouveau modèle intégratif pour intéresser les jeunes à la chose publique. Mais sans promouvoir un système exclusif où seuls ceux qui fréquentent l’université peuvent espérer une formation viable. La politique n’est pas seulement affaire de CV. C’est surtout un engagement personnel pour la communauté.

Grégoire Barbey

15:24 Publié dans Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

25/03/2014

Des citoyens soutiennent le Père Glôzu

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VILLE DE GENÈVE – Le mythique Café de l’Hôtel-de-Ville arrive en fin de bail. Jean-Yves Glauser, plus connu sous le nom de Père Glôzu, loue les locaux à la Ville depuis vingt-neuf ans. Mais son bail prendra fin au 31 décembre de cette année. La Municipalité veut en profiter pour rénover le restaurant. Ce qui signifie la fermeture (provisoire?) de l’enseigne actuelle. Une perspective qui ne semble pas être du goût de tous. Un groupe Facebook a en effet été créé, exigeant le maintien du Café de l’Hôtel-de-Ville. Près de 600 membres ont déjà rejoint la cause.

Vous souhaitez en savoir davantage? Consultez l'article entier en vous rendant directement sur mon nouveau site internet! Cliquez ici.

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06/03/2014

Lettre ouverte à Oskar Freysinger

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Oskar Freysinger. Le conseiller d'Etat valaisan accuse ses adversaires politiques de nuire
à son département depuis qu'il a été élu. Peut-être est-il également responsable de ce climat.

 

Monsieur le conseiller d’Etat Oskar Freysinger,

 

Vous vous êtes construit depuis vos débuts en politique un personnage. Vous vous êtes façonné une image, comme les plus grands hommes d’Etat l’ont fait avant vous (François Mitterrand en est l’exemple le plus parlant). Il y a toutefois une différence entre ces personnalités et vous. Aujourd’hui, votre objectif est atteint en Valais: devenir conseiller d’Etat. Pour en arriver-là, il vous a fallu des années. Années où vous avez sciemment combattu les gouvernements qui se sont succédés, que ça soit en Valais ou au Palais fédéral, pour vous faire remarquer. Vous n’avez jamais lésiné sur les moyens: provocation, propos limites, mises en scène patiemment étudiées, etc. Je ne suis pas l’un de vos admirateurs, mais je vous reconnais toutefois un sens très développé de la théâtralité. En vérité, vous êtes un homme de scène. Vous vous êtes créé un personnage, disais-je plus haut, de toute pièce. Il vous a fallu lui donner une identité, des traits facilement reconnaissables. Votre personnage, c’est-à-dire vous, devait être l’objet de toutes les polémiques. Avec habileté, vos combats politiques ont souvent eu l’effet escompté: faire parler de vous. Toujours plus. A tel point qu’aujourd’hui, toute la Suisse romande vous connait, et probablement pouvez-vous en dire autant du côté de la Suisse alémanique.

 

Oui, vous avez un indéniable talent pour vous draper d’une auréole de popularité. Vous cherchez l’extrême: être adoré ou détesté. Et toutes ces années durant, ce rôle vous a admirablement bien convenu. Quand vous avez défendu l’interdiction des minarets – faisant d’un monument quasiment inexistant en Suisse un problème national –, ou lorsque vous militiez pour le renvoi des criminels étrangers, vous n’avez jamais reculé devant les méthodes à utiliser pour créer le buzz, pour susciter l’indignation des uns et l’admiration des autres. Ces autres qui constituent votre électorat, en grande partie. Vous êtes un homme d’une grande intelligence. Cela aussi, mon honnêteté intellectuelle me force à le reconnaître. Je vois dans vos choix politiques et dans vos communications publiques un machiavélisme d’une rare finesse. Vous êtes quelqu’un de cultivé, vous lisez beaucoup, écrivez avec une certaine aisance, jouez même de la musique. Et pourtant, quand il s’agit de dire la vérité à vos lecteurs, notamment sur le renvoi des criminels étrangers, vous singez le parfait imbécile. Vous faites celui qui ne sait pas. Celui qui, dans sa montagne, ignore qu’on ne peut pas expulser les criminels étrangers sans accords de réadmission avec les pays concernés. Que de nombreux traités internationaux rendent l’application du texte de l’UDC particulièrement problématique. Mais ça, je le sais et vous le savez, ça n’a qu’un objectif: plaire à votre public cible.

 

Une fois encore, vous êtes un homme de théâtre tout en étant un excellent publiciste. Tous vos propos sont destinés à ceux qui vont consommer «l’image» Oskar Freysinger. Comme un slogan sur un paquet de biscuits, vous devez attirer l’œil de vos potentiels électeurs. Ceux qui glisseront, le moment venu, votre nom dans l’urne. Et vous atteignez votre but avec brio. Laissez-moi vous concéder encore cette qualité. Vous êtes à mon avis de ceux qui peuvent faire contracter à un aveugle une assurance au cas où ses lunettes de vue viendraient à se casser. Pour beaucoup, c’est un défaut. J’y vois pour ma part une compétence rare et profitable. Pour autant qu’on l’use avec une certaine éthique. Un certain sens du bien commun. Or, c’est là, Monsieur le conseiller d’Etat, que le bât blesse. Vous usez de vos talents à des fins peu louables. Vous allez dire à un journaliste quelque chose qui fera assurément le buzz. Lui, naturellement, s’empressera de le publier et de le relayer. Il fait son travail. Pendant quelques heures, voire quelques jours, vous laissez monter la mayonnaise. Puis vous prenez votre caméra ou votre plume pour démentir les propos qui vous sont attribués. Les journalistes, auxquels vous tentez d’apprendre leur travail, sont en réalité vos jouets. Et en même temps, malgré eux, ils sont vos plus grands alliés.

 

Que seriez-vous sans les scandales médiatiques liés à vos propos sur le génocide arménien? Sur les étrangers? Les sans-papiers et j’en passe? Sans les caméras ou les journaux, vous ne seriez au fond qu’Oskar Freysinger, enseignant valaisan de son état, publiant quelques poèmes et livres pamphlétaires contre la société comme elle va en Suisse. Mais caméras, micros et stylos sont braqués sur vous. Vous le savez, comme lorsque vous faites venir Le Matin Dimanche dans votre chambre et lui montrez votre fusil. Ou lorsque vous invitez dans votre cave des journalistes suisses alémaniques pour leur montrer un drapeau du IIe Reich, feignant penser qu’il n’est pas question de connotation avec le nazisme puisqu’il représentait le symbole de l’empereur allemand Guillaume II. Encore une fois, vous jouez avec les limites. Vous provoquez en gardant toujours une carte dans votre manche pour vous tirer d’un mauvais pas. Comme un bon prestidigitateur, vous n’abattez jamais tout votre jeu sur la table. C’est habile et cela démontre votre sens de l’analyse et de l’élaboration de stratégie politique. C’est dommage que vous en usiez à des fins proprement personnelles, plutôt que d’en faire bénéficier le canton du Valais et ses habitants qui le méritent.

 

Maintenant que vous êtes devenu conseiller d’Etat, vous n’avez pas su opérer la transition entre le personnage d’Oskar Freysinger dans l’opposition et l’Oskar Freysinger ayant enfilé le costume de ministre. Ce n’est plus ici pour moi le signe de vos compétences et de votre intelligence. Non, malheureusement, j’y vois plutôt ce qui devait arriver: vous ne pouvez plus changer de casquette. Et vos adversaires politiques, en Valais, vous le font payer. Ont-ils raison? S’ils font tout pour vous faire craquer, je pencherais pour le non. Mais après tant d’années à jouer vous-même cette partition, comme leur en vouloir? Ils ne font, à vrai dire, que de vous rendre la monnaie de votre pièce. Aviez-vous seulement pensé vous en sortir sans devenir l’homme à abattre? Que vous pourriez prendre les rênes d’un département et ne plus subir les feux croisés de ceux qui, au fil du temps, sont devenus des ennemis plus que des adversaires politiques? En homme cultivé que vous êtes, vous avez dû lire Le Prince de Nicolas Machiavel. Peut-être même figure-t-il sur votre table de chevet. Une somme pour toute personne souhaitant faire de la politique et pour qui la fin justifie les moyens. Oui, mais voilà, vous commettez les mêmes erreurs que César Borgia, le fils du Pape Alexandre VI. A trop vouloir utiliser toutes les méthodes à votre disposition, vous avez minimisé l’importance de l’opposition que vous avez suscité. Vous étiez probablement trop occupé à compter le nombre de vos fidèles.

 

C’est cette erreur qui a également conduit César Borgia à la mort misérable qu’il a connu. Grand stratège, il rêvait continuellement d’augmenter son pouvoir, sans se fixer un but final sur lequel s’appuyer et s’arrêter lorsqu’il serait atteint. C’est l’une des leçons que donne Baltasar Graciàn dans son ouvrage L’Homme de cour, que vous avez peut-être lu vous-même. Ce qui vous a permis d’accéder à la fonction de conseiller d’Etat vous a aussi mis dans la position de faiblesse qui est la vôtre aujourd’hui. Vos budgets, selon vos dires, sont sans cesse réduits. Vous répétez à l’envi que vous ne pouvez pas travailler dans ces conditions. N’est-ce pas vous qui avez voulu en arriver-là? N’est-ce pas votre comportement qui vous a rendu si populaire et si détesté à la fois? Ce qui vous a manqué, en devenant conseiller d’Etat, c’est du bon sens politique, c’est le respect des institutions suisses. La collégialité est l’un des principes fondamentaux de nos exécutifs multicolores. Vous faites encore et toujours cavalier seul, comme si vous ne pouviez compter sur autrui pour avancer et remporter des victoires. Vous vous êtes mépris sur l’importance d’afficher une bonne volonté une fois à l’exécutif. Cela vous coûte déjà, et ça n’est pas prêt de cesser. Plus vous gémirez, et plus vous ferez le bonheur de vos ennemis.

 

C’est dommage que le Valais soit le théâtre d’une telle pièce. Vous aviez (et avez encore) tout pour bien faire. Il a pourtant fallu que vous vous complaisiez dans votre rôle d’électron libre, de sniper. Vous étiez un parlementaire hors pair, vous êtes devenu un gouvernant médiocre. Vous faites probablement du bon travail avec les moyens qui sont à votre disposition. Mais votre communication est désastreuse. C’est ce qui finira par vous perdre, car les Valaisans ne sont pas dupes. Vous avez obtenu votre siège à l’usure, n’oubliez pas que vos ennemis ont maintenant la force de frappe pour vous en déloger, si vous ne décidez pas de mettre un terme aux guerres de tranchées. Si vous ne changez pas d’optique, vous creuserez votre propre tombe politique. Et l’épitaphe est déjà toute trouvée: ci-gît Oskar Freysinger, prisonnier entre les quatre planches de son propre personnage. Il est l’heure pour vous de retirer vos habits de clown et d’enfiler le costume que les Valaisans vous ont octroyé.

 

Avec l’assurance de mes sentiments dévoués,

 

Grégoire Barbey

15:05 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse, Valais | Lien permanent | Commentaires (27) |  Facebook | | | |