08/05/2012

Aux vieux pédants

 

Chronique, 08.05.12 10h56

 

Ils fanfaronnent, avec la même rhétorique versatile et inefficiente. Ils veulent se donner des airs supérieurs parce qu'ils traînent derrière eux un capital « année » plus important. Ça devrait décourager les plus modestes à s'exprimer, comme si le chiffre au compteur était un indicateur de qualité. J'ai plutôt la sensation inverse : généralement, lorsqu'une voiture a parcouru de trop longues distances, elle rejoint la casse. Alors, ces vieux pédants qui usent et abusent de leur âge, n'hésitant pas à rétorquer à leurs interlocuteurs des phrases condescendantes agrémentées de « jeune homme/fille », n'ont vraisemblablement pas encore intégré que « la valeur n'attend pas le nombre des années », pour reprendre les mots de feu Corneille.

 

Avoir de la grisaille sur sa chevelure n'est nullement un argument d'autorité. Il semble cependant admis qu'il faille se jouer de l'âge pour terrasser son adversaire. Comme si un débat d'idées reposait sur les années et non sur la réflexion. Comme s'il y avait réellement une importance quelconque à avoir déjà mis la moitié de sa seconde jambe dans sa tombe pour pouvoir s'exercer à la pensée. Ces vieux fous oublient très certainement que pour voir fleurir leur sépulture, il leur faudrait davantage accorder de l'intérêt aux jeunes générations, qui incarnent le renouveau, et auront la lourde tâche de réparer les erreurs de leurs prédécesseurs.

 

L'expérience fait peut-être défaut aux plus jeunes d'entre-nous, c'est un fait. Toutefois, je constate avec effarement que de nombreuses personnes d'un certain âge s'enferment dans des certitudes faites d'acier trempé, qui leur est impossible de dissoudre. L'âgisme ne doit être accepté sous aucun prétexte, car c'est une forme de discrimination comme une autre. Les générations doivent cohabiter et travailler ensemble. Antoine de Saint-Exupéry a très bien résumé la vision que je partage : « On n'hérite pas la terre de nos ancêtres, on l'emprunte aux générations futures ». C'est cette façon de percevoir la réalité qui doit nous animer, et nous permettre d'accorder aux diverses catégories d'âge la même importance. Ce n'est qu'ensemble qu'une société perdure et s'améliore. Les clivages sont suffisamment nombreux sans que nous en façonnions de nouveaux pour nous battre.

 

Grégoire Barbey

 

 

10:57 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Âge, valeur, corneille, réflexion, antoine de saint-exupéry |  Facebook | | | |