14/03/2012

De la compassion sélective

 

À vif.

Ils sont nombreux, aujourd'hui, a s'être endeuillés suite à un tragique accident qui a causé la mort de vingt-huit personnes, dont vingt-deux enfants. Mes pensées vont aux familles qui vivent cette effroyable tragédie, bien évidemment.

Toutefois, je remarque, comme toujours, à quel point les événements compassionnels sont sélectifs. Je ne critiquerai personne, ce n'est pas mon objectif. Mais je me sens mal à l'aise en de telles circonstances de lire des dizaines de publications, toutes plus belles et poignantes les unes des autres, que lorsqu'il se passe des catastrophes géographiquement proches de nous. Le devoir de mémoire, disent-ils ? Que faisons-nous de ces dizaines de milliers d'enfants qui meurent de faim chaque mois, amaigris, appauvris, affamés, malades, abandonnés et seuls ? Et des adultes qui subissent le même sort ? Cette réalité est quotidienne. Elle existe aussi dans les abattoirs, où les animaux sont parqués comme des marchandises, sans égard aucun pour leur sensibilité. Cette réalité, elle est occultée. Les médias n'en parlent jamais, ou alors uniquement lorsqu'une épidémie a décimé des milliers de bêtes, voire d'enfants humains à l'autre côté du monde.

Cette compassion sélective, je ne la partage pas ni ne la cautionne. Je n'ai jamais apprécié choisir les personnes ou les espèces pour lesquelles je ressens de l'affection, et de la tristesse face à leur misère. Il m'est infiniment douloureux, et cela quotidiennement, de me rappeler qu'au-delà de mon confort matériel, à des centaines sinon des milliers de kilomètres, des êtres vivants, dotés comme moi d'un cœur et d'un cerveau, de sensibilité et d'émotions, peuvent subir les pires sévices que la vie puisse infliger.

Ce n'est pas de la sensiblerie, uniquement la conscience des faits. Je rajouterai même qu'il s'agit d'une certaine cohérence. Est-ce acceptable de ne s'émouvoir que lorsqu'un article paraît dans la Tribune de Genève ou tout autre journal ? Pour moi, ça ne l'est pas. Encore une fois, je précise que je ne vise personne, et que je réagis de la même façon. Néanmoins, cela me touche d'autant plus que la misère est une réalité malheureuse qui détruit des vies tous les jours, et je suis attristé que certaines victimes ne soient prises en compte que lorsqu'elles sont situées dans un lieu géographiquement proche.

En ce triste 14 mars, je suis également en deuil. Tant pour ces personnes décédées dans un accident innommable, que pour les dizaines de familles que cela affectera, et les milliers d'autres victimes que nous ne verrons pas dans les pages de nos journaux, ni aujourd'hui, ni demain, ni même jamais.

Que mes pensées, et celles de mes semblables, puissent alléger leur fardeau.

 

Grégoire Barbey

16:36 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : tristesse, tragédie, accident, catastrophe, victimes, compassion, familles, deuil |  Facebook | | | |