07/08/2012

Une fusion libérale aux conséquences radicales

 

Chronique 06.08.12 14h13

 

Au début des années 2000, certains s'en souviennent sûrement, le Parti Radical genevois manquait de disparaître, avant d'être repris par François Longchamp puis Pierre Maudet, tous deux actuels conseillers d'État dans la République et Canton de Genève. Puis vint, il y a plus d'un an, la fusion entre les Libéraux et les Radicaux, qui ne fut pas de tout repos au sein de la Cité de Calvin, sachant que les rapports de forces opposant les deux partis étaient diamétralement inversés par rapport à la configuration fédérale. Ainsi, Les Libéraux étaient majoritaires au bout du Lac Léman, ce qui était loin d'être le cas dans le reste du pays.

 

Aujourd'hui devenu le Parti Libéral-Radical, nombreux sont celles et ceux qui clament la réconciliation entre les deux formations fusionnées, arguant volontiers qu'il n'y a plus lieu de confronter les identités politiques propres à chacune. Mais ce discours fédérateur ne fait pas nécessairement consensus pour quelques personnalités, principalement ex-libérales. Pourquoi ? Tout d'abord, une incompatibilité philosophique de taille : pour les tenants de la pensée Radicale, l'État se doit d'être présent, et assurer des responsabilités spécifiques, tandis que les Libéraux sont au contraire pour un État plus discret, dont l'ingérence au sein de la sphère privée et des décisions individuelles soit réduite au maximum.

 

Il y a peu encore, deux des sept sièges du Gouvernement cantonal étaient occupés par des Libéraux – Mark Muller et Isabel Rochat – alors qu'un seul était aux mains des Radicaux, tenu par François Longchamp. Depuis la fusion, les choses ont changé radicalement. Mark Muller, nul ne l'ignore, a quitté son poste le 29 février dernier, suite à de nombreux scandales qui ont éclaté à son encontre, dont la désormais célèbre affaire du « Moulin à Danses ». Lui-même affirme avoir été trahi par ses propres collègues de parti, dont deux d'entre eux lui auraient sciemment savonné la planche, et à dessein. Le 17 juin, Pierre Maudet, ancien Président du Parti Radical genevois, a été élu au poste de Conseiller d'État pour remplacer son prédécesseur Libéral.

 

Au fond, pour un observateur politique, cette situation a quelque chose d'extraordinaire, tant la stratégie qui a prévalu après la fusion a véritablement transformé les rapports de forces, avec en prime une communication basée sur une désinformation totale. Qui n'a pas lu, vu ou entendu l'un des pontes du Parti Libéral-Radical affirmant que tout allait bien au sein de la nouvelle formation ? Personne qui ne soit un tant soit peu informé du contexte politique genevois. Et les quelques dissidents au sein du parti qui ont osé s'exprimer contre cette hypocrisie se sont vus outrageusement marginalisés par les leurs. Noyer le poisson en espérant que les vagues cesseront avec le temps. Cette attitude est malheureusement révélatrice d'une incapacité à faire face aux questions que soulève cette unification, et cette volonté de taire à tout prix les luttes intestines qui se déroulent au sein du parti n'est pas pour arranger les choses.

 

Surtout qu'il y aura, dans quelques mois, les élections cantonales, qui verront les trois postes détenus par le Parti Libéral-Radical remis au concours. Sans trop s'exposer, il est possible de voir les conseillers d'État sortants Pierre Maudet et François Longchamp réélus sans trop de difficulté. Mais qu'en est-il d'Isabel Rochat, désavouée par ses paires, et reléguée à un autre poste ? Si celle-ci décide, avec l'approbation de son parti, de se représenter pour une nouvelle magistrature, convaincra-t-elle les électrices et les électeurs malgré le signal fort qui leur a été envoyé ? Il est permis d'en douter. Dans le cas où Rochat n'est plus candidate, quel autre membre du Parti Libéral-Radical serait susceptible de lui succéder ? Il y aurait bien, a priori, un ou deux noms pour y prétendre, mais ceux-ci ne sont pas issus des rangs de l'ancien Parti Libéral.

 

Dès lors, que se passera-t-il s'il devait y avoir un troisième Radical placé au Gouvernement ? Oh, quelques convaincus de la fusion ne manqueront pas de me faire savoir que mon analyse est erronée, m'affirmant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais ça, je n'y crois guère. Car l'identité, au sein de ces deux formations, est importante. Et nul ne peut se résoudre à l'idée de voir les siens mis sur le banc de touche en toute impunité. Et pire encore, si le parti devait perdre son troisième siège au Conseil d'État, au profit par exemple d'une formation politique comme le Mouvement Citoyen Genevois, quelles seront les conséquences à moyen terme pour le Canton et également pour la pérennité du Parti Libéral-Radical ?

 

Toutes ces questions, soigneusement étouffées dans la presse, méritent d'être posées et, si possible, de trouver quelques réponses valables, sans mentir ni distraire. Ce qui est certain, c'est qu'en terme de stratégie politique, il aurait été difficile de faire mieux pour renverser les rapports de forces qui prévalaient avant la fusion, tout en gardant, en apparence, un semblant de cohésion. Mais il y a longtemps que je ne crois plus aux miracles, et ces manigances ne seront pas tolérées par tout le monde, et même les plus obtus finiront pas se rendre à l'évidence : il y a un problème.

 

Grégoire Barbey

 

 

10:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : analyse, problématique, fusion, plr, maudet, longchamp, rochat, aellen, dissidence, parti |  Facebook | | | |

05/08/2012

Des manipulations politiques en Ville de Genève

 

Chronique 03.08.12 15h27

 

Les médias, ces derniers temps, n'ont pas pratiqué l'analyse politique avec le même engouement que lors de la candidature de Pierre Maudet à l'élection partielle au Conseil d'État. Et pourtant, si cette nouvelle élection partielle, cette fois-ci dans le but de pourvoir le siège laissé vacant par le nouveau Ministre de la Sécurité, ne concerne que la Ville de Genève, elle n'en est pas moins cruciale. Genève est la première ville de Suisse romande, et la seconde au niveau fédéral. Comme le dit si bien Jean-Marc Froidevaux sur son profil Facebook, l'objectif d'un parti, quel qu'il soit, est de gouverner. C'est par essence sa raison d'être. Quel message instille à ses sympathisants et militants le parti Libéral-Radical en renonçant à partir à la conquête d'une place stratégique pour faire opposition à une gauche toute puissante ? Qu'au fond, se battre est vain ? Un signal qui pourrait être mal interprété au sein de la base.

 

Extrapolons quelque peu. Il y a l'année prochaine le Gouvernement cantonal à réélire. Le PLR a actuellement trois sièges, mais peut-on affirmer qu'il les conservera tous ? Eu égard à ses derniers résultats électoraux, en-dehors de celui de Pierre Maudet pour le Conseil d'État, nous pouvons légitimement en douter. Acceptera-t-il de sacrifier deux places sans plus de bataille ? Alors, qu'un certain personnage, fort de son statut de « prodige politique », ait manigancé quelques stratégies obscures en promettant à plusieurs personnes la place qui n'était d'ailleurs même pas au concours à l'époque où il mit en place son jeu, cela ne doit pas pour autant occulter la réalité politique, celle des rapports de force. Céder à des stratagèmes aussi crapuleux, irrespectueux des gens qui font vivre le parti, non pas celles et ceux qui en tiennent les rennes, et veulent se placer sur d'importants sièges, comme l'a récemment dévoilé Cyril Aellen à la presse, n'est pas digne d'un parti qui occupe actuellement la première place au sein du Gouvernement.

 

Ces manipulations, qui sont le fait de quelques-uns qui pensent être les meilleurs à même de choisir pour les autres, sont passées de date. Aujourd'hui, la politique doit être transparente. L'opacité de certains ne puis demeurer davantage. Et qu'untel veuille écarter ses rivaux pour son dessin de siéger au sein du Conseil Fédéral, ne doit aucunement influencer négativement l'ensemble d'une politique cantonale. Je me demande donc pourquoi des journaux comme la Tribune de Genève, si prompte à esquisser de longues analyses et autres éditoriaux sur la candidature de Pierre Maudet au Conseil d'État, font la sourde oreille concernant la conjoncture actuelle en Ville de Genève, et ne consacrent pas davantage d'articles sur les manigances de ces « grands pontes » du PLR, qui croient, du haut de leur tour d'ivoire, décider. Gouverner, ce n'est pas ça, et je les renvoie donc à Machiavel, qu'ils ont lu bien avant moi. Il faut choisir. Méprisez la base, mesdames et messieurs, et celle-ci finira par vous envoyer la facture. Dès lors, il ne faudra pas se plaindre. Pour ma part, je soutiens la candidature de Jean-Marc Froidevaux, qui a le mérite de poser le doigt là où ça fait mal. Et rien que pour ça, les médias devraient en parler.

 

 

Grégoire Barbey

11:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : jean-marc froidevaux, politique, plr, maudet, aellen, analyse, tribune de genève |  Facebook | | | |

12/06/2012

Rapprochement de la droite républicaine et nationaliste en France

 

Chronique, 12.06.12 16h18

 

Le Temps, aujourd'hui, nous apprend qu'en France, lors du second tour des législatives, l'UMP n'a pas souhaité faire barrage aux candidats du Rassemblement bleu Marine (Front National), tandis que de son côté, le Parti Socialiste a immédiatement annoncé sa volonté de s'opposer au risque de faire élire des représentants de la droite nationaliste. Pour cela, les candidats socialistes qui se trouvent dans des triangulaires favorables à l'élection du FN seront retirés. Une mesure, pour la gauche, qui ne surprend guère. Néanmoins, il n'en va pas de même pour la droite républicaine, à savoir l'UMP, qui, une fois de plus, ronge la marge qui la sépare de l'extrême droite et s'en rapproche dangereusement. Pour quelle raison ? Contrecarrer, à tout prix, une majorité de gauche au Parlement ? C'est probable, mais démesuré par rapport à l'ouverture offerte en contrepartie aux sbires de Marine Le Pen.

 

Unir les différentes droites françaises ? C'est une éventualité. Encore une fois, sur le fond et sur la forme, ça prête au débat. Certes, comme le rappel l'article susmentionné, Nicolas Sarkozy avait déjà ouvert la voie à ce schéma. Faut-il pour autant que l'UMP persiste à avancer en direction du Front National ? Personnellement, j'en doute. Les enjeux sont nombreux, mais les conséquences sont difficiles à anticiper avec précision. C'est une période de crise, et la mainmise soudaine de la gauche sur l'Élysée n'aide en rien les stratèges de la droite à conserver une certaine lucidité dans leurs actions. Oui, il est vrai qu'actuellement, si l'on s'en réfère aux divers discours des anciens ministres du Gouvernement Fillon, notamment ceux de Nadine Morano et de Claude Guéant, la divergence entre l'UMP et le FN semble mince. Trop, en réalité.

 

Mais de là à tenter une alliance tacite, il y a un fossé! Pourtant, celui-ci va apparemment prochainement être franchi, et cela sans plus de bavardage. Tout apparaît calibré. Un désir de diriger le pays qui laisse pantois. L'UMP, quoi qu'on en pense ou en dise, est censée représenter les convictions républicaines, alors que le FN, quant à lui, incarne ce qu'il y a de plus méprisant : la discrimination et l'exclusion. La politique de l'émotionnel, du ressenti, bref, rien qui vaille la peine d'être écouté. Cependant, ça fonctionne, surtout lorsque tout va de mal en pis. Et en Europe, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient. Entre une Grèce à l'agonie qui verra peut-être son Gouvernement repris par l'extrême-gauche ou les néonazis, et une Espagne qui n'a plus la confiance des marchés et qui peine à se redresser, l'Ancien Continent a connu des jours meilleurs. Évidemment, en de telles circonstances, les décisions ne reflètent pas toujours une pleine santé intellectuelle... et c'est peu dire.

 

Qu'importe ! Il ne faut pas céder à la tentation la plus vile. Quelques uns des pires dictateurs furent élus au suffrage universel. Gardons-le en tête afin de ne pas agir servilement et de façon inappropriée. Je sais qu'en Suisse, les défis ne sont pas nécessairement les mêmes, ou d'une ampleur comparable. Il est pourtant impératif de prêter l'oreille, et d'observer, silencieusement, ce qu'il y a chez nos voisins, pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Or, à Genève, après avoir battu le pavé pour mon parti durant cette campagne, j'ai entendu de multiples citoyennes et citoyens, d'horizons divers et variés, souvent foncièrement antagonistes, confier leur désir de voir Éric Stauffer élu au Conseil d'État. Cette envie, sûrement motivée par des déceptions réelles et compréhensibles, offrirait donc à une formation qui se base sur l'exclusion l'accession au Gouvernement. C'est un choix qu'il convient de mesurer convenablement.

 

Pour ma part, je suis inquiet. Depuis déjà quelques mois, et chemin faisant, rien n'apaise mon tourment. Cette propension, qui augmente de jour en jour, à donner du crédit à des partis d'extrême droite (ou gauche, selon les contextes) m'exaspère, et m'interroge, également. Je reviendrai sur cette problématique prochainement, pour étayer mes propos. En conclusion, tout ce que je souhaite transmettre à travers ce billet, c'est qu'il convient de réfléchir avec rigueur aux décisions que nous prendrons dans les semaines, mois voire années à venir. Attention à ne pas agir sous le coup de l'émotion.

 

Grégoire Barbey

16:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : analyse, politique, france, stauffer, fn, ump, ps |  Facebook | | | |