26/07/2012

« Pour éliminer les juifs, c'était exactement la même argumentation qui était utilisée »

 

Chronique 26.07.12 19h55

 

Oskar Freysinger, conseiller national UDC, a affronté lors d'un débat au sein du « Journal du Matin » de la RTS (25.07.12) la secrétaire générale des femmes libérales-radicales Claudine Esseiva sur la thématique de l'IVG (interruption volontaire de grossesse) et plus précisément l'initiative « financer l'avortement est une affaire privée ».

 

Pour Monsieur Freysinger, l'avortement est comparable à un génocide et pourrait, à terme, causer la perte de notre civilisation. Madame Esseiva rappelle néanmoins qu'en Suisse, le taux d'interruption de grossesse est le plus bas d'Europe, environ 10'000 par année. Quelques minutes plus tard, le conseiller national valaisan va plus loin dans ses propos et affirme que « pour éliminer les juifs, c'était exactement la même argumentation qui était utilisée » durant la Seconde Guerre Mondiale. Relevons ici l'impressionnante prestation du politicien reconnu comme étant un fervent militant voir initiateur de groupuscules d'extrême droite. La comparaison est tout de même abominable et culottée. Il oublie cependant que l'avortement est un acquis sociétal important, notamment pour l'indépendance des femmes, dont la légitimité fut obtenue par les urnes. Un comble.

 

Ce qui est surprenant, c'est le biais par lequel Oskar Freysinger perçoit la problématique. Il aborde volontiers la question de la pérennité de l'humanité (fut-elle en danger), en occultant simultanément l'évidence d'un futur où la croissance démographique deviendra véritablement un souci géopolitique. En effet, des études prévoient qu'en 2050, la population mondiale aura atteint 9 milliards d'êtres humains. Sachant qu'à l'heure actuelle, plus de 2 milliards d'humains ont à peine deux dollars par jour pour se nourrir, il serait intéressant d'imaginer la conséquence d'une augmentation significative de la population sur la répartition de la pauvreté.

 

Il est un devoir pour la collectivité de garantir le droit et l'accès à un avortement de qualité ; une femme qui ferait interrompre sa grossesse dans des conditions hygiéniques effroyables risquerait des complications qui coûteraient bien plus chère à l'assurance qu'un avortement décent. De surcroît, pour un dogmatisme qui ne tolère aucune atteinte à la vie, même inachevée, risquer de faire venir au monde des enfants non-désirés n'est pas sans danger, et au cas où les parents n'assumeraient pas leur rôle, les éventuelles dérives de ces vies « sauvées » à tout prix occasionneraient des coûts bien plus élevés et ce pour l'ensemble de la collectivité.

 

Enfin, pour quelqu'un qui s'oppose activement à l'immigration et dont l'islamophobie n'est plus à démontrer, le discours d'Oskar Freysinger peine à passer : certes, garantir la vie est une responsabilité régalienne. Mais si notre cher enseignant prend en compte ses propres revendications quand il prétend que l'augmentation de l'immigration a des effets négatifs sur l'emploi des résidents nationaux, il paraît tout à fait saugrenu qu'il soutienne également une nécessité des naissances dans n'importe quelle situation, aussi triste fut-elle, notamment en proposant des boîtes à bébé (!). En somme, à force de soutenir des thèses toujours plus farfelues les unes des autres, il en oublie son droit à la cohérence. CQFD.

 

Grégoire Barbey

 

 

20:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (42) | Tags : freysinger, esseiva, suisse, politique, initiative, udc, avortement |  Facebook | | | |

09/03/2012

L'avortement, une nécessité d'utilité publique

 

Suite à de nombreuses requêtes, je vais me prononcer sur l'avortement.

J'y suis évidemment favorable et estime qu'il devrait être accessible à toutes les femmes, ce qui implique donc la gratuité de l'intervention, remboursée intégralement par l'assurance, ou dans un cas spécifique, aux frais de l'État, donc indirectement du contribuable, si la demanderesse ne possède pas d'assurance, pour des raisons X ou Y. Il y a deux raisons principales qui me font me positionner ainsi en faveur de cette pratique et de son accessibilité.

 

Les femmes sont les seules détentrices du choix de conserver ou non l'enfant à venir.

Jusqu'à preuve du contraire, ce sont les femmes qui sont concernées directement par la question de l'enfantement. Je considère dès lors qu'il s'agit d'un choix d'ordre privé, qui doit résulter uniquement de la réflexion faite par la personne concernée, à savoir la femme enceinte. Cet impératif est catégorique, pas même le père ne doit influencer la décision que prendra la mère. Dans notre société, où la propriété individuelle fait partie intégrante de nos rites et nos échanges, le corps de la femme lui revient de droit, elle est donc de ce fait la seule à pouvoir décider de l'avenir de l'embryon qu'elle porte en son sein. Toute intimidation ou manipulation visant à influencer le choix d'une femme sur ce sujet est à proscrire légalement.

 

L'avortement doit être considéré comme relevant d'une option d'utilité publique.

J'entends par là que dans divers cas de figure, une mère en devenir qui ne désire pas garder son enfant et préfère opter pour la possibilité de l'avortement pour des raisons précises (qu'elle seule est en mesure d'en juger la pertinence) doit être en mesure d'y avoir droit. Un enfant non-désiré ne doit en aucun cas voir le jour, tant son avenir serait incertain au possible. Bien sûr, cet argument sera réfuté par certaines personnes qui clameront n'avoir pas été désirés et s'en être pourtant bien sorti. C'est certes un fait, mais également un risque. Les parents qui conservent l'enfant par obligation légale (dans un pays où l'avortement n'est pas autorisé ou non-remboursé) peuvent adopter à son encontre des comportements tout-à-fait délictueux par frustration ou instabilité psychique.

Qu'une mère toxico dépendante décide d'avorter doit être perçu comme relevant de l'utilité publique, par exemple. Il faut comprendre qu'un enfant non-désiré ou évoluant dans un milieu hostile a une certaine probabilité de réitérer les sévices qu'il aura vécu, et ainsi causer d'autres dommages collatéraux à la société. J'ai conscience que mon argumentaire en choquera plus d'un-e, mais il me paraît sincère. Refuser l'avortement pour quelque motif que cela soit, c'est prendre un pari risqué, sinon pour le bien-être de l'enfant et son entourage dans une moindre mesure.

Je précise néanmoins que l'enfant paraisse ou non en bonne santé est un critère que seule la femme enceinte est en mesure d'évaluer comme pertinent ou pas pour sa décision Une fois encore, ce choix lui appartient.

 

Conclusion

Il y aurait bien sûr d'autres paramètres à prendre en compte, mais foncièrement ma position s'explique par les deux points précédemment explicités. Pour ma part, je considère que le droit à l'avortement gratuit et inconditionnel est une nécessité pour les femmes et également pour la société. D'autant plus qu'aujourd'hui, les avortements médicamenteux sont une option viable et peu coûteuse, tant sur le plan financier que physique (puisqu'il n'y a pas d'intervention chirurgicale) et ne présente donc pas de risque de stérilisation pour les femmes. Il faut cependant agir avant les six premières semaines de l'embryon pour que cela fonctionne.

Il est donc de prime importance de lutter pour que soit reconnu ce droit, le plus vite possible !

 

Grégoire Barbey

 

17:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : avortement, réflexion, politique, assurance, gratuité, remboursement, choix, femmes, droits |  Facebook | | | |