01/06/2012

Pierre Ruetschi, un éditorial assumé

 

Chronique, 01.06.12 12h32

 

En ce vendredi premier juin, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève, Pierre Ruetschi, s'est fendu d'un éditorial vitriolant. Après l'avoir lu consciencieusement, puis m'être plongé dans la fosse sceptique des commentaires en réaction à l'article, sans oublier de me pincer le nez pour ne point étouffer face à tant de bêtise, de mauvaise foi et d'incohérence, je ne puis qu'adhérer aux propos du journaliste. Si quelques uns, de probables électeurs du Sieur Stauffer, crient à l'orientation de Monsieur Ruetschi, c'est qu'ils en oublient l'essence même de la pratique éditorialiste, laquelle demande et une certaine approche de la langue française, et des idées à faire transparaître, tout en assumant de prendre position. C'est exactement ce qui a été fait ici, il n'y a donc aucune tentative de manipulation infamante, comme tentent vainement de le rappeler les primates décérébrés qui polluent quotidiennement les articles de presse de la Tribune de Genève. Pour celles et ceux qui s'interrogent, mes mots sont sciemment pesés.

 

Avec toute la subtilité nécessaire à cet exercice périlleux et pourtant si passionnant, Ruetschi nous livre son opinion quant aux deux candidats favoris, Anne Emery-Torracinta et Pierre Maudet. Oui, les deux seraient, en cas d'élection, de bons magistrats, idées politiques mises à part. Cet aveu ne constitue en rien une orientation quelconque. C'est un constat que la plupart des citoyennes et citoyens avertis pourront formuler eux-mêmes. C'était le mien avant de lire cet article, et ça le restera. Chacun est libre de penser par lui-même. À part, peut-être, les suiveurs d'un certain candidat. Bref. Oui, il y a peut-être actuellement une véritable coalition qui s'oppose à Éric Stauffer. Mais pourquoi diable s'en indigner ? Qui casse paie, dit l'adage. Ou encore, le mensonge prend l'ascenseur, tandis que la vérité, elle, prend l'escalier. Cependant, tout finit, un jour, par se savoir. Dans le microcosme politique, ces révélations n'en sont pas. Je puis l'affirmer, à part quelques ahuris, tout le monde était plus ou moins au courant de ces détails, sans pour autant être en mesure de le prouver d'une quelconque manière.

 

Il n'est pas question ici de voir le tribun MCG comme un martyr. Il peut se consoler d'avoir tenu sept ans avant de voir certaines vérités éclater au grand jour. C'est mérité. En effet, et je rejoins entièrement Monsieur Ruetschi, cet homme n'est clairement pas fait pour diriger, même partiellement, les affaires d'un État. Il n'en a, évidemment, pas les compétences. Cela s'entend et il le porte sur lui. Ses électrices et électeurs qui veulent « mettre un coup dans la fourmilière » genevoise seront déçus de voir qu'une fois élu, le populiste en herbe deviendrait soudainement silencieux, comme à Onex. Comprendre ici : il fera en sorte de conserver son poste pour obtenir la rente offerte aux anciens magistrats. Vous en doutez ? J'en suis intimement convaincu. D'ailleurs, un homme (ou une femme) d'État réunit certaines qualités. Notamment le contrôle. Que ferait Stauffer dans un collège gouvernemental s'il n'arrive pas à calmer ses nerfs ? Je ne ferai pas de référence aux innombrables récents événements qui démontrent son incapacité à gérer ses émotions. Quelle belle perspective pour un Canton comme Genève d'avoir à sa tête une personnalité fulminante, prête à imploser à chaque contrariété. Que fera-t-il si cela devait arriver ? Peut-être, comme il l'a fait jusqu'à présent, prendra-t-il les armes oratoires pour demander sa propre démission ?

 

Oui, c'est un excellent politicien. Il sait parler à une tranche de la population malheureusement ignorée ou méconnue de la plupart de nos édiles politiques. J'en conviens parfaitement. Mais l'exercice d'un exécutif ne se résume pas à donner des réponses simplificatrices à des questions hautement complexes. Stauffer n'a jamais établit de véritable réflexion. Ce n'est pas demain qu'il changera. Il n'en a que faire, même. Donc, pour les plus téméraires qui voudraient encore croire en lui, ayez le courage d'affronter la réalité. Et n'affublez pas celles et ceux qui font leur travail, comme Pierre Ruetschi, de toute votre haine mal assumée.

 

Grégoire Barbey

12:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : politique, ruetschi, journalisme, stauffer, éditorial, chronique |  Facebook | | | |

24/05/2012

La politique vue par un jeune (1)

 

Chronique, 23.05.12 16h56

 

Ce matin, j'ai eu l'occasion de m'exprimer sur les ondes de One FM en compagnie d'Adrien Faure, co-président de la Jeunesse Socialiste genevoise. Le sujet abordé était « la politique vue par les jeunes ». Malheureusement, nous n'avons guère pu nous épancher véritablement sur la question. Je me propose donc de développer mon point de vue. Il va sans dire que je maîtrise mieux l'écrit que l'oral ! Mais je ne me décourage pas pour autant : je suis un battant. Cet article inaugure une série de réflexions qui permettront d'étayer au mieux, je l'espère, ma perception du domaine politique.

 

Redonner confiance aux citoyens

 

Actuellement, le microcosme politique genevois prend acte d'une réalité pourtant présente depuis fort longtemps : bon nombre de citoyens perdent confiance dans la politique. Pour autant qu'ils l'aient eue un jour. Il y a divers facteurs entraînant ce désintéressement progressif de la chose publique. Je ne tenterai pas d'en faire une énumération exhaustive. Les raisons sont multiples. Nous pouvons néanmoins relever un clivage entre les politiciens et la population : les premiers ont de la peine à s'extraire de la bulle dans laquelle ils naviguent quotidiennement en s'engageant corps et âme, tandis que les seconds ont toujours moins de temps et d'énergie pour éplucher méthodiquement toutes actualités qui ont trait à la politique. Ce constat est aisé à réaliser. Pourtant, la plupart des acteurs politiques semblent mimer l'autruche, plongeant leur tête profondément dans le sol, en refusant de voir qu'ils n'ont plus le même impact sur leur électorat. Récemment, cette notion de « perte de confiance » a souvent été relevée, interrogeant sur l'attitude à prendre pour inverser cette tendance.

 

Il n'y a pas de solution miracle, et encore moins de réponse toute faite. Évidemment, il faut faire preuve d'ouverture d'esprit, s'instruire, écouter les doléances des citoyens, s'informer sur les divers ressentis, prêter l'oreille à chaque instant pour en apprendre davantage et s'armer de patience afin de découvrir où sont cachés les nœuds qui paralysent l'action politique. Ce qui me frappe, c'est ce fossé qui sépare citoyens et politiciens. Certes, il y a ceux qui s'engagent concrètement et les autres. Mais il ne devrait pas y avoir une « classe politique ». Si tel est le cas, c'est qu'à mon sens, le serpent se mord la queue. En effet, si nous voyons celles et ceux exerçant la politique comme des individus à part, différents des citoyens lambda, c'est qu'ils et elles ne font pas bien leur travail. Ceci n'est pas une critique acerbe, mais une question de bon sens. Pour se sentir en confiance, il faut que certains prérequis soient réunis. Notamment la sensation d'avoir face à soi des interlocuteurs honnêtes et sincères, ce qui, semble-t-il, fait défaut à Genève. Je prends comme référentiel le fait que personne n'est stupide, et qu'aborder des sujets délicats avec rigueur et méthode ne posera pas de véritable problème à la compréhension de celles et ceux qui s'intéressent vraiment aux sujets traités. Cependant, le paradigme n'est pas le même en politique. Il m'a déjà été dit de faire simple, de me contenter de la forme, et de rester en surface. Je ne suis pas d'accord, bien au contraire. Je m'oppose fermement à cette vision discriminatoire des citoyennes et des citoyens.

 

Bien évidemment, ce débat peut s'éterniser. Quant à savoir s'il faut simplifier à outrance ses discours ou non, nous ne serons jamais d'accord. Pour ma part, je pense qu'il s'agit là d'un point crucial : ne pas prendre les autres pour des abrutis. Je considère qu'une bonne communication prend tous les éléments en compte et ne cachent pas des faits. C'est un principe, il faut respecter autrui, qu'ils soient ou non des électeurs potentiels. Chacun a sa propre perception du monde qui l'entoure et l'interprète à sa façon. Ne pas accepter cela, c'est nier l'individualité à laquelle nous avons droit toutes et tous. J'aime à penser que les divergences sont fécondes. Il ne faut pas pour autant minimiser l'importance de fédérer au mieux, afin de répondre aux attentes du plus grand nombre.

 

Bref, je crois qu'un autre aspect fondamental qui manque en politique, c'est ce côté « humain ». Je réalise à quel point c'est difficile de le faire ressortir, moi-même, lors d'interventions radiophoniques ou télévisées. Pourtant, je ne doute pas que nous y sommes toutes et tous sensibles, et qu'il est essentiel de ne point devenir des automates insensibles qui paraissent totalement déconnectés du quotidien de la population. Il est d'ailleurs palpable que celles et ceux arborant ce petit plus ont davantage de succès d'un point de vue électoral. Il ne faut pas sous-estimer les apparences. Et à trop les cultiver, nous nous méprenons et créons finalement rien d'autre que des épouvantails. À l'opposé du but recherché, en somme. C'est exactement la sensation qui m'a traversé lorsque j'ai lu l'opuscule d'un certain candidat à l'élection complémentaire au Conseil d'État, lorsqu'il traitait du courage et de la sincérité. L'idée ne manque pas de justesse, mais la forme – et le fond – sont absents. Le lecteur lambda, comme moi, n'est rien d'autre qu'une donnée qu'il faut convaincre. D'une écriture administrative. Je critique cet ouvrage car c'est le dernier que j'ai eu entre les mains, mais c'est également valable pour les autres. Il ne suffit pas d'inscrire des valeurs sur un bout de papier pour convaincre. Il faut les faire ressentir. Que notre aura rayonne de celles-ci. Sinon, ce n'est que du vent, et les gens ne sont pas dupes.

 

La confiance n'est pas gratuite. Elle n'est pas non plus spontanée. Elle se gagne, au travers d'une lutte acharnée. Ce n'est pas un dû. À mon sens, obtenir la confiance de ses semblables est l'œuvre de toute une vie, car le moindre écart nous sera facturé avec sévérité. Faire de la politique, ce n'est pas seulement caresser son image personnelle et se sentir important. Pour beaucoup, malheureusement, cela apparaît être la seule motivation palpable dans leur engagement. Il faut s'investir, et se battre. Accepter de recevoir des torrents de boue, et garder la tête haute. C'est, effectivement, une constante lutte de pouvoir. Mais ça ne doit pas être la finalité. Uniquement le chemin !

 

Enfin, pour conclure, s'il me fallait synthétiser ma vision d'une politique qui mérite la confiance des citoyennes et des citoyens, je me contenterais de ces quatre mots : authenticité, honnêteté, valeurs, transparence. Le reste n'est que fioriture. Alors, quand est-ce que nous commençons ?

 

Grégoire Barbey

 

 

08:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : chronique, politique, authenticité, confiance, jeune, vision, réflexion, sincérité, valeurs |  Facebook | | | |