21/06/2012

Liberté

 

Chronique, 21.06.12 21h08

 

Comme toute personne qui s'expose, j'essuie des critiques. Positives ou négatives, qu'importe. Cela ne remet nullement en question mon engagement, ni ma détermination. J'apprécie énormément les désaccords, quand ceux-ci sont féconds, et intelligibles. Les invectives personnelles, basées sur des jugements de valeur a priori, ne m'atteignent pas. Je constate qu'il en va de même pour Pascal Décaillet, qui de son côté est également critiqué pour son caractère versatile. Sur ce point, je le comprends très bien, et vois dans la capacité à revenir sur ses positions une preuve évidente d'intelligence et de goût. Nietzsche lui-même ne s'est-il pas contredit à maintes reprises au fil de son œuvre magistrale ? Il n'y a pas à craindre la contradiction. Ni les changements d'opinion. Bien sûr, dans notre belle et grande Cité de Calvin, il ne fait pas bon genre de ne revêtir aucune étiquette visible. Il faut cerner l'animal, sinon comment pouvoir ensuite le mettre en joue ?

 

Ne soyez pas insaisissable, diantre ! Et pourtant, n'est-ce pas la meilleure façon d'évoluer au fil des événements qui nous surprennent ? Il ne s'agit pas de retourner sa veste. Moi, je n'en porte pas. En tout cas pas d'un point de vue intellectuel. Je n'en ai que faire, pour tout vous dire. Je ne réfléchis pas pour plaire, ni pour me faire aimer. Je le fais pour moi, et si nous tombons d'accord, c'est une plus-value. Mais ça ne compte pas tant. Pas au point de s'autocensurer. De taire son avis. De se museler face au pouvoir en place, de flatter l'establishment, de lui donner des airs de grandeur. Non, en cela, Pascal et moi sommes pareils. Il n'y a pas de déférence à avoir envers le système, pas plus qu'à l'égard de certaines pratiques. Cette tendance à se cacher, très peu pour moi. Je me sens plus l'âme d'un Voltaire, à risquer l'exil pour s'être fendu d'un texte qui ne fait pas partie du politiquement correct.

 

J'aime à surprendre. À palper là où un nœud me semble s'être formé. Pour ensuite mieux tirer la corde. Et délier les improbables entremêlements qui nuisent au bon fonctionnement des relations entre les êtres humains. Déterrer les cadavres, pourquoi pas, s'il le faut ? Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas craindre le regard des autres. Il faut agir en son âme et conscience. Se donner les moyens d'être celui ou celle que l'on désire être. Et sûrement pas une copie, une reproduction sans saveur ni valeur. Nous savons toutes et tous qu'en nous sommeille une propension à juger tout ce qui sort de l'ordinaire et des coutumes. Partant de ce constat, quoi que nous fassions, nous serons irrémédiablement passés à la loupe, décortiqué, étudié puis étiqueté. Mais Albert Einstein n'a-t-il pas dit que « le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » ? Pour moi, il va de soi que je préfère l'action. Qu'elle se traduise par des mots déposés sur un papier ou des actes concrets.

 

Je n'aime pas m'inféoder. Ni soustraire mes opinions à quelque chose ou quelqu'un. Personne, je dis bien personne, n'a ce pouvoir sur moi. Je suis le seul gardien du temple qui se situe dans mon esprit. Et si je désire m'exprimer d'une quelconque manière, sur un sujet en particulier, je ne demanderai l'avis d'aucun. Tant que cela ne nuit à quiconque autre que moi, je ne me tairai pas. C'est un devoir, celui de n'avoir de réserve qu'en cas d'extrême nécessité. Pour le reste, je ne suis que liberté. Et c'est celle-ci qui me fait m'offusquer lorsqu'on me demande de suivre une ligne plutôt qu'une autre. L'ai-je jamais demandé à quelqu'un ? Alors, pourquoi devrais-je l'accepter, moi ? Eh bien, je ne le ferai tout simplement pas. Et je respecte celles et ceux qui en font autant. Parce que la liberté de penser n'a pas de prix, et qu'aucune chaîne ne peut être en mesure de l'entraver durablement. C'est cela, ma liberté. Mon idylle. Ma vie. Mon âme.

 

Grégoire Barbey

21:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : liberté, expression, avis, opinion, parole, écriture, mots, pascal décaillet |  Facebook | | | |