15/07/2012

Economie et nucléaire, un duo inacceptable

Chronique, 15.07.12 12h30


Le Temps du week-end nous dévoile quelques révélations au sujet de la catastrophe nucléaire qui s'est produite le 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi. En effet, le tremblement de terre suivit par un tsunami avaient endommagé les installations de la centrale. Ce qui semblait être une fatalité naturelle trouve son fondement dans des erreurs humaines. TEPCO, opérateur de la centrale, pour des raisons économiques, n'a pas jugé urgent de prendre en compte les avertissements, datant de 2006, des autorités de réglementation du nucléaire, repoussant l'échéance des rénovations et des modifications à effectuer en 2016. Les autorités, pour d'obscures raisons, n'y ont vu aucun inconvénient, alors qu'elles étaient pourtant conscientes qu'une vague atteignant le niveau de la centrale occasionnerait des dégâts conséquents, dont notamment une panne d'électricité générale. Mais le risque fut considéré comme peu important. Pourtant, cinq ans plus tard, l'impensable se produisit, avec les retombées que nous lui connaissons.

 

Impensable ? En réalité, pas du tout. Le Japon se situe sur d'importantes failles sismiques, les tremblements de terre n'y sont pas rares. L'éventualité d'un scénario catastrophe n'était donc pas à exclure. Encore moins pour des justifications d'ordre économique. Ces erreurs, s'il est possible de nommer cela ainsi, furent commises délibérément, avec de surcroît la complicité des autorités compétentes et du gouvernement japonais. C'est d'autant plus grave qu'aujourd'hui, il est trop tard pour revenir en arrière. Des millions d'hectares sont contaminés, des centaines de milliers de vies humaines et animales sont durablement mises en danger. Pire, l'ensemble des informations distillées par les médias sont données au compte-goutte par les responsables de la catastrophe, nous pouvons raisonnablement avancer qu'en l'état actuel des faits, nous ignorons les véritables conséquences de ce cataclysme nucléaire.

 

Néanmoins, des conclusions peuvent être tirées. Et d'ailleurs, il ne s'agit pas seulement de les énoncer, la main sur le coeur. Ce qu'il faut, c'est les prendre en considération dès à présent et anticiper l'avenir selon ces réalités que nous ne pouvons écarter. Une technologie aussi dangereuse que le nucléaire ne peut être régie par des impératifs économiques. Qui plus est, si nous raisonnons d'un point de vue d'économiste, alors il est évident que le coût social et les externalités négatives de l'atome sont supérieurs au bien-être économique. L'impact d'un accident nucléaire sur l'ensemble de la société est bien trop important pour accepter des compromis entre l'économie de marché et la prise de décision en cas de risques avérés. Nous ne pouvons jouer à la roulette russe avec la survie de notre écosystème. Des centrales comme celle de Superphénix, en France, à quarante kilomètres de Genève, sont des épées de Damoclès sur nos têtes. Celle-ci contient en son sein une tonne de plutonium, et ne peut être démantelée car notre technologie actuelle ne nous le permet pas. Or une telle quantité de plutonium, en cas d'accident, réduirait l'Europe en cendres, la rendant inhabitable durant vingt-quatre mille ans. Et tuerait jusqu'à dix milliards d'êtres humains.

 

Alors, pouvons-nous continuer à jouer avec notre sécurité sur l'autel de la finance et de l'économie ? Objectivement, la réponse est évidemment non. Mais malheureusement, certaines entités économiques sont prêtes à prendre des paris aussi dangereux. Et risquer la survie de notre espèce pour quelques rentrées d'argent chaque mois. Est-ce qu'un chiffre d'affaires peut justifier des prises de risque aussi importantes ? Je ne le crois pas. Suis-je idéaliste ? Je ne l'espère pas. Lucide, peut-être. Ce que je vois, cependant, c'est que nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour mettre fin à l'impérialisme économique qui prend le pas sur toutes les réalités, aussi vitales soient-elles, que nous devrions ériger en priorité fondamentale pour protéger notre bien-être. Je vous le demande, quand est-ce que nous deviendrons responsables et oserons-nous agir dans le bon sens ?

13:17 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nucléaire, politique, économique, finance, réalité, pragmatisme |  Facebook | | | |

26/04/2012

Pierre-François Unger : frontaliers, dégagez ; étrangers, restez !

 

En février dernier, lorsque Bernard Gruson, directeur des hôpitaux universitaires genevois (HUG), annonçait opter pour la « préférence cantonale », Pierre-François Unger, Président du Conseil d'État de la République et Canton de Genève prenait position favorablement à cette décision, certifiant que « ce n'est que du bon sens. On nous fait un mauvais procès. ».

Cette semaine, avec l'annonce de Merck Serono au sujet du licenciement et du transfert de 1250 employés, Pierre-François Unger s'est offusqué de cette mesure, considérant qu'il s'agit d'un « tsunami » pour Genève. Interrogé sur le plateau de la RTS, le Conseiller d'État a dit, à propos des employés qui sont d'ailleurs massivement issus de l'étranger (dont sûrement de nombreux frontaliers) : « ceux-là, nous devons les garder dans l'arc lémanique ».

Je me questionne donc sur la cohérence de sa position, puisqu'il n'hésite pas à protéger les compétences d'une industrie pharmaceutique, quand bien même celles-ci ne proviennent pas du canton, et à conspuer les frontaliers dans le milieu hospitalier.

« Frontaliers, dégagez ; étrangers, restez ! » aurait-il pu dire crûment, ainsi nous aurions compris quel est son véritable intérêt.

 

Grégoire Barbey

 

Sources :

http://www.lepoint.fr/monde/geneve-decrete-la-preference-...

http://www.rts.ch/video/info/journal-19h30/3946832-fermet...

26/03/2012

« Cachez-moi cette misère que je ne saurais voir ! »

 

À Genève, il ne faut pas avoir l'air d'un miséreux. Le Peuple et les édiles politiques n'aiment pas cela. Dans une ville internationale, où d'importantes personnalités viennent des quatre coins du monde, il serait indécent d'y trouver des pauvres ou des clandestins. Ainsi, il vaut mieux donner le change. Stigmatiser les étrangers, les roms, les frontaliers et les « assistés ».

Remarquons que ce sont toujours celles et ceux qui ont réussi socialement qui tiennent des discours extrêmes sur l'assistanat et les populations marginalisées. Il ne doit pas y avoir de personnes au crochet de l'État, tel est leur credo. C'est évident, tout le monde peut travailler...

C'est ce manque d'humanité qui caractérise la Cité de Calvin. Se montrer insensible est devenu une culture propre à Genève. Les gros titres de nos médias locaux en témoignent. Bien sûr, étaler sa richesse est plus « fashion » que de fouiller les poubelles. Pourtant, ils sont nombreux à devoir le faire, et personne ne s'en indigne, ni n'agit.

Nos concitoyen-ne-s ont élevé en verset biblique cet impératif :
« Cachez-moi cette misère que je ne saurais voir ! »

Triste constat, dans une ville où sont réunis les plus grands trusts de par le monde.

Le traditionalisme occidental dans toute sa splendeur.

Eh bien, sachez que je le vomis.

 

Grégoire Barbey

10:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indécent, pauvreté, misère, trusts, finance |  Facebook | | | |