01/05/2012

La République française : des faits, des gestes, mais aucune alternative

 

Je m'informe, étant passionné par la politique dans son ensemble, sur l'actualité française concernant l'élection présidentielle. Difficile d'émettre un quelconque constat positif à l'égard de cette pataugeoire, où deux puissants partis s'affrontent dans le but d'accéder (ou de conserver) le saint Siège de la République française. Les mots sont durs, les discours n'ont aucun charme, il n'y a pas cette culture qui animait les grands noms qui ont bâti, qui ont fait la gloire de la Ve République. Les interventions n'apportent rien aux interrogations – légitimes – de tout un Peuple, qui est là, enfermé dans un étau dont il ne peut s'extraire, à attendre l'échéance. La tradition républicaine demande à ce que les citoyennes et citoyens français-e-s intronisent un nouveau Berger. Soit.

 

Mais quelle est leur marge de manœuvre à devoir choisir entre deux adversaires qui ne sont finalement pas si différents l'un de l'autre ? Je les plains, très sincèrement. Nous, en Suisse, avons une chance infinie, que nous ne mesurons pas toujours. Moi le premier. J'ai, malheureusement, longtemps renié la démocratie helvétique, par manque de connaissance peut-être, par révolte sûrement. Aujourd'hui, je réalise à quel point nous sommes privilégiés. Certes, tout n'est pas blanc ou noir, il y a des nuances, mais reconnaissons, au moins par respect pour nos voisins, la liberté qui est la nôtre. Ces débats interminables, par meetings interposés, par articles médiatiques, comment ne pas s'en lasser, comment ne pas sombrer dans le cynisme ? Où est l'amour de la société, dans les mots, dans les actes de ces candidats ? Et de leurs subordonnés ? Il n'y a pas d'égard pour le Peuple. Il n'est qu'une donnée, une mesure, dans la course à l'Élysée. Le but – le conquérir. Le reste – le Pouvoir, la Gloire, l'Argent. Toutefois, le Peuple français ne doit pas pour autant se résigner. Sinon la machine ne tournerait plus. Cercle vicieux.

Espérons qu'il y aura, en 2017, des adversaires plus valeureux, des hommes – et des femmes – de valeurs, de principes, dignes d'intérêt, de confiance et de respect. François Hollande, Nicolas Sarkozy, même combat ! Tous deux se sont précipités sur les terres frontistes pour grapiller quelques voix supplémentaires. Ô Peuple français, comme je te plains ! De ne pouvoir renvoyer ces deux pantins, de ne pouvoir dire : « non, ce ne sont pas ces deux pitres que nous voulons ». Il n'y a pas de démocratie, en France. Ce n'est qu'une République, où il n'y a, pour celui ou celle qui la gouverne, que l'opportunité des jeux de maux. Quelle frange de la population sera condamnée à souffrir pour servir les intérêts d'un oligarque ? Hâtons-nous de s'interroger. Une République des faits et gestes, de l'humiliation, de l'indignation, une République paresseuse, une République de circonstance. Allons, allons, Peuple de France, ne te laisse plus subordonner dans ces conditions.

 

Grégoire Barbey

27/04/2012

François Hollande, le mauvais calcul électoraliste

 

francois-hollande-en-une-de-liberation-24-avril-2012-10686234jexqe_1861.jpgFrançois Hollande a décidé de tomber les masques et cherche désormais à récupérer des voix dans l'électorat frontiste de Marine Le Pen. Il a annoncé vouloir réduire l'immigration économique, rappelant d'ailleurs qu'il avait été favorable à l'initiative contre le port de la burqa. Cette attitude, purement électoraliste, pourrait davantage le desservir lors du verdict des urnes que lui faire obtenir quelques suffrages supplémentaires. Il s'agit vraisemblablement d'une erreur stratégique, à l'heure où son adversaire et prédécesseur Nicolas Sarkozy se fait l'apôtre des thèses extrémistes soutenues par certains pontes du Front National, François Hollande aurait eu un grand coup à jouer en se contentant de draguer l'électorat modéré du Président sortant, ne modifiant que très peu son image pour son propre camp politique, à savoir la gauche. Ici, il tente un grand écart pour le moins risqué. Non seulement, il prend le pari de se désolidariser de ses électeurs, mais de surcroît, il le fait pour un résultat qui ne sera sûrement pas significatif lors du dépouillement final. Le 6 mai, ce ne sera peut-être pas celui qui se présentait comme un futur président « normal » qui sera intronisé. Non, cette décision pourrait lui coûter un revirement décisif lors des dépôts des bulletins de vote.

Comment pourra-t-il assumer politiquement ce choix et cette tentative inconsidérée de récupérer des voix à l'autre extrême de l'échiquier ? Il s'est dit soucieux de s'occuper de celles et ceux qui « souffrent » en France. Ne pense-t-il pas qu'attiser les haines, c'est renforcer le climat délétère qui règne dans l'hexagone et dont le résultat du Front National en est l'expression patente ?

François Hollande, s'il pense être normal, le sera sûrement moins aux yeux de son électorat qui lira ou écoutera ses propos avec une oreille critique. C'est Mitterrand qui doit se retourner dans sa tombe. Et Jospin de s'écrier « pays de merde » !

 

Grégoire Barbey