12/06/2012

Rapprochement de la droite républicaine et nationaliste en France

 

Chronique, 12.06.12 16h18

 

Le Temps, aujourd'hui, nous apprend qu'en France, lors du second tour des législatives, l'UMP n'a pas souhaité faire barrage aux candidats du Rassemblement bleu Marine (Front National), tandis que de son côté, le Parti Socialiste a immédiatement annoncé sa volonté de s'opposer au risque de faire élire des représentants de la droite nationaliste. Pour cela, les candidats socialistes qui se trouvent dans des triangulaires favorables à l'élection du FN seront retirés. Une mesure, pour la gauche, qui ne surprend guère. Néanmoins, il n'en va pas de même pour la droite républicaine, à savoir l'UMP, qui, une fois de plus, ronge la marge qui la sépare de l'extrême droite et s'en rapproche dangereusement. Pour quelle raison ? Contrecarrer, à tout prix, une majorité de gauche au Parlement ? C'est probable, mais démesuré par rapport à l'ouverture offerte en contrepartie aux sbires de Marine Le Pen.

 

Unir les différentes droites françaises ? C'est une éventualité. Encore une fois, sur le fond et sur la forme, ça prête au débat. Certes, comme le rappel l'article susmentionné, Nicolas Sarkozy avait déjà ouvert la voie à ce schéma. Faut-il pour autant que l'UMP persiste à avancer en direction du Front National ? Personnellement, j'en doute. Les enjeux sont nombreux, mais les conséquences sont difficiles à anticiper avec précision. C'est une période de crise, et la mainmise soudaine de la gauche sur l'Élysée n'aide en rien les stratèges de la droite à conserver une certaine lucidité dans leurs actions. Oui, il est vrai qu'actuellement, si l'on s'en réfère aux divers discours des anciens ministres du Gouvernement Fillon, notamment ceux de Nadine Morano et de Claude Guéant, la divergence entre l'UMP et le FN semble mince. Trop, en réalité.

 

Mais de là à tenter une alliance tacite, il y a un fossé! Pourtant, celui-ci va apparemment prochainement être franchi, et cela sans plus de bavardage. Tout apparaît calibré. Un désir de diriger le pays qui laisse pantois. L'UMP, quoi qu'on en pense ou en dise, est censée représenter les convictions républicaines, alors que le FN, quant à lui, incarne ce qu'il y a de plus méprisant : la discrimination et l'exclusion. La politique de l'émotionnel, du ressenti, bref, rien qui vaille la peine d'être écouté. Cependant, ça fonctionne, surtout lorsque tout va de mal en pis. Et en Europe, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient. Entre une Grèce à l'agonie qui verra peut-être son Gouvernement repris par l'extrême-gauche ou les néonazis, et une Espagne qui n'a plus la confiance des marchés et qui peine à se redresser, l'Ancien Continent a connu des jours meilleurs. Évidemment, en de telles circonstances, les décisions ne reflètent pas toujours une pleine santé intellectuelle... et c'est peu dire.

 

Qu'importe ! Il ne faut pas céder à la tentation la plus vile. Quelques uns des pires dictateurs furent élus au suffrage universel. Gardons-le en tête afin de ne pas agir servilement et de façon inappropriée. Je sais qu'en Suisse, les défis ne sont pas nécessairement les mêmes, ou d'une ampleur comparable. Il est pourtant impératif de prêter l'oreille, et d'observer, silencieusement, ce qu'il y a chez nos voisins, pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Or, à Genève, après avoir battu le pavé pour mon parti durant cette campagne, j'ai entendu de multiples citoyennes et citoyens, d'horizons divers et variés, souvent foncièrement antagonistes, confier leur désir de voir Éric Stauffer élu au Conseil d'État. Cette envie, sûrement motivée par des déceptions réelles et compréhensibles, offrirait donc à une formation qui se base sur l'exclusion l'accession au Gouvernement. C'est un choix qu'il convient de mesurer convenablement.

 

Pour ma part, je suis inquiet. Depuis déjà quelques mois, et chemin faisant, rien n'apaise mon tourment. Cette propension, qui augmente de jour en jour, à donner du crédit à des partis d'extrême droite (ou gauche, selon les contextes) m'exaspère, et m'interroge, également. Je reviendrai sur cette problématique prochainement, pour étayer mes propos. En conclusion, tout ce que je souhaite transmettre à travers ce billet, c'est qu'il convient de réfléchir avec rigueur aux décisions que nous prendrons dans les semaines, mois voire années à venir. Attention à ne pas agir sous le coup de l'émotion.

 

Grégoire Barbey

16:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : analyse, politique, france, stauffer, fn, ump, ps |  Facebook | | | |

03/05/2012

Le débat Sarkozy - Hollande : le vainqueur importe peu

 

Hier soir s'est finalement déroulé le débat tant attendu. Deux adversaires, face à face, deux grands noms qui ne sont pas là par hasard. Je ne rentrerai pas dans des considérations subjectives pour savoir qui de Hollande ou de Sarkozy est sorti victorieux de cette joute verbale. En vérité, l'objectif était ailleurs. Les français, environ 20 millions selon les sondages, qui ont assisté en direct au débat ont pu saisir toute l'ampleur et la difficulté du choix qui sera le leur. Choisir, c'est renoncer. Il leur fallait donc savoir à quoi et à qui ils renonceraient en votant pour l'un plutôt que pour l'autre. Il y a toujours les plus convaincus, ceux qui votent pour une appartenance partisane plutôt qu'une personnalité, mais il y a les indécis et les pragmatiques. Ceux-ci auront eu loisir de se faire une meilleure idée.

 

Pour ma part, j'ai pu voir durant ce débat deux personnalités rompues à la politique, ce qui n'est guère surprenant. Mais surtout, j'ai vu un Nicolas Sarkozy harassé, fatigué, à bout de souffle même, qui n'a pas hésité à se victimiser, offrant à son adversaire l'opportunité de le lui faire remarquer. Un Président sortant qui, il faut l'admettre, n'a pas laissé passer une seule occasion pour s'attaquer à François Hollande. L'un comme l'autre ont réussi la démonstration qu'ils devaient produire à cette occasion, devant des millions de français. Savoir qui en ressort vainqueur est impossible à dire avec recul. Sarkozy a ce charisme qui a fait de lui l'homme politique qu'il est aujourd'hui, avec les défauts que comporte sa gestuelle et son comportement nerveux. Tandis que Hollande, moins théâtral, plus scolaire, semblait davantage honnête. Mais il n'est pas possible d'en dire plus. Sinon que chacun prêchait pour sa paroisse et qu'en pareille situation, le bilan d'un tel débat ne peut qu'être mitigé. Bien sûr, nous pourrons spéculer çà et là sur les éventuelles supériorités de l'un sur l'autre. Est-ce bien nécessaire ? Je n'en suis pas sûr. À mon sens, l'essentiel est la symbolique de cette bataille, de cette rencontre « au sommet ». Le reste, les français l'oublieront très vite. Moi aussi d'ailleurs.

Je me contenterai donc d'une considération : nous sommes loin de la superbe d'un débat Mitterrand – Giscard d'Estaing. Nous pourrions en tenir rigueur aux deux journalistes qui n'ont su animer la joute verbale avec la fermeté et l'impartialité qui s'imposent en semblables circonstances.

Néanmoins, les urnes répondront à nos interrogations, dès dimanche. Prenons le temps d'apprendre, de comprendre. Ce débat ne restera pas dans les annales, c'est une évidence. Il aura cependant permis à certains indécis de se décider, c'est ce que nous pouvons souhaiter de mieux. Pour le reste, c'est une affaire de perception et d'idéologie.

 

Grégoire Barbey

09:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : débat, présidentielle 2012, sarkozy, hollande, france, élections |  Facebook | | | |

27/04/2012

François Hollande, le mauvais calcul électoraliste

 

francois-hollande-en-une-de-liberation-24-avril-2012-10686234jexqe_1861.jpgFrançois Hollande a décidé de tomber les masques et cherche désormais à récupérer des voix dans l'électorat frontiste de Marine Le Pen. Il a annoncé vouloir réduire l'immigration économique, rappelant d'ailleurs qu'il avait été favorable à l'initiative contre le port de la burqa. Cette attitude, purement électoraliste, pourrait davantage le desservir lors du verdict des urnes que lui faire obtenir quelques suffrages supplémentaires. Il s'agit vraisemblablement d'une erreur stratégique, à l'heure où son adversaire et prédécesseur Nicolas Sarkozy se fait l'apôtre des thèses extrémistes soutenues par certains pontes du Front National, François Hollande aurait eu un grand coup à jouer en se contentant de draguer l'électorat modéré du Président sortant, ne modifiant que très peu son image pour son propre camp politique, à savoir la gauche. Ici, il tente un grand écart pour le moins risqué. Non seulement, il prend le pari de se désolidariser de ses électeurs, mais de surcroît, il le fait pour un résultat qui ne sera sûrement pas significatif lors du dépouillement final. Le 6 mai, ce ne sera peut-être pas celui qui se présentait comme un futur président « normal » qui sera intronisé. Non, cette décision pourrait lui coûter un revirement décisif lors des dépôts des bulletins de vote.

Comment pourra-t-il assumer politiquement ce choix et cette tentative inconsidérée de récupérer des voix à l'autre extrême de l'échiquier ? Il s'est dit soucieux de s'occuper de celles et ceux qui « souffrent » en France. Ne pense-t-il pas qu'attiser les haines, c'est renforcer le climat délétère qui règne dans l'hexagone et dont le résultat du Front National en est l'expression patente ?

François Hollande, s'il pense être normal, le sera sûrement moins aux yeux de son électorat qui lira ou écoutera ses propos avec une oreille critique. C'est Mitterrand qui doit se retourner dans sa tombe. Et Jospin de s'écrier « pays de merde » !

 

Grégoire Barbey

23/04/2012

Marine Le Pen, un résultat représentatif du malaise identitaire et culturel français

 

Les résultats des votations pour le premier tour de la présidentielle française ont, semble-t-il, étonné certains médias, qui ne s'attendaient pas à voir sortir Marine Le Pen avec un score aussi élevé (entre 18 et 20% des suffrages). Pour ma part, je ne suis aucunement surpris de ce chiffre. Il suffit de regarder les sujets traités par les médias audiovisuels pour s'apercevoir du malaise qui règne en France. Une crise identitaire et culturelle ? Avec des articles quotidiens sur l'Islam radical qui envahirait le pays des Droits de l'Homme, les « intellectuels » régulièrement appelés au front pour décrire les risques qu'encourt la France face à l'immigration, l'instrumentalisation de certains drames, ce n'est ni inquiétant ni surprenant que des électeurs votent pour celle qui se revendique comme étant la voix des français de souche. Ce qui devrait néanmoins inquiéter, c'est la propension qu'ont les médias français à jouer la carte de l'hypocrisie. Ils sont majoritairement responsables de la représentation que se font les françaises et les français des problèmes structurels et institutionnels de leur pays. Les médias sont, comme l'a très bien fait remarquer Noam Chomsky, un excellent outil de propagande, et les politiques l'ont bien évidemment compris et en usent sans vergogne.

Si aujourd'hui, la Présidente du Front National peut rassembler un cinquième des électeurs français autour d'un programme d'exclusion, il s'agit d'une conséquence directe de l'image transmise par les médias. Pour inverser cette tendance qui, tant que perdurera ce climat au sein de la presse et des organes d'information, ne cessera de croître et s'affirmer, il est essentiel d'interroger la responsabilité des médias dans le résultat de ces votations et plus précisément réfléchir sur leur rôle en tant que médiateur entre l'information et les citoyens.

Marine Le Pen a su surfer sur cette vague et en ressort plus forte. Elle sera, à l'avenir, une sérieuse concurrente pour les partis « modérés ». Ce qu'il faut, pour lutter contre l'extrémisme, c'est de mettre un terme à l'ignorance. Les réponses faciles, en Suisse comme ailleurs, ont toujours eu le vent en poupe. Mais dès que tombent leurs épouvantails, la mascarade cesse. Il faut redonner confiance aux électeurs, aux citoyens, et leur donner de véritables réponses, sans les prendre pour plus bêtes qu'ils ne le sont, et en leur témoignant également une confiance dans leur libre-arbitre et leur réflexion.

 

Grégoire Barbey

09:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, présidentielle, marine le pen, malaise, identité, sécurité, islam, racisme, exclusion |  Facebook | | | |

10/04/2012

Jean-Luc Mélenchon et le nationalisme de gauche

Front-de-gauche-Jean-Luc-Melenchon-2012.jpg

Le candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle française pour le quinquennat 2012-2017, Jean-Luc Mélenchon, est récemment devenu le « troisième homme », à savoir d'après les sondages, la personnalité qui arrivera en troisième position, derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors du premier tour.

Fort de ses dernières prestations, Mélenchon s'est emporté dans des discours profondément nationalistes, dont la teneur n'a rien à envier au plus acerbe des impérialismes français. Quid de cette méthode ? Est-elle purement électoraliste, ou le candidat du Front de Gauche vénère-t-il vraiment sa patrie avec une telle fougue ? En tout cas, aussi anticapitaliste soit-il, ses propos flirtent sur une vague relativement proche de celle de sa rivale du Front National, Marine Le Pen. L'une glorifie la Patrie et la Race, l'autre l'Universalisme et la Puissance de la France. Dans les deux cas, la stratégie est simple : rallier la fierté nationale aux urnes. Les travailleurs ne sont malheureusement pas, comme semble le penser Mélenchon, unis sous la bannière d'une patrie. Au contraire, la classe ouvrière est internationale, et ne saurait s'arrêter à une définition nationaliste et patriotique. Qu'ils soient chinois, suisses, français, japonais, anglais, américains, africains, brésiliens, les travailleurs connaissent la même fatalité : l'exploitation à outrance. Dans des proportions souvent différentes, convenons-en. Toutefois, la problématique reste sensiblement la même. Ainsi le discours de Jean-Luc Mélenchon crée donc une rupture avec la condition réelle des travailleurs, nonobstant d'ailleurs la célèbre invitation de Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Ainsi va du nationalisme de gauche. Les adeptes du Front de Gauche ne semblent pourtant pas s'offusquer d'entonner l'Internationale pour ensuite s'époumoner sur la Marseillaise.

Flatter le chauvinisme français n'est pas digne de la trempe de ce candidat, et la révolution dont il se revendique ne peut aucunement se satisfaire d'une préférence nationale. Le cancer de la politique française a depuis longtemps été diagnostiqué : l'impérialisme.

Alors Mélenchon peut bien vendre et travestir son antiaméricanisme, il ne nous leurra pas davantage. En grand orateur, il aurait dû se méfier de ne pas sombrer dans la facilité électorale. Était-ce seulement pour faire la guerre à son ennemie jurée, Marine Le Pen ?

N'oublions pas l'avertissement de Nietzsche : « Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même ».

Nous verrons comment évoluera son discours lors de la dernière ligne droite avant les résultats du premier tour.

Gardons-nous d'adhérer avec naïveté à des thèses nationalistes.

 

Grégoire Barbey

 

Sources : meeting du Capitole