19/06/2012

Pendant ce temps, à l'autre bout du Monde...

 

Chronique, 19.12.06 13h00

 

Pendant ce temps, à l'autre bout du Monde... Eh bien, tout va mal ! Ou presque. Mais il ne faut pas le dire, car ce qui se passe ailleurs ne nous concerne pas. Ce qui, manifestement, relève d'une pure niaiserie ou d'une ignorance crasse. Mais nous préférons nous occuper de nos petits problèmes, bien souvent matérialistes, qui tendent à nous enfermer dans un univers superficiel et stérile. Quelle sera la nouveauté demain en matière de vêtement ? Ou quelle musique faudra-t-il écouter cet été pour paraître à la page ? Que consommer pour être toujours plus « fashion » ? Conformisme d'une rare hypocrisie. Je le pense et le dit tout haut. Évidemment, lorsque de rares intellectuels osent sortir la tête de cette cage dorée dans laquelle nous nous plaisons à nous scléroser parmi, les protestations se font vives. Des voix s'élèvent, contestent, hurlent et parfois agonisent. Le temps que l'information fasse le tour, et les cris redeviennent murmures, puis se taisent. Qu'importe, il y a déjà un nouvel article sur une catastrophe sanitaire de l'autre côté de la planète...

 

Ce qui peine à faire sa place dans les mentalités de ce vingt-et-unième siècle, c'est que nous sommes désormais toutes et tous interconnectés, et ce que nous le voulions ou non. Un événement isolé peut aujourd'hui prendre des proportions affolantes, et émouvoir la Terre entière. Difficile de concevoir nos rapports et nos devoirs de la même façon qu'autrefois. Cette perception est dépassée. « Has been ». N'importe qui peut de nos jours utiliser les différents médias à disposition pour se faire entendre. Ce n'est, après tout, qu'une question de volonté. Mais, et c'est ce qu'il y a de plus important à concevoir, nos faits et gestes ont des répercussions à travers le monde entier. Une entreprise d'un continent A qui licencie par centaines dans un continent B peut créer, directement, une crise de l'emploi dans la ville en question. Ce qui, irrémédiablement, impactera la qualité de vie de dizaines d'êtres humains, trop souvent de simples victimes collatérales qui ne sont pas responsables des décisions prises. Que faire ?

 

Nous parlons croissance, à tort et à travers, et savons pertinemment que nos ressources sont limitées. Déjà qu'un tiers de la population humaine s'approprie sauvagement la majeure partie des richesses de notre planète, laissant des millions sinon des milliards d'êtres vivants sur le carreau, comment pouvons-nous encore envisager une expansion positive ? Et surtout, à quel prix ? Qu'est-ce qu'un franc face à une vie, qu'elle soit animale ou humaine ? Se profilent à l'horizon d'inévitables défis qu'il nous incombera de relever. À l'heure actuelle, je ne puis tolérer que nos actes ne soient pas pesés en fonction des risques encourus. Nos visions se heurtent aux limites du microscopique, alors que nous devrions voir les choses dans leur globalité et de façon macroscopique. Anticiper. Nous en sommes capables, mais refusons de le faire. Par peur, égoïsme ou paresse ? C'est évident que nous avons toutes et tous tendance à nous occuper de nous-mêmes avant les autres. C'est, probablement, naturel. Néanmoins, l'idée que je me fais de l'humanité à notre époque est intrinsèquement liée au concept du devoir. Et le principal qui nous relie, c'est celui de veiller sur nos semblables.

 

Cela implique un certain degré d'investissement personnel, au-delà de son seul intérêt. Se soucier du sort d'autrui me paraît être une nécessité. D'autres l'ont déjà compris, et nous pouvons apercevoir des « whistlebowers », ces individus qui prennent le risque de dénoncer des informations compromettantes sur leur employeur ou une société, parfois au péril de leur vie. Ils sont d'ailleurs le fer de lance du Printemps Arabe. Je ne m'avancerai pas trop si j'affirme qu'ils incarnent, d'une certaine façon, un symbole de liberté, et de citoyenneté. Mais pas selon les habituels clivages. Non, plutôt cette vision voltairienne, de se considérer comme étant Citoyen du Monde. Avec les technologies de l'information, et l'omniprésence d'internet, il n'y a plus de frontières, sinon virtuelles et réelles, psychiques et métaphysiques. Concrètement, seuls nos langages nous séparent encore d'un point à un autre à travers la Terre. Mais même cela, un jour peut-être, disparaîtra.

 

Il est certes, et je me fais ce reproche à moi-même plus qu'aux autres, très intéressant de se passionner pour des problématiques locales. Cependant, nous ne devons pas oublier que nous appartenons à un ensemble qui nous réunit toutes et tous. La même appartenance. Elle ne se décrète pas selon des critères subjectifs, tels que la couleur de peau, l'intelligence ou la religion. Un seul point importe : la vie. Et à cet égard, tout être vivant mérite respect et dignité. Que nous soyons croyants ou non, l'existence est ce que nous partageons en commun. Éphémère et fragile, entendons-nous. C'est pour cela qu'il faut la préserver. Les enjeux sont nombreux, divers, variés, complexes et gigantesques. Je n'en dresserai pas une liste, mais nous nous accorderons tous à dire qu'ils existent bel et bien, et que feindre l'ignorance, à terme, nous coûtera plus que notre épargne actuelle.

 

Dès lors, pendant ce temps, à l'autre bout du Monde... certains se battent pour survivre. Et nous, que faisons-nous ?

 

Grégoire Barbey

 

 

13:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : géopolitique |  Facebook | | | |