20.04.2012

Grand Conseil : qu'elle est belle notre démocratie !

 

Étant particulièrement intéressé et concerné par la chose publique, j'assiste aux séances du Grand Conseil et du Conseil Municipal dès que l'occasion se présente. Depuis la tribune réservée au public, je suis aux premières loges pour voir ce qui s'y trame. Mon préféré est indubitablement le Grand Conseil. Entre le MCG qui monopolise la parole pour faire voter des motions qui font sourire tous les rangs de la gauche et de la droite modérée, un Président en la personne de Pierre Losio qui peine à garder une unité et un respect dans les rangs des députés, et des personnes qui semblent s'être trompées de lieu, il y a toujours quelque chose de solennel, un sentiment puissant émanant de cette salle qui voit réunir près d'une centaine de personnalités dévouées à la société. Surtout lorsqu'un député du MCG ou de l'UDC prend la parole : le brouhaha semble être automatique. Le spectateur, conscient de son devoir de bon citoyen, a bien souvent de la difficulté à entendre ce qui se dit, tant les discussions sont intenses, concernant les sujets à traiter. En général, les résultats des votations à l'égard des motions proposées par les partis d'extrême droite sont sensiblement les mêmes. Plus de deux tiers de l'assemblée s'y oppose systématiquement, quand bien même le projet peut sembler pertinent voire, plus rarement cependant, intelligemment proposé, évitant les habituelles tergiversations réactionnaires de ces partis symptomatiques.

Il est également fort intéressant de garder un œil quant au nombre de députés présents. Le chiffre fluctue au cours d'une même séance, lorsque certains s'expriment, d'autres préfèrent se rendre à la cafétéria, peut-être parce que les écouter leur donne soif. Il y en a qui sont connectés sur Facebook et suivent en temps réel les publications concernant la réunion en cours, participant parfois même aux discussions ! Et quelques individus profitent de ce temps « libre » pour vaquer à leurs occupations, notamment consulter la presse du jour, ou échanger quelques vacuités sur leur quotidien avec leurs amis et alliés.

Qu'elle est belle, notre démocratie !

Hier, à la mémoire d'un ex-député radical ayant récemment quitté notre monde, était rappelé l'un de ses propos : tout bon citoyen devrait au moins une fois dans sa vie siéger pour une législature. Comme je le comprends !

 

Grégoire Barbey

18.04.2012

Pour une politique non de spectacle mais d'acte, révoquer les élus en cours de mandat doit-il être un droit civique ?

Suite de mes entretiens avec le journaliste Pascal Décaillet, portant aujourd'hui sur le thème de la révocabilité des élus en cours de mandat. Bonne lecture !

GB - Cher Pascal, vous qui y êtes, si je ne m'abuse, profondément démocrate - et d'après ce que j'ai pu lire et entendre de vos positions, je serais tenté de vous assimiler, au moins en théorie, au PDC -, que penseriez-vous d'une initiative demandant à instaurer comme droit civique la possibilité de révoquer les élu-e-s en cours de mandat ? Bien évidemment, les contours d'une telle initiative devront être dûment dessinés pour être cohérents. Ces politiciens qui parlent de transformer la politique sont nombreux, mais ils n'apportent rien. Pour une politique non pas de spectacle, mais bel et bien d'acte, offrons au Peuple le droit d'influer sur ses représentant-e-s !

PaD - A la bonne heure, me voilà PDC ! Divine surprise. Sur le fond de votre proposition : la démocratie, c'est, par exemple, le pouvoir pour le peuple d'élire ses représentants. Pour une période donnée : quatre ans, cinq ans. Cela ne doit pas être le pouvoir, pour le peuple, de harceler continuellement ses élus, en cours de mandat, par des menaces de révocation. Il faut laisser à nos autorités le temps de l'action. Et la meilleure sanction, c'est, le terme venu, la non réélection. En cas de crise aiguë, les intéressés, de toute manière, sont soumis à une telle pression (de leurs pairs, souvent !) qu'ils finissent spontanément par démissionner.

GB - Dans « le Matin » du 6 avril, le Conseiller national (PLR/VD) Fathi Derder parlait justement de cette peur qu'ont les élus de ne pas être réélus, allant jusqu'à affirmer que certains préféraient agir le moins possible pour s'éviter la foudre de leurs électeurs. Cette proposition de pouvoir révoquer les élus en cours de mandat devraient au contraire les pousser à écouter les doléances du Peuple plutôt que de sombrer dans des mascarades théâtrales pour faire passer la pilule...

PaD - Je ferais volontiers la connaissance de ce Monsieur ! Rappeler continuellement à nos élus leur devoir de diligence et d'efficacité, oui. C'est le rôle de l'opinion publique. Les attaquer éditorialement, oui. Leur rappeler qu'ils sont au service de la collectivité. Mais la révocation, ou l'impeachment (cf. Nixon, 1974), cette épée de Damoclès, ne me semble pas une bonne solution. En les élisant, on leur donne un certain pouvoir pour une certaine durée. Exemple : Sarkozy a eu cinq ans pour agir. Le 6 mai à 20h, il sera peut-être poliment prié d'aller voir ailleurs. Il aura eu sa chance.

GB - Oui, il aura eu sa chance. Et à quel prix ? Tous, ou presque, s'accordent pour dire que son bilan est catastrophique. Combien de françaises et de français ont ardemment désiré de le voir se retirer avant l'heure ? Nous ne pouvons pas seulement élire puis nous contenter d'attendre, la bouche ouverture, que vienne l'heure des comptes. Diriger un pays, participer à son fonctionnement, incombe des responsabilités, mais avant tout des devoirs ! Et nos représentants, démocratiquement élus, n'échappent pas à cette règle !

PaD - Certes. Mais je ne suis pas d'accord de soumettre nos élus à la dictature, au demeurant si versatile, de l'opinion. Tout mandat a des hauts et des bas, tout président doit se heurter à des grèves, des crises. Et c'est justement à lui de les résoudre. Dans une enveloppe de temps donnée. Et puis, il faut parfois prendre des décisions impopulaires : hausses d'impôts, allongement des durées de cotisation. Sous les huées, il faut tenir. C'est très dur, mais ça fait partie du jeu. Et c'est pour cela qu'il faut élire des gens avec du format.

GB - Tout doit être une question de juste mesure. Laisser le champ libre durant plusieurs années à une personne, au demeurant humaine et capable de se tromper et ainsi en faire pâtir la population toute entière, je n'y suis que moyennement favorable. Je ne veux pas d'un diktat de l'opinion publique, mais je ne veux pas non plus d'une aristocratie politique ! Dès lors, il faut pouvoir instaurer des garde-fous pour sauvegarder nos institutions et le bien-être de nos semblables.

PaD - En l'espèce - et en attendant mieux - il y a déjà un jouissif garde-fous : la non-réélection. Et un autre, en cours mandat, qui n'est pas moindre : la liberté absolue de s'exprimer, critiquer, brocarder, vilipender. Elle ne s'use, celle-là, que lorsqu'on ne s'en sert pas.

Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

16.04.2012

À Mauro Poggia

 

Cher Monsieur Poggia,

 

Je découvre avec stupeur et effroi que vous êtes fait du même bois que votre idole et maître Éric Stauffer. Quoi que votre verbe fut plus acéré et mieux ressenti, vos méthodes sont sensiblement les mêmes, et ne dérogent point à la règle d'exclusion que votre parti a si souvent érigé en leitmotiv électoral. Il apparaît comme une évidence que vous n'acceptez pas les critiques acerbes à votre encontre, or en homme politique et médiatique, vous devriez plutôt savoir qu'elles sont communes et n'y pouvez rien, sinon les accepter et avoir l'humilité de les prendre en compte, quand bien même elles s'avéreraient infondées. Comme votre Seigneur, vous faites tout ce qui est en votre pouvoir pour nettoyer les taches qui viendraient salir votre blog. Admireriez-vous votre image au point de n'en tolérer aucune atteinte ?

 

Je ne suis guère étonné – plutôt conforté dans mes positions – de voir qu'il n'y a rien qui puisse filtrer sur votre blog et celui de vos comparses sans une méticuleuse observation. Ah ! Je vous tiens, pris sur le fait ! Vous vous réclamez du Peuple, mais cela n'est que du vent, une musique sans profondeur pour charmer les serpents. Vous ne tolérez aucunement que ce Peuple dont vous vous faites le soi-disant porte-parole défie vos discours et médise à votre endroit. Dès lors, vous préférez succomber à la facilité, et censurez les propos qui ne vous caressent pas dans le sens du poil. Est-ce ainsi que vous agiriez si vous étiez élu pour un mandat à l'exécutif ?

Que le Peuple craigne de vous voir vous profiler à l'horizon, vous et votre bande d'arrogants personnages, me paraît être le garant que nos concitoyens et concitoyennes ont encore suffisamment de lucidité pour ne point sombrer dans les amalgames ridicules qui vous servent de marketing pour augmenter votre électorat.

 

C'est toujours plus aisé de cacher la poussière sous le tapis que de la nettoyer. C'est pour cela qu'existe votre parti : pour ne point cacher l'horreur susceptible de traverser certains esprits en période de crise. Et je le dis, heureusement qu'il existe, ainsi nous pouvons prendre la température de la population et savoir à quel point elle se sent trahie par ses représentant-e-s. Mais de grâce, soyez plus digne de votre statut de racoleur des foules, cher Monsieur Poggia. Je vous lis toujours avec attention – comme je lis d'ailleurs toutes celles et ceux qui font de la politique sur la plate-forme de la Tribune de Genève – et prends parfois la peine de vous témoigner mes appréciations quant à vos diatribes. Celles-ci sont toujours polies et agréablement rédigées, vous en conviendrez, je l'espère. Néanmoins, étrangement, elles n'apparaissent point sur votre blog. Je vous imagine Ô combien grimaçant à la lecture de mes commentaires, qui vous posent visiblement des questions auxquelles vous préférez ne pas répondre.

 

Ainsi, j'use de mes droits démocratiques et publie cette petite lettre pour ouvrir un dialogue qui peine, lorsque vous êtes derrière les manettes, à faire sa place. Vous me pardonnerez bien évidemment ce culot qui me pousse à vous alpaguer au-delà de vos terres, que vous gardez vaillamment pour qu'aucune salissure ne puisse témoigner d'un quelconque relâchement de votre part. J'aime à penser que vous prendrez la peine de répondre à mes interrogations, qui même si elles ne vous plaisent point, sont légitimes et méritent une attention similaire aux agréables commentaires envoyés par vos militants, toujours flatteurs et délicats à votre égard. Alors, par-delà la censure et la présence médiatique, qu'avez-vous à proposer pour nous, citoyens et citoyennes de la République et Canton de Genève, cher Monsieur Poggia ?

 

Grégoire Barbey

11.04.2012

Votez Stauffer pour un retour en 1933 !

 

Le dernier billet d'Éric Stauffer est pour le moins convaincant. Je lui proposerai donc un slogan : « votez Stauffer pour un retour en 1933 ». Je regarde les images qu'il a publiées pour sa campagne électorale en vue de l'élection partielle du 17 juin prochain et me pose une question : vivons-nous bien, lui et moi, à la même époque ?

Tout d'abord, constatons la pauvreté des montages. Rien à dire, c'est moche. Aucun goût, ni subtilité. Pire, l'amalgame. Monsieur Stauffer stigmatise les étrangers à travers la photo d'un homme tenant un panneau sur lequel est inscrit : « Salamovitch S. Multirécidiviste, vol avec agression sur une personne âgée ! ». Il est évident qu'un bon suisse ne saurait se salir les mains dans la criminalité, contre laquelle le tribun du MCG a entamé sa croisade. Mais Stauffer n'est-il pas lui-même étranger ? Il contribue également à former dans notre République et Canton de Genève un climat pour le moins délétère. Nous devrions nous aussi le stigmatiser.

Nous n'avons pas besoin d'un retour en arrière vers des périodes de l'Histoire que toutes et tous préféreraient oublier.

Ces manipulations politiques pour instaurer la peur de l'autre au sein de la population genevoise sont un scandale et ne devraient en aucun cas être tolérées sans s'y opposer vivement !

Monsieur Stauffer, nous ne sommes pas aveugles. Nous ne nous laisserons pas submerger par des peurs que vous contribuez à exacerber. La politique n'est pas une affaire de simplification à outrance pour se faire élire et fédérer autour d'une peur commune. Il ne faut pas empirer la situation, mais l'améliorer.

Vous n'avez pas la trempe d'un homme capable de changer le Conseil d'État, et encore moins l'analyse nécessaire pour vous occuper de problèmes sociétaux aussi importants que la criminalité et la justice.

Restez bien sagement dans votre commune d'Onex, monsieur Stauffer. Nous nous passerons aisément de vous et de vos railleries à l'encontre des frontaliers et des étrangers. Je comprends mieux pourquoi Amaudruz vous a apporté son soutien. À vomir, vous dis-je...

 

Grégoire Barbey

03.03.2012

Maudet, l'homme qui n'était d'aucun lobby, au sein d'un parti lobbyiste !

Pierre Maudet, lors de sa conférence de presse du vendredi 2 mars 2012 relayé sur le site de la Tribune de Genève, a annoncé sa candidature à l'élection partielle pour briguer un siège au Conseil d'État et remplacer ainsi la place laissée vacante suite au départ de Mark Muller.

« Je ne suis l'homme d'aucun lobby » a-t-il assuré. Si tel est le cas, que fait-il des membres de son propre parti, qu'il représentera bien évidemment si ce mandat lui est accordé ?

Je me propose d'énumérer quelques noms parmi les plus connus, cela constitue donc une liste non-exhaustive :

 

  • Jacques Jannerat, député du Parti Libéral-Radical, Directeur de la Chambre du Commerce et de l'Industrie.

  • Nicolas Aune, Secrétaire Général de l'Union Industrielle genevoise, membre du Parti Libéral-Radical.

  • Blaise Matthey, ancien député Libéral, Directeur de la Fédération des Entreprises Romandes.

  • Gabriel Barillier, député du Parti Libéral-Radical, ancien Secrétaire Général de la Fédération des Métiers du Bâtiment.

 

Alors si Monsieur le Maire est persuadé lui-même de n'être l'homme d'aucun lobby, peut-être devrait-il changer de famille politique, ou faire le ménage devant la porte de son parti ?

Accordons-lui tout de même le bénéfice du doute, par éthique plus que par conviction, et voyons ce qu'il dira face à cette réalité.

Pour ma part, je n'ai pas peur d'affirmer que le Parti Libéral-Radical constitue un lobby en lui-même, tant ses relations avec des syndicats patronaux, entreprises immobilières et tant d'autres sont étroites sinon incestueuses.

Il est évident que je ne donnerai pas mon vote à Maudet. Mon pronostic va pour l'élection d'un(e) membre du Parti Socialiste, à moins qu'un autre candidat se déclare. Un Vert Libéral pourrait avoir ses chances, en l'occurrence.

Nous verrons si le Parti Libéral-Radical soutient son jeune poulain la semaine prochaine. Si tel est le cas, espérons qu'il répondra à cette interrogation.

 

Grégoire Barbey

 

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Montage effectué par Marcel Chombier

02.03.2012

L'infernale spirale du Pouvoir

Enfin ! Pierre Maudet a répondu aux sirènes de l'échec. Il est le seul radical susceptible de prendre un siège aux Libéraux... Mais pas en 2012 !

C'est son goût du Pouvoir nourri par une ambition légitime qui a facilité sa décision, sans doute après avoir consulté ses mentors, GOG et le Régent de Martigny.

Et ce calcul est imparable : l'élection d'un socialiste le 17 juin lui sera pardonnée. Il a eu le courage de défendre sa famille ! Probablement qu'elle lui en aurait voulu s'il n'avait pas pris cette initiative. Mais Maudet restera à son poste de Maire de la Ville de Genève, en tout cas pour l'instant.

Et ainsi, le Super Gouverneur pourra se délester de l'OCE sur un socialiste...

Grégoire Barbey

(L'idée de cet article était initialement parue sur un autre blog, du fait de sa supression, je le publie ici, en accord avec l'auteur.)

28.02.2012

SOLDES : Un appartement 7 pièces pour 1800.- par mois sur Plainpalais

Chers concitoyens et chères concitoyennes,

Suite à la démission de monsieur le Conseiller d'État de la République et Canton de Genève Mark Muller, un appartement 7 pièces est désormais disponible sur Plainpalais pour l'incroyable loyer de 1'800.- TTC par mois. Bien évidemment, une telle affaire ne restera pas longtemps sur le marché, d'autant plus que notre ancien Ministre du Logement n'avait semble-t-il pas tout-à-fait rempli ses fonctions en terme de développement pour les familles avec plusieurs enfants à charge, soyez donc rapides !

Si cette incroyable affaire vous intéresse, je vous recommande d'appeler dès maintenant au 022 327 94 00* pour vous entretenir avec les responsables de cet appartement.


Sincèrement,

Grégoire Barbey

 

*Numéro du DCTI

12.02.2012

Bilan de ce mois et remerciements

 

Un mois après avoir créé mon blog sur le site de la Tribune de Genève, dont deux semaines de réelle activité, je constate qu'il a pris un essor que je ne soupçonnais pas. Déjà plusieurs milliers de visites, quantité de retours constructifs, ainsi que des dizaines de rencontres édifiantes, plus encore un passage à la radio. Bref, je ne m'attendais pas à un tel « succès ». De nombreuses personnes rentrent quotidiennement en contact avec moi, et je dois reconnaître être quelque peu dépassé par les événements. En effet, je suis plutôt discret, en-dehors de mes écrits souvent virulents, qui m'ont d'ailleurs valu d'être considéré par quelques-uns comme étant un insolent. Peut-être est-ce effectivement l'impression que je donne à travers mes articles. Poser les questions qui dérangent, c'est mon leitmotiv.

 

Je n'appartiens à aucun parti, ni aucun courant de pensée

 

Ces derniers jours auront pour le moins été épanouissants. J'ai très vite compris qu'il y avait des intérêts en jeu, et plusieurs partis ont essayé de me convaincre afin que je rejoigne leurs rangs. En vain, bien évidemment ! Mon choix est fait, je ne me lierai à aucun parti, quel qu'il soit. Je n'appartiens à personne, et si je désire aujourd'hui m'investir dans le domaine politique, je compte le faire à ma manière, quand bien même cela pourrait déplaire à certain-e-s. Je suis un électron libre, et n'ai de compte à rendre à personne, sinon à moi-même. J'ai toujours eu en horreur les clivages, et cela vaut également pour la politique. Très vite, plusieurs personnes ont voulu m'assimiler à la « gauche de la gauche ». Pourquoi pas la « gauche de la gauche de la gauche » ? Tout ça n'a aucun sens pour moi. Il semble que pour beaucoup, il faille se rassurer en m'étiquetant un courant de pensée, ou des positions précises. Or, je suis indivisible. Même moi, à l'heure où j'écris ces lignes, je découvre encore où se situent mes intérêts, et les causes que je souhaite défendre. Il serait certainement très mal venu de me revendiquer de quoi que ce soit. Je n'en ressens pas l'envie, de surcroît. Je veux arracher les étiquettes, non m'en coller une !

Toutefois, il est très intéressant d'observer avec quelle verve nos semblables ressentent le besoin de nous cataloguer. Pourtant, encore faut-il que cela serve à quelque chose, concrètement. C'est, à n'en pas douter, une forme d'aliénation. Mon but premier est de déconstruire nos idoles, regarder au-delà de nos habitudes, car souvent les automatismes nous font oublier de penser.

Je n'ai pas besoin d'avoir une carte de parti pour faire de la politique. Si je désire me présenter à des élections, je peux le faire en tant qu'indépendant. C'est sûr, une telle initiative dérangerait. Sortir des schémas standards a souvent pour effet de déstabiliser. Et puis, diantre, comment soumettre quelqu'un qui n'a pas d'intérêt supérieur à ses propres idées ?

Je me revendique d'aucun parti et d'aucun courant de pensée. J'évolue quotidiennement, et mes positions s'affinent peu à peu. Tant pis pour celles et ceux qui se sentent menacé-e-s par ma non-appartenance. Je ne veux en aucune façon m'affilier à quoi que ce soit, je me sais susceptible de changer. Je préfère être libre et pouvoir assumer mes erreurs, sans craindre les foudres d'un parti !

Je suis un indépendant. Personne ne me récupérera ni ne m'achètera. Et j'userai des moyens nécessaires pour le faire comprendre à quiconque tente de démontrer le contraire. Je n'apprécie guère d'être mis en bouteille.

 

Valeurs humanistes : écoute et respect d'autrui

 

Selon moi, la base de notre société doit se construire sur des valeurs humanistes, bien que ce terme renvoie implicitement à l'idée que l'être humain est le centre du monde. Ce n'est pas ça que je désire faire passer comme message en l'employant. Nous sommes toutes et tous différent-e-s, c'est une évidence. Néanmoins, nous avons des besoins incompressibles, et ce malgré nos divergences. De ce fait, je fonde toute mon éthique politique sur cette nécessité d'offrir à l'ensemble des êtres humains (et j'aimerais l'étendre aux animaux aussi, mais c'est difficile d'amener ce sujet dans un domaine politique) un traitement égal, pour qu'aucun ne souffre d'un manque quelconque. Je désire entreprendre la déconstruction de l'imaginaire hérité de quatre cents ans de capitalisme. Ma réflexion sur le sujet s'étaie de jour en jour. Ce que je souhaite avant tout, c'est d'offrir une éducation significativement différente à nos enfants. Notre système actuel est basé sur la compétition et est un modèle standardisé. Or, il faut reconnaître que chaque individu a des facilités dans certains domaines et des difficultés dans d'autres, ainsi qu'un rythme d'assimilation notoirement différent. De ce constat, il est impératif de donner à chacun de nos bambins la possibilité de développer leur potentiel et de s'épanouir là où ils se sentent à l'aise. Il s'agit, de mon point de vue, d'une nécessité pour l'évolution de notre société. De ma petite et modeste expérience, je sais que nous avons fondamentalement besoin des autres. Nous sommes interdépendants, j'en suis aujourd'hui convaincu. C'est pourquoi tout doit être égalitaire et, quoi que certains en disent, il faut promouvoir le respect entre les êtres humains, quand bien même nos sociétés actuelles sont individualistes. J'aimerais également que tout un chacun ait accès à la connaissance, et qu'elle ne soit pas l'apanage d'une élite.

Bref, je ne désire pas m'étendre sur le sujet, ce n'était pas mon but premier.

 

Remerciements

 

Je souhaitais remercier toutes celles et tous ceux qui participent à mon aventure, en se rendant régulièrement (ou non) sur mon blog. J'accepte avec grand plaisir toutes les critiques, bien que j'avoue avoir une préférence pour celles qui sont constructives ! Je ne réponds pas à tous les commentaires, néanmoins je les lis avec la plus grande attention. Je suis véritablement flatté de l'ampleur qu'a pris mon petit blog, et je suis très touché par tous ces témoignages de soutien. Que vous ne soyez pas d'accord avec moi me ravis, m'enchante même ! C'est uniquement à ce prix-là que je peux aller de l'avant, alors j'invite toutes mes lectrices et mes lecteurs à me fournirent leur avis sur mes prises de positions. Je continuerai de donner suite à toutes vos interventions et également à répondre à vos prises de contact.

Vous êtes nombreuses et nombreux à m'avoir rajouté parmi vos amis sur Facebook. C'est un plaisir de faire votre connaissance. Je me sens vraiment très flatté par tout cet intérêt que l'on me porte, et je ferai de mon mieux pour en être à la hauteur.

Du fond du cœur, merci !

 

Grégoire Barbey

 

Mon profil Facebook : http://www.facebook.com/gregoiresapereaude

05.02.2012

De la liberté d'expression au droit de manifester

 

La liberté d'expression est pour moi un droit fondamental dans toute démocratie qui se respecte.

Il est essentiel de la défendre et de l'encourager. Contrairement à ce que pensent bon nombre de nos concitoyen-ne-s, elle n'est pas encore acquise dans nos pays occidentaux. À ma connaissance, seuls les États-Unis ont véritablement intégré la liberté d'expression d'un point de vue juridique et politique. Encore que, les récents événements qui se sont déroulés autours des Indignés de Wall Street tendraient à démontrer une régression en la matière. La question que je me pose en cette période de crise, tant financière qu'idéologique (que j'avais d'ailleurs dénoncé auparavant dans un précédent article), est : doit-on craindre pour notre liberté d'expression ?

Il me faut faire intervenir Diderot, avec une assertion qui me permettra d'approfondir ma réflexion : « la liberté d'écrire et de parler impunément marque, soit l'extrême bonté du prince, soit le profond esclavage du peuple. On ne permet de dire qu'à celui qui ne peut rien ». Or, dans une situation d'intenses changements structurels, et nous sommes en plein dedans actuellement, ceux qui maintiennent un contrôle, exercent une domination ou possèdent des privilèges particuliers se sentent menacés. Quelques ouvrages fournissent à ce propos des analyses d'excellentes qualités, comme « la fabrication du consentement » de Noam Chomsky et Edward Herman ou « la stratégie du choc » de Naomi Klein. Je tiens à clarifier ma position par rapport aux théories conspirationnistes, ou dites « du complot ». Pour ma part, je suis totalement réfractaire à l'idée d'intégrer dans mes réflexions quelques obscures théories qui induisent l'idéologie que des sociétés secrètes agissent dans l'ombre depuis des siècles afin de mener les êtres humains par le bout du nez. C'est, selon moi, une erreur de considération. Toujours à l'aide d'analyses structurelles, l'ensemble des institutions, des comportements et des décisions prises par les élites peuvent être compris-e-s et déconstruit-e-s de façon pertinente et probante. Certes, il s'agit bien évidemment d'un ensemble complexe qui demande un long travail de déconstruction et de réflexion. C'est pour cela que j'invite le lecteur à se référer aux ouvrages susmentionnés, qui répondront à ces questions d'importance mieux que je ne saurais le faire. Là où je désire en venir, c'est qu'en pareilles situations, les gouvernements en profitent très souvent pour faire voter des lois qui sont liberticides et antinomiques à l'idée même de démocratie. Pourquoi vouloir museler le Peuple à ces moments plutôt qu'à d'autres ? La raison est simple : l'impact que les individus peuvent prendre est exacerbé et menacent la légitimité des pouvoirs en place. Ils ont diverses possibilités pour s'opposer à l'oppression et à la manipulation. La liberté d'expression est le moyen par excellence. Le droit de s'exprimer, de se réunir et de manifester sont essentiels dans une démocratie accomplie. Cependant, laisser aux esclaves le droit de contester leur condition de serfs est bien la dernière chose qui viendrait à l'esprit des élites ! Et je puis les comprendre – bien que je ne cautionne pas pour autant. Elles ne veulent en aucun cas renoncer à leurs privilèges. Elles attaquent donc les droits fondamentaux et constitutionnels en arguant des arguments tronqués pour obtenir un consensus sur des questions qui ne sont finalement qu'un écran de fumée à la véritable stratégie sous-jacente, celle de faire taire à tous prix les esprits échauffés.

Toujours structurellement, Immanuel Wallerstein nous apprend dans son livre « Le capitalisme historique » que les périodes de crise se succèdent en moyenne dans le capitalisme historique tous les cinquante ans. Cela engendre une délocalisation des industries, notamment, des restructurations importantes, une passation des pouvoirs économiques entre diverses nations, etc. Ce qui bien sûr n'est pas sans conséquence. Le pouvoir en place se bat pour conserver sa légitimité.

 

 

Loi répressive à l'égard des manifestations

J'en viens maintenant au but de cette introduction. Prochainement, en Suisse, nous allons être appelés à voter, notamment sur une loi qui s'oppose au droit de manifester. Pour mémoire, ce droit essentiel avait déjà été mis à mal il y a quelques années par une loi interdisant purement et simplement toute manifestation non-autorisée. Il est nécessaire de demander une autorisation trois jours avant au plus tard, et une personne doit répondre de la manifestation en cas de débordements, auquel cas elle pourra être forcée à payer une amende de 10'000CHF. La nouvelle loi serait encore plus restrictive et permettrait une amende se soldant jusqu'à 100'000CHF. Il est de surcroît interdit de faire usage de mégaphones ou de hauts-parleurs. Je suis déjà personnellement consterné de l'actuelle législation genevoise sur les manifestations, mais cette tentative de restreindre plus encore la pratique démocratique de la réunion et de la manifestation, qui je le rappelle est un droit constitutionnel, relève d'une véritable atteinte à nos libertés citoyennes. C'est également la démonstration d'une classe dominante qui réclame haut et fort la nécessité de faire taire les bonnes gens du Peuple. Par ailleurs, cela permet de faire un parallèle à l'article intitulé « S'indigner à Genève n'est pas acceptable selon certains représentants politiques » où le discours pamphlétaire d'un politicien y était déconstruit. Genève doit être une ville modèle, propre, débarrassée de la « racaille », des Indignés qui ne servent qu'à se plaindre, des manifestants qui font du bruit et causent des dégâts, des personnes qui revendiquent des droits, bref, il ne doit y avoir aucune tache, même microscopique, à ce tableau idyllique d'une ville qui n'a plus guère d'âme sinon celle que lui octroie son Peuple.

Genève se meurt, c'est un fait. Elle s'asphyxie lentement, mais sûrement. Ce n'est pas une nouvelle, tout le monde – excepté ceux qui font la sourde oreille face aux râles d'agonie d'une ville internationale – le constate. Alors qu'une certaine classe dominante tente, vainement, de la peindre haute en couleur, les jeunes s'y sentent de plus en plus à l'étroit. Oui, les rares endroits qui leur sont destinés pour des sorties nocturnes coûtent de l'argent. Pour beaucoup, trop d'argent. Une somme qu'ils n'ont pas ou ne veulent pas dépenser pour une entrée dans un club et une boisson. La jeunesse, celle qui est à bout de cette situation, s'exile en-dehors des remparts de la ville de Calvin. Je ne pourrais leur en tenir rigueur. Bon vent ! La république et canton de Genève n'est plus ce qu'elle était. Il faut y tenir son bon Peuple en laisse, de peur qu'il se soulève, de peur qu'il conteste, qu'il refuse, qu'il descende dans les rues. Non, il n'est pas aveugle. La propagande se devine, la volonté de fermer Genève à la citoyenneté se laisse gentiment apprivoiser, et certains magistrats s'en frottent déjà les mains. Où sont nos droits ? Celui de dire « non ! », de le crier, de le hurler sans en demander l'autorisation, celui de se réunir et se tenir main dans la main pour protester contre des atrocités, celui de refuser l'atteinte à nos libertés, celui de ne pas être un mouton. Nous, le Peuple, avons l'obligation de nous intéresser à nos intérêts, quand bien même l'élite bien-pensante affirme le contraire et qu'elle seule serait en mesure de savoir ce qui est bien pour nous.

Devons-nous nous laisser museler par des personnes malintentionnées qui invoquent des arguments fallacieux ? Devons-nous renoncer à nos droits fondamentaux pour une idéologie sécuritaire qui laisse imaginer que brimer nos libertés nous offrirait une sécurité accrue ? Faut-il se taire, et ne plus rien devoir dire sous peine de subir l'anathème ? Reculer, encore et toujours, face aux assauts d'une élite qui veut contrôler les faits et gestes d'une classe déjà aliénée à un système injuste ? Pouvons-nous seulement tolérer que les textes fondateurs de notre Constitution soient réduits au silence et délégués à l'oubli pour des idéologies extrémistes ?

Car, lecteurs, ne vous trompez pas de cible, le vrai problème, c'est ces tentatives de lier les pieds et les mains de nos concitoyen-ne-s, de les empêcher de s'exprimer librement, de leur donner la crainte de penser en-dehors des carcans des courants dominants, de les faire pointer du doigt un homme de paille, alors que les véritables intérêts, ceux qui nous concernent, nous sont incidemment violés ?

Genève se meurt, c'est un fait. Parce qu'elle n'est plus dirigée par son Peuple, mais bel et bien par des intérêts privés, des entreprises particulières, et des privilèges économiques. Il ne fait jamais bon vivre d'habiter à proximité de résidents qui ne veulent voir déambuler dans les rues que des prototypes du consumérisme. Et c'est exactement ce qui est en train de se passe, sous nos yeux, dans le silence le plus complet. Ce sont nos droits, citoyen-ne-s, qui nous sont retirés, un à un, lentement mais sûrement, pour nous réduire à l'oubli. Nous devons, pour notre bien, pour celui des générations à venir, qui devront elles aussi se battre pour leurs droits, refuser ces tentatives liberticides. Il n'est pas acceptable en territoire helvétique de céder sous la pression d'une élite à la pensée fascisante.

La ville de Genève appartient au Peuple, elle appartient à tous, nous y exerçons nos droits, nous y vivons, nous la faisons subsister. Ne nous laissons pas berner.

Le 11 mars, votez un grand NON à cette loi. Sauvez nos droits. Protégez nos libertés. Libérez la démocratie.

Oui, nous en sommes – déjà – là.

 

Grégoire Barbey

31.01.2012

Il n’est pas acceptable de s’indigner à Genève, selon certains représentants politiques.

Je regardais, le lundi 30 janvier 2012, les débats du Conseil Municipal de Genève via le site internet. Une motion concernant l’évacuation du camp des indignés au parc des Bastions était évaluée. Je ne compte pas ici reprendre l’ensemble de la discussion ni en faire un résumé, je souhaite cependant m’arrêter sur un discours qui m’a paru relever de la plus grande hypocrisie de la part de son auteur, dont le nom ne sera pas dévoilé, mais ceux qui le connaissent ou qui ont assisté au débat le reconnaîtront sans aucun doute.

Voici en substance ce qu’il défendait1 :

« Genève est la ville la mieux gérée de Suisse, a-t-on pu apprendre dans les journaux. (…) Nous y défendons absolument toutes les causes. On défend l’Afrique, on défend l’Amérique du Sud, on défend la veuve et l’orphelin, on défend presque tout ce qui existe à défendre dans notre ville. Nous créons des emplois pour ceux qui n’en ont pas. (…) Nous donnons à la culture de quoi jouer du pipeau à certains, à d’autres de jouer de l’opéra philharmonique. Nous sommes la ville la mieux gérée de Suisse. Nous défendons les familles, les familles monoparentales, les blancs, les jaunes, les noirs, les homos. (…) Nous dénonçons tous les régimes possibles et imaginables, la pratique de la torture, de l’oppression dans le monde, la ville de Genève défend tout le monde. Nous injectons des millions dans les investissements pour défendre l’emploi, pour aider les entreprises. Nous défendons la presse, minoritaire, majoritaire. Notre administration met une énergie folle à défendre absolument tout. Alors je vous pose la question, Mesdames, Messieurs, puisque nous défendons tout, pourquoi avons-nous besoin aujourd’hui d’indignés dans le parc des Bastions ? Nous avons l’une des villes les plus sociales d’Europe. Une ville qui est citée en exemple : nous sommes la ville la mieux gérée de Suisse ! Et en plus on gagne encore de l’argent chaque année. Donc que faisons-nous avec des indignés au parc des Bastions en plein milieu de cette ville qui défend toutes les causes ? Nous sommes la meilleure ville du monde et la mieux gérée du monde. Et nous n’avons presque plus rien à défendre tellement nous défendons de causes, donc les indignés c’est presque une insulte à tout ce que nous faisons dans cette assemblée chaque année puisqu’il n’y a bientôt pratiquement plus rien à défendre. Je demande simplement un bon esprit de la part des indignés, qu’ils arrêtent de faire la fête au parc des Bastions. (…) Ceci vous laisse imaginer tout ce que la Ville a fait pour que nous soyons chaque fois moins indignés et chaque fois plus fiers de nos actions, eh bien ceci doit vous faire réfléchir sur cette espèce de petit caprice qui est en train de dérouler, ce mauvais vaudeville qui est en train de se dérouler devant nos yeux. Ces gens ne servent qu’à servir une cause, ils ne servent que des partis politiques qui s’en servent politiquement, et c’est l’unique raison aujourd’hui de leur existence. Et ceci se fait dans notre indignation la plus totale sans que nous-mêmes n’ayons la possibilité ni le droit d’y poser un stand ou d’y amener notre caravane électorale, pourquoi pas, pourquoi la caravane PDC ne pourrait pas s’installer aux Bastions, car nous aussi avons des choses à dire (…) Il est temps que cette mascarade cesse et vous le savez ! (…) et je dis maintenant les indignés : out ! »

Je vais tâcher de déconstruire les propos susmentionnés, car il m’apparait nécessaire de remettre les pendules à l’heure à toutes celles et ceux qui peuvent penser ainsi. Je ne prétends pas détenir la vérité unique, ce que je veux, c’est apporter une réponse correcte à ce discours qui constitue, malheureusement, l’expression patente de la pensée bourgeoise, en tout cas dans notre bonne vieille Ville de Genève.

Nous pouvons déjà constater le syllogisme sophistique employé, qui consiste, en partant du constat que la Ville de Genève est la mieux gérée de Suisse, et ce d’après les allégations des médias – dont l’auteur du discours ne cite évidemment pas la source de laquelle émane cette affirmation – à la hisser au rang de la meilleure ville du monde. Une telle démarche démontre un chauvinisme profond, ainsi qu’une autosatisfaction à toute épreuve, même en temps de crise, où le nombre de genevois-e-s qui se retrouvent à la rue ne fait qu’augmenter.

Pour ce qui est de la défense de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, je ne peux souscrire à cette certitude, qui pourtant semble être acquise pour certains. Si effectivement, vu de l’extérieur, notre ville s’évertue à défendre ces continents de la famine et autres catastrophes qui les touchent, dans les coulisses il en va tout autrement. Notre pays, et particulièrement Genève, héberge un tiers des multinationales les plus dangereuses au monde. Celles-ci possèdent un quart des richesses alimentaires du monde2. Rappelons également, notamment grâce au livre Swiss Trading SA qui a levé le voile sur ces entreprises agroalimentaires et autres, que la Suisse est devenue en quelques années la plaque tournante des spéculations sur les matières premières, qui comme le souligne pertinemment Jean Ziegler dans son ouvrage Destruction Massive, sont les causes principales des famines répétées que connaissent les populations d’Afrique, d’Amérique du Sud, et d’Inde, qui n’avait par ailleurs pas été citée non plus.

Un tel accueil aux requins du néo-libéralisme constitue à n’en pas douter un point fondamental sur lequel nous, résidents du pays helvète, avons le droit sinon le devoir moral et citoyen de s’indigner.

Contrairement à ce qui est prôné par certains politiciens, ce n’est en aucun cas les résidents des pays qui sont touchés par ces entreprises criminelles qui doivent ou peuvent s’indigner, mais bel et bien ceux qui accueillent de telles mafias. Et je souscris à ce terme, qui convient très exactement à la réalité.

Concernant la « veuve et l’orphelin », je constate que la législation suisse accorde, en théorie, dans son Code Pénal, un article qui protège les enfants des abus que peuvent commettre leurs parents, ainsi que d’autres personnes ayant le devoir de veiller à leur éducation et à leur épanouissement physique et moral3. Malheureusement, je peux attester d’expérience qu’il n’en va pas dans ce sens, puisque le Ministère Public genevois a balayé ma plainte d’un revers de manche, pourtant étayée, avec de nombreux points qui méritaient une investigation de qualité, et non un refus d’ordre strictement politique. J’ai rédigé et publié un article à ce sujet4. J’y dénonce également le comportement scandaleux du Service de Protection des Mineurs, ce que de nombreux professionnels, psychologues, psychiatres, assistants sociaux attesteront sans l’ombre d’une hésitation. Un certain nombre d’entre eux m’ont contacté pour se plaindre de traitements similaires pour un ou plusieurs de leurs patient-e-s.

Dans un pays qui se revendique, comme le disait un magistrat ce soir-là au Conseil Municipal, le chancre de la démocratie, n’est-ce pas antinomique à cette fierté que de museler la parole des enfants ? Cette question est ouverte et devrait faire l’objet d’un débat public.

Une seconde raison de s’indigner.

Pour ce qui est de la culture, il me semble encore une fois que le même magistrat s’est diamétralement opposé à cette vision satisfaisante en demandant comme il était possible que dans une ville comme la nôtre, rien n’était offert à la culture et aux jeunes dans les quartiers alentours de Bel-Air. Et récemment, comme l’atteste cet article du journal Le Temps5, la droite a tenté d’opérer une coupe dans les subventions destinées aux théâtres de 1 millions de francs, bien que celle-ci ait été refusée. Est-ce ainsi que la culture est défendue par ces mêmes personnes qui s’en satisfont allégrement ?

Un troisième prétexte pour s’indigner, à la fois de ces tentatives, même vaines, de réduire le budget alloué à la culture et des mensonges qui sont proférés par les initiateurs de ces motions en revendiquant la défendre.

« Nous défendons les familles, les familles monoparentales, les blancs, les jaunes, les noirs, les homos. »

Je ne suis pas certain de cette affirmation. La récente Loi passée en votation pour un salaire minimum plafonné à 4'000CHF a été vivement rejetée par l’ensemble de la droite. Rappelons quand même que 320'000 sur les 400'000 travailleurs sous-payés (salaire estimé à moins de 22 francs de l’heure) qu’abrite la Suisse sont des femmes. Ces statistiques sont fournies par l’Union syndicale suisse6. Pour une protection des familles monoparentales, souvent formées d’une mère et d’un voire plusieurs enfants à charge, c’est difficile de faire pire. Je ne reviens bien évidemment pas sur le résultat du vote, ce n’est pas le sujet. Le politicien qui a énoncé ce discours a étrangement oublié de citer la défense des femmes, une absence qui s’explique peut-être par les chiffres précédemment avancés. D’autant plus que d’autres statistiques témoignent que les femmes sont payées moins que les hommes pour des postes identiques et les mêmes qualifications requises. Les résultats de ces études peuvent être consultés sur le site de l’administration fédérale7.

En somme, les inégalités de traitement, appelons cela sexisme, n’est visiblement pas défendu correctement par nos huiles politiques.

Cela constitue une nouvelle source d’indignation, la quatrième relevée sur les propos retenus.

Au sujet des homosexuels, je constate que rien n’a été fait en faveur du mariage gay, et qu’il n’est toujours pas reconnu, ce qui à n’en pas douter pour celles et ceux qui constituent cette minorité discriminée, et même pour moi, donne une raison supplémentaire de s’insurger. La cinquième.

« Nous dénonçons tous les régimes possibles et imaginables, la pratique de la torture, de l’oppression dans le monde (…) »

Pour ma part, je considère la spéculation sur les denrées alimentaires et les matières premières comme relevant justement de l’oppression, pour ne pas dire de la torture volontairement consentie, non par les victimes mais les acteurs de ces manipulations spéculatives, qui maintiennent de hauts prix pour ces matières tout en faisant en sorte de réduire au maximum les coûts de production, ce qui réduit plus encore la situation déjà calamiteuse des travailleurs de ces pays émergents.

Alors si la Ville de Genève dénonce tous les régimes possibles et imaginables, comme cela est soutenu par le discours de certains politiciens, dénonce-t-elle aussi le « régime de l’aveugle » instauré en Suisse, qui consiste à taire les activités de ces multinationales ? Je le demande, car il serait peut-être temps de le faire, les circonstances l’imposent.

« Alors je vous pose la question, Mesdames, Messieurs, puisque nous défendons tout, pourquoi avons-nous besoin aujourd’hui d’indignés dans le parc des Bastions ? »

Je pense qu’après le survol de ces quelques points, que je n’ai abordé qu’en surface, répondra à cette question. Néanmoins, dans le doute, je rajouterai quelques suppléments pour m’assurer que la raison qui pousse nos compatriotes et concitoyens à s’indigner soit comprise et légitimée.

L’indignation, la contestation ou la protestation relèvent d’un droit démocratique, et les manifestations ainsi que les pétitions, invoquées par certains politiciens comme suffisants pour s’insurger ne permettent pas de revendiquer son mécontentement sur le terrain. Une loi a été promulguée à l’encontre des manifestations, et il est désormais nécessaire de demander une autorisation pour déambuler dans les rues et protester contre certaines choses qui tiennent à cœur la population de notre pays. Est-ce acceptable pour une nation qui se vante de son système démocratique de limiter le droit fondamental de manifester à des autorisations ? Pour ma part, je suis convaincu que cette position est indéfendable car répressive à l’égard des manifestations spontanées, qui sont l’apanage du Peuple !

J’ai également relevé des arguments qui allaient dans le sens de l’esthétique du camp des indignés dans le parc des Bastions. Est-ce suffisant pour décider d’expulser des citoyen-ne-s qui ne font qu’exercer leurs droits démocratiques ? Nous ne sommes pas sans savoir que celles et ceux qui jouissent d’un revenu supérieur apprécient les endroits chics, mais ces mêmes personnes, plutôt que de se plaindre de la misère des autres, ne devraient-elles pas se poser des questions sur leur attitude ? C’est d’une indécence profonde que de s’offusquer de l’état des tentes de ce campement, car c’est nier que la misère existe dans notre ville, et plus globalement dans notre pays. Peut-être que les plaignant-e-s ne se baladent pas suffisamment dans les rues de Genève pour apercevoir les sans-abris qui fouillent les poubelles à la recherche d’une hypothétique source d’alimentation. Dans ce cas, par souci d’honnêteté, celles et ceux qui ne se rendent pas bien compte de la situation catastrophique de certains de nos concitoyen-ne-s et compatriotes devraient se rendre sur le terrain, et affronter la réalité en face. Bien évidemment, cela requiert de l’humilité, qualité que n’ont pas les personnes qui se plaignent de l’aspect esthétique des lieux où se regroupent les plus démunis de nos semblables pour s’insurger contre un système qui semble les avoir laissé de côté.

Si occuper un parc public pour y revendiquer des droits est interdit, où va donc notre démocratie, déjà suffisamment imparfaite ? Quand bien même le message des protestataires n’est pas audible ou ne constitue pas pour nos huiles politiques un prétexte suffisant pour s’indigner, qui est en droit de juger de la situation de celles et ceux qui doivent lutter jour et nuit pour subsister dans un monde qui ne veut pas se soucier d’eux ?

À part se parer d’un cache-misère, je ne comprends pas cette démarche.

Personnellement, et je le clame haut et fort, je m’indigne que certains s’arrogent le privilège d’interdire quiconque à manifester son mécontentement.

D’autres parts, si les indignés souhaitent faire la fête durant leur occupation du parc des Bastions, en quoi cela relève-t-il d’un argument favorable à leur expulsion ? Notre ville n’a malheureusement pas beaucoup d’infrastructures disponibles pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont pas les moyens de débourser des sommes astronomiques pour s’amuser et profiter de leurs rares moments de semi-liberté, entre le travail, la famille et les factures. Il est donc compréhensible que d’autres méthodes soient mises en pratique pour se retrouver entre concitoyen-ne-s et compatriotes.

D’ailleurs, qui de celles et ceux qui désirent l’expulsion des indignés s’est un jour insurgé en campant jour et nuit, en plein hiver, pour revendiquer ses droits et protester face à l’attitude criminelle de certaines élites ? Moi, j’en connais quelques-uns qui ont campé presque tous les soirs sans exception au parc des Bastions. D’autant plus que ce camp improvisé sert désormais également de lieu alternatif où chacun et chacune peut s’exprimer librement. De nombreuses personnes y participent quotidiennement.

De surcroît, les personnes concernées, c’est-à-dire les indignés eux-mêmes, ont invité certains politiciens pour discuter ouvertement au parc des Bastions, et leur faire part de leurs revendications. Les intéressé-e-s ne sont pas venu-e-s, ce qui ne les empêche pas d’en tirer des conclusions hâtives.

Il ne s’agit donc pas d’une mascarade ou d’un mauvais vaudeville de la part des indignés, mais bel et bien de la part des représentant-e-s politiques qui s’insurgent de leur indignation et des méthodes que les victimes de notre système emploient pour faire passer leurs messages.

Fort heureusement, la motion a été renvoyée en commission des pétitions et le camp des indignés jouit d’un prolongement de l’autorisation d’occuper le parc des Bastions.

Néanmoins, personne n’est à l’abri de la rhétorique bourgeoise de quelques politicien-ne-s de notre Ville de Genève, c’est pourquoi j’invite chacun et chacune de mes concitoyen-ne-s et compatriotes à user de leurs droits démocratiques et de faire connaître leur indignation, peu importe son statut social au sein de notre pays.

La liberté d’expression et de pensée, même en temps de crise, est un droit et un devoir incompressibles, et lorsque le Peuple s’indigne, les responsables politiques doivent faire face à leurs erreurs ou leurs manquements, surtout lorsque ces mêmes responsables profitent d’aménagements privilégiés sur le dos des démunis, comme par exemple la possession d’un appartement sept pièces pour un loyer mensuel inférieur à 2000CHF, tandis que d’autres logent leurs enfants dans des taudis, ou n’ont pas de toit au-dessus de leur tête.

Je conclurai donc mon réquisitoire en affirmant que l’indignation, la contestation et la protestation sont des droits fondamentaux en démocratie, mais qu’ils constituent également des devoirs citoyens et moraux.

Concitoyen-ne-s et compatriote de toutes origines et de tous milieux, ne vous laissez pas manipuler innocemment par des personnes malintentionnées !

 

Grégoire Barbey

 

1 Propos recueillis sur le site : https://www.ville-geneve.ch/conseil-municipal/seances-ple.... La vidéo est nommée « vidéo de la séance du lundi 30 janvier 2012 à 20h30 ».

2 Destruction Massive, Jean Ziegler, Seuil, Suisse, 2011

3 Code Pénal Suisse (CPS), art. 219 « Violation du devoir d’assistance ou d’éducation » :

« 1. Celui qui aura violé son devoir d’assister ou d’élever une personne mineure dont il aura ainsi mis en danger le développement physique ou psychique, ou qui aura manqué à ce devoir, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

2. Si le délinquant a agi par négligence, la peine pourra être une amende au lieu d’une peine privative de liberté ou d’une peine pécuniaire. »

4 http://gregoiresapereaude.blog.tdg.ch/archive/2012/01/19/...

5 « À Genève, les acteurs refusent les coupes » Le temps, 2 novembre 2011 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d0608aac-04c9-11e1-94e8-e...

6Source : http://www.swissinfo.ch/fre/dossiers/franc_fort/Personnel...

7 http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/regionen/them...